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ILES AFRICAINES DE L'OCEAN ATLANTIQUE

PAR M. D'AYEZAC

INTRODUCTION

Démarcation, à travers ï Océan, en- teindre chaque jour, toutes les tles tre les domaines insulaires d? Afrir d'Occident que l'antiquité put conçue et (T Amérique, naître ou soupçonner, toutes celles que

des navigations aventureuses vinrent Dans le classement général que nous plus tard ajouter à la carte de nos avons fait des îles susceptibles d'être connaissances géographiques, devaient comptées comme annexes du conti- naturellement être considérées comme neot africain , nous avons cru devoir des appendices du continent autour comprendre en une seule grande divi- duquel elles étaient aperçues; mais sion celles qui , tantôt groupées en ar- quand l'immortel Génois, osant percer chipels, tantôt isolées au milieu des les lointaines obscurités de la mer Téflots, sont répandues à la surface de nébreuse, eut trouvé un continent l'océan Atlantique , dans les limites immense pour limite réelle de l'Océan que l'Afrique peut revendiquer. occidental, il devint nécessaire de par- Quelles sont ces limites ? Telle est tager entre les deux mondes cet Océan h première question que nous devons qui baigne de part et d'autre leurs riftous poser aujourd'hui , en étendant vages.

fe regards incertains sur cet immense Cette division, ce n'est point la géodomaine liquide où , de temps immé- graphie qui fut la première à la profconal, règne sans partage le nom voquer; elle fut la suite de rivalités «ncain d'Atlas. politiques bientôt écloses entre les Avant qu'une découverte fameuse Portugais qui venaient de frayer la nt Tenue révéler à l'ancien monde route maritime des Indes orientales faistence d'un monde nouveau par en contournant les côtes africaines, ddà cette mer où le soleil allait s'é- et les Espagnols qui , pour avoir ac-

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L'UNIVERS

cueilli le rêve sublime de Colomb, se trouvaient a la fois les découvreurs et les maîtres des Indes occidentales. Le pape Alexandre VI fut appelé à décider la question ; et, par une bulle célèbre, du 14 mai 1494, il fixa la ligne de démarcation qui devait séparer désormais le domaine respectif des Castillans possesseurs du nouveau monde, et des Lusiades explorateurs de l'Afrique et de l'Asie , en traçant d'un pâle à l'autre une ligne qui passât à cent lieues à l'ouest des Açores et des îles du Cap-Vert, laissant aux Portugais tout ce qui était en deçà , attribuant aux rois de Castille et de Léon tout ce qui était au delà (*).

Sans discuter la légitimité d'une pareille décision, dont, au surplus, la valeur politique nodft inquiète aujourd'hui fort peu , nous n'hésitons pas à la prendra pour guide dans notre dé-* part géographique des îles africaines et de celles d'Amérique; seulement, comme les Açores se trouvent plus avancées à l'occident que les îles du Cap-Vert, de telle manière que le méridien de 27° 40' à l'ouest de Paris ,marque à la fois l'extrémité orientale du groupe des Açores , et l'extrémité occidentale de l'archipel du Cap- Vert, il convient d'observer que la ligne dé démarcation , à moins d'être flexueu-

(*) « De nostrà mera liberalitate et e* • certâ gcientiâ se de Àpostolicœ potéstatis « plenitudine, omnes insulas et terras firmas « inventas et inveniendas , détectas et deîe- « gendas versos oceidentem et roeridiem , «fabricando et cotistruendo unam lineam « a polo arctico scilicet septentrion* ad po- « lum antarcticum scilicet méridien? , qntf « liuea distet a quâlibet insttlàrura que vul- « ganter nuncupantur de. les Açorrs et Oabo^ « Ferde centum leucis versus occidentem et « meridiem , auctoritate omnipotentis Det « nobis in beato Petro concessâ ac viearia- « tûs Jesu-Christi quo fungimur in terris* «cum omnibus illordm dominiis, civita- « tibus, ca&tris, locis et villis, juribusque « et jurisdictionibus ac pertinent iis univers!** « vofjis haeredibusque et successoribus ves- « tri» Ostelhe et Legionis regibus in perpe- « twwti tenote prsesentiarum donatnus , con- « cedimua et assignant!* , etc. »

se, doit être prisé à cent lieues de ce méridien commun, et coïncider elle-même, dès lors, avec celui de 32° 40' à l'ouest de Paris. Au nord comme au sud, les parallèles de 40 degrés de latitude marquent une limite naturelle, que le domaine de l'Afrique he saurait dépasser sans empiétement sur les mers d'Europe , ou sur celles que peuvent revendiquer les terres australes.

Distribution , en divers groupes, des iles africaines de VOcéan Atlantique.

Dans ces bornes se trouvent compris, du nord au sud, les quatre archipels des Açores , de Madère , des Canaries, et du Cap*Vert, en ces parages où les traditions antiques placent la problématique Atlantide; puis, au rond du golfe de Guinée, la chaîne d'îles de Fernan-do-Po , du Prince, de Saint-Thomas et d'Anno-Bon , intéressantes aujourd'hui par l'importance commerciale que leur attribuent de récentes transactions politiques^; érifirt, jalon ha nt la route de l'Inde, l'île douteuse de Saint-Mathieu , l'Ascension, Sainte-liélène, à jamais illustrée par l'exil du plus grand homme de guerre des temps modernes ; et un

{>eu à l'écart, le Penedo de San-Pedro, es rochers de Martin Vaz, ceux de Tristan da Cunha, et de Diego Alvarez.

L'énumération que nous venons de faire suffit pour montrer la convennnee de considérer successivement toutes ces îles comme formant trois grandes divisions; Tune comprenant les archipels qui occupent aujourd'hui l'emplacement de l'ancienne Atlantide; une autre, les îles du golfe de Guinée; et une troisième, les stations successives de la grande route des Indes. Cet arrangement est en parfaite harmonie avec les indications de l'histoire, qui rattache à la première ses plus vieilles traditions; à la deuxième, les explorations littorales antérieures au passage du cap de Bonne -Espérance; et, à la dernière, les découvertes qui furent la conséquence des relations maritimes nouvellement ouvertes avec fÛrient.

ILES DE L'AF&lQUE.

Mais l'importance de ces divisions successives est très-diverse sons tous les rapports; et la première semble effacer les deut autres par l'étendue des développements qu'elle réclame :

le lien traditionnel et conjectural qui permet de réunir sous un seul point de vue les quatre archipels atlantiques n'est point d'ailleurs assez fort pour les constituer en un seul tout homogène. Après le coup d'œil historique d'ensemble qui les signale en commun ainsi <jue les débris d'un continent effondre , ou comme un monde de merveilles où les légendes du moyen âge aussi bien que celles de l'antimiité classique plaçaient le séjour insulaire des bienheureux ; au sortir de cette nua-

Si

gèuse atmosphère de conjectures et de fables, les archipels de fa mer occidentale se montrent à nous comme autant de groupes mutuellement indépendants, qui exigent chacun une description particulière et une histoire séparée.

Tel est donc Tordre dans lequel nous devons procéder nous-méme dans cette partie de notre travail. D'abord ks antiques traditions de continents pendus, et les légendes d'îles merveilleuses de l'Océan occidental ; puis tour à tour les Açores ; Madère et ses annexes, leb Canaries, les îles du Cap-Vert ; ensuite l'archipel de Guinée; enfin les escales de la grande route des Indes orientales.

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