I. APEâÇtJ HISTORIQUE
L'île o> Sqpptera, située (fl 12° latir tu)* npr^ ?t ^J° JpngitHt|e est de Paris ) sur la route dp lïuqe par la mer Bouge , devait de fr>npe heure acquérir de PiroporUace en raisQfj mêmp a* sq ppsitjpu
pioscprjde, rapporte que les, habitants étaient soumis, aux rojsdq pajs dp J'encpps. §yjvant J'autonté , d'ailleurs assp? pontestable , de Philostqrgius , auteur {Tune Histoire de l'Église, Alexandre le Qrqpd y avait envoyé une polqnje. Ce même auteur ( quj >i\ait vers la Ou du quatrième siecfe ) aifirme que le$ habitajffs ile Sjocotoru parlent la langue çyrjaque, et )1 pite djverq témpmn^gea ppur prouver que cptte île avait été peuplée par un,e spete (Je chrétiens, gppyernés par un évêque.
C*pen4a,pt, plu^tard, pn ne trouve plus ajipuop niention de Spçqfpra, si ce
(*)Dîodore, lï, 55-6o. (Tomel, p. 17a- 17 S de ma traduction. )
(**) MevouOtaç vfyroç. Voyez le Périple de MarcU» dHéracÇê. tto., par If. E. Mîlfer; Pans, 1839 (p. %iy.
n'est dans le voyage de Mer** Polo , au
treizièmesièele. VascodeGama,, en 1497, passa devant cette île , sans la visiter \ sept ans après, Fernande* Père ira s'y arrêta , et Albuquerque fin prit bientPfc possession.
Le célèbre amin) portugais trouva l'île déchirée par des factions ennemies; il y rétablit l'ordre , et en confia le gouvernement à quelques-uns de ses officiers. Les Portugais s'allièrent avec les indigènes, et, oubliant leur patrie, ils perdirent peu à peu leur caractère national en' même temps que leur suprématie. J/île retomba sous le pouvoir de 00s anciens maîtres.
IL 4FKRCti spPQpR^fuioqp. MûEijps et wprs/
TRIE liES tyàBJT4*™> CLIMAT- PRODICTIONS flATURfcfAES.
L'île de Soootora a la forme d'un;; ellipse dont te grand axe serai} dirigé de l'est à l'ouest. Etle est traversée , dans la. même sens , par une chaîne (Je montagnes dont las assises sont de gfiw»t; pes montagnes sont à peu près toutes <J9 môme hauteur; à leur pied commence une plaine basse, qui s'étend jusqu'au bord de |a nier. La largeur 4e cette plaine, de forme irrégulier*, varie de deux à quatre milles; elle est moindre près du ras Febng et du ras bbuab , de$t les sommets s'élève ni perppndiculaireT ment, et semblent surgir impied jateiuent de l'Océan. La côte méridionale est, en généval, beaucoup moins fertile que |a oôte septentrionale, prsgséa. par phjr sieurs torrents qni se dessèchent pendant l'été. La cpte occidentale rappelle les contrées les plus arides a> l'Arabie desorte; elle est garnie de bancs u> sable , amoncelés par les vente du sud:qqpst.Ce sable, extrêmement fin et presque inipalpable, ferme une rangée de cp|lines de plusieurs milles détendue; sans la barrière infranchissable que lui opposent les montagnes , toute l'île en serait pou? verte.
La partie septentrionale de la plaine est pierreuse et tapissée n> buissons rabougris, qui cependant présentent au loin l'aspect d'une verdure assez belle. La partie orientale offre le contraste le plus frappant avec la partie occidft»* Vie. Pendant que la première est dépourvue de verdure, et n'a d'autre eau
L'UNIVERS
que celle contenue dans les réservoirs naturels, la dernière abonde en rivières : les vallons et les plaines sont-couverts de riches pâturages et d'une végétation luxuriante. Enfin , l'île entière est une niasse de roches primitives , que recouvre, sauf les portions sablonneuses, une couche de terre labourable, dont l'épaisseur varie en raison même de la végétation.
Les voyageurs ne s'accordent pas sur le hiffre dé la population de Socotora. Ce chiffre est, en effet, difficile à fixer, à cause de l'instabilité des habitants, qui , livrés principalement à la vie commerciale , changent souvent de demeure , et vont s'établir dans d'autres régions.
M. Wellsted, à qui nous devons les renseignements les plus détaillés sur l'île de Socotora , évalue le total de la population à environ quatre mille âmes (*).
