‹ Iles de la GrèceChapitre 1 sur 31 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

J*ai réuni dans ce volume, sous le nom &'lles de la Grèce , toutes les îles ^e la Méditerranée orientale, depuis Chypre Jusqu'à Gorfou, de l'est à l'ouest, et depuis les lies des Prinees jusqu'à celle de Candie, dans la direction du nord au sud. Toutes ces lies, occupées dès la plus haute antiquité par des popula* tlons d'origines diverses , sont devenues au temps de l'expansion de la race hellénique une annexe du domaine continental qu'elle s'était fait an midi de l'Europe et à l'occident de l'Asie. Les Grecs, après en avoir assujetti ou déplacé les anciens habitants, en ont dépossédé les Phéniciens, qui les exploitaient commercialement, s'y sont installés en maîtres, et les occupent encore aujourd'hui, libres dans quelques-unes, soumis dans les autres soit à la domination des Turcs, soit an protectorat de l'Angleterre.

Quoi qu'il en soit de la situation politique de ces ties, elles sont toutes restées des Iles grecques au point de vue ethnographique, et leur histoire est le complément de l'histoire de la Grèce, dont elles ont constamment partagé toutes les destinées. Aussi le plan général de ce livre aurait-il été le même que celui d'une histoire grecque, si j'avais pu présenter celle des lies en un seul tableau; mais la nature même du sujet rendait impossible toute unité d'exécution. La vie individuelle, si prononcée déjà pour les cités de la Grèce continentale, l'est bien plus encore pour les lies grecques, que la mer éloigne les unes des autres, ijootant ainsi ses flots et les distances à ces nombreux moti& d'isolement qui à toute époque ont divisé les peuples grecs. En sorte que dans cette histoire Je n'ai pu faire autre chose qu'une série de notices, de monographies distinctes, dont les plus considérables, telles que Chypre, Rhodes, les Cyclades, contiennent toutes les considérations générales que comporte le sujet

Toutes ces notices sontdistrilmées conformément à la position géographique des lies ou groupes d'Iles dont elles présentent la description et lliistoire. Dans cette sorte de périple à travers. l'Archipel, je me suis toujours avancé d'orient en occident, prenant l'tle de Chypre pour point de départ, et les îles Ioniennes pour terme de ma course. De plus, toutes les monographies de ce recueil ont été traitées d'après un plan uniforme. Je les divise ordinairement en cinq parties : la description et la géographie comparée, l'iiistoire ancienne, Je tableau de la civilisation dans les temps anciens , le récit des événements du moyen âge et des temps modernes ^ enfin l'exposition de l'état actuel. Pour un grand nombre de ces îles , le peu d'importance de leur histoire et la pénurie des renseignements ne m'ont pas permis de remplir entièrement toutes les iLES DB LA Grège. ^

Il PRÉFACE.

divisioDS du plan qae Je m'étais tracé ;^ mais je Fai fait pour les plos oonsi* dérables, pour celles qui m'offraient un fonds complet et suivi d'événements historiques. Quant aux moindres ties, j'ai essayé, en les groupant d'une manière méthodique, d'en présenter des tableaux d'ensemble plus satisfaisants pour l'esprit, et de remédier par là, autant que possible, au morcellement même du sujet.

