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UX DE SAMOS

pas entièrement garantie. Elle dut notamment souffrir du tremblement qui, en 362 et 365, se fit sentir de la Sicile au Péloponnèse et à l'Arabie (1).

Sous les règnes de Julien, de Valentinien, de Valens, tandis que les prétendants à l'empire se disputaient la pourpre les armes à la main, des brigands teDaient la mer Egée et tout le littoral de l'Asie Mineure, qui avait toujours été le repaire des pirates. Samos dut leur servir de retraite dans ses rochers et ses détroits, et la première souffrir de leurs ravages. En 417 nouveau tremblement de terre général sur les cdtes de l'Asie Mineure. Trente ans plus tard ce désastre se renouvelle, et ravage encore plus de contrées : Constantinople est Donleversée ; des montagnes s'écroulent, d'autres sortent du milieu des plaines ; la mer bouiUonnant engloutit des fies, toutes celles de la côte sont maltraitées, et des secousses se font sentir six mois durant. En 747 une contagion meurtrière dévaste particulièrement les tles, et dure trois ans.

C'est vers ce temps qu&rempîre ayant été partagé en thèmes , Samos dut aux souvenirs qui se rattachaient à son nom, bien plus qu'à l'importance au'elle avait conservée, de devenir le chef-lieu du seizième thème de l'Orient, qui s'étendait sur le continent depuis Magnésie, Tralle8,Èpbèse, Mvrine, Téos, Lébédos, etc., jusqu'à Acframytte, et qui était divisé en deux turmes^ Éphèse et Adramytte (2).

IrfCUBSiONSDBsSABBA.sms. — Bientôt aux ravaffes des pirates, qui s'étaient postés dans les écueils et sur les rivages Toisins de Samos, se joignirent les fréquentes incursions des Sarrasins. Maître de la Crète en 824, ils se répandirent, de cette tle dans toutes celles de l'Archipel qu'ils ne cessèrent d'infester sous Michel IL Sous Michel III , l'Ivrogne , Petronas, frère de l'ambitieux Bardas, gouverneur de Lydie et d'Ionie, et par ^nséquent de Samos, est chargé du soin de repousser les courses des Sarrasins des côtes et des Iles de sa province. En 882. sous Basile, une flotte arabe, par-

(r) Ammien-MarcelIiD , XXYI , ch. lo.

(a) Constant. PoTnhyr.^iiê Themat.,l,dâiis la Collect. Bjianl. de Niebiibr., t. III, p. 41.

tie de l'île de Crète, ravage sur son passage toutes les tles jusqu'à THellespont. Enfin sous Léon VI, en 888, les Sarrasins descendent à Samos, et font prisonnier le préteur Paspala, son gouverneur (1). Quatre chroniqueurs nous ont conservé une mention sèche et brève de cet événement, qui consomma la ruine de Samos. Nulle part on ne sent mieux que dans ces froicles indications des an* nalistes byzantins toute l'apathie et r impuissance du gouvernement du Bas- Empire. Cependant l'Ile ne tarda pas à rentrer sous la domination grecque ; puis les incursions et les ravages des Sarrasins recommencèrent. En 904 presgue tous les habitants de l'Archipel sont forcés de fuir derrière les remparts de Tbes* saloni^; mais Thessalonique est prise avec vingt-deux mille de ses défenseurs. Cependant, un général grec, Himère, bat l'ennemi ; prompts à prendre leur reyanclie, les Sarrasins arment trois cents vaisseaux , en donnent le commandement à deux chrétiens renégats, Damien, émir de Tyr, et Léon de Tripoli. Himère s'avance à leur rencontre, et livre combat auprès de Samos , dont Romain Lécapène était gouverneur. I^a bataille fut acharnée et sanglante, la victoire, longtepaps disputée, resta aux Sarrasins.

Himère n'échappa qu'avec peine, et se retira à Mitylène(9tl)(2). Damien, poursuivant le cours de ses succès, songea à s'emparer de tout l'Archipel. 11 attaqua d*abord une ville de Carie, Strobèle, dans le golfe Céramique; mais la mort arrêta l'exécution de ses projets.

En 960 Samos vit les préparatifs de la grande expédition grecque, qui, sous les ordres de Nicéphore Phocas, enleva Candie aux Sarrasins (3). Les vaisseaux s'étaient réunis au port de Pygèle , au sud d'Ëphèse. Cinquante ans plus tard, Basile Argyre, gouverneur de l'tle, fut choisi pour réprimer la révolte des habitants de Bari. 11 avait pour collègue Contoléon, gouverneur de Céphallénie.

Tous deux fêrent battus par Méli , ci-

(x) Theophanes Continuaius, TI, dans Niebuhr., p. 357; Siméon àiagister, p. 701 ; Georg. le Moine, 853.

(a) Lebeau, Bist, du Bas^Mmp.^ LXXII , §54.

(3) Zonare, infol., p. 196-197.

L'UNIVERS

toyen de la ville rebelle, le même qui, trahi par les siens, privé de sa femme et deson fils, livrés aux Grecs, se fit l'auxiliaire des Normands, et contribua à ravir à l'empire ce qu'il conservait dans l'Italie méridionale. Un autre mMivemeur de Samos, David d' Achride, nit vainqueur d'un chef russe, Chrysochis, parent de Vladimir, qui, à la tête de quel<^e8 barques, avait battu le préfet maritime d'Abydos et s'était avancé jusqu'à Lemnos (1028) (1).

L'Ile de Samos était un poste difficile à défendre. On lui choisissait pour gouverneur des hommes de guerre expérimentés. Quatre ans après la victoire de David, nous trouvons encore un gouverneur de Samos à la tête des forces navales de l'Archipel. George Théodoracane, uni h Bénooès, gouverneur de €hib, livre combat aux Sarrasins dans les Cydades, leur prend douze vaisseaux, et dissipe le reste de leur flotte (2). Sou9 le règne de Constantin IX Monomaque, que rimpératrice Zoé avait tiré de son exil à Lesbos pour le revêtir de la pour-

{»re, Gonstantm, parent de Michel V Caaphate, étant devenu suspect au nouvel empereur, fut relégué à Samos (1042) (3), après avoir eu les yeux crevés. A la fin de ce même siècle, un aventurier turc, Tzachas, s'étant formé une marine avec l'aide d'un habitant de Smyrne, s'empara de Phocée, Clazomène, Lesbos, Chios et Samos (4).

Samos au temps des gboisades. — Bientôt les expéditions de Terre Sainte amenèrent les chrétiens occidentaux dans les mers du Levant. Venus comme auxiliaires, les Latins furent rendus hostiles aux Grecs par la mauvaise foi d'Alexis Conmène. Ce fut entre les deux races une rivalité continuelle, tantôt sourde , tantôt déclarée, pendant tout le temps des croisades. Les républiques marchandes de l'Italie commencèrent alors à disputer aux Grecs le commerce de l'Asie et la domination des lies de l'Archipel. On vit les Pisàns, les Génois, puis les Vénitiens faire la guerre à l'Empire ; les

(i) Lebeau , Hiti. du Boi^Emptre, LXXVI, $67.

