‹ Iles de l'AfriqueChapitre 38 sur 82 · I. BK&CA4PTION UÉNKKALE · texte numérisé non relu

I. BK&CA4PTION UÉNKKALE

fue générale des lies du Cap-Vert; situation, étendue, distribution par groupes.

Entre le Sénégal et la Gambie, le continent africain projette dans ies

(*) Ce qui concerne les îles du Cap- Vert «t du presque exclusivement p la collabo-

flota de l'océan Atlantique le cap le

Sus occidental de tous ceux qui jannent sa côte de l'ouest. Un groupe de baobabs énormes, qui en couronne le sommet depuis plusieurs siècles, lui fit donner par les découvreurs le nom de Cap- Vert, qu'il a toujours conservé depuis. A un peu plus de cent lieues géographiques au large, droit à l'ouest,

ration de M. Oscar Mac Carthy, qui a pris naturellement pour guide principal 1 ou?

172 L'UMVERS.

s'étend l'archipel auquel sa position, mières îles sont appelées vulgairement, relativement à ce promontoire , a fait de leur exposition aux vents généraux, appliquer la dénomination d'îles du as ilhas de /to/rattenfo, fies du Vent; Cap-Vert. Leur distance des Canaries les autres, as ilhas de Sotavento, îles est de 252 lieues au sud - ouest. Elles sous le Vent. Quelques écrivains, isosont au nombre de dix , plus quatre lant de la seconde chaîne 111e du Sel flots : Ilha do Sal ( File du Sel ) ; ilha et 111e de Mai pour en former un da Boavista (111e de Bellevue) ; ilha do groupe isolé, ont considéré tout l'ar- Maio (l'île de Mai); SâoThiago (Saint- chipel comme partagé en trois grou- Jacques), la plus considérable; ilha do pes : du nord-ouest, du nord-est et du Fogo (111e du Feu) ; ilha Brava (111e sud. Cette division n'est pas aussi Sauvage); les deux îlots, Grande et do simple que celle des deux chaînes , et Rombo; Sâo-Nicolào (Saint-Nicolas); on eût pu d'ailleurs porterie nombre Santa-Luzia (Sainte-Luce) ; les îlots des groupes à un chiffre plus élevé, Branco et Razo; Sâo-Vicente (Saint- car les îles de la seconde chaîne for- Vincent); enûn Sâo-Antào (Saint-An- ment bien réellement trois groupes toine). binaires : 1° Brava, Fogo et les îlots ; Les îles du Cap-Vert sont situées 2* Sâo-Thiago et Maio; 8° Boavista et entre les 14° 45' (pointe sud de 111e I île du Sel.

Brava), et 17° 13' (ponta do Sol à La superficie totale des îles du Cap-

Sao-Àntâo) de latitude nord, et les Vert est de 1240 milles carrés (216

25° 5' (ponta da Orvatào à Boavista), lieues carrées de France), total dans

et 27° 45' (pointe la plus occidentale lequel chacune des îles entre pour les

de Sâo-Antao) de longitude occiden- valeurs suivantes :

taie milW c.

La nature les a divisées en deux SâoThiago (Saint-Jaoques).. 360

chaînes d'autant plus distinctes que Saint- Antoine 240

la disposition en est entièrement aif- *°&°: " ™

férente. La première, à l'ouest, com- ?°*VJS*? " :' *?£

posée des îles Sâo-Antào, Saint-Vin- &°*5|?î?f "*

cent, Sainte-Luce et Saint-Nicolas, Ç*1™ Z'^w,,; \i/, V.h Il

est placée sur une ligne droite dirigée JJna do Sal (Ile du Sel) 68

du nord-ouest au sud-est ; la seconde, p0 JJ|

à Test, embrassant les autres îles, S?™'"/"-.' o ^

décrit une courbe très-prononcée, dont ÏÎL^tr"?! « : • 8 °°

la concavité est tournée vers la pre- **■ Uol* Bfio, Braneo, do

raière ; et comme la ligne droite pro- Rombo • Grande 9

longée idéalement rencontrerait la 1240 50

courbe vers l'une de ses extrémités , Ce chiffre diffère de celui de 1223

le tout figure assez bien l'image d'une milles , donné par le capitaine Lopes

houe ou d'une pioche. Les quatre pre- de Lima , parce qu'il n'a fait entrer

«..„« M.Kiu *^wimmAni /.qaaï «,..- i- dans ses évaluations ni Sainte-Luce

^c^ ^ ni ,es î,ots <Iui sont encow «habités ;

auspices du gouvernement portugais, par le Mini W leur «jii»Hlri* d'aï

roromaudeur José Joaquim Lopes de Lima, nous ,avon! «^CUie leur superncie d a-

conseiller d'État, rt intitulé : Ensaio sobre P^S '* ««• de Vidal et Mudge. a statistica dos ilhas do Cabo Fer de no

mar Atlanûco e suas dependcnàas na Gui- Aspect; Orographie et hydrogra*

né portugueza ao nortc do Equador. Le phie* rédacteur a, en outre, profité des observa-

lions de Barlholomew, de Brunner, de Dar- *** ttes du Cap-Vert Se présentent

win, et surtout de le bienveillante commu- aux regards SOUS deux aspects bien

nication des travaux inédits de M. Sainte- différents : OU la vue se perd sur des

Claire Deville , qui a visité en dernier lieu plages basses et sablonneuses , ou elle

cet archipel. s'arrête devant des montagnes hautes

et escarpées. Le navigateur qui , arrivant d'Europe, vient reconnaître cet archipel, commence par découvrir celle de ces fies que Bowdich compare à un tombeau de sable, nie du Sel ; puis , se dirigeant au midi , il côtoie riiha da Boavista , l'île de Bellevue , à laquelle son nom semble avoir été donne par dérision, car jamais terre plus triste n'affligea les regards. De là, laissant à gauche la barre de Joâo Leitâo, il aperçoit bientôt, entre deux mornes arrondis et isolés, les sables de File do Maio et la roche noire, coupée à pic, au pied de laquelle sont les cabanes du port et ces hautes piles de sel, sa richesse naturelle. Tournant alors à l'ouest, il cherche la pointe orientale de Sào-Tbiago, et ses yeux, fatigués de la monotone couleur des plaines aréneuses, rencontrent tout à coup de noires montagnes de basalte et ae lave, au-dessus desquelles s'élève le pic conique da Antonia. En Fassant le long de la côte australe de lie, où s'élèvent le moderne chef-lieu de l'archipel et les ruines de son ancienne capitale, il ne tarde pas à voir se dresser dans le lointain le majestueux pic volcanique de Fogo, qui cherche la nue ; au delà, et à sa base, sont deux îlots de roches élevées , et une petite île à laquelle ses côtes repoussantes firent donner le nom d'Ue Sauvage, ilba Brava. Là se termine la chaîne sud-est des îles ; et , s'il désire visiter le reste de l'archipel, le navire devra remonter vers le nord à la hauteur des terres qu'il aperçut en premier lieu. Les quatre îles devant lesquelles il va passer successivement sont toutes hautes, escarpées, et le profil des formes extérieures suit, pour ainsi dire, une progression ascendante depuis Saint-Nicolas jusqu'à Sâo-Antao, sans contredit la plu» pittoresque du groupe. Ses hautes montagnes, qui plongent leur base à pic dans les Ilots, vont cacher leurs têtes chauves sous la neige dont elles sont presque toujours couvertes.

Tel est l'aspect extérieur des îles du Cap-Vert ; il leur fit donner par quelques cosmographes de la renaissance

le nom d'Iles des Gorgones , qu'elles méritent bien réellement si les anciens ne le leur ont pas donné, ce qui est fort douteux.

En pénétrant dans l'intérieur des îles montagneuses , on ne tarde pas à reconnaître que cette apparence est en partie trompeuse. Tout ce qui ne se cache pas au fond des vallées, nu et partout déboisé, exposé aux rayons d'un soleil ardent, est, il est vrai, sec et aride dans la saison sèche ; mais à peine les premières pluies sont-elles venues abreuver les terres desséchées, qu'elles se couvrent d'une végétation puissante , et qu'alors la verdure des moissons vient contraster avec le vert diapré des champs incultes et la couleur cendrée des roches couvertes d'or* seille.

Même au temps de la sécheresse , les îles de Sào-Tniago, de Saint-Nicolas, de Sâo-Antào surtout, ont encore au sein de leurs montagnes de délicieuses vallées, dans lesquelles des eaux plus ou moins abondantes entretiennent sans cesse une fraîcheur et une verdure auxquelles les chants délicieux|d'un passereau (passarinha) aux couleurs brillantes prêtent un charme nouveau.

A ce coup d'oeil sur l'aspect général des îles du Cap-Vert, qui donne une idée de la nature de leur surface, nous ajouterons quelques détails.

Il suffit de se rappeler quelles sont les grandes lois qui ont présidé à la formation des îles et des îlots pour reconnaître que les deux parties dont se compose rarchipel appartiennent à deux chaînes sous-marines dont elles sont la partie la plus élevée et dont la direction est indiquée par celle des îles mêmes. Leur disposition suivant deux lignes géométriques rigoureuses est assez remarquable. Les divers points de la première se rattachent tous à une portion de circonférence équivalente a un peu plus du quart , décrite avec un rayon de 87 milles, d'un point situé au midi de Saint-Nicolas par 16° 1# nord et 26° 46' ouest; l'axe de la seconde est une ligne orientée ouest 30° nord ; ces deux lignes se

L'UNIVEMS.

coupent un peu au midi de l'île du Sel. Les lignes de faîte ne sont pas toujours parallèles aux directions générales. A 111e du Sel, à Boavista, à Saint-Nicolas, à Sainte-Luce, à Saint- Vincent elles présentent ce caractère; mais à Sào-Thiago et a Brava, elles lui sont perpendiculaires; à Pile Sâo- Antâo, à Vile do Maio elles font avec elles des angles de 30 et de 40 degrés.

Bien que l'hypsométrie des lies du Cap-Vert soit tres-incomplète, on peut dire en thèse générale que dans la première des deux chaînes la hauteur augmente progressivement en s'avançant du nprd vers le midi , et dans la seconde, ainsi que nous l'avons déjà remarqué , de Pest à l'ouest. Les cartes anglaises des îles du Sel , de Boavista et de Maio , par les capitaines Vidal et Mudge, quoique portant le titre de reconnaissance orométrique, ne donnent qu'une seule quote de hauteur; le Pico Martins de l'île du Sel y est indiqué comme ayant 1 340 pieds (408 mètres). Le point culminant de Sào-Thiago a , d'après M. Lopes de Lima, 4 500 pieds, et le pic de Fogo

1 480 toises ou 2 884 mètres (la carte anglaise lui donne 9 760 pieds qu

2 974 mètres) ; mais une mesure plus récente et plus exacte de M. Sainte- Claire Deville ne lui donne que 2 780 mètres. L'écrivain portugais assigne une hauteur de 2 000 pieds a la masse des montagnes de Sâo-Antào , 5 000 à 6 000 aux sommets da Corda et da Caldeira^ et enfin 8 000 au Pâo d*Açucar (le Pain de Sucre) , qui les domine toutes.

L'hydrographie fluviale des fies, quand elles sont aussi peu considérables que celles da Cap- Vert, n'a et ne peut avoir qu'une importance toute locale. Sâo-Thiago, Sâo-Antâo ont des vallées souvent assez étendues, qu'arrosent à peu près toute Tannée des cours d'eau auxquels on ne peut cependant pas donner le nom de rivières; quelques unes voient les eaux y couler pendant plusieurs mois, mais le plus

grand nombre ne présentent que des ta desséchés, si ce n'est à l'époque de

la saison des projet, hi plupart deviennent alors autant de torrents dé* vastateurs , dont les eaux fuyant avec impétuosité vont se perdre bientôt sans avoir été d'aucune utilité, à raison de l'imprévoyance deà habitants. On ne peut malheureusement suppléer à leur absence que par des sources ou des puits, en si petit nombre, qu'on les compte. Le sol, généralement calcaire où sablonneux , frappé par les rayons d'un soleil toujours très-chaud , donne lieu à une évaporation d'autant plus rapide qu'il est complétementd éboisé et qu'il ne saurait conserver à la terre son humidité. Ce sont là les deux grandes calamités des îles du Cap- Vert, le manque d'eau, le manque d'arbres. Brava, qui n'a pou* ainsi dire de sauvage que le nom, est la mieux abreuvée de l'archipel. Fogo possède des sources qui fertilisent toute sa partie septentrionale, et Saint-Vincent en a deux, Madevial et Maderalimho, peu abondantes, il est vrai, mais qui suffisent cependant aux besoins de sa petite population. Au milieu des sables de Boavista et de Maio il y a de fraîches oasis ; ici au bord d'une retenue d'eau formée par les pluies, là autour de deux filets d'eau minces , mais constants, qui ont valu à deux possessions voisines les noms de Bonne-Espérance (Boa-Esperànçd) et de Beaumont (Betmonte).

La mer qui baigne les lleé du Cap- Vert est en général d'une navigation sûre et facile. Il y a des bancs et des récifs assez nombreux au voisinage des îles basses du Sel , de Maio , de Boavista et surtout de cette dernière : c'est dans son voisinage, au sud-sudouest, par 15° 48' N. et 2$° S* 01., que se trouve le bas-fond (bâixoj de Joâo Leitâo, récif de corail d'une lièué à peu

Frès d'étendue dans tous les sens, que on aperçoit de 5 à 6 milles, et à peu de distance duquel on trouve encore 30 et 40 brasses. Les rivages escarpés de toutes les autres Îles présentent partout un grand fond.

CojutUution géologique; espèces mi* nérales.

La géologie des tles du Cap-Vert n'a été jusqu'à présent l'objet d'aucun travail complet. En 1832, le naturaliste anglais Darwin fit quelques observations à Sào-Thiago ; dix ans après, un géologue français, M. Charles Sainte-Claire Deville, a étudié le volcan de nie de Fogo, dont il a donné une carte beaucoup plus vraie que celle de Vidal et Mudge. Nous emprunterons au compte rendu de l'Académie des sciences l'ensemble des faits consignés dans son mémoire encore inédit.

« Lorsque le voyageur , en quittant les côtes de Sào-Thiago , dit M. DevHle, découvre nie de Fogo, il est frappé de la hauteur du pic, qui semble rélever brusquement du sein des faux. Le pic de Teyde, quoique trèsimposant par sa masse, repose sur un groupe de montagnes très-étendu, qui en dérobe une partie considérable, tandis que , vu du nord-est , le pic de Fogo a sa base au niveau même de la mer et s'élève d'un jet et presque par une pente continue jusqu'à près de trois mille mètres de hauteur : on en saisit ainsi parfaitement la forme générale, qui offre une grande analogie avec celle du Vésuve. Comme ce volean, la montagne de Fogo se compose d'un cône entouré d'un côté par un rempart demi-circulaire, et détruit dans la partie qui regarde la mer. C'est précisément par ce côté ouvert qu'elle se présente quand on l'aborde en venant de Sào-Thiago.

