‹ Iles de la GrèceChapitre 10 sur 31 · SI · texte numérisé non relu

SI

è défendre couraseusement Tannée qa*il s'était proposé de livrer. Il apprit luiméine aux soldats que les ennemis attaqueraient le camp, et les engagea à relever les murs de Samos. Ils obéirent , et la ville dut à la balue mutuelle de deux Athéniens de recouvrer ses murailles, abattues par Périclès.

Sur ces entrefaites une brusque révolution éclata à Athènes : le pouvoir populaire fut renversé et remplacé par un gouvernement de ouatre cents des principaux de la ville. Un changement semblable faillit s'effectuer à Samos, où ceux même qui d'abord s'étaient distingués par leur animosité contre l'oligarchie ^gagèrent les riches à rétablir cette forme de gouvernement. Non contents de se l'appliquer, ils voulurent la faire adopter par les habitants des fies voisines. Le général athénien Pisandre, grand partisan de l'oligarchie et l'un des promoteurs de la nouvelle révolution, fut envoyé à Thasos et dans d'autres endroits , pour y abolir Tétat démocratique. A Samos, trois cents citoyens prirent en main la direction des affaires , sous les auspices du général athénien Cbarminus (I) ; mais bientôt une conjuration se forma contre eux. Tous les généraux d'Athènes présents dans l'Ile n'étalent pas élément fiavorables à l'oligarchie. Léon et Diomédon jouissaient run et Fautre d'une grande considération parmi le peuple; et Tbrasylle et Thrasybule, commandant le premier un corps (Thoplites, le second les trirèmes, se prêtèrent aux supplications des plus compromis du parti populaire. Ils représentèrent à leurs soldats , surtout aux hommes libres du Paralus (2) qu'il était indigne des Athéniens de s'asservir au pouvoir des plus riches ; ils les entraînèrent dans leur complot. Les factions rivales en vinrent aux mains; Tavantage resta au peuple : trente des oUgarques furent mis à mort, trois des plus compromis furent exil^, le reste obtint

(i) Thucydide, Vm, 78-74.

(1^ Le Paraltu était une ^ère athénienoe %pécialement destinée au trausport des députations sacrées et des objets du culte , quel-

3uefois aussi, comme la sialaminienne, à celui es crimiDels justidablei des tribunaux d'Athènes.

grâce ; et c'est ainsi que les principes de la démocratie, d'autant plus menacés

3u'une grande partie du peuple s*était 'abord montrée contraire à leur maintien , pré\alurent et continuant à gouverner la cité samienne (f). Ce succès obtenu, les Samiens et l'armée, pleins de joie, voulurent en faire part à Athènes , ignorant le triomphe des Quatre- Cents. Chéréas, l'un de ceux qui avaient montré le plus de vivacité dans toute cette affaire, partit sur le Paralus. Mais arrivé dans la ville, il n'eut que le temps de se cacher ; ses compagnons furent mis aux fers, et lui-même ne se rembarqua pas sans peine.

De retour dans Itle, il exagéra la situation d'Athènes , et montra les vainqueurs prêts à égoroer les parents des soldats de Samos. 11 anima si bien le

Keuple, qu'il fallut toute la sagesse des ommes modérés pour le contenir et l'empêcher d'exercer sur les partisaus de l'oligarchie de cruelles repr&ailles pour des méfaits imaginaires. Thrasylle et Thrasybule se contentèrent de réunir les soldats et les citoyens , et de faire jurer par les plus terribles imprécations , surtout aux partisans de l'oligarchie, qu'ils resteraient attachés à la constitution démocratique, qu'ils vivraient dans la concorde et poursuivraient vigoureusement la guerre du Péloponnèse. Tout ce qu'il y avait de Sanuens eu âge de porter les armes prêta ce serment. Ce fut alors un antagonisme déclaré entre Athènes livrée aui oligarques, et Samos, soutenue par l'armée restée démocratique. Celle-ci voulait maintenir l'état populaire, celle-là amener les soldats et es Samiens à l'oligarchie. Les soldats ne cédèrent pas ; ils se donnèrent à Thrasylleet à Thrasybule, qui leur rappelèrent avec complaisance qu'ils étaient nombreux , bien armés, et qu'ils possédaient Samos, autrefois la rivale d'Athènes. En même tem ps ils s'apprêtèrent à com battre les Péloponnésiens ^ attentifs à profiter des discordes d* Athènes et de 1 armée. Samos avait à ce moment beaucoup re-> levé ses forces navales ; car Thucydide mentionne quatre-vingt-deux vaisseaux samiens, avec lesquelsles sénéraux d'Athènes purent braver tous les efforts du

(i) Thucyd., VIU, 76 et suit.

L'UIOVERS.

Chef pëlbponnésiea Astyochos (1). Thrasybule, renforcé de Strombiehide, continua la gaerre extérieure, et en même temps négocia le rappel d'Aldbiade.

L arma ne tarda pas à y consentir, et c'est à Samos que 1 Athénien fit sa réconciliation a?ec ses compatriotes. Les Samiens partagèrent Fenthousiasme qu'il ne tarda pas à faire naître. Entre autres honneurs, il obtint le privilège d'une statue dans le temple de Junon a cdté de celle de la déesse (2). Son retour ne fut pas sans utilité; il rendit aux Athéniens de la ville et à ceux de Farmée le service d'empèi^ber entre eux une guerre civile (3).

Samos lui servit de quartier général dans ses diverses opérations militaires, et les Samiens continuèrent aux Athéniens leur amitié et leurs services. Ce fut à Samos que la flotte athénienne se retira après la défaite à Notium d'Antiocbus , lieutenant d' Alcibiade. Conon et ses neuf collègues vinrent y prendre le commandement de la flotte qu'un décret leur conférait en remplacement d'Alcibiade; dix vaisseaux Samiens se joignirent à ceux qu'Athènes envoyait contre Callicratidas, et prirent part à la bataille des Arginuses (406) (4). Enfin, nous retrouvons, sous le commandement d'Hippéus , gâiéral de Itle , les Samiens à la bataille d'i£gos-Potamos. Seuls ils ont suivi jusqu'à la fin la fortune d'Athènes ; elle est prise, ils résistent encore; et c'est contre eUe que Lysandre, après avoir établi la tyrannie des Trente, se dirige avec toutes ses forces navales. Rien n'égala le désespoir des Athéniens quand ils virent <]u'on allait leur enlever eette belle colonie , cette alliée fidèle et constante. Ils supplièrent Lysandre de la leur laisser ; mais le général se contenta de leur demander s'il était juste que ceux qui n'étaient pas leurs maîtres fussent les maîtres d'autrui. Le laconisme cruel de cette parole plut aux Grecs, qui en firent ce proverbe : Celui qui ne se possède pas même veut posséder Samos, Après la défaite des Athéniens, la défection avait été générale ; la fao-

(i)Thucyd., VIH, 79.

(a) Pausan., Y , c. 3.

(3)Thucyd., Vni, 86.

(4) Xénopk., Hellen,, I, ch. 6.

tion des nobles à Samos crut roceasidB enfin venue de réconquérir sa supéÙH rite : elle appela de tous ses vceox lysandre et les Laoédérooniens ; mais k peuple, exaspéré par ses revers, égor^ tous ses ennemis, et s'apprêta à sonteair un si^e (1). Lysandre pressa si vigpareusement les opérations , que béeatâ il fallut capituler et se rendre à la ssàt condition que tout homme libre sortirait emportant un habit; les propàrté^ les richesses privées et publiques tocs: à la disorétion du vainqueur (403). Lysandre rappela les exilés et ses fidèles àliés d'Anaea, établit à la tête desafitos un conseil de dix magistrats , av«e ■ commandant lacédémonien, Thondos, qui reçut le titre d'bannostei H m quitta Samos qu'après y avoir mtauré le parti oligarchique, qui, dans saieemnaissance, lui consacra une &6ab ï Olympie. Ceux des Samiens qui ne purent plier leur turbulence au nomui régime s'exilèrent, et ces bannis allèrent partout cherdier du service et n- {)andre leur activité; c'est ainsi quedasi 'expédition du jeuneCynis, nousvoyov l'un d'eux, Gaulitès, obtenir danska conseils du prince une place distioigiiée et l'accompagner jusqu'à Gunaxa (2).

Samos bxtombb sous L'urPLUBsa d'Athànbs. — Le gonveroenient étabb par Lysandre à Samos ne don pasoM longtemps que la tyranaie constitiiee i Athènes. Con<m, victorieux a Gnide^re* lève la puissance maritime d'Athi^ies:

il accourt aussitôt à Samos, et lenveni l'harmoste. Les anciennes sympathiesifo peuple pour sa métropole se réveilteS avec toute leur vivacité, et, comme Al* cibiade et Lysandre , Conon a les hos^ neurs d'une statue. Mais il quitte tlie. et trois généraux Spartiates, qui ser»

daient à Rhodes avec sept trirèmes,) abordent et relèvent la taction des 0^ blés. Cest ainsi que la malheareuseSi' mos , agitée entre les deux partis, of sumant ses forces à servir taatdt Fbs* tantôt l'autre , se déchirait de sespo* près mains, et achevait de roinff ^ qui avait survécu de sa puissance àta&t de guerres et de calamités. L'un des gén&aux laeédémoniens, Téleuiias, re-

(i) Xénoph.y Heilen,, fljC. a.