(a)Id.,i^ûf.,LXXVII,<3.

(3) Zonare, t. II, édit. de Paris , p. a45.

(4) Id., t. n, p. iSi.

prétentions de l'empereur, la puissance des républiques maritimes, les rivalités d'intérêts donnaient nécessairement lieu à des hostilités dont les lies de l'Archipel étaient souvent le théâtre. A l'année 1134, sous Jean Comnène, Dominique Michel, doge de Venise, ayant à se plaindre delà cour de Constantinople, qui lui avait refusé des honneurs qu'elle accordait à ses prédécesseurs, parcourut l'Archipel , à la tête de la flotte vénitienne, et il saccagea Rhodes, Chios et Samos (1). L'empire grec resta en possession de ces îles, que les Vénitiens n'occupèrent qu'un moment; mais ce fut pour les perdre d'une manière définitive, après les événements qui produisirent l'établissement des Latms à Constantinople, en 1204. Samos avec Chios, Rhodes, Lesbos, Lenmos, et toutes celles qui s'étendent entre Andros et le continent devinrent le partage des Francs. Mais on sait combien fut prompte la décadence de cet empire latin , fondé par les croisés. Dès 1333 Jean Ducas, emper^ir de Nioée, reprit Samos, Rhodes et les principales ties de ces parages (3). Depuis ce moment on ne parle plus de Samos, qui dut rester une possession des empe* reurs byzantins. Tandis que les Génois ou les Vénitiens combattaient pour La possession de Lesbos, et fondaient une colonie puissante à Chios, on ne voit pas qu'ils aient songé à la conquête de Samos. Sansdoutetoujours en proie aux ravages de ces ennemis permanents qui faisaient leur séjour dans ses deux détroits, peu ou peut-être pas cultivée, déjà rendue pestilentielle par l'accumulation des eaux dans sa plaine orientale, Samos voyait chaque jour diminuer le nombre de ses habitants, et elle n'avait plus aucun des avantages (pii auraient pu attirer les étrangers et exciter leurs convoitises. Samos sous la domination des TuBGS. — En 1453 les ravages que les Turcs V exercèrent, après s'en être emparés, lui portèrent le dernier coup. Ses derniers habitants émigrèrent, et pendant un siècle les bêtes sauvages errèrent seules à travers les forêts alMindoii-

(x) Andreœ Danduli Chron,, IX, c. za , p. 267.

(a) Nicéphore Grégoras , 1. 1 , p. «9 ; Coll. Ryt. de Niebuhr.

ILE DE SAMOS

nées de ses montagnes. De temps en temps quelque seigneur Turc faisait une descente dans l'Ile pour 8*y livrer au

Plaisir de la chasse. Enfin, vers 1550, amiral Kilidj-Ali,frappéde la beauté du sol , obtint de Soliman la permission de repeupler Samos. Il fit à cet effet, venir un grand nombre d^habitants de la côte voisine et deMitylène. A la mort de Kilidj- AU , cette lie , qui était devenue sa propriété, rentra dans le domaine du sultan (1587). Peu à peu la population de Samos augmenta; les villages se repeuplèrent, des endroits nouveaux furent habités; l'antique industrie de Ja poterie fut exploitée de nouveau. Un peu de culture, un peu de commerce, Im redonnèrent qnelque ^ie et quelque activité. La plupart des nouveaux habitants étaient Grecs, etHle, qui avant sa dépopulation avait un évéque suffiragant de Rhodes, tomba dans la dépendance du patriarche deConstantinople, qui lafsdsait administrer par un vicaire.

Cet état de choses dura cent ans.

Puis les habitants de Samos, demandant avec instances un archevêque , il leur fut accordé, et il eut pour sufnraçant révéque de Nicaria. Mais cette dernière île. étant trop pauvre pour entretenir un évéque, il fut supprimé, et Tarchevéque ue Samos demeura sans suffragant. Ce dignitaire n*était pas élu sans eertaines formaJités : à son arrivée , il montrait son firman; les Proesti < premiers de rUe, le menaient à Téslise ardbiépiscopale, où il faisait un discours et donnait sa bénédiction. De là il allait trouver le papas de chaque ^lise, qui lui remettait un présent de quinze à vingt piastres. La première année chaçiue ecclésiastique lui donnait quatre piastres, et les suivantes deux. Tous les fermiers payaient la première année vingt-huit aspres, et vingt-quatre les suivantes. Les consécrations et les mariages,la bénédiction des eaux et des troupeaux fournissaient le surplus des revenus; les laita^ et les fromages du jour de la bénédidion appartenaient à Tarchevéoue. MégalèChora, capitale nouvelle de lHef, dont inous avons donné la description, devint la résidence de Tarchevéque. C'était là qu'une partie des habitants Tenaient hn demander la permission de se marier. A Tautre extrémité de Sa-

mos, à Carlovassi, un substitut du prélat était chargé d* accorder cette permission. Pour Tobtenir il fallait payer une piastre , deux si Ton était étranger, trois ou quatre au second ou au troisième manace. Les papas étaient, au dire de Tournetort, d'une ignorance extrême; plusieurs ne savaient même pas lire, et célébraient La messe en la récitant par cœur.

Telle était au dix- septième siècle l'administration religieuse de Samos, ainsi qu'un archevêque lui-même nous l'apprend (1). Elle était, on le voit, assez onéreuse, mais ce n'était rien en comparaison des vexations des agents turcs.

Ceux-ci, oui faisaient également leur séjour à Mégalè-Chora, étaient le cadi et l'aga, le oremier chargé de la justice et le seconu du commandement militaire et de l'impôt. L'archevêque jugeait en première instance; mais l'appel était

Çorté au cadi. Les Sa miens payaient aux urcs plusieurs sortes de contributions.

D'abord le vacouf, impôt religieux perçu pour l'entretien des mosquéâ. La mosquée de Samos avait été aétruite par les Vénitiens : les Turcs, obéissant à un précepte de la loi, ne l'avaient point relevée; mais les habitants de Samos étaient restés assujettis au vacouf qui se percevait au profit de la mosquée de Tophaoa, à Galata. Ce tribut s'élevait annuellement à quatre-vingt mille piastres. Les autres impôts étaient : le karatch, ou capitation, exigible des hommes mariés, des orphe- Hns mâles et de tous les étrangers qui abordaient dans l'tle. Si on n'avait pas d'argent, il fallait vendre son bien ou mendier pour satisfaire à l'impôt. L'aga était héritier des biens de tous ceux qui ne laissaient pas d'enfants mâles. Les agas turcs étaient en général ingénieux à inventer des impôts vexatoires. C'est ainsi que le jour ou il devait faire le recensement des troupeaux l'aga de Samos s'adjugeait tout le beurre qui se trouvait dans les diverses maisons; de plus il exigeait de chaque habitant le don d'une chèvre, qu'il forçait de racheter cinq ou six aspres. Une année il demanda un peu de soie pour sa oein-

(i) Joseph Georgirène. Extrait et traduc. franc, daus les Nouv, Annal, de* Voyages f première série, t. XXY.

