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rejetterai la race de Jacob et de David mon serviteur'. »
Qui a raison, messieurs? Est-ce Jérémie? Est-ce M. J. Simon? Et à ne voir dans le premier qu'un philosophe, que dirons-nous de la pauvre raison humaine qui tire du même fait des conséquences diamétralement contraires?
Une fois établies par la libre volonté de Dieu , les lois qui régissent les forces, sont à ce point invariables que le savant dans son cabinet peut découvrir par le calcul les phénomènes que constatera l'observation directe, ou prédire, des siècles à l'avance, la position des planètes dans l'espace à telle époque donnée. La loi fixe de la nature, et la volonté immuable de Dieu qui maintient cette loi, sont identiques; elles se recouvrent absolument, et l'on pourrait, semble-t-il, indifféremment supprimer l'une ou l'autre sans que l'ordre des choses en fût troublé. Toutefois, il ne faut pas se laisser tromper par l'apparence : la volonté divine, pour être identique avec ellemême, n'en est pas moins souverainement libre, et nous dirons avec le psalmiste, même des parties de l'univers où la loi domine avec une inflexible rigueur : « L'Eternel fait tout ce qu'il lui plaît dans les cieux et sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes*. » Jamais le Créateur ne sera l'esclave de
• XXXlll, 23-26; Comp. Ps. LXX(I,7: LXXXIX, 3, 30, 37-38. — » Ps. CXXXV, 6. — C'est le texte du premier sermon de M.
ses œuvres; jamais Celui qui seul est n'obéira à ce qui iresl pas.
Mais au sein même de la nature est un immensr domaine où règne un apparent désordre. C'est celui qu'on attribue vulgairement au hasard et que nous nommerons le champ de l'accidentel el du contingent"?
L'accident, ce sont avant tout les variations annuelles des saisons. La loi immualDle fait tourner la terre en 365 jours autour du soleil qui de trois mois en trois mois se rencontre avec une parfaite exactitude à ses équinoxes et à ses solstices, et les saisons astronomiques se succèdent dans un ordre invariable. Mais d'une année à l'autre quelle va riété dans le nombre des jours de pluie, de neige, de grands vents, dans celui des orages el des grêles! La nature ne nous otïre-l-elle pas ici l'image d'une machine aux rouages de laquelle on aurait donné excessivement de jeu? Ou plutôt ti'est-eile pas un drame, dont l'auteur aurait soigneusement tissé Tinlrigue et esquissé les scènes, mais dont il aurait laissé le dialogue à l'inspiration des acteurs? L'accident, ce sont surtout les fléaux de la nature. Quand les phénomènes atmosphériques ne sp laissent point ramener à la loi de la périodicité, qui songerait à chercher la loi fixe el invariable des tremblements de terre, des ouragans, des inondatiofis. des pestes, qu'on dirait d'implaca-
Boimet dans son excellent livre : Le miracle dans la vie du Sauveur.
bles ennemis se ruant on ne sait d'où sur notre race pourTanéanlir ?
Ce domaine des accidents physiques est conligu d'un autre non moins vaste où Thomme par son libre arbitre et par son péché cause des désordres physiques de tout genre. Nous ne parlerons pas des perturbations que notre imprudence produit dans les climats par le déboisement des forêts ou par l'épuisement du sol. Mais que de maladies qui n'ont pas d'autre source que nos vices, et que de causes de mort nous ajoutons ainsi à la vieillesse ! Si la même loi condamne à périr l'homme, l'animal et la plante, quel écart entre l'enfant mort-né et le vieillard centenaire ! Que de maladies qui trompent en sens contraire toutes les prévisions de la médecine! Que de personnes enlevées à la fleur de l'âge par de déplorables accidents!
Les deux domaines du contingent forment réunis celui de la Providence que Rothe a nommé avec un rare bonheur « le domaine réservé de Dieu. » C'est là que Dieu prend les verges dont il frappe les peuples, les familles, les individus qui ont par leur méchanceté lassé sa patience. C'est là qu'il puise ses bénédictions temporelles pour ses pieux serviteurs, et leurs plus audacieuses prières ne franchissent pas les limites du monde de l'accident.
Tous les événements qui s'y passent, sont le résultat de causes naturelles qui s'enchaînent les unes aux autres, et si l'enchaînement de causes produisant sans
aucun ordre les effets les plus variés peut recevoir le nom de loi, nous dirons avec M. Simon « qu'il y a des lois que nous ignorons, mais que tout a une loi, que ce que nous appelons désordre, est proprement une dérogation à des lois connues, qui a lieu en vertu d'une loi inconnue, que nier le hasard c'est affirmer que tout mouvement est réglé par une loi et ordonné vers un but'. >> Quoiqu'il en soit, notre Dieu veut tous les accidents de la même volonté dont il veut les lois fixes du monde physique, et les fait entrer, comme celles-ci, dans son plan de l'univers. Si donc ces lois n'existent et ne fonctionnent que par lui, ce n'est aussi que par lui qu'agissent les causes innombrables et insaisissables de tous les phénomènes contingents. S'il ne tombe pas un passereau en terre, et de notre tête pas un cheveu sans qu'il ne le sache, le permette ou le veuille, à bien plus forte raison est-ce lui qui fait pleuvoir, tonner, grêler, neiger.