(a) Id., Anaè.^ ch, Vn.

ILE DE SAMOS

çàt de Samos un subside de quelques ▼aisseaux pour combattre les Athéniens (893) (1). Les Samiens, abaissés et démoralisés par toutes ces dissensions intestines, suivaient la fortune des plus forts. Bientôt la paix honteuse d'Antalddas les rejeta sous la domination Perse (887^. Ces nouveaux maîtres leur firent subir de cruelles vexations , et les Athéniens eux-mêmes ajoutèrent aux misères de leor ancienne alliée en y faisant des descentes à main armée, pendant la durée de cette domination. Ghabrias hianœuvrait autour de Ttle pour s'emparer de son port, une flotte ennemie en gardait l'entrée. Il eut recours à un stratagème : plusieurs de ses vaisseaux passèrent devant les ennemis, et les provoquèrent. LesPe^ ses abandonnèrent leur position oour les suivre, et pendant ce temps Cbanrias fit avancer le gros de sa flotte, et s'empara du port (2). Peu après, Iphicrate vint piller rtle; il y fit un grand nutin, et se retira à Délos. Les Samiens lui envoyèrent des députés pour racheter ce qu'il avait pris. 11 les accueille, traite avec eux, puis feint d'être subitement rappelé à Athènes ; les Samiens ne s'étonneot ni ne s'inquiètent de son départ; lui, trompant leur bonne foi , fait force de voiles vers leur tle , en trouve les défenseurs sans défiance, répandus dans la campagne, exerce de nouveaux ravages, et emporte un butin plus considérable (8).

Cest vers le même temps qu'Isocrate, tâchant de persuader aux Athéniens de s'emparer de toute rtle, leurdisait : « Les côtes de l'Asie n'obéissant qu'avec répugnance au grand roi, il faut prendre Chios, Rhodes et Samos avant qu^elles ne soient fortifiées par de nouvelles garnisons (4) >.

Ce conseil fut suivi. Mille mercenaires, commandés par Timothée , allèrent attaquer Samot ; mais ils ne combattirent au'avec mollesse, parce que leur solde n était pas payée. Timothée trouva des ressources oans l'île assiégée : elle abondait en fruits ; il y fit une descente, recueillit et fit vendre tout ce qu'il put des productions du sol , distribua l'ar-

(x) \éaof>h.t Hêllen., I^> ^* (a) Frontin, Slrat^ I, 4, i4.

(3) Polyen, Strat., m, 9, 36.

(4) Isocr., Pa«^., 160.

gent à ses soldats, et prit d'assaut la ville (1). Dans la guerre sociale, lorsque le joug d'Athènes, redevenu pesant, révolta contre elle les Rhodiens, les habitants de Chios et les Byzantins , Samos demeura fidèle. Une flotte de cent vaisseaux des alliés vint l'attaquer après avoir dévasté Lemnos et Imbros ; ils ravagèrent l'île , et assi^èrent sa capitale par terre et par mer. Pour délivrer cette ville, Iphicrate, Timothée et Charès firent diversion en se portant vers Byzance ; ils y rappelèrent la flotte des rebelles (3). Le rédt de Cornélius Népos (3) donnerait à supposer, bien au contraire, uue les Samiens avaient abandonné Athènes ; les trois généraux, ditil, assiégeaient Samos; Iphicrate et Timothée se refusaient à une bataille navale. Charès l'engagea seul , et fut vaincu; il écrivit à Athènes que sans ses collègues il eût pris la ville. Mais Cornélius Népos, plus éloigné des faits que Diodore, et biographe peu critique , est d'autant moins digne de foi en cette circonstance, que Pausanias nous apprend encore, par le passage déjà cité (4) , que Timothée obtint des Samiens une statue^ et ce n'est pas en les assiégeant qu'il eût mérité leur reconnaissance. Quoi qu'il en soit, Athènes continua à faire acte de souveraineté dans 111e de Samos, et y envoya dans ce temps-là deux mille colons, que l'on pourvut de bonnes terres (855) (6).

Ainsi Athènes s'était comme incorporé l'île de Samos , et celle-ci , de son côté, renonçant à avoir une existence à part et indépendante , fit le sacrifice de toute ambition, et retrouva en s'adonnant au commerce des jours de paix et de prospérité. Philippe, devenu maître de toute la Grèce, laissa aux Athéniens la possession de cette île, qui était devenue comme une annexe dfe l'Attique; et Alexandre , dit Plutarque (6), confirma aux Athéniens la concession de son père et leur abandonna Samos libre et florissante. Mais lorsque, vers ses dernières années,

'1) Polyso, Strat., 111,9, <<>• [a) Diod., XVI, ai.

[3) Corn. Nep., Timoth.^ 3.

[4) Païuan., V , 3.

(5) Diod. de Sic., XYin , 8.

(6) Plut, y^/tfj:., aS.

LUNIVERS.

il rappela par un déoret , applicable à toute fa Grèce, les exilés dans leurs diverses villes, les Athéniens ne virent pas revenir sans un vif mécontentement les Samiens qu'ils avaient dépossédés pour Caire place à leurs deux mille colons.

Mais en présence d* Alexandre il fallut se taire (1). La querelle, suspendue à la mort du roi , fut soumise à ses successeurs , et Perdiccas rendit aux Samiens leurs champs et leur ville, et les rappela après plus de quarante-trois ans d'exil (2). Polysperchon se montra moins favorable à Samos : Fexoeptant du décret de liberté promulgué pour toute la Grèce, il la rendit à Athènes, parce que cette ville la tenait de Philippe (3). La malheureuse île disparaît alors, et on ne sait si , dans le conflit des successeurs d'Alexandre, elle prit parti pour Quelqu'un d'entre eux. un Samien, Tnémison, commande, au centre de l'armée, les vaisseaux légers de Démétrius à la bataille navale de Salamine; mais Diodore ne dit pas s'il était envoyé par les Samiens ou s'il était venu comme simple aventurier. C'est vers celte époque que l'annaliste samien Duris gouverne cette île , si l'on doit ajouter loi au témoignage isolé d'Athénée (4).

Au milieu des grands événements survenus autour d'eux dans la Grèce etl' Asie, les Samiens et les Pfiéniens n'avaient pas déposé leur vieille inimitié ; les champs de Barginétide étaient toujours l'objet de leurs contestations, et les guerres se succédaient entre eux pour les limites de territoire. Les marbres d'Oxford constatent la persévérance de cette querelle, et le voyageur anglais Chandler a retrouvé un document qui atteste que Lysimaque fut pris pour arbitre par les Samiens et les Priéniens. Ceux-ci avaient exposé tous leurs titres à la possession du territoire de Barginétide , et, autant qu'on le peut conjecturer p^ar les marbres d'Oxford et par une inscription trouvée dans les ruines du temple de Minerve à Priène (5), ils eurent gain de cause. Mais Samos en appela du jugement de Lysimaque à

(i)Diod.,XVni,8.

(a)Id.,XVin, i8.

(3)Id.,XVin,56.

h) PanoflLa, Iles Sam,, p. 98.

(5) Chandler, Inscriot. ont,, 1. 1, p. i5.

Ptolémée Philopator, qui était devenu son maître, et qui entretenait dans ses

f»orts une flotte considérable (1). Ptoémée confirma aux Priéniens la possession du champ contesté, (222).

Sâmos sous l'influence et là

DOMINATION DES ROMA.INS. — Après

les successeurs d'Alexandre, la dommation romaine s'étendit sur la Grèce. En Tannée 200 nous trouvons Samos dans l'alliance de Rome avec Attale et les Rhodiens , et un ambassadeur romain dénonce dans le sénat de la ligue Étolienne les plaintes des Samiens contre Philippe, roi de Macédoine. Celui-ci, pour.vse venger , équipe une flotte , et prend Samos (2) , dont il fait le centre de ses opérations navales. En 197 Samos, avec le reste de la Grèce, recouvre, après la victoire de Flamininus , une ombre de liberté. Bientôt Antiochus, roi de Syrie, fit la guerre aux Romains; la commodité du port de Samos et sa situation en firent encore le centre des opérations de la guerre entre les Rhodiens et les Romains d'une part, et Antiochus de l'autre. Les Samiens étaient favorables aux premiers; mais Pausistrate, chef des forces de Rhodes, tomba dans un piège que Polyxénidas , aminLd' Antiochus, lui avait tendu ; pris à l'im proviste, il fut vaincu, et n'eut pour sauver son honneur que la ressource de mourir courageusement dans le combat.

Samos, incapable de se défendre par ellemême, tomba sous la dépendaDce du vainqueur (3). Plus préoccupée de la possession de son petit territoire du continent que de sa hberté, elle soumet à Antiochus son étemel différend avec Priène, et les limites entre les deux peuples sont enfin fixées. Après la défaite du roi de Syrie , Samos se replaça sans peine sous le patronage des Romains.

Mous retrouvons Samos au temps où Aristonic proteste par les armes contre le testament d' Attale, roi de Pcrgame.