LTJNIVERS.

tare. LeshabitaDts. afiD dese lecoDcilier, lui en donnèrent un panier ; tous les ans il en exigea la même Quantité, arrêtant ainsi l'essor de cette inaustrie naissante. DaDs la crainte d'un soulèvement contre ses exactions , il entretenait des espions dans toute Itle, et les proesti des villages ne rougissaient pas souvent de iouer ce rôle et de se faire les délateurs de leurs compatriotes. Les agents, quoique près* que tous Samiens, imitaient son exemple. On les appelait musaf arides; ils ne cultivaient pas leurs terres, mais les affermaient pour vivre auprès de leur maître, dont ils servaient sans scrupule les volontés. A la moisson , Taga envoyait chez tous les colons un de ses musafarides, qui devait être logé, nourri , défrayé par son hête ; le musafaride était chargé de faire payer la dtme des grains, dont il évaluait la valeur à son gré ; la dtme se payait en arsent. EnGn, le vin, Teau-de-vie, l'huile, la soieétaientsoumisà une redevance (1).

Quoique accablés d'exactions par le cadi, l'aga, les musafarides, l'archevêque même et les papas, les Samiens trouvaient encore dans l'heureuse fécondité de leur sol assez de ressources pour subsister et faire un peu de commerce. Chaque année ils exportaient pour la France, au temps de Toumefort, trois barques de froment, une barque de laine et une barque de fromage. Les melons, les pastèques, les fèves, les lentilles, les haricots fournissaient abondamment à la subsistance des colons. Dans les montagnes s'élevaient toujours ces beaux châtaigniers dont le rruit nourrissant était la ressource des plus pauvres. Les perdrix, les grives, les bécassines , les lièvres s'étaient multipliés sans obstacle pendant aue Samos était demeurée déserte. Enfin, on recueillait dans l'île trois mille barils d'un muscat qui eut été excellent [avec d'autres procédés de fabrication. Celui de Carlovassi, mieux préparé, était le meilleur de l'île et se conservait une année entière. Vathi faisait aussi le commerce des vins. Je ne parle pas m de la pêche des éponges, qui semble une ressource et une industrie plus récentes. A l'époque du voyage de Tour-

nefort le costume des Samiens, qui n*a ^uère dû changer depuis, ressemblait a celui des Turcs : il se composait d'une longue robe avec une ceinture aux reins et un surtout léger. Les femmes avaient une robe retenue par une ceinture et sur la tête un morceau de toile blanche. Les jeunes femmes tressaient leurs cheveux, noués en bas par une chaîne d'or ou d'argent pendante sur l'épaule. Les Samiennes avaient un grand défaut, trop commun parmi les Grecs actuels, la malpropreté.

Guerre de l'indépendance; in-

SDBBECTION DE SaMOS (1821). — L'état de Samos tel que nous venons de le retracer dura , avec les légères modifications que le temps et les changements de gouverneur apportaient seuls, depuis l'époque où l'île nit repeuplée jusqu'au temps de la guerre de l'indépendance.

Samos y prit une part active. Voici, d'après M. Raffenel, quel le était la situation de cette île au moment où cette guerre éclata (I). «... L'île de Samos était peuplée de Grecs cultivateurs. On y comptait environ 40,000 âmes ; elle relevait da gouverneur d'Échelle-Neuve, Élez-A^, qui y entretenait un cadi et quelques janissaires. Llle, entrecoupée de montagnes fort élevées, est extrêmement riche en productions végétales... Toutes les colhnes sont couronnées de plantations d'oliviers, et chaque année les Européens y font des chargements d'huile. Mais les Samiens, sans marine , voyaient passer tout leur commerce en des mains étrangères , et les bénéfices étaient absorbés par les grands propriétaires. Aussi, on peut dire qu'à l'exception de quelques grandes fortunes, la masse des Samiens était malheureuse; c'est cependant au milieu de telles circonstances que l'insurrection Y éclata. »

L'assassinat du vénérable patriarche de Constantinople, Grégoire, tut l'occa* sion du soulèvement. Les primats de nie, rassemblés à Vathi. prodamèrent l'indépendance; le peuple massacra le cadi et ses soldats, depuis longtemps odieux par leurs iniquités , et toute la campagne de 111e répondit à l'insurrection des villes. Le conseil des anciens,

(i) Tournefbrl , Voyage au Lepant, t. I , Descripi, de Samos, p. 404 et suiv.

(i) Hist, complète des Événements de la Grèce, deuxième édit., t. I, p. 147 •

ILE DE SAMOS

présidé par Tarchevi^ue, décida qu*on enverrait tout de suite deux des archontes à Psara pour v faire part de la révolution qui venait de s*opérer. Les consuls des puissances chrétiennes, pris presque tous parmi les habitants de Ttle, s'empressèrent de sacrifler une position qui les mettait sous le [couvert d*uu6 protection étrangère pour se dévouer à leur patrie. En peu de jours 6,000 hommes furent armés; quelques Samiens

^ Egypte se chargèrent (1

fruction des recrues. L'insurrection avait eu lieu au mois d'avril ; en juin, Tarmée samienne, vaillante et bien ordonnée, se montait à 10,000 soldats (t). La nouvelle de cet heureux soulèvement déconcerta les Turcs et anima les Grecs, Samos ne tarda pas à devenir le refuge d'un grand nombre de proscrits ; on y accourut de Sdo, de Smyrne, de Scala- Ifova. Ce concours de population eut un fôcheux résultat, celui aamener la disette ; mais les Grecs d'Hydra et d'Ipsara vinrent au secours des Samiens ; de plus, les craintes qu'inspirait la nouvelle des préparatiû faits par les Turcs pour la réduction de l'île en éloignèrent tous ceux qui n'étaient pas résolus aux dernières extrémités. Les femmes, les enfants, les vieillards furent transportés dans les lies voisines; il ne resta à Samos que ceux qui pouvaient la défendre. Le nombre des guerriers s'était assez accru par l'émigration pour élever l'armée à 20,000 hommes. En même temps Vathi fut entouré de fortiûcations; plusieurs batteries s'élevèrent à l'entrée du port : le reste dellle, du côté du continent, était sufiBsamment protégé par ses rochers à pic et ses côtes escarpées. Un accord parfait régnait en même temps parmi tes autorités populaires; les troupes étaient pleines a'ardeur; Samos était devenue le pomt d'appui lejplus solide de rinsurrection hellénique. Cette sajge et ferme direction du mouvement était due à i'évéque de Samos. Mis à la tête des affaires par ses concitoyens, il n'usa de son autorité que pour le bien et le sa-

(i) Pouqueville , But. de la Régénér, de M Grèce , t. III, p. i et tuîv., et Kaffenel , ^uvr, cité.

lut de tous; la révolution s'était accomplie , grâce à lui , sans autres violences 3ue celles qu'il n'avait pas été possible 'empêcher contre les Turcs.

