ILES DU GOLFE ARABIQUE ET SOCOTORA
PAR If. FfcRD. HOEFER.
11 règne beaucoup d'arbitraire relativement au nom de mer Erythrée, ÈfuApsftâXaora, qu'on traduit par mer Rouge (*). Ce dernier nom^ comme on sait, s'applique aujourd'hui exclusivement au golfe Arabique. Il n'en était pas de même chez les , anciens. Ainsi Hérodote appelle mer Erythrée l'océan Indien, qui forme, d'un côté, le golfe Arabique (ÀpâSioc xoXwoç), et de l'autre , le golfe Persique (xoXiwç nipouo'c).
Mais on a quelquefois désigné ces deux golfes par la dénomination générale de mer Rouge. De là cette confusion oui règne chez les anciens historiens et géographes : chez Agatharchide, Dioaore de Sicile et d'autres , le nom de mer Bouge comprend tout à la fois l'océan Indien, le golfe Arabique et le golfe Persique. Dans ce cas, cependant, l'o-
(*) Pline (Hist. #«/., lib. VI, cap. a3) cite les différentes opinions qui ont été émises pour expliquer le nom de mer Rouge : « Les uns en rapportent, dit-il, l'origine au roi Érythras, les autres i la couleur rouge de l'eau par suite de la réflexion des rayons solaires; d'autres encore au sable et au terrain ; d'autres enfin à la nature propre des eaux ( aquœ ip- «u nùtura ). » Cette dernière opinion est la plus probable. Ce sont , d'après les recherches modernes, des animalcules mieroscopiqofsqoi colorent les eaux du golfe Arabique, souvent dans une grande étendue, et en cban-* {eut, pour ainsi dire, la nature. Ces phénomènes de coloration paraissent être beaucoup plus fréquents dans quelques parties que dans d'autres. Ils sont aussi dus quelquefois à des plantes sous-marines du genre Cemmium , formant des tapis de pourpre sur les rochers de amer.
eéan Indien s'appelle plus particulière* ment Océan méridional ou mer Atlantique du Sud (*). Les peuples sémitiques ne connaissaient point le nom de mer Rduge. Les Hébreux désignaient le çolfe Arabique, principalement la partie supérieure, par wo D> (iam Souph), merdPMgues. '
Le périple (it«piirXouc, circumnavigation) de l'Arabie par la mer Erythrée était un Toyage certainement familier aux marchands phéniciens et arabes. C'est par là que s'établirent les premières relations avec l'Inde. Cette navigation, dans laquelle on perdait rarement la côte de vue , n'exigeait pas de grandes connaissances maritimes; la régularité des moussons qui soufflent dans Toeéan Indien , pouvait suppléer au défaut de la boussole. Diodore de Sicile nous donne à entendre que les récits de ces périples étaient consignés dans les Annales royales d'Alexandrie (**); c'est là, du moins, qu'il dit avoir puisé en partie les documents qu'il nous a laissés sur les lies et les côtes de la mer Erythrée.
L'auteur de la Bibliothèque historique nous apprend en même temps qu'il a eu soin de compléter ces documents à l'aide des renseignements donnés par des témoins oculaires. Diodore de Sicile sera donc ici notre principal guide.
En partant delà villed'Arsinoé (Suez), et longeant le côté droit du golfe Ara-
(*) *0 xorà (ttoiiptipCav xcCpevov àxeavô;, to ATXotvttxov irAorpoc *o *pôç u*<niu.6p{atv xixXipivov. Diodor. Sic, lib. III, 37 (edit. Bipont.).
(••) Diod. Sic. lib. in, 37.
49' livraison. ( Iles de l'Afbique. )
L uihivëRS.
bique , on rencontrait le port de Vénus ou Myos-Hormos ( port aux rats). « A l'entrée de ce port, dit Diodore, <f aprèi l'autorité d'Agatharchide, il y a trois îles, dont deux pleines d'oliviersatde figuiers; la troisième est dénuée de ces arbres, mais on y trouve beaucoup de poules d'Inde. *
Ces trois îles, que Diodore ne désigne pas autrement, ne sont mentionnées que par Strabon, qui titfe Ift rrifrnê source que Diodore (*). Si le port d'Abou-Schaar est le Myos-Hormos des anciens, on pourra admettre avec probabi- . lité que les îles d'Agatharchide s'appellent aujourd'hui Jubal , Tiran et Omosab. Or, M. Ruppell (**) assure avoir trouvé à Abou-Scbaar les ruines du port de Myos-Hormos, fondé par Ptolémée Philadelphe. « Ce port, dit-il, était défendu par un mur carré très-épais, dont on voit encore les débris ; chaque an^le du mur était garni d'une tour; le carré avait quatre-vingt-douze pieds de côté. L'entrée était au centre du côté septentrional. L'intérieur de cet espace était divisé en trois compartiments réguliers ou Ton reconnaît encore l'emplacement des magasins. Les environs sont marécageux et couverts de {)lantes salines { sa Isola soda ). C'était 'entrepôt du commerce de l'Arabie" méridionale. C'est là que les marchandises débarquées étaient portées sur des chameaux jusqu'au Nil; caria navigation d'ici à Suez (Cléopatris ou Arsinoé) était dangereuse et longue , à causé du vent nord-ouest qui domine pendant une grande partie de l'année. On voit encore aujourd'hui, dit-on, les traces de la route qui conduisait de Myos-Hormos à Benisouf (Coptos ). »
D'après ce infime voyageur, les îles de Jubal, Tiran etOmosabsont dépour^ Tues d'eau; elles appartiennent aox Arabes de la tribu Tehnri. Ces Arabes, qui paraissent descendre des Amalécites, passent le printemps à Abou-Schaar, sur la côte d'Egypte, et en été ils éta-
rt Slrab. lib. XVI, p. 1114. Strabon cite comme autorité Artémidore, tandis que Diodore ft'appuie sur Agatharchlde. En comparant le* deux textes il est facile de s'assurer qu'Ailémidoren'a fait que copier Agatharchlde.
