DE TOUS LES PEUPLES
DE LEURS REUGIONS MOEURS, COUTUMES, etc.
ILE DE CHYPRE
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE ET POLI- TIQUE BS lIle de CHYPBE.
DlFFÉBEinS NOMS DR LIlB DE
Chypre. — En générai toutes les contrées de Fantiguité sont connues dans l'histoire sous oifférents noms. L'tle de Chypre en avait reçu un grand nombre (2); mais la plupart d*entre eux n*avaient point été acceptés par le commun usage : ce n'était que des dénominations locales appliquées à l'tle tout entière, ou
(i) OuTrages spéciaux sur l'histoire géoéritede File de Chypre : x? Meursius, Creta, Cypnu, Rhodtu ; Amstelodami, 1676, in-4*;
— 2*^ le P. Estieune de Lusi^an^ Description dt toute rUU de Cjrpre, m- 4®, i58o ; — 3* Dominique Jauna , Histoire généraU des royaumes de Cjrpre, de Jérusalem, d'Arménie et d'Égjrvte, a vol. in-i**» Leyde, 1747; — 4** Reiiinardt, VoUstandige Gesehichte der konigreiehs Kypemy a voL iB-4*», 1766; — 5" Engei, Kjpros, 2 vol. in-8«, Beriio, 1841 ;
— G" Gratiani, Histoire de U Guerre de Chy» pre, uaduite par le Pelletier, 10-40, 1701;
— 70 Loredano, Istoria dei Re Lusignani, traduite par H. Giblet, a toI. io-xa, Paris^ 1 ^32 ; — S« Mariti , Voyage dans tîle de Chypre f la Sjrrie et la Palestine, a vol., Paris , 1791 ; — 9* M. de Mas-Latne , diflërents articki relatifs à l'histoire de Chypre sous les
1'* Livraison. ( Ile de Chypre.)
des noms mythologiques empruntésà des légendes fort contestables, ou même de simples épitbètes poétiques. Ainsi on rayait appelée : Aeria, à cause de la pureté de son air ou du héros Aerias ; jErosa , de ses mines de cuivre; Jmathousia, d'Amathonte ; ÂphrodUia, d'Aphrodite ; AspeUoy mot phénicien qui inaiquait sa position maritime ; Colinie, le pays des collines; Cerastis, des différents pics qui la surmontent ; Knjptos^ l'Ile basse, mot ^ec qui traduit peut-être Tépithète phénicienne d'Aspelia; Macaria, 111e
Lusignans et k Tétat actuel de File, insérés dan» la B'toliotfièaue de t École des Chartes^ 1 '"• série, t. y ; a® série, t. I et n ; dans les Archives des Missions scientifiques, numéros de mars et septembre i85o;e(dans fe Correspondant de]mn et d'août 1847. — Nous nommerons ici une fois pour toutes le livre de Dapper : Description exacte des Jstes de fArenipel, in-fol.; Amsterdam, 1703 : vieux ouvrage plein de bons renseignements, qui traite de toutes les Iles étudiées dans ce recueil, et <^ue nous n'avons pas la prétention de rendre mutile.
(a) Lusignan commence sa Description de toute tisle de Cypre par ces mots : « Ou devroit plustôt nommer ceste isie Polyonyme , que Cypre (comme pour le jour d'huy on rappelle), pour ce que on lui a attribué plusieurs et divers noms, la variété desquels Fa rendue célèbre et très-renommée par tout le monde. »
heureuse; MeioniSy par allusion peutêtre à une colonie de Méoniens qui s*y serait établie dans les temps anciens; Ophiusa , rtle des Serpents ; Paphos, nom d*une ville étendu à Tlie entière ; Sphekeia, Ttle des Guéoes, et Thctrsis^ nom phénicien qui rappelle celui de Tartessus, et qui paraît signifier la terre des métaux (1). Mais les deux noms seuls usités chez les anciens, et seuls histori-
Sues, sont ceux de Kittim et de Kypros, ont il importe de rechercher Torigine et la signification.
Le nom primitif de Ttle de Chypre était celui de Kittim ou Chétim. Tous les pays de Fantiquité portèrent d*abord le nom de la première famille ou tribu qui les occupa. C'était en imposant son nom au sol que Thomme signifiait qu'il en avait pris possession, et Pîle de Chypre reçut le sien de ses premiers habitants. « Chétim, fils de Javan, fils de Japhet , dit Josèphe (2) , s'établit dans nie qu'on nomme maintenant Cyçre, à laquelle il donna son nom ; d'où vient que les Hébreux nomment Chétim toutes les lies et tous les lieux maritimes. Et encore aujourd'hui une des villes de l'île de Cypre est nommée Citium par ceux qui imposent des noms grecs à toutes choses ; ce qui diffère peu du nom de Chétim. » Les Phéniciens, ces descendants de Chanaan , qui donnèrent aussi à l'île de Chypre la plus grande partie de sa population primitive, ne la désignèrent jamais autrement que par les noms de &ittim ou de Chétim. On n'en connaissait pas d'autre dans toute l'Asie occidentale. Au contraire le nom de Kypros est le seul dont les Grecs se soient servis historiquement dès les temps d'Homère et d'Hésiode. « Isidore et fionorlus prétendent qu'elle ait reçu ce nom d'une grande et ancienne ville qu'il y avoit autrefois. Quelques autres veulent qu'elle en soit redevable à la déesse Vénus, adorée sous celui de Cypris par ses anciens habitants. D'autres soutiennent Qu'on en doit rapporter l'origine à la nlle de Cinjrras, premier roi de cette île, appelée Cyprus. On pourroit dire avec plus de vraisemblance qu'elle Ait appelée ainsi à cause de la grande quantité
(i) Pline, Hist. Nat., V, 35. - (a) Jos., Ant, Jud., I, 7.
de cuivre que ses premiers habitants y trouvèrent, puisque c'est dans ce même sens qu'elle fîit nommée yErosa du mot latin yESy qui signifie du cuivre, de même que cuprum (1). » Or, aucune de ces étymologies ne ramène le nom de Cypre à sa véritable source. Le mot grec Kyprot, d'où il dérive évidemment, ne signifie ni cuivre ni cyprès, comme on l'a prétendu quelquefois : c'est le nom d'un ar^ buste que les Phéniciens et les Hébreux appelaient hopher, mot d'où les Grecs ont tiré celui de kypros, qui est formé des mêmes éléments. De la fleur et du fruit de cet arbuste on composait des huiles et des parfums très-recherchés , qui dans l'antiquité, comme dans les temps modernes, étalent un important article de commerce. Tout porte à croire que les Grecs, qui négociaient avec les Phéniciens de l'Ile de Kittim, prirent l'habitude de la désigner par le nom de la plabte qui produisait un de ses principaux objets d'exportation. Ce fut là qu'ils apprirent à connaître le kypros ; et ils appelèrent l'île de son nom, de même qu'ils avaient donné à l'tlede Rhodes le nom de la rose, qui y croît en abondance. Voilà l'explication la plus vraisemblable de l'ongine du nom de l'île de Chypre : elle était admise par les anciens eux-mémes« et a été recueillie par Etienne de Byzance, d'après lequel sans doute Eustàthe l'a répétée (2). Ce nom de Kypros ou Cyprus, employé par les Grecs et les Latins , a passé dans toutes les langues de l'Europe mpderne. Les Allemands et les Flamands, dit Dapper, prononcent et écrivent Cyprus (bien que les premiers emploient quelquefois le mot de Cyprès ), tes Italiens Ciproei les Français Cypre. Les Arabes nomment cette Ile Cupris , et la plupart des Turcs Kibris, Depuis Dapper l'orthographe de ce nom s'est modifiée dans notre langue. Fénelon n'écrit jamais que le mot Cypre. Le traducteur de Dapper, de 1702, écrit de même. Le traducteur du Foyage de l'abbé Ma< riti, dont le livre parut en 1791, ne so sert jamais que du mot de Chypre, dont l'usage a tout à fait prévalu de nos jours. II est à croire que même au dix-sep-
(i) Dapper, Descr. des Isies de ^Archipef^ p. aa.