En le comparant avec la surface de 111e, qui est approximativement de mille milles carres , on trouve quatre habitants pour chaque mille carré. M. Wellsted n'a pu découvrir aucun vestige d'ancien monument qui témoignât de l'existence d'une race antérieure a la population actuelle. Cependant, on a quelque raison de croire que l'Ile était jadis mieux cultivée et plus peuplée. Mais il n'est guère facile de déterminer l'époque de cette ancienne prospérité.
Tamarida peut être considéré comme le chef-lieu de Socotora. Cette ville est située à la base d'une rangée de collines qui s'élèvent en forme d'amphithéâtre et s'étendent jusqu'à la mer. Elle se compose d'environ cent cinquante maisons , isolées et entourées de palmiers. Mais il n'y a que le tiers de ces maisons d'habitées; le reste se trouve dans le même état où le laissèrent les Wahabites, lorsqu'ils vinrent, en 1801 , ruiner Tamarida. Quoique petites, elles sont bien bâties en pierres calcaires et en corail qui abonde sur toute la côte. Le corail , à l'état frais , est assez mou pour qu'on puisse facilement le couper en morceaux dans la forme que l'on dé-
(*) H. Wellsted, lieutenant of theEast-India Company 's marine service, Memoir on the island of Socotra (Journal oj the royal geograpldeal Society o/London, vol. V, p. uo- **9 )•
sife. Les malsons sont ordinairement carrées et à deux étages ; l'un des angles est garni d'une tour où est pratiqué l'escalier par lequel on monte dans l'étage supérieur. Comme les pluies sont fréquentes , il importe de construire des habitations solides, et de les recouvrir dune couche de mortier durable, car le corail ne résiste pas longtemps à l'action de l'atmosphère. Ce mortier est préparé avec des morceaux de corail qu'on calcine dans des rigoles de sable. Les chambres de l'étage supérieur sont affectées au harem ; dans les chambres inférieures, les Arabes reçoivent les visiteurs, et vaquent à leurs affaires. Les fenêtres regardent le nord-est, et sont surchargées d'ornements d'architecture en bois, qui interceptent en grande partie la lumière. A chaque maison est attenant un petit jardin oùl'on cultive des melons et d'autres plantes potagères pour les usages domestiques. En 1834, Tamarida ne renfermait guère plus de cent ou cent cinquante habitants , en comptant ceux qui étaient alors absents, à Zanzibar, pour affaires de commerce. Il n'y a que deux boutiques à Tamarida , et les seuls articles qu'on y veude sont des dattes , du millet , du tabac , et des vêtements. L'argent monnayé y est rare; on le remplace quelquefois par des pendants d'oreilles en argent, et par de I ambre. Cette dernière substance se trouve occasionnellement sur la cête occidentale de l'île. La plaine dans laquelle a été bâtie Tamarida a quatre milles de large su r cinq de long ; elle est arrosée par trois rivières, dont l'une passe tout près des maisons. Aucune de ces rivières ne se dessèche pendant l'été ; leur eau est remarquablement pure et limpide; elles sont toutes bordées de dattiers. On trouve sur leurs rivages , ainsi que dans d'autres parties de l'île, une singulière espèce d'herbe , à laquelle M. Wellsted donne le nom de PennUetum dichotomum. La tige a plus d'un demi-mètre de long; la
Sartie supérieure présente des branches isposéesen vert ici Ile, dont les extrémités sont en pointes recourbées; ces pointes s'accrochent aux habits et pénètrent jusque dans la chair des passants (*)• Le
(*) C'est probablement une espèce de m*v ehrus, et non de pennùetum.
sol est de couleur rougeâtre , ce qui est sans doute dû à la présence de l'oxyde de fer; il est riche et fertile.
Derrière Tamarida, près du Djebel Rummul, on voit les ruines d'un fort portugais; les ruines d'un autre fort sont a peu de distance de là , sur une colline, au centre de la plaine et en rue du mouillage. Dans le voisinage du petit hameau de Suk, se trouvent les ruines de la ville de Hadibou, qui, d'après la tradition du pays, était jadis la principale de l'île; il n'en reste plus que les murs des maisons. M. Wellsted incline à penser que la fondation de Tamarida est postérieure à la première invasion des Portugais.