(**) Re'ue nach Nubien % etc., p. an.
blissent leurs tentes près des puits de Tor. Ils tirent tous leurs moyens de subsistance de la pêche des poissons, et particulièrement des tortues. Ces Arabes ont eonservé fidèlement les habitudes et les traditions de leurs ancêtres; car c'est dans les environs que les anciens plaçaient les Ichthyophages et les Chclonophages. Il existait même chez les Ichthyophages une tradition qui rappelle exactement .te récit dl Moïse : «11$ racontent, dit Diodore, qu'un jour le reflux fut tel que tout le golfe se changea en une terre ferme , offrant l'aspect d'une verte campagne; toute la mer s'étant retirée sur Tes côtes opposées, son lit fut mis à découvert; mais les eaux, revenant tout à coup , reprirent leur cours ordinaire (*). »
Au delà de iMyos-iiormos il y avait Ki vaste baie tfÂcathartos (**). Selon Strabon, cette baie était ainsi nonimee parce due les ruchers et les récifs cachés sous 1 eau la rendent fort dangereuse. Au fond de cette baie était située la ville de Bérénice (***).
Suivant Vincent , la baie a'Àcathartos s'appelle aujourd'hui &eled-etliabesch} c'est-à-dire port d'Abvssinie, situé a i3° W 30" latitude nord (****).
« En continuant à longer fa côte on rencontre, dit Diodore, une île située dans la haute mer, et qui a quatre-vingts stades de long. On la homme Ophhdès (lié des serpents). Elle était autrefois Infestée de toutes sdftes de reptiles formidables, et c'est de là qu'elle a tiré son nom. Mais dans ces derniers temps les rois d'Alexandrie l'ont fait si bien cultiver, qu'on n'y voit plus aucun de ces animaux. $i l'on a eu tant de Soin à cultiver cette fie, c'est qu'elle produit la topaze (***•*) C'est jwurquoi aussi l'entrée de cette Ile est défendue aux voyageurs. Tous ceux qui y abordent sont, aussitôt mis à mort par les gardes qui
(*} Diodore, liv. HI, ,ch. 40. (Toinef p. 318 de ma traduction, ) ,
» (**) XxaÔoqrcoa». impur, gale.
("*) Slrab. xyi, p. 76g.
(****) Voje% Vincent , jhe Periplas of tfo Xrythrean jm. Loudon» 1800»
(*****) D'après la théorie de» ancien* , re- j nmivelce par les physiciens du moyen âge, les minéraux croissent et se développent coma* les végétaux.
ty trouvcHt établis. Ils sent en petit nombre, et mènent dite fie malheureuse ; car, de peur qu'en ne foie quelques-unes de ces pierres ( topazes ) , on ne laisse lucun vaisseau dans Pîle , et les navigateurs se tiennent au loin, par la crainte du roi. Les vivres qu'on leur amené sont promptement consommés , et l'on n'en trouve point dans le pa^s. Quand il ne leur reste plus que peu de ? ivres, les habitants du lieu viennent s'asseoir tons ensemble sur le rivage t en attendant l'arrivée de leurs provision* ; et si elles tardent à venir, ils se voient réduits à la dernière extrémité (*). •
Lite Ophiodés est probablement Agàikonis inné* de Ptolémée. On rappelle , dit-on , maintenant Zémtrçet ou Zvh margat. Aujourd'hui, elle n'a guère plus d'importance que les trois petites Iles dont nous avons parlé 4 et qui sont dans le voisinage de la baie d'Abon-Schaar ( Myot-Horinos ). Les voyageurs modernes ne nous apprennent pas si Ton y trouve encore dès topazes « si toutefois , ce qui ne nous parait pas probable, il faut entendre par là les mêmes pierres que nous appelons aujourd'hui topasea.
» On ne voit pas ( continué Agathnrchide, cité par Dtodore) cette pierre pendant le jour, en raison de la clarté du soleil qui l'efface, mais eHe brille dans l'obscurité de la trait j et on distingue de fort loin le lieu où elle se trouve. Les gardes de l'île se distribuent au sort la recherche de ces lieux. Dès qu'une pierre se révèle par son éclat , ils couvrent l'endroit d'un vase de même grandeur, afin de le marquer. Au jour ils y retournent , et coupent la roche dans l'espace marqué , et la livrent à des ouvriers instruits dans l'art de polir les pierres. »
Si ce récit est exact, il faudrait voir dans ces pierres des espèces de phoipnores naturels (certains composés calcaires), qui jouissent île la propriété d'absorber, pour ainsi dire, les rayons do soleil et de luire dans l'obscurité. DU reste, on sait gue plusieurs pierres précieuses cristallisées, comme le diamant, sont brillantes dans l'obscurité.
Reprenons le récit d'Agatharchitfe :
"Au delà de 111e Opbiodès, les voya-
ODiod. m, 39.
Seurs rencontrent diverses peuplades lobthyaphages et de Troglodytes nomades. Après cela , en voit plusieuas montagnes particulières jusqu'àee qu'on arrive au port Sauveur, ainsi nommé par les Grecs , qui, naviguant les premiers dons ces parages , se réfugièrent dans ce port. A partir de là le golie commence à se rétrécir en contournant les edtes d'Arabie; la terre et la mer changent visiblement de nature et d'aspect. La terre est basse , et on n'y aperçoit point de collines. La mer est rertiplie de bancs de sable; elle n'a guère que trois orgyies de profondeur, et ses eaux sont d'une couleur verte. On dit que cette couleur ne vient pas tant de I eau elle-même que des algues et fucus qui y croissent (*). •
Cette dernière opinion est parfaitement fondée , d'après le témoignage des modernes. On ne sait pas exactement à quelle baie correspond le port Sauveur.
