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III. -- Le voyge de retour à Chesterfield

bois de la fondation et au moyen de quelques rouleaux, 150 chiens et une vingtaine d'Esquimaux, je crois qu’on pourrait transporter la maison sur la glace, au printemps. Qu'en pensez-vous 7...

Je termine. Vous offrirez nos remerciements à tous nos. bienfaiteurs, — nous pensons souvent à eux dans nos. prières. Et vous, cher Père, nous vous suivons partout, par le cœur, dans votre voyage.-à Rome ; et nous avons hâte. d’avoir de vos nouvelles et, surtout, de vous. revoir.

Le Frère et moi nous nous donnons la main pour vous dire bonjour et vous exprimer notre affection sincère ea Notre-Seigneur et MARIE Immaculée.

Lionel DUCHARME, O0. M. I.

UL — Le Voyage de Retour à Chesterfield-:,

és

$ I. — Caen et Montréal.

Le 8 mai 1925, à 6 heures du soir, nous sommes er gare de Caen. Sur le quai, toute ma famille — et plusieurs prêtres, anciens compagnons du patit at du grand Sémi, najre : à leur tête, Messieurs les chanoines Trèehe, Pirecteur des Œuvres, diocésaines, Lemercère, Guré de Saint- Pierre, et 'Delamazure, Curé de Vaucelles de. Caen ‘Tous me rappellent et. me disent l'affection du alergé. da Bayeux pour les Missionnaires des KHsquimaux ; ils merappellent aussi la sympathie et le dévouement de S. G. Mgr. Lermonnier, Évêque de: Bayeux et Lisieux, pour nos Missions du Nord.

La présence du bon-P. Decoucues et du P, CHAMPION me- prouvent l'intérêt que. la Famille. religieuse porte également à nos Missions, ee nes: sos ns

(2) Relation du R, P. Arsène: Funaueri, le nouveau Préfet . apastolique de la Baie. d'Hudson.

Un repas d'adieu nous avait tous réunis au Presbytère de Vaucelles, Maintenant, c'est le monsent de 1e sépurstion. L'Express Paris-Cherbourg est signalé : on Fentené, on le cherche des yeux, on le voit. Une dernière potgnée de main, une dernière accolade qui évelile et révèle blen des émotions.

On m'a demandé si lu seconde séparationt, après 25 ang d'absence, n’était pas plus dure que la première, — lorsqu'on partait jeune, plein d'enthousiasme et d'espoir. À cette question les larmes des parents, restés sur & quai, répondent « oui +. Le Missionnaire, lui, a besoin. de se rappeler touté sa voeation d'enfant et ses rêves d'apostolat, de revoir, d’un coup d'œil d’ensemblb, tout 5% vie de Missionnaire, avec ses épreirves et avec ses Con$er Iations, il doit se rappeler ces âmes, qui Ià-bas l’attun dent, pour résister À le voix de la nature —- lnquellb s’abdtache au pays et aux siens, si tendrement aimés...

La locomotive lance un cri strident : c'est lu: signe: de départ... Le train s’ébranle, il avance, 1} se inngee et fait. Adieu: ow Au revoir ? Dreu ke sait. C'est à Lui que rous rerommandons tous. nos chers parents: et anis.

Le sacrifice est accompli Mais, comme # 18 cœur voulait se reprendre et reculer, il voit en: un: £ableses vivant, et tous ensemble, les plus petits. détails du & vis de farikle, tout ce qui l'avait charmé eliex loi: parents, chez les amis : H revoit tout, 1 ressent tuut, —- d'est 507 épreuve.

C'est cette épreuve que j'avais voule épagner au KR. P. N..., en lui cachant l'heure exacte dti train : toutà sœ:famills étant des environs même, fl'put faire ses adieux &ohacan dans l'intimité, sans que la présence: de: tôus leg sions en: larmes vint ajouter au sacrifite de la. séparsttoih

Le Frère Jacques Voranr, lut, arrivait de Paris:;. id avait fait ses adieux, deux jours aupastiwant, ä:sû cire Bretagne (1).

(1) Le F. C. Jacques VoLanr est originaire de Combrit (Dlocèse de Quimper), où ibest né en:1908, — vingt-ciug'ans-après ia P. Louis Gurror, naguère encore Vicaire général de’ Jaflaa.

: Le soir, nous sommes à Cherbourg. Nous montons, immédiatement, à bord de l’Ausonia. On s’installe dans la cabine, on arpente les ponts, on fait connaissance, eh prie le Bon Dieu, et on va dormir... , - La mer est agitée ; et le bateau nous balance, mais sans secousse... La France s’éloigne ; on le sent d'autant plus que, à bord, on n'entend qué l’anglais.