Pour éviter à leur tle les misères d'une invasion, les Samiens résolurent de porter eux-mêmes la guerre chez les Turcs et d'ouvrir la campagne. Deux ou trois mille hommes débarquèrent pendant la nuit sur le continent, etrapportèrent un butin considérable. Une semaine après ce premier succès, les Samiens firent un second débarquement; les villages de la côte d'Asie furent saccagés, leurs défenseurs massacrés, et, grâce à la supériorité de leur tactique , les Samiens se retirèrent sans presque avoir éprouvé de pertes.

Pendant longtemps ils continuèrent leurs incursions, et la terreur qu'ils inspiraient était si grande, que tout le rivage était abandonné à cinq ou six heures de marche de la mer. En même temps leurs navires rapportaient de tous les ports de FEurope des armes et des munitions de guerre ; des vaisseaux légers couvraient rArchipel, et répandaient la terreur parmi les Ottomans.

Cependant le sultan Mahmoud préparait tout pour une répression énergique.

Cinq vaisseaux de ligne furent équipés et chargés de soldats; le lieu de leur réunion, avant d'attaquer Samos , était Mételin.

En même temps plus de 50,000 hommes étaient réunis à Scala-Nova (1). Mais tous ces préparatifs furent vains; les Turcs du conunent se dispersèrent, après avoir presque détruit Scala-Nova; et les vaisseaux s'en retournèrent à Constantinople, après que Tun d'eux, de soixantequatorze canons, eut été détruit par âuatre petits bricks grecs, dans le golfe 'Adramytte. Les Samiens, délivrés du péril qui les avait menacés, sentirent croître leur audace ; les succ^ qu'ils obtinrent au commencement de 1822 compensèrent la double défaite de l'amiral grec Tombasis.

Tentative des Samiens subChios.

— Au mois de mars de cette année ils tentèrent une entreprise très-hasardeuse, qui eut les effets les plus désastreux. Depuis déjà lon^emps ils méditaient la conquête de Scio ( Fancienne Chios ),

(i) Raffenel, Èvénem, de la Grèce, 1. 1, ch. vxii.

LmOYERS.

et entretenaient dans cette tie des intelligences. Dans les premiers jours de mars ils y débarquèrent trois ou quatre mille hommes, auxquels se joignit un nombre à peu près ^al d'habitants de la campagne. Cette petite armée marcha sur la ville, en massacrant tous les Turcs qu^elle rencontrait sur son passage. Incapables de résister, les Turcs se retirèrent dans la citadelle avec les principaux citoyens sciotes et les p^rimats qui refusaient des*unir aux Samiens. Ceux-ci, indignés, maltraitèrent la ville et bloquèrent étroitement la forteresse. Le sultan, instruit du nouveau trait d'audace des habitants de Samos, et comprenant toute l'importance de la possession de Scio , ordonna sur-le-champ aux pachas et

gouverneurs de Tlonie de réunir le plus e troupes qu'il leur serait possible. Cin- Îuante mille Turcs se rassemblèrent à chesmé. L'espoir du pillage , la promesse que Scio et Samos seraient abandonnées à leur discrétion, communiquèrent aux Barbares la plus grande arcfeur pour cette expédition. Le capitan-pacha, commandant de l'expédition, s'efforça d'abord de ramener les rebelles par l'intermédiaire des papas et de deux évéques qui leur furent envoyés; mais autant les premiers de 111e étaient favorables aux Turcs, autant les gens de la campagne s'étaient Jetés avec ardeur dans te parti des Samiens. L'amiral débarqua aussitôt 6,000 hommes : les insurgés marchèrent à leur rencontre; mais les Sciotes, mal exercés au combat, prirent la fuite et entraînèrent les Samiens dans leur défaite. Les Turcs, vainqueurs, marchèrent sur la ville, détruisirent tout ce aue les Samiens y avaient respecté, et en nrent un monceau de cendres. Logothetis, chef des Samiens, se réfugia avec sa troupe dans les montagnes; quelques bandes de pillards qui s étaient risqués à leur poursuite furent taillés en pièces près de Méochori. Mais peu de jours après les Grecs éprouvèrent une déroute complète en cet endroit Méochori fut dévasté, comme la capitale de l'île, et Sdo tout entière fut couverte de ruines. Les Samiens bepoussent toutes

LES ATTAQUES DBS TUBGS.— Les Turcs,

satisfaits de ce succès, soneeaîent à débarquer à Samos pour lui raire subir le même sort. Ils complétaient leurs pré-

paratlfe à Scala-Nova, lorsque deux nrulôts grecs, incendiant le vaisseau amiral et faisant périr le capitan-pacha, détournèrent de Ttle le péril qui la me« naçait. Les Samiens recommencèrent alors leurs incursions et leurs ravages sur le continent. La victoire des Grecs à Malvoisie, les éclatants succès du capitaine lorgaki d'Ipsara, redoublèrent la confiance des Samiens. Ces hardis insulaires ne cessaient de désoler les côtes de l'Asie Mineure; ils avaient ruiné tous les Yillages du pachalik de Scala-Nova, et les Turcs du continent avaient fui, depuis l'embouchure du Méandre jusqu'aux plaines d'Éphèse. Le bonheur des Samiens avait été si constant, qu'ils ne mettaient plus de bornes à leur audace; il n'y avait plus d'ennemis dans les plair nés du Littoral où ils avaient coutume de porter leurs ravages; ils résolurent de s engager en avant a la poursuite des Turcs. Le 35 octobre deux mille hommes débarquèrent pendant la nuit, et, suivant le cours tortueux du Méandre, marchèrent sur la ville de Guzel-Hissar, pour la piller. Mais le trajet était trop long ; ils nirent surpris par le jour à deux lieues de cette ville. Une armée turque, conduite par l'aga, fait une sortie, et s'avance à leur rencontre. Les Samiens, ne se croyant pas assez forts pour résister, se retirent, mais en saccageant tout sur leur passage. La petite ville de Kélibeh et plus dfe vingt hameaux turcs furent dé* truits ; cinq mille Turcs furent massacrés ou périrent dans les flammes. L'aga n'avait pas osé poursuivre vigoureusement les Samiens ; ils se rembarquèrent sans obstacle , et l'ile célébra joyeusement œ triomphe.

Ces ravages continuèrent dans le courant des années 1822 et 1823 ; le rôle de Samos dans la guerre de l'indépendance était rendu considérable par cette diver sion continuelle de ses habitants, devenus la terreur du littoral ennemi. En 1824 la Porte fit les plus grands efforts pour en finir avec l'insurrection grecque.

Au mois d'avril une grosse flotte, cook posée en partie de vaisseaux nouvellement construits, fut rassemblée dans le port de Constantinople, pendant qu'une multitude de navires de l'Asie et des îles n'attendaient aue la présence du capitan-pacha sur lès côtes d'Asie Ml-

ILE DE SAMOS

neure pour se. joindre à lui. Le projet de celui-ci était dfe réduire Ipsara d'aoora, Samos ensuite, puis tous les points de TArcbipel. Mais Samos, habituée par des succès continuels à ne plus craindre, méprisait la nouvelle attaque que méditaient les Turcs, et comptait la repousser comme les précédentes. Bien peuplée, se recrutant chez elle, suffisant a l'entretien de son armée, administrée par des magistrats qui correspondaient a?ec le gouvernement central sans dé-

Sendre de lui, Samos avait le bonheur 'être à l'abri de œs discordes qui divisaient ks auUres Grecs. Son armée, a^errie par trois années de combats, bien disciplinée, exercée par des officiers habiles, pouvait défier des forées turques beaucoup plus considérables (t).