A partir du port Sauveur la description de la côte occidentale et des fies du golfe Arabique est fort abrégée: Agatharcbide (ou plutôt Diodore citant Agatharcbide) se contente d'ajouter que le pays est arrosé par des fleuves avant leurs sources dans les monts Psébéens , qu'il est traversé par dé grandes plaines fertiles en mauve, en cardamome et en palmiers d'une hauteur prodigieuse ? que l'intérieur est rempli d'éléphants, de taureaak sauvages ^ dé lions et de beaucoup d'antres animaux féroces; que la mer qui touche à ce pays est parsemée de plusieurs îles , où 1 oa ne trouve aucun fruit cultivé , qu'elle est très-profonde et nourrit des cétacés de dimensions énormes.
Nous allons ici abandonner pour un moment la source de Diedore; et prendre pour guide Strabon citant te Périple d'Artémidore.
Apre* avoir dépassé le port Sauveur on rencontré * rJeut montaerles* vappélées les Taureaux à cause de leur forme, puis une autre monlaghe, sur laquelle est un teriiptë d'isis, élevé par SesoStris, une tle remplie d'oliviers et presque couverte par (es eaux de la mer, et enfin la villedePtolémaïs (**), dite près de
(*) Diodore,ÏH, 40.
{**) L'emplacement, de ta ville de PtoléftMk
UB
L'UNIVERS
la chasse des éléphants , fondée par Eumède, que Ptolémée Philadelphie avait envoyé à la chasse de ces animaux : il commença par fermer en secret une certaine presqu'île , au moyen d'un fossé et d'un mur; il parvint ensuite à gagner par ses bons procédés les naturels, qui voulaient empêcher son établissement , et à changer en amitié leurs mauvaises dispositions. C'est dans cet intervalle qu un bras détaché de l'Astaboras vient se rendre à la mer (Rouge) (*). Ce fleuve sort d'un lac; il porte une petite portion de ses eaux dans le golfe ; mais la plus grande partie va se réunir au Nil(**). »
Suivant A rtémidore, on rencontraitensuite six lies appelées Latomies (***) et l'entrée d'un petit golfe nommé Sabaïtique. Dans l'intérieur des terres était un château bâti par Suchus (****). Après cela venaient successivement le port Elaea , UledeStraton (*****), le port Sabaet l'endroit nomméChasse des éléphants. Après Elaea se trouvaient les vedettes de Démétrius et les autels de Canon , puis le port de Mélinus et celui d'Antiphile; dans l'intérieur du pays habitaient les Créophages (mangeurs de chair), oui pratiquaient la circoncision à la manière des Juifs; plus bas , au midi , étaient les Cynomolgues ( tétant des chiennes ), nourrissant de gros chiens. Plus loin , on trouvait la ville de Daraba et un lieu destiné à la chasse des éléphants. Ce district était habité par les Éléphantomaques (chasseurs d'éléphants), voisins des
(Épiihéra) a été fixé parGossellin vers 16» 5*' de Util Dde. Le mont Taurus était à vingtdeux lieue* plu* haut ; c'eil probablement le ras Ahehax ou Agir.
(*) L'Astaboras est un des affluents du Nil Bleu (Atbaral), sinon le Nil Bleu lui-même , qui traverse le lac Dembea. On n'a pas encore trouvé les traces de ce bras de fleuve ( si toutefois il a jamais existé ) se jetant dans le golfe Arabique.
(*#) Slrabon,XTI, p. nx5, édit. Casaub.
( Géographie de Strabon, tome V, p. 369.)
(***) Ces îles sont, d'après Gossellin, situées au nord d'Arkiko.
(****) Quelques auteurs ont rapportée château de Suchus à remplacement deSuakem.
(*****) C'est probablement la même île que Pline ( lib. VI , cap. 39 ) appelle insula Stratitftfe(ile des Soldats).
Strouthophages (mangeurs d'autruches).
Depuis le port d'Eumène jusqu'au cap Dire (Astpq, cou) et au détroit des Six Iles , le pays était en grande partie habité par les Ichthyophages ( mangeurs de poissons) et les Chelonophages (man-
{çeurs de tortues ). Diodore décrit fort au ong l'industrie de ces peuples. Les six fies ou flots dont il est ici question sont situées au point où le golfe Arabique communique avec le golfe d'Adeo.
Le cap Dire (*), point le plus resserré de la mer Rouge , est le cap méridional de Bab-el-Mandeb. Il y avait là une petite ville de même nom, habitée par des Icbthyophagea. On y voyait une colonne de Sésostris , sur laquelle était une inscription en caractères sacrés, indiquant que ce roi avait passé le détroit pour accomplir ses vastes conquêtes. Le cap opposé à celui de Dire s'appelait Ocila (cap septentrional de Bab-el-Mandeb); il tirait son nom de la ville d'Ocelis, qui en était voisine.
En dehors du détroit de Bab-el-Mandeb , c'est-à-dire à partir du golfe d'Aden, les connaissances géographiques des anciens devenaient de plus en plus vagues : A rtémidore, cité par Strabon, mentionne d'abord quatre lies , celle des Tortues, celle des Phoques, celle des Éperviers, et celle de Philippe, sans en donner aucune description ; puis il ajoute : « La côte au delà de Dire est aromatifère , et produit de la myrrhe; il y croît aussi le persea et le sycaminus égyptien. Plus loin est Licua, lieu de chasse pour les éléphants ; on y trouve cà et là des mares formées par la réunion ces eaux de pluie ; lorsqu'elles sont à see les éléphants avec leurs trompes et leurs défenses creusent des espèces de puits, et parviennent à en tirer de l'eau» Sur ce rivage jusqu'au cap de Pythoiaûs, il y a deux grands lacs : l'un d'eau salée, auquel on donne le nom de mer ; l'autre d'eau douce, qui nourrit des hippopotames et des crocodiles : sur ses bords, il croit du | aux environs {
(*) Ce cap ou plutôt ce détroit ( Balxl- Mandeb ) portait aussi le nom de PaTwdnh mos , sans doute à cause des courants et eon- 1 tre-courants qu'y forment les eaax.
