‹ Iles de l'AfriqueChapitre 37 sur 82 · IL HISTOIRE · texte numérisé non relu

IL HISTOIRE

Premières expéditions des Européens . aux Canaries, dans le moyen âge.

Une partie, au moins, de l'archipel des Canaries avait été connue de l'antiquité classique sous la dénomination d'Iles Fortunées, et le nom de Canaries lui-même est un témoignage persistant de ees notions anciennes que le roi Juba avait mises en circulation dans le monde romain. Les Arabes ne nous ont pas laissé de récits de leurs propres explorations, et peut-être, en nous désignant dans leurs livres les Gezâyr-el-Sa'âdeh ou lies du Bonheur, se sont-ils bornés à nous transmettre un reflet des indications de Ptolémée.

Pour l'Europe néo-latine , ces lies étaient une terre perdue, qu'il fut donné à l'habileté des marins génois de retrouver et de faire connaître à la chrétienté. Nous avons déjà signalé la

Î irise de possession de 1 une de ces les au treizième siècle, par Lancelot Maloisel, qui lui donna son nom , et y bâtit un château dont les ruines servirent encore, au quinzième siècle, aux Normands qui vinrent s'y établir.

Les Génois que le Portugal prit à son service dans les premières années du quatorzième siècle, pour leur livrer le commandement et la conduite de ses armements maritimes, apportèrent à leur patrie d'adoption la* science nautique et les connaissances effectives qui en faisaient les marins les plus habiles de l'Europe.

C'est ainsi que le roi Alphonse IV, instruit de l'existence des Canaries , y envoya, pour les reconnaître, une expédition de trois navires, conduits par.

des capitaines italiens , avec des équipages où l'on ne voit pas figurer un seul Portugais. On a retrouvé, dans les papiers du célèbre Boccace, une relation de cette expédition, assez intéressante et assez concise , pour que nous ne craignions point de la traduire ici dans son entier.

«DtGnarie et des autres lies nooreUemeiit Rtroarecs dans l'Océan aa delà de l'£s-

c L'an mil trois cent quarante un de l'Incarnation du Verbe, ont été apportées à Florence des lettres des marchands florentins établis en la cité de Séville, dans l'Espagne Ultérieure, datées do 15 novembre de ladite année, et qui contiennent ce que nous allons exposer ci-après.

« Ils (lisent donc que le 1er juillet de cette année, deux navires, chargés par le roi de Portugal d'approvisionnements convenables pour une traversée, ayant avec eux une petite embarcation armée, et des équipages de Florentins (*), de Génois, de Castillans et d'autres Espagnols, mirent à la voile de la cité de Lisbonne et prirent le large, emportant en outre des chevaux, des armes, et diverses machines de guerre, pour l'attaque des villes et châteaux; se dirigeant vers les îles que nous appelons vulgairement Retrouvées; qu à l'aide d un vent favorable ils y abordèrent tous après cinq jours de navigation ; et qu'enfin ils sont revenus chez eux au mois de novembre, rapportant en même temps ce qui suit : d'abord ils ont amené quatre hommes d'entre les habitants de ces fies ; et de plus, beaucoup de peaux de boucs et de cbèrres, du suif, de l'huile de poisson, des dépouilles de veaux marins, des bois de teinture rouge analogues au brésil, mais que les connaissons disent n'être point du brésil; outre des écorces d'arbres teignant également en rouge , ainsi que de la terre rouge, et autres choses semblables.

« Le Génois Niccoloso di Recco, Tan des capitaines de ces navires, avait répondu aux questions qu'on lui adressait, que delà cité de Séville jusqu'aux *udites Iles il y avait environ neuf cents milles; mais que, du lieu qu'on appelle aujourd'hui cap Saint-Vincent,

0 «Le Florentin qui est allé avec ces fins est Angelino del Tegghia dei Cortaà, cousin des fils de Gherardino Gianni, » *«Dt es que nous apprenons d'une noie **naaledelasMin de Boccece.

elles sont beaucoup moins éloignées du .continent Que la première des îles explorées avait environ cent cinquante milles de circuit, était entièrement rocheuse et sauvage , abondante néanmoins en chèvres et autre bétail , ainsi qu'en hommes et femmes nus, d'aspect et de mœurs farouches; c'est Jà, disait-il, que lui et ses compagnons avaient pris la majeure partie des peaux et du suif, sans qu'ils eussent osé s'aventurer trop avant dans l'Ile.

« Que de là, passant à une autre fie un peu plus grande que la précédente, ils virent venir à eux, sur le rivage, une grande quantité de gens, tant hommes que femmes, tous presque nus; parmi lesquels quelques-uns, qui semblaient supérieurs aux autres, étaient couverts de peaux de chèvres peintes en jaune et en rouge, et, autant qu'on en pouvait juger de loin, fines et souples, assez bien cousues en boyau; et suivant ee qu'on pouvait comprendre d'après leurs gestes, ils semblaient avoir un chef envers lequel tous manifestaient des égards et de la déférence. Cette multitude se montrait désireuse de communiquer avec ceux qui étaient dans les navires, et de prolonger leur séjour. Quelques canots s'étant détachés des navires pour s'approcher du rivage , comme on n'entendait en aucune façon la langue des indigènes, personne n'osa débarquer : leur langage au surplus est, dit-on, assez doux, et coulant comme l'italien. Voyant que personne des navires ne débarquait, certains d'entre eux tâchèrent d'y venir à la nage; on en prit quelques-uns, et de leur nombre sont ceux que l'on a ramenés.

Enfin les mariniers , ne trouvant là aucun profit, repartirent; et faisant le tour de l'Ile, ils la trouvèrent beaucoup mieux cultivée au nord qu'au midi ; ils virent des habitations nombreuses, des figuiers et autres arbres , des dattiers stériles, des palmiers, des potagers , des choux et des légumes.

« On mit à terre en conséquence vingt-cinq matelots armés, lesquels allant examiner quelles gens habitaient ces maisons, y trouvèrent une, trentaine d'hommes; tous étaient nus.

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Ceux-ci, effrayés à la me des armes, s'enfuirent aussitôt ; les autres, entrant dans les maisons, remarquèrent qu'elles étaient bâties de pierres carrées, et couvertes de grands et magnifiques madriers. Comme ils avaient trouvé les portes fermées et qu'ils voulaient voir l'intérieur, ils s'étaient mis à les enfoncer à grands coups de pierres, ce qui irrita les fugitifs et leur fit rem*

Slir l'air de grands cris. Après avoir ri* les fermetures, on entra dans presque toutes les maisons, où l'on ne trouva que des figues sèches dans des cabas de palmier, aussi bonnes que celles de Césène, et du froment beaucoup plus gros que le nôtre, ayant le grain plus long, plus gros, et très* blanc; de même de l'orge et autres céréales , dont on jugea que se nourrissaient les habitants. Ces maisons , très-belles, et couvertes de très-beau bois, étaient toutes fort blanches à l'intérieur, comme si elles eussent été blanchies avec du plâtre. On trouva aussi un oratoire ou temple, dans lequel il n'y avait absolument aucune peinture, ni aucun ornement autre qu'une statue de pierre, offrant l'image a'un homme tenant à la main une boule, et nu, sauf un caleçon de feuilles de palmier, suivant l'usage du pays; on l'enleva, et l'ayant mise à nord, on la transporta à Lisbonne au retour. Cette Ile, au surplus, est très-peuplée et très-cultivée; les habitants y recueillent du grain , des blés, des fruits, surtout des figues ; ils mangent le froment et les blés , soit à la manière des oiseaux, soit en les réduisant en farine, sans en fabriquer aucune sorte de pain , et en buvant de l'eau.

« En quittant cette tle, les mariniers, oui en apercevaient beaucoup d'autres, distantes de celle-ci, de cinq, dix, vingt et quarante milles , naviguèrent \ers une troisième, où ils ne rencontrèrent rien autre chose que de grands arbres s'éiançant vers le ciel.

• De là, se dirigeant sur une autre, ils la trouvèrent abondamment pourvue de ruisseaux et d'eaux excellentes, ayant en outre beaucoup de bois , et

des palombes qu'ils tuaient h coupe de bâton ou de pierres, et qu'ils mangeaient. Ils les disent plus grosses que les nôtres et d'un goot pareil ou meilleur. Ils tirent aussi là beaucoup de faucons et d'autres oiseaux de proie. Ils ne la parcoururent guère, parce qu'elle leur parut tout à fait déserte.

« De là , cependant, ils aperçurent Une autre île, où étaient de hautes montagnes rocheuses, la plupart du temps couvertes de neige; les pluies y sont fréquentes, mais par un temps serein elle offre un aspect charmant, et elle leur parut habitée.

* Ils allèrent de là à plusieurs autres îles, Jes unes habitées, les autres entièrement désertes, au nombre de treize; plus ils avançaient, plus ils eu voyaient, près desquelles la mer était bien plus tranquille que chez nous , avec de bons mouillages, quoiqu'elles aient peu de ports, mais toutes abondantes en eau. Des treize îles où ils allèrent, il y en a cinq qu'ils trouvèrent habitées, et bien peuplées, mais non également, l'une ayant plus d'habitants que l'autre. Outre cela, on dit qu'ils différent tellement par le langage, qu'ils ne peuvent mutuellement s'entendre en aucune manière , et de plus qu'ils n'ont aucun navire ni aucun autre moyen de se rendre d'une île dans les autres, à moins qu'à la nage.

« Ils trouvèrent de plus une autre île où ils ne descendirent pas, attendu qu'il s'y manifesta quelque chose de surprenant. Ils disent, en effet, qu'il y existe une montagne d'une hauteur de trente milles ou davantage, à leur estime, visible de très-loin , et au sommet de laquelle paraît quelque chose de blanc : et comme toute la monteçne est rocheuse, ee blanc-là semble bien avoir la forme d'une citadelle ; mais on suppose qu'au lieu d'une citadelle c'est un rocher très-aigu, à la cime duquel serait un mât de la grandeur à peu près du mât d'un navire, où serait pendue une vergue avec une grande voile latine pincée en forme d'écu, gonflée en haut par le vent et tendue dans toute 6a largeur ; elle semble ensuite s'abaisser peu à pea , de même

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que le mât, à ta manière des vaisseaux longs; puis elle se relève, et cela continue toujours de cette façon , ainsi qu'ils l'ont remarqué dans toutes les positions en faisant le tour de l'île; et supposant que ce prodige était produit par quelque enenantement magique , ils ii osèrent point débarquer dans cette même lie.

« Au surplus , ils ont vu beaucoup d'autres choses, que ledit Nccoloso n'a point voulu raconter. Toutefois, il parait que ces îles ne sont point riches, car les matelots ont à peine trouvé de quoi couvrir la dépense des vivres qu'il leur a fallu emporter. Les quatre hommes qu'ils ont ramenés , encore imberbes, d'une belle figure, vont tout nus; ils ont cependant une espèce dé cotte, formée d'une corde qui leur, ceint les reins, et d'où pendent en grande quantité des fils de palme pu de jonc , longs d'un palme et demi à deux palmes au plus, dont ils se couvrent devant et derrière, de telle sorte que le vent ni le hasard ne les soulèvent. Us sont incirconcis ; leurs cheveux, d'un blond doré,fet leur descendant presque jusqu'au nombril , leur couvrent les épaules ; ils marchent pieds nus.

« L'île d'où ils ont été enlevés s'appelle Canarie; elle est plus peuplée que les autres. Ils n'entendent absolument rien d'aucun langage, bien qu'on leuren ait parlé beaucoup de différents. Leur taille n'excède point la nôtre; ils sont membrus, assez vigoureux, et fort intelligents, à ce qu'on peut comprendre. On leur parle par signes, et ils répondent eux-mêmes par signes à la façon des muets. Ils montraient des égards les uns envers les autres, mais envers l'un d'eux plus qu'à tous : celuilà avait une cotte de palmier, tandis que celle des autres était de jonc, peinte de jaune et de rouge. Leur chant est doux, leur danse analogue à celle des Français ; ils sont vifs et gais, et assez sociables, plus que ne le sont beaucoup d'Espagnols.

