COUSINE CANDIDA COUSIN CANDIDA
Cliché Vizzavona
LE VIOLONISTE LARRAPIDIE DER GEIGER LARRAPIDIE THE VIOLIN-PLAYER LARRAPIDIE
Cliché Vizzavona
coulées de matière, étendues amoureusement en larges localisations, par une brosse alerte, intelligente, dédaigneuse des vaines parades, des vaïillances artificielles et des exercices de bravoure! Ce fut une vraie joie pour les connaisseurs, on se délectait devant cette œuvre si loyalement originale, On ne cesse et on ne cessera de se délecter devant cette toile d'une si étrange et si complète séduction.
Du jour au lendemain Zuloaga était sorti de la foule, La célébrité allait commencer pour lui avec des succès consécutifs et, aussi, par ce qui est la meilleure marque du mérite, par l'envie et la proscription. Nul n'est prophète en son pays; le vieux dicton, hélas! tant de fois justifié, était confirmé une fois de plus à son endroit, Zuloaga, en effet, à l'Exposition universelle de 1900, fut écarté par le jury de la section espagnole; on prenait justement ombrage de cette grande personnalité naissante qui allait incarner
les plus hautes qualités de l'art espagnol.
Qui était donc ce nouveau venu, d'où sortait-il? Voilà déjà ce que se demandaient avec intérêt les amateurs qui suivaient attentivement ses envois et pour lesquels du reste, il ne travaillait guère, ne recherchant alors pour clientèle que celle des musées, ce qui n'était pas fait pour l'enrichir, On apprit bientôt par les journaux et par les revues, qui commençaient à s'occuper de lui, quelques détails sur sa biographie. Cette biographie, il est nécessaire de la connaître,
si l'on veut bien comprendre la formation de son œuvre.
Ignacio Zuloaga, qui joignait à ses débuts, suivant l'usage espagnol, à son nom paternel celui de sa mère: Zabaleta, est né le 26 juillet 1870, à Eïbar, dans le Guipuzcoa, d'une vieille famille basque. Il est très fier, non sans raison de ses origines locales et ancestrales. Si, en effet, dans les siècles passés, toute l'impulsion artistique était partie du milieu et surtout du sud de la péninsule, de notre temps, c'est sur la ligne de la frontière septentrionale, en Catalogne et dans les provinces basques, que s'est porté le centre de l'activité intellectuelle,
Eibar est un gros bourg d'environ 4,000 habitants, non loin de St. Sébastien, sur la route de Zumarraga à Bilbao, sur un point élevé de la chaîne des Cantabres, dans une région extrêmement pittoresque, avec ses ravins, ses eaux jaillissantes, ses bois de châtaigners et ses champs de blé étagés en terrasses, C'est là que s'est formée toute la jeunesse de Zuloaga, au milieu d'une nature qui put développer sa sensibilité, bien que sans agir sur son imagination, mais dans une atmosphère d'art et de souvenirs qu'il respira comme l'air vital.
Toute une dynastie d'artistes, en effet, s'y était épanouie librement depuis deux siècles. A la fin du XVIILe, on y trouve déjà don Blas de Zuloaga qui fut un armurier de renom, travailla beaucoup pour la cour et organisa l'Armeria de Madrid. Son fils, don Eusebio, le propre grand-père d'Ignacio, suivit la voie de son père
et se distingua comme un artiste hors pair dans le travail du fer
ciselé, C'est lui qui, le premier, remit en honneur le vieil art admirable de la damasquinerie, Il travailla, lui aussi, beaucoup pour la cour d'Espagne vit ses œuvres sollicitées par nombre de musées, et dirigea, à son tour, pendant plusieurs années l'Armeria de Madrid, où il fit preuve du même zèle intelligent que son père, Ce don Eusebio mériterait une mention toute spéciale dans l'histoire des artistes décorateurs, méconnus ou, du moins, tout à fait inconnus chez nous, de l'Espagne moderne. C'était une nature d'une curiosité ardente et d'une activité infatigable, vertus transmises à ses héritiers et notamment à son petit-fils. Il se passionna un jour pour la céramique et après avoir installé à Eibar l'aîné de ses fils, Placido, pour continuer son art de la damasquinerie, il partit pour la France, vint s'établir avec ses trois autres fils à Sèvres, et là, il leur fit suivre les travaux et les cours de la manufacture, afin qu'ils devinssent des céramistes accomplis.