^2) Cf. Engel, Kypros, t. î, p. 14.
ILE DE CHYPRE
tième siècle, au temps où l'on écrivait imijoars Cypre, la pronondation de ce mot se rapprochait de la prononciation italienne , et qu'en modifiant l'orttiograpbe on n'a fait que la mettre en comor^ mité avec le son du langage (1).
POSITIOlf eSOGHAPHIQUE ET Dl- MBIISIONS DE LtLE DE CHTPHE. —
Ltle de Chypre est située dans la partie la plus orientale de la Méditerranée , entre le golfe de Pamphylie (solfe de Sattaiie) elle golfe d'Issus (golfe d'Alexandrette), la mer de Syrie et la mer d'Egypte (2). Sa chatne principale court dans une direction parallèle à celle des montagnes de la Olicie, dont elle est séparée par un canal de (|uinze lieues de largeur ( Aulon CiUdus). L'île de Chypre s'étend à peu près du 30** au 32"* degré de longitude et du 34'' W au 35**, 30'> degré de latitude. EUe forme un triangle allongé , à côtés inégaux, dont les trois sommets sont le cap Dinaretum à Test, le cap Acamas à l'ouest, et le cap Curias au sud. Le côté le plus considérable est celui du nord, qui court de l'ouest à l'est, a?ec une l^ère inclinaison yersle nord, et gui est compris entre le cap Acamas (cap Saint-Épiphane)'(3) et le cap Dinarète (cap deSaio^André). Decette côte septentrionale se détachent deux promontoires, le cap Callinusa à l'ouest (cap d' Alexandrette, ou de Limnito selon Dapper) et le cap Kronomyon à l'est (aujourd'hui cap
(i) Nous nous conformerons àTasage ordinaire en nous serrant du mot Chypre pour Thistoire moderne, et toutes les fois aue nous par- Jeroos de l*îie en général. Mais il nous parait plus conforme à la Tenté historique de con^ serrer Fancieune orthographe et d'écnre Cy- (ve en uaitant spécialement de rhisloire ancienne de cette ile.
h) Danville , Mémoire sur la géographie Je rUe deCfpre {Académ, deslnscr,^ XXTfT, p. 5a5); Mannerl, Géogr, d. Alten., "VI, p. 543.
(3) Capo di Sant'Epiphanio, communément capo di Scui'Pifani, Dans Tatlas catalan du quatorzième siècle, publié par MM. Budion et Xastu dans la Collection des notices et ma- Boacrits, t. XIY, p. 104, ce cap est appelé Sancti'Bifam ^ et le cap Saint- André est appelé cttvo Sancto- André, Les noms de la géographie moderne de File de Chypre Tiennent des Italiens et des Catalans, qui étaient maîtres du conuneroe da Lerant au moyen ige.
Gormachitti, Cornaouito dans l'Atlac catalan). Le côté sua-ouest, qui s'étend du cap Acamas au cap Curias (cap Della- Grea), est le plus petit des trois. C'est un rivase découpé en oaies nombreuses et hérissé de plusieurs promontoûres, qui sont dans la géographie ancienne les caps Drepane, Zephyrium, Arsinoé et Treta ou Phrurium, aujourd'hui cap Drapano, Chelidonio, cap Blanc, et cap des Chats (Biancho, délie Gatte). Le troisième côté, tourné vers le sud-est, moins grand que le premier, mais beaucoup plus étendu mie le second, est compris entre les caps Curias et Dmarète, et projette au lom dans la mer le cap que Ptolémée appelle Thronoî, et qui est probablement le cap Pila. Les anciens n'ont pas eu de notions bien exactes sur l'étendue de l'fle de Chypre ; ils la regardaient comme une des plus grandes Iles connues de leur temps ; mais ils la plaçaient tantôt la cinquième , tantôt la sixième ou même la dixième dans l'ordre des grandeurs (1).
Strabon évalue le pourtour de Ttle , en suivant toutes les sinuosités, à trois mille quatre cents stades (2), ce qui fait quatrevinçt-cina lieues et demie. Le grand côté de rtle a , selon Strahon, quatorze cents stades ou trente^dnq lieues de lon-
§ueur. Danville ne lui donne que trenteeux lieues et demie. On comprend qu'on ne |)eut donner à ce sujet que des évaluations approximatives. Les calculs les plus récents, qui eux-mêmes ne sont point encore d'ime rigueur absolue, donnent à l'île de Chypre ime superficie de cinq cent vingt lieues carrées , ou d'im million d'hectares (3).
MoiiTAONES. — Llle de Chypre est traversée par deux principales chaînes de montagnes aue les anciens avaient confondues et désignées par le même nom.
(x) Voy. Eogel, Hijtoire de Chypre, i, I,
E. a8. Un seul géographe, Agathemerus, étalit exactement le rapport d'étendue des iles de la Méditerranée, il les clane ainsi : Sicile, Sardaigne, Cypre et Crète.
(2) Strabon, 1, XIV, 6 ; Tauch., III, 241.
(3) Yoir dans les Archives des Missions, i85o,i>. i6x, ou dans le Bulletin de la Société ae Géographie^ une notice sur la situation actuelle de l'île de Chypre et sur la construction d'une carte de Tue par M. de Mas* Latrie,
L'UNIVERS
Us les appelaient toutes deux le nioot Olympe. La plus considérable de ces deux chaînes s étend, dans la direction de Test à Touest, depuis le cap Thronoï jusqu'au promontoire Acamas : elle cdupe rtle en deux versants, dont Fun a sa pente vers le nord, c'est le plus considérable, et l'autre, de moindre étendue, forme la r^on méridionale de l'Ile. De cette chaîne centrale, qui renferme le sommet le plus élevé de l'île, le mont Olympe proprement dit, et dont une partie s'ap-
Eelait TAoûs, se détachent de nom* reux contre-forts, qui vont projeter vers le rivage, dans le canal de Ciiicie ou dans la mer d'Egypte, les promontoires dont nous avons énuméré les plus considérables ; ces rameaux détachés de la chatne centrale divisent l'Ile de Chypre en bassins d'une médiocre étendue, qu'arrosent de petits cours d'eau, dont quelques-uns ne sont que des torrents. L'autre chaîne forme le prolongement septentrional de l'île ; elle commence au cap Krommyon et aboutit au cap Dinarète, vers l'orient. Dans une grande partie de sa longueur, cette chaîne longe le rivage , et se compose de rochera escarpés , coupés à pic, qui de ce côté rendent l'île inanordable. Entre ces deux chaînes principales s'étend vers l'orient la grande plaine de la Messaria ou Messarée, qui compte soixante-dix-huit milles de longueur sur trente de large, et qui a toujours été la contrée la plus riche et la plus puissante de l'île entière. Les pics culminants du système orographique de l'île de Chypre portent aujourd'hui les noms de Kantara , Saint-Hilarion, Stavro-Vouni ou montdelaCroix, Troodos et Mâchera ; mais on n'en connaît pas exactement la hauteur. Cependant M. de Mas-Latrie, à la suite d'observations barométriques faites récemment, a trouvé, sauf erreur de sa part , dit-il , que le Saint-Hilarion est élevé de 709 métrés , ou 2,129 pieds au-dessus du niveau de la mer (1). C'est ajoute-t-il, à peu près les deux tiers de la hauteur du Vésuve et la moitié du Puy-de-Dôme. Le sommet appelé Troodos ou Throdos (3) paraît correspondre
(x) Archives tUs Missions, année i85o, p. i8o.