« Apres qu'ils eurent été embarqués , ils mangèrent du pain et des figues, et le pain letrr plut, bien qu'ils n'en eus-

sent jamais mangé auparavant ; ils refusent absolument le vin, et se contentent d'eau. Us mangent aussi le froment et l'orge à pleines mains, le fromage, et la viande, dont ils ont eu grande abondance et de bonne qualité; ils n'ont cependant ni bœufs , ni chameaux, ni ânes , mais beaucoup de chèvres et de moutons, et de sangliers sauvages. On leur a fait voir des monnaies d'or et d'argent, ell^leur sont tout à fait inconnues; ils ue connaissent non plus les épiceries d'aucune espèce. On leur a montré des colliers d'or, des vases ciselés , des épées, des coutelas : il ne paraît pas qu'ils en eussent jamais vu ou possédé. Us semblent d'une bonne foi et d'une loyauté très-grandes, car on ne donnp rien à manger à l'un , qu'avant d'y goûter il ne le partage avec les autres en portions égales.

« L'institution du mariage existe chez eux, et les femmes mariées, portent une cotte comme les hommes Mais les jeunes filles vont toutes nues, sans aucune honte de se montrer ainsi.

Ces gens ont comme nous un système de numération , dans lequel toutefois ils énoncent les unités avant les dizaines. »

Tel est le récit de cette expédition de 1341, qui, dans l'intention du monarque portugais au nom duquel elle était entreprise, ne devait être qu'une reconnaissance préalable, faite dans un but de conquête prochaine. Les soins de la guerre qu'il soutenait alors contre la Castille, et qu'il eut à soutenir ensuite contre les Sarrasins, le forcèrent d'ajourner l'exécution de son projet ; et il fut devancé par un prince de sang royal, qui cherchait des États à conquérir, en remplacement du trône de Castille, dont il avait été déshérité.

Principauté des Canaries en faveur de Louis d'Espagne.

Soit que la connaissance des Canaries lui vînt aussi des Génois , soit mf il la dût aux indications des gens de ce navire français que la tempête

L'UNIVERS

y avait conduit une dizaine d'années auparavant, soit même qu'il n'en eût d'autre notion que les vagues désignations de la géographie antique, Louis d'Espagne demanda au pape Clément VI l'investiture de ces îles, en y adjoi-

Snant celle de la Galite dans la Méiterranée, pour lui former une principauté souveraine sous le nom de Fortunie.

Le Dape lui fit en conséquence expédier à Avignon , le 15 novembre 1944, une bulle dont nous traduirons ici les principales dispositions :

«Clément, évéque, serviteur des « serviteurs de Dieu, à notre cher fils « le noble Louis d'Espagne, prince de «Fortunie. Suivant que l'expose la « demande qui nous a été soumise de «votre part, il existe dans l'Océan, « entre le midi et l'occident , des îles « dont on sait que les unes sont ha- « bitées, et les autres inhabitées, les- « quelles sont appelées en commun « Fortunées , bien que chacune ait sa « dénomination propre, comme il est «ditplus bas; et quelques autresîlesad- « jacentesà celles-là ; et il existe encore « une certaine île située dans la Mé- « diterranée. De toutes lesquelles îles, « la première est vulgairement appe- « lée Canarie, la seconde Ningaria , la «troisième Pluviaria, la quatrième « Capraria , la cinquième Junonia, la « sixième Embronea, la septième Ath- « lantica, la huitième des Hespérides, « la neuvième Cernent, la dixième les « Gorgones , et celle qui est dans la « Méditerranée, Goleta; et toutes ces « îles susdites sont étrangères à la « foi du Christ et à la domination des « chrétiens : c'est pourquoi , en vue « de l'exaltation de la foi et de llion- « neur du nom chrétien, vous désirez « employer votre personne et vos biens « à l'acquisition de toutes lesdites îles, « pourvu toutefois qu'il vous soit par « nous concédé sur elles , ainsi que « vous nous en avez humblement lait « la demande , titre et autorité pour « vous et vos héritiers et successeurs, « tant mâles que femelles.

«Nous, en conséquence, approu- « vant grandement le dessein pieux et

« louable que vous éooneez avoir a cet « égard, et désirant que la foi orthor doxe se propage et fleurisse dans ces « mêmes îles, que le culte divin y soit «observé, et que par votre moyen « les bornes de la chrétienté soient « élargies ; accueillant votre demande « pour l'honneur de Dieu, pour votre «salut et l'augmentation de votre « État, en vertu de l'autorité aposto- « lique, en notre nom et en celui des «pontifes romains nos successeurs, « et de l'Église romaine elle-même , «de l'avis et consentement de nos « frères, et dans la plénitude de l'au- « torité apostolique , nous vous con- « cédons et donnons en fief perpétuel, « en la manière , forme et teneur, et «sous les conditions et conventions « contenues aux présentes , en tant « qu'il n'y ait aucun chrétien qui y « prétende spécialement droit, toutes « lesdites îles et chacune d'elles, avec « tous leurs droits et appartenances, « haute et moyenne justice, et toute «juridiction temporelle quelconque, « pour vous et vos héritiers et suc- «cesseurs, tant mâles que femelles, « catholiques et légitimes, demeurant « dévoués à l'Église romaine; et nous « yous investissons de fait présente - « ment du susdit fief, par le sceptie « d'or; donnant néanmoins à vous et « à vos héritiers et successeurs sus- « dits, sauf, comme il a été dit, le «droit df autrui, plein et libre pou- « voir d'acquérir et posséder à perpé- « tuité ces mêmes îles, d'y battre mon- « naie d'une ou plusieurs espèces , et « d'exercer en ces mêmes îles, sous la « suzeraineté du pontife romain , les « autres droits régaliens ; avec la fa* « culte de bâtir, dans toutes et cha- « cune d'elles, des églises et monas- « tères , et de les doter convenable- « ment, réservant à vous et à vos hé- « ritiers et successeurs le droit de « patronage, ainsi qu'il est permis par « tes règles canoniques.

« Et afin que, par suite de la con- « cession que nous vous avons ainsi «faite, vous soyez décoré du titre «d'une plus haute dignité, nous, en «vertu de l'autorité sus-énoncée, de

• Parig et consentement de nos frères.

« nous vous décernons la principauté

■ desdites tles , et statuons que vous > serez appelé prince de la Fortunie, « posant de nos mains, sur votre tête, «une couronne d'or en signe de la « dignité qui vous est acquise de la* «dite principauté et de l'augmenta*

• lion de votre honneur; voûtant que « tous- même et votre héritier et suc- « cesseur, quel qu'il soit, en la même « principauté, soyez d'ailleurs nommé

■ prince de la Fortunie, de telle sorte « que vous en ce. qui vous concerne , « et vos héritiers et successeurs en « ladite principauté, soyez tenus en- «vers nous et chacun des pontifes « romains nos successeurs , de faire, « par vous-mêmes ou par vos procu- « reurs légalement constitués, aveu et « hommage lige , et plein vasseiage, « et serment de fidélité, suivant la for- « mule qui sera indiquée. Que s'il ar- « rivait par hasard qu'à défaut de mâ- « les , la succession à ladite princi*

• pauté appartînt à une femme non « mariée, elle épousera un catholique «dévoué à l'Église romaine, après « toutefois qu'elle aura demandé, a ce « sujet, Tavis du pontife romain.

« Et de plus, vous, et quiconque de « vos héritiers et successeurs en ladite «principauté, et à raison d'icelle,

• paierez intégralement, chaque an*

• née, le jour de Saint-Pierre et Saint- «Paul, au pontife romain alors sié- « géant, en quelque lieu qu'il soit, et « a l'Église romaine ; ou bien , en cas « de vacance du saint-siége, à l'Église «elle-même, en quelque lieu quelle

• soit, recevant pour Je futur pontife, « et selon la part qui intéresse le col-

• lége de ladite Église, un cens de 400 « florins de bon et pur or, au coin et « poids de Florence ; au paiement du- «quel cens, ainsi qu'il vient d'être « dit, vous et quiconque de vos héri-

• tiers et successeurs en ladite princi- « pauté serez tenus et astreints», etc., etc.

Conformément aux conditions portées dans la bulle d'investiture, le nouveau souverain fit expédier, le 28 èi même mois, en la forme convenue,

des lettres patentas de foi et hommage, dont nous traduirons ici les clauses fondamentales.

« Moi, Louis d'Espagne, prince de « la Fortunie , confesse et reconnais «que les tles ci-dessous désignées, « savoir : Canarie , Ningaria , Pluvia- « ria, Junonia, Embronea,Athlantica, «des Hespérides, Cernent, Gorgo- « nide et Goleta, avec tous leurs droits « et appartenances, ont été, par vous, « monseigneur Clément VI par^a di- « vine Providence pape, en votre nom « et en celui de vos successeurs les « pontifes romains canoniquemeot in- «tronisés, et de l'Église romaine, « concédées en fief perpétuel , à moi « et à mes successeurs catholiques et « légitimes , et dévoués à l'Église ro- « maine, tant mâles que femelles; et « que je les ai reçues et les tiens, « moyennant le cens annuel de 400 « florins de bon et pur or, au poids « et coin de Florence , à payer chaque «année, le jour des saints apôtres « Pierre et Paul , à vous monseigneur « Clément VI par la divine Providence « pape, et à vos successeurs, et à l'É- « alise romaine. Pour lesquelles tles « faisant plein vasselage à vous et à «vos successeurs canoniquement in- « tronisés, et à la susdite sainte Église « romaine , je serai dorénavant fidèle «et obéissant à saint Pierre, et à « vous monseigneur Clément VI pape, « et à vos successeurs canoniquement « intronisés , et à la sainte Église ro? «maine», etc., etc.

Après la cérémonie du couronnement, le cortège fut surpris au milieu de sa marche par une pluie diiuviale, et le prince rentra chez lui tellement mouillé, qu'on y vitunprésagede la nature pluvieuse et humide du pays dont la principauté lui était échue : nous tenons ce récit de Pétrarque, témoin oculaire du fait. Mais ne nous arrêtons pas à ces futiles détails, et occu- Sons-nous de la signification réelle des ispositions qu'on venait d'adopter.

Ce n'étaient là que des préliminaires, des précautions peut-être, prises par une politique habile contre les prétentions ou les desseins qui pou-

L'(JmVEB&

taient fivoîf été conçut pur divers gouvernements rivaux* de s'emparer de ces Iles , à raison de quelques te»* tatives de première occupation déjà effectuées sur quelques points , mais dont le* effets ne pouvaient être réalisés et prendre de la consistance, suivant le* idées du temps , que par la consécration du sainVsiége, dont l'autorité n'était point contestée quant à l'attribution de la souveraineté temporelle des terres à conquérir sur les Gentils.

Telles étaient les circonstances au milieu desquelles le pape Clément VI écrivit aux rois de France , de Sicile* d'Araçon, de Castille, de Portugal, au dauphin de Viennois et au doge de Gènes , la lettre que nous avons déjà citée (*), dans le but d'obtenir* pour Je prince nouvellement institué, des Recours d'hommes, d'argent et de vaisseaux. Le roi de Castille et celui de Portugal, ce dernier surtout, firent mention, dans leurs réponses, des ffroits antérieurs qu'ils croyaient avoir à" la conquête des îles que le saintpère venait de concéder à Louis d'Espagne , protestant néanmoins de leur respect pour sa décision , et de leur empressement à s'y conformer. Quoi gu'il en soit , te prince de la Fortunie rut détourné, par les affaires de France, auxquelles il prit une part active , de s'occuper sérieusement de la prise de possession de ses domaines océaniens. Cependant il avait écrit, le 13 avril 1345, à la cité de Valence, pour fui demander un puissant secours, qui fut promis, sous la réserve de l'autorisation du foi d'Aragon : ce monarque de son côté, personnellement sollicité par le prince Louis , qui était venu le trouver à Poblete au mois d'août 1347, mit à sa disposition un certain nombre de galères , et lui permit de prendre dans l'Ile de Sardaigne les approvisionnements de vivres dont il aurait besoin. Si l'on en croit Benzoni, deux galères ainsi armées par le prince de la Fdf tunie , étant parties de Cadix , abordèrent à Gomère et y débarquè-

H CS-deaauâ, p. 38.

rent eent vingt hommes, qui, à peine sur le rivage , furent assaillis par lès indigènes avec une telle vigueur, que la plupart furent tuéSj et le reste ne regagna qu'à grand'peme les navires, lesquels s'en retournèrent avec le regret et la bonté d'avoir manqué leur expédition.