Leur éducation terminée, don Eusebio retourna en Espagne avec ses fils. Il se fixa avec eux à Madrid où le gouvernement, intéressé par ses projets, lui céda des terrains dans la ,moucha“ pour y fonder une fabrique de céramique. Mais cette affaire ne leur causa que des mécomptes; ils dépensèrent des sommes considérables sans parvenir à attirer l'attention du public indifférent sur leur industrie: la manufacture dut être fermée et don Eusebio retourna à Eibar.
Des trois fils qu’ Eusebio avait associés à cette entreprise,
deux d'entre eux, German et Daniel, se portèrent alors vers la peinture décorative proprement dite; le succès couronna leur tentative, et ils eurent à exécuter “ très importants travaux, Cependant German et un de ses autres frères, Guillermo, étant morts assez jeunes, il ne resta plus des quatre fils d'Eusebio que Placido et que Daniel qui, du reste, nous intéressent plus directement par rapport à notre artiste [gnacio Zuloaga.
Placido, en effet, est son père, et Daniel, son oncle, le plus jeune de la famille, est le seul survivant de ce groupe si intéressant d'artistes, Ce Daniel, nous le connaissons, car c'est lui que nous voyons, à droite, drapé dans son manteau, le lévrier à ses pieds, dans ces charmants portraits du Luxembourg qui ne sont autres que ceux de ses filles, les cousines d'Ignacio, choisies si souvent pour modèles. Il a repris l'industrie céramique vers laquelle son père l'avait primitivement dirigé et il a réussi, depuis, à s'imposer comme un artiste de mérite, Zuloaga ne montre pas, sans une légitime fierté, dans son atelier de Paris, les quelques échantillons qu'il possède de l'art de cet oncle, céramiste de savoir et de goût.
Quant à Placido, nous aurions le devoir de le mieux connaître en France. Pour ma part, j'ai eu l'honneur de l'approcher et je partageais, longtemps avant d'être devenu l'ami du fils, l'admiration profonde que celui-ci a gardée pour son père, J'avais pu juger, en effet, dès 1893, chez un amateur anglais, Mr, Morrison, qui
s'était particulièrement attaché aux arts du métal, quel artiste hors
Cliché Vizzavona
LE MOT PIQUANT DER PIKANTE SCHERZ THE SPICY JOKE
Cliché Vizzavona Cliché Vizzavona LUCIENNE BRÉVAL DANS CARMEN" LE PEINTRE PABLO DE URANGA (FRAGMENT) LUCIENNE BRÉVAL IN , CARMEN" DER MALER PABLO DE URANGA (FRAGMENT) LUCIENNE BRÉVAL IN » CARMEN" THE PAINTER PABLO DE URANGA (FRAGMENT)
ligne était Placido Zuloaga comme ferronnier et damasquineur. Il y avait là, conservées, je crois, par Mr. Morrison, des pièces tout à fait extraordinaires comme importance, comme exécution et comme esprit d'art. Le tout petit coffret que possède le Luxembourg de ce maître damasquineur, a été acquis à l'Exposition universelle de 1900 à titre plutôt de souvenir et d'indication, que pour donner une idée de la place occupée par Placido Zuloaga, On peut dire vraiment que ce fut un grand artiste et quand on écrira l'histoire des arts industriels en Espagne au XIXe siècle, Placido Zuloaga y sera marqué avec un rang tout à fait à part.
Placido était le fils aîné de don Eusebio et le fils de sa première femme, car le grand père d'Ignacio s'était marié quatre fois, Il fut, nous l'avons vu, particulièrement destiné à poursuivre les travaux héréditaires qui avaient illustré son père et son grandpère. Après avoir fait son premier apprentissage à Eiïbar, il fut envoyé à son tour à Paris, Là, il étudia sous la direction du sculpteur ornemaniste Paul Liénard, habile dessinateur et décorateur qu'on vit mêlé aux travaux de la fondation de l'Union Centrale des Beaux-Arts, à côté de Klagmann, et dont une œuvre même fut adoptée en 1866 comme modèle pour être distribuée en récompense aux industriels primés.
Placido vécut plusieurs années à Paris, poursuivant ses études de dessin et de sculpture, traitant de préférence les animaux, peut-
être en raison des rapports qui existaient entre lui et Barye. Il
s'était lié également avec Carpeaux. Après ce séjour à Paris, il se rendit à Dresde où l'attiraient les armures ciselées du musée. Puis il revint s'installer définitivement au pays natal, à Eiïbar, où il donna rapidement une impulsion considérable à son industrie artistique, en formant autour de lui toute une phalange de jeunes
ouvriers. Placido Zuloaga est mort en 1910, à l'âge de 80 ans.