(i) Dapper Tappelle Trochodos et TrobodoS| p. 26.
à l'Olympe des anciens poètes et géographes. Le pasanisme consacrait les hautes montages a ses dieux. On avait élevé sur celle-ci un temple à Vénus-Olympienne.
Les chrétiens le remplacèrent par une chapelle dédiée à saint Michel-Archange, et les pentes de la montagne se couvrirent de couvents grecs. Le Stavro-Vouni, voisin des salines et de Lamaca , près de la c^te méridionale, avait été consacré à Jupiter. La tradition rapportait que l'impératrice Hélène , mère de Constantin , avait élevé sur cette hauteur une chapelle où elle déposa un morceau de la vraie croix. Jean Locke , voyageur anglais, qui visita Jérusalem en 1553, donne une description détaillée de cette relique. Aujourd'hui l'occupation des Turcs a transformé ces montagnes en déserts, et a fait disparaître tous ces monuments de la piété du moyen âge.
Flbuves, Torbents. — L'île de Chypre est arrosée par un grand nombre de cours d'eau. Mais la plupart ne sont aue des torrents, dont le lit, même en hiver, est presque entièrement desséché, et cela par l'extrême rareté des pluies. Le ciel y est pour ainsi dire d'airain, selon Mariti, et les historiens assurent qu'au temps de Constantin il s'écoula trente années sans que l'île ait été arrosée par la pluie. Si d un côté l'île est exposée à l'inconvénient des sécheresses prolongées, de l'autre elle est quelquefois exposée à de terribles inondations. < La nuit du dix novembre , veille de Saint-Martin 1330, dit Loredano, la rivière qui passe à Nicosie crut d'une telle force qu'elle inonda non-seulement les endroits les plus bas de la ville , mais encore ceux que Ton croyait par leur situation être le plus en sûreté. Les eaux, arrêtées par un pont, menaçaient de tout engloutir; mais ce pont fut entraîné pai) le torrent, et sa chute facilita l'écoulement des eaux. U y eut néanmoins quantité de maisons renversées et bon nombre de personnes entraînées par le torrent. Cette inondation dura trois jours ; la ville de Limassol fut entièrement détruite , et il y périt deux mille personnes. Les habitants des campagnes s'étaient retirés sur les hauteurs, d'où ils voyaient au loin les eaux engloutir et entraîner leurs bestiaux et leurs chaumières. » Le cours d'eau le plus considérable de l'île est cette ri-
ILE DE CHYPRE
vière qui passe à T^icosie, et que les andens appelaient le Pediœos, qui arrose la Messarée, la plus vaste et la plus fertile plaine de Vtle de Chypre. Le Pediœos eoule de Vouest à Test, et se jette dans le golfe de Saiamine. Sur la côte septentrionale on remarquait le Lapitbos, près de la ville de ce nom, et le Clarios, qui coule à Touest de la ville de Soli. Le rivage méridional était arrosé, outre de nombreux torrents, par le Tétios, à Touest de Citium, le Lycos entre Amathonte et Curium , et le Bokaros entre les deux villes de Paphos.
AiB, Climat , Tbmpéb ature. — Le climat, la température de Ttle de Chypre ont beaucoup d'analogie avec ceux des régions oui Tavoisinent. Elle a les grandes cnaleurs de la Syrie , les vents violents et la sécheresse de la Cilicie- Trachée , inconvénients dont il est souvent fait mention dans les anciens (1), mais que compensent les douces brises de Iti mer et les fraîches rosées de la nuit Dans Vété les habitants de Hle vont chercher la fraîcheur sur les montagnes, en hiver ils redescendent sur les côtes et dans les vallées. En effet dans cette saison le froid y est plus sensible qu'on ne pourrait le croire d'après la position du pays, surtout dans la partie nord, qui reçoit les vents glacés du Taurus et des côtes de la Caramanie. Les sommets de la chaîne de TOlympe restent longtemps couverts de neige. Les anciens prétendent que Tair de Hle de Chypre est maavais et malsain. On allègue en preuve de cette assertion, la contagion
Sd fondit sur Tarmée de saint Louis, rs de son passage en cette lie Tan 1259. Ceux qui ont longtemps habité Chypre sont d un avis contraire ; et voici comment s'exprime à ce sujet l'abbé Mariti (2). « Les fièvres tierces et quartes sont, il est vrai, très-fréquentes et trèsopiniâtres à Chypre et dans tout le Levant; mais les causes n'en sont pas daos la malignité de l'air. U est (Tailleurs
(i) Martial, IX, 91,9. In/amem nimio caiore Cyprum; SoUn, c. xx ; Ineiiatiuimus caior, l)aiu les jérgonautiquei aUribuées i Orphée «lie ett appelée ^ve(t6sa<7a, v. i ago. Cf. Engel, Kjrpros, p. 3i.
(a) Voyage dans tilt de Chypre^ etc., t. I, p. 5.
facile de les éviter. J'ai souffert pendant dix mois entiers de cette maladie : mon expérience peut être utile à d'autres , je vais en conséquence entrer dans quelgues détails à ce sujet. Je ne tardai pas à m'apercevoir que je donnais lieu moi-même aux rechutes qui prolongèrent ma fièvre si longtemps. La chaleur excessive du climat entretient une transpiration abondante et continuelle : si 1 on a l'imprudence de s'exposer dans cet état au moindre vent , les pores se resserrent , et il en résulte une suppression de transpiration qui est infaillioleinent suivie de la fièvre (1). Une autre cause encore , ce sont les liqueurs fortes et l'usage immodéré de certains fruits, et particulièrement du concombre, de la pastèque et du melon. Les naturels même du pays échappent rarement, et surtout en été, à cette espèce d'épidémie; mais ils se contentent d'une légère saignée, laissent agir la nature, et guérissent sans remède , sans régime, et avec la seule attention de se priver de fruits. Cette méthode, je l'avoue^ ne suffirait pas aux Européens. La maladie exige de leur part un peu plus de soin. Elle n'est pas sans danger ; on ne le prévient que par un régime austère et soutenu. L'exercice du cheval est encore un remède que les Turcs et les Grecs emploient avec succès, au moins pour empêcher les obstructions occasionnées par cette sorte de fièvre. Ces derniers quelquefois , las et ennuyés de la constante opiniâtreté du mal, prennent au moment où le frisson annonce son retour, un grand verre de l'excellent vin de Chypre, et ce remède agréable est un de ceux qui réussissent le mieux. »
A Chypre, comme dans presque toutes les contrées du Levant , les pluies sont périodiques. Elles commencent vers la mi-octoore, et continuent par intervalle jusgu'à la fin de janvier. Février est moms pluvieux, dit l'abbé Mariti (2) , et
(i) Cest à dessein que j*ai reproduit ce passage, qui contient d^utiles conseils. Tous ceux qui ont voyagé dans le Levant reconnaîtront la justesse de ces observations, que j'ai plus d'une fois vérifiée par ma propre expérience ou par celle de mes collègues de Técole française d*Atbènes.
(a) Voyage dans hiede Chypre, etc., t. I,
p. iés.
L'UNIVERS
quelquefois offre un ciel sans nuages; mais les eaux recommencent avec force yers le milieu de mars jusqu'à la fin d'avril. Les pluies cessent en mai, et sont suivies de douces rosées oui entretiennent la fraîcheur, activent la végétation, en tempérant les chaleurs de juin. Ce mois écoulé , il ne faut plus attendre ni rosées ni pluies ; un ciel brûlant dessèche et appauvrit la terre, et épuise le cultivateur par une excessive transpiration.