« L'île est entourée de falaises trèsescarpées, mais non pas fort élevées, eomposées d'une roche prismatique roogeâtré ; ce sont des nappes basaltiques alternant avec des assises de conglomérats; elles sont quelquefois horizontales, d'autres fois fort inclinées. Sur la surface de l'île s'élèvent une foule de cônes parasites, dont un grand nombre ne paraissent pas avoir donné de coulées de laves.

* Les nappes basaltiques paraissent être étendues sur des pentes extrêmement douces , qui leur ont permis de

prendre une structure compacte, et même à certaines assises dont la composition s'y prêtait sans doute, de se convertir entièrement en des masses de cristaux de pyroxène : aussi les traces de mouvement, quoiqu'elles ne manquent pas tout à fait, s'observent à peine dans les grandes assises, tandis qu'elles forment le caractère principal des coulées échappées des cônes modernes , et qui constituent au-dessus de la surface du sol des chèvres plus ou moins tourmentées.

« Des bords d'un ravin ou barranco, appelé Ribeira grande , situé sur le chemin oui conduit de la Luz (cheflieu de l'île) au volcan, la Punta altay qui est le point le plus élevé du cirque et qui se trouve aussi à peu près au milieu de son développement, se voit dans la direction du nord-ouest.

La crête du cirque, ou Cumbre do Fina, tourne sa convexité vers l'ouest; elle s'abaisse très-sensiblement en s'étendant vers le nord-est et le sud-est, mais elle cache complètement le pic.

Un très-grand nombre de cônes de scories modernes marquent le pied de ses pentes extérieures.

« Le col qui donne entrée dans l'intérieur du grand cirque se trouve à peu de distance du cône moderne de Pedras Prêtas (les Pierres Noires), qui a produit, en 1799, une coulée de lave considérable. A peu de distance de ce cône , on rencontre un cratère d'une très-grande dimension, complet dans son pourtour et sans aucun mamelon volcanique; c'est simplement une immense cavité circulaire. La couue cylindrique intérieure présente des assises régulières de basalte et de conglomérats, recouverts par de nombreuses assises de matières fragmentaires.

« A l'ouest du col par lequel on pénètre dans son intérieur, l'enceinte du grand cirque est parfaitement continue; elle s'élève insensiblement jusqu'à la Punta alta , son point culminant, puis elle va en s'abaissant vers le nord-est. C'est une muraille circulaire qui semble perpendiculaire, et dont la hauteur n'est guère inférieure

L'UNIVERS

à mille mètres dans son point le plus élevé. On citerait difficilement un spectacle plus imposant que celui de ce vaste cratère de soulèvement, qui, pour la perfection et la conservation des lignes, surpasse la plupart de ceux qu'on pourrait lui comparer. « Je n'excepterai même pas, dit M. Deville, le grand cirque de Ténérife, dont certaines parties sont disloquées ou ont disparu, et auquel sa double bouche centrale (le Teyde et le Chahowa) enlève un peu de sa régularité ; ici, au contraire, la ligne de ceinture est continue sur la moitié du pourtour. »

« En 8'approchant de la grande muraille presque verticale qui forme les escarpements intérieurs du cirque , M. Deville reconnut que toute la masse est uniquement composée d'un nombre prodigieux d'assises basaltiques alternant avec des conglomérats, et traversée par des filons verticaux ou inclinés, qui se coupent les uns les autres et sont, sans aucun doute, les canaux par lesquels la roche est venue au jour et s'est épanchée en nappes plus ou moins étendues. Ce

Khénomène est parfaitement semblale ici à ce qu'il est dans toutes les contrées basaltiques, à Ténérife, à Palma , ainsi qu'a la Somma dans le groupe du Vésuve, et dans le Val del Bove au centre du massif de l'Etna. »

Le fond du grand cirque est occu-

Èpar une plaine qu'on pourrait appe- ■ la Canada, par analogie avec le plan des Canadas de Ténérife ou VAtrio, en le comparant à VAtrio del Cavallo du Vésuve.

Une observation , faite par M. Deville dans YAtriO) lui a donné pour le niveau général du fond du grand cirque une élévation de 1712 mètres.

Arrivé dans cette plaine, le voyageur se trouve à une très-petite distance de la masse imposante du pic.

Sa forme est parfaitement régulière ; son inclinaison, qui est de 35 a 40 degrés, paraît tellement considérable, qu'il semble d'abord impossible de le gravir, et que l'ascension en est effectivement d'une très -glande difficulté

Ce fut par la pente septentrionale du pic que M. Deville, accompagné seulement de M. Bertrand , chef de timonerie de la Décidée (goélette de l'État), entreprit l'ascension. Après trois heures de fatigue, ils atteignirent le bord du cratère; et, au grand regret de M. Deville , le roc isolé et escarpé , qui forme la dernière cime du pic , se trouva inabordable de ce côté.

Une observation barométrique, faite au pied du rocher qui le dominait encore, donne à ce point une hauteur de 2 764 mètres ; et, en ajoutant 26 mètres pour la hauteur approximative du rocher lui-même, M. Deville trouve 2 790 mètres pour la hauteur totale du pic de Fogo.

Ainsi que nous l'avons déjà vu, une autre mesure barométrique lui avait donné 1712 mètres pour la hauteur du fond du cirque au milieu duquel surgit le pic; de là il résulte que son élévation au-dessus de l'A trio est de plus de 1 000 mètres, c'est-à-dire à peu près double de celle du cône du Vésuve au-dessus de l'A trio del Cavallo.

A Quelques mètres au-dessous du bord du cratère, on voyait s'échapper du plan du volcan une vapeur sans aucune odeur, qui sortait librement et sans bruit d'une large ouverture communiquant probablement avec quelque grotte profonde. On ne pouvait guère que jeter les yeux dans cette crevasse, car la température de la vapeur qui en sortait était d'environ 50 degrés. Ce phénomène, dit M. Deville, doit sans doute présenter quel- ?[ue analogie avec celui que m'ont ofert, à la Rembleta de Ténérife, les narines du pic.

Le diamètre du cratère, sensiblement circulaire, qui termine le pic, a paru à M. Deville supérieur à 500 mètres. La profondeur doit être, d'après son estimation, d'environ 250 à 300.

L'excavation intérieure , dont le fond ne présente qu'un vaste amas de masses basaltiques en désordre, se découpe avec une grande roideur : du côte où le voyageur se trouvait, la paroi semblait verticale ; le roc au pied

duquel il était placé, aussi bien que tout l'ensemble de ce qui l'entourait, et l'intérieur des escarpements du cratère, est uniformément composé de basalte solide. Ainsi , tout annonce que le pic de Fogo est le produit du redressement de grandes assises de basalte.

« Rien ne présente ici l'aspect de coulées successives qui se seraient ap-

{iliquées Tune sur l'autre pour former e cône. Aucune coulée de lave ne s'est même échappée de la cime; les plus élevées sont sorties fort peu audessus du niveau du fond du cirque au milieu duquel il s'élève.

« D'après les relations écrites par des témoins oculaires des éruptions survenues en 1769, en 1785 et en 1799, le pic paraît avoir été fendu, et des coucnes , quelquefois nombreuses et alignées suivant des rayons partant de sa cime, se sont ouvertes vers sa base. Les laves ont surtout coulé vers la partie où le grand cirque est échancré; et, se précipitant vers la côte, elles sont entrées dans la mer où elles ont formé des brisants qui contribuent à rendre difficile Paccès de cette partie de nie. Toutes ces circonstances rappellent les éruptions du Vésuve. Il est cependant à remarquer que la partie de l'île qui se trouve derrière la crête du cirque présente de nombreux cènes de scories; ce qui prouve qu'elle n'est pas préservée de l'atteinte des éruptions modernes comme l'est, au

Ined du Vésuve, le revers extérieur de a Somma. »

Voici maintenant ce que M. Darwin a consigné dans son journal , relativement à Sâo-Thiago :

« En entrant dans le port , on observe sur les rochers une bande blanche, parfaitement horizontale, oui court le long de la côte pendant plusieurs milles, à une hauteur d'environ quarante-cinq pieds au-dessus de la surface de l'eau. Si on t'examine, on la trouve composée d'une matière calcaire , renfermant de nombreuses coquilles, semblables à celles des rivages voisins. Elle repose sur d'anciennes roches volcaniques, et elle a été recou-

verte par un courant de basalte qui doit être entré dans la mer lorsque cette couche de calcaire à coquilles était encore submergée. Il est curieux de remarquer les changements produits sur cette masse "friable par la chaleur des laves superposées. Elle a été convertie, sur une épaisseur de plusieurs pouces , en une pierre aussi dure que la meilleure pierre de taille; et la matière terreuse, mêlée dans l'origine avec le calcaire, s'en est séparée par petites places, en laissant ainsi pure et blanche la chaux qu'elle contenait. Sur d'autres points, il s'est formé un marbre cristallin si parfait, que les cristaux de carbonate de chaux peuvent être aisément mesurés au moyen du goniomètre réflecteur. Le changement est encore plus extraordinaire lorsque la chaux s'est trouvée immédiatement en contact avec les fragments scoriacés de la surface inférieure du courant, car alors elle s'est trouvée convertie en groupes de fibres radiées magnifiques, ressemblant à l'aragonite.

« Les coulées de laves s'élèvent en plaines successives d'une pente douce, vers l'intérieur de Wle, d'où sont parties originairement les submersions de roches fondnes. Depuis les temps historiques , il ne s'est manifesté à Sâo- Thiago, que je sache, aucun signe d'activité volcanique; ce qui est probablement dû au voisinage de 111e de Fogo, dont le pic a eu de fréquentes éruptions. On ne reconnaît même que rarement, au sommet de quelque colline cendré rougeâtre , la forme d'un cratère; et cependant, des coulées d'une origine très-récente se montrent sur la côte, où elles forment une ligne de rochers d'une moindre hauteur

Qu'elle , mais qui se projette en avant e la masse appartenant à une plus ancienne série, les différences de hauteur donnant ainsi une grossière idée des âges respectifs. »

Il semble, d'après le rapport qu'il

Îr a entre plusieurs faits signalés par es deux géologues , que la masse de Sâo-Thiago se rapproche, dans sa formation, de celle de Fogo; et, si nous

32e livraison. (Iles de l'Afbique.)

L'UNIVERS

pouvons ai juger par quelques mots épars dans les descriptions géographiques, cette observation peut s'étendre à toutes les Iles de l'archipel. Du moins est-il constant que le basalte et les laves y dominent partout :

« Boavista, dit Bowdich, n'est qu'un simple banc de sable, avec deux pics d'un basalte nu à son milieu. » Et ce sont trois pics noirs et décharnés de basalte, dont le pied disparaît également sous le sable, qui, vers le nord, signalent aussi au navigateur l'île du Sel. La pointe septentrionale de Saint- Nicolas est dominée par le Monte-Gordo, où se voient , de temps immémo* rial, des laves et des ponces, vestiges d'un volcan déjà éteint à l'époque de la découverte; cette île a d'ailleurs beaucoup de pierre de taille, quelque peu de pierre calcaire (moellons), et on y a trouvé des sulfates de différents genres ; il y a, dit-on, du cristal de roche à la Punt# Vermelha , la pointe rouge. On paraît avoir reconnu du talc sur l'Uho-Razo. Les laves et les basaltes se voient de toutes parts à Sâo-Antfo, mêlés à du tuf rouge, à de l'argile, à de la marne; et l'une de ses montagnes doit à son cratère le nom de Caldeira. Cette abondance des basaltes aux îles du Cap-Vert est, ainsi que l'a déjà remarque M. de Hum* Boldt, un fait commun à toute cette partie des rivages occidentaux de l'océan Atlantique qui s'étendent du 10° parallèle à l'extrémité nord de l'Ecosse; on les retrouve en masses considérables aux Canaries, à Madère, aux Açores, en Bretagne, en Irlande* à nie de Staffa, etc.

Le sol des fies du Cap -Vert est extrêmement varié : sablonneux , calcaire et salitreux à l'Ile du Sel, à Boavista, à Maio; argileux, pierreux, calcaire et en partie volcanique à Sào- Thiago, Sào-Antào, Saint-Nicolas et Fogo (où il est surtout volcanique); marneux à Brava, qui doit sa riche végétation à l'humus si productif de ses vallées. Combinée dans différentes proportions , soumise à l'influence de températures diverses, selon ses diverses expositions et son élévation

au-dessus de la mer, la terre de cet archipel offrirait à d'habiles colons une variété de productions oui pourraient entretenir dans l'abondance une population considérable. Aussi faut-il déplorer qu'une grande partie de sa surface , livrée à 1 action dévo- , rante d'un soleil tropical par le man- ' que d'arbres nécessaires pour lui conserver l'humidité des nuits et de»

pluies, ne présente plus à l'œil que des plaines ou des côtes dénudées, exposées, à certaines époques, à toute la turie des vents de brise, toutes choses qui ont contribué à donner aux îles du Cap- Vert cet aspect désolé qu'elles offrent, vues de la mer.

Il existe, sur quelques points de l'archipel des îles du Cap- Vert, des indices bien caractérisés de mines de fer, entre autres à Sào-Antào et à Brava, qui ont des sources minérales ferrugineuses. Peut-être y découvrirait-on d'autres métaux plus précieux ; et les indigènes affirment, par exemple, que des grains d'or se montrent dans l'argile du monte Vermelho (le mont Rouge) à Sâo-Thiago , avec laquelle on fait une poterie où apparaissent en effet , de place à autre, des parcelles brillantes (*). Brava offre quelques indices de cuivre et une mine de salpêtre. On tirait, il y à quelques années, une assez grande quantité de soufre du volcan de Fogo, et à sa surface se trouvent d'ailleurs les divers produits* volcaniques tels que la pierre ponce, le sulfate de soude, le sel ammoniac. Sur plusieurs autres points ées différentes îles, l'explora-

(*) Voici ce que nous trouvons dans une note de Bowdich à ce sujet : Un bâtiment américain , commerça ni avec Sao-Thiago, s'en retourna à moitié chargé de l'argile dans laquelle on trouve l'or, pour tenter des expériences sur cette matière; elle donna une quantité si notable de métal, que ce bâtiment revint, avec deux autres, en chercher des cargaisons complètes. Mais quand le gouvernement portugais eut acquis par là la conscience de ses richesses, il défendit toute exportation de cette argile, quoiqu'il partisse a'e* «voir jtflMuU tiré parti luraêne

teor découvrira quelques marbres, beaucoup de pierre calcaire, du jais, de la terre boIa<re, de la terre à poix, et quelques productions encore dont nous avons déjà parié.