Première expédition de Béthe?icourt pour la conquête des Canaries.

, Ainsi que nous avons eu occasion de l'indiquer déjà , les Canaries furent , dans la seconde moitié du quatorzième siècle, le théâtre de fréquents pillages de la part des corsaires et des aventuriers qui tenaient alors la nier, et que leur volonté ou les hasards de la tem-

Cte conduisaient à ces îles ; tejs que \ Génois, les Normands, Je Biscayens, les Castillans, les Mayorquins, etc. Nous avons cité, notamment, la descente préméditée faite à Lancelote en 1393 par Gonzalve Peraza , les descentes fortuites de Ferdinand d'Ormel , de Martin Ruiz d'Avendano, de Francisco Lopez en 1382; nombre d'autres sans doute eurent lieu, qui ne nous sont pas connues : le poète canarien Antonio de Viana donne le nom de Servant au chef de la première expédition française venue en ces lies; un document officiel conservé à J'hscurial, et qui contient les résultats d'une enquête faite en 1476 , par ordre exprès de la reine Isabelle de Castille, sur les droits respectifs des divers prétendants à la possession des Canaries , déclare formellement que Jean de Béthenrourt avait reçu , en Normandie, , drs informations sur ces ilés , de la bouche de quelques aventuriers français, de deux surtout qui y avaient fait des incursions en compagnie de l'Espagnol Alvaro Becerra , ce qui inspira au baron normand la résolution de les aller conquérir.

Nous nous trouvons ainsi naturellement amenés au récit de cette grande entreprise. Quelques mots, auparavant, de ce seigneur et de sa famille.

Jean de Béthencourt , chevalier, baron

* Séînt- Martin le Gaillard en la comté (f Eu , seigneur de Béthencourt en Bray, de Grainville la Teinturière, de Saint- Sère, de Lincourt, de Ri- ▼flle , du Grand-Quesnay, de Huquelai, etc., chambellan du roi Charles VI et do duc Philippe de Bourgogne, était fils dé Jean de Béthencourt, et de Marie de Braquemont ; son grand-père, nommé aussi Jean de Béthencourt, avait eu pour femme Isabelle de Saint- Martin, laquelle, devenue veuve, s'était remariée à Mathieu de Braquemont. Des alliances intimes et multi- Ëiées rattachaient ainsi Tune à l'autre s familles de Béthencourt et de Braquemont; et notre héros se trouvait, par cette voie, neveu de Robert de Braquemont, qui depuis fut amiral de France. Celui-ci, qui avait fait la guerre en Espagne avec le fameux Bertrand do Guesclin, avait épousé Inès de Mendoça, et se trouvait, tant par ses services que par ses nouveaux liens de famille, jouir d'une grande considération en Castille. Outre cet appui à la cour de Sévi fie , Jean de Béthencourt y avait encore d'autres* alliances , sa nièce Agnès de Béthencourt ayant épousé Guillaume de Casaux (ou Guillem de las Casas), descendant des anciens vicomtes de Limoges.

Ces détails ne sont point inutiles pour l'intelligence du récit que nous ont laissé, de l'expédition des Canaries, les chapelains du Conquéreur.

Décidé à son entreprise, Béthencourt eut besoin de s'assurer des moyens d'exécution , et ce fut Braquemont qui hai vint en aide en lui fournissant , en échange de l'engagement de ses terres de Grainville et de Béthencourt, les deniers nécessaires à ses préparatifs; et if lui remit en outre des lettres de recommandation pour la cour d'Espagne.

Jean de Béthencourt se rendit à la Rochelle, on il proposa à un chevalier gascon r nomme Gatfre de la Salle , d'être de la partie, ce que celui-cî accepta volontiers; et ils mirent en mèr le V mai 1402. Ils n'en étaient ni l'un ni l'autre , ce s'émule, à leur coup d'essai,' et Ton potrrraît croire

qu'ils avaient déjà couru ensemble quelques aventures à rencontre des navires anglais : c'est du moins ce

et à ses autres plénipotentiaires chargés de négocier la paix avec le roi Henri de Lanças tre, instructions où il est dit : « Item , si de ladite partie « d'Angleterre est demandé repart- > tion des attentats piéça faits en la «mer par le sieur de Béthencourt * « dont ils ont autre/ois fait la de- « mande , répondront que ledit de « Béthencourt et messire Gadifer de « la Salle vendirent piéça tout ce qu'ils « a voient au royaume , et disoient « qu'ils alloient conquérir les îles da « Çanarre et d'Enfer ; et là sont de* « meures, et l'on ne sait qu'ils sont « devenus. »

La bonne harmonie des deux chefs était loin d'être partagée par leuip gens : un gentilhomme normand , Bertin de Berneval , compagnon de Béthencourt , avait vu de mauvais œil l'adjonction des aventuriers gascons, et Ton n'était point encore parti de la Rochelle que déjà il avait organisé une espèce de ligue contre eux; et ce mauvais vouloir se traduisit, pendant le voyage, tantôt en actes de violence, tantôt en sourde opposition, si bien que l'expédition , forcée, par les vents contraires, de relâcher crabord à Viveros, puis à la Corogne, fut en grand danger d'être rompue , et qu'avant de quitter les ports d Espagne , elle avait perdu jusqu'à deux cents de ses hommes les mieux équipés ; en arrivant à Cadix elle comptait encore quatrevingts personnes; mais pendant que Béthencourt était obligé de se rendre à Sévilfe pour répondre aux réclamations des marchands génois , plaisantins et anglais, qui l'accusaient de leur avoir pris et coulé trois navires, les mariniers normands, constants dans leurs mauvaises dispositions , travaillèrent encore si bien leurs compagnons, en se plaignant de l'insuffisance des vivres et prétendant que c'était vouloir les faire mourir de taira,

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que l'expédition ne tarda pas à se trouver réduite à cinouante-trois personnes seulement. Béthencourt, après avoir reçu satisfaction et presque les excuses du conseil devant lequel il avait comparu, s'en revint à Cadix.

On remit en mer avec le peu de monde

Îui était resté dans la nef, et l'on prit > large : après trois jours de calme , le temps redevint favorable , et en cinq jours Ton aborda à Plie Gracieuse, et l'on débarqua à Lancelote : on était alors au mois de juillet. Béthencourt fut bien reçu par les habitants, oui contractèrent amitié avec lui , et lui permirent de bâtir un fort, auquel il donna le nom . de Rubicon ; y ayant laissé quelque monde sous les ordres de Bertin de Berneval , on se rendit de nuit à Fortaventure ; mais les habitants , qui avaient aperçu le navire, s'étaient enfuis à l'autre bout de l'Ile; et Gadifer de la Salle , bien qu'il fût entré assez avant dans les terres, n'en put prendre ni apercevoir un seul , et au bout de huit jours de vaine attente, le manque de provisions l'obligea de revenir à l'île de Lobos , où il eut le déplaisir assez grand, lui maître de la nef, de n'être repassé à Lancelote, par les mariniers qui la montaient, qu'à la condition qu'il n'entrerait pas à bord plus de Gascons qu'ils n'étaient eux-mêmes de Normands.

Il fut alors résolu que Béthencourt se rendrait en Espagne , afin d'en ramener tout ce qui leur manquait pour la poursuite de l'entreprise. Gadifer, de son côté, laissant Bertin de Berneval à Rubicon , se rendit à 111e de Lobos pour y faire provision de peaux de loups marins, afin de renouveler la chaussure de sa troupe ; et comme il n'avait de vivres que pour deux jours, il renvoya sa barque a Rubicon, avec ordre d en rapporter immédiatement.

Dans l'intervalle étaient arrivées aux ' Canaries deux nefs espagnoles , l'une appelée Tranchemar, et l'autre Morefte. L'infâme Bertin , dont les propositions furent repoussées par le capitaine et l'équipage de celle-ci, complota avec Ferdinand Ordonez, capitaine de la première , l'enlèvement

d'une trentaine d'insulaires pour les aller vendre en Espagne; ce qui fut exécuté. Les munitions de toute espèce , rassemblées au château de Rubicon , furent pillées ou détruites, les femmes livrées à la merci des mariniers espagnols , et la barque ménae de Gadifer retenue à son arrivée, au risque de le laisser périr de faim avec ses compagnons. La scélératesse de Bertin n'était pas encore allée jusqu'au bout : après avoir entraîné dans sa défection un certain nombre de Gascons , il les trahit à leur tour et les abandonna sur la plage ; ces malheureux , n'osant rester exposés au courroux de Gadifer quand il viendrait leur demander compte de leur conduite, prirent le parti de se jeter dans la barque et de gagner la côte voisine; mais ils allèrent y échouer, et, de douze qu'ils étaient, il y en eut dix de noyés , et les deux autres furent faits prisonniers par les Maures ; plus tard, cette même barque , ballottée par les flots , fut poussée en dérive jusqu'au port de l'île Gracieuse, où eue arriva au mois d'août 1403, dix mois après qu'elle en était partie.

lie malheureux Gadifer, resté, lui onzième, dans l'Ile de Lobos, sans vivres et sans eau potable depuis huit jours, était réduit, pour étancher sa soif, à étendre la nuit, à la rosée, un linge qu'il tordait ensuite , afin d'en exprimer péniblement quelques gouttes d'eau. Le patron de la nef Morelle envoya à son secours un de ses pilotes avec quelques vivres , dans un canot, au moyen duquel le noble chevalier put revenir à Rubicon.

Il y trouva les choses dans le plus piteux état : plus de provisions de bouche pour assurer la subsistance de sa troupe , plus de munitions suffisantes, ni assez d'hommes pour tenir tête aux indigènes désormais hostiles, et que la trahison de Bertin de Berneval avait exaspérés. Il entra cependant en pourparlers avec un d'entre eux appelé Asche, oncle de l'interprète Alfonse que Béthencourt avait amené de France. Cet homme avait dessein de profiter de l'appui des

Français pour supplanter le roi Guadarfia', sauf à se retourner ensuite contre les Français pour détruire le peu qui en était resté. Il y eut même a cet égard un commencement d'exécution : car le roi Guadarfia avant été fait prisonnier par Gadifer dans uu coup de main , le 24 novembre 1402 , Ascne revêtit les ornements royaux, et traita avec les Français de sa conversion au christianisme avec tous ceux de son parti ; d'un autre côté , les gens de Gadifer avant fait dans le pars des provisions (forge pour suppléer aux vivres qui leur manquaient, la déposèrent provisoirement dans l'ancien château jadis élevé par Lan* eelot Matoise), et quelques-uns partirent pour Rubicon , afin d'y chercher du monde qui les aidât à en opérer le transport; ils furent accompagnés dans la route par Àsche et vingt-quatre des siens , qui , dans un endroit écarté, tentèrent de tomber sur eux, et en blessèrent grièvement un ; ceux qui étaient restés dans l'ancien château se saisirent, par représailles, d'un Canarien, le décapitèrent, et exposèrent sa tête au bout d'un pieu sur une haute montagne, comme un exemple. Le roi Guadarfia, parvenu à s'échapper en même temps de Rubicon, se saisit d'Asche, et le fit lapider et brûler.

