AMÉLIE, GÉRÔME
(Il* a« rr^aiZrot ua ■ «■»*»( «a*f prbr.)
CÉROME, apr*» avoir la »aa« la rt|trl contraint CAallit. U CSt doDC
vrai, Mademoiselle, on ne m'a point trompé, votre silence me le dit... Vous allez vous marier?
asélib, Uituti u voix u lr« ym*. Oui, Gérôme.
gerome. Oui?., ah!.. Il fallait que je l'en tendisse de votre bouche, et il me semble encore que je ne dois pas voua croire... Vous marier, après seize années...
AMÉLIE, Su U>n J. U pri*l«. MoiV JTIli !
gerome, iik <b«i*<ar. Oui, Mademoiselle, je dois vous le dire. | après seize années de courage, de résignation, de vertu... ah ! j Mademoiselle, c'est trop tard ; ou il ne le fallait jamais. Il y a [ dix ans, douze ans, je ne dis pas; quand on est jeune, le mariage parait si beau, et puis l’amour est là, le coeur parle quel- | quêtais plus haut que la raison ; la séduction, le monde... je j l'ai craint pour vous. Mademoiselle, et je vous aurais plainte alors, voilà tout. Mais après avoir si longtemps résisté, après avoir bravement sacrifié votre plus belle jeunesse, renoncer tout d'un coup au fruit d'une bonne action, gâter seize années de vertu, perdre, mordienne! le champ de bataille après la yictoiie... Oui, Mademoiselle, ça me fâche, ça me bouleverse l’esprit, parce que je vous admirais... et à présent... Enfin, c’est f apparemment votre volonté; au surplus, vous êtes la maîtresse; je n'ai rien à dire à ça... si ce n'est que le pauvre petit, comme à peu près tous ceux qui lui ressemblent d’un certain côté, a mange, comme on dit, son pain blanc le premier, et que maintenant... (il t*«rrètt «o»*M A*élir, ion mouthoii iur yeux, i'4«o«t*r m piturtm.) Pardon. Mademoiselle; je me suis permis plus que je n’ai le droit de faire.
AMÉLIE, *»«e douetur. Non, Gérûme, vous ave* ce droit. gEromb. Ce n’est pas tout à fait ma faute; c’est, voyez-vous, mon amitié pour ce cher petit garçon... et pour vous aussi, Mademoiselle; oui, pour vous, qui n’avez peut-être pas assez prévu, assez calculé toutes les conséquences d’un mariage dans votre position; il y aurait des choses à dire à cet égard, si... mais... Enfin, est-ce décidé, Mademoiselle ?
AMELIE, itk une douce. Oui.
ce home Alors, toutes mes raisons ne signifient plus rien; du moment que c’est votre idée... si le cœur s’en mêle aussi... Soyez heureuse, Mademoiselle; mais c'est égal, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez avoir plus d’aflcction... pour un homme que pour...
AMÉLiE,r>Merr«apaiii. Jamais. Gérôme,oh! non, jamais! Cette aflcction si prutande, si malheureuse, et qui in est si chère, est la seule qui remplira ma vie.
cêroms. La seule? vous me l'avez toujours dit, Mademoiselle... et vous vous mariez!
géroms. Je fais bien plus, (e* pUurxni.) je me sépare de lui, gerome. Du petit?
amelib. De Félix.
GEROME, »«• maître de «on ladifulio». VOUS VOUS en sépaiVZ,
Mademoiselle! vous chasserez ce pauvre enfant... après... amelir. Ah! le chasser! avez- vous pu dire ce mot? gerome. Dame!
amelib. Je l'éloigne.
cérome, «»*« imm«m«. C’esi juste ; il le faut bien pour prendre un mari.
AMÉLIE, pnsi» ei terrent U main de Gérôme xtee nmlllé. Je VOUS
pardonne, mon bon Gérûcne; oui pour prendre un mari, aliu de sauver l’honneur et la vie de mon père : voilà mon crime. gerome. Ab! mon Dieu, que dites-vous là, Mademoiselle? amelie. Vous m'avez pu soupçonner d’un sentiment indigne de moi?
cérome. L’honneur et la vie de votre père! est-il possible? amelie. Oui, Gérômc, sans cela... Non, non, mon cœur n’a point oublié quel malheur aQreux, quel crime m’a défendu d’approcher de l’autel du mariage. Quand même un sentiment, (Mu R»a.) un amour de mère n'eût pas suffi pouf remplir et combler mon âme, l'honneur m'eût dicté mon devoir. Dire ma honte ou bien tromper un époux, pourmavie, je ne l’eusse point fait.
cBromk, •*«• d». larmtt. A la bonne heure. Mademoiselle, et cependant vous n’ètes pas coupable.
amelie. Et qu'importe? on m'a déshonorée. (<Mr*a« lui un '!*•* de >• taire.) Votis savez, Gérûme, quelle était ma résolution : jamais de mariage; mais un devoir plus sacré, ma conscience me le dit, est venu me relever de ce serment, et m’oblige à le rompre. Gérûme, je vais vous prendre pour juge. Je puis encore refuser ma main. Je m’engage à rejeter ce mariage, si vous me dites que je le puis sans me perdre dans votre esprit.
gerome. Moi, juger cela?
amelie. Oui; vous êtes un honnête homme. Ëcoutez-moi. A l’époque fatale... en 1814... (eii« «-«rriu •« rouir* ><-* gerome, »*•« triiuiH. Pourquoi nommer cette année? amelie. 11 le faut bien ; pondant que j’étais cachée dans votre chaumière, à quinze ansl et que vous seul et Dieu...