Ces chaleurs, dont l'intensité augmente de plus en plus, seraient insupportables si 1 air n'était rafraîchi par ce vent bienfaisant qui vient de la mer et tempère les ardeurs du climat sur toutes les côtes de la Méditerranée. Il s'appelle l'embat à Chypre, comme sur tous les autres rivages grecs (1). Le vent cesse de souffler vers le milieu de septembre, et alors commencent les plus fortes chaleurs; mais elles durent peu, et sont tempérées
Ï^ar les nuages pluvieux qui couvrent 'atmosphère vers la fin d'octobre. Ainsi en été le vent du sud est rafraîchissant, parce au'il s'élève de la mer. Au contraire, le vent du nord entraîne avec lui des vapeurs malsaines et brûlantes. C'est le vent qui vient de l'Asie Mineure. Légèrement rafraîchi par la mer qu'il a traversé , il est môms mcommode sur la côte nord de 111e; mais il est aussi malfaisant qu'insupportable pour les habitants de la rédon méridionale, où il apporte avec luila chaleur des terres sèches et brilantes qu'il a parcourues en franchissant la chaîne de l'Olympe (2\ Si pr malheur ce vent souffle sept ou huit lours de suite, tous les fruits sont brûlés, les plantes sféchées et flétries jusqu'à leurs racines, et la récolte de l'année est anéantie. De là vient que la disette se fait souvent sentir dans cette lie, malgré la fertilité, la bonne qualité des terres.
(i) L'embat, x6 Iji^aTi, de èft^aCvco ou i[t.- 6àC(i>. C*est le vent qui inUtnluit ou qui s'introduit dans le port, qui envahit la terre. C'est toujours, par conséquent, le vent de mer. Il y 1 un embat au Pirée, et dans toutes les iles grecques ; mais ce nom ne s*applique pas aux vents tumultueux et de tempête , il est réaervé aux vents réglés qui soufflent de mer.
(q) De même à Athènes, le vent du nord qui a traversé l'Eubée, la Diacrie et les cimes •rides du Famés et du Pentélique ne procure incan rafraîchissement, maigre sa violence.
Les vents brûlants et la sécheresse sont les deux fléaux du paysan cypriote (1).
Productions de l'îlb de Chypre.
— Les anciens voyaient 111e de Chypre plus peuplée, mieux cultivée, plus prospère qu'elle ne nous apparaît aujourd'hui sous la déplorable administration des Turcs. Aussi prétendaient-ils , et cela pourrait être encore vrai de nos jours , qu'il n'y avait pas de pays plus fertile et plus riche en productions naturelles. Les approvisionnements y sont encore à si bon marché, que les navires de commerce ont l'habitude de relâcher à Lamaca , où ils se ravitaillent à peu de frais (2). Ammien-Marcellin exprime d'une manière bien sensible la variété et l'abondance des produits de llle de Chypre, quand il dit qu'on peut y trouver tous les matériaux nécessaires pour construire un vaisseau depuis la quille jusqu'aux voiles, et le lancer en mer chargé de toutes sortes de provisions récoltées dans l'tle même.
Minéraux. —Cette assertion n'a rien d'exagéré ; on peut s'en convaincre par une énumération rapide des principales richesses naturelles de llle ae Chypre.
Le cuivre était le métal le plus employé par l'industrie des anciens. Chypre était si renommée par ses mines de cuivre, qu'on l'avait surnommée yErosa, Le cuivre de Chypre était le plus estimé dans l'antiquité, où il est souvent fait mention du y.fOMhi xvirpioç , de rx$ cyprium. Ce métal enfin s'appela cbex les Latins du nom de llle ou il était si abondant et de si bonne qualité ; ils le nommèrent cuprum^ et notre mot cuivre en dérive. Selon la tradition (3), le héros Cinvras avait le premier découvert et exploité ces mines de cuivre , dont les
Çlus considérables se trouvaient près de amassus, d'Amathonte, de Soli, de Cnrion et sur le Crommyon. On y trouvait aussi du fer, mais en moins grande Quantité. Pococke a vu dans les environs de Paphos et de Soli des mines de fer creusées dans les montagnes, ainsi que
^i^ Dapper, Descr. de r Archipel^ p. 44.
(a) Eogel, Kypros , I, p. 40; Strabon, 1. XrV, 6 ; JEMeu, Traité aes An'anaux, V, 56; Ammien-Marcellin, 1. XIT.
(3) Pline, Hist, Nat, VII, 5? ; XXXIT, a ; Engel , Kjrpros, t. I , p. 43.
près de Bole, à l'ouest de Soli, près du promontoire Acamas, où il signale Texistenoe d'une source d^eau minérale. Pline parle des diamants de Ttlede Chypre (1), et au siècle dernier Pooocke signale le pays de BaÛa (Papiios) comme produisant un diamant très-dur, supérieur, selon lui , aux pierreries de Kerry et de Bristol. Mais les connaisseurs refusent de reconnaître ce produit de Tîle de Chypre pour du Téntable diamant. On trouvait encore dans cette contrée de Talun hianc ou noir, de l'amiante dont les anciens éûsaient une toile avec laquelle ils enveloppaient leurs morts avant de les mettre sur le bûcher, des émeraudes très-précieuses, du jaspe, des opales, de l'agate, des saphirs, du cristal, du lapis-lazuli , des pjrrites , ou pierres à feu , des pierres d aigle, du ^pse, de la chaux, des marbres, des pierres meulières , et cette pierre friable appelée émeri, que les anciens désignaient sous le nom de poussière de^axos. Les côtes de 17fe étaient garnies de coraux. Les salines de Chypre étaient très-renommées , surtout celles des environs de Salamine et de Cittium (2), non loin de laquelle on voit encore aujourd'hui le grand lac des Salines. Telles étaient les richesses minérales que 111e de Chypre offrait à l'industrie dfe ses anciens habitants, et que l'incurie des modernes Cypriotes laissent enfouies dans le sein de la terre. Il n*y a que les salines qui continuent à être exploitées ; les dernières évaluations portent à 7,500,000 kilogrammes , et à la valeur approximative de 75,000 francs la quantité de sel exporté annuellement de 1 île de Chypre. VÉGÉT AU X . — Pendant la plus grande partie de l'année les montagnes et les vallées de l'Ile de Chypre sont couvertes d'une abondante végétation. L'air est rempli des émanations embaumées des mille et mille fleurs qui couvrent le sol, et dont les parfums avaient valu à cette île fortunée le surnom dU\>tùH<; (8). Le narcisse, l'anémone, l'hyacinthe, la renoncule et quantité d'autres fleurs, aussi odorantes y d'un aussi vif éclat
(0 Pline, Hist.Nat.,XliTiyU, i6.
(») Voir surtout Pline aux livres XXXTl et XXX\'II« passim.
(3) Engel, Kypros, 1, 58; Dapper, p. 46.
émaillent les champs, les coteaux des collines , les bords des chemins. Mais nous n'avons pas à décrire la flore de File de Chypre ; qu'il nous suffise d'indiquer parmi les produits du règne végétal ceux qui étaient dans l'antiquité et ceux qui sont devenus depuis pour les habitants de l'île un objet d'exploitation et une source de richesse.
Mentionnons d'abord le cyprus , cet arbrisseau auquel l'île dut probablement son nom. Les Arabes appelaient cette
{liante henné ou el hanna ; les Latins 'ont nommée ligustrum, et les Français troène; son nom botanique est lawsonia alJba (1). Yoîcila description qu'en donne Dioscoride : « Le cyprus est un arbre dont les feuilles ressemblent à celles de l'olivier, si ce n'est qu'elles sont plus lar^ ges, plus douces et plus vertes. Ses fleurs sont blanches , disposées en grappes et odoriférantes. Sa semence est noire et semblable à celle du sureau. » Pline le décrit ainsi : « Le cyprus est un arbre d'Egypte, dont les feuilles sont semblables à celles du jujubier, et la semence à celle de la coriandre, qui produit une fleur blanche et odoriférante. On cuit cette fleur dans de l'huile; et après qu'elle a bouilli suffisamment , on 1 exprime, et il en sort une huile qu'on appelle cyprinum ou q/priuni. Le meilleur croît à Canopus , sur le bords du Mil, le second à Ascalon, et le troisième en l'île de Cypre ; ce dernier est le plus odoriférant de tous (2). » Le henné est un des arbrisseaux que l'on rencontre le plus communément en Egypte, oii ses feuilles et ses fleurs sont très-recherchées, celles-ci à cause de leur odeur»
qui ressemble à celle du musc , celle-là parce qu'elles servent à teindre en jaune ou en rouge certaines parties du corps » telles que les ongles, les lèvres, les pau-
frères, les cheveux des femmes, ainsi que a crinière, le sabot, la queue des chevaux. Dans tous les bazars du Levant on voit exposée cette poudre verdâtre du henné,, qui est toujours très-recherchée pour la toilette des femmes de ces contrées.