Depuis ee moment, on se tint sévèrement sur ses gardes, et l'on ne manqua aucune occasion de faire les indigènes prisonniers , dans le dessein de tuer tous les guerriers si Ton ne pouvait en venir a bout autrement, et de donner le baptême aux femmes et aux enfants : il y eut ainsi, à la Pentecôte 3 juin 1403 , plus de quatre-vingts personnes baptisées ; et , en attendant des nouvelles de Béthencourt, on se résigna à vivre de la même manière que les naturels , s'étonnant toutefois fc ne voir rien venir, pas même les narres espagnols et autres, qui avaient coutume de fréquenter ces parages.

Expéditions ultérieures de Jean de Béthencourt.

Cependant Béthencourt, arrivé à Cadix avec la nef de Gadifer, avait eu

soin, à son arrivée, de mettre sous la main de la Justice ceux des mariniers gui s'étaient montrés les plus malintentionnés, et de se saisir lui-même du navire, qu'il voulut faire remonter à Séville ; mais ce bâtiment coula et se perdit devant San-Lucar de Barra meda , et l'on ne sauva qu'une partie du chargement, dont Gadifer demeura frustré. Arrivé à la cour de Gastille, le seigneur normand, ayant obtenu audience du roi Henri III, lui dit :

*Sire, je viens à secours à vous : c'est qu'il vous plaise me donner congé de conquérir et mettre à la foi chrétienne unes tles qui s'appellent les îles de Canare, esquelles j'ai été et commencé tant que j'y ai laissé de ma compagnie , qui tous les jours m'attendent, et v ai laissé un bon chevalier nommé messire Gadifer de la Salle, lequel il lut a plu me tenir compagnie ; et pour ce , trèscher Sire , que vous êtes roi et seigneur de tout le pays à l'environ , et le plus près roi chrétien , je suis venu requérant votre grâce qu'il vous plaise me recevoir à vous en faire nommage. » Le roi accueillit avec beaucoup de satisfaction cette ouverture , reçut l'hommage , et concéda en retour la seigneurie des tles, avec le ouint des marchandises qui seraient importées de là en Espagne , le droit de battre monnaie, et une somme de 15 000 maravédis d'or, à prendre à Séville.

Béthencourt avait d'abord eu le projet de poursuivre son voyage jusau'en France, pour y ramener sa femme, qui l'avait accompagné dans son expédition et s'était arrêtée à Cadix, où elle l'attendait; mais il n'en eut point le loisir, et chargea l'un des siens, Enguerrand de la Boissière, de la reconduire à Grainviile, obligé qu'il était lui-même de pourvoir aux besoins des gens qu'il avait laissés à Lancelote, et que ta trahison de Bertin de Berneval avait réduits à une position pénible. Béthencourt avait reçu la première nouvelle de ces événements par l'arrivée de la nef Morelle, qui précéda de fort peu celle de la nef

L'{imVER$.

TrancJtwniar et ses complu canariens, £tn des £en la Salle, présent a Cadix au débarquement du traître, le fit arrêter, et entama des poursuites, contre |ui ; mais, <)ans l'intervalle. Ferdinqnq Ordonez s'esquiva avec son navire et son chargement , qu'il alla yeqdre en, Aragon.

Bethencourt s'adressa au roi d'Espagne pour obtenir les secours nécessaires au, ravitaillement de son chV teau dé Rubicon; et le roi lui lty donner une nef bien artillée avec $0 hommes d'effectif, 4 tonneaux de vin, i% s,acs de farine, et autres munitions 4f, guerre et de bouche ; le tout fu{ expfdiç a Gadifer de la Salle avec des lettres 014 Bétuencourt lui recommandait de tirer immédiatement tout le parti possible des moyens qu'il lui envoyait d'explorer les diverses îles ,.

aûn d'en, préparer la conquête ; il l'instruisait en même temps des bonneç.

expositions qu il avait trouvées auprès du roi de Cas tille, et de l'hommage qu'il lui avait rendu , toutes.

choses dont Gadifer fut très-satisfait, si ce n'est de l'hommage, qui lui parut impliquer à son propre égard, quant a la possession des îles, une exclusion dont il n'avait pas lieu de se réjouir.

Quoi qu'il en soit, le bon chevalier se mit incontinent en devoir de profiter du ravitaillement qui lui arrivait. Après avoir reçu et emmagasiné les munitions, il s embarqua vers la mino vembrç, avec une bonne partie de son monde et deux interprètes , pour1

fiire une reconnaissance dans l'île dé ôrtaventure; il descendit ^ terre, aveq trente-cinq hommes , parmi, lesquels se trouvaient vingt -un Espagnols, la plupart arbalétriers, qui n'osèrent suivre l'expédition qu'à moitié chemin, laissant les treize tran- Sift s'enfoncer seuls dans l'intérieur 9 montagnes; mais, en s'en retournant, ces Espagnols tombèrent dans une embuscade des insulaires, et ne furent dégagés que par la bravoure des Français, qui accoururent tuoeessivetnent a leurs cris ; aussi

Gadifer ne çprapta-Hl P|»s sur eui dans la suite de son voyage , qui dura environ troïs mois, jusqu'à l'arrivée de JJéthencourt avec de nouytyles forces.

pe FortaVenture on se rendit à la grande Canarie, où l'on commerça avantageusement avec (es în4lgenes , leur donnant des hameçons , de la vieille ferraille, de petits couteaux d'un prix minime, poqr des, quantités de sang-dragon çCuûî grande valeur; mais on ne, put débarquer, ^ cause de leur' opposition : ils avaient tué, douze ans, auparavant, treize enrétîens qui avaient vécu sept années au milieu d'eux , leur annonçant l'Évangile, et qu'ils accusèrent d'avoir écn$ en Çurope a leur préjudice, pn recueillit leu,r testament , destine' 3j prémunir les nouveau-venus contre |a perûdie des naturels. Nous avons déjà dit (*) que ces chrétiens provenaient du navire de Francisco Lopez, naufragé sur cette côte le 8 juillet 1382.

Côtoyant ensuite l'île de Fer, De la Salle se rendit à Gomère, où il arriva le soir, et se saisit de quelques indigènes; mais quand il voulut débarquer le lendemain 9 il fut vivement repoussé, et ne put même faire de l'eau. Il se dirigea alors sur nie de Palme ; mais le vent le força à venir à l'île de fer, où il s'arrêta 22 jours. Il ne put lier de relations avec les naturels., faute d'avoir alors un trucheman , quTil ne parvint a se procurer qu'ultérieurement. Puis on descendit à Palme , où Ton fît de l'eau ; et de là , en deux jours et deux nuits, on revint au château de Rubicon , en l'île Lancelote.

Gadifer renvoya alors en Espagne le navire avec les mariniers espagnols qui le montaient, expédiant à Bethencourt un messager avec des lettres où il lui rendait compte de la situation des choses, et de la reconnaissance qu'il venait de faire, tylais Çéth encourt était déj[à en mer pour son retour, et il arriva bientôt au port de Rubicon , où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie; on poussa vigoureusement la réduction

(*) G-dessiis, p. 38.

des naturels, et au tout de peu de jours, leur roj, ayant été fait prisonnier, demanda formellement le baptême dans une entrevue qu'il eut avec Bétheneourt le 30 février 1404, ce qui avança beaucoup d'autres couver* sioas ; et les deux chapelains de l'expédition rédigèrent, pour l'instruction de leurs ouailles , un exposé clair et succinct de la doctrine chrétienne, ainsi mise à la portée de ces naïves intelligences. Cependant la trahison dont ils avaient été victimes avait tellement exaspéré les insulaires , qu'il fallut encore beaucoup de peine pour compléter leur soumission.

Gadifer de la Salle crut que les services qu'il avait rendus méritaient leur récompense, et il demanda à Béthencourt de lui laisser, pour sa part, les trois fies d'Erbanie, d'Enfer et de Gomère, qui n'étaient point encore conquises, mais qui se trouvaient néanmoins faire partie de la concession générale que le roi d'Espagne lui ^ arait faite des Canaries en retour de * l'hommage qu'il en avait reçu : sans accéder a cette demande, le baron normand invita son compagnon à attendre le résultat définitif de leur entreprise, promettant qu'il lin baillerait et laisserait telle chose dont il trait content. Et ils se rendirent ensemble à Fortaventure, où ils firent one grande rese (ghazyah), et transportèrent leurs prisonniers à Lance»

fcte. Bétheneourt se retrancha sur le flanc d'une montagne, près d'une source, à une lieue de la mer, et y commença une forteresse qui reçut le nom de Rïdieroque: Gadifer, de'son côté, se fortifia sur un autre point. Leur mésintelligence avait grossi jusqu'à ta menace : cependant" Gadifer prit encore part à une expédition faite te îo juillet 1404 contre ia grande Cmaric, et qui se borna à quelques dations de trafic, brusquement interrompues jwr une tentative des indigènes à surprendre les Français, lesqoets n'échappèrent qu'à grand'peine «non sans dommage. Revenu à Fortaventure, Gadifer renouvela auprès de Bétheneourt la demande qu'il lui

avait laite de trois dtf tt?s à cpruraérjc; mais il n*en obtint encore qpe de belles paroles, et ils partirent tous deux pour l'Espagne sur des navires distincts, assez mécontents l'un (Je l'autre; puis, voyant que Bétheneourt jouissait auprès du roi de Castille d'une faveur qui ne laissait nul espoir de rien gagner sur lui, Gadifer delà Salie, dégoûté, s'en revint en France, d'où il ne retourna plus au* Canaries.

Bétheneourt, au contraire, après avoir obtenu du roi d'Espagne des lettres solennelles d'investiture, s'en revint en 111e d'Erbanie, où il fut joyeusement accueilli des siens; mais il eut a soutenir de rudes attaques de la part des indigènes, qui surprirent et détruisirent , te 7 octobre 1404, le château de Richeroque, et pillèrent, dans le port voisin, les vivres et les munitions que Bétheneourt y avait déposés; néanmoins l'avantage resta en défini»

tive aux chrétiens, surtout en deux rencontres où il y eut beaucoup de morts et de prisonniers. Le ter novembre suivant, Bétheneourt revint à Richeroque, qu'il fit remettre en état. Il continus de guerroyer, avec l'aide des gens que Gadifer de ia Salle avait laissés en son château de Baitharhaya (ou Val-Tarahal ) et des auxiliaires indigènes qu'il lit venir de Lancelote, iusqu'.i ce que les deux rois païens de l'île se déterminèrent à faire leur soumission et à demander le baptême * l'un d'eux, auquel les historiens espa*

ris donnent le nom de Guize, roi Mahorata, vint le premier, avec quarante et un des siens, et reçut l'onde sainte avec le prénom de Louis, le 18 janvier 1406; vingt-deux autres de ses sujets furent encore baptisés trois jours après. L'autre roi , appelé par les Espagnols Ayoze, roi de Handia, arriva le 25 janvier avec quarante-six de sels cens, et ils furent tous baptisés le surlendemain : l'exemple fut contagieux, et il n'y eut bientôt plus que des chrétiens à' Fortaventure.

Après un tel succès, Bétheneourt s'embarqua le 31 du même mois, avec quelques-uns des gens de Gadifer de la Salle, pour aller faire an voyage en

L'UNIVERS

France. Une traversée de vingt et un jours le conduisit au port de Harfleur, d'où il se rendit à son château de Grainville. Là il s'occupa de réunir des gens d'armes et de métier pour une nouvelle expédition, et ayant ainsi, avec l'aide de son neveu Mathieu (ou, comme on l'appelait vulgairement, Ma* ciot) de Béthencourt, rassemblé cent soixante hommes, dont vingt -trois avaient leurs femmes avec eux, il acheta, de son parent Robert de Braquemont, un second navire, et remit en mer avec tout son monde le 9 mai 1405. Son arrivée fit un merveilleux effet à Lancelote et à Fortaventure, où il descendit en grande pompe; puis il songea à faire une tentative sur la grande Canarie, et fixa le 6 octobre 1406 pour le départ.