Cadboup est un village bordé d'un côté par la mer, et de l'autre par un étang profond. Il renferme trente maisons et autant de huttes. Les premières sont plus petites que celles de Tamarida et d'une architecture moins soignée; les dernières sont de chétives baraques, qui ne garantissent leurs propriétaires ni contre le vent ni contre ta pluie. La principale occupation des habitants consiste dans la pêche et l'élève des bestiaux. Le soin des derniers est ordinairement dévolu aux femmes. Quelques villageois font le commerce avec Zanzibar et Mascate. Aux environs de Cadhoup, on trouve quelques inscriptions arabes, gravées sur f écorce d'un arbre (camhane) ; leur date remonte à 1640.
A deux milles de Cadhoup est située la vallée de Moreh , ainsi appelée d'après le cap voisin de même nom. Pendant la saison d'hiver cette vallée est traversée par un torrent rapide . bordé de palmiers. On rencontre ça et là quelques huttes occupées par ceux qui exploitent la culture du dattier. Aux environs du ras (cap) Moreh, on voit plusieurs inscriptions fort curieuses, tracées sur une roche calcaire, presque au niveau de la plaine. Ces inscriptions , qui mériteraient d'être examinées par des archéologues, paraissent avoir de l'analogie avec d'autres inscriptions qu'on trouve sur la côte opposée du continent arabique. Elles sont accompagnées d'espèces d'hiéroglyphes , représentant des serpents , des pieds d'hommes, des chameaux, des brebis, des bœufs, etc.
Gollonsier ou Colleseh est un village
situé sur la côte nord-est de l'île ; son emplacement est à l'entrée d'une vallée étroite que traverse une rivière assez considérable. Quelques chétives cabanes et un petit édifice qui sert de mosquée composent tout le village. Les habitants, peu nombreux, sont extrêmement pauvres ; tout leur bien consiste en quelques bateaux pécheurs. Us vivent, indé- Sendamment [de la pêche, de la récolte e l'aloès et du sang-dragon. Les navires étrangers abordent d'ordinaire à Colleseh pour renouveler leurs provisions d'eau.
Dans d'autres parties de l'île on rencontre cà et là des habitations abandonnées et des ruines dont la plupart témoignent de l'ancienne domination des Portugais.
Socotora appartient aujourd'hui au sultan deKissine, sur la côte d'Arabie.
11 y envoie annuellement un de ses officiers ou de ses parents, pour percevoir les impôts, dont la valeur ne parait pas dépasser 1,200 francs.
Les habitants parlent un dialecte qui semble se rapprocher singulièrement de l'hébreu ou au phénicien. C'est du moins l'opinion que nous croyons pouvoir émettre après avoir comparé le vocabulaire socotrain de M. Wellsted avec l'hébreu.
Exemples :
Socotrain. Hébreu.
kokeb. kohaby étoile.
ichah. ichah, femme.
lichen. lachon, langue.
allak. allah, monter.
ketab. katab, écrire.
Il serait inutile de multiplier les exemples. Les Portugais, pendant leur première visite à Socotora , y avaient , diton, trouvé des manuscrits chaldéens.
M. Wellsted ne put se procurer aucun de ces manuscrits , qui seraient d'un si haut intérêt pour l'histoire des langues sémitiques. Les habitants lui assurèrent que les W a habites, lors de leur invasion, les avaient tous détruits.
Le dialecte socotrain n'est guère parlé que des anciens habitants de l'Ile. Les Arabes de Mascate ne le comprennent pas. Cependant les montagnards de la côte d'Arabie paraissent assez bien entendre le langage des montagnards de Socotora.
L'UNIVERS
Les indigènes se divisent naturellement en deux classes : les moritagnafds et les habitants des plaines. Ces derniers composent une race mixte : ils descendent d'Arabes, d'esclaves africains, de fcort ugais et d'autres nations ; ils occu-
feht Tamarlda, Colesseh, Cadhoup et extrémité orientale de l'île. Les montagnards sont de véritables autochthones :
leurs traits en font eh quelque sorte une race particulière. Ils sont, la plupart, d'une taille élevée, bien musclés ; leurs membres sont bien conformés; leur angle facial est aussi grand que chez les Européens ; ils ont le nez légèrement aquilin. les yeux vifs et expressifs, les dents blanches et là bouche bien faite. Leur chevelure, qu'ils portent très-longue, Frise naturellement-, niais elle n'est pas laineuse comme celle des NègrPs, et ne ressemble pas à celle des Malgaches. Us portent généralement de la barbe, mais pas de moustaches. Ils s'éloignent, à certains égards, du type arabe, et n'ont rien de commun avec les Somaulis delà côte orientale de l'Afrique; leur teint varié au blanc au brun foncé; leur démarche est assurée, et ils franchissent des montagnes avec la légèreté des antilopes; habitués à grimper de roc en roc, ils ont les orteils écartés; mais ce léger défaut ne leur fait rien perdre de la beauté et de la régularité de leurs traits. En lin mot, les montagnards dé Socotora sont une des plus belles variétés des races qui peuplent les continents asiatique et africain.