(•*) Strabon, tome V, p. 377 ( Paru, 1819). j
du papyrus; aussi Ton voit libii virons (**). »
Les deux lacs dont parle ici Artémf dore paraissent avoir été retrouvés par des voyageurs modernes. M.Rochet d'Héricourt indique, sur la carte qui accompagne la relation de son second voyage au royaume de Choa, entre les 11° et 13° latitude nord , et les 39* et 40° longitude est de Paris , deux lacs très-voisins l'un de l'autre ; celui d'eau douce est plus grand que le lac salé, et il nourrit en effet un grand nombre d'hippopotames.
Nous sommes d'opinion que ces deux lacs sont ceux que mentionne Strabon d'après Artémidore.
■ Après Pytholaûs v continue ce dernier, vient le pays qui produit l'encens : on y trouve un cap et un terrain consacré, renfermant un bois de peupliers.
Dans l'intérieur sont deux vallées du fleuve, Tune portant le nom d'Isis, l'autre appelée Nilus : toutes deux produisent la rnvrrfae et l'arbre à l'encens, qui croît sur fes bords du fleuve (*). H s'y trouve aussi une mare alimentée par les eaux qui descendent des montagnes ; et plus loin la bourgade du Lion, et le port «de Pythangelus ; le pays qui vient ensuite produit la fausse casse. On rencontre plusieurs vallées ,contiguës les unes aux autres, où croît l'arbre à l'encens, et
{plusieurs rivières , en avançant jusqu'à a région cinnamomifère ; le* fleuve qui sert de limite à ce pays produit le phleum en quantité. Puis succèdent une autre rivière , le port Daphnut (**) , et une vallée dite d Apollon , qui fournit de l'encens , et en outre de la myrrhe et du cinnamome ; ce dernier vient beau* coup mieux dans l'intérieur des terres.
Ensuite on trouve le mont Elephas (***), qui s'avance dans la mer, une anse , puis le grand port de Psygmus, l'aiguade dite des Cynocéphales , et enfin le Notu- Ceras ( Corne du midi ) , dernier cap de cette côte (****).
(*) Le périple de la mer Erythrée indique sur celte côte un lieu nommé Niloptolomœum , qui parait répondre à l'embouchure de la rivière de Pédra.
(**) Le Daphnon parvum du périple de la mer Erythrée.
(***) Aujourd'hui FtUis, qui en arabe lignifie éléphant,
(****) La Corne du midi (Notu-Cerat), si ce nom n'est pas synonyme de cap des Aromates ( cap de Guardafnî ) , doit être le cap d'Orfui.
« Nous ne possédons point de relevé des ports et des lieux situés au delà de ce cap vers le midi , parce que cette côte est jusqu'à présent inconnue. »
Cette dernière remarque d'Artémidore, chose curieuse à constater, est encore vraie aujourd'hui : après un intervalle de vingt siècles, nos connaissances concernant la côte d'Ajan , YA%ania des anciens, sont extrêmement incomplètes et défectueuses.
Suivons maintenant la navigation le long de la côte orientale (côte arabique) de la mer Rouge , en partant de la pointe du golfe ou de Pas idium , ainsi nommé à cause d'un autel consacrés Neptune (*). On rencontraitd'abord un territoire très* fertile, appelé jardins des Palmiers ( QotvixMv ), espèce d'oasis dont la riche végétation devait contraster avec la désolante stérilité des environs. L'auteur cité par Diodore et par Strabon fait de ce lieu un tableau enchanteur, •• « Ce territoire, dit-il , est arrosé par de nombreuses sources dont l'eau est aussi fraîche que la neige, et qui entretiennent sur les rives une verdure délicieuse. On y trouve un autel antique, bâti en pierre dure, et portant une inscription en caractères anciens et inconnus.
L'enceinte sacrée de cet autel est gardée par un homme et une femme , qui remplissent les fonctions sacerdotales pendant tout le cours de leur vie. Les habitants de ce territoire vivent très-longtemps (**). »
Les anciens ont souvent fait mention de ce bois de palmiers. Théophraste(/ft#tor. piantar., 11, 8 ) le décrit comme faisant partie de la» vallée de palmiers qui s'étendait des confins de la Syrie jusqu au golfe Arabique. Suivant Cosmas et d'autres, ce fut la que les Israélites, après leur passage de la mer Rouge , vinrent aborder. Elim , en effet , dont parle l'Exode ( XV, 97 ), ne devait pas en être éloigné.
Gossellin (***) pense que le Pkcsnicon (jardin de Palmiers d'Agatharchide et drArtémidore ) est le même endroit qui
(*) Cet autel, situé près d'Héropolis ( Ayin Musa? ), avait été élevé par Ariston, envoyé par Ptolémée Philadelnue pour explorer les côtes de l'Arabie. ( Diod. III, 4x. )
(**) Diod. III, 4a. Strabon, XVI, p. iim.
(***) Rechtrchu géogrttpkiauêi.
ite
J/UTCTEfia
s*appeNe mifaavd'lHii T«r, situé à peu de distance du mont Siuaï. On y trouve t en effet , beaucoup de sources d'eau douce et des dattier». Tor est, suivant Ruppell, habité maintenant par neuf familles chrétiennes «1 par quelques tribus arabes ( Beiii-Wasel, Balasatti, AJekati, Karassi, Tarabin , Oebelli , Hateri , Tennii ). Ces tribus vivent presque exclusivement de laft aigri, de dattes et de pain non fermenté (*).
Dans le voisinage de Tor existe le couvent de Sainte-Catherine. Ruppell évalue toute la population de la presqu'île Si* nat tique , entre Suez , Akabaet ras Mahomet, à sept mille soixante-douze âmes, et il pense que, même à l'époque où la mer Rouge était la route commerciale de l'Inde , cette population n'était pas plus nombreuse.