Il partit en effet ce jour-là de Fortaven titre avec tout son monde et ses deux navires, auxquels il en fut adjoint un troisième envoyé par le roi d'Espagne; mais il s'éleva une tempête qui les poussa sur la côte d'Afrique auprès du port de Bugeder ; Béthencourt y descendit, et fit dans l'intérieur des terres une shazyah dans laquelle ils prirent des hommes, des femmes, et jusqu'à trois mille chameaux, dont ils tuèrent et salèrent une partie pour leur provision. Puis on repartit pour la grande .Canarie ; mais la tempête sépara les trois navires, dont l'un arriva à Fontaventure, l'autre à l'!Ie de Palme; celui que montait Béthencourt arriva seul en droiture à sa destination, où il fut ensuite rejoint par le S rentier. La descente qu'ils tentèrent ans Ttle, avec trop peu de précautions, fut désastreuse; ils perdirent beaucoup de monde, et furent obligés de se rembarquer.

Béthencourt se rendit alors à l'Ile de Palme, où il retrouva un de ses navires; il v resta environ six semaines, et v ootint des succès assez notables, il alla ensuite à 111e de Fer; et comme il avait eu du roi d'Espagne un interprète nommé Augeron, qui se trouvait être le frère du roi de Me, il s'en servit pour attirer perfidement oe chef et cent onze de ses sujets, dont

il fit aussitôt sa proie, les remplaçant tr des Normands, à qui il distribua leurs terres pour les cultiver.

Après avoir ainsi conquis les îles de Lancelote, Fortaventure et Fer, Béthencourt régla l'administration de ce domaine. Il exempta ses compagnons d'armes de tout impôt pendant neuf années, au bout desquelles ils devaient rentrer dans le droit commun, et payer le quint de toutes leurs récoltes , sauf pour l'orseille , dont le seigneur se réservait • le monopole.

Quant à ses deux chapelains, qu'il avait faits curés de Lancelote et de Fortaventure, il déclara que, bien qu'ils eussent droit à la dime, ils n'en toucheraient provisoirement que le tiers, jusqu'à ce que les fies eussent été pourvues d'un évoque. Il créa pour son lieutenant au gouvernement des Canaries son neveu Maciot, lequel aurait sous ses ordres, en chaque Ile, deux sergents pour l'expédition des affaires de justice, se conformant autant que possible à la coutume de Normandie.

Sur le quint qui constituait son re- * venu seigneurial, il déléguait un tiers pour l'émolument de son neveu, et quant aux deux autres tiers, il en faisait abandon pendant cinq années, afin d'être employés à la construction de deux églises, l'une à Lancelote, l'autre à Fortaventure, et à tels autres édifices publics qui seraient jugés nécessaires : à l'expiration des cinq années, le revenu qu'il se réservait devait lui être envoyé en Normandie, avec le compte rendu de l'état du pays.

Gouvernement de Mathieu de Béthencourt.

Après avoir tenu une cour plénière au château de Rubicon, Jean de Béthencourt mit en mer le 15 décembre 1 405, au milieu des témoignages les plus touchants de regret de la part de ses vassaux, et il arriva sept jours après à Séville, d'où il se rendit àValladolid auprès du roi son suzerain, qui lui fit un accueil plus gracieux que jamais, et lui remit des lettres pour le pape, auquel le seigneur normand avait aes-

sein d'aller demander l'institution d'un évôrae pour les Canaries. Reparti de Valladolid vers le milieu de janvier pour se rendre à Rome, Béthencourt se présenta devant le saint- père (le pape romain était alors Innocent VII, retiré a Viterbe, et qui ne rentra dans la ville éternelle que le 13 mars); il obtint de lui la création d'un siège épiscopal aux Canaries, et la nomination à ce siège d'Albert ou Alvaro de Gasaus ou de las Casas, frère de Guillaume, l'époux de sa nièce Inès de Béthencourt. Après quinze jours passés à la cour pontificale, le baron normand prit la route de France, tandis que le nouveau prélat se rendait dans son diocèse par l'Espagne. A son passage à Florence, Béthencourt fut accueilli, festoyé et défrayé par la commune pendant quatre jours; il arriva ensuite à Paris, où il s'arrêta huit jours, et enfin il rentra, le 19 avril 1406, en son château de Béthencourt, d'où il se rendit peu après à Grainville, son manoir prineipal.

1 C'est là qu'il reçut à diverses reprises des nouvelles des Iles, qui prospéraient sous l'administration sage et paternelle de son neveu ; un acte daté de Valladolid, le 25 juin 1412, nous le montre de nouveau à la cour de Castille, accomplissant la formalité de rbommage envers le roi Jean II, son suzerain, en présence de la reine-mère Catherine de Lancastre, régente, et, entre autres témoins , de son parent Robert de Braquemont. Cependant la guerre civile qui désolait fa France, et qui amena les Anglais jusqu'au coeur du royaume, vint compromettre gravement en Normandie la fortune de Béthencourt, qui y perdit son château de Saint-Martin le Gaillard , pris et démoli par les Anglais. Dans ces conjonctures fâcheuses, il eut recours sans doute aux moyens que son domaine des Canaries pouvait lui fournir de parer à ses pertes, et il y a lieu de penser que ce fut conformément a ses ordres que son neveu Maciot poursuivit rigoureusement le recouvrement de l'impôt du quint, et fit contre les insulaires non soumis des

M* Livraison, (Iles de l'Afrique.)

rèses multipliées, afin de se procurer de l'argent par la vente des prisonnîers; mais fl résulta de cette nouvelle conduite du gouverneur une désaffection et même une opposition directe, dont l'évêque Mendo de Viedma, successeur d'Albert de las Casas, devint le principal moteur, et qui se traduisit enfin en accusations formelles auprès de la reine-régente de Castille, laquelle donna à Henri Perez de Guzman , comte de Niebla , commission d'examiner les faits et de lui en rendre compte : et Guzman à son tour envoya à cet effet aux Canaries , avec trois navires bien pourvus de monde et de munitions, Pierre Barba de Campos, seigneur de Castro-Fuerte , qui détermina Maciot à le suivre en Espagne, et le conduisit à San-Lucar de Barrameda.

Soit que ces mesures, qui semblaient faire présager une tentative de spoliation , suggérassent à Béthencourt des dispositions propres à y échapper ou à en atténuer l'effet, soit que la situation embarrassée où la guerre de Normandie l'avait réduit, fut le seul motif de sa résolution, il envoya des pouvoirs, signés à Grainville le 17 octobre 1418, et donna commission expresse, tant à son neveu Mathieu de Béthencourt qu'au sieur de Sandouville, d'aliéner le domaine utile de ses îles de Canarie , sauf réserve , pour lui et ses successeurs, de celle de Forlaventure, et de la seigneurie de toutes, sous l'hommage de la Castille. L'aliénation fut consommée à San-Lucar, par acte du 15 novembre suivant, en faveur du comte de Niebla, Maciot conservant, au nom du nouveau propriétaire, le gouvernement qu'il avait jusqu'alors exercé au nom de son oncle.

D'autres prétendants s'étaient mis sur les rangs dans l'intervalle, notamment Ferdinand Peraza, fils de Gonzalve-Martel Peraza, qui avait fait en 1 393, sous le patronage du roi Henri III, une expédition contre ces lies; mais il ne paraît pas qu'il obtint alors aucun résultat de ses démarches. Alfonse de las Casas , père de Guillem , dont

L'UNIVERS

Peraza avait épousé la fille, eut du moins l'avantage de se faire octroyer, par lettres données à Avila, le 29 août 1420, le privilège de la conquête des trois îles de Gomère, Palme et Ténérife, avec concession héréditaire de toute seigneurie, juridiction et autorité.

On ne voit point que la grande Canarie soit comprise dans cette concession ; elle fut, quelques années après, l'objet d'une tentative de la part des Portugais : l'infant dom Henri le Navigateur expédia contre elle, en 1424, une escadre portant 2 500 fantassins et 120 cavaliers, sous les ordres de Ferdinand de Castro > le même que Ruy Diaz de Mendoza avait rudement désarçonné, Tannée précédente, aux joutes de Séville. A peine débarqués, les assaillants furent si vigoureusement reçus par les insulaires , qu'ils se hâtèrent de regagner leurs vaisseaux , non sans avoir éprouvé une perte considérable.

Cependant la possession des Canaries était, d'un autre côté, l'objet d'interminables contestations entre le comte de Niebla et Guillem de las Casas, fils d'AIfonse, l%un acquéreur des droits des Béthencourt sur les îles conquises, l'autre concessionnaire des îles à conquérir. Henri de Guzinan prit le parti de se soustraire à ees ennuis par une transaction : ayant obtenu a cet effet une cédule royale donnée à Médina del Campo le 4 février 1430, il fit 5 Guillem de las Casas , moyennant 5 000 dinars mauresques de bon or (une soixantaine de mille francs), cession de ses droits sur les îles conquises, par acte signé à San-Lucar de Barrameda le 15 mars suivant. Guillem , à son tour, rétrocéda, en 1432, l'île Lancelote à Maciot de Béthencourt, son parent, à condition de n'en pouvoir disposer lui-même qu'en faveur de Guillem ou de ses successeurs, et, à leur refus, de quelque autre sujet et vassal du roi de Castille.

Guillem de las Casas étant mort, sa succession fut partagée entre ses deux enfants , l'un appelé Guillem comme

son père; l'autre, cjul était une fille nomriiée Inès, mariée à Ferdinand Peraza. Celui-ci, au nom de sa femme, traita avec son beau -frère , le 28 juin 1443 , à Ocana , d'un échange au moyen duauel il demeura maître exclusif des Canaries (sauf Lancelote, qui était entre les mains de Maciot) ; et il prit possession effective de ce domaine le 28 juin 1445. Ayant voulu faire , en 1447, une descente en 111e de Palme , il fut vigoureusement repoussé par les indigènes , et perdit dans la mêlée son Ils, le jeune et beau Guillem Peraza, dont la mort fut chantée par les romanciers du temps.

Des rivalités fâcheuses s'étant élevées, dans leurs courses de pillage, entre Peraza et Maciot, le premier ne recula point devant un acte de violence:

il fit enlever Maciot et quelques-uns des siens, et les envova prisonniers à l'île de Fer; mais Maciot trouva le moyen de s'échapper et de se sauver à Lisbonne, d'où il vint à Sévflle , auprès du comte de Niebla , qui opéra la réconciliation des deux seigneurs.

Mais la position de Maciot n'était plus tenable, et, résolu à la changer, il envoya à Madère un religieux chargé de ses pouvoirs, à l'effet de vendre son île de Lancelote à l'infant dom Henri, qui avait su le gagner par ses caresses : l'affaire fut conclue moyennant une rente annuelle de 20,000 reis.

Antonio Gonzalves , écuver de l'infant , fut aussitôt dépéché avec deux caravelles, pour prendre possession de l'île cédée, et ramener à Madère la famille de Maciot. Peraza se plaignit au roi de Castille , et fit valoir ion droit à reprendre Lancelote, puisque Maciot de Béthencourt avait manqué à la condition expresse de n'en disposer qu'en faveur des successeurs de Guillem Peraza, son auteur; et le roi donna à Benavente, le 7 avril 1449, une cédule ordonnant aux habitants de Lancelote de mettre le réclamant en possession de la seigneurie de leur île. Ceux-ci se mirent aussitôt en devoir de se débarrasser des Portugais, qui furent immédiatement expulsés; mais , quant aux prétentions de Pe-

ILES OE L'ÀFJMqUK.

rasa, ils se récusaient comme Juges de la valeur de ses droits. Le roi alors nomma provisoirement, par lettres données a Toro, le 22 février 1450, un des huissiers de sa chambre pour piterneur et séquestré de Ldncerote, en attendant la décision juridique de la difficulté; et, comme on apprit qu'il se préparait à Lisbonne une expédition pour recouvrer Laneelote, une eédale royale, signée à Valiadtlid le 8 mars 145t , ordonna que ni Maciot , ni aucune personne suspecte ne fût admise dans Ftle , et fiât, au contraire , repoussée au besoin à mam armée, ce qui eut lieu en effet à diverses reprises.