Le sel, soit naturel, soit artificiel, a rendu depuis bien longtemps célèbres les fies au Cap-Vert , et au dix-sep* tîème siècle les écrivains flamands ne les désignaient que sous le nom û'Ues du Sel. Cependant il n'y en a que trois qui en produisent, Maio, Boa- Tista et l'ile du Sel ; leur produit total s'élève aujourd'hui annuellement à 15 000 muids (122 000 hectolitres), et augmentera sûrement par suite de l'exploitation de nouvelles salines créées à l'île du Sel, oui, restée pendant longues années déserte, a été colonisée en 1839. Les documents officiels montrent que, de 1839 à 1842 , on a exporté 46 506 muids (378 829 hectolitres) : ce qui donne, pour terme moyen de chacune de ces quatre années , 1 1 «86 muids ( 94 505 hectolitres). Ce chiffre, comparé à ceux des séries de quatre, douze et vingt années antérieures , ne présente pas de différence sensible; ce qui prouve surabondamment que rabaissement des droits de sortie n'a pas influé sur la consommation (presque exclusivement étrangère), et n'a fait qu'appauvrir le coffre de la province.

Le meilleur sel de toutes ces îles, leseul qui soit bien cristallisé, est celui que produisent les salines naturelles du port do Norte, à Boavista, où les safines artificielles du port de Sal-Rey ne donnent, au contraire, qu'un sel de dernière qualité, mauvais, menu, impur. Après le sel du Porto do Norte vient celui de l'île du Sel, puis celui de 111e de Maio, surtout lorsqu'on le tire de la vieille saline (a satina velAa).

Climat.

Le climat des îles du Cap -Vert est très-chaud, moins cependant que ne le serait celui d'une région continentale située à la même latitude , ce oui est dû à l'influence de l'Océan, à fliumidrté constante qui y règne, aux brises

de mer qui en rafraîchissent constamment l'atmosphère. Dans quelques vallées intérieures qui échappent à leur action, le thermomètre atteint par moments jusqu'à 32° 2 du thermomètre centigrade ; mais, en général, la température moyenne y est de 26° 6 lors des deux passages du soleil, en mai et août; de 21° 1 aux mois d'avriljuin, juillet et septembre; de 18° 3 durant lea autres mois. Les matinées et les soirées sont ordinairement fraîches , souvent froides; et la plupart du temps les rosées sont abondantes au point de traverser les voilesdes bâtiments naviguant dans ces parages, lesquelles s'imprègnent alors d'une poussière jaunâtre subtile, qu'enlèvent a la surface des terres desséchées les vents dominants: de là cette expression vu^aire (vraie en fait, mais non dans l'application) : « Aux îles du Cap-Vert les voiles des navires deviennent jaunes. »

L'atmosphère est humide et pesante aux mois de juin, juillet, août et septembre, époque de la saison des pluies (o tempo das agoas), et surtout pendant les deux derniers, alors que tombent ces grandes pluies aussi nécessaires à l'existence des populations de l'archipel que les inondations du Nil aux peuples de l'Egypte; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le manqua d'eau est une véritable calamité pour ces lies. Malheureusement il s'écoule quelquefois plusieurs années sans que les pluies aient lieu, ainsi que cela s'est vu de 1770 à 1773, et de 1831 à 1833; alors des famines horribles emportent et les hommes et les animaux. Il faut d'ailleurs attribuer ces déplorables résultats, en grande partie, au manque d'arbres,

3ui est surtout sensible dans les îles u nord, dont la surface est remarquablement dénudée ; la résistance qu'opposent la plupart des propriétaires aux mesures qui pourraient avoir pour objet de mettre un terme à cet état de choses, est d'ailleurs singulière, et ce n'est pas sans étounement qu'on leur entend dire, ainsi que cela est arrivé à M. Lopes de Lima , que les arbre* sont nuisibles à la

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terre et la dessèchent!!!.,. On ne parviendrait qu'avec beaucoup de peine à les convaincre du contraire.

D'octobre en mai, l'atmosphère est

1>ure , le ciel est brillant, parce qu'aors soufflent avec violence les vents de l'est-nord-est jusqu'au nord-nord-est , qui ont valu à cette partie de l'année le nom de saison des brises. En décembre et en janvier, les vents d'est se font sentir, de temps à autre, dans les matinées, mais presque toujours avec peu de force; leur souffle brûlant dessèche tout.

Même pendant la sécheresse, l'atmosphère des fies du Cap-Vert est extrêmement humide ; car la chaleur qu'acquiert l'air dans la plus grande partie de l'Afrioue, le rend susceptible de se charger d'humidité, et en traversant la mer, il en<est saturé au plus haut point, de sorte que le moindre relâchement de température luf fait déposer d'abondantes vapeurs. Non seulement le pic da Antonia, mais même toute la chaîne centrale de Sâo- Thiago et les montagnes de Sâo-Antào sont enveloppées de nuages depuis dix heures du matin. Cette humidité les couvre de gras pâturages, et donne au pays un aspect auquel on est loin de s'attendre sous une telle latitude et dans une contrée si peu élevée audessus du niveau de la mer.

La partie la plus élevée de Saint- Antoine jouit d'un climat et d'une pureté d'air semblables à ceux de Lisbonne.

L'influence du climat sur l'état sanitaire varie selon les fies : celle de Sào-Thiago est réellement mortifère, et Saint-Nicolas devient chaque jour moins en moins salubre. Dans I une et dans l'autre , mais surtout dans la première, on éprouve des fièvres endémiques et malignes, connues sous le nom de carneiradas (dyssenteries épidémiques), funestes surtout aux Européens. L'île de Maio est sujette aux fièvres de saison ; ici , comme à Sâo-Thiago et à Saint-Nicolas , elles sévissent particulièrement durant les mois pluvieux de juillet et août. Quant aux autres îles, Sao-Antâo, Saint-Vin-

cent, Brava, elles sont toutes très-saines , plus même que Lisbonne.

Lors de sa courte station à Villa da Praia, le capitaine Wilkes a observé un phénomène qu'il n'avait encore remarqué nulle part : c'est un trouble dans l'atmosphère, qui fait que les formes d'aucun objet ne sont jamais précises, quelle que soit la beauté du temps, et cela avant comme après une averse. Dans la saison des brises , dit de son côté M. Lopes de Lima, lorsque l'atmosphère est pure, l'horizon est

Îtresque toujours trouble , ce qui , au ever et au coucher du soleil, produit une réfraction telle de cet astre, qu'on peut le fixer attentivement à l'œil nu lorsqu'il est jusqu'à 8° et 10* au-dessus de l'horizon.

D'après M. Darwin, ce singulier état de l'atmosphère serait principalement dû à la même cause qui, d'après M. Lopes de Lima, colore en jaune les voiles des navires, c'està-dire, à une poussière impalpable suspendue dans l'air, poussière brune, qui se fond au chalumeau en un émail noir. Il pense qu'elle est produite par la décomposition des roches volcaniques, et qu'elle' doit venir de la côte d'Afrique; mais cette dernière supposition est gratuite , car nous ne savons que peu de chose des roches volcaniques du continent, tandis que l'archipel entier en est formé.

Phytographie ; productions végétales.

La botanigue des fies du Cap- Vert, ainsi que le tait remarquer le naturaliste Smith, est peu riche. M. Darwin observait, en 1832, que la géologie était la partie la plus intéressante de leur histoire naturelle, assertion que M. Brunner est venu confirmer, en disant que ces terres lointaines seraient toujours plus curieuses à visiter pour le physicien et le géologue que pour le phytographe. Cependant le sol y est fertile, et le soleil qui les éclaire est le même que celui qui couvre l'Afrique équatoriale de la végétation la plus brillante. Mais la raison de cette pauvreté de végétation est dans leur

1LKS DE L'AFRIQUE.

manque d'eau et dans la rareté des arbres, deux calamités que nous avons déjà signalées.

L'tle du Sel , Maio , Boavista , qui doivent toute leur richesse à leurs salines , et Saint-Vincent avec son indolente population de pasteurs, sont loin de produire assez pour leur consommation. Dans les autres tles , Sâo-Antâo , Saint-Nicolas, Sâo-Thiago, Fogo et Brava , qu'un écrivain a nommées les Ues agricoles, l'agriculture a pris un développement proportionné au chiffre de leurs habitants , mais qui pourrait être bien plus considérable, si l'on prenait les mesures nécessaires pour te favoriser, notamment par la plantation de grands végétaux; car leur absence, en livrant sans défense les lies du Cap -Vert aux ardeurs d'une atmosphère brûlante, dessèche le sol, y rend les eaux rares et les met ainsi dans l'impossibilité de lutter contre les longues sécheresses auxquelles elles sont quelquefois exposées. Toutes, ou presque toutes, ont été signalées par des famines, dont quelques-unes ont été horribles. Celle de 1730 à 1733 enleva environ un tiers de la population de Fogo ; et on dit que la sécheresse de 1792, qui fut très-forte, ne pouvait être comparée à celle de 1772 à 1774. surpassée à son tour par la granie tamine de 1831 à 1833, dont le nombre des victimes a été porté à 30 500 , chiffre évidemment exagéré si l'on jette un coup d'oeil sur les recensements, mais qui sert à peindre la grandeur du fléau. Un caractère singulier de ces calamités est leur durée triennale.

M. Lopes de Lima insiste nombre de fois dans son ouvrage, et avec raison, sur la nécessité de reboiser le sol, et il indique même quelques-uns des moyens par lesquels on pourrait y pourvoir : il voudrait, par exemple, ôue Ton obligeât chaque propriétaire foncier à planter et conserver toujours an certain nombre d'arbres, et tous les habitants des villes et des villages à en placer au moins un devant leur maison, recommandant surtout le dragonnier et l'oranger, que l'on devrait

planter de préférence à SSo-AntSo, Saint- Vincent , Saint-Nicolas , Sâo- Thiago, Fogo et Brava, dans lesquelles on pourrait aussi faire avec succès des plantations de palma-christi ; Maio, Boavista, S&o-Thiago, seraient particulièrement favorables au cocotier : toutes verraient prospérer le figuier sauvage.

Les plantes de grande culture sont le maïs et les haricots. La variété de maïs cultivée ici est celle à grains blancs ronds, l'une des plus estimées; on le sème à la main , dans des trous à fleur de terre (ce qui paraît indispensable à une bonne production), sans charrue ni herse; et lors même que les pluies ne tombent pas, il donne encore plus de cent pour un. Les haricots sont de différentes sortes, parmi lesquelles on remarque, par son excellente qualité, le bonahé, rond et rayé; on les cultive de la même manière.

Des diverses productions végétales des îles du Cap-Vert, la plus connue en Europe depuis le milieu du quinzième siècle est l'orseille (lichen rocella) , qui croît de préférence sur les cimes et les pentes escarpées des montagnes. Richesse toute naturelle , qui n'est le prix d'aucun labeur, d'aucun soin, elle a toujours été regardée comme la propriété exclusive du gouvernement portugais, à qui elle donne le produit le plus net qu'il retire de ces fies. La découverte, ici, en remonte à 1730. Affermé d'abord à des particuliers, il le fut plus tard, en 1755, à la compagnie du Grand-Para et du Maranham, avec peu d'avantages pour l'État. Depuis 1790, la récolte et la vente en furent faites au nom du gouvernement ; le produit en baissa graduellement : de 1820 à 1838, il rendit de 80 à 100 contos de rets ( 480 000 à 600 000 francs); de 1838 à 1841, on l'afferma 90 contos (540 000 francs). A cette époque, le privilège étant expiré et l'article ayant subi une baisse de prix extraordinaire dans le commerce , par la concurrence de celui venu d'Angola et des autres possessions portugaises, la libre ex-

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exportation en fut imprudemment permise par le décret du 17 janvier 1887.

Le budget de 1843 en portait le produit net seulement à 45 contos (270 000 francs) , et déclarait que ce produit allait progressivement en déclinant, par suite de la dépréciation de l'orseille dans le commerce, et aussi par le manque de bras pour la recueillir. Mais le décret du 5 juin 1844 a remédié en partie à cet état de choses, en restreignant une prétendue liberté, qui ne faisait qu'appauvrir le pays et le trésor public.

Bien que Sâo Thiago et Sflo-Àntfk), les deux îles les plus étendues et les plus vastes, n'aient en culture que le tiers de leur surface, et Saint-Nicolas, ainsi que Fogo, seulement un cinquième, tandis que Brava est entièrement cultivée, ces cinq tles produisent, en maïs et haricots, environ 8 000 muids (65 112 hectolitres) , qui suffisent non-seulement à leur consommation , mais encore à celle de leurs voisines, et à quelques exportations

Eour Madère et le Portugal dans les onnes années. Ces plantes, qui forment la base de la nourriture de la population, ont pour auxiliaires le manioc, que les cultivateurs multi-

f)lient ou restreignent en raison de a consommation locale, et ta patate, qui devient à Brava un objet d'exportation.

Parmi les productions qui fournissent encore à l'exportation, se trouvent le café et le ricin. Le café fut introduit à Saint-Nicolas en 1790, quelques années après à Sâo- Thiago , et enfin , dans ce siècle-ci , à Sâo-Antào ; il y a parfaitement réussi , et a donné une graine rivale de celle de Saint-Thomas et peu inférieure à celle de Moka. En 1834, le gouvernement fit distribuer, dans les paroisses, des instructions relatives a la culture. Cependant, ce n'est pas sans étonnement que l'on voit l'exportation en 1842 et 1843 descendre a 290 quintaux, lorsqu'en 1840 elle s'élevait à 800.

Le ricin ou palma-christi est aujourd'hui aussi apprécié aux fies du cap- Vert qu'à Lisbonne : on le coupait

autrefois comme bois à brûler, mais aujourd'hui on te plante et ne le coupe plus ; il vient dans tous les ter* rains, n'importe où, sans soins, et au bout de deux ans il donne un fruit duquel on extrait une huile bonne à brûler, qui procure annuellement au cultivateur au moins mille poureent du capital engagé. En 1843, on en a exporté 552 muids (4 493 hectolitres); et cette exportation doit avoir augmenté depuis l'établissement à Lisbonne d'une fabrique créée pour la préparation de cette huile. Les iles du Cap-Vert pourrai en t en donner annuellement 200 000 pipes ou pour 25 millions de francs.