Les vins de Chypre étaient déjà trèsestimés des anciens. Pline parie de la
(z) Engel, Kyprost p. 64> (a) Dioscor., I, lai; Pline, XII, Si;; XXIU, 46; Hérod., U, 94.
L'UNIVERS
grosseur extraordinaire de ses raisins , de la j^andeur des ceps, dont un seul avait ^urni tout le bois nécessaire à la construction de Tescalier du temple de Diane à Éphèse. Les crus les plus renommés étaient ceux de Paphos, d'Amathonte et des coteaux sud du mont Olympe. C'était de ces cantons qu'on tirait le vin de Commanderie. « Le territoire de la Commanderie, dit l'abbé Mariti , est enclavé dans cette partie de l'île que les Grecs appellent Omi , laquelle comprend au couchant une portion de l'ancienne province de Papoie, et au midi une autre de celle d Amathusie, qui n'est pas moins ancienne. Ce territoire est borné au levant par la ville de Limassol , au couchant par celle de Paphos, au nord par le mont 01]^mpe. Entre plusieurs hameaux qui s'élèvent dans cette enceinte , les plus renommés par la qualité de leur vin sont Zoopi et Ozongun , voisins l'un de l'autre et situés sur la même colline. Ce nom de la Commanderie donné au territoire dérive des chevaliers des ordres de Saint- Jean de Jérusalem et du Temple, auquel il appartenait. Malte conserve encore des prétentions sur cette propriété, et le grand maître en confère le titre à un commandeur de l'ordre; c'est à présent la famille des Comaro, établie à Venise, qui en est revêtue (1). » Les jardins produisent tous les fruits de TOrient, grenadiers, orangers, citronniers, oÂdrats. L'arbre qui produit les carouges croît dans l'île entière; on y trouve de grandes forêts de cyprès et de pins ; l'île de Chypre est riche en oliviers, en lins, en chanvre, en garance et en céréales : le palmier y est aussi beau qu'en Egypte et en Syne ; les fruits aqueux du genre cucurbitacé v viennent en abondance. On y recueille un miel excellent, de la térébenthine, du ladanum, suc visqueux que produit une certaine
{liante qui ressemble à la sauge, et dont a fleur approche des roses sauvages qui viennent dans les haies. « La ma-
(i) Mariti, Voyage de Chypre, elc, I, p. 371. Voyez lous les longs renseignements donnés dans cet ouvrage sur la culture de la vigne, le transport des vins, la manière de les conserver, et Texportation qui s'en faisait en Europe au dix •huitième siècle.
jeure partie du ladanum se recueille , au printemps , dans le village de Lascara. Le matin, de très-bonne heure, les bergers conduisent leurs troupeaux de chèvres dans ces environs ; le ladanum, mûr et visqueux, s'attache aux barbes des chèvres ; on l'en retire, et le ladanum ainsi recueilli est le plus pur et le moins chargé de matières hétérogènes ; tandis que ces animaux paissent dans la plaine, les bergers en amassent de leur côté : c'est ce qu'ils font en attachant au bout d'une p^te perche une peau de chèvre, avec laquelle ils vont essuyer les plantes couvertes de cette rosée (1). » Au temps de Dioscoride on recueillait le ladanum de la même manière, et on l'appliquait au même usage que de nos jours , où il est très-employé en médecine. A toutes ces productions connues des anciens il faut ajouter celles qui sont dues aux découvertes des siècles derniers et à l'importation des végétaux étrangers. Le coton, le mûrier, la canne à sucre, le tabac y réussissent parfaitement ; et Une dépend que de l'industrie et de l'activité des habitants de tirer de leur culture de grands profits.
Animaux. — On trouve dans l'île de Chypre tous les animaux dé la Grèce et du Levant. Les chevaux y sont fort estimés, non pour la rapidité de leur course , mais pour la sûreté, la douceur de leur pas dans les chemins difficiles et dans les montagnes. Ils sont infatigables ; les ânes, les mulets ont les mêmes qualités. Les bœufs sont petits et maigres, et ne servent qu'au labourage. La viande dont on fait la plus grande consommation est celle du mouton, ^ui y est succulente et délicate. On y voit des moutons dont la queue est si grosse et si pesante , qu'on la fait reposer sur un petit charriot à deux roues qu'on leur attache par derrière. Du reste, leur chair a une odeur qui la fait repousser du ran^ des aliments , et on ne les nourrit qu'a cause de leur laine, qui étant mêlée avec du poil de chèvre sert à faire de fort beaux tapis et de bonne couvertures (2). Les cnèvres et les boucs y sont
i^i) Marili,Fbj*. en Chypre, etc., I, p. 206. a) Dapper, Descript, des Istcs de l'Arclù'- ^ , p. 5i;Engel, Kypros, 1,69; Mariti, f'oyage, I, 35.
ILE DE CHYPRE
en très-grande quantité, et lear poil sert à fialre de fort l^aux camelots qu'on ei* porte. Les forêts et les montagnes de nie sont peuplées de montons , de chevreuils , de lx>uqaetin8, de lapins et de lièvres. L.es lévriers y sont excellents pour la chasse. L^le nourrit aussi une grande Quantité de toutes sortes d'oiseaux, tels que pigeons, perdrix, cailles , feisans, basasses, grives, tourterelles, oies et canards. « Les becGgues et les ortolans y sont chargés de graisse , dit Fabbé Mariti , et telle est leur multiplicité , que les paysans , à quatre sous le bouquet ou la douzaine, y font un gain considérable. Us prennent le plus grand nombre près du village de Samt-Nappa.
Ils en portent une partie à la ville; mais communément ils leur enlèvent la tête et les pattes , leur donnent un premier bouillon et les mettent dans du vinaigre avec quelques ingrédients conservateurs.
Ils les gardent ainsi une année entière, et les vendent au même prix que les autres. Le débouché pour ces sortes d'oiseaux est chez les Européens de Larnic ( Lamaca ) , qui en font passer en Angleterre, en France, en Hollande et dans quelques parties de l'empire Ottoman. »
L'oœeau carnassier le plus commun dans cette île est le vautour, qui en dévore tous les cadavres. Malheureusement ce pays abonde en bétes venimeuses et en msectes malfaisants, serpents, tarentules, galères, moucherons, moustiques, et surtout les sauterelles, qui font dans les cbamfis les plus grands ravages. « Partout où elles s'arrêtent, les blés, les herbes, les racines même, tout est dévoré, tout est consumé en un instant. Il semble qu'on ait incendié la contrée. Autrefois les habitants se donnaient toutes les peines imaginables, faisaient les plus grandes dépenses pour extirper ces insectes destructeurs : tous se mettaient à la recherche de leurs œufs.... On tient maintenant à cet égard une conduite bien différente. Si l'on se donnait autrefois tant de peine pour détruire ces insectes persécuteurs, il est défendu d'en détourner même les œufe que l'ontrouve^ La superstition des Turcs croit que l'on ne peut sans crime s'opposer aux châtiments de Dieu , et les Grecs , craignant , s'ils étaient découverts, quelque outrage de leur part, laissent propager ce fléau. La
plaine de Messarée est la retraite ordinaire de ces sauterelles : heureux lorsqu'un bon vent de terre les entraîne vers la mer, où il en périt des légions (1). » Villes de l'île de Chypre. 1*" Depuis LE GAP ACAMAS JUSQU'AU CAP
DiNABETE. — Autrefois l'île de Chypre était entourée d'une ceinture de villes florissantes. Occupée par les deux nations les plus industrieuses de l'antiquité, les Phéniciens et les Grecs , elle figure toujours dans l'histoire comme jouissant d'une grande prospérité matérielle.