- Le lendemain, on s’arrête, quelques instants, à Queenstown (Irlande)... Cinq ou six bonnes vieilles Irlandaises sautent à bord et étalent sur le pont toutes sortes de dentelles et de travaux d’aiguilles, qu'elles essaient de vendre, comme souvenirs, aux passagers. L’une d'elles, me prenant sans doute pour un ministre d'Amérique, me présente une espèce de mouchoir en dentelles : — « Ce soir », me dit-elle, « il. y aura danse à bord ; voilà .qui fera plaisir à votre cavalière. » La petite mère ne comprit rien à mon éclat de rire ; mais elle alla, de suite, s'adresser ailleurs, pour écouler sa marchandise.

. Nous repartons, bientôt. Et nous cheminons, nuit et jour, nous éloignant toujours des nôtres et nous rapprochant toujours du but désiré. Au détour des bancs de Terre-Neuve, les brouillards de la glace nous arrêtent, une vingtaine dé minutes seulement. Ce fut, du reste, le seul contretemps du voyage.

Le septième jour, nous étions dans le Golfe Saïint-Laurent. Voici la Pointe-au-Père, puis Québec, et le Fleuve majestueux, et enfin Montréal — où nous arrivons le 17 au soir, jour de la canonisation de Sainte Thérèsè de YEnfant-JésUus..

Du 17 nial au 1t juillet, mes deux compagnons ont Favantage et le bonheur de visiter, un peu, la belle Province de Québec. Pour moi, tout mon temps se passe en vourses, à droite ét à gauche, dans l'intérêt de nos Missions. J'ai rencontré bien des cœurs amis — auxquels je dis, dé nouveau, toute ma reconnaissance : que DrEu les bénisse (1} 1...

, {1) Retribuere dignare, Domine, omnibus, nobis bona facieatibu propler Nomen'Tuum, vitam ælernam !

:$ IT. — Montréal et Burrwell.

La Compagnie de la Baie d'Hudson envoie deux ba teaux à Chesterfleld, cette année, — le Nascopie et le Bayeskimo. Le Bayeskimo doit partir le 8 juillet, tandis que le Nascopie ne partirait que le 11, mais arriverait 15 jours plus tôt à Chesterfield.

J'’obtins la faveur de voyager à bord du Nascopie. Et, le 11, à 2 heures de l’après-midi, le R. P. N..., le Fr. Vo: LANT et moi, nous faisions nos adieux à Saint-Pierre de Montréal — où nous avions joui, chez nos Pères, de l’ hos: pitalité la plus fraternelle, pendant notre séjour au Canada.

Nous arrivons au bateau. Ce n’est pas un transatiantique : on a vite fait de le visiter. Le pont, en avant et en arrière, est tout couvert de barils de pétrole, d’essencé et d’huile à machines ; par-dessus le tout, nombre - -de bäleinières, de chaloupes et de canots ‘de tout calibré; empilés jusqu’à une hauteur de 25 pieds. Au centre, uné petite structure en fer, carrée, proprette : c’est la salle à manger, flanquée de quatre petites cabines, — une à chaque coin... On a tout vu,

Parmi les passagers, l'Évèque anglican du: Keewatin! qui fait le grand tour pour visiter les environs de Churchill et de York Factory, dans le sud de la Bale ; fl aimerait; sans doute, à se rendre compte, par lui-même, de no$ positions en cé pays. Puis, un ministre résidant à Chiro, Baie d’Ungawa : c’est une vieille connaissance —" qi revient d'Europe, où {I va faire un tour, régulièrénreht, tous les deux ans : c’est la consigne. Puis, un autre jeune ministre, qui se destine aux missions de la Terre dé Baffin. Et, enfin, un jeune étudiant, qui va être ordonné; paraît-il}, à Ghurchill même... Parmi tout ce inondé, ndu$ sommes parfaitement à l'aise : à bord, on nous respecte; on nous estime, on est plein de prévenances pour noûs..?