GERUME, irèt-lix», cl lui prratoi U min. Chut...
amelie, eprè* ««lu. Après l’entrée des alliés dans la capitale, mon père était resté a Paris.
gerome. Oui.
amelie. Nous avions un ami, intime; vous avez dû l’entendre nommer, le baron de Saint- Val?
geromb. Sans doute.
amelie. Il avait été conventionnel, et il avait voté...
CEROME. Diable!
amelie. On redoutait des représailles, des vengeances. Le baron, efirayé, se crut perdu, proscrit, et ne vit de salut pour lui que dans la fuite : rien ne put le retenir. Déjà, par prévoyance, il avait réalisé toute sa fortune : cinq cent mille francs en portefeuille. Frappé de terreur, craignant d être arîêlé, il n'osait garder cette somme sur lui. Il vint trouver mon père, lui confia son portefeuille, et lui dit : Gardez-moi cela; je pars; si j'atteins la frontière sans malheur, je vous écrirai, vous me ferez passer ces fonds. Si l’on m’auéle, gardez-lesmoi. Si je péris, vous les remettrez à mon fils... Mou père accepta le dépôt; il n'en donna pas même de reçu, et le baron partit. Trois mois s’écoulèrent... point de lettres, point de nouvelles...
gerome. Du baron?
amelie. Enfin, au bout de quinze mois, après les Cent Jours, j etais revenue chez mon père; un journal étranger nous apprit, par hasard, que le baron de Saint-Val était mort #ul>itementen arrivant a Londres, trois jours après sa fuite de Paris. gerome. Il était mort!., et sou fils?
amelie. Son fils, qui avait suivi Napoléon à File <1 Elbe, avait disparu... Aussitôt, mon père pensa qu'il ne devait plus garder le dépôt de son ami, et en attendant qu'il pût découvrir ce qu'était devenu Léon de Saint-Val, il voulut remettre le portefeuille cuire les mains d’un notaire.
CEROME, C'était bien.
amelie. Ce portefeuille avait été serré dans un secrétaire à double fond ; mon père seul en avait la cleT : c’était un secret pour tout le monde... il ouvre, lève le double fond... je le suivais; je le vois encore avancer la main pour le prendre... s’arrêter, reculer, pâlir, et tomber sans connaissance. gerome. Comment?
amelie. Le portefeuille avait disparu.
gerome. Les cinq cent mille francs?...
amelie. Etaient volés.
geromk. Avez-vous découvert?..
amelie. On n'a jamais rien su.
GEROME. Un dépôt!
amélie. Oui, Géroine; et un dépôt fait sur l'honneur I Vous connaissez mon père, sa probité, toute notre fortune égalait à peine la valeur du dépôt. Dès ce moment il ne se regarda plus que comme le gérant de son propre bien, il attendit l’heure de sa ruine. Et moi, Gérûme, je profitai de ce secret et de ce malheur pour refuser tous les partis, d'accord avec mon père, qui ne savait pas...
gerome. Cependant vous êtes toujours riches... Ah mon Dieu ! je devine, est-ce que l’héritier?..
amelie. Oui, Gérômc; après quatorze années, lorsque nous commencions à oublier notre danger, un jour, il y a un moi> à peine, un militaire, un colonel se présenta chez mon père : c'était monsieur Léon de Saint-Val, le fils du baron. gerome. Seigneur Dieu! il venait réclamer?..
amélie. Non, il ne savait rien.
CÉROME. Ah!
amélie. Son père n'avait pas le eu temps de l'instruire. gerome. C'est vrai! alorsr amelie. Mais mon père le savait, lui.
gerome. C’est juste, et c’est un honnête homme. amelie. H lui a dit sans hésiter : Monsieur, j’ai reçu eu dépôt, de monsieur votre père, cinq cent mille francs que je dois tous rendre. Le dépôt est perdu; mais demain mon noteinvous remettra lclat de toute ma fortune; elle monte à celle somme, elle vous appartient.
gerome. 11 a dit ça, Mademoiselle? Qu'a répondu le colonel?
amelie. J’étais présente^ j’ai vu les veux de M. de Saintj Val se remplir de larmes; il les a levés longtemps sur moi, et
s'est tu.
gerome. 11 u’a rien dit! ce n'est pas bien.
amelie. Le lendemain, il fit demander si ma main était libre.
gerome. C’est bien.
