‹ Ignacio ZuloagaChapitre 1 sur 14 · LD · texte numérisé non relu

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tr Æ > © pouvait voir, en 1898, à l'Exposition de la Société CS \ Ne | Nationale des Beaux-Arts, qui était encore installée au

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palais dès Arts Libéraux, Avenue de La Bourdonnais,

= + 7 un grand portrait en pied de jeune homme vêtu d'une sorte de costume de chasse, que les curieux ne manquaient pas de remarquer aussitôt pour sa belle tenue distinguée, C'était d'une tonalité peu commune, d'un éclat franc quoique discret et d'une peinture montrant je ne sais quoi d'aisé, de libre, de hardi, mais d'une hardiesse très sûre d'elle-même et pas du tout à effet pour étonner la galerie. La signature était d'un nom étranger, inconnu, bien que quelques uns prétendissent l'avoir déjà noté antérieurement. Quand on se reportait au catalogue, on trouvait, au numéro 1285, que l'auteur était un peintre espagnol répondant au beau nom sonore de Zuloaga y Zabaleta et que le tableau était son propre portrait,

Cette peinture offrait donc un double intérêt, En même temps que l'artiste, elle révélait l'homme et ce grand beau garçon au visage charmant, par l'expression franche et décidée de droiture, d'ingénuité et d'ardente jeunesse, s'imposait avec sympathie et s'annonçait comme un de ceux qu'on n'allait plus oublier.

Ces conjectures ne furent pas trompées, L'année suivante, sous ce simple titre: portraits, il exposait un groupe de personnages, deux jeunes filles accompagnées par un homme d'un certain âge, aux pieds duquel était assis un grand lévrier. On le

connaît bien, ce tableau, il est devenu classique; car on peut

l'admirer au Musée du Luxembourg pour lequel il fut acquis d'enthousiasme à ce Salon. Il produisit une sensation très vive et il fut, comme toute œuvre nouvelle et imprévue, passionnément loué et discuté. On n'avait rien vu encore de semblable, on essayait de définir cette peinture et d'en discerner les origines. Mais c'était chose très malaisée, tant les maîtres passés de qui elle pouvait relever étaient intimement assimilés par ce tempérament de même race et de même mentalité, C'était bien un Espagnol, du meilleur de ce qu'a pu produire l'âpre et rude terrain espagnol, un arrière-petit-fils très légitime, on le sentait, des Goya, des Velasquez, des Gréco, mais d'un autre temps tout de même, d'une génération très moderne qui a fait son profit des conquêtes de chaque école et des acquisitions de chaque idéal. On relevait, en effet, la subtilité de l'atmosphère dans laquelle se meuvent les personnages, la grâce délicate et si joliment maniérée de ces jeunes femmes rieuses et coquettes, le piquant de ces accords à la fois si sobres et si rares, d'une palette où chaque ton avait sa personnalité, où il n'y avait pas une nuance qui fût banale, jusqu'à ce noir des robes, ce noir indéfinissable, doux et chaud, mordoré, qu'aucun copiste, semble-t-il, ne saurait recomposer. Et les tons de chair, les tons de chair de ces jeunes visages, frais, vivants, mobiles et animés, cet épiderme ardent, ambré, rosé, qui perce sous la fine couche, bleue, blanche, lilas de la poudre. Et en même

temps, quel beau travail simple, tranquille, sûr! Quelles belles

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