Leur vêtement consiste en une piècede toile jetée négligemment autour des épaules, et sans aucun ornement; la ceinture est munie d'un couteau, et la main armée d'un gros bâton, ils arrangent leurs cheveux avec une certaine coquetterie, soumise aux changements de la mode : les uns les frisent, les autres lès portent très-longs, et tressés en nattes, maintenus par un bandeau. Leur peau bien propre, lisse, est exempte de toute éruption cutanée, (juelques-uns portent des cicatrices dues à l'application du fer rouge, genre de cautère que les Arabes emploient si souvent pour traiter des maladies locales.
Les mêmes observations s'appliquent aux personnes de l'autre sexe. Les femmes présentent la même régularité
dans les traits de la physionomie; leur teint est généralement beaucoup muins foncé que celui des hommes y et quelques-unes, surtout dans leur jeunesse, peuvent passer pour remarquablement belles. La plupart de celles qui vivent dans les contrées basses ont les jambes d'une grosseur étonnante, mais sans dénoter un état morbide, car elles jouissent toutes d'une santé excellente. Leur principal habillement consiste en une espèce de camail de laine, serré autour de la taille par une ceinture de cuir. Elles portent des colliers de corail rouge, de succin ou de verre coloré; elles ont au&i des pendants d'oreilles en argent, lourds et épais, deux à chaque oreille, l'un à la partie supérieure, l'autre à la partie inférieure de là conque auriculaire. EJIes vont non voilées , se promènent et s'entretiennent librement avec les étrangers.
Tels sont les montagnards de Socotora.
Les Socotrains tout consister leur principale occupation dans l'élève des bestiaux et le commerce de falots et du sang-dragon, qu'ils échangent dans les villes contre des dattes, du dorrha
i espèce de céréale) et des vêtements. Les èmmes ont en partage les travaux les plus rudes des champs et du ménage, tandis que les homhies passent leur temps à dormir ou à fumer. Le lait est leur aliment quotidien; ce n'est que dans les grandes occasions qu'ils se décident à tuer un agneau ou une chèvre. Leur cuisine est fort simple : ils séparent la viande des os , et la coupent eu menus morceaux, Qu'ils font cuire dans des pots de terre. Contrairement à la coutume des musulmans, ils se servent, en mangeant, de couteaux, qu'ils achètent aux baleiniers qui viennent toucher à Tile.
Comme le climat est très-humide, il serait imprudent de vivre sous des tentes pendant plusieurs mois de suite; et comme ils sont obligés par leur vie pastorale de changer souvent de lieu pour chercher des pâturages, ilss'abritentdans les cavernes naturelles qu'on rencontre dans les montagnes. Ces cavepus sont très-nombreuses, et comme taillées dans le calcaire par la main de l'homme. Il y en a d'assez spacieuses pour oo» tenir plusieurs familles avec tous leurs troupeaux. M. Wellsted ea a vu qui étaient
litnées à hait cents pieds au-dessus de la plaine ; cependant la plupart sont près» que sa niveau dn pays plat. Quand l'en* trée est trop étroite j on l'élargit, on t* eouvr* la partie supérieure avec dés sarments, de sorte qu'il «t difficile, même à «ne courte distance* de distinguer ces cavernes du toi environnant Tout à côté de ces demeures naturelles sont des enclos circulaires en pierres, pour abriter * pendant la nuit, les ehè*vres et les brebis: Les seuls meubles qu'on y observé sont : une pierre pour moudre le blé, des matelas de peaux pour te coucher, des outres de euir pour conserver Tes* et le lait, quelques pots de terre pour les usages culinaires s et quelques habits de laine suspendus au travers de la caverne. Ces habits^ convenablement arrangés servent , souvent de berceau, fcn général, il ne rèane pas beaucoup de propreté daris ces cavernes, qui fourmillent de puces et de vermine; La doUceur de la tempérât dre y rend inutile l'entretien d'un foyer : on n'ai* lame du feu tju'au dehors pour foire cuire là viahâe.