Beaucoup de villes reconnaissent ce prince ; mais Samos s'y refuse , et il la

Îrend par force (4). A sa mort (129 avant .-G. ) Samos est comprise dans les villes

(i) Polybc , V , 35.

(a) Id., XYI, I.

(3) Appien , De Reh, Sjrr,, a4.

(4) Florus.II, 2o,4.

ILE DE SAMOS

d*A£ie réduites en proyihce romaine.

Mais pins tard elle secoue ce joug , et cette alliée iasou'ici fidèle des Romains 8*anit à Mitnriaate (1). Ce soulèvement n*est pas heureux ; et Sylla le lui fût expier durement. Il était encore à Samos Siand des pirates s*en emparèreot , pilrent la vilie et ruinèrent le temple, jusque là respe<^. Ce n'était là que le prélude des longues misères dont le despotisme des gouverneurs romains et les brigandages des pirates devaient accabler rae de Samos. Son antique renommée d'opulence attirait vers elle tous ceux qui étaient avides de butin : proconsuls et pirates la dévastèrent à Tenyi.

Verres^ lieutenant de Dolabella en Asie, n*^rgna ni le temple de Junon ni les habitants de Samos. Les députés samiens allèrent en Asie exposer leurs

Elaintes à Gaîus Néron, qui leur dit que 3S accusations de ce genre se portaient à Rome; ils n'eurent que la consolation d'entendre une sortie éloquente de Cicénm contre le spoliateur (3). L'administration bienfaisante deQuintus Cicéron, préteur en Asie, rendit un peu de calme à Samos, et sembla la faire renaître (63 avant J.-G.) (3). Mais les exactions ne tardèrent pas à recommencer : Antoine leur ravit, pour Cléopâtre, les chefsd'oeavre de sculpture qu'ils avaient conservés. Octave, vainqueur à Actium , se déclara le protecteur de ceux que son ennemi avait opprimés ; il passa une partie de l'hiver de l'année 30 avant J.-C. à Samos, et lui restitua deux de ses statuas (4). Cette fie lui plaisait , il y fit un second séjour ; il y prit les insignes de son cinquième consulat, et y passa les deux hivers des années 31 et 30, en allant et revenant d'un voyage en Orient.

n avait été rejoint en 31 par Tibère (5). Mettant le comble à ses Dienfaits , Auffuste accorda à Samos la liberté (6). Ce rat alors que Samos fit une acquisition assez importante. L'Ile d'Icarie était

(i) App.; DeBea. MUhrîd^ti^^Z, ; Cîcér., pro Maml., XII.

(aj CicL, in Verr,, l^ ao.

f3) Cioér. eut; Quint, frair,^ 1,8,3, 7.

[4) Suélon., Oclav. XYII;App., Bell, âpiL, IV, 4a.

?ii

(5) SucL, Ti6., Xn.

(6) Eusèb., Chron.f olymp. GXC.

presque inhabitée : des Samiens s'y étanJirent, et eh exploitèrent les excellents pâturages. D'autres s'approprièrent une partie du rivage d'Ëphese. Caligula eut l'intention de rétablir le palais de Polyerate (1). Les divers empereurs qui se succédèrent jusqu'à Vespasien respectèrent l'apparence de liberté qu'Auguste avait accordée à Samos. Mais en 70 le nouvel empereur fit deltle une province romaine, et supprima les derniers vestiges de son indépendance.

COLOICIES, INSTITUTIONS, RELIGION, LITTBEÀTURK DE SAMOS DANS L'àN- TIQDITÉ.

Colonies, coumergb, industrie.

— Le nombre et Timportance des colonies de Samos prouvent, mieux que tout autre témoignage, l'activité et l'étendue de son commerce , et montrent que les Samiens méritaient peut-être plus que les Phocéens d'être considérés comme les premiers navigateurs de la Grèce (3). La première ooloniesamiennefot celle de Samothraoe, fondée lorsque Androclès, roi des Éphésiens , eut chassé Léogoras , fils de Proclès, vers 1 100 avant J.-C. Une génération après l'établissement des Ioniens en Asie Mineure, des Samiens dépossédés par rétablissement de ce prince se réfugièrent dans cette lie, et changèrent son nom de Dardanie en celui de Samos de Thrace (8). Antiphon dit à ce sujet : « Les anciens habitants de llie, dont nous descendons, étaient Samiens. Ce fut la nécessité, non le bon plaisir, qui les conduisit dans leur second séjour. Un tyran les avait chassés de leur patrie; après avoir exercé des pirateries sur la cote de Thrace, ils s'emparèrent de Dardanie. » Le géographe Mélétius ne semble pas attribuer à ce fait historique la colonisation de Samothrace; car il dit que les habitants de cette lie ayant été secourus par les Samiens dans une disette, leur accordèrent en reconnaissance

(i) Tacite, Ann,, IV, 14.

(a) R. Rocbette, Colonies Crscques, IV , io3.

(3) Suid., V. £a{ioOpaxT); Diod. Sicul., UI, $ V, 49; IV, 43, 48 ; cf. Panofka^ Res Sam,, p. ao.

LUNIVERS.

le droit d^envoyer chez eux une colonie. Samothrace à son tour répandit une partie de sa population sur les rivages voisins.

Anaea , cette ville qui a été souvent mentionnée dans Thistoire de Samos, fut fortiOée à la même époque par Léosoras, qui s*y était réfugié. Elle devint depuis oe temps la retraite de ceux des Samiens qu'avait chassés le parti populaire; et lorsque Ttle se mit dans 1 alliance et la dépendance des Athéniens , sa colonie , jetée dans le parti contraire, ne cessa de fomenter des troubles dans la métropole et de chercher l'occasion d*y faire naître une révolution oligarchique.

<r Anœa, dit Etienne de Byzance, est située sur la côte de Carie, en face de Samos; son nom lui vient de Tamazone Anaea, qui y avait été nourrie, au dire d'Éphorus FAnéen. A cette ville appartient riilustre péripatéticieu et historien Ménélas (1). »

La fondation de Périnthe doit remonter à la même époque. Les témoignages de Plutarque et de Scvmnus de Chios ne permettent pas de douter que cette ville ait été une colonie samienne. Elle parvint à un degré assez élevé de prospérité et de puissance; son alliance avec les Athéniens et sa résistance aux armes de Philippe sont les principaux événements de son histoire.

A vingt milles de Périnthe, vers le sud, était Bisanthe, autre colonie de Samos, et patrie du poète élé^que Phaidimus (2). Cette ville a pns plus tard le nom de Rhaidcstos. Les avantages de sa position la conservèrent dans un état prospère, malgré les révolutions et les siècles; et lorsquePococke visita les côtes deThrace, il retrouva la colonie samienne toujours riche en vins et en blés, et encore assez florissante sous le nom de Rhodosto (8). Les Samiens paraissent avoir affectionné les côtes fertiles de la Thraee; ils y fondèrent encore, à une

nue incertaine, entre Bisanthe et Pée,Hérffium-Tichos(cité de Junon); cette ville était un comptoir samien, qui

(i) Yoyez poor toalet les citations Pt- Qotka, Rfs Sanûorum, p. az et suiv.

(a) Étien. de Byi., V, BtcrdvOY); Pompon. Meia, II, a.

{}) Description de r Orient, m, p. i43.

avait un temple consacré à la déca protectrice de Samos.

Vers 625 Amorgos , tie des Cjdad^ habitée par des Naxiens, reçut vm o lonie que le grammairien Simmias^ nait de Samos, sa patrie (1). La Uf^ fut aussi fréquentée par les Samiei& fondèrent dans la grande Oasis ooêr

3ui « appartient, dit Hérodote, à kr 'Eschrion, et se trouve à sept jof de Thèbes par le désert ; ce lieu .

le nom d'tle Fortunée (2) ». De Min à Ephèse le rivage asiatique appaiti à Samos; lesÉpnésiens lui avaient la petite ville de Néapolls en édiangei Maratbésium. En Cilide, elle âi fondé, en face de Hie de Çypre, i gidos et Celendris, qui passaient paork plus anciennes villes de c^te eoQtréJ Les Samiens exilés qui sous Polycn^ avaient inutilement tenté de rentm pi force dans leur patrie fondèf eot Qm nie (la Canée) en Crète. Ils consaoeRil dans cette île un temple à Diaoe-Dio tynne. Pendant six années leur dabii sèment fut prospère; mais an bout dl ce temps les Éginètes, qui n'avaiest»

déposé leur vieille inimitié contre h Samiens, vinrent les attaquer; vaîDCtJ dans un combat naval, les habhaDts ^ Cydonie allèrent demander à Fitahed troisième patrie; ils se retirèrent^ Campanie à Dic(£archia,gii/ devint pU tard Putéoli ou Pouzzoles (3) {SIS ava J.-C).

Zancle fut la dernière coloiùe mienne. Thucydide et Hérodote ne:

cordent pas avec Pausanias au sujets la fondation de cette ville. ThucjiÛe:

dit oue Zancle fiit d'abord habitée ' des Drigands de Cume en Eubée, par d'autres colons du même ^vp\.

tard les Samiens et d'autres Ionieiis,< fuyaient la domination des Perses, sèrent ces premiers possesseurs, et mirent à leur place. Dans Hérodote i faits sont plus circonstanciés ; aostij bataille de Lada , dit-il , ceux (fe ^ miens (}ui ne voulaient pas reM^ sous le joug d'Ëacès se rendireitàl'ù^

'i) Suid., £i{L(&£occ.

