‹ Il y a du libéralisme et du gallicanisme en Canada [microforme]Chapitre 4 sur 4 · RU | BI · texte numérisé non relu

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de dire ce qu’:1s en pensent après ce nouvel exa men.

Nous avons des lois qui exigent que l'Eglise, pour posséder, reçoive l'autorisation de l'Etat, et, d’après les mêmes lois, l'Eglise en un grand nombre de cas, ne peut posséder que dans certaines limites déterminées par l'Etat. Rt cependant le Syllabus dit que l'Eglise est une société véritable, parfaite, complètement indéperdante : qu’elle a ses droits propres et imprescriptibles que lui a conférés son divin Fondateur ; que ce n’est pas au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Eglise ni dans quelles limites elle doit les exercer : qu'enfin, par le fait de son existence, elle a plein droit d'acquérir et de posséder.

Nous avons des lois qui entravent le libre exercice de la juridiction ecclésiastique, notamment dans tout ce qui concerne l'érection des évêchés et des paroisses, etc. Et cependant le Syllabus dit que le pouvoir ecclésiastique doit exercer son autorité sans avoir besoin de demander auparavant et d'obtenir la permission ou l’assentiment du gouvernement civil.

Nous avons des lois qui ne reconnaissent nuilement les immunités ecclésiastiques, surto: & les immunités personnelles. Et cependant le Syllabus et le droit canon disent qu’elles doivent être respectées tant que le Souverain Pontife n’a pas été consulté et n’a pas accordé de dispense à cet égard.

Nous avons des lois qui mettent les écoles sous le contrôle absolu de l'Etat; qui laissent aux seuls laïques, désignés par lui à cet effet, le choix comme l’approbation des maîtres et de Ja plupart des livres à mettre aux mains des enfants. Et cependant ie Syllabus dit que l'Etat outrepasse

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ses pouvoirs quand il s’attribue la pleine et ntière direction des écoles publiques et populaires, ne tenant aucun compte du droit divin qu'a l'Eglise, eû égard à la mission qu’elle a d’enseigner toute vérité, de s'occuper de la direction des écoles, d': régime des études, du choix ou de l'approbation des maîtres.

Nous avons sur le mariage des lois qui empiètent sur les droits et l'autorité spirituelle de l'Eglise, et qui blessent gravement sa doctrine. Et cependant le Syllabus dit formellement que les causes matrimoniales ne sont pas de la compétence du pouvoir civil, et qu’il ne lui appartient pas de créer des empêchements.

Enfin, ici, en Canada, quand l'Eglie: demande à l'Etat de reconnaître ses lois ou quelqu’une de ses lois, ce que l'Etat doit s’empresser de faire pour être dans l’ordre, il ne les considère pas comme des lois toutes faites, obligeant déjà en conscience, indépendamment de sa sanction ; mais il les regarde comme de simples bills, de purs projets de lois proposés à son examen et à la discussion de ses chambres ; puis illes sanctionne, quand il lui plait d’avoir cette condescendance, en modifiant, retranchant ou ajoutant ce que bon lui semble. Et cependant l’enseignement catholique nous dit que l'Eglise confectionne elle-même ses lois, indépendainment de la puissance séculière, et que c’est un devoir pour l'Etat de les reconnaître et de s’y soumettre.

Désire-t-on d’autres preuves de l'existence du gallicanisme parmi nous? Il est facile de les donner, de les accumuler même.

Qu'on se rappelle le fameux procès Guibord et qu’on dise si l’on n’a pas tenté alors de faire con-

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sacrer, par une sentence de juge, ïes principes les plus gollicans qu'il soit possible d'imaginer. Le seul fait qu'u1" tribunal civil s’est constitué pour demander cerapte à l’autorité ecclésiastique de l'exercice de ses droits propres, même spirituels, et pour se prononcer sur la légitimité ou l’illégitimité de ses actes, accuse la force du gallicanisme parmi nous. S'il ne se sentait pas fort, il n’oserait pas autant.