L'archipel a encore quelques productions oui suffiraient pour enrichir une population moins indolente : le coton, l'indigo, letabac,ledragonnier, la cochenille.

Le cotonnier y est indigène et appartient à deux espèces : le blanc, ou arborescent, et le jaune ou herbacé. Il a besoin d'être mis à l'abri des brises du nord; mais on a remarqué qu'il venait supérieurement dans les terres les plus stériles, à Boavista, à Maio, à Saint- Vincent, à Sainte-Luce, à l'îlot Razo et à l'îlot do Rombo. Malgré la facilité de cette culture, on ne s'en occupe nulle part d'une manière suivie , et on recueille à peine, en le nettoyant fort mal le coton qui s'élève ça et là dans les campagnes.

L'indigo croît sauvage dans les différentes îles , et on le trouve surtout en abondance à Sao-Antào. Dans cet état même, et bien que mal préparé, il donne encore ce beau ton qu'offrent les draps qu'on fabrique ici.

La culture et la préparation du tabac ne présentent pas la même négligence ni la même imperfection , bien que Ton n'ait fait aucun effort pour l'améliorer. On le cultive sur une petite échelle à Fogo, dont le sol lui est particulièrement favorable. Tel qu'il est, on l'estime égal à ceux du Kentucky et de la Virginiede seconde qua-

Le drasonnier est non-seulement un végétal utile , mais même nécessaire aux îles du Cap-Vert; car c'est un

arbre branchu qui réussit bien, se développe , et devient touffu , en moins de dix années, dans les terrains les plus pierreux, les plus arides, sans culture et sans soins ; il est précieux eu ce qu'il appelle la rosée, et protège autour de lui la végétation. Mais ce n'est pas là sa seule utilité : de son tronc coule une résine bien connue des teinturiers sous le nom de sang dedragony et qui, déjà au dix-septième siècle, était pour les îles du Cap- Vert un objet df exportation , comme le sel et les cuirs. Chaque arbre fournit annuellement deux livres de cette drogue, , qui valent chacune 800 reis (5 francs 66 centimes ), et on peut extraire des feuilles environ quatre livres d'une espèce de bourre bonne pour fabriquer des cordages , qui se vend 60 reis ( 35 centimes) la livre, de sorte quefle propriétaire qui aurait planté cent pieds de dragonniers dans la partie la plus inculte , la plus désolée de sa ferme, en retirerait, au bout de dix ans, non-seulement une ombre salutaire pour les terres voisines , mais encore un produit de 125 francs 40 centimes I (180,000 reis).

En 1840 , on transporta de Ténérife auxtles du Cap -Vert des plans de cactus coccionili/era, qui ont bien réussi, et dont la cochenille a été regardée comme peu inférieure à celle de Mexico.

Bien que l'archipel possède deux espèces de cannes à sucre , la culture ne peut, quant à présent, y prendre de développement par suite du manque de combustible. On n'y fait actuellement qu'une petite quantité de sucre, de qualité très inférieure , et un peu de taOa très-cher.

La vigne donne des produits assez abondants. Le raisin qui natt dans les terrains volcaniques de Fogoafort bon goût. Mais le vin en est assez mauvais pour que, dans le pays même, on lui ait appliqué le nom de mijarelia (urinelle). Le capitaine Wilkes compare celui de Fogo aux vins italiens, et M- Bowdicb attribue au vin sucré de Saint- Antoine la couleur du Madère et le goût de l'hydromel. « Dans tous les

cas », dit M. Lopes de Lima sons l'influence de vieilles théories économiques, « il n'est pas dans l'intérêt d'une nation essentiellement vignicole , comme la nôtre, de développer une semblable industrie dans ses colonies.»

Ouire ces productions principales, les lies du Cap> ert en ont un certain nombre d'autres, qui, sans avoir la même importance, ont aussi leur utilité : ce sont des arbres, des arbrisseaux ou des arbustes, tels que l'aipo-albi, qui donne un très-bon dois; le caroubier; l'ameixoeira, arbre dont le fruit, semblable à une grosse prune, a la saveur d'une amende amère; l'anone; le cajueiro, qui donne le cachou; le guignier des Antilles, ainsi que le tarajfe, tamarin à l'état d'arbrisseau; le goyavier, le néflier, le papayer; le plortio, arbre qui ne sert que de bois a brûler; la bombardeira ( probablement un pandanus ) , dont le fruit , de la grosseur d'un petit melon, éclate lorsqu'il est mûr, et répand ses graines enveloppées d'une pellicule soyeuse et luisante ; Vintendente , dont le feuillage ressemble à celui de l'acacia; le ttl6, des feuilles duquel on tire une filasse pour les cordages; l'ananas , le cédrat, la coloquinte, le cresson, le pourpier , la bourrache, la blette, la casse; le fundoy le gégé et le pega saias, plantes fourragères dont les graines se mangent; le gingembre, de deux espèces , blanc et jaune ; l'igname ; la palha-fede, plante astringente, que l'on emploie dans la guérison des plaies, tandis que la cendre sert à enlever les taches; le noisetier, le safran , la lavande , l'armoise , là rue , l'adianthe , l'aloès; le bagueche, qui donne un fruit acide que Ton emploie en assaisonnement; l'aubergine, et d'autres encore. Le bananier d'Haïti , le thé des Antilles, l'amandier, ne se trouvent qu'à Saint-Nicolas ; le pommier seulement à Fogo; le manguier, le cognassier, le grenadier, sont rares, ainsi que l'olivier, qui ne donne pas de fruits. Le romarin parfume toutes les montagnes de Sào-Antao, et on peut dire que Saint-Vincent est à la

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lettre couverte de séné. Les plantes potagères auxquelles on donne quelques soins , sont : l'ail , la ciboule, la laitue, l'oseille; le chou, dont il y a deux ou trois espèces, et, entre autres, le chou pommé, qui vient particulièrement bien dans quelques ribeiras de Sào-Thiago et à Fogo; mais on ne peut obtenir d'oignons. Il se cultive plusieurs espèces de cucurbitacées , telles que courges et concombres, des melons et des pastèques; une petite courge appelée caqueta, savoureuse et salubre, crott à travers les champs.

Les orangers sont nombreux dans les cinq îles agricoles, et donnent d'excellents produits; il est difficile de voir de plus belles oranges que celles de Sào-Thiago. Le citronnier est de deux espèces, dont l'une, le gallego, a un fruit très-petit, mats plein de suc. La goyave , la banane , chacune de deux espèces ; les figues, les noix de cocos, sont abondantes et excellentes. Le baobab y vient aussi bien que sur le continent voisin , et on en voit un près de la Praya, sur la route de Montagano, qui a 17 mètres de circonférence et 24 de hauteur; son fruit , de la grosseur d'un melon ordinaire, de couleur noire, donne un suc acide également noir, excellent pour faire des limonades calmantes.

Il n'y a de dattiers qu'à Sào-Thiago, et ils ne donnent pas de fruits. Les tamarins sont assez nombreux , ainsi |ue les genévriers , dont le bois sert

faire les courbes et les quilles des bateaux et des chaloupes. On fait servir au tannage le suc du tortaolho ( le louche ) , ainsi appelé de l'effet qu'il produit sur les yeux. Il y a une grande abondance de rocou.

M. Brunner, dans ses excursions à Boavista , Sào-Thiago et Brava, a signalé quelques autres plantes , parmi lesquelles nous remarquons le prenanthes épineux, de quatre pieds de haut; le tribulus cistoïde, à l'om-, bre des cocotiers, et favorisé par un peu d'eau douce; la poinciana pulcherrima, le lantana aux belles fleurs , le nerium splendens, l'acacia farnèse, ledaturametel;puis legossypium punc-

tatum, le convolvulus kahiricus, et la

phy salis somnifère en abondance; le cyperus dives et le cyperus articulata, l'acacia albida, un lotus non décrit, l'euphorbe genistoïde, le momordica charantia , la bruyère à longues feuilles, le figuier d Inde , le ca psi eu in frutescens, et quelques plantes d'Europe, dont il est difficile d'expliquer la production , telles que le sisymbrium nasturtium, le samolus Valeraudi, le polygonum minus, le rumex maxima, la verbena officinalis. Un dismanthus natans était en pleine fleur.

Les habitants de Boavista emploient la salicornia indica pour fabriquer la liqueur noire (morass) avec laquelle ils marquent leurs sacs de sel, et Mme Bowdich a décrit une nouvelle espèce de cxsalpina qui est la principale plante parmi le grand nombre de celles que les naturels font entrer dans la teinture en noir des masses de coton. Les fruits du mam~ mea sont très-estimés , mais peu abondants, parce qu'on plante peu de ces arbres, à cause du long espace de temps qui leur est nécessaire pour devenir productifs.

Le melonnier (carica papaya) atteint la grosseur d'un homme, et ne dépasse, guère 25 pieds d'élévation, ni l'âge de douze à quinze ans ; son fruit, fondant , mais assez malsain , est agréable, sans ressembler à celui du melon; mûr, il est jaune-citron et passe vite. Il contient une quantité de pépins enveloppés chacun de son arille, raboteux, noirs, et d'un goût de cresson assez piquant.

Dans la bonne saison, les marchés sont amplement pourvus d'oranges, de poires d'acajou , de bananes , de goyaves, d'anones, d'ananas, d'abricots d'Inde, de pommes cannelle, de poires sapotilles, de cannes à sucre, de papayes, de pisangs, etc.

Régne animal.

Les îles du Cap-Vert ne furent , pour ainsi dire , pendant assez longtemps, que des pays à bestiaux. C'était tout le parti qu'avaient cru pouvoir en tirer

les grands propriétaires (les donataires) auxquels on les avait concédées.

Leur population primitive se composait donc uniquement de pasteurs et de chasseurs, dont la seule occupation était de dépecer et de saler les viandes. Aussi , toutes ces îles exportaient-elles, au seizième siècle, une grande quantité de peaux, et comme alors, ainsi qu'aujourd'hui encore, il se consommait peu de viande sur les lieux, il est naturel de penser que l'exportation des viandes séchées et salées était pareillement considérable.

Encore actuellement, elles abondent en gros bétail qui s'y propage singulièrement ; c'est une petite race, mais forte , bien nourrie, et dont le travail altère bien rarement les formes. Jamais on ne tue les femelles. La chair en est savoureuse, particulièrement celle des bœufs de Sâo-Antâo, qui paissent le romarin et le thym. Le prix d'un boeuf vivant varie entre 8 000 et 12 000 reis (48 à 72 francs); la viande de vache se vend 40 reis (24 centimes) la livre; et comme, excepté à Villa da Praia, on ne trouverait pas assez de chalands pour consommer un bœuf, on n'en vend pas au détail ; c'est ce qui fait que la population se nourrit surtout de maïs, et que, quand elle mange de la viande, c'est de la viande de chèvre ou de bouc châtré.

Les nombreux bâtiments qui relâchent aux îles du Cap-Vert ont l'habitude d'y prendre , comme rafraîchissement , quelques bœufs vivants; c'est la seule exportation de ce genre, et les registres de la douane montrent que , de 1842 à 1843, il en est sorti ainsi 233, plus ceux qui peuvent se trouver compris dans les deux catégories : rafraichissements et animaux vivants.

Le nombre des chèvres est considérable, malgré tout ce qu'on en tue chaque année pour les peaux, qui, jointes à celles des bœufs, sont un grand objet de commerce avec l'Amérique du Nord, et aujourd'hui avec la métropole; elles valent, suivant leur poids , de 800 à 1 000 reis ( 5 à 6 francs). De 1842 à 1843, il a été exporté de ces deux produits, par navires

portugais , 1 600 quintaux. Les chèvres ont une bonne apparence; leur poil est court et lustré ; leurs couleurs variées; leur lait , qui , avec le maïs, les courges et la banane, forme la principale, pour ne pas dire l'unique nourriture des habitants de la campagne , sert aussi à faire du fromage et un beurre mal préparé. Elles font six à sept petits par année, et cela sans diminution dans le nombre, tant qu'on ne les tue pas. Leur chair est celle dont se nourrissent les classes moyennes dans toutes les îles : on a une chèvre ou un bouc châtré pour 500 reis (3 francs) , et comme la peau vaut 300 reis (1 fr. 80 c), la viande revient à 1 fr. 20 c. , et quelquefois moins encore.

Il y a, à Sâo-Thiago, quelques petits troupeaux de moutons, encore moins nombreux dans les autres îles agricoles.

On élève partout un grand nombre de porcs, surtout à Sâo-Thiago, Fogo et Brava ( qui en a une race particulière) ; ils sont nourris avec du maïs, ce qui rend leur chair très-savoureuse.

Les navires en prennent quelquesuns vivants; mais il se fait pour la capitale une grande exportation de viande salée, destinée à la marine militaire et à la marine marchande. La chair de porc vaut 50 reis (30 centimes) la livre, et c'est d'après cette base que Ton estime la valeur de l'animal.

Les chevaux paraissent être de race berbère ; ils sont petits, forts, et quelquefois légers et vifs. Ils sont, la plupart du temps, non ferrés, franchissant les rochers comme des chèvres, d'un pied sûr et infatigable. Un cheval coûte de 12 000 a 20 000 reis (72 à 120 francs).

Il y a dans toutes les îles quelques mules et mulets, et beaucoup d'ânes, de la même race que ceux du Portugal; ce sont les seuls animaux employés pour le transport des denrées, et ils servent aussi comme monture de moindre importance. Leur prix va de 800 à 1 000 reis ( 5 à 6 francs ). Avant la grande famine de 1881 , de

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grands troupeaux d'ânes sauvages erraient dans les parties incultes de quelques-unes des îles, et Suint-Nicolas en exportait pour les Antilles; mais le fléau en Ut périr une partie, et le reste fut mangé par la population affamée.

Les différentes îles de l'archipel, les plus stériles même, comme Maio, Boavista et Saint-Vincent, ont des pâturages sufûsants pour la nourriture des animaux que Ton y élève, lorsque les pluies ne manquent pas ; Us pourraient être beaucoup plus étendus et moins éventuels, si on y introduisait la culture du sainfoin , auauel le sol est particulièrement favorable, et qui a moins besoin d'eau, toujours rare dans cette région.

En fait de mammifères autres que ceux dont nous venons de parler, on trouve, aux ties du Cap-Vert, des chats, des chiens, des lapins, des singes, des rats et des chauves-souris. Saint-Nicolas et Boavista ont une bonne race de mâtins. Quelques particuliers élèvent des lapins, et il y en avait de sauvages àSào-Thiago; mais on les a détruits, parce qu'ils ravageaient les planta* tions, motif qui a aussi fait abattre assez inconsidérément les fourrés voisins de Pico, lesquels servaient de refuge à quantité de singes voleurs.