Aucun écrivain, si ce n'est le Hollandais Dapper, n'avait entrepris de réunir en un seul recueil l'histoire de toutes les fies grecques; mate le livre de Dapper, composé au dix-septfème siècle, décrit un état sodal et géographique tout à fait modifié ai^ourd'hui, et il ne traite l'htetoireque d'une manière Incomplète et confuse. Aussi tout restait à refaire de nouveau, et j'ai dû aller chercher les matériaux de cet ouvrage dans une multitude d'auteurs où Ils étaient dtepersés, dans les géographes et les historiens de l'antiquité, dans la Collection byzantine et dans la Bibliothèque des croisades pour le moyen âge , dans les voyageurs des trois derniers siècles , dans une foule de dissertations spéciales, dues principalement à Tlnfatigable curiosité des érudits de l'Allemagne. J'ai puisé mes renseignements sur l'état actuel de ces lies dans les publications les plus récentes, dans les articles des revues, dans les relations des touristes, dans les chancelleries des consulats, danâ les souvenirs de mes propres courses à travers l'Archipel , dans la conversation et les communications d'hommes* instruits que des missions scientifiques ou leur position officielle avaient mis à même d'étudier à fond la situation de ces contrées, comnae M. de Mas-Latrie pour l'Ile de Chypre, et M. Hitler pour l'tle de Crète. A ces derniers titres, quelques-uns de mes confrères de l'Ecole d'Athènes m'ont effi* cacement aidé dans mon travail, par le secours de leurs intéressantes publications, et j'ai largement mis à profit les fragments publiés par M. Benoit sur les lies de Délos et de Santorin, et la savante dissertation de M. Girard sur Tile d'Eubée. Je tiens aussi à remercier publiquement de leur concours zélé et intelligent MM. A. Jacobs, F. Oger, C. Port et P. Longueville , archivistes paléographes , ou licenciés ès-lettres de la Faculté de Paris. Je leur ai confié la rédaction de quatre des notices qui composent ce recueil , celles des ties de Samos, de Chio, de Lesbos et d'Ëgine. Mes actifs colloboratenrs n'ont reculé devant aucune des exigences du plan que je leur avate tracé, et, après des recherches consciencieuses et approfondies, ils m'ont présenté quatre bonnes notices, que nous avons travaillé en commun à compléter et à améliorer encore, et que je soumets avec confiance à l'appréciation du lecteur. Grâce â la réunion de tant de lumières et de Ixmnes volontés, toutes les parties de ce recueil ont été étudiées à fond et traitées avec un égal soin ; les gravures , les cartes, les plans annexés au texte ont été l'objet de la même sollicitude, et s'il reste encore beaucoup à faire et à dire sur les lies grecques, c'est qu'en histoire, comme en toute autre science , nul ne peut se flatter de donner un résultat définitif.

PRÉFACE. m

Dans un livre de oe genre, dont les matériaux sont puises à tant de sources , ]*Bi pensé qo^l était de mon devoir de citer toujours et exactement mes autorités, pour faciliter à d'autres de nouvelles recherelies et leuroffrir la vérification de mes assertions et de mes récits. Dans cette intention, Je me suis attaché aussi, aatant qu*ii m*a été possible, à indiquer la bibliograpliie des ouvrages spéciaux publiés sur les îles grecques. La liste en est assez nombreuse, quoique je ne me flatte pas de la donner complète ; Je l'ai composée de tous les ouvrages que j'ai réunis et dont J'ai pu faire usage. Cependant il en est quelquesuns dont Je n*ai connu que les titres, et que je n'ai pas laissé de signaler comme les autres. Ce sont des thèses , des exercices académiques, comme il s'en fait tant dans les laborieuses universités de l'Allemagne, que l'on ne connaît au loin que par les catalogues ou les revues bibliographiques.jrChaque fois qu'après de patientes recherches Je constatais qu'une de ces monographies était intronvable pour moi , Je me prenais à regretter qu'il n'existât pas entre les académies, les universités, et tous les grands corps savants de l'Europe des édwnges et des communications assurées de toutes leurs publications.

Non content d^avoir donné une idée de la manière dont j'ai conçu et exécuté cet ouvrage, J'ai à cœur de dire que dans l'accomplissement de ma tâche j'ai été constamment soutenu et encouragé par le désir de m'acquitter de la dette que j'ai contractée envers F École française d'Athènes. Cet établissement fut fondé en 1846 , sous le ministère de M. de Salvandy, dans le but d'augmenter les lumières du corps enseignant, et de mettre à la disposition de ses membres des moyens d'instruction qui leur étaient demeurés Jusque là inter» dits. J'ai eu rhonneur de faire partie de la colonie de fondation, qui fut placée MUS la direction de H. Daveluy, et qui, par l'union parfaite de son chef et de ses membres, sut consolider l'établissement nouveau et lui faire prendre racine sur le sol grec. Tout le temps de notre mission, qui devait être de deux ou trois ans, fut consacré à étudier l'antiquité sur son propre terrain, h prendre des leçons de la Grèce elle-même ; enseignement fécond, qui complète, explique et rectifie si avantageusement celui des livres. L'examen des ruines , des courses irchéologlquesy des études de topographie nous apportaient chaque Jour des nptications, des lumières nouvelles et inattendues, et c'est dans ce sens que aousponvions nous appliquer ce vers d'Horace> oui au besoin servirait de de* vise à l'École française d'Athènes :