Le earaetefé moral des indigènes pourrait sertir de modèle aux autres nai tkms : les crimes cbntre les perionnes et les propriétés y sent extrêmement rares ; on peut y voyager en toute sécurité; Ils se foin sdftdut remarquer par leur hospitalité, dont retereice n'est limité que pur tes bornes de la fortune ; ils ne fatiguent pas les étrangers ; comme le font les Arabes, pdr une curiosité irieommode , en les interrogeant sur leur religion , le but de ledr vdyagej'étc. 11b ont différentes manières rie se saluer.
Deux amis qui se rencontrent s'embrassent d'abord six ou huit ftlte sur les joues ou les épaules; pdrs ils se touchent les mains f les embrassent à leur tour> et échangent enfin une multitude de compliments. Un autre mode de salutation consiste à placer les nés l'on cdhtfe l'autre, à faire une profonds inspiration et à chasser l'haleine avec force à travers les narines. Hommes et femmes se sa1* laent publiquement de cette façon. Les femmes saluent tesettefs.de tribu en en* brassant leurs genoux ; et elles reçoivent en retour un baiser sur la front. C'est aussi le salut ordinaire qui s'échange entre les enfants et les vieillards.
Les indigènes de Soeotora, jadis chré* tiens, s'il faut en croire la tradition* professent aujourd'hui la religion dt Mahomet. Mais ce sont des observa* téurs peu rigides des lois du prophète» Beaucoup d'entre eux négligent même le jeûne du ramadan 4 ce que tout Vrai mu» sulrhan regarderait cortime un crime de lèse-divinité. II y en a peu qui connais* sent iés prières du matin et du soir. La circoncision est pratiquée, non pas dans l'enfance, mais à l'âge de quinze ou vingt ans; et M. Wellsted pense qu'il y a un grand nombre d'indigènes qui peut-être n'ont jamais été circoncis. Les Arabes des plaines et les citadins sont, au contraire, très-dévots , tnès-intolé^ rants, en même temps que fort ignorants , comme le sont du reste partout les fanatiques religieux.
S'il est vrai qu'il y eut autrefois dans 111e un archevêque et deux étêques, lés choses sont bien changées : il n'y a aujourd'hui qu'un seul prêtre mahométan qui cumule les fonctions de mollah , de muezzin? et de maître d'école. Trois petites mosquées , dont deux à Ta mn rida et une à Collesèh sont les qeuls édifices consacrés ;iu culte. Il serait, intéressant; de rechercher ce que sont dévenues les églises chrétiennes; peut-être eri recort«naitrdit-on Quelques \ est i ces dans Jeb ruines dont les légendes nés insulaires font le siège des démons et dès sorciers.
Parmi les coutumes des indigènes de Socotota , nous nous contenterons de signaler l'une des plus singulières. Tout individu soupçonné d'un crime eapital est placé, les pieds et pdings liés , sur te sommet dune montagne, où il doit demeurer exposé pendant trois jours. Si pendant ce temps il tombé de la pluie l'accusé est regardé corhnfe coupable, et condatnné au supplice de In lapidation. Cette coutume parait être aujourd'hui généralement abandonnée;
La stabilité du type des montagnards, auxquels M. Wellsted donne le nom de Bédouins , pr opposition aux autres habitants^ qu'il appelle Arabes, s'explique tout naturellement Les premiers n'ont aucun scrupule à donner leurs filles en mariage aux AraHés et même aux étrangers qui viennent visiter momentanément Hle t les enfants issus de ces mariages suivent l'état de leurs pères f et
ICO
oublient entièrement les parents de leurs mères. Les Arabes , au contraire , croiraient se déshonorer en mariant leurs filles aux Bédouins ou montagnards de l'île. A cela il faut ajouter que la partie occidentale de l'île occupée par les montagnards est généralement stérile , man- 3ue d'eau, et offre fort peu d'attraits à es colons. Telles sont les principales causes qui expliquent l'absence de tout mélange de la plupart des indigènes avec les étrangers.
