SCÈNE XII
AMÉLIE^ encore seule ; ai, ai instant apres, SAINT-VAL.
AMfiLiE. da.» i< plu* grand troubla. Eli bien! comme je tremble ! pourtant, mon Dieu! je ne suis pas coupable; mais c'est mou
épOUX! oh!.. {Ella ta «ouvra la figura de ton mouchoir «t d« i«« maint; la parta «‘ouvra at le baron parait.) C ÜSt lui! (EHe demeure tant maurement; Saint- Val s'atsncs Icuicneat d'un air grave, froid, mai* chagrin.)
SAINT-VAL, spré» avoir regardé Amélie un moment en «Mener. Madame. vous m'avez. fuit demander un entretien, je n on comprends pas la nécessité, mais je me rends à votre désir... (un •iiencr.) Je suis à vos ordres. Madame.
amélie. Je vous en ai déjà adressé me» remerciements; je ne m'attendais pas à tant de bonté de votre paît; je n'espérais
plus... (Ella «'arrête comme >i la aoU lui manquait.)
saint-val. Vous av» tort, Madame, et vous vous trompez 1 encore en cherchant dans mon âme un sentiment de culere ou de haine.
améué, i«cc douceur. N'on.je ne m’en flatte même pas; je sais bien que je n'ai plus droit qu'au mépris.
SAINT-VAL, cherchant t nlotr la douleur qu'il rrtseut. Vous avez
mal interprété ce que j’ai mal exprimé moi-même; non, Amélie, non. Madame, point de colère et point de mépris; de. la douleur, c'est tout ce que jeresseus, et... {je suis sincère, vous le savez) si ce peut être pour vous un sujet de consolation, demeurez convaincue que cette douleur inc suivra jusqu'au tombeau. Je n'ai pas vécu jusqu'ici dans une telle ignorance du cœur des hommes, que je puisse vous confondre avec tant de femmes légères, coquettes, perfides, audacieuses, dont le monde brillant fourmille ; non, Madame, imprudence ou malheur... Mais le vice n’a point été jusqu’à vous. (Amélie pleur*.]
Je vous plains, et mes reproches ne iombent que sur moi ; r*cst à moi qu'est tout le tort- Vous avez refusé ma main ; j'ai persisté... J'ai vu vos larmes; je n’ai pas voulu comprendre. Vous ne me deviez point d'aveu ; je vous ai forcée de choisir entre votre père et moi ; vous avez fait voire devoir : sais-je vous rendre justice, Madame ?
AMÉLIE, étouffant 1*5 l«r»«. sou* son mouchoir. Pas CilCore.
.SAINT-VAL, plus ému qu’il u« voudrait la paraît». Apl'OS... apres la
ruine si prompte de toutes mes espérances, si j ai voulu vous quitter sans vous revoir... c'était par pitié pour moi, et pur respect pour VOUS. (Pendant te* dernier* mou, Amélia relise la Ulc *t«berelie A raffermir «a rétignation.)
amélie. Celte conduite généreuse est noble et digne de vous; moi , Monsieur, il me reste aussi quelque chose à. faire; résolue à subir toutes les conséquences de mon sort, je ne vous ai point prié de m'entendre pour implorer ni pardon, ni grâce ; je vous ai trompé ; mais je vous dois toute la réparation qui est au pouvoir d une femme. Notre mariage peut-il être rompu? on me l'a dit; votre honneur exige que je ne porte pas votre nom; si je le puis, je veux vous le rendre sans tâche.
saint-val. Faire casser notre mariage devant les tribunaux ! qui le demanderait? Moi, vous porter le coup moi Ici ! notre contrat serait également déchire, et votre père sans fortune! et vous!... Ah ciel! aurons-nous donc jamais le désir de former d'autres nœuds ! Non, Amélie, je ne le veux pas ; gardez mon nom; je n’eri ai plus besoin pour personne.