Mais elle perdit de bonne heure son indépendance politique, et aujourd'hui, tombée de servitude en servitude sous le joug des Ottomans, elle languit comme toutes les autres contrées soumises à cette fatale domination ; ses villes sont dépeuplées, ses campagnes incultes et le port de Larnaka sutut presque seul aux besoins de son commerce. A la place des villes signalées par les anciens géographes on ne trouve plus ordinairement que des ruines ou de chétifs villages. Là, comme dans tout le Levant, le voyageur est continuellement attristé par le spectacle de la désolation et de la décadence. En longeant la côte septentrionale de l'Ile, à partir du cap Acamas ou de Saint- Épiphane (2), on trouvait la ville d'Arsinoé, qui dut son nom à l'une des reines d'Egypte , auprès de laquelle Strabon place un bois consacré à Jupiter, et dont l'emplacement est probablement occupé aujourd'hui par le village de Polykrusocho. Au pied du promontoire Cal- Imusa ou Limnito, les cartes vénitiennes et Danville placent la ville d'Alexandrette, oui dut sa fondation à Alexandre le Graim ou aux Ptolémées. Entre ce cap et le Crommyon, près du petit fleuve Clarius, s'élevait la ville de Soli, qui était autrefois la capitale du plus puissant des royaumes de Chypre après Salamine.
« Solon, dit Plutarque (3), étant venu dans l'île de Cypre , se lia d'amitié avec Philocyprus , un des rois de l'île , qui
(i) Mariti, Voyage en Chypre, I, x34.
(a) Voy. Strab., XIV, p. 48a ; Ptolémée, V , ï4; Piiiie, V, 35; Constant. Porphyr., Them,y I, i5 ; Engel., Kypros^ I, 71.
(3) Plut., Soi,, a6; trad. Pierron, I, p. 209. Selon Strabon elle aurait été bâtie \\w deux Athéniens, Acamas et Phalérus, 1. XIV, c. 6.
to
L'UNIVERS
habitait UDe petite viUe bâtie par Démopboo, fils de Tbésée, près du fleuve Clarius. C'était un endroit fort d'assiette, mais, du reste, un terrain stérile et ingrat. Solon persuada au roi de transporter la ville dans une belle plaine située plus bas , et de l'agrandir en la rendabt plus aigréable. Il aida même à la construire, et à la pourvoir de tout ce qui pouvait y faire régner l'abondance et contribuer à sa sûreté. Philocvprus eut bientôt un si grand nombre de sujets, qu'il encourut la jalousie des rois voisins. Aussi, par une juste reconnaissance pour Solon , donna-t-il à sa ville , qui s'appelait d'abord Epia , le nom de Soli. » Pococke place à l'endroit occupé par Soli le village d'Aligore, et plus haut dans la montagne il a retrouvé un lieu appelé Épé , qui est probablement Tancienne i£pia (Âiircix). Selon Dapper, Soli était devenu le bourg de Solea (i). Soli avait un beau port et un temple de Vénus et d'Isis. Elle était adossée au sud et à l'ouest à des collines très-fertiles. On a trouvé en cet endroit un mur circulaire que Ton croit être les ruines d'un ancien théâtre.
A l'est de cette pointe de terre, qui se termine par le cap Cornachiti on Crommyon, s étend une côte d'une extrême fertilité, que traverse le Lapelhos (aujourd'hui Lapitho ) et que fécondent de nombreuses sources qui font circuler en tous sens des eaux aoondantes. L'ancienne ville de Lapetbos, dont Strabon fait une colonie lacédémonienne, est aujourd'hui le bourg turc et grec de Lapitho, ombragé d'orangers et de palmiers, ayant un bazar et assez d'industrie. Il ne compte pas moins de quatre cents familles grecques, et passe pour le plus ^and village de Chypre (2). A huit milles a l'est était la ville de Cerinia, Ceraunia ou Cioyria, dont l'historien Lusignan, évéque de Limisso , attribue , sans autorité , la fondation à Cyprus. Cette ville resta importante au moj^en âge , grâce surtout à sa citadelle, qui date des premiers temps de son existence, et que les Lusignans agrandirent encore. C'était le port le plus fréquenté pour le com-
^i) Dapper, DescripL, p. 89.
(a) M. de Mas-Latrie, Archiv, des sumSf z85o, p. 173.
Mis'
meroe de la Caramanie. L'abbé Mariti signale l'existence de cavaux creu^ dans les rochers situés à l'ouest de la ville, et appelés par les gens du pays sépulcres des Gentils (1). La forteresse subsiste encore , mais Kerinia ou Cérines n'est plus qu'un misérable village. A l'est de Cérines, à cing milles de distance, on rencontre les ruines maj^ifiques de l'abbaye de Lapais , qui avait été fondée par Hugues III de Lusignan. La plaine au bout de laquelle elle est située est la plus fertile et la plus riante de l'île. « La richesse de ses productions, la diversité des arbres sauvages et nruitiers, de petites collines couvertes d'une éternelle verdure, un paysage charmant, mille perspectives délicieuses, un air embaumé des parfums les plus purs, une multitude de sources et de ruisseaux , tout concourt à faire de cette côte un séjour, un vrai paradis de délices (2). » L^abbaye de Lapais fut détruite par les Turcs après la prise de la citaddle de Cérines. Non lom de là , après la ville ancienne d'Aphrodisias , le rivage de Chypre se hérisse de rochers et se norde d'une chaîne de montagnes qui se prolonge en pointe à Test, et se termine au cap Dinarète ou Saint- André.
T Du GAP DlNABBTE AU PROMON-
toibeCurias. — Après le cap Saint- André la côte de l'île redescend brusquement au sud-ouest, et en suivant la ligne sinueuse de tout ce canton oriental, qui s'appelle aujourd'hui le Karpas , on trouve auprès du village Haï-Sergui les ruines de l'antique Salamine, fondée par Teucer, que le courroux de son père Télamon contraignit à s'expatrier après le siège de Troie (3). Cette ville devint la principale colonie hellénique dans l'île de Chvpre, et en fut regardée comme la capitale. Son port était vaste et bien fermé. Presque entièrement détruite par un tremblement de terre sous le règne de Constantin le Grand, elle fut rebâtie
Elus près du fleuve Pedius, qui traverse \ plaue de la Messaréa, et elle s'appela
(i) Voyage en Chypre^ I, iot.
(2) !d., I , p. io5. Les ruines du couvent sont décrites par Mariti, et mieux encore |)ar M. de Mas-Latrie.
(3) Dapper, Description^ p. 28; Engel, KyproSf I, p. 89; Mariti, p. ia8.
ILE DE CHYPRE
depus GoDslantia. Les ëerîvains eoclésiafitiqnes prétendent qu'elle devait ce noaveaanom au roi Costa, père de sainte Catherine. Mais la nouvelle ville fut déduite par les Sarrasins au temps d'Hénclius , et n*a jamais été relevée depuis (1). A quatre milles dans Tintérieur se trouve le eouvent célèbre de Saint- Bamabé, dont le corps fut découvert en cet endroit sous le règne de Zenon; il portait sur sa poitrine, dit la tradition conservée par Baronius, Tévangile écrit de la main même de saint Mathieu. On porta ces précieuses reliques à Constantinople, et ce fot l'origine des privilé^ — ; et distinctions extraordinaires accor-
^ au métropolitain de 111e de Chypre.