Une des tribus les plus curieuses à étudier est celle de Bahi-Rahow ; elle ne se compose que d'environ cent cinquante individus, et vit dans le voisinage du ras Moreh. Ils descendent, dit-on, d'une colonie d'Israélites, et ils conservent, en effet , quelques traits de ressemblance avec la race juive. Les Saymi , les Sayfi , les Dirmi et les Zirzhi , connus sous la dénomination générale de Gamhanes, sont regardés comme descendants des Portugais. Ils vivent dans les montagnes granitiques, et sont riches en troupeaux de moutons et de vaches , mais ils ne portent aucun signe de cette dégradation physique qui stigmatise la race portugaise de l'Inde.
Parmi les contes les plus répandus dans 111e , il y en a beaucoup gui ressemblent singulièrement aux légendes de nos pays. On y raconte , entre autres , qu'il y a des femmes étranges qui , retirées dans des lieux cachés , épient les voyageurs fatigués et se précipitent sur eux pour les dévorer. Il n'y a pas d'habitant qui ne croie cette histoire parfaitement véridique, et ne parle avec horreur du nombre des victimes. Le fait est mï on trouve quelquefois dans des précipices des corps dévorés par des vautours et d'autres animaux de proie ; mais ce sont là probablement des morts accidentelles , par suite d'une chute du haut des rocs escarpés.
Les maladies sont rares à Socotora.
M. Wellsted, pendant son séjour dans cette île, n'y observa que quatre cas d'ulcères rongeants et autant de cas d'éléphantiasis. L'hydropisie abdominale on ascite paraît être cependant une affection assez fréquente : M. Wellsted l'attribue, à tort suivant moi , au régime des habitants , qui plusieurs jours de suite ne vivent que de lait et dé millet, et qui
tout à coup mangent avec excès delà viande de mouton à demi cuite. Dans certaines vallées , on rencontre une espèce d'idiots qui rappelle les crétins de la Savoie. Ils forment une famille à part, et mènent une vie tout à fait sauvage ; on leur donne des aliments quand ils approchent des habitations; mais ils aiment mieux se nourrir de racines et d'herbes, ou de chèvres sauvages, qu'ils tuent à coups de pierre. Ces idiots, qui ne paraissent pas susceptibles de civilisation , vont en général tout nus.
Climat. Socotora, quoique située sous la même latitude que les contrées les plus chaudes de l'Afrique, jouit d'un climat doux et modéré. La météorologie rend parfaitement compte de cette différence qui se présente chaque fois qu'on comparele climat d'une île avec celui d' un continent situé sous la même latitude.
Des vents réguliers, passant sur d'immenses nappes d'eau , viennent sans cesse tempérer l'ardeur du soleil. La température n'éprouve que des oscillations très-peu étendues : la température moyenne hivernale (du 12 janvier au J 8 mars ) est d'environ 10° du thermomètre centigrade, et la température moyenne annuelle n'est que d'environ 12° ( * ). On comprend aisément que le climat est moins doux sur les plateaux élevés et dans les montagnes. M. Wellsted attribue aux montagnes de granit les pluies fréquentes qui surviennent! souvent vers la un de la saison sèche. La mousson du sud-ouest s'y fait quelquefois sentir avec une extrême violence, et entretient la fraîcheur dans les vallées, qui seraient autrement brûlées par les rayons coo.
centrés du soleil. Pendant que la mous son souffle ainsi avec une force d'oura»
San , le ciel reste serein ; ce n'est qu'à e rares intervalles qu'on voit quelques nuages blancs, semblables à ceux qui enveloppent le pic de la Table au cap de Bonne-Espérance , et qui annoncent constamment l'arrivée des tempêtes.
L'air alors, loin d'être humide, est d'une sécheresse extrême : des draps mouillés se dessèchent presque instantanément ; des personnes en sueur éprou-
(*) Wellsted, Mémoire cité ( Journal oftfa royal geograplncai Society o/London, t. V. p. 196).
veut aussitôt un froid pénible ; quand on a la peau sèche , on est en proie à une chaleur fébrile et à un malaise général. Cependant cette mousson ne paraît pas beaucoup influer sur l'état sanitaire de nie , si ce n'est qu'elle paraît amener quelquefois des fièvres intermittentes.