L'amiral ottoman quitta les Dardanelles au commencement de mai, et gagna Mitylène , point de ralliement ordinaire des flottes turques. De là il envoya aux habitants de l'Asie Mineure une proclamation par laquelleilleur ordonnait de se réunir à Scala-Novajpour envahir Samos. Dès que les musulmans furent rassemblés leur premier acte fut le massacre des malheureux Grecs qui étaient restés à Smyrne et à Scala-!Nova. Cependant, une armée turque s'organisa dans les campagnes d'Éphèse pour surprendre Samos. Chaque jour le désir du butin attirait au camp de nouveaux soldats, qui espéraient piller Samos comme on avait pillé Chios. Le capitan-pacha avait promis de venir avec sa flotte aider au débarquement; mais, retenu par la résistance indomptable du chef Diamanti dans le petit rocner de Scopélos, sur la cdte de Thessalie, il se faisait attendre. Les Turcs, impatients de ces retards, étaient allés en foule à la tente du vizir, et l'avaient sommé de leur procurer des barcfues pour passer le détroit Le vizir, craignant une sédition , réunit tous les bâtiments ^u'il put trouver, et les mit à leur disposition. Après qu'on en eut rassemblé un nombre suffisant, toute la soldatesque turque s*embarqua pendant la nuit, comptant bien surprendre Samos.

Mais les Samiens étaient sous les ar-

(i) Kaffend, Bise, compUte des Épéaemenis de la Grèce, deuxième édit., t. m, ch. n| p. Si -Sa.

mes ; les batteries étaient montées, chaque anfractuosité du rivage cachait des soldats, et du haut des rochers des hommes déterminés se tenaient prêts à descendre pour incendier les chaloupes ennemies et intercepter la retraite. Tout se passa selon le vœu des insulaires ; les barques furent presque toutes consumée , puis cinq mille hommes se montrèrent tout à coup, en poussant de grands cris ; les détachements de la côte aiMsoururent, les Turcs, culbutés, dispersés , furent livrés à un carnage horrible. Quelques-uns se jetèrent dans les montagnes ; ils y furent poursuivis et traqués comme des bêtes sauvages ; il en périt plus de six mille. La victoire n'avait coûté aux Samiens que quelques soldats. Ce désastre porta un coup mortel à l'expédition de S<»la-Nova : ceux des Turcs qui y étaient restés s'enÂiirent dans fintérieur, comme si les vainqueurs de Samos eussent été à leur poursuite.

Ce fut seulement après la double expédition d'Ipsara, et guand cette tie héroïque eut succombe, que l'amiral turc, retiré à Mételin, reprit ses projets contre Samos. Les pacnas de l'Asie Mineure reçurent de nouveau l'ordre de rassembler leurs troupes à Scala-Nova, où lui-même promettait de se rendre.

Les Turcs d'Asie n'avaient accueilli cet ordre qu'avec terreur ; ils se souvenaient que Samos avait été depuis son insurrection le tombeau de plus de vingt mille Musulmans, et dans toute l'ADatoÛe « cUier à Samos « était passé en proverbe pour dire aller à la mort (1). Ce découragement général nuisait aux vues du pacha : il n'avait pas assez de troupes de débarquement pour entreprendre seul l'expédition ; il resta à Métehn, différant encore l'exécution de ses menaces. Tout le temps du Courban-Baîram se passa dans la rade de Mételin. Enfin , ayant appris qu'un corps de 12,000 hommes venait aêtre réuni dans la plaine d'Ephèse, le capitan-pacha sortit en mer, et courut vers Sdo, pour échapper aux Grecs qui mouillaient toujours dans les eaux d'Ipsara. 11 avait dix-nuitbâtiments de guerre et quatre fois plus de vaisseaux de transport. De Scio il se diri-

(i) KafTeDely t. III, cb. vu, p. aSa.

L'UNIVERS

fiea, le 3 août 1824, vers Éphèse. Mais à ui hauteur du cap Saint-Elie on vit paraître une flottille de vingt-cinq ou trente petits navires grecs. Malgré Tinégalité des forces , le brave Saktouris , viceamiral de la flotte de Miaoulis , qui les commandait , résolut de combattre. Les Grecs furent vainqueurs : une partie des vaisseaux turcs fut coulée à fond, le reste fut chassé jusqu*à Smyrne et à Mételin. L'expédition de Samos était encore ajournée. Alors Chosrou-Pacha, l'amiral turc, désespérant de s*en emparer de vive force, eut recours à la trahison. Samos contenait une population d'environ 60,000 hommes ; tous ses habitants n'étaient pas également dévoués à la cause de Findépendance. Une partie des Grecs ^ui s'étaient retirés à Samos des tles voisines, ou du continent, n'avaient eu que le désir d'échapper au massacre dont ils étaient sans cesse menacés par les Turcs. Il y avait donc trois partis dans la population de Samos : l'un, composé d'hommes timides et prudents, conseillait la fuite, comme unique moyen de salut; l'autre, parmi lesquels le pacha cherchait ses traîtres, demandait la soumission ; le parti du plus grand nombre était celui de la résistance. Cependant le pacha ga£na quelques traîtres ; mais ils furent découverts et forcés de prendre la fuite pour échapper aux menaces de mort que le peuple de Samos proférait contre ceux qu'u appelait le parti turc.

Le capitan- pacha, vopnl échouer ses intrigues, forcé cependant de faire une tentative sur Samos pour obéir à son maître, alla radouber ses vaisseaux à Miiylène. Les Turcs rassemblés par son ordre à Smyrne et à Scala-Nova le pressaient de hâter son expédition ; il lui Callut bien reprendre la mer. Ce fut le 9 4ioût 1824 qu il appareilla. Les Samiens avaient mis à profit le répit dû à la victoire de Saktouris pour renouveler .leurs préparatife de défense. Les femmes, les enfants , tous ceux qui au moment du péril ne pouvaient être d*aucun secours, turent transportés au centre de l'Ile. On cacha paiement dans les | montagnes les munitions, les vivres, les choses précieuses. Les plantations furent arrachées, les villages incendiés; Yathi ellemême , devenue le chef-lieu de llle , fut

détruite. Les Samiens dévastèrent leur tle pour ne rien laisser aux Turcs, que l'amour du pillage avait attira non moins que la soif de la vengeance.