Revenons au périple d'Àrtémidore :
après avoir dépassé ce bois de palmiers, le navigateur rencontrait , en avant de la saillie du promontoire ( de la presqu'île de Sinaï), Vile des Phoques, ainsi appelée du grand nombre oV ces animaux qui s'y trouvaient (**).
C'est là que les Gerrhéens et les Min* néens apportaient de l'Arabie Heureuse V en cens et la myrrhe.
En longeant la côte habitée par les Maranes ( M ara ni tes ) et les Garydanes on entrait dans le golfe Léanite ou Élanitique (***). Ce golfe était occupé par les Nabathéens, qui se livraient à la piraterie (****). Apres cela, on voyait une contrée plate, bien arrosée, riche en pâturages, mais infestée par des animaux féro» Ces. Pois, venait une baie, entourée d'im-
(*) Ruppell , Âeise nach Nubien, etc., p. 196.
(**) C'est , suivant GoaieHifi , llte de Sche» duan , prêt du cap ( ras ) Mahomet ; la «fcwpirene tnsuia de Ptoléméa.
(***) Ge golfe portait différents noms. Cornparez Ph'ne , ffist. nat., VI , a 8 : Sinus intima , in qm Lœanilas, qui nowen ci (fédère. Megia eorum Agio. , «( in sinq tceanq , vef ut alii , JElana. Nom et ipsum sinum nostri JBlaniticwn scripsere-, alii JElanaticum : Ariemidorus Aleniticum, Juba Lœaniticum.
C'est de nos jours le golfe Akaba. On y trouva des ruines et des inscriptions anciennes, propres i exercer la sagacité des archéologues.
*(****) Voyez t Arabie , par M. A. Desrer gers (Collection de ? Univers pittoresque'.)
n%*ns*s rochers, et habitée parles Banjzontf nés. Plus loin , en fqce de la côte, étaient trois îles. « ta première , dit Diodore, est tout h, fait tjéserte et consacrée àlsjs. On y voit des fondements en pierre q"anciens édiûces et des, colonnes chargées ^inscriptions en caractères barbares. Us autres île* sont également désertes. Toutes, ces lies sont couvertes d'oliviers, différents des nôtres (*). Au delà de ces l|es f la côte est escarpée et inaccessible aux navires dans une étendue de mille stages (**) ; car il n'y a ni port ni rade ou les matelots puissent jeter l'ancre ; U n'y a même pas une ian gue de terre où (es, voyageurs, fatigués puissent trouver un asile. I) y a la une montagne au sommet de laquelle s'élèvent des rochers taillés à, pic et d'une hauteur prodigieuse,, La racine de cette montagne est garnie Recueils aigus qui s'avancent dans la nier, et quj formant derrière elle des gouffres sinueux. Comme ces récifs sont trôs-rapprochés les uus des autres, et que la mer y est très- profonde, |es brisants, par leur arrivée et lenr retrait alternatif, font entendre un bruit semblable à un fort mugissement Unepartiedes vagues, lancées conire ces.
immenses rochers. * s'élèvent et se résolvent en écume ; une autre partie , s'engloutissant dans des. gouffres, foripe des tournants épouvantables; de telle sorte que ceux qui passent auprès de cette montagne meurent presque de frayeur.
Cette côte est habitée par les Arabes Thamudéoiens. De là on arrive à une baie assez vaste» remplie d'îles qui présentent respect des Échinades. Les bords de cette baie se composent de monceaux de sable noir, d'une étendue et cTqne épaisseur prodigieuses. Plus loin , on découvre une presqu'île ; c'est là qu'est le port appelé Ckarmuthat, le plus beau de tous ceux qui nous sont connus par les relations des historiens; car une langue de terre, située à l'occident , sert à former une baie non-seulement d'un tres-bel aspect, mais encore qui surpasse toutes, les qutres ep conimodité. Elle est dominée par une montagne couverte tfarbres et qui a, cept, sftdes de tour.
(*) Probablement \m îles Neimn , Nebeka, Aréga.
(**) Cent qaftfcMinglrii.uaftre kilomètres.
Son entrée est large de deux plèthres. Ce port peut contenir deux milfe navires à l'abri de tous les vents. En outre , on y trouve de Peau douée en abondance, car un grand fleuve se décharge dans ce port. Il y a au milieu une Ile bien arrosée, susceptible de recevoir des plantations. En un mot, ce port est tout à fait semblable au port de Garthage appelé CoMo&p). » •
Il parait démontré que Char m vthas (* *) est le port dé l'ancienne lambo , Ylambia de Ptolémée, qui, par l'effet des atterrissements , se trouve aujourd'hui à plu« d'une journée de marche dans Tin* tf rieur des terres Le territoire de l'ancienne ville d' lambo est très- fertile. Les Arabes la désignent par lambo-el-Naked lambo des Palmiers) pour la distinguer de la nouvelle lambo , située sur le bord de ia mer et sur un sol très-aride.
La côte jiabitée par les Thamudéniens est ia contrée de Thamud, près de Mohifa. Les principales fies du groupe que Diodore compare à celui des Échinades, sont probablement Abumela, Mardouna, Marabet, Hassani, Narad, Beridi.
Au delà du port Charmuthas , la céte était habitée parles Arabes Dèbes, par les Alfléens , par les uassandes. par les Gerbes et WSapéens. A partir de là Diodore et Strabon ne nous donnent plus de détails intéressants sur la navigation du golfe le long de la côte arabique.
Vouloir indiquer et décrire toutes les Iles de In mer Rouge , ce serait une entreprise aussi inutile qu'impossible. D'abord ces îles, même celles que nous avons mentionnées, sqnt très-pelites; elles sont , la plupart , incultes , aésertes , et n'offrent a (jeun jntérêf. Puis, est-on bien sur que leur nombre n'augmente ou ue diminue périodiquement suivant les actions, géologiques dont le fond de là mer est le théâtre! Les phénomènes de soulèvements que nous avons vus assez récemmept survenir dans la mer la mieux explorée, la Méditerranée, nous
(*) Qiodop, IJIf 44 ( tome I, p. %%% de j» traduction ). Lg récit, de. §lrabon diffère Ki un peu de celui de Diodore. Ce dernier est plus complet; c'est pourquoi nous Pavons
suivi.