Brava est, avec Sào-Thiago, la seule Ile qui en ait ; elle est aussi infestée de rats, du reste très-nombreux partout. Les singes appartiennent au genre macaque et a l'espèce monooallitryx.

Excepté Boavista, l'Ilha do Sal et San-Vicente, il y a peu de pays où Ton voie autant de poules que dans les sept autres îles de l'archipel : elles se vendent, à Villa da Praya, 7 à 8 centimes; dans l'intérieur, moitié de ce prix. Il y assez de dindons à Sào- Thiago ; mais les canards sont rares et viennent des côtes de Guinée. Les autres volatiles connus dans l'archipel ne sont , pour la plupart, que des oiseaux de proie ou des oiseaux de mer, tels que le vautour, la chouette, le corbeau (en grand nombre), l'épervier, le milan, et le minhoto (appelé à Sào-Thiago Manoel Lobo) , du genre

aigle, mais au vol rasant, plus fort qu'un dindon, et ayant la poitrine, le ventre et les ailes blancs ; puis le pélican, le plongeon, la crècereHe, la poule d'eau, la mouette, l'alcyon; la panarinha, espèce de poisson pécheur, avec des couleurs plus marquées que le genre alcedo ; le pélican-frégate, le phaeton œthereus (rabo dejunco), et enfin le flamant, si remarquable par la grandeur de ses jambes, sa taille, son élégance et la beauté de son plumage rouge. Il y a encore des hirondelles, des calandres, des cailles, des alouettes , des étourneaux , grand nombre de corneilles, des merles, des moineaux, et des poules de bois, appelées à Lisbonne poules d'Angola, au plumage semblable à celui de la perdrix, mais différentes par la tête, plus grandes que la poule ordinaire et beaucoup plus savoureuses.

Nous avons laissé entrevoir quelle

Ïiourrait être la fécondité du sol des les du Cap -Vert, s'il était suffisamment cultivé; la richesse des mers voisines ne serait pas moindre si l'industrie les vivifiait. Elles abondent en baleines et en cachalots, que les Américains et les Anglais viennent y pêcher ; le flot jette de l'ambre sur toutes les plages, et elles sont fréquentées par une immense quantité de tortues, qui donnent au commerce de l'écaillé, une chair excellente et de bonne huile à brûler; enfin, sur les côtes et sur les bancs (particulièrement- aux baies de l'île du Sel et au banc de Joào-Leitâo), l'abondance du poisson est telle, que le pécheur y gagne plus en quelques heures que" l'artisan ne pourrait le faire en trois et guatre jours du travail le plus lucratif.

A quelques espèces bien connues, telles que le mero, percoîde de la famille des grands serrans ; le pagre (en trèsgrande quantité), la morue, la bonite, la dorade, le cherne (percoîde), l'hip-

{)ocampe, le rouget-barbet, la sardine, e poisson volant, le requin, l'espadon, s'en mêlent d'autres , désignées sous des noms indigènes dont nous n'avons pu découvrir la synonymie scientifique : l'ai vacora,le bàgre (petit poisson),

lebadejo ( sorte de morue), le bieuda, du reste pas venimeux, bien que nulle plus délicat des poissons de table ; sibles. On y voit atfssi des lézards, des le chôco (espèce de tèche), le fambo, grenouilles, des tortues d'eau. Comme de la famille des ba listes; le garoupa, dans tous les pays in ter tropicaux , le le judeu, le palumbeta, le papagaio nombre des insectes y est considé- (du g^nredes seiaenes), le peine agulha rable, et ils sont particulièrement in- (le poisson aiguille), le sarda (petit ma- commodes dans la saison des pluies; quereau). le torninha. Il faut y ajouter ce sont des araignées , des blattes les espèces suivantes, toutes détermi- blanches et noires , des fourmis , des nées par Bowdich, et qui , à Texcep- sauterelles, des moucherons, des moutioa des deux premières , servent de ches, des moustiques, des guêpes, des nourriture; ce sont : le tetraodon la> papillons , des grillons, des cupins ou vissimns, la balistis radiata; la clupea termites destructeurs ; et d'autres, fimbiata, ainsi nommée à cause de ses connus sous les noms locaux de biécaitles frangées , qui lui donnent un sou r os, perilampos, sigarras, tiraolhos aspect tout particulier; le labrus y a go- (grosse mouche), fede em vida, nensis, d'un rouge brillant ; les dentex

unispinosusetdiplodon, lemugilusbi- 2° ubs habitants.

spînosus, le bodinnus maculatus, Je Ponulation

pristipoma humilis, la sciaena elon- vpuan ,

gâta, le lichia tetrachnnta, aux reflets D'après le recensement de 1884, le

du bleu foncé le plus riche; le dias- dernier qui ait été fait aux Des du

todon speriosus, tout entier rose avec Cap- Vert, la population de cet arcbi-

des ombres violettes, qui lui donnent pel s'élève à 56 833 individus, dont

un aspect magnifique; la seleima au- 51 854 libres et 3 979 esclaves, les

rata aux reflets d'or, et enfin ce boops, uns et les autres ainsi répartis dans

auquel sa tête difforme a fait donner les différentes lies : le nom d'amorphocephalus granu- „„ . . H«b.iibrM. e*ci»v«.

latus. r r e> Sâo-Thiago 1 9 932 ... 1 754

Des tortues de mer fréquentent en Sào-Antào 13 407 ... 180

grand nombre les plages basses des Fogo. . . . . 4 706. . . 909

îles orientales , telles que Boavista et Saint-Nicolas ... 5 993 . . . 125

file du Sel; on peut lire, dans les an- Brava 3 820... 170

ciens navigateurs, les chasses abon* Boavista 2 818... 513

dantes que faisaient les équipages, de Maio. 1 642. . . 813

ces énormes amphibies, dont quelques- Sain! -Vincent.. . 336... 5 uns pesaient plusieurs centaines de M. Lopes de Lima pensait qu'en

livres. Le senhor Manoel confirma à 1844 , d'après les dix années de pros-

M. Bowdich ce que Dampier rapporte, périté relative dont venaient de jouir

3ue les tortues viennent du continent les îles du Cap-Vert, le chiffre de cette ans les mois de juin, de juillet et population dépassait 67 000 âmes; elle d'août, déposer leurs œufs dans le est même portée par quelques-uns jussable. La chasse s'en fait, à cette der- qu'au chiffre de 75 000. Dans toute nière époque, à la lueur des flambeaux, la province, la population blanche est Une tradition populaire attribue à la à la population de couleur comme un chair de ces animaux prise comme est à vingt. L'histoire de la colonisanourriture, et à leur sang frotté sur tion expliquera ce fait de statistique (a peau, la faculté de guérir la lèpre, positive.

11 n'y a aux îles du Cap- Vert ni ser- Quelques écrivains, tels que Feijoo,

pents ni autres reptiles venimeux; le ont avancé qu'à l'époque de sa décou-

cntpaud , le centipède , qui atteint verte Sào-Thiago était habitée par des

quelquefois la longueur d'un palme, Yolofs, qui, s' étant jetés à la mer

et un petit scorpion, y ont été apportés pour fuir les persécutions des Fé-

du dehors par les navires ; ils ne sont loups leurs voisins , avaient été en-

L'UWIVERS.

traînés par les vents alizés. Mais les historiens de la conquête s'accordent tous à déclarer que cette île, ainsi que ses voisines, étaient désertes lorsqu on y aborda pour la première fois.

L'infant dom Fernando , pour les peupler, envoya, en 1461, à Sào- Thiago et à Fogo plusieurs familles des Algarves, sous la conduite du découvreur Antonio de Nolle, de Diniz Eannès et d'Ayres Tinoco, les premiers donateurs. Ceux-ci , usant du privilège exclusif qui leur avait été accordé, achetèrent sur la côte de Guinée un grand nombre d'esclaves

Cour mettre les terres en culture, elle a été l'origine première des trois espèces de castes dont se compose la population de l'archipel : — les blancs, descendants des Européens; — les noirs, descendance pure des esclaves de la Guinée ; — les mulâtres, résultat du rapprochement des uns et des autres, et dont le nombre s'est beaucoup augmenté, depuis qu'au seizième siècle les îles du Cap-Vert sont devenues un lieu de déportation pour les condamnés de la métropole appartenant à certaines catégories.

Quant à la colonisation des autres fies , voici ce qu'en dit Feiioo : « Les principaux habitants des îles de Sào- Thiago et de Fogo, mus par un sentiment de piété religieuse, et pensant accomplir un acte méritoire qui assurait le salut de leurs âmes, donnèrent la liberté à un grand nombre de leurs esclaves. Afin d'échapper au travail et à la domination des blancs, les nouveaux affranchis passèrent dans les îles adjacentes, où se trouvaient déjà des esclaves transportés par les donataires pour la culture du sol : ce "lut fait que tous les habitants de ces les sont noirs et qu'on n'y voit qu'un petit nombre de mulâtres, produits des rapports entre les négresses et les Portugais ou les étrangers qui viennent ici chaque jour pour commercer. »

Ce qu'il y a de certain , c'est que la couleur dominante des habitants des îles du Vent et de Brava est la couleur de bronze; leurs cheveux sont

plus ou moins crépus, mais leurs traits sont en général agréables et presque européens; la couleur noire est ici très-rare, et on ne l'observe même pas chez les esclaves, les affranchis , et leurs descendants directs. Il y a aussi beaucoup de mulâtres qui allèguent en leur faveur une parenté peu reculée avec certaines familles blanches, ce quecelles-ci ne contestent d'ailleurs pas. Si, dans le sertâo (l'intérieur) de Sâo-Thiago, les habitants, avec leurs cheveux crépus et leur v type africain , se transmettent encore dans sa pureté le sang des hommes de la Guinée, cela vient de leur isolement et de leur peu de communications avec les blancs , qui , concentrés dans les ports, pénètrent rarement dans l'intérieur.

Les premiers colons des îles du Cap- Vert fixèrent, comme cela est naturel, leurs habitations dans les ports de mer, afin de se réserver la facilité des communications avec l'extérieur.

Mais, à l'époque funeste de l'usurpation espagnole, les mers voisines se couvrirent de pirates; la plupart des blancs, oui étaient alors plus nombreux qu aujourd'hui , se réfugièrent en Portugal ; et les malheureux colons noirs, exposés sans défense à des attaques continuelles, se retirèrent dans l'intérieur, à l'abri de leurs montagnes inaccessibles. Là, vivant à leur goût, à peu près indépendants , les uns s'adonnèrent à la culture , culture grossière , sans règles , mais assidue ; les autres se chargèrent du transport des denrées aux différents marchés où venaient s'approvisionner les quelques habitants restés sur le littoral, et les navires qui y relâchaient pour commercer ou prendre des rafraîchissements.

Comme il n'y avait d'ailleurs aucuns dangers pour la sûreté individuelle, au lieu de grouper les habitations de manière à en former des centres distincts, on les dispersa isolées à travers les vallées, sur les plateaux, sur le flanc des collines. Aussi ne trouvet-on, aux îles du Cap-Vert, qu'un petit nombre de villages et de hameaux.

Cet isolement, joint à la difficulté des communications, a dû influer, on le comprend facilement, sur le caractère moral d'une population qui, à l'époque où elle se retira ainsi du monde , était dans un état peu avancé de civilisation.

En général , la population des fies du Cap -Vert est douce, docile, soumise aux lois (si elle ne les exécute pas quelquefois , c'est qu'elle ne les comprend pas), mais défiante, insociable, peu communicative, sans vices comme sans vertus, d'une indolence extrême, cultivant à peine ce qui lui est nécessaire pour les besoins d'une année, sans souci de l'avenir, sans désir d'augmenter son bien-être par une activité nécessaire.

Les habitants des côtes , et particulièrement ceux de Brava et de Sainttiicolas, ont beaucoup de goût pour la mer et font d'excellents marins.

Quelques-uns s'appliquent aussi à la pèche, mais c'est en petit nombre ; il est rare de les voir pécher plusieurs jours de suite, et cela par paresse, qui est leur vice dominant.

C'est dans les ports et principalement dans la capitale que vivent les déportés (degradados). Quelques-uns servent comme soldats, et ceux-là, au moins, sont encore sous le joug de la discipline militaire-, mais la majeure partie, livrés à eux-mêmes, n'ayant aueune eccupation ni aucun désir d'en trouver une, poussés par les mauvais penchants qui les amenèrent sur ces plages lointaines , s'adonnent au vol et à d'autres mauvaises actions. Causes de désordre incessant, ils sont la peste de la population, au milieu de laquelle ils finissent par semer la corruption , jusqu'à ce que, arrivés au terme de leur peine, ils retournent dans la patrie recommencer une carrière de crimes qu'ils viennent à peine d'expier. Dans le courant des sept années de 1837 à 1844, 346 déportés ont été amenés aux îles du Cap- Vert; sur ce nombre, on comptait 323 hommes et 23 femmes.

Le lait de chèvre caillé, de temps à autre un peu de viande de chèvre, dont

la peau, par sa valeur, couvre à peu près le prix d'achat, le maïs, le manioc, les haricots, les citrouilles, forment la nourriture habituelle de la masse de la population.

On mange le maïs en épis rôti ou cuit dans du lait caillé (qui se nomme dormû/o),' ou bien on l'égrène, on l'écrase, et on le met dans un panier que l'on secoue pour séparer la farine du xarem , partie plus grossière, que l'on met cuire avec des herbes, des haricots ou de la citrouille. Quant à la farine, on en fait des bo tangos, gâteaux plats , cuits sur le feu comme les gâteaux de maïs de la province de Minho,ou bien elle sert à préparer le couscous y mets semblable au couscous arabe, et qui, comme lui, se compose de farine battue, placée dans une marmite percée de trous au-dessus d'un vase rempli d'eau bouillante. Aussitôt qu'elle est cuite par la vapeur, on la coupe en bandelettes, que l'on fait sécher au soleil sur une toile, et qui se gardent ainsi une semaine.

Les haricots et la citrouille se mimgent avec le xarem, avec des herbes, ou seulement , ce qui est le plus ordinaire, avec du lait caillé, et alors c'est un excellent mets; on ne boit jamais de lait frais , lequel est regardé comme nuisible. Le plus souvent on fait rôtir ou cuire la racine de manioc (Aai/nm), ou bien on la réduit en farine, et alors elle est supérieure à celle du Brésil.

La consommation des bananes est considérable, parce que ce fruit est savoureux, sain, et que la culture du bananier ne demande d'autres soin* que de couper les vieilles feuilles pour faciliter la croissance des nouvelles.