À 3 heures, le bateau démarre et descend rapidement le courànt... La nuit, une violente tempête nous sur prend: la pluie, te vent, les éclairs, tout s’en mêle. Puis}

UT ARE PE EC AN PERS DAT CURE M NT ES rte SEE RE . = * ‘4 À

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c’est un épais brouillard, qui empêche de distinguer les signaux lumineux du chenal. Il faut jeter l’ancre. On sonde : l’ancre glisse sur le fond rocailleux, longtemps on entend les cris du marin, qui jette la sonde et indique la profondeur de l’eau, et il lui faut crier pour que sa voix domine le bruit de la tempête. Allez dormir, avec tout ce bruit au-dessus de votre tête |

12 juillet. — Le lendemain, c’est dimanche. Québec est déjà éveillé et sur pied. Les cloches sonnent ; on voit les gens qui se rendent à l’église. La tempête est finie : il fait beau et calme. Le bateau glisse sur l’eau, comme sans effort, — on dirait que seul le courant l’emporte. Nous en profitons pour rattraper le temps perdu, la nuit dernière.

La nuit a été triste, le brouillard nous enveloppant. La sirène a crié, toute la nuit ; toute la journée, il pleut ; et nous dansons sur les vagues du Golfe.

Le lendemain 13, c’est encore le brouillard et encore la sirène, toute la journée. La sirène et le mal de mer : ce sont, à peu près, les deux seules choses auxquelles on ne s’habitue pas sur les bateaux.

Le 14, la mer se calme. Les baleines blanches se montrent ; on admire leurs jets d’eau, — peut-être veulentelles fêter le 14 juillet !

Le 16, nous avons passé le Grand Sablon : nous sommes sur les côtes du Labrador et au pays des icebergs ou, du moins, sur leur chemin.

On en voit de toute taille, de tout style : l’air est frais, ou s’habhille.

Le 17, nous nous levions, quand une secousse spéciale nous dit que nous venons de heurter les premières glaces. Vite, je vais examiner l'horizon. Ce n’est pas un vrai champ de glaces : rien que des morceaux de toute dimension qui flottent, librement, sans se serrer ni se souder les uns aux autres. Tant mieux : nous pourrons dire la sainte Messe.

Après le déjeuner, les glaces se resserrent. Le Nascopie avance, quand même, — coupant, culbutant, enfonçant tout sur son passage, mais pas à l’aveugle : il a sa tactique

à lui. 1] arrive, à demi-vitesse, sur ces glaces compactes : tantôt, il les fend et les sépare par la seule violence da choc, et, tantôt, il monte dessus, les écrase de son poids et les coule, et, si elles résistent, 11 augmente la préssion, en mafchañit à toute vitesse, et, si rien ne cède encore, fl recule, pour renouveler la violence et l’énergie du choc, et, finalement, il passe. Il y a aussi beaucoup d’icebergs, — quelques-uns en forme de temples à style ogival, tous d'impression glaciale.

Le 18, moins d’icebergs mais plus de banquises qu’hier. Maïs, le soir, c’est le vrai champ de glaces ; et le chenai, que se fait le Nascopie, se referme, au fur et à mesure, derrière lui. Ne pouvant plus reculer, pour prendre de l'élan, il est fait prisonnier et il s’arrête, — c’est-à-dire qu'il se laisse aller à la dérive avec les glaces, qui le sérrent de toutes parts.

Le 19, dimanche, impossible de dire la sainte Messe, à cause des chocs répétés du bateau, qui lutte contre les glaces.

De bonne heure, nous apercevons le Bayeskimo, immobile au milieu des glaces. Nous allons à lui, sans trop de difficultés. Lui aussi devrait pouvoir avancer ; mais il nous dit que son gouvernail avarié ne fonctionne plus et qu'il doit réparer l'accident. Notre capitaine s'offre à remorquer le blessé jusqu’en dehors des glaces. Un gros cable d’acier réunit, bientôt, les deux navires ; et nous partons.

Nous avons, à peine, fait une centaine de mètres, que le cable casse, comme du fil : il faut y renoncer. Le Nascopie s’avance, seul, sort des glaces et, là, attend sôn compagnon, au cas où il aurait besoin de secours.

Dans l’après-midi, on aperçoit le Bayeskimo qui louvoit entte les glaçons. Nous partons ; mais, le soir, il faut nous arrêter encore et allet À la dérive.

Le 20, nous travaillons, toute la journée. C’est la lutte en grand : on aÿance, on recule, oh arrête, pour repartir encore, et, le soir, on se retrouve au même endroit que la veille.

Le 21, pas de Messe. Toutes les glaces, que décharge

182 FSQUIMAUX MARS

de Détroit d'Hudson, sont là entassées, qui nous barrent le passage. Mais, à force de lutter, on contourne, enfin, la dernière des Iles Button, on brise ce qui reste de glace, et, à midi, on jette l’ancre à Burrwell, — petit port intérieur, situé sur la côte sud de l’entrée du Détroit d'Hudson.

Le Bayeskimo est là : lui, que nous avions voulu secourir, est arrivé, avant nous, ce matin.