\*) Ce mot parait venir de l'arabe elkharm, qui signifie fente.
permettent de supposer , par analogie , que bien des ÎJpt* connus des anciens peuvent disparaître, tandis que d'autres prennent naissance par voie de soulèvement. Ce qui doooe à notre supposition une grande vraisemblance* ç est la constitution géologique même de ces lies. Ainsi, elles ooj vent, en général, leur formation à des bancs de corail et de madrépores. C'est ce que Ruppell a positivement observé pour l'île de Neimann (à 27° 7' 48'); File de Nebeka (à 26° 44' 24") plate et allongée du sua* -est au nord-ouest; file de Mardouna ( à 26° 0' U ) au sud du port de Wouschk;rile d'Arega; Me d'Aboumeia , habitée par les pécheurs Teumis ; les fies de Marabet, de Narad, d'Omroum (à 2&° 29/ 40"); l'île de Hassani (à 24° 67' 21" ) , formée d'une montagne de 500 pieds de haut; et llje de Beridi près du cap Gerbab.
Toutes ces îles ont pour assises des bancs de coraux et de madrépores. C'est ce qui a, de temps immémorial , rendu la navigation si dangereuse dans ces parages ('). >
11 n'y a peut-être pas de pays qui offre pour le géologue un intérêt plus saisissant que Tes 06 tes de la mer Rouge, tant du coté de l'Arabie que du côté de l'Egypte et de l'Abyssinie. Tous les, voyageurs, anciens et modernes, ont été frappés de cette nature tourmentée par d'innombrables déchirements, de I aspect de ces roches cristallines et vitreuses, qui rappellent l'action des volcans.
Suivant M. Rophet, le golfe Arabique peut, sous le rapport géologique, se diviser en deux parties : le nord de Sues à Djedda est , sur ses deux rives, bordé de récifs de madrépores qui, en certains endroits, obstruent la mer jusqu'à une assez grande distance du rivage. Dans la partie méridionale , les récifs deviennent moins fréquents et sont remplacés par des banes de sable, des îlots ou des îles dont la plupart sont des volcans éteints. M. Roohet cite ici les tles de Djebel- Tar ou Djebel-Cabret (montagne de soufre), à vingt lieues à l'ouest de Lo-
(*) Diodore, III ,4o. Voyez, sur la navigation actuelle de la mer Rouge , Rochet d'Héncourt ( Second Voyage au royaume de Choa, p. 19O.
L'UNIVERS
béia ; 111e Nora,à quatre lieues au nord de Dalack ; l'île de Zébayar , à dix-huit lieues à l'ouest- nord-ouest de Hodéida ; les volcans qui bordent le port deRayéta sur la rive africaine , en face de Moka ; le Grand-Sian, volcan qui forme un cône assez élevé sur la rive occidentale, à l'entrée du détroit; sept volcans sur une ligne parallèle qui obstruent le détroit de ce côté , dont un porte le nom de Petit-Sian, celui d'Hamra, et ceux de Sababo et Sababé; enfin 111e de Périm, à rentrée du détroit, sur la rive orientale. De Con fonda jusque près de Djéza» la côte se compose de terrains volcaniques, et à quelques lieues au sud de Moka jusqu'à Aden, qui est circonscrite de volcans éteints , le même travail souterrain s'est reproduit (*).
En parlant des fies de la mer Erythrée, nous ne devons pas passer sous silence les îles d'Hiéra et de Panchéa, ainsi
Sue 111e dont lambulus a raconté tant e merveilles. S'il faut en croire Évhémère, cité par Diodore(**), Me d'Hiéra produisait l'encens et la myrrhe; elle était voisine de l'île Panchéa, séjour des dieux. Les détails curieux |,qiTEvhémère a donnés sur cette dernière lie ont été taxés de mensonges déjà par les auteurs anciens. Nous ne croyons donc pas devoir y insister ; et il serait inutile de rechercher si le récit d'Évbémère s'applique à l'île de Zeylan ou tout sim- . plementà l'Arabie Heureuse, considérée comme une oasis au milieu du désert.
Quant à l'histoire d'Iambulus , voici ce que .Diodore nous rapporte :
« lambulus était, dès son enfance, curieux de s'instruire. A la mort de son père, qui était marchand, il se livra au commerce. Passant par l'Arabie pour se rendre dans la contrée d'où viennent les aromates , il fut , avec ses compagnons de voyage , saisi par des brigands. 11 fut d'abord employé à garder les troupeaux avec un de ses compagnons. Ils tombèrent ensuite tous deux entre les mains de quelques brigands éthiopiens, qui les emmenèrent dans la partie maritime de l'Ethiopie. Ainsi enlevés , ils furent , comme étrangers, destinés à la pratique
(*) Rochet d'Héricourt (Second Voyage) p. 33i.
(**)Diodore, V, 41-46.
d'une cérémonie expiatoire pour purifier le pays. Cette cérémonie , dont l'usage est établi parmi ces Éthiopiens depuis un temps immémorial et sanctionnée par des oracles, s'accomplit toutes les vingt générations ou tous les six cents ans , en comptant trente ans par génération.