Comme tous les Africains, les habitants des lies du Cap-Vert ont un goût particulier pour les liqueurs alcooliques, et l'on peut dire uue la faculté de tirer du tafia de la canne à sucre est le seul stimulant peutêtre qui leur fasse cultiver cette plante ; la promesse d'un peu d'eaude-vie est le moyen le plus efficace de leur faire exécuter un travail quelconque.

L'UNIVERS

A la fin du siècle dernier, Feijoo écrivait que la population devait aux esclaves seuls presque tous les comestibles qu'elle consommait. Ceci n'est Sas exact. Depuis vingt ans, des reveneurs ambulants (que Ton appelle dans les ports vadios, vagabonds) transportent en tous lieux les denrées d'une consommation journalière et même les animaux, les peaux, l'huile de ricin, tout ce qui est objet de commerce; et, dans la plupart des îles, lorsqu'on apprend que des navires viennent d'entrer au port, on y voit arriver ces fournisseurs avec une telle quantité de vivres , qu'il y en aurait quelquefois assez pour une escadre.

Le costume le plus ordinaire des hommes consiste en une chemise, un pantalon de coton grossier à raies bleues , un chapeau de paille fait par eux-mêmes, et, lorsqu'ils le peuvent, une veste de cotonnade bleue ou de toile. Les femmes portent une chemise collante de coton écru, avec des manches à poignet, et une jupe faite d'indienne depuis quelques années, car jadis elle était de toile, ouverte à la ceinture, et dans les lieux écartés on peut les voir encore ainsi habillées ; elles se couvrent et s'enveloppent la tête dans un grand fichu de coton de couleur écarlate ou jaune (lequel s'appelle igualado)\ disposé avec assez d'art ; s'ornent les oreilles de pendants, le cou et les bras de coraux et de verroteries, et les doigts de bagues, lorsqu'elles le peuvent ; elles se couvrent la poitrine d'une pièce de toile, qu'elles rejettent sur l'épaule et qui vient souvent passer sous un bras. Les femmes et les hommes de l'intérieur vont ordinairement pieds nus.

Les habitants des tles du Cap -Vert sont, comme tous ceux des régions tropicales, tellement amateurs de têtes, qu'ils quittent tout pour s'y rendre; les danses lascives et monotones qui en sont l'objet se font ordinairement au son de cette fameuse batouqué , si connue en Afrique. On s'y livre surtout avec fureur a l'occasion des noces, réunions toujours nombreuses, où l'oa mange beaucoup, où l'on boit de l'eau-

de-vie en quantité, et où l'on se permet ' une foule de libertés. A Sào-Thiago, le marié entre de force dans la chambre de la mariée, eu écartant à coups de poing les jeunes filles qui veulent la défendre, et .qui finissent par fuir; après être resté un moment avec elle, il tire un coup de fusil par la fenêtre pour apprendre aux convives l'état de chasteté dans lequel il l'a trouvée, et ce signal est suivi de vociférations , joyeuses. Cet usage barbare, inconnu dans les autres îles, va se perdant aujourd'hui à Sâo-Thiago.

Aux enterrements, on a conservé l'usage antique des pleureuses payées, qui accompagnent le corps à l'église pour prier et pleurer; puis, après avoir jeté sur la fosse beaucoup d eau bénite, elles se rendent à la maison du défunt, où, pendant plusieurs jours de suite, elles se livrent à la même guérimonie trois fois par jour, passant le reste du temps à manger et à boire.

Les veuves ont un mois de chagrin, qu'elles passent, enveloppées de toiles noires, à gémir, placées les jambes croisées sur un lit dans une pièce obscure , où leurs amis viennent les visiter en silence.

Un autre ancien rite religieux , qui s'est conservé, est celui que pratiquent les familles, daller à minuit, le jour des Morts, chanter en chœur, à la porte des églises fermées, pour les âmes des trépassés.

Ces diverses coutumes sont plus particulièrement propres aux habitants de l'intérieur; dans les ports et les petites villes maritimes, la civilisation est plus avancée; déjà la plupart des maisons y sont couvertes en tuiles ou en argile, comme en Portugal, ou en bois comme aux États- Unis. A l'exception des gens de mer, des pêcheurs ou des orseilleurs, les hommes et les femmes y portent généralement des chaussures, en même temps qu'ils sont mieux vêtus et mieux nourris. Les employés du gouvernement et les négociants y portent le frac et le gilet; les nhanhas (prononcez gnagnas), c'est-à-dire les daines, l suivent Tes modes d'Europe, bien que

Itl

sans trop de recherche, portant beaucoup plus les riches toiles de fabrication indigène que nos étoffes , et se couvrant bien plutôt la tête de Yifjualado que d'un chapeau. Il n'est pas permis aux esclaves des deux sexes de porter de chaussures.

Dans les villes et. les lieux voisins de la mer, les maisons sont en partie construites avec des bois américains, couvertes de tuiles américaines , garnies de meubles venus des États-Unis.

La vaisselle, les habits, les chaussures n'y ont pas d'autre origine.

La langue portugaise pure est, par une habitude inexplicable, tout à fait inusitée aux îles du Cap -Vert, tant dans les villes que dans l'intérieur; on lui a substitué un jargon métis, formé de mots africaius et d'ancien

Sortugais, prononcé très-vite, avec es finales gutturales, et que l'on appelle langue créole, lingua creoula^ sans grammaire, sans règles fixes, qui varie d'une Ile à l'autre (*).

Les populations maritimes comprennent en grande partie le portufais, mais ne le parlent pas. Les lancs même cherchent à perpétuer cet usage, en apprenant de suite le créole a ceux qui arrivent d'Europe.

et en habituant leurs enfants à s en servir, à l'exclusion de ce qu'ils ap-> pellent 6 portuguez limpo , le portugais pur. Cependant , à la ville , dans les réunions d'un certain genre, les nommes se servent de celui-ci, bien que les nhanhas emploient toujours le créole. C'est un travers qui disparaîtra à mesure que l'instruction se répandra.

Tout le monde ici connaît les vertus de la plupart des plantes et des racines médicinales ; on supplée ainsi à l'absence presque générale de pharmacies et de consultations , puisqu'il n'y a qu'un chirurgien- major, payé par l'État, lequel est à la fois chirurgien particulier , propriétaire et négociant a fioavista.

(*) M. Lopes de Lima se propose de douter no vocabulaire de ce patois, dont il cite qudqoes expressions.

Gomme les Açores et les Canaries, les îles dufcap-Vert ont aussi leurs morgutdosi foule de petits pro-

fuiétnires, possesseurs de chnpeles et de majora ts ( la plupart insignifiants, mais composés des meilleurs terrains ), dont ils abandonnent nonchalamment l'administration à quelques-uns de leurs esclaves ou dr leurs domestiques les plus familiers, qui , aussi ignorants que leurs mat* très , laissent presque toujours dépé»

rir la fortune dont le soin leur est remis.

A cet abus vient s'en joindre un autre, qui a des conséquences plus fâcheuses. Le propriétaire ne nourrit ni ne vêtit ses esclaves, mais il leur permet de travailler pour leur compte on jour de la semaine ; cette ressource leur faisant défaut dans les années dt sécheresse, ils désertent très -souvent avec les étrangers , et beaucoup de maiorats sont perdus aujourd'hui faute de bras.

Nous n'ajouterons rien à cela, si* non qu'en 1834, l'autorité préfectorale, voulant couper le mal dans sa racine , ordonna l'exécution d'un décret de la régence des Açores, du 4 avril 1832, qui devait faire disparaître les deux tiers des majorats, et mettre en valeur les terrains incultes des autres; mais ce régime dura peu, et les gouverneurs qui lui succédèrent n'ont pas encore osé renouveler cette mesure importante.

Afindecomplétercesdétailssurlapo-

Îmlation des îles du Cap-Vert, nous alons extraire d.ï la relation de M^Bovrdich le récit de sonséjourchez lesenhot Manoet Martins, le plus riche propriétaire de l'archipel : «Cet homme, dit-elle , avait, par le nombre de ses esclaves; par ses possessions dans les différentes îles et par l'étendue de son commerce, acquis une influence et une autorité qui rendait purement nominale celle du gouverneur général. Il avait été envoyé par ces lies comme leur représentant aux cortes, et, lors du rétablissement du pouvoir absolu n Lisbonne, on le trouva trop puissant pour le punir; on le

L'UNIVERS

chargea d'aller maintenir la tranquillité dans ces colonies.

« A la foule de noirs qui se précipitait dans notre chambre, au bruit qui nous entourait, nous nous crûmes déjà en Afrique. A trois heures, on vint nous avertir que le dîner nous attendait. Notre entrée fut brusquement arrêtée un moment par une sentinelle, couverte d'un misérable habit, armée d'un coutelas et sans souliers comme sans bas. Après avoir surmonté ce premier obstacle, il nous fallut traverser une série de cuisines et de cabanes habitées par des esclaves, et les exhalaisons qui s'échappaient des premières apportaient avec elles de si fortes idées de malpropreté, qu'il fallait un appétit surnaturel pour oser toucher aux mets qu'elles nous présageaient. Sans cesse arrêtés par des enfants de tout âge, nègres, mulâtres,

Ï portugais, nous parvînmes à un escaier malpropre, qui nous conduisit dans le salon, où nous fûmes présentés à la famille du gouverneur. Sa femme, qui est en même temps sa nièce, est belle, mais elle avait plus de charmes dans le visage que de grâces dans le reste de sa personne; car, outre la taille ordinairement petite de ses compatriotes, elle avait adapté complètement sa toilette à la nature du climat, et elle aurait encore eu besoin de quelques rubans pour en réparer le désordre. Ses deux sœurs offraient aussi quelques charmes, et toutes deux étaient infiniment supérieures au reste des dames, dont, par égard pour mon sexe et par charité, je n'entreprendrai pas la description.

« Quand tout le monde fut rassemblé, visites, étrangers, parents et employés, nous formions a peu près une réunion de vingt personnes. Des masses de viande noyées dans de la graisse, de vastes terrines de soupe, des pyramides de bœuf bouilli, des hors-d'œuvre formés d'ail diversement préparé, furent placés devant nous , escortés par des myriades de mouches noires, qui nous disputaient chaque morceau. Des domestiques étaient obligés d'agiter continuellement de

grandes serviettes pour les tenir éloignées ; et si cet exercice était un moment suspendu, la table se couvrait aussitôt de ces dégoûtants insectes.

Le désordre du service, le bruit de cent demandes faites à la fois rappelaient si vivement un dîner de diligence dans une mauvaise auberge de France , que , si j'avais pu un moment colorer à mon gré les personnages qui m'entouraient, je me serais crue faisant mon tour d'Europe.

« Les déjeuners étaient aussi abondants que les dîners , et on m'assura qu'il y avait le soir un souper qui ne le cédait en profusion à aucun autre repas ; et c'est ainsi que, chaque jour, tous ces gens, hommes et femmes, au milieu d'une atmosphère qui varie de 80 à 90 degrés (du thermomètre de Farenheit) , dévorent une immense

Suantité de nourriture animale. Je ne ois cependant pas oublier de proclamer ici l'hospitalité sans bornes du senhor Manoel Martins; je ne doute pas qu'il ne nous eût continué sa bienveillance pendant des mois entiers, et il était presque fâché de ce que nous refusions tous les repas autres que le déjeuner et le dîner. 11 y a chez lui une seconde table, où sa femme, aimable et soigneuse , veille sur ses plus jeunes enfants, sur les commis; et enGn on a calculé que Ton nourrit journellement deux cents individus dans ce vaste établissement.

« Parmi les personnes attachées à la maison est un maître de musique, amené de Lisbonne tout exprès pour l'instruction des enfants; mais, comme ni ceux-ci ni leur maître n'ont de talent ou même de goût pour la musique, il remplit ses longs loisirs en dirigeant une petite école; ce n'est que le soir qu'il exerce la profession de musicien , et qu'il exécute une sonate sur le piano , au milieu de conversations bruyantes, qui permettent à peine à quelques sons d'arriver jusqu'à vous.

« L'idée du ridicule s'est attachée à toutes les colonies portugaises, à cause de leur pauvreté et de l'orgueil qu'elles affectent, bien que privées

même des moyens de se faire respecter. On a surtout conçu un mépris particulier pour la colonie des îles du Cap-Vert, d'après la description qu'en a faite le capitaine Tuckey ; mais qu'il me soit permis* de rendre justice au gouverneur actuel (c'était alors don Joâo da Matta Chapuzet) : nous avons reçu de sa part tous les services qu'il était en sou pouvoir de nous rendre. Mais quelle devait être la situation d'esprit d'un homme placé dans la dépendance entière du senhor Manoel, éloigné de sa résidence ordinaire, dénué de ressources pécuniaires, alarmé de la révolte de ses troupes et incertain de l'effet qu'elle pouvait avoir sur son gouvernement?

Sa conversation était douce , ses manier» polies, et il nous pressa d'accepter le peu qu'il eût à nous offrir, avec une franchise et une cordialité q-ii prouvaient l'intention la plus bienveillante. Les classes élevées de presque tous les pavs savent joindre la dignité à l'affabilité; mais je n'ai jamais vu ces qualités alliées avec plus de bonheur que chez les femmes de cette famille : elles ne me permirent plus de faire attention à ce qu'elles pouvaient aroir de désagréable, à leurs robes de grosse toile peinte , à leurs mouchoirs de soie décolorés, et mé»ne à quelques expressions barbares que l'éducation n'avait pas encore bannies de leur langage.

• Notre logement était situé de manière à nous offrir le spectacle de la procession qui , le dimanche , se rend à la messe. Il y avait eu auparavant une espèce de revue , que précédait un tambour qui aurait pu (aire le sujet de la plus plaisante caricature. Pas un soldat a qui il ne manquât, soit des souliers, soit quelque partie de son uniforme, et la manière dont ils rompaient leurs rangs était en tout digne de la manière dont ils les avaient formés. Cependant le prêtre était allé se revêtir de ses ornements : la procession était ouverte par un laquais à livrée ridicule, portant dans ses bras la fille du gouverneur, gentille enfant de cinq ans;

fiuis venaient le père et la mère, celuià tout habillé de noir, avec des culottes courtes et un chapeau à cornes, et sa femme vêtue de soie et de velours noirs. (A son retour, cette dame se hâta de substituer à ce vêtement une robe blanche pour le dîner, et celle-ci fit encore place pour le thé à une grosse robe de coton rayé. ) Le reste de la procession marchait pêlemêle; tous les rangs y étaient confondus ; et, à côté des personnes les plus distinguées par l'éclat et la recherche de leurs vêtements, se voyaient les haillons des esclaves et des nègres; enfin le surplus de la population se pressait sur la route pour contempler cet étalage de pompe et de grandeur. »

M. Brunner vit , à Villa-da-Praia , la Fête-Dieu célébrée par des prêtres noirs, suivis d'une assez longue file de nègres et de mulâtres des deux sexes qui montraient peu de dévotion. Le son des cloches et les décharges d'artillerie accompagnaient la procession.