Burrwell est un endroit plutôt triste : des montagnes dénudées, avec des pics de 2.000 pieds d'altitude, au pied desquelles se cachent quelques nraisonnettes, — et c’est tout. Des Esquimaux trapus, courts, à l’œil chinois, et crasseux, viennent au bateau.

Sur le Bayeskimo, il y a encore deux autres ministres, qui vont à la Terre de Baffin. Leur vaisseau lève l’ancre, à midi, et se met en route pour la Baie d'Ungawa. Ses passagers nous saluent ; nous Jeur répondons par une bordée de hurrahs.

Le soir, à 6 heures, le Nascopie lève l’ancre, à son tour ; et nous partons pour Chesterfield — où nous devons arriver, dimanche prochain, 26 juillet...

$ LIT. — Burrwell et Chesterfield.

Le 23, il fait bien beau : nous allons droit vers l’ouest. Tout le monde écrit, dans le salon.

Vers 4 heures de l'après-midi, le vent souffle assez fort. Mais c’est mieux ainsi : il empêche les glaces de se souder ensemble, et les glaces, à leur tour, empêchent les ‘vagues de se former. Je sors, un instant, sur le pont et constate, à ma grande surprise, que nous avons viré de bord et revenons presque sur nos pas, — et cela, à toute vitesse. On passe — « bride abattue », « ventre à terre » — entre les glaçons, que le sillage du bateau arrose, écarte ou renverse, selon la taille d’un chacun.

Qu’'y a-t-il donc ? Le Bayeskimo est en train de couler, paraît-il; et il s’agit d'arriver à temps, pour sauver l'équipage et les passagers. On vient de recevoir un message, par télégraphie sans fil : il est à 250 kilomètres de nous, .

Nous n’en pouvions croire nos oreilles ; mais la rapidité du bateau, le bruit insolite des machines, tournant à toute vitesse, le silence qui s’est fait tout à coup sur le bateau, — tout nous dit qu’il y a quelque chose de triste et de lugubre.

Qu'est-il donc arrivé au Bayeskimo ? Pas de détails : on le saura, plus tard, Arriverons-nous à temps pour sauver le personne] du bateau ? Si la tempête s’en mêle ou si le brouillard nous arrête, que feront ces malheureux ? Instinctivement, nous offrons une fervente prière pour les pauvres naufragés... La nuit est mauvaise, il vente, il pleut ct il fait froid.

Le 24, à 7 heures du matin, un marin, perché au haut des mâts, signale une chaloupe au large, droit devant nous ; puis on distingue des signaux de fumée noire qui se succèdent, presque sans interruption. Ce sont nos gens.

Une heure plus tard, nous étions près d’eux. Sur un glaçon flottant, on les compte : il y en a 35. Vive Dieu : il n’en manque pas un! Pas de trace du Bayeskimo…

Notre capitaine embouche le porte-voix : — « Hallo! Je suppose que vous ne refuserez pas de monter à bord, » Une formidable volée de hurrahs lui répond, à laquelle nous faisons écho, avec le même enthousiasme,

Les naufragés nous arrivent. On reçoit des détails. Le Bayeskimo n’a ni touché de récifs ni rencontré de glaces, mais, dimanche dernier, il s’est endommagé, en essayant de se dégager des glaces. Depuis lors, il faisait eau, d’un côté. Rien d'’alarmant, cependant, — quand tout à coup, hier après-midi, l’eau envahit tout l'avant, qui, en quelques minutes, surnageait à peine d’un mètre. Le capitaine fit évacuer le bateau ; onze chaloupes de sauvetage furent mises à la mer ; puis, l’eau se répartissant dans tout le navire, le Bayeskimo reprit sa position horizontale ; on en profita pour sauver les bagages et objets personnels des passagers. À 8 heures, on abandonna complètement le bateau ; et, deux heures plus tard, l’eau s’engouffrait dans les machines encore chaudes, la vapeur

s'échappa sous forme de dernier cri, l'arrière se leva tout droit, et le Bayeskimo plongea à pic dans 150 pieds d’eau...

Le Nascopie ressemble, maintenant, à une vraie fourmilière : les ponts sont chargés et surchargés. Maïs on trouve place pour tout le monde, pour les bagages et pour les chaloupes. Le soir, nous avions à bord 34 baleinières ou barques et 67 canots ; et nous retourniuns à Burrwell..

Le 25, nous y arrivons, sains et saufs. Les matelots du Bayeskimo vont à terre : ils resteront au poste jusqu’à ce qu’il y ait moyen de les rapatrier.