[a) Hérodote, m, a6.

(3) Hérodote, m, 59; Euaèb.

olyrop. LXII.

(4) Thuc, YI , 4.

èfa., ^

ILE DE SAMOS

▼itatioD que les Zancléeos avaient faite aux Ioniens de venir à Calacte (Kaîk^ ^-nS) pour y bâtir ensemble une ville; ^uand ils arrivèrent en Sicile, ils apprirent que les habitants de Zancle étaient, avec leur roi Scjrthès , occupés au siège d'une ville voisine. Anaxilas, tyran de Rhégium, alors en guerre avec les Zancléens, engagea les Samiens à abandonner leur projet d'établissement à Calacte, et à s'emparer de Zancle, alors sans défenseur. Ce conseil plut aux Samiens ; avertis de cette perfidie, ceux de Zancle appelèrent à leur secours Hlppocrate, tyran de Gela. Ce prince accourut ; mais il fit mettre aux lers le roi de Zancle et son frère, et les livra aux Samiens avec trois cents des principaux de la ville. Les dépouilles furent partagées de la sorte : la campagne et ses prcnductions avec la naoitié des meubles et des esclaves fut livré à Hippocrate, le reste appartint aux exil^ de Samos (1). La mauvaise foi et la trahison des Samiens furent punies ; ils occupèrent quelque temps Zancle d'accord avec Cad mus, fils du roi dépofijsédé (2). Mais Anaxilas , tyran de Rbé^am, les chassa en partie, ouvrit la ville à des hommes de toute race, et, «n souvenir de la patrie de ses ancêtres , loi donna le nom de Messène (3). Pausanias nous offre encore un récit différent. 11 reporte à une époque beaucoup plus ancienne les ravages exercés par des piratessous les ordres de deux chefs, Cratéraène de Samos et Périérée de Cbalcis ; il suppose l'existence de deux Anaxilas, dont le premier aurait vécu au temps de la deuxième guerre de Messénie. Ce tyran de BJiégium avait, ditil, appelé les Messéniens, chassés de leur patrie , au secours de Zancle, pressée par les pirates , et les Messéniens vainqueurs se seraient établis dans la ville et lui auraient donné leur nom. Selon cette version , Zancle n'est pas une oolonie de Samos ; un chef de pirates, seul , est Samien (4).

Le commerce des Samiens était très-

(i) Hérodote, "VI , aa , a3.

(a)Id.,VII, x64.

{3)Thuc7d.,VI,5.

(4) Pausanias, lY, a3. Voir la critique de ces témoignages dans M. Raoul Rocheite, Manies Grecques , m , 43i.

actif et très- étendu (1) ; leurs vaisseaux sillonnèrent la Méditerranée, et portèrent dans tous les pays de Tancien monde les produits de leur industrie ; et les profits oonsidérables de leur commerce expliquent seuls la rapidité avec laquelle ils se relevaient de leur désastre, et la prospérité où ils parvinrent, malgré de continuelles dissensions. Un de leurs naviflateurs, Déxicréon, avait &it voile vers l'Ile de Qrpre pour y commercer ; mais pendant qu'il s'occupait d'échanges , la déesse Venus l'avertit de n'embarquer que de l'eau. « Il suirit ce conseil : des « marchands, mourant de soif, la lui « achetèrent; il fit un ^ain considérable, « et, plein de reconnaissance, à son re- « tour dans Samos , il éleva un temple « à sa protectrice (3). > Il y avait des Samiens parmi ces pirates Ioniens et Cariens av^ lesquels Psammitichus, chassé par les onze rois ses collègues , les expulsa à son tour et s'établit a leur place. Psammitichus et son fils Néchao furent de grands rois ; quelques pirates Samiens en les plaçant sur le trône se trouvèrent exercer une influence singulière sur les destinées de l'Egypte. Les ailiésde Psammitichus furent récompensés par une concession de terres situées près de la mer, au-dessus de fiubaste, et déjeunes Égyptiens qui leur furent confiés s'élevèrent dans la connaissance des usages et de la lan^e grecque (â). Cette alliance des Égyptiens et des Grecs, commencée par les Samiens sous Psammitichus, fut resserrée sons Amasis, qui longtemps fut i*ami et Tallié particulier de Polycrate. I^roid'Écypteaccorda auxGrecs un établissement à Naucratis, et le droit d'élever des autels à leurs dieux particuliers ; les Samiens y dressèrent un temple à Junon (4^. De tous les navigateurs de Samos, les deux plus célèbres sont Colœus et £lpis. Colœus avait abordé à File de Platée, en Lybie, et secouru dans une disette une oolonie des habitants de Théra conduite par un Cretois du nom de Corobius. Désirant se rendre en Egypte , il avait mis à la voile par un fort vent d'est. Le vent, ne cessant pas , l'emporta

(x) cf. Panoflui, Res Sam,, p. 14.

<«) Plut., Quest, Gr., 54.

(3) Hérodote, II, i5si-i54.

(4)Id.,II, 178.

LnjNIVEIlS.

par delà les coloones d'Hercule , vers la ville de Tartessus, où jamais aucun Grec n'avait abordé. Les profits de Colœus furent si considérables , que de la dîme de son gain, s'élevant à six talents (à peuprès 32,400 fr. ), il fit faire le vase d'airain en forme de cratère argotique orné de têtes de griffons, et soutenu par trois colosses d'airain de sept coudées , que l'on voyait dans le temple de Junon à Samos (1). Pline nous a conservé sur Eipis une histoire singulière. 11 s'était rendu en Afrique; à peine débarqué, il vit un lion s avancer vers lui. Plein d'effroi, il chercha un refuge sur un arbre, en invoquant Bacchus ; le lion s'était approché , mais, au lieu de marquer aucune colère , il tournait ses regards vers l'homme, et semblait l'implorer. Un os s'était arrêté dans sa mâcnoire , et l'empêchait de prendre aucune nourriture. Ëlpis descendit, et le délivra. Le lion ne se montra pas ingrat; Pline raconte qu'il entretint de gibier le navire de son libérateur tant qu'il resta près du rivage. De retour dans sa patrie , le Samien consacra à Bacchus le temple qu'on appela Àiov^oou xex,t]v6to{ (de Bacchus à la bouche ouverte} (3).

Les Samiens ne furent pas moins industrieux que commerçants; leurs navires ne transmettaient pas seulement aux autres pays les riches productions d'un sol fertile ; les tissus de laines, de moelleux tapis, et surtout les vases fameux de Samos, étaient l'objet d'un vaste échange. Polycrate , à qui rlle était redevable de presque tous les éléments de sa prospérité, y avait fait élever un grand nombre de brebis achetées aux MiTésiens ; et en

S eu de temps , grâce au développement e l'industrie, les tapis samiens fièrent en célébrité ceux de Milet. Leur réputation subsistait encore au temps de Théocrite : dans les cérémonies sacrées on déployait les tapis de pourpre plus doux que le sommeil fabriqués avec les toisons de Milet et de Samos (8).

La poterie samienne était d'un usage^énéral chez les anciens ; elle était faite d'une terre particulière appelée géopha* nium, qu'avait trouvée au .pied du Ger-

(i) Hérodote, IV,' i5a.

a) Plin., Hist. Nat., VUI, ai.

3) Théocr., IdylL XV, ▼. laS.

cétusun Samien du nom deMandnbide; un de ses taureaux l'avait mise à découvert en creusant la terre. Mandrobule , enrichi par cçt beoreux hasard, consacra à Junon un taureau d'or; Tsnée suivante il offrit à la déesse on t» reau d'argent, la troisième année ontsreau d'airain , et ses compatriotes firat à ce sujet un proverbe qu'ils af/ftquaient à ceux qui allaient de moîDeir moins bien : Comme ManârMk [h Le géophanium se divisait en asteretocilyre ; il avait des propriétés médKBiil& Son emploi le plus important était bâbrication de ces vases de Samos jp )b anciens ont célébrés à l'envi. PnsRcommandables par leur utilité que par la beauté de leur forme, ils émtiffS' ticulièrement en usage chez lesMffres.

« Pourquoi, dit Lactanoe, dWqrt-on pas Pinventeiur de la [M}terie? est-ce parce que les riches méprisent les vies de Samos.^ » Plante, Gcéron, Pliicai parlé des vases samiens. Tibolles*^ sant à l'une des beautés qu'il oâèbre.

fait ce vœu : (que pour tout luxe} ^ voie à tes festins joyeux Us cm^é Samos, Cette spécialité de riodQStrK samienne était plus ancienne qu'H»; mère (2); elle survécut à la prospérité de Samos , et nous avons va, dabs la description de l'île , qu'un filJafe moderne a retenu le nom de foomi des fours où se cuit encore la poterie.

Les Samiens exploitaient «osa pan@ les produits naturels de leur Ile vm pierre propre à brunir l'or, qmenmèBe temps était regardée comme on reoèk efficace contre les affections d*esi»mac, les vertiges , la fblie et les hmsi d'yeux (8). Hérodote remarque qi** faisaient usaee d'une mesure paiw lière, la coudée samienne (4).