Adjeoere Ikhub paato plus artis Athenœ ^

Comme Horace aussi, les troubles civils de notre patrie nous arrachèrent a nos studieux loisirs :

Dura sed emovere loco nos tempora grato, Civilisqae rudes belU tQlit œstiu in arma.

'Hor.yi?p., 1.11,2.

ïv PflÉFACE.

Quatre d'entre nous furent obligés de regagner la France , à la fin de 1848, avant le terme de leur mission; mais, plus heureux que le poète latin , nous vîmes se dissiper les appréhensions de ia guerre civile, et bientôt un pouvoir énergique raffermit l'État ébranlé. L'École d'Athènes , dont l'existence était devenue précaire et chaînoelante, fut adoptée par le nouveau gouvernement, et l'activité de ses membres, dirigée et excitée par impulsion de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , prit enfin son essor.

Alors ils publièrent à Tenvi des thèses ingénieuses et savantes, des relations de leurs excursions scientifiques ; ils recueillirent et interprétèrent des ins* criptions inédites, et ils entreprirent des explorations et des fouilles dont les résultats sont déjà féconds et glorieux. Les suffrages de la Faculté des Lettres de Paris n'ont pas manqué aux thèses de MM. E. Burnouf et Lévéque sur le culte de Neptune dans le Péloponnèse et sur l'esthétique de Phidias. L'Académie a accueilli avec faveur les intéressants rapports de MM . Mézières, Beulé et Girard sur leurs explorations dans la Morée, la Thessalie et l'Eubée. Enfin les importantes découvertes de M. Beulé à l'Acropole d'Athènes ont vivement excité l'attention et les applaudissements des savants et des artistes.

A ces travaux déjà accomplis ajoutons , pour faire connaître l'ardeur de cette Jeune école, ceux que l'on prépare et qui vont paraître : la thèse de M. Hanriot sur les démes de l'Attique ; celle de M. Gandar sur Ithaque et le royaume d'Ulysse ; le livre de M. Benoit sur ia comédie grecque ; les mémoires justificatifs de M. Beulé sur ses fouilles à l'Acropole; les études de M. Guérin sur Patmos et Samos, de M. About sur Égine, et des explorations ordonnées pour ia description de Delphes et du Parnasse et pour la topographie de la Grèce orientale. Quant à moi , désirant m'associer à cette féconde activité de mes confrères, j'ai accepté avec joie l'offre que me fit M. Didot, en 1850 , de me charger de l'histoire des îles grecques pour sa grande collection de L Univers pittoresque. Un voyage en Egypte, une tournée sur les côtes d'Asie Mineure et à Gonstantinople m'avaient permis de parcourir l' Arcliipel en tout sens. Cette circonstance atténuait à mes yeux les difficultés de l'entreprise, en me faisant espérer que Je pourrais utiliser dans mon travail ce petit surcroit d'ars bona, comme dit Horace , que les historiens doivent toujours à la connaissance des pays dont ils parlent et que les membres de TÉcole d'Athènes vont demander au séjour de la Grèce.

Tel est le mouvement scientifique, si actif dès ses débuts , auquel a donne naissance l'École française d'Athènes , institution éminemment libérale, qui avec le temps contribuera puissamment à conserver et à ranimer chez nous les études classiques , et qui à l'exemple de l'Académie de Rome , sa sœur aînée, prendra. Je l'espère, une place honorable et définitive parmi nos grandes institutions nationales.

L'UNIVERS

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