Le 10 août l'amiral turc s'avança vers le détroit de Samos ; son plan était de

Ç rendre sur ses vaisseaux en passant les 'urcs rassemblés à Éphèse, de les jeter dans rtle à Carlovassi, et d'attaquer luimême par mer. Mais Saktouris fit voile à sa rencontre, et le déconcerta. Un premier combat eut lieu le 11, et fut à l'avantage des Grecs ; le 13 il y eut oc engagement général, et une ruse de Saktouris lui assura encore le succès ; pendant sept journées la lutte se renouvela, touiours tavorable aux Grecs. Le 19, malgré ses pertes considérables, le Turc avait encore quarante-trois vaisseaux de guerre et autant de bâtiments de irans* port ; il résolutde finir par un coup hardi. Ses vaisseaux de charge, protégés par la moitié de ses vaisseaux de guerre, avaient réussi à prendre à bord la plupart de ses soldats du continent ; ils devaient, pendant que Pamiral occuperait Saktouris, jeter les Turcs dans Tile. Mais l'amiral Miaoulis, attendu parlesiSamiens comme un libérateur, allait enfin arriver; un petit navire d'Bydra en avait apporté la nouvelle. Pour gagner du temps , les Samiens feignirent de vouloir capituler; le croissant fut arboré dans llle , et od engagea le capitan- pacha à envoyer un parlementaire. Celiu-ci fit avancer des chaloupes ; son envo}[é fut retenu quelque temps en négociations, puis renvoyé sans accommodement. Chosrou, en fureur, voulut commencer aussitût l'attaque. Ses troupes prirent terre dans une anse isolée, où les Grecs n'avaient qu'ua petit corps d'observation.

Mais déjà les vaisseaux de Miaoulis étaient amvés et avaient eni^agé le combat : par une manœuvre habile, les amiraux grecs coupèrent la ligne ennemie, et Saktouris s'attaqua directement aux vaisseaux turcs qui tentaient le débarquement. La bataille fut générale et trèsacharnée; la canonnade se £adsait entendre au loin sur le rivage , et les vaisseaux et Samos tout entière disparaissaient dans un vaste nuage de fumée. La confusion était terrible parmi les vaisseaux turcs, dont les marins étaient peu exercés à la manœuvre. Leur artiUerie, mal dirigée.

ILE DE SAMOS

ne nuisait presque qu*à eox-inéaies ; tandis que le feu des Grecs fiaisait dans loirs équipages les plus grands ravages. Un instant cependant les Turcs eurent l'avantaffe du vent, et la position des Grecs allait devenir oitique, lorsque les plus braves capitaines de la flotte , Canaris, Vamikiotis, Raphalia, Robotsis , si'élaneent au milieu des Turcs montés sur leurs bmlôts (1). Canaris s'avançait le premier; d'une main il tenait le gouvernail, de l'autre il agitât en l'air son bonnet de. matelot. Il aborda une frégate de dnauante-quatre canons, y mit le feu , et la fit sauter avec tout son équipage. Une frégate de quarante-buit, un brick tunisien de vingt canons eurent le même sort ; les Turcs, épouvantés, prirent la fuite, et Samos fut encore sauvée. Les Turcs avaient perdu plus de deux mille hommes dans la bataille; trois mille, qui avaient été débar^és, étaient restés sans secours à la merci des Samiens ; trois vaisseaux avaient été brûlés, deux coulés à fond; vingt bâtiments de charge avaient été pris ; la bataille du cap Santa -Marina était décisive (3).

Dràx nouvelles victoires , dans la rade d'Halicamasse et près de l'tle de Chio, remportées sur les débris de la flotte ottomane réunis à celle des Egyptiens, écartèrent de Samos tout danger. Les trouoes restées à Scala-Nova et a Ëphèse se dâ>andèrent, et, retournant dans leurs foyers , allèrent porter à l'extrémité de J'empire la terreur du nom grec et la réputation guerrière des Samiens.

La conduite des Samiens fut toujours la même pendant toute la durée de la guerre : leur résolution et leur courage ne se démentirent pas un seul instant.

Cependant Ttie n*avait que peu de rapports avec le gouvernement de la Grèce continentale. Devenue une sorte de république indépendante, elle continuait à se suffire à elle-même; elle continua aussi à inquiéter oendant plusieurs années les cotes de l'Asie Mineure et à tenir en échec les Turcs dans la partie orientale de l'Archipel.

(i) Alexandre Soutzo, Histoire de la Révolution Grecaue; Paru, 1839, p. 334.

(2) Raffenel » t. III , eh. vu , p. a«8-a75 ; JucberauU de Saint-Denis, Hist, de VEmpire Ottoman, t. III , p. 347.

17* Livraison, ( lus de Samos.)

ÉTAT ACTUBL DE l'IlE DE SaMOS.

— Après la bataille de Navarin (1837 ), lorsque l'intervention des trois premières puissances de l'Europe eut assuré à la Grèce la possession de la liberté pour laquelle elle avait si généreusement combattu, un instant on pensa donner aux tles une ominisation particulière et en former un Etat séparé sous le nom de royaume de l'Arcnipel. Mais ce projet n*eut pas de suite. Les Sporades orientales, parmi lesquelles Samos tenait le premier rang, trop rapprochées de l'empire turc pour entrer sans difficulté dans l'association Hellénique, fu- E] rendues à la Porte. Mais, [)ar égard r la noble conduite des habitants de 10S, on insista pour ^ue cette île eût une administration spéciale, et pour que ^n gouverneur, choisi par la Porte, fût pris parmi les chrétiens du rit ^ec. Le gouvernement turc consentit a cette proposition ; et si Samos n'obtint pas la reconnaissance complète de son indépendance, du moins elle ne perdit pas tout le fruit de ses efforts pour la conquérûr (1). Beaucoup de ses habitants',

Ï»lus compromis dans la guerre contre es Turcs, ou plus impatients d'un joug odieux, quittèrent Samos, comme d'autres Samiens, qui, dans l'antiquité, avaient préféré l'exil au repos dans une patrie opprimée par un tyran. Les Samiens qui allèrent demander en Grèce des établissements y reçurent des terres ; mais beaucoup d'entre eux, mal protégés, sans argent pour les premiers frais de leur installation, forcés en outre d'indemniser les Turcs expropriés en vertu de la convention passée entre la France, l'Angleterre et la Russie, furent obligés de retourner dans leur tie, qui venait d'obtenir son gouverneur particulier et même un pavillon distinct (2). Lors« qu'en 1830 M. Poujoulat (3) a touché a l'tle de Samos, il l'a trouvée assez tranquille, sous la nouvelle administra^on.

Les Turcs l'avaient entièrement abandonnée à elle-même. Il y régnait bien encore un peu d'exaltation. Logothétis ,

(i) Jucheranlt de Saint-Denis, Bist, des Ottomans , 1. 111, p. 36S.

(a) Judierault, t. III, p. 397.

(3) MM. Michaud et Poujoulat, Correspond, d'Orient, t, III , p. 446.