Institutions politiques.— Santt comme le reste de la Grèce, se troan (sbord placée sous la domination desroit.

Aux rois succédèrent les géomorts, ^ à la royauté se substitua le gouveneoes^ républicain, qui fut tantôt populaire, tii^ tôt oligarchique. Dès les premieniw^

(i) Suid., V. iit) ta Mov^pofi.

(a) Voyex dans la vie d^Homère pvBâv dote le Chant du fourneau.

(3) Pline , Hisi, Nat., XXXVI , 4©.

(4) Hérodote, 1. II, 168.

ILE DE SAMOS

u temps de Rétablissement ionien à lames , la population de cette Ile est di« isée eu deux tribus, celle da Cbèse, «venue le partage de Proclès, chef de invasion ionienne, et eeile d* Astypalée, lemeurée aux Cariens. Une troisième riba , qu*Hérodote appelle d*£sehrion, embie s'être formée plus tard (1). Ces ribus, eomme on le voit, n'étaient pas ealement des circonscriptions locales; e fond de cette division, à Samos, )oœme partout ailleurs , repose sur la lifférence des races. Les tribus [)araisent composées de phratries , qui dans 'exerdce des droits politiques , et dans a célébration des cérémonies sacrées , lablissaient peut-être entre les citoyens les distinctions et des catégories. Honère, débargué à Samos, s'avance au niliOT des citoyens qui célébraient la fête des Apatnhes (3) : « Etranger, lui dit im habitant de l*11e, viens au milieu de notre fête, les phratries t'invitent à te ioindre à nos sacrifices. »

Les géomores , substitués par les Samiens à leurs rois, forent des magistrats dont le caractère et les fonctions ne sont pas nettement définis. Il y avait à Syracuse une classe de citoyens appelés Ganores (3), possesseurs des champs et des habitations. Le rapport de nom semble indiquer une analogie avec les madstrats le Samos; et sans doute ce sont les mêmes citoyens que Xénophon appelle notables (yv«»p{(aim)0 et Thucydide puissants ;^vdTouc) (4). Plutarque*les appelle les premieis de la cité. C'était, autant qu'on peut raffirmer, le nom donné aux mapstrats du parti oligarchique dans la première période de sa puissance. Les ;éomores toient assistés par un conseil appelé le sénat. C'est en effet dans e sénat que ces magistrats furent massants par les Samieus qui avaient fait partie de Texpédition de Mé^re.

Le gouvernement populaire institué

(i) Hérodote, m, a6.

(a) LesApaturies étaient une fête religieuse iélebrée par tous les Ioniens originaires de 'Altîque; elle avait ton origine dans la ^oire remportée- par Mélanthus sur Xan- W, chef des Thébains , avec qui Athènes ^t en guerre. Yoir Hérodote, I, i47*

(3) Hérodote, Tn , i55.

(V) Xénoph., HnU.y U, 2 ; Thucyd., TUI, "jPluL, Quesl,gr.^ 57.

16* Livraison. ( Ile db Sâuos. )

sous la protection des Athéniens se oonstitua à l'imitation de celui de la métropole; le peuple se réunissait en une grande assemolée (lxxXy]<7{a); ses magistrats, choisis par le hasard, ou élus par le suffrage général, étaient les éphédètes ou éphètes mentionnés par Hésychius (1) , sans que leurs attributions soient spécifiées, et les prytanes (2). Le rôle de ces derniers variait dans les diverses villes, selon que la constitution était oligarchi-

3ue ou populaire. A Samos on trouve es prj/lanes aux temps où la forme démocratique fut en videur, ainsi que dans la courte révolution oligarchique qui mit trois cents citoyens puissants à la tête des affaires.

Mgeues, Cabagtàbb, Religion. — L'histoire ancienne de Samos nous montre un peuplelongtemps énergique, animé d'une ifbrte haine contre les tyrans et d'un grand amour de la liberté. Ce sont là les traits généraux de l'esprit grec. Il n'est pas nécessaire de rappeler la chute des géomores, les luttes contre Polycrate, la résistance généreuse aux armes des Perses, et ce combat naval près de Cypre où les Samiens se distinsuèrent entre tous. La trahison des cheâ à la bataille de Lada ne peut flétrir un peuple qui s'en montra indigné. Beaucoup ae Samiens préférèrent un exil volontaire à la domination d'Éaoès ; les autres ne craignirent pas, après Salamioe, de rendre à Athènes cinq cents de ses concitoyens pris par les Perses ; ils entretinrent des Intrigues avec Léotychide, chef de la flotte grecque confédérée, le déterminèrent à venir à Samos qu'il croyait plus éloignée que les colonnes cP Hercule (3), et oien que désarmés , ils prirent une part active à la bataille de Mycale , dont ils avaient préparé le succès. Dans les temps modernes on retrouve chez les Samiens les mêmes dispositions. Pendantla guerre de l'Indépendance Samos a été la oremière de toutes les fies à s'engager dans le péril, et la dernière à déposer les armes. Adonna au commerce et à la navigation, les Samiens se distinguaient par une certaine activité qui les faisait renommer entre tous les Ioniens. Plusieurs

^x) Hésych., V, iotlixm ou i^ixmi.

(a) Chandler, InscripL anc„ 1. 1, p. x5, S.

(3) Hérodote, yui, i3a.

LUlWVEaS.

iliBStrèrent lear patrie par des victoires à Olympia : Ëurymène, bien que d'une très-petite taille, fut vainqueur des plus robustes adversaires pour s'être nourri, selon le conseil de Pythagore, de viande au lieu des figues, du lait et du fromage qu'indiquait une vieille prescription (1). Églès était muet; il avait été vainaueur, un autre athlète venait d'être proclamé; le prix allait lui être ravi , l'indignation du Samien lui donna la parole (2). Hé* raclite remporta le prix à la 148' olympiade (8) ; lliistorien Duris avait obtenu a la 107' olympiade le prix du pugilat des enfants (4). Enfin, une inscription, placée au bas de la statue de l'un des vainqueurs, s'exprimait ainsi : « Les Samiens sont les meilleurs athlètes et les plus habiles navigateurs de l'Ionie (5). »

Les mœurs publiques s'amollirent beaucoup sous Pdycrate, et les fleurs samiennes ne contribuèrent pas peu à leur dégradation ; un temps vint , plus tard encore, où Samos n'eut plus guère de réputation oue par ses courtisanes; on cite Charitoblénbaris , qui fut aimée par Démétrius de Pnalère, et Myrine, par Démétrius Poliorcète. Déjà , longtemps auparavant, Samos avait été la patrie de Rhodope, qui fut esclave avec Esope, au commencement de la tyrannie de Polycrate. Nico et la belle Bacchis étaient aussi de Samos (6).

Religion des Samibivs. — Samos était célèbre chez les anciens par le culte qu'elle rendait à Junon. L édifice fameux qui était consacré à cette déesse, et dont les débris rares et mutilés attirent encom les voyageurs, a été décrit plus haut. Les honneurs rendus à la déesse étaient dignes de la splendeur de son temple. Il y avait entre quelques cités de la Grèce, et surtout entre Samos et Argos , une rivalité sérieuse au sujet de l'origine de Junon. Cétoit , disait-on, le navire Àrgo qui avait transporté à Samos l'image et le culte de la déesse. Mais les Samiens assuraient qu^elle était née dans leur lie ; et pour

(i) Diog. Laert, VIU, ta.

(a) Tâlèr. Max., I, 8.

(3) Eusèb., Chron», olymp. GXLIII.

(4)Paiisaii.,TI,x3.

(5) Id., Vn, 4.

(6) Voir Athétiée, Xm, XIV, paisiin.

Sreuve ils rappelaient son nom antiqiie e Partbénia ; et ils disaient que le fleave Imbrasus avait aussi porté le nom de Parthénius , parce que ta reine des dieux s'était, pour la première fois, moatiée sous les touffes d'osier qui bordaient m rives. Cette Junon n'était peut-ém ai Argienne, ni Samienne d'origine. Lessvant onyngeàdsReligiansderjénti^éêâ a démontre sa parenté avec la diniiilé adorée à Tyr, sous le symbole de la lune, etia grande déesse de Babyione, Mylitti» dont elle pouvait bien n'être qu'use itproduction. L'osier ou le saule, Fagn»

eastus des rivières, était d^ié à la anéne divinité, soit à TVr, soit à Samos. La lune était aussi , chez les Grecs, J^vtre affecté à cette déesse; enfin, les rites mystérieux que l'on obsenrait dès ks temps les plus reculés, et jusqa*à la statue informe qui représentait akn b déesse, tout cela se retrouvait à Tyr et à Babylone. Si l'on sonse aux vieilles lebtiens de Samos avec la Phénieie et rOrient, on conclura sans peine que c*eâ de là que lui est venue la déesse tpi*é^ disait née ches elle, et le culte qu'elle loi rendait (1). Certains jours , appelés Ifenea, ramenaient en sen honneiff one magnifique solennité : des vierges et des femmes , ornées de bracelets et de diadèmes, s'avançaient suivies dasmeroen.