A cet effet , on emploie deux hommes
Sour lesquels on équipe un navire de imensions proportionnées, capable de résister aux tempêtes et d'être aisément conduit par deux rameurs. Ils l'approvisionnent de vivres pour six mois, y font entrer les deux hommes désignés , et leur ordonnent , conformément à l'oracle, de se diriger vers le midi. En même temps, ces deux hommes reçoivent l'assurance qu'ils arriveront dans une Ile fortunée , habitée par une race d'hommes doux, parmi lesquels Us passeront une vie heureuse. On déclare aussi aux voyageurs que, s'ils arrivent sains et saufs dans cette fie l'Ethiopie jouira pendant six cents ans1 d'une paix et d'un bonheur continuels ; mais que si, eflravés de l'immensité de l'Océan, ils ramenaient leur navire en arrière , ils s'exposeraient , comme des impies et comme des hommes funestes à 1 État, aux plus terribles châtiments. Les Éthiopiens célébrèrent doue cette fête solennelle sur les bords de la mer , et après avoir brûlé des sacrifices pompeux , ils couronnèrent de fleurs les deux hommes chargés du salut de la nation , et les embarquèrent. Après avoir navigué pendant quatre mois,, et lutté contre les tempêtes , ils abordèrent dans l'île désignée , gui est de figure ronde et qui a jusqu'à cinq mille stades de circonférence.
« En s'approchant de cette île, ils virent quelques naturels venir à leur rencontre pour tirer leur barque à terre.
Tous les insulaires accoururent, et admirèrent l'entreprise des deux étrangers , qui furent bien accueillis et pourvus de toutes les choses nécessaires. Ces insulaires diffèrent beaucoup des habitants de nos contrées par les particularités de leurs corps et par leurs mœurs. Ils ont tous à peu près la même conformation , et leur taille est au delà de quatre coudées. Leurs os peuvent se courber et se redresser comme des cordes élastiques- Leurs corps paraissent extrêmement (ai-
blés, mais ils sont beaucoup plus vigoureux que les nôtres , car lorsqu'ils saisissent quelque chose dans leurs mains, personne ne peut le leur arracher. Us n'ont de poils que sur la tête, aux sourcils , aux paupières et à la barbe ; tout le reste du corps est si lisse qu'on n'y aperçoit pas le moindre duvet. Leur physionomie est belle , et toutes les parties du corps sont bien proportionnées.
Leurs narines sont beaucoup plus ouvertes que les nôtres, et on y voit pendre une excroissance semblable à une languette. Leur langue a aussi quelque chose de particulier, en partie naturel, en partie artificiel : elle est fendue dans sa longueur de manière à paraître double jusqu'à la racine. Cette disposition leur donne la faculté de produire une grande variété de sons , d'imiter non-seulement tous les dialectes, mais encore tes chants de divers oiseaux , en un mot , tous les sons imaginables. Ce qu'il y a de plus merveilleux , c'est que le même homme peut causer avec deux personnes à la fois , leur répondre et soutenir la conversation, en se servant d'une moitié de la langue pour parler au premier , et de l'autre moitié pour parler au second. Le climat y est très- tempéré, parce que 111e est située sous la ligne équînoxiale ; les habitants ne souffrent ni Je trop de chaleur ni de trop de froid. Il y règne un automne perpétuel, et comme dit le poète : « La poire mûrit « près de la poire, la pomme près de la « pomme ; la grappe succède à fa grappe, « la figue à la figue. » Les jours sont constamment égaux aux nuits, et à midi les objets ne jettent point d'ombre, parce que le soleil se trouve alors perpendiculairement sur leur tête.
« Les habitants sont distribués en familles ou en tribus, dont chacune ne se compose que de quatre cents personnes au plus. Ils vivent dans des prairies, où ils trouvent tout ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie , car la bonté du sol et la température du climat produisent plus de fruits qu'il ne leur en faut. II croît surtout dans cette Ile une multitude de roseaux portant un fruit semblable à l'orobe blanche. Les habitants le recueillent et le laissent macérer dans Peau chaude jusqu'à ce qu'il acquière la grosseur d'un œuf de pigeon ; après L'a-
voir moulu et pétri avec leurs mains, ils en cuisent des pains d'une saveur trèsdouce. On y trouve aussi beaucoup de sources, dont les unes, chaudes, sont employées pour les bains de délassement ; les autres, froides, agréables à boire, sont propres à entretenir la santé. Les insulaires s'appliquent à toutes les sciences, et particulièrement à l'astrologie; leur alphabet se compose de sept caractères, mais dont la valeur équivaut à vingt-huit lettres, chaque caractère primitif étant modifié de quatre manières différentes. Les habitants vivent trèslongtemps; ils parviennent ordinairement jusqu'à l'âge de cent cinquante ans , et sans avoir éprouvé de maladies. Une loi sévère condamne à mourir tous ceux qui sont contrefaits ou estropiés.
Leur écriture consiste à tracer des signes, non pas comme nous transversalement , mais perpendiculairement de haut en bas. Lorsque les habitants sont arrivés à l'âge indiqué, ils se donnent volontairement la mort par un procédé particulier. Il croU dans ce pays une plante fort singulière : lorsqu'on s'y couche, on tombe dans un sommeil profond, et l'on meurt.
a Le mariage n'est point en usage parmi eux; les femmes et les enfants sont entretenus et élevés à frais corn* muns et avec une égale affection. Les enfants encore à la mamelle sont souvent changés de nourrices, afin que les mères ne reconnaissent pas ceux qui leur appartiennent. Comme il ne peut y avoir m jalousie ni ambition , les habitants vivent entre eux dans la plus parfaite harmonie. Leur tle renferme une espèce d'animaux de petite taille, dont le corps et le sang présentent des propriétés fort singulières. Ces animaux sont de forme arrondie, parfaitement semblables aux tortues; leur dos est marqué de deux raies jaunes , disposée* en forme de X : aux extrémités de chaque raie se trouventun œil et une bouche, demanière que l'individu a quatre yeux pour voir et autant de bouches pour introduire les aliments dans un seul gosier qui les porte tous dans un estomac unique. Les intestin s , ainsi que les autres viscères, sont également simples. Les pieds, disposés circulai rement , donnent à cet animal la faculté de marcher là où l'instinct le con-
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LinnvEfts.
duit; son sang t une propriété fort extraordinaire : il agglutine sur-le-champ uo membre coupe en deux, tel que la.