Fernand Peraza mourut sur ces entrefaites, eri 14f>2, laissant, pour unique héritière, sa fille Inès , mariée à Dttgœ de Herrera. L'affaire fut poursuivie à la requête de celui-ci ; ftfaclot fut ajourné devant la cour du roi , et un arrêt du 30 juin 1454 prononça la déchéance de Béthencourt , adjugeant Laneelote à Inès Peraza et Dièçue de Herrera son mari, comme héritiers de Guiflem de las Casas. Il fallut toutefois des lettres de jussion, expédiées à Tolède le 4 juin 1455, pour déterminer les Lancelotais à mettre en possession leur nouveau seigneur.

Seigneurie de Diêgue de Herrera.

D'on autre côté, les inimitiés de la Castille et du Portugal venaient de s'éteindre dans l'union de l'infante /tanne de Portugal avec le nouveau roi d'Espagne Henri IV; et ce souverain, pour se montrer gracieux envers les deux ambassadeurs, Martin d'À- Me Gonzàlves de Castro comté fl'Atooguîa, et Pierre de Menezès «rate de Villaréal, qui lui avaient aroené cette princesse à Cordoue, leur Jrtwa» pat* lettres dn 2f mai 1455, J* prrfil^ge de la conquête des trois ws de Canarie, Palme et Ténérife.

Herrera , qui ignorait cet acte de la nratificence royale si préjudiciable à «s intérêts, fit à la grande Canarie ose visite amiable, dont il profita pour «re dresser, sous la date du 12 août

1461, un acte solennel de prise de possession, appuyé par la construction d'un fortin, appelé la tour de Gando; et pareille cérémonie fut exécutée à Ténérife le 12 juin 1464. Cependant, les chrétiens avant maltraité quelques bergers guanches, ils forent assaillis dans un petit fort que les insulaires les avaient d'abord autorisés à bâtir, et ils furent obligés de se rembarquer.

Mais les Portugais, qui n'avaient / point encore exercé le privilège concédé aux comtes d'Âtouguia et de Villaréal, voulurent enfin le mettre à profit , et l'infant dom Fernando , acquéreur des droits de ces deux Seigneurs, arma quelques caravelles, et les envoya en 1466 , avec des troupes de débarquement , sous les ordres de Diogo da Silva , contre la grande Canarie; Silva, pillant au passage Laneelote et Fortaventure, et débarquant ensuite à la grande Canarie, s'empara sur les Espagnols de la tour de Gando, qu'il occupa. Herrera porta aussitôt ses plaintes et ses réclamations aux cours de Castille et de Portugal : le roi Henri IV, après s'être fait rendre un compte exact de l'état des choses, lit expédier à Placencia, le 6 avril 1468 , une cédule royale portant révocation formelle de la concession subreptice que, dans l'ignorance des droits d'Inès Peraza, il avait jadis accordée aux importunités des comtes d'Atouguia et de Villaréal, faisant inhibitions et défenses de troubler Herrera dans la possession des Canaries et petite mer de Barbarie {Mar Metfot de Berberia), dont il était seigneur incontestable. Un arrangement ami»

ble se faisait en même temps avec Dioeo da Silva, qui devint l'époux dé Marie d'Ayala , fille de Herrera, à te* quelle fat donné eh dot an tiers des revenus de Laneelote et Fortaventure:

aussi ce seigneur dut-il contribuer de tout son crédit au succès des réclamations de son beau-père à la cour de Portugal, qui rendit, en 1469, un arrêt pour suspendre un nouvel armament que l'infant dom Fernando avait préparé.

L'UNIVERS

Les Castillans de Herrera et les Portugais de Diogo da Silva tournèrent dès lors de concert leurs armes contre la grande Canarie. On s'imagina que tous les habitants de l'île devaient être accourus à la défense de la contrée de Telde, attaquée depuis longtemps par les Européens ; et que, par conséquent, on avait chance de les surprendre facilement, ou tout au moins de diviser leurs forces, en opérant une diversion vdu côté de Gaïdar. Silva, prenant avec lui trois caravelles portant deux cents hommes, partit une nuit, et fit le tour de l'île pour venir débarquer le plus secrètement possible sur la côte septentrionale.

Cependant, que s'était-il passé parmi les indigènes depuis quelques années ?

Isroi Ârtemiy en mourant, avait laissé deux fils , Temesor et Bentaguayre , le premier régnant dans la contrée de Gaïdar, le second dans la contrée de Telde. Bentaguayre, jaloux de son frère, l'avait attaqué, mais sans parvenir à le déposséder. Parmi les guayres ou nobles qui l'avaient assisté dans cette guerre, il en était plusieurs envers qui il s'était montré cruel et ingrat : l'un de ces braves, nommé Menedan, s'expatria et vint finir ses jours à Fortaventure, sans que Herrera pût jamais le déterminer à rendre aux Européens quelques services dans la conquête des États de ce roi qui l'avait maltraité.

Un autre, du nom de Doramas, avait conservé au cœur plus de soif de vengeance : retiré dans des montagnes inaccessibles, il avait de là entretenu des rapports avec d'autres mécontents, avait rallié des forces autour de lui, et tenait de ce côté aussi Bentaguayre en échec. L'île était ainsi divisée en deux États qui se faisaient une guerre acharnée; Herrera n'avait donc point en face de lui, à Gando, toutes les forces de l'île; et Silva, sans le savoir, allait trouver le pays de Telde bien gardé.

Le matin du troisième jour après son départ de Gando , il effectua son débarquement dans la baie d'Agumastel , ou sont aujourd'hui les bains de Gaïdar. Le rivage était désert : c'est

que le roi Temesor , qui avait vu les vaisseaux, et avait rassemblé en toute hâte les plus braves de ses sujets, tendait un piège aux Européens, en leur offrant la facilité de pénétrer dans les terres, où il se proposait de leur couper la retraite.

Silva donna dans le piège, et ne tarda pas à se voir tout à coup entouré de naturels en armes, et qui poussaient des cris furieux. Il n'eut que le temps de se jeter, avec sa petite troupe , dans une espèce d'arène entourée d'un mur à hauteur d'appui.

C'était le lieu où les naturels tenaient d'ordinaire leurs assemblées politiques; il servait aussi aux exécutions judiciaires. Deux jours s'écoulèrent dans cette position horrible, où il manquait de vivres, d'eau, et où il perdait a chaque moment quelqu'un des siens. Les naturels refusaient obstinément d'entendre à toute espèce de capitulation. On prétend qu'alors une femme, de la famille du roi, prit pitié des Européens, et s'intéressa pour eux. Quoi qu'il en soit, tous les historiens s'accordent à raconter que le roi de Gaïdar vint s'aboucher avec Silva.

Ce roi , bon et en même temps prudent et rusé, comme l'observe Nunez de la Pena , couseilla aux Portugais de le retenir prisonnier, et d'annoncer aux naturels qu'ils allaient le mettre à mort, si on ne leur accordait passage jusqu'à leurs vaisseaux. Il est plutôt probable que Silva fut assez heureux pour pouvoir s'emparer de la personne du roi, et fut assez bon politique pour en tirer le même parti que Feruand Cortez , dans une situation analogue , tira de la personne de Montezuma, vis-à-vis des naturels de Mexico.

De retour à Gando, Silva ne put dissuader Herrera d'entreprendre une excursion dans la contrée de Telde, où il s'empara du village de ce nom , et construisit un petit fort qui servit en même temps d'oratoire, et fut consacré par l'évêque de Rubicon, Diègue dlllescas. Diogo da Silva, dégoûté des conquêtes, repartit avec sa femme pour le Portugal , où il eut l'honneur d'être choisi pour gouverneur de

Jean II, qui en 1483 le fit comte de Portalègre. Herrera retourna à Lancelote, après avoir établi dans le petit fort de Telde deux cents hommes sous le commandement de Pedro Chemida.

L'histoire de la destruction de ce poste ne manque pas d'intérêt : Herrera, avant son départ, avait conclu avec les naturels ae la contrée une sorte de traité : on avait échangé des otages, et Ton s'était engagé à ne pas livrer à d'autres qu'à lui toute l'orseifle du pays , sous la condition d'un . salaire à qui lui en apporterait. Pedro Chemida se montra observateur peu scrupuleux de la convention. Il accabla en outre les naturels de mille vexations; un historien va jusqu'à prétendre que, par politique et pour diminuer le nombre des habitants de nie, ses soldats faisaient des courses de nuit, où ils tuaient tout ce qu'ils rencontraient de naturels, et les enterraient soigneusement. Ce qu'il y a de certain , c est que les naturels' se mirent de nouveau sur la défensive , et traitèrent les Européens en ennemis. Cinq Espagnols qui maraudaient nuitamment, étant tombés entre leurs mains, lurent massacrés. Une embuscade, dressée contre trente-cinq autres, eut un plein succès ; dépouillant ilors les cadavres , un certain nombre se couvrit des vêtements européens , et marcha vers le fort en poussant devant soi quelque bétail; la masse suivait en faisant mine de menacer les feux maraudeurs. La garnison , dupe du stratagème, s'empressa d'ouvrir la porte à ceux qu'elle prenait pour des camarades poursuivis. Les naturels s'emparèrent ainsi du fort, et ne laissèrent pas pierre sur pierre. Un bateau pécheur que le hasard avait amené sur la côte revint porter cette triste nouvelle à Diègue de Herrera.

Pedro Chemida et les siens, bien

Îoe prisonniers, eurent assez d'inuence pour déterminer les deux rois canariens à envoyer des députés à Lancelote pour conclure un arrangement. Une assemblée générale se tint, où figurèrent les guanartèmes, les fayeans et les guayres des deux royau-

mes ; chaque grand centre de population fit choix d'un député, et leurs noms nous ont été conservés; c'étaient : Acorayda pour Telde; Egenenaca pour Aguimez; PUdecane peur Texeda ; Aridani pour Aquexata ; Isaco

Sour Agaëte; Achutinaac pour Gaiar; Adeuna pour Tamarazeyte; Ar~ lenteyfac pour Artebirgo; Achuteyga pour Artiacar; Guriruguiam pour Aruca. L'ambassade , conduite par Pedro de Chemida, arriva à Lancelote sur une petite embarcation que le hasard avait jetée sur la côte de Canarie. Le résultat fut un nouveau traité, en date du 11 janvier 1476, portant:

1° que les prisonniers et otages actuellement retenus à Canarie seraient immédiatement remis en liberté ; 2° qu'il en serait de même des Canariens retenus actuellement à Lancelote et Fortaventure; 3° que toute l'orseille qui

fiourrait se récolter à Canarie serait ivrée à Diègue de Herrera et à ses successeurs, de préférence à tout autre.

Herrera ne fut pas longtemps à oublier ses promesses de paix , puisque l'on voit une cédule royale , datée de Burgos le 28 mai de cette même année 1476, lui accorder, à sa sollicitation, la faculté de tirer de l'archevêché de Se ville et de l'évêché de Cadix les vivres et munitions nécessaires pour une nouvelle expédition , sous le serment , toutefois , de n'en rien vendre aux Portugais ni aux ennemis de la foi. Cependant, dans le courant de cette année 1476, les habitants de Lancelote, fatigués du gouvernement oppressif de Diègue de Herrera, se soulevèrent contre lui, prétendant relever directement de la couronne de Castille, et ne reconnaître d'autres suzerains et rois que Ferdinand et Isabelle. Us se fondaient sur deux raisons : d'abord, sur ce que Jean de Béthencourt étant mort sans laisser d'héritier direct de son droit sur les Canaries , ce droit avait dû faire retour à la couronne de Castille, dont elles étaient une dépendance, et en second lieu, sur ce que, depuis la vente illégale faite par Mathieu de Béthencourt à l'infant dom Henri , l'île

yw

L'UNIVERS

avait été reconduise par eux-mêmes sur les Portugais, Ou vit bientôt arriver eu Castille, d'un côté, Diègue de Hersera en personne, pour la revendication de son droit contre les révoltés; et, d'autre part, Jean May or et Jean tfy Arenas, envoyés par les Lancelotais pour soutenir leurs prétentions.