amélie. Je vous remercie pour mon père, Monsieur; pour i moi, je ne le porterai pas, je vous le promets. Je ne puis rester ni sous vos yeux, ni sous les regards du monde ; demain, dès demain, je vous le jure, vous n’aurez plus à rougir; je serai dans un couvent, et jamais, jamais, votre nom n'y sera pro- i
UOnCC. (Amélie fond eu larme*. — Saint-Val ta s’amolr comme un homme qui «uccomhe A une douleur profonde. — Apre* nn «ilence, Amélia ayant et* rayé ses yeux ntt courage, relé«« la télé, et «a «nia reprend la força et
i'eipre*»ion d’un noble dé*«*poir.) Voilà, Monsieur, tout ce qu'une femme coupable peut faire, et j’en prends l'engagement. Mais une femme qui n'est pas coupable, qui se résigne pourtant à le paraître et sc condamne elle-même plus sévèrement que ne le ferait le monde, cette femme a besoin d’ouvrir von cœur devant le seul homme qui ait le droit d’être son juge ; il faut que le cri de son désespoir soulage au moins une fois son innocence accablée ; il faut qu'une fois au moins elle ail pu dire : J'accepte tout le malheur, mais je n'ai pas mérité l'infamie !
SAINT-VAL, »« le v toi aeee U plua forte émotion. Amélie, VOUS ai-je
fait un reproche? *
amélie. Croyez-vous que ce soit -assez pour tout ce que je souffre? j'ai perdu l'honneur, et pendant seize ans j'ai cru qu'il n’était pas de plus grand supplice au monde... eh bien ! je ine suis trompée : aujourd'hui la perte de voire estime, de votre respect... je dirai tout, de votre amour, de mon titre d épousc, me parait mille fois plus aflreuse ; j'y renonce pour-
| tant, U le faut bien, il le faut bien; mais je vous le demande
à geilOUX... (Elle «’y précipite.)
SAINT-VAL, «autant la reje.er. Amélie.
amélie. A genoux! je le veux ainsi, pour n’être pas refusée; vous m'avez aimée, je le sais, vous souffrez autant que moi. Eh Lien ! pour le repos de votre cœur, pour que le souvenir d'Amélie ne soit pa? toujours uu fer qui le déchire; pour que , de douces larmes vous consolent quelquefois, écoutez-moi, sachez la vérité, je vous la dois... après, nous nous quitterons, nous nous séparerons pour toujours; mais vous serez moins malheureux, car vous m'estimerez encore.
saint-val, i* releva*!. Amélie!... Madame!... jamais!... Non, non!... ce récit me serait trop pénible. Je vous aimais, ditesvous ? Ah ! je vous aune eucore ! Gardez votre stcrcl ; gardezj le toujours ; je n'en veux pas. Ne me dites pas que votre amour u pu appartenir à un autre.
AMÉLIE. »»er on «ri d'abandon. Jamais!...
SAINT-VAL, frappe de surprise, «prêt on moment de silence. QUOÜ-.,
vous osez dire?... Mjis, Madame...
AMF.LiK. Comptez les années. .Mou lils a seize ans; j'en avais donc quinze; je sortais d'un pensionnat, je ne connaissais le inonde et l'amour que de nom, et j'étais élevée comme une demoiselle de grande maison... Est-ce possible !... Non! devant Dieu! devant Dieu! je n'ai pas encore connu l'amour ! La violence, le désespoir et la houle...
SAINT-VAL. Ali!
amélie. Voilà seize années de ma vie... Non! voilà toute ma
Vie. (Épuisee de l’effort qu’elle a feit pour «uriuoater *e pudeur, elle tombe a«»i*« *ur le caaepd, la télé baîtiée, le troal sur «mi mouchoir.)
SAINT-VAL, dan» une ugiution iuexpriiuible, et déjà «ai ai de remords.