A l'entrée du temple, ceux-d dëposaieot leurs armes ; on répandait \es ubatîons, et les voBux et pnères s'élevaient ynxt la déesse pendant que les prtees offraient le sacrifice puUie sur la eeodre des cuisses des victimes amoiieelées en forme d'autel (3). Plus tard on sdtén le caractère primitif de cette fête en associant le nom d'un homme aux bonneurs qu'on rendait à la déesse. Les olh garques établis à Samos par Lysanàv donnèrent à ces jours consacrés le noo de Lysandria et ajoutèrent des eomboii aux cérémonies de la fdte (S). Uneaativ fête se célébrait encore en l'honneur é Junon ; elle avait un nom distinci et 0^

(i) MM. Gretizer et GuîfBuut, ReÛg»*»

<U fJnt'ufuiié, deiudèoM partie, t. II, p^ $9^

(a) Asius, dans Athén., XIII , p. 5^ t; Poljaen., Strat,, l, a3; Paosan., V, i3-

(3) Plut, /^s. XVni; Said., ^Hpoûi; Hè^ •yen., Auffàv6pia.

ILE DE SÂMOS.

origioe jpartieulière que dous a conser- ▼ée le témoignage d'AthéDée. Admète, fille d^Eurysthée , roi d'Argos, forcée de foir le royaume paternel , avait trouvé uni refuse à Samos, et s'y était consacrée au service de Junon , dont l'image lui était apparue; les Argiens , excita par leur jalousie, et vouli(nt rendre Admète odieuse aui Samiens, engagèrent à prix d'argent des pirates tyrrhéniens à dérober la statue de la déesse, doot ia garde était confiée à la fille d'Eurysthée. Les Tyrrhéniens pénétrèrent de nuit dans le temple t s'emparèrent de la statue et la transportèrent sur leurs vaisseaux. Mais un veot contraire les retint quand ils voulurent partir; vainement faisaientils force de rames, le vent plus fort les rejetait sur le rivage. Frappés de crainte, ils comprirent que la déesse allait faire tomber sur eux son ressentiment, et pour l'apaiser ils la mirent à terre, lui ofiùirent des libations et le ▼ent cessa à Pinstant même. Au matin Admète. ne voyant plus la statue sur l'autel, lut alarmée ; elle s'écria que Junon s'était enfuie , chacun se mit en guéte, et l'on trouva l'inta^e sainte sur le bord de la mer. Les Samiens, joyeux, allèrent chercher de longues branches d'osier, ils en entourèrent la statue , la ramenèrent ; et une fête annuelle, appelée Tonea (fête des liens), consacra le souvenir de cet événement (1). Junon n'avait pas seulement dans l'Ile le temple qne nous avons décrit, cet Herseum qui réunissait tous ]es genres de magnifieenœs ; on lui en avait consacré un second, à (2) Hipnonte, à vingt stades du rivage.

Après Junon , Diane était la déesse la plus honorée à Samos ; Apollon partageait le culte rendu à sa soeur. Il ne serait pas impossible que la vénération pour Diane ait été chez les Samiens comme on reflet du culte de Junon. Le Uyre des BettgUms de P Antiquité nous montre une sorte de parenté et presque de confusion entre les deux déesses, qui l'une et l'autre avaient la lune pour symbole. Il se peut aussi, cependant, que la déesse chasseresse n'ait dû son culte qu'à eUe-même, dans une tle où la chasse

(i) Ménodote, dans Ath., XY, p. 67a a. (a) Panofka , Rei Sam.^ p. 58.

fut avec la piraterie la première res-^ source des habitants. Comme Junon, Diane porta les noms deChesia et d'Im»

brasia (1). Son temple était appelé Tau^ ropolion : il servit d'asile aux enfants de Gorcyre, lorsque les Samiens les arrachèrent aux envoyés de Corinthe» et c'est à leur occasion que fut instituée la fête annuelle où des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles déposaient sur rautel des gâteaux de miel et de sésame (2).

Le culte d'Apollon était fort ancien au dire de Pausanias (3). Dans la vie dePythagore, Jamblique raconte qu'Ancée reçut de ce dieu Tordre de coloniser Samos (4). On peut croire aussi que ce culte arriva dans l'île avec Cydrolaûs , apporté parles Lesbiens, chez qui Apollon était particulièrement honoré. On se souvient de l'Ile de Rhénée, consacrée par Polycrate à Délos, et desesjeus Pythiens.

Bacchus avait deux temples dans 111e :

celui qu'Elpis lui avait [fait bâtir à Samos et un second dans la petite ville de Gorgyre. Le fiacchus samien avait des rapports avec celui de Samothrace.

Neptune était honoré dans un tempk sur le promontoire le plus oriental de l'île, sa situation l'avait fait surnommer Neptune du rivage (ô) , et le promcmtoire s'appelait Posidium.

Mercure, dieu actif du commerce el du vol, eut un temple à Samos à une époque très-reculée. Léogoras, au retour de son exil de dix années à Anaea, le lui avait élevé; et, en mémoire des pillages et de la piraterie qui avaient été sa seule ressource, il fiit admis que pendant les fêtes et les jours consacrés on se volerait réciproquement. Ce Mercure était sumommé Joyetix (XapiB6T7)ç) (6).

Après la mort violente de Polycrate , Meandrius éleva dans un faubourg de Samos le temple de Jupiter libérateur.

Les temples de Vénus étalent nombreux ; Dexicréontlui en avait élevé un à son retour de Cypre : les courtisanes athé^

(i) Gallim., Bymm» h Dion,, T, aa8.

, hk) Hérodote, m, 43.

r3) Pausan., n, 3z.

(4) Jamb., I, ch. xi.

IS) Uésych., V , lycaxToîoc.

(6) Plut., Queit. Gr., 55; Pausan.» Vn, 4^

L'UNIVRR&

ûiennes qui avaient suivi Péridès, dans son expéoition contre Samos, lui en bâtirent un second appelé le temple de la Vénus des Roseaux (1). La fétedes Èkuihéries avait été instituée en Thonneur de rAmonr et de sa mère; oendant sa durée la licence la plus absolue régnait à Samos. Enfin, Minerve et Gérés recevaient un culte et jouissaient d'honneurs établis sans doute par les colons de i* Attique.

Beaux Abts, Littbraturb, Philosophie. — Les arts furent cultivés à Saroos avec un soin particulier. Le grand nombre des édifices religieux qui ornaient cette ne et les objets d'art dont ils étaient décorés attestent le développement de l'architecture, de la sculpture et de la peinture à Samos. L'architecture y fut surtout florissante. LesSamiens illustres dans cet art sont : Rhoecus , qui construisit l'Hérœum, à la première olympiade (776), ou selon une opinion plus accréditée vers la vingtième (700) (2).

Son fils Théodore construisit le Labyrinthe de Lenmos. Pendant un séjour à Éphèse il conseilla de placer des charbons dans les fondements du temple de Diane, que l'on construisait alors, afin d'éviter les inconvénients de l'humidité (3). Vint ensuite Mandroclès, qui jeta sur le Bosphore le pont de bateaux sur lequel les Perses passèrent pour aller en Scythie. Darius,. satisfait ae cet ouvrage , combla Mandroclès de présents , dont une partie fut employée à faire peindre pour l'Hérœum un tableau qui représentait le pont avec le roi Darius, assis sur son trône et regardant défiler son armée. L'inscription en était ainsi conçue : « Mandroclès a consacré à Ju- « non ce monument en reconnaissance « de ce qu'il a réussi au gré de Darius « à jeter un pont sur le Bosphore. Il « s'est par cette entreprise couvert de « gloire, et a rendu immortel le nom de « Samos, sa patrie (4) ». Les nombreux édifices, tant civils que sacrés, de Samos témoignent de l'existence d'un grand Dombre d'autres architectes et d'ingé-

^i) Atbén., Xni,57a, f. xoXàtiotç.

(a) Yoir la discussion de M. Panofka , Rcs Sam., p. Sx.

(3) Diog. Laert., IV, S.

(4) Hérodote, IV, 88.

nîeurs, dont les noms ne nous sont pas parvenus.

Le même Rhœcus fut scalpteor en même temps qu'architecte illustre. Awtc et après lui se distinguèrent ses fils , Théodore et Teléclès. Rhœcus et Théodore furent les inventeurs de la plastique. Théodore avait coulé en airain sa propre statue. Cet ouvrage était remarquable, par la vérité et la finesse des détails. Dans la main droite était une lime et un petit quadrige de la forme la plus exiguë et du travail le plus délicat. L*invention de la règle, du tour et du nireaa lui était encore attribuée (1). De concert avec Teléclès , il fit , à 1 imitation des artistes de l'Egypte, où il avait demenré longtemps, ime statue dont une moitié fut exécutée par lui, à Éphèse, et Tautre, à Samos, par son frère. Les proportions avaient été si bien prises que les deux parties rapprochées semblaient appartenir au même ciseau. Un secona Théodore, fils de Teléclès, s'illustra dans les arts, comme son père , son aïeul et sob onde, et mit le comble à la gloire de sa famille. Il fut contemporain de Polyerate, et grava cette bague en forme de cachet dont le sacrifice parut au tyran la compensation de son nonheur. On lui attribuait un cratère consacré par Ctésos dans le temple de Delphes; ce cratère était d'argent, et capable de contenir six cents amphores ; le travail en était du goût le plus exquis (2). Un peintre du nom de Pythagore, à peu près contemporain du grand philosophe , s'adonna aussi à la sculpture. On voyait de hn au temps de Pline sept statues nues, auprès du temple de la Fortune de efaaque jour, et celle d'un yieillard : toutes étaient des œuvres très-estimées (3). A partir de ce temps les noms des sculpteur samiens cessent d'être connus ; mais les statues dressées à Alcibiade , Lysandre, Conon, Timothée prouvent que la sculpture continua à être en bonnesr à Samos.