amelib. Ah ! Gérômc, le ciel le sait ; je ne voulais pas trom- ; per un homme aussi généreux : je refusai ; mais alors, ce fut | mon père qui vint se jeter à mes genoux, et je vis couler des larmes, j'entendis* des prières que je ne connaissais pas en- I core ! Voyez-vous ce vieillard si courageux, si probe , si fier, à mes pieds, pâle, près de mourir. Ma' fille, me dit-il. ne pas rendre un dépôt, c’est perdre l'honneur, et la misère est trop ' pénible à mon âge! sauve ma vie et ina gloire, en acceptant
oogle
un noble ëpoui; tu n’as aucune raison de refuser. Si lu rejettes sa main, tu prononces mon déshonneur ou ma ruine. Mon, maigre lui-même, je ferai mon devoir, cl dans une heure j'aurai cessé de vivre, pour ne pas voir ta propre misère. L'entendez-vous! moi je ne pouvais lui due : Votre fille est indigne de racheter votre honneur r ah ! c'est alors qu'il serait mort! Gérôme, j’ai donné ma main, ai-je mal fait? suis-je coupable?
cérome. Vous! oh! non, maintenant! c’était votre devoir. amelié. Cependant, Gérôme, je sacrifie mon Félix, ci- home. Au contraire. Mademoiselle; n'était-il pas aussi ruiné sans ce mariage? Eh bien ! vous serez toujours riche, et vous ne l’abandonnerez pas.
amêlie. Oh ciel! jamais; mais il ne sera plus auprès de moi.
GEROME. Pourquoi donc?
ameue, «t«< «n* »oru de Imbu. GMme! si je l'aimais moins, si je pouvais cacher mon amour, peut-être ; mais comment oser devant un époux.
geromb. Je comprends.
AMELIE. Il faut donc... (Lui prenant le. nain* »»fe l'MIrtl U plu»
Mon ami, mon digne et unique ami, vous seul, après Dieu, savez mon secret! soyez le père de mon Félix, comme vous avez été le mien !..
cErome. Toujours, Mademoiselle.
amélie. Gérôme, je vous le confie, je vous le donne, c’est mon amour et ma vie!
cérome. Je le prends, Mademoiselle, et je vous en répondrai sur le reste de mes vieux jours.
améi ie. Vous l'emmènerez : vous le conduirez à Paris; là, je pourvoirai à tout; d'ici. Gemme, je veillerai à son éducation, nous n’épargnerons rien; il deviendra, j’en suis sûre, un homme distingué; oh ! oui, mon Félix est appelé à s’élever parmi les hommes! il choisira sa carrière, son cœur le dirigera bien; et vous, Gérôme. vous serez son guide, son ami, son père.
cérome. Oui, Mademoiselle; et vous?
AMÉLIE. Moi, j'irai le voir quelquefois.
gérôme. Souvent; sans rien dire, il ne saura jamais... AMÉLIE, I .rrtuni. Il le saura, Gérôme.
gérôme. 11... comment! vous lui direz?... Ah! je comprends; plus tard, quand son âge, sa prudence...
amélie. Non, mon ami, dès aujourd’hui.
GEnoMB. Aujourd'hui! quoi, Mademoiselle, vous lui direz que vous êtes... mais il ne voudra plus partir, il ne voudra plus vous quitter.
amêlie. Au contraire, il partira moins malheureux, avec plu s de courage.
gérôme. Vous croyez ça. Mademoiselle?
amêlie. Non, Gérôme. je le sens. Eh ! dites-moi, mon ami, quelle raison pourrais-je avoir de chasser cet innocent enfant, après l'avoir élevé, comme ils disent, par charité; après l avoir tant aimé, si longtemps comblé de mes caresses! il ne me comprendrait plus! Gérôme, il m'adore, et il croirait qu’un caprice... Ah! mon cœur s’en révolte ! le sien en serait brisé, peut-être flétri pour toujours, car il ne croirait plus à l’amitié. „
gérôme. C’est vrai; mais, Mademoiselle, il est si jeune encore; s’il allait dire...
amélie. Non : je lui donnerai à garder l’honneur et la vie de sa mère; je serai tranquille, mon ami, il ne me trahira pas.
gérôme, tréMai*. Et... quand faudra-t-il... que je l'emmène?
AMÉLIE, *prt« an aamba» intérieur. Aujtlird hut.
GÉRÔME. Sitôt !
amélie. Avant l'arrivée... Aidez mon courage. cérome. Quand vous voudrez. Mademoiselle : mou petit bagage sera bientôt prêt... Congédier Annette et*fermer ma porte... je ne vous demande que deux heures. amélie. Soyez seulement de retour avant le soir.
GEROMB. Comptez sur moi. (Pandan» qn’Amélla «oen*, k paru) Quel dommage! une si bonne mère! (c« Ja»miqua parait.)
amelir. Appelez Félix; qu’il vienne tout de suite. (l« dntn«tiqu* m retira.) Mon Dieu! voilà l’instant le plus cruel et le plus doux de ma vie... Je vais donc l'appeler mon fils! geromb. Je l'entends.
AMÉLIE. irtn-Amue. C’est lui... DOOn ami... (Lai «outrant le cabinet qui au * geiuhe.) Attendez là.
gérôme, bo*. Oui , Mademoiselle, (n p*»« dan* la cnbinut.)