La violcucc !... O Saint-Val ! c'est là au>»i ce que tu as fait!... Je l’avais dit, c’est un crime, cl la punition ni attendait. Amélie, Amélie, parlez; je veux tout entendre; et je vous écoute, comme un criminel au pied desou juge, (il «*i a genoux prêt d'elle.)
amélie, a*t,t«. Ne me regardez pas, et laisstz-moi pleurer... car je suis bien malheureuse!... Je vous l’ai déjà dit, comptez les années, les mois, les jours... Vous souvenez-vous quand trois urinées enveloppaient les murs de Paris? On se battait partout... vous y étiez.
SAINT-VAL, s'asseyant, pour «coûter, »nr le bord d'ua faalaaiJ qui ett prêt du topha. Ouï.
amElié. Alors mou père habitait Paris et j’y étais en pension... Le terrible jour... le troisième... on attendait pour la nuit la prise, le pillage et l'incendie de Paris... Mon père vint me chercher à la pension et m'emmena. Le canon retentissait; on voyait dans les rues des blessés, du sang, des morts; on disait: A cette nuit le massacre! Beaucoup de monde fuyait; les voitures sortaient eu foule... Il faisait déjà sombre. Mou père eut peur pour moi... Oh! qu'a-t-il fait! Des amis le conseillaient... U me jeta dartà une voiture; nous partîmes, et il ine disait en me serrant sur son cœur : Ma Allé, je vais te cacher. Nous sortons do Paris, nous traversons des lignes de troupes et nous entrons dans un village. Mon père y avait des fermiers. 11 leur dit : Gardcz-moi ma fille; dans sa retraite l’armée vous couvre, Paris va être brûle... 11 part et je reste... Une heure à peine... le canon tonne... on attaque le village... Ah ! que j’ai vu de sang et de cadavres!... les balles entraient de toutes parts, les maisons brûlaient... Quels cris! Cela dura bien longtemps... Tout à coup on enfonce les portes. Le fermier... il était cou vert de sang... me saisit dans ses bras, m'emporte, descend... je lie sais où... je n’y vois plus... C’était, je crois, dans Utl caveau. (Saint-Val t« De*... Amélie remarquas! (OUI * <«up i'*gitaii«i urh h i« d« Saiat-Val.) N’est-ce pas que c'est alheux Y saint-val. Arrêtez!-., O Dieu ! assez, Amélie!.,. Savez-vous le nom de ce village?
amélie. Après je l'ai ou... Saint-Vincent...
saint-val. Amélie!... Je puis achever le récit de cet horrible attentat... Infâme! infâme est celui... (Tirant précipitamment
l'anneau qu’il porte A «où doigt, et le présentant A Amélie.) TeilCZ... telle Z ! ne voilà-t-il pas la preuve du crime?
amélie. Ah! grand Dieu !... l'anneau de ma mère!... Elle était morte, je le portais... D'où l avez-vous? depuis quand?
SAINT-VAL. Depuis seize ans... (Tombant aux genoux d'AiuAlie.) Amélie! j'éprouve autant d'horreur que de joie... (L'enlaçant d«
«es bras, et voulant la presser sur sou caar.} Il y d seize âllS qu'un
crime t’a faite mon épouse.
AMÉLIE, s'arraehaat de ses bras, h levant at are* ua «ri tarrlble d'effroi. C'est toil (Saint-Val demeure prosterné aux pi«di d’Améli*. Celle-ci, dans uae agitation terrible, et combattant entra la tendresse «t un soatenir horrible, parait comme ïaeertaiae; mais «afin et graduellement l'exprrisian du bonheur soecéde, sur «on visage, A l'effroi, A la terreur, «t elle tombe dans les bras de Saint-Val i«« un cri de joie: mais aussitôt elle s'évanouit sur le sein de son (pain et retombe sur le sopba en s'Aeriant:) MOU tllst moll lils ! (Elle est etanowic.)
saint-val, bon d< lui. Amélie! ma femme ! ù mon Amélie !...
Du secours I du secours! (il eourt oo»Hr u» pertes ra «H>nt « ) Venez toU»'- du hCCOUrs! (Aasiiidt acceureat j r«lit le premier, puis Jo»epliiue et 1er femmci 4e clituibrr. paie Cbmiopbe et M. 4e Cleirtille^