Plusieurs peintres samiens furent célèbres, et les encouragements, les ooih

(i) Pline, ffist. Nat,, XXXIV, passim.

(a) Hérodote, 1,5/.

(3) Pline. Uist. Nat., 34, 19 ; Dioe.

Vin, FU de PytluLg.

19 et

ILE DE SÀI^IOS

eoon et la libéralilé des habitants de File f attirèrent encore des étrangers illustres. Caiyphon de Samos, contemporain de la première guerre médique, peignit

K>dr le temple de Diane à Epb^ une iscorde , qui faisait allusion à la guerre des Perses contre les Grecs (l). 11 repré* eenta ensuite un Patrocle que des femmes revêtaient de t^ cuirasse (3). Pline mentionne parmi les bons peintres un nommé Théodore, élè?edeNicostbène, dont Tépoque est incertaine (3). Au temps de I>éinostbèoe florissait AgatharchuSy fils d'Eudémos (4). Parrbasius d'Éphèse vint à Samos, et concourut avec Timanthe pojur un Ajax disputant les armes d'Achille. Mis après le Samien , il déclara être affligé piour le héros de le voir une seconde fois vaincu par un indigne adversaire (5). Timanthe est le peintre fameux gui ne trouvant pas une expression assez lorte de la douleur d*Agamemnon pendant le sacrifice de sa fille, lui voila la tête. Nous avons vu que Pjthagore le seolpteur avait d'abord été peintre.

Samos eut aussi des musiciens : le grand Pythagore avait fait une étude approfondie de l'art musical ; et selon son sjrstjème Tensemble du monde était organisé d'après les mêmes lois d*harmoniegae la musique. Le Samien Stésandre Ait le premier qui à Delphes chanta sur la cithare les poèmes d'Homère ; vient ensuite le joueur de flûte Téléphane , auquel Cléopfltre fille de Philippe fit élever un tombeau sur le chemin qui ooène de Coriothe à Mégare (6). Trois leonee Samiennes furent aussi célèbres parleurs chants et par leurs danses : elles rappelaient Aristooique, CŒnanthe et Açithocléa (7).

La littérature fut aussi cultivée que les arts par les Samîens. Cette tle eut des écnvains originaux, s'exprimant dans un dialecte particulier» L'idiome propre am Samiens, qui était l'une des quatre branches du dialecte ionien, devait se ressentir du séjour des Cariens

(x) Paosanias, Y, xg.

(a) U., Ibid., 26.

(3) Pline, Hist, Nat„ XXXV, 4o.

(4) Panolka , p. SS.

(5J Pline, HUt, Nat., XXXV, X9-36.

(6) Patisanias, I, 44*

(7) Panofka, Res Sam,, p. 56.

dans rtle; leur langage, moins doux que celui des Lydiens, gardait une cer« taine parenté avec la lan^e, plus rude, des Cariens et des Donens. Si l'on en croit Hésychius et Suidas, un Samien, Callistrate, aurait inventé les vingt-quatre lettres de l'alphabet , qui de Samos auraient passé en Attique, sous l'archontat d'Euclide. Les plus anciens poètes de Samos sont la Sinylle HérophiJe (1), et Asius, fils d'Amphiptolème, auteur d'un poëme généalogique dont Pausa* nias a recueilli quelques nragments. Créophyle, poète cyclique, appartint à la période où les chefs-d'œuvre et la gloire d'Homère firent naître un grand nombre d'imitateurs. « 11 avait donné l'hospita* lité à Homère, dit Strabon (3), et pour récompense il eut Thonneur de puolier sous son nom le poëme intitulé la Prise cP(XlchaHe ». Callimaque assure, dans une épigramme conservée par Strabon, que cette œuvre appartient bien à Créophyle, en prêtant au poème même le langage suivant : « Je suis l'œuvreduSamien « qui jadis reçut ledivinHomère; je pleure « les malheurs d'Eunthus et de la blonde • lolée ; on me qualine de poëme homéri- « que, ô Jupiter ! quel sujet de gloire pour « Créophyle! » — Plusieurs auteurs ont dit que Créophyle fut le maître d'Homère. Prodicus, né aussi à Samos, avait, au dire de Clément d'Alexandrie, écrit une descente d'Orphée aux enfers. On compte encore parmi les poètes épiques Chœrile, contemporain d'Eschyle. Il chanta la guerre des Perses contre les Grecs, sWorçant de rajeunir par un sujet nouveau et attachant la poésie épique, qui commençait à vieillir. Les Athé^ niens, charmés du sujet, eurent le poète en grande considération. On lisait dans les écoles ses poèmes avec ceux d'Homère. Un autre Chœrile, poète tragique, fut contemporain d'Alexandre : ses mauvais vers étaient récompenséschacund'un statère d'or, c'est de lui qu'Horace a dit:

Gratos Alexandre regl magno fuit Ule Cbœrtlas, Incaltis qurvenibat et malenaUf Rettalit aoceptot regale ûamitma PbiUppot(8).

Un autre poète, I<licénœtus, adressa cette épigramme à sa patrie :.« Ce n'est pas

(ù PanoflLa, Res Samiorum, p. S7 et tuiv. (a) Strabon , XIX , $ xo.

(3) Hor., £pit,, Uf ép. x.

LTJNIVERS.

« dans la yille^ c'est an milieu des cain« « pagnes qœ je veoi célébrer mes fes- « tins, réjouis par le soufDe du zéphyr ; « Cest assez dm lit de feuillage. Yoid « les feuilles de Tagnus-castus , arbre « embaomé de cette terre. Voici Fosier, « couronne antioue des Cariens. Appor- « tez le Tin et laiyre aimable des muses ; «plein de joie, réjoui parles douces « tnméesde la liqueur enivrante, je chan- « terai la déesse reine de notre tle , la « Doble épouse de Jupiter (1) ». Pausimaque arait retracé dans ses vers Tbisloire du monde. Asdépiade est appelé

Sur Théocrite la gloire de Samos (3).

poenoetus composa deux poèmes , Tun flur les poissons , Fautre sur Part culinaire.

Il faut parler d'Ésope à propos des écrivains de Samos. Le célèbre fabuliste de Tantiquité est né en Pbry^e selon Topinion commune; quelquefois cependant (8) on a voulu ^e Samos fût sa patrie. Il est au moins reconnu qu'il passa dans cette tle une partie de sa vie, et que c'est là qu'après avoir servi Xanthus il reçut d'Iadmon, son second mattre, la liberté. Il était contemporain de Grésus (4). Anacréon de Téos appartient aussi à cette tle, par le lon^ séjour qu'il fit auprès de Polycrate , gui l'avait admis dans son intimité. Mais de tous les bôtts que reçut Samos , celui dont «lie doit le plus s'enorgueillir est Homère. Devenu aveugle à Colophon, après bien des courses et des voyages, il avait, selon la biographie vulgairement attribuée à Hérodote, habité tour à tour Çyme , Phocée , Ghios. Sa destinée errante le mena, lorsqu'il était déjà vieux, dans lUe de Samos. Bien 'accueilli par les habitants , il célébra leur hospitalité dans ses vers. Cest pour des potiers, qui Tavaient prié des'asseoir an milieu d'eux, qu'il composa le Chant du Fourneau.

Homère passa un hiver entier à Samos.

Aux nouvelles lunes, il allait aux maisons des riches, suivi de jeunes enfants, et il chantait les vers que Ton a appelés l'IréiUmé ou le Rameau : C'était le cnant du suppliant qui frappait à la porte du

[x) Nicénœtiis, cité par Alhén., XY.

r») Théoc, Afy/., VI, 4o»

(3) Suidas, V, KïfïWK.

[4)H^odole,II,i34.

riche, et qui faisait un appel à sa générosité. L'hymne d'Homère se transmit d'âge en âge ; et quand les enfants de Samos fusaient la qnto en rbonneor d'Apollon, ils redisaient les vers de 11r^oné. C'est en quittant Samos qu'Homère mourut dans 111e dios (1).