Pendant la soirée, bon nombre de feux de joie furent allumés, et des pétards furent jetés dans tous les carrefours, heureusement sans accident, du milieu d'une ville dont la moitié est couverte en planches et en feuilles de palmier.

Industrie , commerce. }

Après l'agriculture. la préparation du sel est la seule industrie qui , aux îles du Cap- Vert, ait pris quelque développement; elle occupe la majeure partie des habitants de l'île du Sel, de Boavista et de Maio. On y fabrique bien des toiles, de la poterie, du savon, des cuirs; mais ces industries, d'ailleurs assez grossières, à l'exception de la première , n'occupent qu'un petit nombre d'individus. Les habitants de Fogo donnent quelque façon au tabac qu'ils recueillent. La confection des tissus est, pour ainsi dire, concentrée dans cette même île et dans celle de Sâo-Antâo. Ces tissus sont de cinq qualités : les toiles communes, les toiles fines, les toiles ou*

*T Uvraiêon. (lus dk i/AniQui.)

194 L'UNIVERS

vragées, les toiles en ûl retors, et les Le composé dégoûtant d'huile, de

pagnes. Voici les différents noms sous graisse et de potasse avec lequel on

lesquels on les connaît dans le pays, nettoie le linge mérite à peine le nom

avec leurs prix, de savon. Quant à la poterie, elle est

Étoffes communes. <* une facture on ne peut plus primi-

^S,^cWV.b!!U! i: tiVEngénéra.,on.éprorda„,toutcet

Ponno*^ .tcutbleu... 9 60 S^^CASSE

» -* ♦ * • 4» pierre, forgerons, calfats, tailleurs,

jS^i£^01Mi^;U " «irdoiînteïi, eta.' Ceux que Ton y

* ™ i fr * > <o trouve S0llt P,us <Iue médiocres, et se

noHr, a raies........... ... 12 » font payer d»une manjère exorbî-

!%Z«gC{ i b6U C,a,r Ct .0 tante, tout à fait disproportionnée

uiottc , a raies. 12 » avec je pr;x <|es vivres.Un charpentier

Pamo debocca branca, au ga e 800 reis ( environ s francs } par

c«tre bleu sur un fond four, en travaillant peu et mal. Cons-

^Ianc '""'*" ! truire une maison à l'européenne dans

Cet quatre sortes de toiles , quand ces îles est un objet d'une énorme dédies sont ouvragées alentour, pren- pense : aussi les loyers sont-ils trèsnent le nom de patinas de bicho (bU élevés. De temps à autre seulement eho signifie encadrement), et acquiè- apparaît quelque ouvrier en état de rent alors, selon le travail, un prix faire une casaque ou une paire de double ou triple. bottes ; c'est là ce qui fait que Ton y Etoffes riches. importe tant d'habillements et de Pannos cfobra , tissus ou- chaussures tout confectionnés. Les ouvragés en coton et laine fr- vriers qu'on rencontre en ces îles sont, de diverses couleurs , de. 18 à 36 ou des condamné? à la déportation , ou Paimos de retroz, tissus en des esclaves, auxquels leurs maîtres ont coton et soie retorse, de fait enseigner un métier et qui Fexer-

couleur 24 à 48 cent pour leur compte : on leur laisse

Colxas, tissus de coton de une partie du produit dé leur mainlaine et de soie retorse, de. 36 à 240 d'oeuvre pour le rachat de leur liberté. Les toiles bocui se consomment II est rare de rencontrer des naturels toutes dans la province , ainsi que la mêmes de l'archipel exerçant une des plupart des toiles fines, dont quelques- professions , d'ailleurs si lucratives , unes cependant s'exportent dans la dont nous venons déparier : Pagricul- Guinée française et portugaise ; mais ture, la pêche, la navigation, Jafabricales toiles d'ayulha sont presque toutes tion du sel, la récolte de l'orseille, sont destinées pour la Guinée. Quant aux les seules industries auxquelles ils se étoffes riches, une bonne partie est livrent, et l'on compte en outre parmi enlevée par les étrangers, le reste se eux un grand nombre de vagabonds vend sur les lieux, qui se donnent comme revendeurs et

Les peaux qui se préparent aux îles marchands ambulants, du Cap -Vert au moyen des plantes qui Mais si , par suite de leur indolence y croissent sont toutes destinées pour naturelle , les habitants des îles du l'usage des particuliers, et le pays est Cap- Vert ont peu de goût pour Pinobligé de payer un assez fort tribut à dustrie manuelle , ils se livrent avec l'industrie étrangère, ce qu'il serait plus d'entraînement au commerce, facile d'éviter par la création d'une Dans les ports, il n'y a, pour ainsi tannerie dans quelque vallée de Sâo- dire, pas une seule maison où Ton ne Antâo. Cependant il paraît que Saint* voie une boutique; et toutes les fois Nicolas livre aujourd'hui au coin- qu'il arrive des navires , les marchés merc* des cuirs préparés. abondent en vivres apportés de Tin*

térieur; là aussi on ne manque ni de boutiques ni de revendeurs ambulants; tous aiment à vendre, bien au'ils se 'soucient fort peu de prouire.

Voici quel a été le mouvement commercial des îles du Cap-Vert avec la métropole et les pays étrangers pendant Tannée économique 1842-1843.

217 navires sont entrés dans les ports de l'archipel, appartenant, 61 au Portugal, 87 aux États-Unis, 36 h l'Angleterre, 9 à la France, 3 à I Espagne, i au Venezuela, le reste aux pays du nord de l'Europe.

239 en sont sortis, 42 pour le Portugal, 82 pour les États-Unis, 41 pour l'Angleterre, 23 pour la France, 16 pour Je Danemark, 10 pour Hambourg, 4 pour l'Espagne, 1 pour la Colombie, le reste comme ci-dessus.

La valeur des importations s'est élevée à la somme de 76 620 853 reis (460 491 fr. 33 c), sur lesquels la métropole figure pour 261 609 fr. 29 c, ou pour les 4 septièmes à peu près ; ce qui prouve que le commerce portugais a su de nouveau tirer parti , dans ces dernières années, des avantages naturels dont il jouit sur ce point. Les États-Unis, profitant de son incurie, s étaient mis en son lieu et place , et approvisionnaient les îles de bois, de meubles, de linge, d'habillements, de vaisselle, de comestibles; et cette importation, oui s'élève encore à près de 21 contos de reis, plus de 126 000 fr., les 3 onzièmes de I importation totale, ira en diminuant à mesure que le Portugal pourra envoyer ici une plus grande quantité de farine, de biscuit de mer, de viande salée, de linge et d'habillements confectionnés , de tis- .

sus de soie, de laine, de coton des fabriques nationales, de verre, de poterie grossière , de chapeaux de poil et de chapeaux communs de Braga, de ferrures pour les portes et fenêtres, de serrurerie assortie , de bêches , de pelles de fer, de .marteaux, de chaudrons et autres articles métalliques, toutes choses qu'en résumé il peut très-bîeà fournir au même prix que les étrangers, par suite du bénéfice

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des tarifs. Il faut y joindre les vins et Peau-de-vle commune (agoa ardente baîxa)% qui pourrait rivaliser enGui- Lée avec la cachaça du Brésil.

L'Angleterre ligure sur le tableau des importations pour 7 600 000 reis ( environ 46 000 francs ) , v.ileur des tissus de coton et autres produits de son industrie, qu'elle donne en échange du sel.

Les autres nations du Nord qui vien*.

nent ici pour prendre du sel ou des ravitaillements, payent à peu près tout argent comptant; les ventes qu'elles peuvent faire sont éventuelles et de pacotille, et, par suite, peu importantes.

Les exportations étrangères se sont élevées à la somme de 73 992 149 reis (444 693 francs), non compris la valeur de l'orseille, qui est de 120 contos de reis (721,200 francs). Le sel y figure seul pour un chiffre de 30 contos de reis (180 300 francs), auquel il fautajouter une somme égale pour celui que consomme la métropole; puis viennent le café et quelques céréales. Mais les articles les plus importants sont, à peu de chose près, des matières premières, très-avantageuses pour l'industrie portugaise, telles que cuirs, peaux et graines de ricin. Les droits presque prohibitifs imposés par les tarifs sur les cuirs et les peaux sortant par navires étrangers ont singulièrement diminué l'exportation américaine, qui, à l'époque dont nous parlons, n'a guère dépassé 9 contos de reis, 54 000 francs.

D'après le tableau des importations, sur le commerce total il s'en est fait à Sâo-Thiago pour 42 881 000 reis ou 257 7 15 francs ; à Boavista pour 19 511000 reis ou 117261 francs.

L'exportation fut, dans la première , de 21*027 000 reis ou 126372 francs:

dans la seconde, de 10 132 000 reis ou 60 893 francs ; à 111e de Maio , de 10 429 560 reis ou 62 682 francs; a l'île du .Sel , de 20 077 800 reis ou 126 677 francs.

Les principaux articles réexportes ont été des métaux ouvrés, du charbon de terre et des charutos.

L'UNIVERS

Monnaies; poids et mesures.

Les îles du Cap-Vert n'ont pas de monnaie spéciale ; celle qui est regardée comme telle est une ancienne monnaie brésilienne d'argent, dont les pièces ont cours , respectivement, pour 960, 640 et 320 reis, représentant, en monnaie de France, des valeurs de 5 fr. 76 c, 3 fr. 84 c. et 1 fr. 92 c; on appelle cette monnaie fraca; elle sert au payement des rentes et des employés subalternes; les hauts fonctionnaires sont payés eu monnaie de Portugal. Du reste , dans les îles fréquentées par les étrangers, on peut dire que toutes les monnaies sont reçues.

Les mesures itinéraires, lieues, milles, pas , pieds, sont ceux de la mère Êatne. On mesure le terrain par rasses ou par perches (lanças); le sel, les grains, par muids (motos) * dont la grandeur varie suivant les diverses îles. Pour les tissus, on se sert de la vara ou de la coudée portugaise, bien que le yard soit adopté généralement, ainsi que le pied et le pouce anglais. Les fluides se vendent à la carafe (garrafa), netite pinte; au/rasco, de quatre carafes; au gallon, de dix carafes ; cnûn par pipes et muids. La douane ne se sert que des poids portugais, mais les transactions commerciales se font ordinairement avec les poids américains.

raies de communication.

Aux îles du Cap-Vert, les voies de communication ne consistent guère qu'en d'affreux sentiers , à peine praticables pour les piétons, et où le pied non ferré et infatigable du cheval indigène peut seul triompher des escarpements du sol, des descentes les plus dangereuses, des vertiges de précipices incessants. On a cherché à améliorer les abords de quelques points, en construisant des .chemins a la Praia , à Saint -.Nicolas; une chaussée, du reste assez mauvaise, à Fogo, pour mettre le village en communication avec la mer; mais, de tous ces tra-

vaux, le plus remarquable est la route construite à Sâo-Antào par le gouverneur Marinho, et qui mené de la ville de Santa-Cruz à la mer.

La partie la plus élevée de Saint-Antoine a été, pendant bien longtemps, inaccessible. On n'y parvenait qu au moyen d'une corde, qui servait à élever ou à descendre les habitants toutes les fois qu'ils voulaient passer d'une partie à l'autre. Une communication est aujourd'hui établie au moyen d'un sentier étroit, taillé dans le roc. La largeur en est à peine suffisante pour un âne; et si deux de ces animaux s'y rencontraient, l'un d'eux devrait infailliblement périr. Pour prévenir ce malheur, on déploie un drapeau à l'une des extrémités aussitôt qu'un âne est entré dans le chemin, et ce signal, pouvant se distinguer de l'autre point de départ , avertit les habitants de ne pas s'engager dans le sentier.

Gouvernement et administration.

Les Portugais possèdent , sur le continent africain , le long du cours inférieur et à l'embouchure des rivières qui se jettent dans l'océan Atlantique aux environs du cap Roxo el de l'archipel des fiissagos, plusieurs établissements, connus sous les noms de Cacheo, Bissao, Zinguichor, Bolor, Farim, Geba, Ganjarra et Fa, el les deux îles de Bolama et das Galinhas Ces établissements, avec les territoires qui en dépendent, forment ce que l'oti appelle officiellement la Guinée di Cap-Vert , la Guine de Cabo-Verde Reunie aux îles que nous venons d( décrire, elle constitue une province nommée provincia de Cabo-Ferdei dont la partie la plus importante es l'archipel du Cap-Vert.