A six milles à l'ouest, sur remplacement de Fandenne Ammochostos, dont elle a conservé le nom, se trouve la ville de Famagouste, riche et florissante au moyen âge, et qui ne conserve de son antique splendeur que sa cathédrale goûiique et ses beaux remparts. Il n'y a que des Turcs dans cette ville, dont le séfour est interdit aux Grecs : ceux-ci résident au village voisin de Varoschia. Construite au treizième siècle par les Lusignans , elle ûit la principale forteresse de nie, et soutint contre Mustapha, sous le règne du sultan Sélim, en 1570 et 1671, ce sié^e mémorable où* les Vénitiens déployèrent un courage digne d'un meilleur sort. La chute de Fama-
S ouste entraîna la perte deFfle, qui passa es Vénitiens aux Turcs.
Plus bas, au sud-ouest, Strabon place le port de Leucolla, établissement de peu d'importance. Au sud , une montagne escarpée s'avance dans la mer, et forme le cap Pédalion, aujourd'hui promontoire (£slla Grega. A partir du Pédalion on ne trouve vers le sud qu'une côte abrupte, rocailleuse, découpée en baies, hérissée de pointes menaçantes, dont les plus saillantes sont le cap Tronoî (Pila) et plus au sud le cap Dadès (promontoire Kiti), au delà duquel se trouvait la ville de Qtium, dont les ruines le voient aujourd'hui entre la Scala et Lamaca. Le port fermé don^ parle Stra-
(x) Pococke, Descrtpt, de t Orient, t. IV, 1. 3, décrit les niines ae ces deux villes. Voir dans Rœekhy Corp. Jrucr., trois inscriptions trouvées à Salamine. N** a6a5, 263^, a63S.
bon est maintenant comblé , mais encore bien reconnaissable. On a retrouvé les fondements des murs, des tombeaux de marbre blanc, les restes d'un théâtre, des inscriptions phéniciennes, des débris d'aqueduc; à part les inscriptions, tout le reste appartient à l'art grec. Primitivement colonie phénicienne, la ville de Retim ou Citium se remplit de Grecs, qui I>eu à peu efifocèrent l'ancienne population. Les inscriptions grecques y sont plus nombreuses que les mscnptions phéniciennes, dont on a découvert trentetrois, presque toutes si mutilées qu'elles sont illisibles. Danville, après Lusignan, avait placé Qtium sur l'emplacement du hameau de Qtti, situé plus au sud et oii les rois Lusignans avaient un château et une maison de plaisance dont les ruines subsistent encore. Chaque jour de nouvelles fouilles et découvertes viennent détruire cette erreur du savant géographe (1). La ville de Larnaca, qui a succédée Citium, contient, avec son annexe maritime de la Scala ou la Marina, une population de six mille habitants. Les consuls européens et la plupart des négociants francs y résident, quoique ce soit l'endroit le plus aride et le plus malsain de lUe. « On prétend que cette ville est construite sur l'emplacement du cimetière de l'antique ville, d'où lui est venu son nom (2). Toutes les maisons sont construites en argile mêlée
(i) « Une découverte'qui parait importante, en ce qu'elle confirme encore, contrairement à Topiniop de Danville, et Tancienneté de Lamaca et le véritable emplacement de Citinm, a été faite récemment. En creusant un terrain situé entre la marine et la haute ville, à Lamaca, des ouvriers ont mis à jour une grande pierre de basalte de sept pieds de haut, sur deux et demi de large et un pied d'épaisseur, couverte d'inscriptions cunéiformes et décorée sur la face supérieure de rimage en relief d'un prince ou d'un prêtre portant un sceptre dans sa main gauche. » jdrch, des Missions, x85o, p. m. M. de Mas-Lastrie, qui signale cette découverte, voit dans ce travail le même style que dans les bas-reliefs envoyés par M. Botta ; et il y reconnaît un des rares monuments de la domination des Assyriens dans 111e de Chypre, (a) M. Didot, ^otes d'un Voyage fait dans le Lepanten i8i6et 1817, p.3i7.DeXd{)vaÇ , axo^ un cercueil.
L'UNIVERS
avec de la paille, et pour fiaciliter Técouleroent des pluies, les toits en terrasse ont une légère inclinaison. » Cest près de Lamaca que se trouve le lac des Salines, qui avait autrefois douze milles de circonférence, mais dont on a desséché la plus ffrande partie pour la consacrer à la culture.
Amatbonte, au sud-ouest de Citium, à vin^-quatre milles environ, était aussi une ville d'origine phénicienne, où l'on adorait Vénus et THercule Tyrien.
M. de Hammer a retrouvé les ruines du temple de Vénus au village d*Agios Tychonos. Amatbonte se composait de •deux parties, la ville et le port, qui au moyen âge devint la ville de Limisso ou Limassol, que le roi Richard détruisit en 1191. Ses ruines se confondent avec celles d*Amathonte. A deux lieues à Touest de Palae-Limassol, s'élève la nouvelle ville de Néapolis, la moderne Limassol, (]ue fonda Gu» de Lusignan, qui s'embellit de palais, d'églises grecques et latines, que les Turcs renversèrent après la conquête de l'île. Aujourd'hui Limassol est une petite ville assez propre et pavée ; sou port est commode et onfre un asile sûr aux vaisseaux surpris par la tempête. Les collines du voisinage produisent le meilleur vin de l'tle de Chypre.
3*" Du CAP CUBIÂS AU GAP ACAlf AS.
— Cette côte de l'île fai t face au sud-ouest. £n remontant du cap Curias (cap Gavata ou délie Gatte) vers le nord, on rencontre, près de l'ancienne ville de Curium , le village de Piscopi ou Episcopi, qui fut une seigneurie de la famille de Catherine de Comaro. Selon la tradition, Curias avait été fondée par Cureus, fils de Cin3rras. Non loin de là, sur des rochers qui dominent la mer, se trouvait un temple d'Apollon , inaccessible aux profanes. On précipitait dans les flots le sacrilège qui violait ce sanctuaire impénétrable. Au delà, Strabon mentionne une ville de Roosura,' et on retrouve encore aujourd'hui le village de Risurou Pissouri sur la route de Curium à Paphos.
Il y eut deux villes de Paphos. L'ancienne ville, ou Palœ-Paphos, a laissé des vestiges dans les ruines qui sont près du village de Rouklia, la Covocle du domaine royal de nos princes français. La nouvelle Paphos occupait l'emplacement
du village actuel de Raffa. Les Phâiidensétablirentà Pals-Paphos un temple de Vénus, qui fut le sanctuaire le plus révéré de tous ceux qui étaient consacrés à cette déesse. Les Grecs en attribuaient la fondation à Paphos, fils de Cinyras. Détruite par un tremblement de terre sous Auguste , elle fut relevée sous le nom de Sébaste (1). Elle fut sans doute une seconde fois frappée du même fléau, puisqu'on reconstruisit son temple sous Vespasien. Dans la grande fête de la naissance de Vénus, tant de fois chantée par les anciens poètes, on sacrifiait à deux temples. L un était situé près du port sur cette plage, où Vénus avait paru pour la première fois toute brillante de beauté et portée sur l'écume des flots. Il reste encore des vestiges de cet édifice, des fragments de murailles, des débris de colonnes, une large table de marbre pour les sacrifices. A une demilieue dans l'intérieur sur les bords du petit fleuve Rocarus, au milieu d'un bois de lauriers-roses et de myrtes odoriférants, s'élevait un second temple. Là se voient encore les restes de l'Hiéron. C'est un mur cyclopéen, décrivant un rectangle de cent cinquante pas de longueur, sur cent de largeur. Ce carré long est partagé en deux par un mur intérieur. Cette enceinte est pleine de débris accumulés pêle-mêle, tronçons de colonnes, chapiteaux, inscriptions grecques ou phéniciennes, et au milieu ae ces ruines s'élève une petite église grecque consacrée à la Panagia. On voit dans Homère que le sanctuaire de Vénus à Paphos était déjà célèbre dans tout rOrJent : au temps des empereurs romains les médailles de Chypre offrent toujours l'imoge de ce temple gravée sur le revers, ou celles d'autres sanctuaires construits sur le même modèle et consacrés également à Vénus, dans les autres parties de l'île. A Amatbonte la déesse était représentée sous la figure d'une guerrière : « Elle était, dit Macrobe, habillée en femme, bien qu'elle ait une barbe, le maintien d'un nomme et un sceptre à la main ». La déesse de Paphos n'avait pas même une forme humaine.
