La Vieillesse, ou le Retour et les Macchabées
La captivité de Babylone n'aurait point eu de fin si Dieu n'était de nouveau intervenu en faveur de son peuple. Mais, comme le remarque expressément Zacharie, « ce ne fut point par armée ni par force, mais par l'Esprit de l'ElerneP ». Il avait fallu dix plaies pour forcer Pharaon à libérer Israël : Cyrus s'y décida comme de lui-même parce que « l'Eternel avait touché son cœur ^. » Aux yeux des anges, cette dernière délivrance procède aussi immédiatement de Dieu que la première et est tout aussi merveilleuse ; mais pour nous qui ne voyons pas agir l'Esprit divin, l'une nous paraît un heureux hasard et l'autre provoque notre admiration ou notre incrédulité.
Le retour des Juifs dans leur pairie ouvre le qua-
♦ Dan. Vil, 4. — « Zach. IV, 6.— = Esdr. I, 1.
trième âge de leur nation, celui de sa consomma lion et de sa vieillesse. Cet âge commence, ainsi que les trois autres, par des interventions surnaturelles de Dieu; mais, comme le peuple est mûr pour Taction intérieure de l'esprit divin, elles se réduisent ici à l'envoi des trois derniers prophètes, Aggée, Zacharie et Malachie, sans le moindre miracle et sans théophanie.
Malachie pose la plume inspirée au temps où le père de l'histoire profane, Hérodote, prend la sienne, et pendant les quatres siècles qui séparent du dernier des prophètes la venue de Jésus-Christ, les Juifs sont régis par les mêmes lois providentielles que tous les autres peuples de la terre, comme au reste leurs ancêtres l'avaient été déjà pendant leur séjour en Egypte, pendant la majeure partie des temps des juges et des rois. Le moment était venu pour eux de faire valoir par eux-mêmes les dons que leur Dieu leur avait faits de la prophétie, des psaumes, de la loi et des traditions historiques.
Ils s'acquittèrent glorieusement de leur tâche au temps des Macchabées. Remis à eux-mêmes . ils firent preuve d'autant de zèle pour le monothéisme que les générations anciennes avaient montré d'ardeur pour l'idolâtrie, et si les précédents âges avaient eu de pieux patriarches, des juges intrépides, de saints prophètes, le dernier produisit une foule de simples fidèles qui moururent du glorieux trépas du martyre. Mais ces beaux jours furent de courte du-
rée, et à la naissance du Christ le peuple juif se divi sait en pharisiens et en saducéens, comme les peuples de l'Orient et de l'Egypte en esprits superstitieux et en esprits forts, et les peuples de la Grèce et de ritalie en épicuriens et en stoïciens. Partout étaient rares les âmes droites et sincères, ici avides du souverain bien, là pleines d'une foi vivante au Messie promis. Le monde ne les connaissait pas, et elles étaient perdues dans une société radicalement corrompue où se mouraient les nations, toutes eh faillite, sauf Rome, et où il n'y avait plus ni vie politique, ni amour des beaux-arts, ni recherche de la vérité philosophique.