Ces deux derniers n'étaient qu'à une journée de Cordoue, lorsque des malfaiteurs les assaillirent, leur enlevèrent leurs papiers les plus importants , et les retinrent en prison. L'embuscade avait été préparée par les soins de Pierre-Garcie de Herrera, fils aîné de Diègue. 11 ne fallut rien moins qu'un ordre supérieur pour qu'ils recouvrassent leur liberté. Dans le mémoire qu'ils présentèrent à la cour, ils exposèrent les franchises accordées par les premiers seigneurs de Lancelote, franchises qui suffisaient à montrer qu'ils étaient les gens les plus malheureux du monde: «que sur leurs récoltes, n'importe de quelle nature , ils devaient abandonner le cinquième dès ?u'ils voulaient les embarquer pour Espagne ou le Portugal; qu'en outre de leur ignorance, ils vivaient dans un tel déoûment qu'ils n'avaient que l'eau du ciel, du fromage et quelques chèvres. S'il leur arrivait , une année, de récolter un peu de grain, l'année suivante ne donnait rien. Qu'en outre du cinquième, ils payaient aussi des dîmes; et tout cela , sans pouvoir contenter leur seigneur, puisque celui-ci portait atteinte à leurs privilèges, us et louables coutumes, qui depuis cinquante ans réglaient la matière. Que, lorsqu'ils s'en plaignaient à leurs seigneurs, non-seulement ceux-ci ne tenaient cas de leurs plaintes, mais les forçaient à vider leurs demeures , à abandonner leurs femmes et leurs enfants , et les transportaient de force et sans solde dans les autres îles des infidèles pour garder des castels et des tours. Ils ajoutaient qu'après avoir joui en toute franchise de la récolte de l'ôrseille, sans autre charge que d'en abandonner le cinquième, ils s'en voyaient privés par l'injustice des seigneurs. * La reine Isabelle répondit à ce mé-

moire par une «édule où elle déclarait prendre 111e de Lancelote sous sa protection et sauvegarde, en même temps qu'elle ordonnait à Etienne Perez de Cabitos de procéder à une enquête solennelle sur les prétentions respectives des parties. L'examen et la discussion s'étendirent à tout ce qui concernait la possession et la conquête des Canaries depuis l'origine; et i) en résulta que tout en reconnaissant la validité des droits de Herrera, comme représentant sa femme Inès Peraza, à la seigneurie de toutes les îles; considérant qu'il n'avait la possession effective que des quatre premières, ou déclara réunies à la couronne celles de Canarie , Ténérife et Palma , dont la conquête serait en conséquence poursuivie aux dépens du trésor royal; concédant à Diègue de Herrera et à ses hoirs, en indemnité de leur droit sur ces trois îles, et des dépenses par eux déjà faites pour les soumettre , le titre de comtes de la Gomère . et une somme de cinq cents maravedis; ce qui fut constaté par un acte solennel donné à Sévi Ile le 15 octobre 1477, bientôt suivi d'un ordre royal du 12 mai 1478, portant défense expresse a tous officiers et autres destinés à l'expédition contre la grande Canarie, de troubler en aucune façon ni sous aucun prétexte Herrera et les siens dans 1a paisible jouissance de leurs do maines, droits et seigneurie.

Diègue de Herrera et Inès Peraza laissèrent après eux cinq emfants, savoir : Pierre Garcic de Herrera , qui fut déshérité pour cause d* inconduite (c'est le même que nous avons vu traiter si cavalièrement les envoyés de Lancelote); Fernand Peraza, qui eut en majorât les îles de Fer et de Go mère; Sanche de Herrera, à qui furent adjugés cinq douzièmes dans les revenus et la juridiction des deux îles de Fortaventure et Lancelote, avec les petites îles de leur dépendance; Marie 0'Ayala, mariée à Diogo da SU va, Comte de Portalègre , qui eut quatre douzièmes; et Constance Sarmiento, mariée à Pedro Fernandez d'Arias Saavedra , qui eut les trois autres dou-

js. La mort de Diègue de Her-

rera est du 22 juin 1465; il était figé de soixante et dix ans. Sa succession forma trois seigneuries distinctes : Fer nand Peraza, sous Je titre de comte de la Gomère , fut seigneur de cette île et de celle de Fer; Pierre Fernaadez de Saavedra fut seigneur de Fortaventure; Sanche Herrera fut seigneur de Laooeiote , Aleeranza , Graciosa , Lotos et Santa-Ctara; ses descendants reçurent par ia suite le titre de comtes puis marquis de Lanceiote.

Conquête de la grande Canarie.

Les rois d'Espagne , ayant pris , comme on vient de le voir, la résolu* tion de faire des Canaries une province de leur royaume , ordonnèrent une expédition en leur propre nom :

on arma trois vaisseaux , on recruta dans les villes de Sévilie , Niebla, Xérès et Cadix, six cents soldats de pied , et une trentaine de cavaliers , sans compter bon nombre de vaillants chercheurs d'aventures , et de nobles volontaires séduits par les chances de fortune qu'offraient alors les voyages maritimes. Cette décision de la cour d'Espagne avait été sollicitée par Jean Bermudez , doyen de l'église de Rubicon, qui ayant accompagné son évékjue, le célèbre Illescas, lors des dernières tentatives sur 111e Canarie, connaissait parfaitement la situation du pays.

Jean Rejon , de la ville de Léon , habile et tirave capitaine , fut revêtu du commandement en chef, et eut pour son lieutenant général Alonzo Jaymeg de Sotomavor.

On aborda à Canarie, dans la matinée du 24 mal, dans la baie de Ylsleta. Le premier soin fut de couper quelques branches de palmier, et de construire one tente , avec un autel , où le doyen Bermudez célébra la messe, demandant à Dieu qu'il daignAt accorder aux Espagnols l'extermination de ces peuples. Rejon avait le dessein d'aller à Gando et d'y rétablir la tour récemment détruite par les naturels; mais tout en se dirigeant sur ce point, on raconte qu'arrivé au barranoo de Gui-

niguada, à l'endroit où est aujourd'hui la ville de las Palmas , il vit tout à coup devant lui une vieille femme, vêtue comme les naturels, et qui lui dit en bon castillan « qu'il aurait tort d'aller plus loin; que cette position de Guiniguada était plus forte que celle de Gando ; le voisinage de la mer, l'abondance des palmiers et d'au-»

très productions la rendaient tout à fait propre à recevoir un camp retranché, dfoii Ton se porterait facilement sur tous les points de l'île. » On voit que le général était adroit politique, et savait au besoin faire intervenir la religion pour inspirer confiance à ses soldats. On éleva une enceinte de pierres et de tiges de palmier, on construisit un donjon et un bâtiment pour les munitions , et on donna au tout le nom de camp de las Palmas»

Temesor, le roi de Gaïdar, était mort et avait eu pour successeur Adargoma ; celui-ci , en présence des Européens et du danger commun , reconnaissant toute la supériorité du vaillant Doramas, le roi de Telde, s'unit à lui. Les guerriers d'Adargoma furent distribués dans toutes les gorges et sur le sommet des hauteurs oui gardaient la côte ; Doramas, suivi des siens, s'avança directement et en bon ordre vers Rejon, qui, étonné du nombre , des mesures et de la contenance de ses ennemis, crut devoir éviter une première attaque qui pouvait lui devenir funeste, et de laquelle dépendait en quelque sorte l'issue de toute la guerre. 11 se tint sur la défensive pour éviter toute surprise, et usa de la méthode si fort en vogue alors chez les Espagnols, en envoyant au roi de Telde un député chargé de lui offrir l'amitié de son roi , celle de ses troupes, et un traité d'alliance.

Entourés de plusieurs milliers de naturels armés, les Espagnols passaient tranquillement les journées dans leur camp retranché. Les naturels, poussés par la curiosité , s'approchaient par petites bandes de cinq ou six. On entrait en pourparlers avec eux par signes et à l'aide de truchemms. On leur faisait répéter, sans

L'UNIVERS

qu'ils y comprissent rien, la formule d'un serment d'obéissance au roi de Castille, et on les baptisait; ce qui n'empêchait pas que la nuit les Espagnols ne sortissent de leur camp pour enlever des bestiaux, et que, de leur côté, les naturels ne tentassent des assauts sur le camp espagnol.

Dans un de ces combats, le roi Adargoma fut fait prisonnier ; on le transport* plus tard en Espagne. On raconte qu'un jour qu'il se trouvait dans le palais de l'archevêque, à Séville , un jeune Espagnol , renommé pour sa vigueur extraordinaire, lui proposa de lutter ensemble : « Commen- « çpns par boire un coup, » répond le Canarien. On apporte du vin. Le Canarien alors, tenant son verre rempli , s'adresse à son présomptueux rival : « Si avec tes deux bras tu es « capable de me contenir le poignet « de manière à m'empécher de boire, « nous lutterons ensemble, sinon re- « tourne d'où tu viens. » L'Espagnol se met à l'oeuvre, et malgré tous ses efforts , il a le déplaisir de voir le Canarien élever tranquillement son verre à la hauteur de sa bouche , et boire sans répandre une goutte.

Cependant la cour de Lisbonne venait de rompre avec celle de Castille, au sujet des droits de la malheureuse fille de Henri IV, et aussi en vertu de ses prétentions sur les Canaries,

au'elle regardait comme un appendice e ses récentes conquêtes sur la côte d'Afrique. Les Portugais, avec cinq caravelles, vinrent débarquer à la

Sande Canarie, sur la côte d'Agaëte, ns la contrée de Gaïdar. Ils se mirent en communication avec les naturels , et leur offrirent de les aider à chasser les Espagnols, après quoi l'escadre portugaise se présenta en face du camp de Tas Palmas. Rejon eut le talent de montrer aux Portugais peu de forces, et de leur inspirer assez de confiance pour qu'ils risquassent un débarquement sur-le-champ, bien que la mer fût mauvaise et ne leur permit pas de jeter à la côte plus de deux cents hommes. Ces troupes, débarquées, marchèrent droit au camp ; mais

un corps espagnol , caché en embuscade, se jeta tout à coup entre elles et la mer, et leur coupa la retraite vers leurs chaloupes. La mer était trop grosse pour que les caravelles pussent envoyer du renfort : ce fut en vain qu'elles tentèrent d'autres débarquements.

Les Espagnols, n'ayant plus affaire qu'aux Canariens, continuèrent à se tenir renfermés dans leur camp. Leur nombre avait considérablement diminué quand l'Espagne, en 1480, envoya un renfort avec lequel Pierre de Vera, chargé à son tour de la conquête, affaiblit les insulaires daus un grand nombre de combats. Ayant reçu , trois ans après , de nouvelles troupes de Lancelote et de Fortaventure , ce chef s'empara définitivement de Ja grande Canarie. Doramas , blessé et tait prisonnier dans un combat, avait reçu le baptême , mais sans survivre longtemps à la perte de sa liberté. Les malheureux Canariens étaient anéantis ou dispersés dans tous les lieux inaccessibles. Le gros de la nation , qui ne se composait que de six cents guerriers et de quinze cents femmes avec leurs enfants, s'était réfugié sur la montagne d'Ansite, entre Gaïdar et Tirajana, sous la conduite du guanurtème Bentehui. Il déposa enfin les armes; l'évêque espagnol entonna le Te Deum pour ce dernier succès le 29 avril 1493, quatre-vingt-huit ans après que Jean de Bétneneourt s y était présenté pour la première fois.

