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traordioaire. Si nous comparons l'ordre régulier de la Providence à la surface unie de l'Océan, le surnaturel en sera les plus hautes vagues. En face du mont Blanc ou du mont Rose nous contemplons avec étonnement et adoration ces dômes, ces pics qui semblent ne plus appartenir à notre terre, et pourtant les cimes les plus hautes des Alpes sont formées de ces mêmes couches de roche desquelles les plissements ont produit les humbles arêtes du Jura , et qui, horizontales et invisibles, se prolongent sous de vastes plaines à l'aspect riant et monotone.
Telle est, messieurs, la meilleure image que je puisse vous donner du surnaturel dans ses rapports au cours ordinaire des choses, et ce soir je serais heureux si je réussissais à vous faire partager sur ce point ma conviction.
§ 4. La consommation du monde.
Les temps de conservation dont nous venons de terminer l'étude, comparés à ceux de création, sont des périodes d'un repos relatif. Mais le Dieu vivant n'oublie jamais ses décrets éternels et invariables et travaille sans relâche à l'achèvement de Tunivers. Il continue ce qu'il a fait déjà, et prépare ce qu'il fera bientôt. Sur notre terre Dieu ne s'est reposé de ses créations physiques que pour commencer ses créations morales, et notre planète elle-même qui à son
origine (d'après la Genèse) était informe, aqueuse et ténébreuse , et dont aujourd'hui la surface se partage entre la naer et les continents, et le temps entre la nuit et le jour, s'avance (d'après la prophétie) à la rencontre d'un âge où la nuit et la mer auront disparu'. Dans les cieux l'astronomie nous parle d'étoiles qui naissent comme faisait la terre à ses premiers jours, d'amas qui sont en voie de formation comme l'était avant le quatrième jour le système solaire. Nous pouvons donc nous représenter notre Dieu occupé sans cesse à créer dans telle ou telle région de l'univers, et si créer était pour lui déroger, il dérogerait sans discontinuer.
Pendant ses six jours de travail sur la terre, il célébrait peut-être sur Sirius un sabbat. Il recommençait sur cette étoile son œuvre de production quand il entrait ici-bas dans son jour de repos. C'est ainsi qu'il intervient sans cesse dans l'histoire de l'univers pour le conduire à son état final de perfection.
Les positivistes et les panthéistes ont le progrès sans Dieu ; les déistes ont un dieu qui regarde les progrès de son œuvre. Le Dieu vivant, qui sans cesse agit, est le seul Dieu du progrès. Aussi se nomme-t-il celui qui est, celui qui était, et celui qui vient. Il marche, sachant d'où il vient et où il va. Tous les dieux païens sont stationnaires. Allah lui-même ne marche pas : les musulmans ne sont-ils pas les déistes de l'Orient?
' Apoc. XXI, i. ■
Mais ici encore, pour ôter tout scandale devant les pas de nos adversaires , rappelons ce que nous disions l'autre soir des illusions que nous causent les apparences. Si la Bible dit de Dieu qu'il vient, c'est qu'elle parle notre langage terrestre, comme elle dit aussi avec nous tous que la terre est immobile et que le soleil marche. Dieu est notre soleil- il est fixe et il nous semble se mouvoir. (Voir pag. 72.)
Il est .( le rocher des siècles*. » Le torrent des choses créées, qui arrive d'un lointain inconnu et se porte vers réternité, coule d'âge en âge à ses pieds sans l'inonder et s'y brise sans l'ébranler. Au milieu de tous ces êtres qui se meuvent et changent, Dieu ne reste-t-il pas l'immuable ? Au milieu de tous ces ; êtres qui passent ne reste-t-il pas l'Eternel?
Il est « le rocher d'Israël, et de tous les peuples chrétiens -, » le rocher de David ^ et de toutes les âmes ! pieuses. Quand les hommes cesseraient tous de l'aimer, ne serait-il plus amour? Quand les hommes seraient tous infidèles à ses lois, ne resterait-il pas le fidèle?
Il est le même hier, aujourd'hui et éternellement*.
De sa haute demeure il domine le monde et il le dirige. Il est le rocher lumineux autour duquel tous les êtres se groupent et se pressent. Il est l'astre qui les fait tous graviter à ses rayons, et qui par le dé-
' Es. XXVI, 4. — - Deut. XXXII , 4-15, etc. ; 2 Sam. XXIII, 3. Ps. LXXVIII, 33; Es. XXX, 29. — ' Ps. XVIII, b, 32, 47, etc. — ' Hébr. XIII, 8.
ploiement de plus en plus grand de sa puissance de vie, les transforme de gloire en gloire.
Si tel est le Dieu vivant, s'il crée sans cesse et s'il supporte de sa parole les choses créées au-dessus des gouffres du néant toujours prêts à les engloutir, ne rougirons-nous pas, messieurs, de lui marchander les quelques petits miracles qu'il nous affirme avoir opérés sur notre terre? Tandis que d'un mot il semait à pleines mains la vie dans tels ou tels parages de l'espace, il n'aurait pas pu la rendre pour quelques années à Lazare? A chaque heure il forme sur d'innombrables astres des êtres nouveaux par de nouvelles combinaisons des corps simples, et nous nous étonnerions qu'aux noces de Cana il ait changé en vin l'eau contenue dans six vases ! Mais j'oublie, messieurs, que je suis à Genève. Vous savez à quel danger s'expose chez vous de parJ.-J. Rousseau quiconque se demanderait si Dieu peut faire des miracles. « Cette question, dit votre grand citoyen dans sa troisième lettre de la montagne , sérieusement traitée, serait impie si elle n'était absurde : ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négativement que de le punir ; il suffirait de l'enfermer. »