Le chargé d’affaires de la Compagnie échange des messages télégraphiques avec les quartiers généraux de Londres ; et, le lendemain 26, nous repartons, à 4 heures du matin.

À 8 heures, on vire encore de bord. Un nouveau message vient d’arriver : ct, pour lui répondre, le Nascopie doit retourner dans l'Atlantique.

Quelle journée! Le vent, la marée en sens contraire du courant et le contre-coup d’une tempête qui vient de sévir en ces parages, = tout cela produit d'énormes vagues de fond, qui soulèvent le Nascopie à plus de 20 pieds de haut. Quelle danse, toute la journée !

Le 27, au matin, nous repartons vers l’ouest ; mais nous n’allons plus directement à Chesterfield : il nous faut passer par Lake Harbour, sur la Terre de Baffin, — à peu près, à moitié chemin dans le détroit.

Nous y arrivons, le 28, par une de ces belles journées au nord qui expliquent qu’on puisse s’attacher à ce pays.

Lake Harbour est au fond d’une baie étroite et profonde, en forme de rivière. Les côtes sont très élevées ; mais on peut facilement voyager tant sur les côtes sud de la Terre de Baffin qu’à l’intérieur même du pays. Il y a ici une mission protestante, depuis plusieurs années

Le 29, nous repartons, de bonne heure, et nous nous rendons au Cap Wolstenholme, à l'extrémité ouest et sar la côte sud du Détroit d'Hudson. |

Un simple arrêt de quelques heures, et nous repartons.

en ——— ee - ——

Mais ce n’est pas encore pour Chesterfield : nous devons aller, d’abord, à Southampton. Tant mieux ; j'aurai le bonheur de revoir quelques-uns de nos chrétiens et catéchumènes de Chesterfield — qui ont émigré là, parce que le pays leur offrait plus de gibier.

Nous y arrivons, le 31, à 7 heures du soîr. Je vais à terre. L’endroit est bien pauvre, comme lieu de débarquement ; le Nascnpte reste très loin au large. Les petits canots-moteurs, eux-mêmes, ont de la difficulté à approcher, à cause des récifs.

La côte est basse ; maïs le pays est assez beau. Pas d'arbres ni d’arbustes, bien entendu ; mais, sur une étendue d’une vingtaine de kilomètres en profondeur, c’est une plaine légèrement ondulée, couverte d'herbe et de mousse et bordée, au fond, d’un rideau de montagnes bleues.

Nous avons là quelques chrétiens et nombre de catéchumènes, tous désireux de bien prier. Malheureusement, il y a, avec eux, des Esquimaux et des métis, émigrés de la Terre de Baffin et qui sont protestants. Les mieux disposés de nos catéchumènes sont bien expôsés à se faire instruire par les protestants et à se faire, par ignorance, une religion mixte — mêlée de catholicisme et de protestantisme...

Le 1er août, à 9 heures du matin, nous repartons, — et, cette fois, pour Chesterfield, où nous devons arriver demain, si tout va bien. La mer est assez belle, et tout promet une belle journée.

Le 2 août, temps superbe : tout nous porte à la joie. Vers 10 heures du matin, on aperçoit les côtes. Puis, peu à peu, le pays se dessine, la baie de la Mission apparaît, puis les maïsons, les tentes esquimaudes, et les drapeaux — qui flottent au vent, en signe de réjouissance.

. On approche. Une petite flottille de bateaux et d’embarcations de toutes sortes se met en mouvement vers nous.

Voici nos quatre Missionnaires. A leur vue, mon cœur remercie le Bon Dieu, qui les a protégés et me permet de les revoir tous sains et saufs.

Ils abordent. Quèlle poignée de main et quelle actolade fraternelle ! Tout le monde est heureux. Plus de craintes, plus d’appréhensions ; nous voilà tous réunis,

En quelques instants, nous arrivons à la Mission, et remercions DIEU de toutes ses faveurs, et Lui demandons instamment de continuer ses bénédictions sur ces Missions esquimaudes et de les développer, pour le plus grand bien des âmes et pour sa plus grande gloire.

Puis, nous jouissons ensemble de la vie de famille, de cet esprit fraternel qui soutient le cœur du Missionnaire, si loin des siens et si loin de son pays. Aimer Dieu et aimer sa famille, disait Sainte Thérèse : avec cela, on aime les âmes et on leur fait du bien.

Arsène TurQUETIL, 0. M, I.

Maison de LaPanne.

ARMÉE BELGP.

Aumônerie Catholique.

Bruxelles, le 6 aout 1919.

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