Les historiens samiens sont Eogéoo, antérieur àla guerredu Péloponnèse, Doris, qui vivait trois cents ans avant J.-C. Il écrivit les commencements de lliistoire grecque (3). Les fragments de ses histoires qui nous ont été conservés par Athénée (8) abondent en détails inutiles ; ils sont d^ués de critique, mais quelquefois ils contiennent aes récits gui ne sont pas sans charme ; il lui arrivait parfois d'insérer des vers et des petits poèmes dans ses narrations. Cieéron vante son exactitude (4). Outre ses histoires , 3 avait écrit des annales samiennes, qu'«n peut particulièrement regretter id, et la traité sur les lois. On lui attribuait encore des livres sur Euripide, sur Sopbode et sur la peinture. Duris eut on frère qui, sans atteindre à sa eéiânité, ne fat pas sans mérite; il s'appdnt Lyocée, et s'adonna à la littérature. Il avait écrit des histoires égyptiennes, oô se retroovaient les défauts de son frère, et cocaposé un recueil d'actions méaorableset d'apophthegmes qui ne manquaient pas d'intérêt; un traité de l'art ccitfaaliv. Je festin de Lamia , le banqaet des rots Antigone et Ptolémée , eran une ecMrrespondance adressée à HInpoloeus disciple de Théophraste. On lui attribuait des critiques sur son contemporain le comique Ménandre (5). Denvs» auteor J d'un ouvrage n6p\ K6xXo«, écnten prose, y dissertait sur les récits ùboleux që formaient la matière des noëmes épiques. Il faut le distinguer ue Oenjs di Milet, qui a composé un livra du mène titre; on l'a quelquefois oonfiouda aver Denys d'Alexandrie, le Périéigète. PIbsieurs annalistes, Alexis, J£thlius, Mé^ nodote, complètent la " du genre historique.

(i) Hérodote, FU d'Hom.; c Si et sûf.

fa) Diod., XV, 6a

(3) Voir Athéa., JH, VI, pasdai ; Paaoftai

(4) Cic, adJtticVl, i.

(5) Panofka , Mes Samionm , p. 93.

ILE DE SAMOS

Riche en poètes et en blstorieDS, la

rte Ile de Samos fiit encore la patrie Pythagore et le berceau d'Ëpicore.

P^tbagore descendait par ses parents, Buiésarque ou Mnémarque et Pytbédée, <r Ancée , le héros qui a?ait colonisé Sainos (1). Des présages, confirmés par la beauté de reufant, ses dispositions mer- Teilleuses à tout apprendre et son goût pour les arts révélèrent sa grandeur fature. Son père, habile paveur de bagues, qui traraulait, dit Diogène de Laerte, pour rbooneur plus que ^ur le profit, ne n^licea rien de ce qui pouvait contribuer à l'instruire. Conduit par ses affaires à Lesbos, il lui fit suivre les leçons die Phérécide^de Syros ; ce maître mourut. Mnésarque revint à Samos; et son fils étudia sous Hermodamante , petitfils de Créopfayle. Bientôt le jeune Pythagore fut curieux de voir le monde; il eommen^ ses voyages, et, parcourant la Grèce et les pays narbares, se fit initier à tous les mystères. Une version, peu accréditée méiaae dans les temps anciens, prétendait que ce n'était pas de plein gré qu'il avait été en Egypte; il se serait trouvé au nombre des prisonniers de Cambyse , et aurait été racheté par uo riche Crotoniate appelé Gillus (2).

Diogène de Laerte raconte, avec plus de vraisemblance, que Polycrate lui donna pour aller dans ce pays des lettres de recommandation. Les prêtres égyptiens loi enseignèrent la combinaison des nombres et les formules rigoureuses de la géométrie. Chez les Chaldéens il appnl Ja sdence deB astres, et les révolutions précises des planètes; il pénétra jusqu'à rinde, visita la Perse, et revint par rtle de Crète. Lorsqu'il rentra dans sa patrie, riche de science et d'expérience, plein des idées et des doctrines qui allaient le placer parmi les sages, Polyerate était au comble de la prospérité. Si glorieuse que fât cette tyrannie, lephilosophe ne put la subir ; il quitta Pile, se rétugia à Ciotone, et jamais Samos ne revit son illustrecitoyen (580 av. J.-G.)(8). Mélissus de Samos fot à la fois philosophe et homme de guerre. Parménide avait été son maître; contemporain de

(i) Junbliq., Fié Je Fyihag.^ ch. a.

(9) Apulée, FlorùL^ XY.

(3) Dio^ Laert, TÔU ch. z , x, a, 3.

Démocrited'Abdèreetd'Héradite, il eut de fréquents entretiens avec ce dernier. Ses concitoyens l'aimèrent pour ses vertus, et lui décernèrent le commandement de leurs forces navales. Nous avons vu qu'il sut pendant quelque temps balancer l'habileté et la fortune de Péridès. L'univers était, selon lu!, infini, immuable , immobile ; la loi du monde était simple et toujours constante; le mouvement n'existait pas, ce n'était qu'une illusion, il ne follait pas chercher de définition pour les dieux, sur la nature desquels on n'a que des connaissances incertaines (1). Ëpicure passa sa jeunesse à Samos. Lorsque les Athéniens se déterminèrent à envoyer une colonie dans cette tle, parmi ceux que désigna le sort se trouvait un pauvre mattre d'école du bourç de Gargette : il s'appelait Néodès. Néociès vint s'établir dans son lot de terre avec un enfant qui lui était nouvellement né, et qui fut Ëpicure. Parvenu à l'âge d'étudier la philosophie, le fils de Pféoclès suivit les leçons du platonicien Pamphile ; mais bientôt il quitta l'île , et 3 à l'âge de dix-huit ans, u alla se faire inscrire à Athènes dans la classe des éphèbes (3). On cite encore parmi les Samiens eélèbres dans les sciences Phocus, auteur d'une astrologie qui mérita d'être aUrlbuée àThalèsdeMilet (8).

Tels furent les sages de Sanoos. Cette terre féconde pour la philosophie avait, dit-on , reçu Socratedans un aes voyages de sa jeunesse.

Monnaies, Médailles. » 11 ne sera pas inutile de compléter rhistoire de Samos par la description des médailles de cette île qui nous ont été conservées.

Quelques-unes de ces pièces servent à justifier des faits j[ui n'ont été avancés que sur leur témoignage.

Les Samiens, comme tous les peuples commerçants, durent adopter de bonne heure rusage des métaux monnayés pour faciliter les échanges. Ils eurent une monnaie et une marque particulière.

Pour les plus anciennes monnaies, ce fut d'un côte une tête de femme et le mot CAMIÛN, de l'autre un paon ; ces pièces rappelaient exclusivement la déesse pro-

(x) Diog. Laert., IX, 4. (a)Id.,X, i,a,3.

L'UNIVERS

tectrice de 111e, car on a vu que les paons , nourris en grand nombre dans rHérœum, étaient consacrés à Junon.

Plus tard, au temps de sa toute-puissance maritime, Samos représenta uneSamène sur ses pièces d'argent, comme semble Je prouver le passade de Suidas relatif à Texpédition de Périclès et au châtiment réciproque que s'infligèrent les Athéniens et les Samiens. Les monnaies étaient d'or, d'argent et d'airain, même de plomb doré. Parmi les médailles les mieux conservées, il en est une qui représente une petite lune auprès d'une tête de femme ; à la face est écrit MHNH CAMION, au revers BEON crNKAH- TON (l).Choiseul-GoufiQer en reproduit une à peu près semblable (2). Elle offre à la face une tête de femme ou de jeune homme, peut-être Apollon, au revers un paon posé sur un caducée, un sceptre et le monogramme de Junon. A partir des relations amicales de Samos avec la Libye, et de l'aventure d'Elpis, on voit souvent figurer sur les monnaies une tête de lion sur la face; la I^ende porte HraciANAS avec C ou CA. Au revers on voit un bœuf coupé par la moitié et je mot CAMIQN. Le nombre des médailles représentant un lion, un taureau et le nom de Bacchus est assez considérable. Sous les premiers Césars les médailles Samiennes deviennent plus rares. De Caracalla à Gallien elles sont, au contraire, très-nombreuses ; elles portent toujours le mot CAMIÛN et Timage d'un paon avec un sceptre, ou bien la déesse Junon. Celle^û est ordinairement représentée comme si elle présidait à la cérémonie du mariage, couverte d'un long voile; à ses pieds coule un fleuve, peut-être l*Imbrasus. Certaines monnaies représentent Méleagre tuant le sanglier; au-dessus Vulcain faorique des armes. Fréquemment sous Gallien et Gordien on trouve un homme nu qui lance des deux mains une pierre contre un serpent. Sur certaines m^ailles Pythagore est représenté assis, revêtu d'un manteau; il touche une sphère avec sa baguette ; en légende est écrit nireArO-

(i) Eckhel., Doctrin, num., t. H, p. SCg. Cf. Panofka, p. i8.

(a) Voir dans Tatlas Técusson qui précède les vues de Samos.

PHC CAMIÛN. Du temps deGordien etde Décius datent les méaaiUes qui portent nPQTÛN lONlAC. Enfin, une Concorie et Alexandrie d'Egypte, avec cette lécende : CAMIÛN KAl AA££ÀNAPEUN OMONOIA ; on y voit aussi Isis deboatooiverte d'un voile. Il est à remarquer qae parmi ces médailles pas une ne poite ou la figure ou l'indication d'un magistrat public. C'est là une regrettable i^ cune, qui nuit à la connaissance des wtitutioos politiques de Samos et qui a ^ rendre incertaines et réservées nos assertions à leur égard.

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