La maison de Placido Zuloaga avait pris un tel développement et ses succès étaient si encourageants qu'il voulut guider son fils Ignacio dans la même voie. Mais le jeune homme avait déjà choisi la sienne, il voulait être peintre. Cette vocation ne fut pas trop contrariée et ce fut le père qui fut le premier et peut-être le seul maître du fils.
Toute son enfance s'était écoulée au milieu de choses d'art, de préoccupations d'art, de travaux d'art. ,Je n'ai jamais entendu parler chez moi que d'art,“ déclare-t-il Toute la famille, nous l'avons vu, était vouée aux arts. Son père avait aussi des sœurs qui épousèrent des artistes et ses jeunes cousines suivent également cette tradition. Ils habitaient un vieux château du XVIe. siècle, acheté par Placido, où naquirent ses cinq enfants: deux garçons, l'un, notre artiste, un autre qui est devenu ingénieur et trois filles, et où ils vécurent entourés des collections d'antiquités que le père, qui a passé cette manie au fils, avait accumulées autour d'eux.
Ignacio Zuloaga était donc, de bonne heure, saturé d'art, C'est
merveille que cette éducation n'ait pas fait naître en lui le goût exclusif de la curiosité. Un tempérament moins vigoureux n'aurait pas résisté à ce qu'il y a souvent de délicieusement dissolvant pour une jeune volonté artistique dans la contemplation continue et raisonnée des belles choses du passé. Le développement de l'esprit critique paralyse l'essor des velléités originales et fait dévier la vocation vers l'érudition ou le dilettantisme. Si le plaisir délicat de collectionner est venu plus tard à Zuloaga comme une noble distraction à ses travaux et comme une manière plus directe de manifester son culte à ses maîtres de prédilection, le petit musée familial ne fit que précipiter ses dispositions ataviques.
Ses débuts furent, pourtant, assez pénibles, Il fit d'abord un peu de damasquinerie, pour obéir à son père, puis quelques études primaires de dessin et surtout de dessin ornemental. Constatant bientôt l'insuffisance des résultats, il supplia un beau jour son père de l'emmener à Rome. Il y vécut quelques mois sans intérêt et sans profit au milieu de la colonie espagnole établie dans la région à la suite de Fortuny. C'était en 1889: il avait alors dix-neuf ans.
Il vint ensuite à Paris et c'est là, il le reconnaît, que commença vraiment pour lui sa carrière, Il travailla, un peu comme tout le monde, dans quelque académie, à des travaux d'élèves, car il était encore tout à fait dans la période secondaire, Les dix années qui suivent sont chez lui un peu incohérentes et agitées. Il fit, entre
temps, plusieurs voyages en Espagne, principalement en Andalousie,
où il fut obligé, un jour, d'accepter une place de payeur dans les mines de la Sierra-Morena pour pouvoir vivre; mais il peignait toujours avec ardeur et grâce à de petites commandes, grâce, aussi, -à l'appui que lui prêtèrent ses parents, il put exécuter quelques Pt pts d'importance, tels que ceux que nous avons déjà signalés: son portrait, celui de ses cousines, du Luxembourg, et plusieurs autres qui se trouvent placés aujourd'hui en Allemagne.
Dès ce moment il est tiré d'affaire, Il se marie avec une jeune fille française, mademoiselle Dethomas, fille d'un membre du Parlement et sœur du dessinateur Maxime Dethomas, mariage qui semble consacrer, dans son affection reconnaissante, l'union de l'Espagne et de la France. Il partage, en effet, désormais son temps d'une manière à peu près égale entre Paris, siège de ses travaux, de ses affaires et de ses amitiés, et l'Espagne où il retrouve, avec les siens, tous les sujets chers à son inspiration, notamment dans cette province de la Vieille Castille, si pittoresquement espagnole encore par son paysage, ses aspects et ses mœurs, à Ségovie, où il a fixé son atelier, dans l'église désaffectée de San Juan de los Caballeros.
Les musées de Bruxelles, de Venise, de Berlin, d'Amérique suivront l'exemple du Luxembourg et il n'y aura bientôt plus une grande galerie publique qui n'aspire à posséder une œuvre de Zuloaga. Mais le premier Salon où il figura est celui de 1894 avec le Nain
d'Eibar et le portrait de sa grand-mère. Quelques curieux,