Qu'on se rappelle l’accueil extrêmement favorable qu’on à fait, en plusieurs endroits, au Manifeste du. Correspondant et aux Observations de Mgr. d'Orléans, deux pièces encore plus gallicanes que libérales, et qu’on dise si Les choses se seraient ainsi passées dans le cas où il n’y aurait point eu de gallicanisme parmi nous? Naturellement, il fallait partager les principes et les idées contenues däns ces pièces pour se donner la peine de les réimprimer ici, de les publier à grands frais, de les faire valoir et de les défendre avec chaleur. contre ceux qui les attaquaient.

Qu'on se rappelle ce que le Journal de Québec, qui a des inspirateurs influents et qui est l'organe d’une école nombreuse, a répondu pendant des semaines et des mois au Nouveau-Monde, réclamant pour l'Eglise de Montréal le libre exercice de ses droits. N’a-t-il pas invoqué et développé dans la mesure de ses forces tous les principes gallicans, et n’a-t-il pas fini par prétendre qu’une Eglise particulière ne jouit pas des libertés de l'Eglise universelle et qu’elle est sous la dépendance de l’Etat ? D’après ce principe c'en serait bientôt fait des libertés de l’ Eglise universelle elle-même. S'il u’y avait point de gallicanisme en Canada, y parlerait-on publiquement de cette façon et recevrait-

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on de nombreuses félicitations, des encouragements même, pour avoir ainsi parlé ?

Qu'on se rappelle encore le long et douloureux martyre que l’on continue de faire subir au saint évêque de Montréal parce que, comme un autre Thomas de Cantorbery, il veut conserver intactes les libertés de son Eglise. Quelles misères ne lui a-t-on pas crées et ne lui crée-t-on pas tous les jours encore en poussant le pouvoir civil à intervenir, sitôt que le vénérable prélat entreprend d'exercer les droits qui lui ont été conférés par sa nomination au siége qu’il occupe ? Et l’on nierait qu’il y eût du gallicanisme là-dedans ! Pour sür, ce serait un peu fort.

Qu'on se rappelle enfin, car il faut en finir, le vacarme qu’on à soulevé autour de la chaire de Notre-Dame de Montréal, quand le R. P. Braun y a proclamé les doctrines du Syllahus, à l’occasion des Noces d'Or de Mgr. Bourget. En cette circonstance, les gallicans et les libéraux ont été tellement exaspérés qu’ils n’ont pas eu l’habileté de se déguiser un tant soit peu. Le révérend Père n’a fait qu’une simple exposition de doctrine et s’est tenu à mille lieues de tout ce que l’on pourrait appeler personnalité. Malgré cela, on a crié à l’insulte, à l’injure et à l’outrage de tout un monde d’auditeurs. Puisque tant de personnes ont été insultées, injuriées et outragées pat un seérmon qui flagellait surtout le gallicanisme, mais qui ñele flagellait qu’en termes très-généraux, il faut bien qu’il y ait du gallicanisme au sein de notre société et que même il y ait en quelque sorte acquis droit de cité. Autrement, comment expliquer ce vacarme et ces clameurs ?

Maintenant, la conclusion à tirer de tout ce que

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j'ai dit et démontré, c’est que contrairement à la négation de M. le G. V. Raymond, il y a malheureusement en Canada beaucoup de libéralisme et de gallicanisme.

(ependant si chacun de nous veut y mettre de la bonne volonté, M. le G. V. Raymond et M. le G. V. Cazeau en tête, il est a espérer qu'avant longtemps on pourra écrire en toute vérité : “ En Canada, il n'y a plus ni libéralisme ni gallicanisme.” C’est dans l’unique espoir de contribuer à cet heureux résultat que je me suis permis de contredire M. le G. V. Raymond, et de jui soumettre les faits les plus saillants qui m’autorisaient à le contredire.

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