C'est, dit Tacite (2), un bloc arrondi, plus
(i) Engel, Kypros, I, ia4.
(a) Tac, Hut., IL 3.
ILE DE CHYPRE
large à la base , et se rétrécissant au sommet comme une pyramide. La si- ^ification de cette figure, ajoute Thistorien , est restée inconnue.
La nouvelle Papbos^ la Pafifons des Lusignans, ou Baniai aujourd'hui, est à trois grandes heures de marche de Kouklia, non loin du pedt golfe oue forment les deut promontoires de Zépbyrium et d'Arsinoé. Les rochers qui bordent la baie de Bafitiai sont percés de cavernes , dont les parois sont en beaux stalactites. Ce rivage était autrefois une ravissante contrée, où s*étalait la brillante végétation des jardins sacrés, cultivés par les prêtres de Vénus. Cétait la région sainte de nie de Chypre. De nombreux temples ou édicules avaient été fondés entre les deux Paphos pour les stations des processions solennelles. La nouvelle Paphos, Slus récente que Vautre , était grecque 'origine, mais eUe se voua au coite de la déesse phénicienne, lui éleva plosieurs temples , et mérita d'être appelée la seconde, Ja nouvelle Paphos. Toutefois fancienne Paphos conserva sa suprématie religieuse, son oracle vénéré; elle resta une ville sainte ; l'autre devint une cité commer^te. Quand les poètes parlent de Paphos et de ses fêtes, c'est 1 ancienne ville qu'ils veulent dire. Dans les bistoneos il est plus souvent fait mention de la nouvelle. A deux lieues de Baffa , dans l'intérieur, est le bourg de Ktima , chef-lieu de ce district, et nabité principalement par des Turcs. En suivant la cote, vers le promontoire Acamas, on rencontre une chatne de rochers taillée symétriquement et présentant de loin l'aspect d'une ville ruinée. M. de Hammer y a reconnu une antique nécropole, qui ne lui paraît offrir aucun des caractères particuliers de l'architecture grecque et romaine. Cependant on y trouve des hypogées doriques ; mais on en voit de semblables et du même style dans la nécropole égyptienne de Béni- Hassan, que Cnampollion croit avoir été creusée sous les rois tanitiques de la vingttroisième dynastie.
Villes de l'iutérieub (1). — Cette partie de Itle était moins connue des anciens que les côtes, dont ils nous ont laissé une exacte description. D'ailleurs,
(i) Eogd^ Kyprosy I,p. i45.
les villes de l'intérieur étaient loin d'avoir la même importance que les cités maritimes , que l'on fréquentait comme centre de commerce, comme sanctuaire reUffieux, et qui furent mêlées aux grands événements nistoriques de l'antiguité. La position de Golgi n'est pas facile à déterminer. Selon Pline, eUe était dans le voisinage des deux Paphos. Mannert la place auprès d'idalium. Elle devait , dit-on , son origine à un certain Golgus, fils de Vénus et d'Adonis, qui
L conduisit une colonie de Sicyoniens.
B poètes la mentionnent souvent comme un des séjours habituels de Vénus avec Paphos, Amathonte, Idalie (1).
La position de Chytri est mieux indiquée chez les anciens. Elle était située entre Cerynia et Salamine(2). Cétait une colonie athénienne , fondée par un petitfils d'Acamas. Érigée en évêché dès les Premiers siècles du christianisme , elle gure au moyen âge dans l'histoire des Lusignans sous le nom de Quithrie : on rappelle aujourd'hui Kythrea ou Chirga.
Tremithus, la ville des Térébinthes, était située dans la plaine de la Messaréa (aujourd'hui Tremise, selon Dapper) (3). Tamassus sur la route deTrimethus à Soli, célèbre dans l'antiquité par ses mines de cuivre (Borgo di Tamasso selon Dapper), dont il est fait mention dans Y Odyssée (4). Nicosie est située au milieu de la plaine de Messarée , sur les bords du Pédius; elle est entourée de collines qui la bornent de tous côtés à la distance de dix milles. Il est parlé pour la première fois de cette ville sous le nom de Leucosia dans les Pères de TÉglise (5). Elle devint pour les Lusignans la capitale de Itle, et le siège d'un archevêché érigé par Innocent III en 1212. Quand les VénitiCiis eurent connaissance des
^i) Theocr.', Id. XV, loo ; Catul., Atipt,
{i) Dapper, Descr., p. 40.
(3) Tremithus, dit Mariti, I, 8a, est un village considérable à douze milles de Nicosie. C'était autrefois une ville que Richard Cœur de Lion détruisit de fond en comble.
(4) Hom.» Od., I, 184; Tamassus est appelée par Homère Temesi. For. Ovid., Met,» X , 644. C'était encore une des villes consacrées à Vénus.
(5) Engcl, I, i5o; Dapper, p. 3i ; Mariti, I, 8a.
L'UNIVERS
projets desTurcs, ils resserrèrent Nicosie , qui avait neuf milles de circuit, dans une enceinte fortiGée de trois milles de circonférence. Mais elle succomba en 1570, après un siège de quarante-cinq jours ; vingt miUe personnes périrent dans le massacre, et la grande et belle église de Sainte-Sophie, où les rois de Chypre recevaient la couronne} fut changée en mosquée (1). Nicosie est restée la capitale de lîle; elle compte encore douze mille habitants, dont huit mille Turcs, trois mille sept cents Grecs environ , cent cinquante Arméniens et une centaine de Maronites. Les débris des églises et des palais que les Turcs ont détruits donnent une haute idée de Tantique splendeur de Nicosie. A douze milles au sud de Nicosie on trouve au milieu d'une plaine le petit village de Dali, dont le nom conserve le souvenir de l'antique Idalie. « Un ruisseau assez abondant parcourt cette plaine fortunée, dont l'aspect est encore agréable ; elle s'étend du midi au nord, et de petites collines l'enferment du côté de l'est, de l'ouest et du nord. Ces dernières sont dominées dans le lointain par les montagnes les plus élevées de Hie (2). » Dali est encore entouré de bosquets , de vergers, où les grenadiers, les citronniers, les orangers étalent les riches couleurs de leurs pommes d'or et de pourpre , et dans le sol on trouve les restes nombreux d'anciennes idoles de style phénicien et assyrien, appartenant an culte de Vénus (3).
(i) Foy. la description de Sainte-Sophie et des autres églises de Nicosie dans les Archipes des Missions scientifiques , iS5o, p. 5a i.
(a) M. Didot, Notes d^un Voyage dans le Levant, p. 3a3.
JS) Engel, Kypros, I, i5i, termine ses lierches sur la géographie de Tile de Chypre par une discussion sur deux points trèscontroversés. Nous ne reproduirons pas les détails de cette discussion ; en voici le résultat : lo II n*y avait pas de ville appelée Cyihère dans l'île de Chypre, a*^ Il n'y eut jamais de ville qui ait porte le nom de Chypre.