main ou toute autre partie du corps, pourvu cme la cou.p,Hre spft réceple , ej qu'elle n intéresse pas; de? organes essen* tiels à la vie. Chaque tribu q"i#$ulaj(;e$ nourrit une espèce particulière de trèsgrands oiseaux, qui servit à découvrir les dispositions naturelles de leurs enfants. À cet effet, ils mettent les enfants sur 1* dos dû ces oiseaux 1 qui les enlèvent ausn tôt dans les airs ; les enfants qui sup: portent cette manière de voyager spnf conservés , et on les élève ; Candis que ceux auxquels ce voyage aérien pjpnne le mal ds mer et qui se laissent choir de frayeur, sont apandppnés comme n'étant pas destinés à vivre lppg^lHP^ et comme dépoqryus n'es bopncs qualités, de Time. Le plus âgé est le chef de chaque triqp; i| a l^ytpri^é d'un roi auqpel tous les autres, obèrent; JorsqujI atteint qent cinquante aps, il reppnpe, suivant la |oi, volontairement à, la vie , et le plus ancien lereinplacp immédiatement uans, «a dignité.
« La mer qui enyirpnne cette île est orageuse, et a des flux et des reflux considérables; majs ses eaqx spnt douces.
tes constellations dfistf eux Ourses, pins) que beaucoup d'autres astres que i op pe vqit que phft* nous, y spnt invisibles. Qn compte sept !|es 4e ce gepr<e, Routes de même grandeur et séparées par des intervalles égaux , et qui sont toutes régies par les mêmes ipœurs et les mêmes, lois.
« Quoique le sol fournisse à tpus les habitants des vivres en abondance et sans exiger apcun travail, ils n'eu usent ppjnt d'une manière désordonnée : ils ne prennent que ce qui est nécessaire, et vivent dans une grande frugalité. Ils mangent de la viande et d'antres aliments, rôtis ou cuits dans l'eau; mais ils ne connaissent poipt les sauces recherchées ni les épices de nos cuisiniers. ||s vénerenj comme des divinités la vpflje de l'uni? vers, le soleil, et en gpnéraj tous, les corps célestes. La p£che lepr procure toutes sortes de poissons, et la chasse un grand nombre d'oiseaux. Parmi les arbres fruitiers sapvages, on remarque l'olivier et la vigne , qui fournissent de l'huile et du via en abondance. On y
trouve aussi des serpents énormes, qui ne fout aucun mal à 1 homme; leur chair est bonne à manger et d'un excellent gopt. Les vêtements de ces insulaires sont fabriqués avep certains, joncs qui renferment au mi|ieu urç q>> et brillant et dou$; on rçeueilfe ce duvet, et en le mêlapt flvec des, coquillages, marins piles, on en, faif' des toiles Je pourpre admirables. {-es anin^px qp'op trouve dans ces îl<-js ont tqus des formes extraordinaires e( incroyables. La manière de vivre des babitapts est soumise à des règles fixes, et on ne se sert pas tous les jours des munies aliments. Il y a des jpprs déterminés d'avance pour manger du poisson , de la vqlailje ou de la chair d'animaux terrestres; enfin, jl y a des jpqrs auxquels on ne ipapge que des olives on d autres aliments tres-sjmples.
|^es emplois spnt partagés : les uqs vont a la chasse, les autres se livrent 4 quelques métiers mécaniques ; d'autres, s'occupent d autres travaux utiles; enfin, à l'exception des vieillards, ils exercent tqus , alternativement et penda.pt un certqip temps, les fonctions publiques, pans les l'êtes et les grandes solennités ils récitent ej; çnantenf dfs hymnes et des lquanges ep l'npnneqr des dieux, et particulièrement en hppneur du spjeil, auqpel ils ont consacré leurs îles et leurs personnes, lis enterrent les pirçrts dans te sa|)le au moipept de la marée basse, afin que la pier, pendant Je reflux, feur élève ep qqelque sorte leur tpmbeau.
Ils, prétendent que les roseaux dout ils tirent en partie leur npurriture et qui spnt de rëpuissepr d'une couronne , se remplissent à l'époque de la pleine lune, et dirpipuent pendant sop dpcjin. L'eau douce et salutaire des soqrce$ chaudes qui existent dans ces, îles, cpnserve constamment le même degré de chaleur; elle pe se refroidit même pas Jprsqu/on la mélange avec de ('eau ou du v|n froids. « Aprèç un séjour de sept aps dans ces îles, Iambplus et son compagnon de voyage en furent expulsés comme des hommes méchants et de mquvajses habitudes. Us furent donc forcés d'équiper de nouveau leur barque, et de rapprovisionner pour *e retour. Au bout de quatre mois de navigation, ils échouèrent, dq côtédel'In'le, sur des sables et des basfonds. L'un Périt da.ns ce naufrage : i au-
Ififr
tre, IamboTus, se traîna jusqu'à un village: tes habitants le conduisirent devant le roi , résidant dans la ville de Palilinthra, éloigpée delà merde plusieurs journées. Ce roi, aimant les Grecs et l'instruction , ïuj fit un très bon accueil, et finit par lui donner une escorte chargée de le conduire jusqu'en Perse. De là lambulu? regagpa la Grèce sans accident (*j. »" •
Faut-i| voir dans Hle dMambulus Ffle de Diosroride, aujourd'hui Socotora, ou l'île de Zevfan ? En fjisant la port du merveilleux, àorit les Grecs étaient si avides, on peut 'soufenir également Tune ou l'autre opinion, à moins qu'on ne veuille traiter (je fable tout le récit d'fambnlus! Quoi qu'il en soit, il y a 4es détails au) pourraient très-bien s'appliquera HleaeSocotorq, qui est probablement Plie de Ménuthias de Marcien d'Héraclée (**). Peut-être le lecteur sera-t-il h même de juger la question , après avoir pris connaissance de fa description qui va suivre.
Il* ** fiftCQTW* <W soçqtim.