Jérusalem, loue l'Eternel !
Célèbre ton Dieu, ô Sion ?
Il envoie ses ordres à la terre ;
Avec célérité court sa parole.
11 fait tomber la neige comme de la laine,
Comm.ede la cendre, il répand le givre;
Il précipite sa glace en parcelles menues.
Qui peut subsister devant ses frimats?
Il émet sa parole et il les fait fondre;
Il fait souffler son esprit, les eaux s'écoulent. •
' Pag. 135 etl36. » Ps. CXLVII, 12-18. Comp. Ps. LXV, 10-U CIV ; CXXXV, 7; CXLVII, 8, 15; CXLVIII, 8; Ames, IV, 6-11 Jér. X, 13 ; Zach. X» 1 ; Deut. XI , 14 . etc.
De m^ine que par les lois fixes du système solaire « Dieu fait lever l'astre du jour sur les méchants comme sur les bons, » ainsi dans le domaine de l'accidente!, « il fait pleuvoir sur les injustes comme sur les justes. ' » C'est Jésus-Christ lui-même qui nous tient ce langage, el son apôtre St. Paul dit pareillement que « Dieu envoie les pluies du ciel et les sai sons fertiles aux nations païennes, qu'il a laissé marcher dans leurs voies *, » aussi bien qu'à son peuple élu. Voilà l'ordre habituel et régulier de la nature ; voilà l'action constante et inaperçue du Dieu vivant dans le monde physique.
Et ne dites pas, messieurs, que c'est ravilir la Divinité que de la supposer occupée à faire pleuvoir. Cette fonction de Jéhova, je le veux bien, occupe peu de place dans nos Livres sacrés, qui ne nous parlent que de sainteté. Mais, sur la face entière de notre globe et tout particulièrement dans les pays chauds, la vie physique de l'homme est liée à la pluie. L'absence de pluie, la sécheresse, c'est la disette, la famine, la mort. Le relour régulier des pluies de la première et de l'arrière-saison, ce sont d'abondantes moissons et de verls pâturages, c'est la joie, c'est la vie. Aussi les nations païennes, qui n'ont de sens que pour les bénédictions temporelles, font-elles, chacune, de son Dieu suprême un Dieu du ciel, des nuées, de la foudre et delà pluie.
♦ Malh. \, 45. Comp. Ps CXLV, 9. — » Act. XIV, 16-17.
Cependant le Dieu vivant, qui esl la souveraine justice, a dans la pluie et la foudre et dans les fléaux de la nature de dociles instruments pour l'exécution de ses décrets de réoaunération.
Il faillies vents ses anges
Kl se>; niinisties de la flamtne de feu '.
D'humidité Dieu cluiige la nue;
Ilépandles nuages porteurs de ses feux.
Qui tournoient en tous sens sous sa conduitr
Pourexéculer tout ce qu'il leur commande.
Sur la surface du disque de la terre.
Tantôt pour servir de verges si la terre est loupahle.
Tantôt pnurhénir, il les fait .»rriver-.
Cette intervention de la justice providentielle de Dieu se fait sentir à la conscience de tous les peuples- Partout on les voit, sous les coups des fléaux de la nature, chercher par leurs sacrifices à apaiser le courroux de la Divinité. Mais nous hésiterions sur la vraie nature de ces lamentables hasards, si nos sainis Livres ne nous apprenaient pas à y reconnaître des châtiments divins. Voyez, messieurs, dans les discours prophétiques de Moïse aux Israélites comment Dieu les bénit ou les châtie par la pluie ou la sécheresse, par la fécondité ou la stérilité, parla santé ou la mortalité'. Voyez pareillement dans les révélations
• Ps. CIV, 4. — * Joh XX XVII , 11-13. Comp. V , 10; XXVl, 8-13; XXXVI, 27, 28; XXXVIIf . 25-27. — » Lév. XXVI; Dent,
symboliques de St. Jean relatives à nos nations soidisant chrétiennes, les hommes blasphémer sous le tléau d'une grêle prodigieuse*. Mais surtout lisez ce passage d'Amos*: « Je vous ai envoyé la famine... et vous n'êtes point revenus à moi. Je vous ai refusé la pluie. ... j'ai frappé vos blés du charbon et de la carie ; vos nombreux vergers.... ont été dévoréspar les sauterelles;... j'ai envoyé parmi vous une peste telle que celle d'Egypte.... et vous n'êtes point revenus à moi. >• Cette succession de fléaux au temps de la corruption et de la décadence d'Israël est-elle naturelle? est-elle surnaturelle? Chacun de ces fléaux pris à part n'a rien d'extraordinaire, et comme ils s'expliquent tous par les lois et les forces de la nature, ils ne sont pas des miracles. Mais ils se sont suivis de si près que leurs victimes auront eu le sentiment confus d'une intervention divine, et nous venons d'entendre le prophète leur dire: « C'est l'Eternel qui vous châtie ainsi, coup sur coup. » Ces phénomènes physiques, pris dans leur ensemble, supposent donc une action immédiate de Dieu, et sont bien réellement des miracles.
Nous voici, messieurs, arrivés au vrai point de perspective du surnaturel. Il n'est que la forme la plus apparente de l'action ordinaire de Dieu, et comme cette action est constante, son intervention directe peut nous étonner, mais elle n'a pour lui rien d'ex-