Productions naturelles. Au nombre des produits les plus importants de l'île , il faut placer l'aloès (aloe spicata):
c'est la meilleure espèce qu'on connaisse, et elle porte dans le commerce le nom d'aloès succotrin. C'est, de temps immémorial , la principale richesse de Socotora. Cette plante croît naturellement sur les penchants et les sommets des montagnes calcaires de l'île ; elle s'élève jusqu'à 1000 mètres au-dessus du niveau de la plaine , et se plaît dans un sol aride. A une époque fixe, on en cueille les feuilles , et on en exprime le suc à travers une peau. C'est dans cet état qu'on transporte l'aloès à Tamarida et Colleseh ; puis de là à Mascate , où son prix varie considérablement. La -récolte de l'aloès, qui croissait dans toutes les parties de l'île , était autrefois affermée à plusieurs individus par le sultan de Risline, qui en avait fait un monopole.
Aujourd'hui il n'y a plus ni fermiers ni monopole : chaque habitant cueille autant d'aloès qu'il veut s'en donner la peine. La quantité exportée en 1833 s'éleva à quatre-vingt-trois peaux ou deux tonnes.
Parmi les autres produits on remarque le sang-dragon (Pterocarpusdraco) :
c'est une espèce de gomme-résine que les habitants recueillent en toute saison. L'arbre qui la fournit croît sur le penchant des collines et s'élève depuis deux cent cinquante jusqu'à six cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Son stipe ou tronc, d'environ six mètres de haut, varie de trois à quatre décimètres de diamètre. Ses branches sont nombreuses, mais courtes, et entrelacées. Les feuilles sont coriaces, de trois décimètres de long, ensif ormes, pointues à l'extrémité, sessi les et élargies à la base; elles sont extrêmement nombreuses et insérées presque à angle droit sur les branches, de manière à offrir l'aspect des fanons de baleine. M. Welïsted, auquel nous empruntons cette caractéristique, n'a pas vu cepte-
50e Livraison. (Iles de l'Afrique
rocarpus en fleur. La gomme-résine découle spontanément du stipe; on n'a donc pas besoin de recourir aux incisions pour se la procurer. La plus belle espèce de sang-dragon est de couleur cramoisi foncé , et se vend fort cher.
L'arbre auquel les insulaires donnent le nom é'amra fournit une matière gommeuse , transparente , douée d'une odeur agréable; mais elle est inférieure à l'oliban qu'on récolte sur les côtes d'Arabie.
Au nombre des plantes qui ne sont pas d'une utilité immédiate, quoique d'un grand intérêt pour la science, on remarque Vasset et le camhane , comme les appellent les indigènes. Ces végétaux croissent sur les rochers les plus escarpés , et tirent leur nourriture de la terre qui se trouve accidentellement comme encaissée dans les cellules ou les fentes de ces rochers. Toute la tige, qui est assez épaisse , se compose d'une substance molle, blanchâtre, cellulaire, qu'on peut couper facilement au couteau. Les chameaux et les moutons mangent les feuilles du camhane, tandis qu'ils rejettent celles de Vasset. L'un et l'autre laissent suinter des feuilles et du tronc un suc lactescent très-âcre. Les rejets que poussent les racines donnent naissance a autant d'individus nouveaux.
Le petit nombre de feuilles, très-grandes comparativement à la hauteur des tiges, présentent un aspect fort singulier : quelques-unes de ces plantes n'ont pas deux mètres de haut, tandis qu'elles ont à leur base une étendue bien plus considérable. Pendant la mousson nord-est elles se parent de belles fleurs rouges. Ces végétaux, encore imparfaitement connus, paraissent appartenir à la famille des Asclépiadacées.
On trouve sur le bord de la mer un arbrisseau dont les indigènes mangent l'intérieur de l'écorce , et en font leurs délices. Le metayne ou malarah est un arbre qui abonde dans toute l'île, et qui fournit un bois excessivement dur.
Dans les crevasses des montagnes granitiques se développe un lichen grisâtre que les femmes arabes emploient pour se teindre le visage en jaune. Ce lichen s'attache solidement aux rochers et les tapisse entièrement.
L'agriculture est à peu près inconnue
L'UNIVERS
à Socotora. On n'y cultive d'autre céréale qu'une espèce de millet (dokhna), qui n'exige presque aucun soin, et produit dans toute saison. Les cultivateurs se contentent de nettoyer les champs des pierres, de les remuer avec un bâton aigu, et de les entourer d'un mur pour les garantir contre les bestiaux. Quand ils peuvent se procurer du lait et des dattes , ils ne se soucient guère de semer du dokhna ; celui-ci n'est d'ailleurs cultivé que dans la partie orientale de l'île : il n'y en a
Soint dans la partie occidentale. C'est es plantations des dattiers et de l'élève des troupeaux que les habitants tirent leurs principaux moyens de subsistance.