La capitale de cette province fut jusqu'en 1780, la cité de Ribeira Grande. A cette époque, le siège di

Gouvernement fut transporté à Ja vill| a Praya; mais l'insalubrité de c point, ainsi que de toute l'île de Sâo Thiago, pendant un tiers de l'année oblige le gouverneur et une parti des hauts fonctionnaires à se retire

ILES DE L'AFRIQUE. tff

dans quelqu'une des fies voisines, ce diciaire , il est organisé particulière-

3ui nuit singulièrement à la marche ment , dans les terres portugaises , en e l'administration. Afin de remédier deçà du cap de Bonne -Espérance, par à ce mal, un décret do 11 juillet 1838 un autre décret portant la même date. ordonne la fondation, dans 111e de Conformément à ces dispositions» Snint-Vrncent, d'un centre de popula- la province du Cap-Vert est ad miton, appelé Mindellûy destine à de- nistrée par un gouverneur générai Tenir le chef-lieu de F archipel. De 'jouissant des honneurs accordés aux grands obstacles se sont opposés jus- anciens capitaines généraux, et ayant qu'à présent à la réalisation de cette un traitement annuel de trois contos mesure, et villa-da-Praya est restée de reis, ou 18 000 francs. Il réunit les la capitale des ties pendant la sai- pouvoirs civils et militaires, mais il son des brises, tandis que le gouver- ne peut s'ingérer en rien dans les afneur général, dans la saison des pluies, faires judiciaires; tous les fonctionréside où il lui convient le mieux. naires, de quelque rang que ce^soit,

L'archipel est divisé administrative- lui sont subordonnés,

ment en huit conseilleries (conselhos\ Il est institué auprès de ce haut

dont voici les chefs-lieux et la juridic- fonctionnaire un conseil de goûter*

tion: nement, qu'il préside et quMl doit

1. Villa-da-Praya j ca-tri™ consulter dans toutes les affaires ira-

2. Santa-Catharinn ( B8°< portantes (sans être cependant tout à

3. Villa de S. -Fi lippe. . . . Fogo. fait oblige d'adopter ses délibéra-

4. Povoaçao de Sâo-Joâo- tions); ce conseil est composé des chefs

Baptista Brava. des différents services, judiciaire, mi-

5. Porto-Inglez Maio. litaire , fiscal et ecclésiastique , et de

fi Pavana Ha ttahil I Boavista- deux conseillers choisis par le gouver-

G. Povoaçao do Rabil • • • j Ile du SeL neur généra| entre qua"-tre ca* didatg

7. Villa-da-Ribeira Brava. Saint-Nicolas présentés par la junte provinciale. Le a villa A* femfc».rni7 I Sao-Antâo. conseil supplée le gouverneur général

8. villa deNrotat*uz.. . j Sa|Dt.vlncent en son absence; il est alors présidé

La charte constitutionnelle de la par le plus ancien conseiller par ordre

monarchie portugaise est la loi fon- de nomination, et il peut voter les dé-

damentale ue l'État dans la province penses d'urgence. Les ordres du gou-

du Cap-Vert ainsi que dans les autres verneur général sont publiés en formé

possessions portugaises d'outre- mer. d'arrêtés (portarias), commençant

II existe bien, pour elles toutes, quel- par cette formule : « Le gouverneur

qaes lois qui ont un caractère en par- général arrête ce qui suit : » et

tie réglementaire ; mais l'expérience a quand l'arrêté a pour base une déli-

prouvé qu'elles étaient, ou imparfai- Dération du conseil , elle se modifie

tes, 00 peu compatibles avec un bon ainsi : « Le gouverneur général en

régime colonial ; et le gouvernement , conseil arrête ce qui suit. » Ce n'est

investi par le corps législatif de pleins qu'en conseil que le gouverneur peut

(pouvoirs, doit décréter à ce sujet une déclarer la province en état de siège.

nouvelle législation. Il y a pour l'expédition des affaires

Le régime administratif des terres civiles et militaires un secrétaire gé- (Toutre-mer est encore réglementé néral, de nomination royale, avec aujourd'hui par un décret (dit admi- 4 800 francs d'appointements, secondé nistratif ) du 7 décembre 1836, expli- par deux chefs, quatre expéditionnaiqué par un autre du 28 septembre res (amanuenses), et un garçon de bu- 1838. Quant à l'administration fiscale, reau (uni continuo). un décret du 7 janvier 1837 rétablit les L'administration des finances est juntes des finances (juntas defazen- confiée à la junte de finance, présida), ainsi que l'ancienne législation de dée par le gouverneur général , et 1769. Pour ce qui est du pouvoir ju- en son absence, par le président du

Î/CMVERS.

conseil ; elle est composée du juiz de (Jirecto, du délégué luisant fonctions de procureur de la couronne, du trésorier, d'un écrivain. C'est cette junte qui fait rentrer les revenus , et qui ordonnance les dépenses sous sa responsabilité.

Une junte d'amélioration de l'agriculture se réunit aussi au chef-lieu de la province, pour distribuer les terres incultes et veiller à l'observation des conditions faites pour les emphytéoses, Enfin, on y convoque annuellement une junte de province^ qu'aucun des décrets ci-dessus mentionnés n'a créée expressément, mais à laquelle ils font allusion ; cette junte, ne pouvant exercer aucunes fonctions délibératives. se borne à rédiger un mémoire consultatif sur les besoins de la province.

Chaque conseillerie a un receveur particulier, et chacune des neuf Iles une douane , qui , à Sâo-Tbiago et à Boavista , est administrée par un directeur général, et dans les autres fies par des sous-directeurs.

L'exercice des fonctions administratives a été réglementé par un code administratif du 18 mars 1842, auquel le gouverneur a apporté en conseil quelques modifications. Les huit conseilleries ont chacune un administrateur, et les paroisses un régidor.

En vertu d'un décret du 16 janvier 1837, il y a au chef-lieu de l'archipel un juiz de direito, avec 6 000 francs d'appointements-, un délégué ( delegado), et un juge ordinaire, qui remplace le juiz de direito en son absence. Chacune des autres îles a un juge ordinaire, chaque paroisse un juge de paix et un juge élu. Les causes criminelles sont jugées en dernière instance par h junte de justice, siégeant au cheflieu , et qui se compose du gouverneur, du juiz de direito, du délégué et de trois commis de grade supérirur-

Quant au service de santé de la province, il ne se compose eneore, à l'heure qu'il est, que d'un chirurgien-mqjor, qui dirige en même temps l'hôpital militaire et celui de la Misericordia, à Villa-da-Praia, le

seul établissement de bienfaisance, non-seulement de l'archipel, mais de la Guinée; il a environ 1 200 000 xeis (7 200 francs ) de revenus. Ce n'est qu'en 1834 que cet hôpital a été transféré à fô ville da Praya ; jusqu'alors il était resté isolé au milieu des ruines de Eibeira-Grande.

Revenus et dépenses.

Les revenus de la province du Cap- Vert furent, pour l'exercice 1842-43, de 79 176 168 reis (476 848 francs ), et on les porta au budget de l'exercice 1843-44 poqr la même somme.

Us provenaient principalement du produit net de l'orseille, qui donna 45 000 000 reis (270 450 francs ), sur lesquels 24 000 000 restèrent appliqués aux dépenses locales, tandis que le surplus entra dans les caisses de FÉtat. Le fisc a éprouvé, depuis, là-dessus, un gr^ud déficit par suite de la baisse du prix de ce lichen ; mais il y a lieu de croire qu'il remontera, au grand avantage du trésor et surtout h l'immense bénéfice de la province, à laquelle un décret du 5 juin 1844 applique désormais les deux tiers au produit net ; ce même décret a rendu nu gouvernement l'ancien monopole de l'orseille sur toute la côte d'Afrique.

La totalité des autres branches de revenu a donné en 1842-43 une augmentation de plus de dix contos de reis ou soixante mille francs sur la moyenne des années précédentes , ce

?|ui est dd particulièrement aux réormes apportées dans le service des douanes. Cet article est le plus important après l'orseille; ii représente une valeur de 27 millions ou contos de reis (152 270 francs). Le complément de ces mêmes recettes est formé par les dîmes ( décimas ) , les droits de grâce ( direitos de mercês }, les impositions sur les denrées (sizas), le droit appelé real d'agoaf), le timbre, la poste, etc.

(*) Établi Ion da la construction de l'aqueduc d'Elvas, en Portugal; voyez dans cette collection le volume intitulé Portugal, par M. Ferdinand Denis , p. 4o3.

Void la moyenne des sommes aux* Thiago une compagnie soldée, dite

miellés s'élevaient les différents impôts des Aventuriers, et six compagnies

ttons chacune des îles de l'archipel, an- sans solde. Ils élevèrent une citadelle

térieurement à 1842» le monopole dé à Ribeira-Grande; deux forts à Villa-

rorseîlle laissé de côté; ce tableau da-Praya et à Fogo, défenses, d'ail-

donnera quelque îdée de leur im- leurs, assez peu efficaces ; les autres

portance relative à cet égard. tles étaient abandonnées aux tenta-

Sao-Thiaso 81,564 * tivcs des pirates, que les habitants,

jkto u9° 25,699 comme ceux de Sao-Àntao , repous-

Boavista \ 24 853 saient, lorsqu'ils le pouvaient, à

sko-Antfo!!.'". '"!.'.: 21U18 S?urçd?J£!?M;jW \ restaurî;

Saint-Nicolas 15,326 î»<>n de 1660, cet état de choses resta

grava 14 772 'e m^me jusqu'au milieu du dix- nui -

Ile duSeî! !!!.'!!!!!!*.! 131976 îîèm« sièc'e* We: *.ingt-sept ans après

Y0gp 12 737 le pillage de Ribeira-Grande par les

Saint-Vincent! ! !'.!!!!. '. 2^295 équipages de Cassart , sous le canon

■ même de la pauvre citadelle castillane,

212,640 on créa des régiments de milice.

Les revenus de la province présen- Au commencement de ce siècle-ci, à

tent une augmentation notable depuis la suite des guerres européennes, on

1828, époque où les impôts directs et crut devoir y envoyer deux compa-

indirects atteignaient à peine la gnies de troupes régulières, portées

somme dé 200 000 francs, en y corn- en dernier lieu à quatre cents nommes;

prenant ceux de Guinée , qui , d'après et le gouverneur dom Antonio Coutinho

la moyenne des années suivantes , de Lancastre fit élever autour de

doivent être comptées pour 56 000 fr. Villa-da-Praya cinq batteries armées

Les dépenses s'élèvent à 600 000 au moyen des pièces tirées de la fré-

franes , présentant ainsi un déficit gâte CUranie^ naufragée dans la baie

cf environ 125 000 francs , couvert en 1810. Le gouverneur Ghapuzet dé-

par la métropole ; mais comme celle- ploya la même sollicitude pour la pro-

ri prélevait sur les produits nets du vince qu'il administrait; mais les vi«

monopole de Torseille une somme de cissitudes politiques par lesquelles

la même valeur, il en résulte que.le passa le Portugal depuis 1823 et la

tout se balançait, mais que le Porta- paix générale, furent les causes princi-

gal ne retirait rien de sa colonie. On pales de l'état d'abandon dans lequel

espérait que celle-ci pourrait ultérieu- ces îles ne tardèrent pas à se trouver,

muent couvrir ses dépenses elle- En 1834, on licencia les milices, ra-

méme, et verser encore au trésor un mas d'hommes désarmés, à moitié

excédant de recette. Nous ignorons si nus, et qui, laissant là leurs travaux,

cet espoir s'est réalisé. venaient , sous le nom de détache-

De cette somme de 600 000 francs, ments* au che£lieu de chaque lie, ser-

chiffre des dépenses, le service mili- vir, non pas l'État, mais tes hauts fono-

taire en absorbait un peu plus de la tionnaires et leurs subordonnés, pour

moitié; l'administration civile, un lesquels ils travaillaient gratuitement

sixième ; le service ecclésiastique, un comme journaliers. On créa pour les

douzième; le fisc, l'administration ju- remplacer, dans toutes les conseille-

diciaire et quelques autres articles, le ries , des volontaires nationaux , qui

reste. ne pouvaient être obligés à aucun

Forces militaires. service permanent hors de leur district, mais qui devaient toujours

L'état de défense des tles du Cap- être prêts à se porter sur n'importe

Vert a toujours été à peine sufûsant quel point de Pile où ils seraient ap-

pour r faire respecter le pavillon por- pelés. La police des campagnes leur

tapis. Les Espagnols avaient à Sâo- était confiée, et le règlement d'orga-

aoo L'univers.

nisation qu'on leur avait donné a do- par le gouvernement. Le conseil d'oupuis servi à la création du corps de tre-mer eut la censée, en 1773, d'y envolontaires qui leur a été substitué, voyer des professeurs et d'y élever une Depuis 1834 , au milieu du mouve- maison d'éducation ; mais cette idée ment des partis, divers projets d'or- resta en projet. Plusieurs enfants, pria ganisation militaire pour les tles du dans les différentes lies, furent en- Cap-Vert furent provisoirement adop- voyés à Lisbonne en 1794; il ne parait tés et en partie mis à exécution; elle pas qu'aucun d'eux ait retiré quelque a été définitivement arrêtée par un fruit de sa résidence en Portugal , si décret royal du 4 octobre 1843 , qui a ce n'est Simplicio JoSo Rodrigues de créé pour le service de toute la pro- Brito , qui , abandonné à lui-même , vince un bataillon d'artillerie de ligne entra au service d'un célèbre artiste (faisant aussi le service de l'infante- italien et devint le premier peintre de rie), composé de six batteries de posi- portraits de la cour de Rio de Jation (baierias de posiçâo), formant neiro.

un total de 634 hommes , y compris La première école d'enseignement

l'état-major; mais, au 1er décembre primaire fut fondée à Villa-da-Praya

1843, ce chiffre s'élevait à 574, dont en 1817, et c'était encore la seule

400 pour l'archipel, ainsi répartis dans qu'il y eût en 1840. Depuis lors,

les différentes Iles : grâce aux deux derniers gouverneurs,

Sâo-Thiago*. 279 I* nombre en a été porté a douze : une

Boavista 44 à Brava, et deux dans chacune des Iles

Maio 15 de Sâo -Thiago, Fogo, Sào- Ant&o ,

Sal 14 Saint-Nicolas et Boavista.

Sâo-AntSo 14 Le budget de 1 842-1843 ouvre an

Saint-Nicolas 9 crédit de 3 800 000 reis ( environ

Fogo 12 23 000 francs ) pour la création de

Brava 13 trente-huit écoles d'enseignement pri-

Saint- Vincent 7 maire, dont deux de première classe

Il y a à Villa-da-Prava un parc, de qua- 50Ur Sâo-Thiago et Boavista ; douze

tre pièces de 6 et deux obusiers. Cer- d« seconî,e c,asse et ^ngtnleui de troi-

tains points de Sâo-Thiago, Saint-Ni- ««me classe pour les autres fies ;

colas ; Boavista , Fogo , Brava , sont Pius' fs ira™8 Pour deux maîtresses

défendus par quelque! mauvaise bat *"**?■ *e ^truction des petites

teries dans l'état le plus misérable. fiI,es à Sào-Thiago et Boavista.

Religion.

Instruction publique. u re,jgion ^.^ ^ h seu|<.

Il en coûte, dit M. Lopes de Lima, qu'aient toujours professée les habide s'occuper d'un tel sujet en parlant tants des Iles du Cap-Vert , depuis la des Iles au Cap-Vert, parce que tout première occupation de Sâo Thiago écrivain impartial sera naturellement jusqu'à nos jours. Propagateurs de obligé de partager l'opinion de ceux la foi du Christ , les colons envoyés qui déplorent l'état d'abandon dans par l'infant dom Fernando furent lequel demeure la civilisation de ces les premiers catéchistes de cette réterres depuis quatre siècles. Le peu gion, déserte à leur arrivée : les néque l'on a fait dans ces derniers ères tirés du continent voisin pour temps est encore bien loin d'être suf- la peupler leur donnèrent d'amples Usant. occasions de montrer le zèle dont

En 1740, on créa aux Iles du Cap- ils étaient animés ; mais les nou-

Vert une chaire de latin (il y en avait veaux convertis persistaient à un

une de morale au couvent des Capu- tel point dans leurs anciennes croyan-

cins), bien qu'il n'y eût aucun établis- ces, qu'en 1466, quelques reli-

sement d'instruction primaire payé gieux franciscains <te la province

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