L'UNIVERS

qui avait gouverné Samos pendant toute ^ la guerre de Tindépendance et dirigé les opérations de son énergiaue résistanee, s'était retiré à Nanplie, d où il adressait è ses compatriotes a*ardentes proclamations et proposait un projet de réformes. Pour s'accréditer davantage, il avait pris le nom de Lycurgue. « Toutes les fois que la voix du nouveau Lycurgue se lait entendre, dit M. Michaud, la fermentation est grande dans les dix-huit villages de Samos. Toutefois , févéque de l'Ile , les papas et les caloyers, qui possèdent plus de la moitié des terres, voudraient temporiser, car il leur paraît plus raisonnable de mourir doucement avec les Turcs que de vivre quelques jours et de périr en-

(z) M. Rossa vu Samos en x84i. Mais çft n'est qu*après rentière impression de cet article sur Samos que f ai pu me procurer la seconde partie de son F'orage dans les Iles Orecques, Reisenaufden Grieohischen Insein des jégaischen Meeres; Ton doctor Ludwig B.OSS. Zweiter band. Stuttg. und Tub. x843. Voyez p. z39 la lettre XXIY* écrite de Samos. Elle contient une curieuse étude sur l'état actuel des ruines de l'antique capitale de nie. Nous regrettons de n*avoir pn profiter de ces renseignenents dans notre notice ; mais nous ofûroui au lecteur, comn>e compensation , une reproduction du plan de ces ruines qui accoropaçne la lettre de M. Ross. CeUe lettre se termine par quelques indications sur rétat de Samos en x84i. A cette époque Logotbétis était retiré a Athènes, où il occupait dans Tarmée grecque le rang de colonel. Mais le nom de cet homme, qui, selon M. Ross, avait été le t^ran de Samos dans la bonne acception classique du mot. n'était point encore oublié des Samiens, qui le regrettaient généralement. Le bey de Samos était alors le Phanariote Etienne Bogoridis, qui avait mérité la faveur du sultan par sa conduite dans les dernières ferres de la Porte avec la Russie. Il avait été recompensé de ses services par le 4itre de prince de Samos. « Il paye par an à la Porte , dit M. Ross (p. i53 ) , un tribut de 400,000 piastres \ un peu plus de <i 00,000 drachmes, environ xoo,ooo francs).

suite violemment avec les Bdlènes. > Depuis vingt ans, la situation delHeot à peu près restée la même. Le tanaaai lui a laissé sa demi-indépendana; cOe n*e8t pas comprise dans le ^ouveneant de rArebipel, et elle continue à isxms une province à part. Le gouvenar actuel de Samos est le prince Kalfimikii. ambassadeur de la Porte à Paris. T ti fait administrer par un lieutenant, qat beaucoup de peine à contenir la pep»

lation, toujours turbulente, de cette fit Au reste, Samos est aujourd'hui bin peu connue. Les touristes éviteat ott Ile pauvre et remuante , et je ne sus si serait fiacile de la parooum et f es éodier la véritable sitoation (l).

Il a pour lui la dime des produits di sol tf tous les autres impôts , de sorte que, dria^ tion faite de ses frais d*administratioa , il K. reste encore en bénéfice une jolie pctt somme , noch ein kûbsehes twmmekm H^ bléibt. Il laisse ton île , qu*il a vialéi n fois ou deux sans y séjottmtr loigleaft,» soin d*nn gouverneur ; mais des troubkf 1^ éclaté dans Tile contre le dernier goarcratf et 9t% agents , le prince a dû le itmfkt£9 par un homme plus habile et plus éavpqoc. Puis il a ordonné le bannissement derèviqA de Samos et de son frère Tabbé du soaa»tère, qu*il regarde comme très-dangereiu. Néanmoins ce sera toujoim 00 prob/éme dlficile pour des Grecs que de ^uvemer \eui coreligionnaires au nom de la Porte , et à faire en sorte qne cette domination ne iS pas odieuse , et qu'eux-mêmes ne panin^

f>as être des instruments d'oppression. !)■> es troubles de l'hiver dernier ( 1840), osa fait douze prisonniers qui sont mmtmak au bagne de Gonstantinople , et Toi enit que Tahir-Pacha, qui doit s'arrêter à Simmi son retour de Crète, ne fasse de noaTeioi^ restations. » Tel était Téut de Samos dp dix ans. L'éloignement du prince raUtg*^*^ la délégation qu'il donne de ses poufain ^ un gouvemenr résident , les derniers IroéAa dont les journaux nous ont eutretenosi? * quelque temps, prouvent que la sitaabii àà cette île est toujours à peu près U bcbc

ILE DE CHIO

OBOGBAPBIB ET DESCBIFnON DE CHIO.

Noms pbimitifs de Chio. — Ltle de Cbio, appelée aujourd'hui Scio on Cio, a reçu dans l'antiquité difiërents noms, dont les uns se rapportent à des traditions mythologiques, et les autres à la configuration même de 111e, ou à quelque particularité qu'elle offrait dans les temps anciens. Appelée primitivement Ophiusa (&pi<), nom donné anciennement à plusieurs autres îles, et particulièrement à Rhodes, à cause des serpents ^ont elles étaient remplies , elle pnt ensuite celui de Chio ou Chia^ de la nym* phe Chione, fille d'OEnopion, premier roi du pays, et femme d'Orion. C'est cet Orion qui, d'après la tradition, purgea l'Ile de ces anunaux malfaisants, et obtint en récompense la main de Chione. Suivant d'autres, ltle aurait emprunté son nom à l'enfimt né de cette union, et nommé Chio à cause de la grande quantité de neige (x^^^v) qui tomba le jour de sa naissance. Isidore (3), au contraire, fait dériver ce nom d'un mot syriaque, qui signifie mastic, sorte de ré-

(i^ Ouvrages spéciaux sur nie de Chio : X • Jérôme Justiniao , La Description et f Histoire tU tÛe de Seio ou Chio, iii-4«, x5o6 ; — ^ Fr. Poppo . Béitrage »ur Kunde der Insei Chiot und ihrer Geschichte, Fraocfortsur roder, iSaa , înV ; — S» Coray , Xiaxtic àçrivuikorfitÊ^ {>)ari , dans le troisième volume de ses '^ToxTa, Paris, x83o, iii-$<>; — 4» Kofod-Wîue, De Rébus Chiorum, xS3S, Copeofa., ÎD-S®; — S^ G, Eckeobrecber, Dis Insel Chios^ Berlin, 1846, in-S*" ; — 60 Blastos, HuUÀre de Chics, en grec moderne ; Sjra, 1 840, a voL, avec œ ûtrt : Xtaxà, ^ivoi torof/a Tnc v^<rou XCov. !!kic6 tcûv à^xaioxàxto^ Xp^«»v («ixP' TviclTSi i8aa yvtoyJsriÇ xocxaaxpo^ç aOt^ç icotpà twv To^pxtov * ^6 Toû latTpou 9UL M. BXàoTOu.

(a) Isidore^ Orig,, XJV, 6.

sine que ltle produit en abondance.

Cest ainsi que les Turcs l'appellent au-

i'ourd'hui Sakyz-Adasi, c'est-à-dire, 'tle du Mastic. Elle se nommait encore PUyusGf à cause des pins qui couvraient ses montagnes (n^tu^); Macris, à cause de sa forme oblongue, et enfin jEthaUa (odtéikri, braise), sans doute à cause de la chaleur de son climat.

Situation oéooeàphique. — Chio s'étend par 23<^ 80" de longitude et iS^ 80' de latitude dans la (tirection du nord au sud; elle est située entre les lies de Lesbos, au nord, de Samos, au sud^ l'extrémité méridionale de l'Eubée, à l'ouest, et la presau'île de Qazomène, à l'est.