Le siège épiscopal de Rubicon fut transféré dans cette lie , par l'évêque Jean de Frias, en 1485.

Conquête de Palma et de Ténérife.

L'île de Palma, encore libre, était divisée en douze cantons très-petits, trop désunis pour pouvoir former un plan commun de défense, et incapables de résister séparément : aussi, malgré la valeur que montrèrent ses habitants, il ne fallut pas un long temps riur la soumettre. Elle avait résisté plusieurs descentes, quand Alonzo Fernandez de Lugo fut envoyé, en 1492, par l'Espagne, pour soumettre

les fies qui n'étaient pas encore conquises. Il se présenta devant Palma le 29 septembre, et six mois lui suffirent pour s'en rendre maître entièrement : une bataille décisive , livrée le 3 mai 1493 , amena une soumission complète.

L'année suivante, Lugo conduisit une expédition contre Ténérife : il aborda dans la baie de Santa Cruz le 3 avril. Les Guanches de Ténérife eurent aussi leurs héros dans Benchoido, roi de Taoro, dans son frère Tinguaro, et aussi dans Beneharo roi d'Anaga. Après une année de combats, par suite de l'inaction des rois de Goimar, d'Abona, de Dante et d'Ieod, les Guanches libres se trouvaient, pour ainsi dire, confinés dans les royaumes de Taoro, de Tacoronte et de Tegueste. Les Espagnols , qui avaient hiverné dans la vallée de la Laguna, s'acheminèrent, dans les premiers jours du printemps de 1495, rers le vallon d'Acantejo, qui conduit a l'Orotava, où ils se flattaient de parvenir. Une fois engagés dans le ravin, ils se virent assaillis en tête par Bencbomo et en queue par son terrible frère. Une pierre, lancée par Tinguaro lui-même, tracassa la mâchoire du général Lugo , qui n'échappa à la mort que par le dévouement d'un des siens : ce généreux soldat, voyant son chef virement poursuivi, imagina de lui arracher son manteau et son chapeau à plumes et de s'en vêtir pour attirer sur lui l'attention des ennemis et la I détourner du véritable chef. On raconte qu'à la suite de cette affaire des prisonniers espagnols furent conduits devant Benchomo, qui non-seulement leur accorda la vie, mais la liberté.

Alphonse de Lugo s'était sauvé à grand'peine à la Laguna , d'où Tinguaro ne tarda pas à le chasser. Retiré à Santa-Cruz , il fut attaqué par Beneharo, qui le fatigua beaucoup et achera de miner ses troupes. Comme triste souvenir de cette défaite sanglante, les Espagnols changèrent le nom du vallon d'Acantejo en celui de Matanza ( du Massacre ) , et c'est le iom qu'il porte encore aujourd'hui.

Le 8 juin de la même année, Lugo passa à la grande Canarie, et se procura six cents fantassins et cinquante cavaliers. Reparti pour Ténérife avec ces nouvelles forces , il débarqua le 2 septembre à Santa-Cruz, dont il accrut et répara les fortifications. Ses troupes montaient en total à onze cents hommes de pied et soixante-dix cavaliers. Trouvant un allié dans le roi de Guimar, il commença par s'emparer du royaume d'Anaga et descendit ensuite' vers Tegueste; mais, y ayant reçu quelque échec, il se dirigea vers la Laguna. Dans ce vallon se donna une grande bataille gui fut fatale aux Guanches, et où périt Tinguaro, après avoir, racontent les hisriens, renversé à lui seul dix-neuf Espagnols à coups d'une grande pique dont il s'était emparé à la bataille de la Matanza , et qui , depuis , était son arme favorite. Comme il se sauvait, ajoute- 1- on, par la campagne avec trois de ses amis, ils furent poursuivis par sept cavaliers. « Nous allons être atteints, dit le frère du roi, fuyez, je me charge seul d'occuper ces soldats. Il rétrograda donc pour marcher au-devant d'eux. Dès qu'il fut à portée de fusil, les Espagnols firent tous à la fois feu sur lui. Quoique atteint de

{>resque toutes les Dalles, il renversa es deux premiers cavaliers, et sa pique s' étant brisée, il en saisissait un troisième par les jambes, quand les autres lui déchargèrent plusieurs coups de hache sur la tête et par derrière. Il tomba baigné dans son sang et s'écria d'une voix lamentable : « Ne donnez pas la mort à un homme abattu ; je suis le frère du roi Benchomo ; qui aura jamais fait un captif aussi redouté que moi ? » Mais un Castillan le perça de sa lance , malgré les cris de grâce que jetèrent les autres cavaliers. Lugo fit couper la tête au cadavre et l'envoya à Benchomo, qui, pour toute réponse, dit qu'il avait désormais un devoir de plus, celui de venger son frère.

Bientôt une maladie endémique vint exercer ses ravages sur les malheureux Guanches ; Lugo en profita pour

ÎH

L'UNIVERS

marcher but Orotopala et s'en emparer. Peu après, lebarranoo de la Ma* tanza fut témoin d'une nouvelle bataille où , cette fois , expira la liberté des Guançhes. Après un effroyable carnage, les Espagnols, fatigués de donner la mort, s'arrêtèrent pour prendre do repos en on lieu qui depuis a été nommé Victoria , non loin du barranco de la Matanza.

Benchomo et sa famille errèrent encore quelque temps dans les montagnes. Apres une succession de petits combats , on s'empara d'eux les uns après les autres , et on les conduisit à Banta-Cruz. Après qu'on les eut instruits tant bien que mal dans la religion chrétienne, on leur administra le baptême en 1497; et quoique, dès novembre 1496, Ule eût été à peu près soumise, ce n'est guère que depuis le baptême des Menceys, suivi même encore de quelques troubles, qu'on peut dater la conquête de Ténérife. On proclama dans toute l'île qu'elle appartenait au roi de Castiile et de Léon, it cela trente-trois ans après la singulière prise de possession de Diègue de Herrera.

Les neuf menceys furent embarqués et conduits devant le roi de Castiile.

Leur costume, leur taille gigantesque, et leurs formes mâles, amusèrent les oisifs de la cour, sans que la politique permît qu'ils revissent jamais leur patrie, et que même leur dépouille Vînt reposer auprès des ossements de leurs pères.

État des Canariens sous la domination espagnole.

Depuis cette époque, les Canaries, désormais irrévocablement acquises à l'Espagne, furent soumises en commun à un gouvernement général , militaire, politique et judiciaire, sous lequel se mouvaient, à des conditions diverses, d'une part, les officiers royaux en fonctions dans les trois grandes îles; de l'autre, les officiers dépée et de robe établis par les seigneurs dans celles de leur domaine.

Nous avons déjà dit que celles-ci se partageaient entre trois seigneuries

distinctes , savoir ; Lancelote et les quatre îlots de sa dépendance; Fortaventure ; et Gomère, avec son annexe l'île de Fer; que Fernand Peraza de Herrera avait eu ce dernier lot ; son frère Sanche, Lancelote et ses dépendances; et leur beau-frère Pierre Fernandez de Saavedra, Fortaventure*

Guillem , fils de Fernand , fut dé* coré du titre de comte de la Gomère , qu'il transmit à ses successeurs en ligne directe masculine, Diègued' Avala y Roxas; Gaspard de Castiila y Guzman; un second Diègue de Guzman Avala y Roxas ; un second Gaspard d'Ayala y Roxas ; un troisième Diègue d'Ayala Herrera y Roxas; Jean -Baptiste de Herrera Ayala y Roxas; un second Jean-Baptiste, puis un Antoine- Joseph , et enfin un Dominique, avec lequel s'éteignit, le 24 décembre 1766, la lignée masculine des Herrera; sa succession , recueillie par sa nièce Florence Pizarro, fut par elle transmise à la maison de Moncade , à raison de son mariage avec Pascal Bel vis de Moncade, marquis de Belgida.

Sanche de Herrera, seigneur de Lancelote et ses annexes, n'ayant point eu d'enfant mâle , sa fille unique, Constance Sarmiento, porta cet héritage dans la maison de Saavedra , en épousant son cousin, Pierre Fernandez de Saavedra le jeune , fils cadet du seigneur de Fortaventure ; Augustin de Herrera y Roxas, fruit de cette union, reçut le titre de comte de Lancelote , changé en celui de marquis à la suite de la manière distinguée dont il servit les intérêts de Philippe II contre les prétentions de l'infant dom Antonio de Portugal. Sa succession fut recueillie par son fils , puis par son petit-fils , appelés tous deux aussi du nom d'Augustin ; celui - ci n'ayant point laissé de lignée, sa mère, Louise Bravo de Guzman, se fit adjuger son héritage, qu'elle transmit à son neveu Fulgence Bravo, d'où il passa à un autre neveu, Jean-François duc d' Extrada, qui le laissa à son tour à son fils le duc Emmanuel , et celui-ci à sa fille Éléonore. Un procès relatif à cette succession s'étant élevé à la mort de

ILES DK L'AFRIQUE.

cette dwe, te jugement fut rendu en laveur (TEœmanuel Mazau de Castejon, marquis de Velamazan, dans la maison duquel se continua le titre de marquis de Lancelote.

A Fortaventure, Pedro Fernande* de Saavedra eut pour successeur son Bis Feroand d'Arias Saavedra , rena-

Slacé à son tour par son fils Gonzalve e Saavedra, qui laissa à sa mort, en 1374, deux jeunes enfants, Fernand et Gonzalve; rainé, élevé en Espagne dans le palais de la maison de Saudoval, alliée à la sienne, caressé par le chef de cette puissante famille, le fameux duc de Lerme, fit en sa faveur un testament contenant transmission de tous ses droits sur Fortaventure; son frère Gonzalve, irrité de cette disposition, fit aussitôt une donation effective, avec transmission de nom et armes, à André-Laurent Herrera de Mendoza, auquel succéda son Gis Fernand d'Arias Saavedra , qui eut pour héritier Fernand Mathias son fils , lequel transmît ses droits à son petitfils François-Baptiste Beoitez de Lugo Arias y Saavedra, en la personne duquel la seigneurie de Fortaventure entra dans la maison de Lugo.

Quant aux trois grandes fies, elles eurent, au lieu de ce gouvernement seigneurial , une constitution municipale, avec quelques différences pour chacune d'elles. Le conseil ou ayuntamiento de la grande Canarie fut d'abord composé de douze régidors, dent

le nombre fut ensuite réduit à six , et dont la charge devait être bisannuelle ; puis ce nombre s'accrut de nouveau

graduellement jusqu'à vingt-quatre, ientôf institués à vie, et, enfin, à perpétuité.

A Palma , le conseil , d'abord restreint à peu de membres nommés à vie, s'augmenta de même jusqu'à dixhuit, puis jusqu'à vingt-quatre, qui pareillement devinrent perpétuels.

A Ténérife, ce fut bien pis, quoique Ton tentât , à diverses reprises , de réduire le nombre des charges» qui n'était d'abord que de six régidors; il s'accrut graduellement jusqu'à huit, puis dix-huit , puis vingt-sept , puis trente-six, puis trente-huit, puis quarante-quatre, puis cinquante-trois, puis soixante-cinq J...

Une audience royale ou cour d'appel fut instituée, en 1527, à la grande Çanarie, où était lé siège du gouvernement général des Iles ; l'officier, tantôt politique et militaire, tantôt simplement civil et judiciaire , qui représentait la couronne dans cette province éloignée, revêtu d'abord du titre dV delantado ou généralissime, puis de celui de gouverneur, ou de régent, ou de président , ou de corrégidor, conserva enfin , après toutes ces variations, celui de capitaine général. Les Canaries sont aujourd'hui soumises à la même organisation administrative que le reste ues provinces de la monar* cjiie. espagnole.

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