Dans l'est de 111e , lés bords des rivières sont garnis de dattiers ; quelques-uns de ces arbres sont fécondés à la fin de décembre, les autres ne le sont que vers le commencement de mars ; c'est ainsi qu'on a des dattes fraîches pendant plusieurs mois de suite. Cependant ce fruit ne suffit pas à la consommation : on en fait venir annuellement de Mascate des charges considérables. Dans les montagnes on trouve quelques orangers sauvages, dont le fruit est acide et amer, ainsi qu'une espèce d'igname dont on ne parait pas, comme ailleurs, manger la racine. Aux environs de Tamarida, on cultive un peu de tabac. Tout le sol, particulièrement dans le voisinage des pics granitiques, est extrêmement fertile et très-susceptible de culture; les céréales et toutes sortes d'arbres fruitiers pourraient y croître en abondance ; malheureusement , comme nous venons de le dire, les habitants ne se livrent guère à l'art agricole.
Les espèces animales qu'on rencontre à Socotora paraissent moins variées que les espèces végétales. M. Wellsted n'y a vu que des chameaux , des moutons , des ânes, des bœufs, des chèvres et des civettes. Les chameaux sont aussi grands que ceux de la Syrie ; mais ils sont plus robustes que rapides à la course. Bien nourris d'herbes et de buissons succulents , ils ne sont pas aussi durs à la fatigue que les chameaux d'Arabie, et ne supportent pas aussi longtemps la faim et la soif. Ils remplacent ici les mulets. Leur nombre , dans toute l'île , ne dépasse pas deux cents. Les vaches sont nourries dans de riches pâturages, aux
environs de Tamarida ; elles sont généralement très-grasses. Les indigènes les élèvent pour le lait, avec lequel ils fabriquent le ghih , si estimé en Arabie et en Afrique. Us ne les tuent guère, pas plus que les boeufs, pour en manger la viande, si ce n'est dans des occasions tout a fait extraordinaires. On en estime le nombre à environ six cents dans toute l'île.
On voit partoutd'immenses troupeaux de moutons et de chèvres ; les propriétaires ne paraissent pas en avoir grand soin. Les brebis n'ont pas cette queue monstrueuse qui défigure celles de l'Arabie et de l'Egypte; ces animaux sont d'ordinaire petits, à jambe grêle, et leur chair n'est pas très-savoureuse ; avec leur laine on fabrique ces haïks épais si connus en Arabie et en Perse. Les chèvres présentent plusieurs variétés; celle dont le poil est long et roux vit à peu près à l'état sauvage : personne n'en réclame la propriété. Il ne faut pas la confondre avec la chèvre sauvage proprement dite, dont les indigènes estiment beaucoup la chair, et qu ils prennent dans des espèces de filets. Il y a également plusieurs variétés d'ânes, qui vivent à l'état sauvage , par troupes de dix à douze individus. On rencontre aussi beaucoup de civettes; mais les Indigènes ne paraissent pas utiliser ces animaux pour la parfumerie. Les hyènes, les jackals, les singes et d'autres animaux , si communs sur les continents opposés, sont inconnus à Socotora. On n'y trouve pas même, chose remarquable, l'antilope qui vit dans les autres îles voisines de l'Arabie. On n'y connaît pas non plus les chiens ; les indigènes prenaient pour des porcs les chiens qu'ils voyaient sur le bâtiment où se trouvait M. Wellsted. Les serpents paraissent *y être assez rares dans les montagnes; mais les plaines sont infestées de scorpions, de myriapodes et d'une grosse espèce d'araignée appelée nargule, dont la morsure est , dit-on1, très-dangereuse. On y voit aussi beaucoup de fourmis; leur morsure est aussi douloureuse que la piqûre d'une guêpe. Le caméléon est indigène dans l'île; il y en a plusieurs variétés. Oa y trouve enfin un grand nombre d'oiseaux aquatiques et de vautours. M. Wellsted mentionne un petit oiseau à bec rouge et à plumage pourpre foncé, que les
indigènes appellent Mahuarad ; il fait entendre un cri perçant, semblable à la voix humaine.
En résumé , l'île de Socotora paraît offrir de riches moissons au naturaliste qui voudrait l'explorer. On doit y trouver
bien des espèces , tant végétales qu'animales, tout à fait inconnues ; c'est ce qui S ouïrait fourbir l'occasion de combler ien des lacunes qui existent encore dans la science.