Elle n est éloignée de cette dernière que d'environ une lieue. Cest à peu près la distance qu'on trouve entre le oromontoire Posidium, la pointe de l'tle qui se rapproche le plus du continent , et le promontoire Argennum ( auj. capo Bianco ), qui s'avance à l'est sur la cote d'Érythrâ, dans l'étroit bras de mer resserré entre Chio et Clazomène.

Desceiption de l1le. — Chio est une des plus grandes lies qui bordent le littoral oe PAsie Mineure. Elle embrasse un espace d'envhron quarante lieues de circuit. Plus large au nord et au sud

âu'au centre , elle se resserre à cet en* roit, où elle ne présente guère de l'ouest à l'est qu'une largeur d'une lieue et demie. CTest cet endroit où la c^te occidentale de ltle forme , en rentrant dans les terres, comme un golfe profond, qu'Hérodote appelle les Creux de Chio (xatKotXa).

Dans la partie septentrionale de llle s'élève le mont Pélinéen (auj . mont Elias), haut de deux mille cinq cents pieds environ, et dont les ramifications s'étendent à travers l'tle tout entière , mais en s'abaissant en pentes plus douces à mesure qu'elles s'avancent dans le midi.

Le mont Pélinéen projette sur les côtes plusieurs promontoires, celui de Posidium, an sud de la ville de Chio , sur

L'UNIVERS

le rivage occidental, ainsi appelé du temnie de Neptune bâti sur son sommet ; celui de Phan» (auj. Capo Mastico), au sud-est, avec un temple d'Apollon surnommé Phanéen, de même qu'il s*en trouvait un sur le mont Pélin^, consacré à Jupiter Pélinéen ; celui de Notium , à la pointe méridionale de Ftle , comme l'indique son nom; le cap Noir (auj. cap Saint-Nicolas), à l'extrémité nord-ouest, vis-à-vis de l'Ile de Psyra (auj. Psara), située à quelque distance ▼ers l'occident. La rivière la plus considérable est le Parthénius, qui coule de l'ouest à l'est , un peu au sud de la ville de Chio. Grossie par les pluies , en hiver, cette rivière roule ses eaux avec tant d'impétuosité, oueles habitants sont obligés d^lever de lortes murailles devant leurs jardins , situés sur ses deux rives ; mais en été son lit est souvent à sec. Dans la partie basse de Itle serpentent çà et là quelques ruisseaux assez forts , même en été , pour mettre des moulins en mouvement ; mais dans la partie haute on ne rencontre que des sources , qiii jaillissent des flancs de la montagne.

CONTSÉES ET VILLES PfilKClPÀLES.

— Les géographes anciens distinguent sur la cote occidentale trois contrées : celles que Strabon appelle Laïus (aui.

Lithilimenas, ou port de pierres), vers le centre, et où se trouve Néa-Moni (nouvelle solitude), monastère construit par Constantin Monomaque (1) ; les Creux de Chio , dont nous avons déjà parlé , un peu au nord de la dernière , a l'endroit le plus étroit de l'île, avec une ville ou plutôt un petit fort du nom de Policbna : enfin, en avançant toujours vers le nord, Arvisia, dont les vins passaient pour les meilleurs des vins grecs. Ses

f)rincipales villes sontBolissus (auj. Yoisso) et Pitys (auj. Pityos). Parmi les autres villes, les plus importantes après Chio sont Delplunium (auj. Port-Dauphin), tout près de Chio, possédant dans les temps anciens une excellente rade ; Caucasa , port situé vraisemblablement non loin du cap Phanœ; Leuconium (auj. Leuconia).

(i) DalUway , Constantinople ancienne et moderne et description des côtes et isles de C Archipel et de la TroaOe ,1. H , p. 78.

Il faut citer encore le port des Vidllards, dont Élien seul fait mention. Les Chiotes , suivant cet auteur, y nourrissqient des poissons pour l'amusemeot des vieillards; de là le nom qu'il portait

La VILLE DE Chio. — De tout»

les villes que nous avons mentionnées b plus importante est Chio (auj. Sdo), située au centre de la côte orientale, avec un port qui dans l'antiquité pouvait contenir 80 vaisseaux Elle possédait deux temples , l'un consacré à ICnerve Polioucnos, la déesse tutélairede l'fle : le culte de cette déesse était oommun aux Chiotes et aux Athéniois, dont ceux-là étaient les colons ; l'autre, dédié à Bacchus , qui était naturellenieatone des divinités les plus honorées de cette île féconde en excellents vins. Qiio, (Fb dans l'antiquité fut une des dtés les plus importantes de la confédératioa Ionienne , était encore avant la guene de Tindépendance une des belles filles de l'Archipel. « Scio, dit Choiseul-(JOo^ « fier (1), est la ville du Levant la oiieos « bâtie. Ses maisons, construites par le$ « Génoisetles Vénitiens, ontuneél^gance « et des agréments qu'on est ëxmk

« de rencontrer dans l'Archipel

« L'aspect de son port est très-agn^Jtle^ « et ressemble infiniment à <^ui de « Gènes. Deux ûmaux avancés indi- « quent aux vaisseaux la route qu'ils « Qoivent tenir, et une jetée^ aujourd'hui a à fleur d'eau, ferme le port du eftté « du midi. Ce port est très-vivant; on « y trouve presque toujours quelques « galères du grand-seigneur, et il eâ ft d'ailleurs fréquenté par tous les bâti- « ments qui vont d'Egypte à Constanti- « nople. »

A une lieue de Chio , au bord de b mer, et au milieu des masures, se trouTe une pierre énorme, qui paraît s'é^ détachée d'un rocher. Elle est de forme ronde, excepté à sa partie sop^îoir?

où elle est aplanie et creusée. AundessiB et au milieu, l'on voit comme des sîttes taillés dans la pierre même, et dont Iv

(i) ChoiseuI-GoufBer, Voyage dams tfMr pire Ottoman, t.I, p. x43.CbaDdler dît t\mz b ville de Scio et les environs , vus de la aer» ressemblent en miniature à Géoes et à soa territoire, f^oyage, etc., t. I, p. 108. ^oj, aussi Touraeforty 1 1, p. 370.

ILE DE CHIO

«6t plus élevé que tous les autres. Suivant une vieille tradition , les insulaires prétendent que c*est Tendroit où Homère enseignait à ses disciples ou dictait ses vers, et pour cette raison ils l'appellent encore Y École d Homère (1). Ce curieux monument, ou plutôt ce reste informe de quelque monument antique, a beaucoup exercé l'esprit et Timagmation des voyageurs. Quelques-uns ont eonjecfturé que cet endroit était autrefois un temple de Cvbèle, une des divinités de nie. Suivant cTautres , en ce lieu se serait trouvé le sanctuaire où la sibylle érythréenne rendait ses oracles. Quoi ou'iJ en soit de ces conjectures, le nom Gonné à cette pierre témoigne de la prétention qu'ont toujours eue les Chiotes d'être les compatriotes d'Homère (3).

CUMAT, PBODUCTIOITS DE CHIO. —

Ltle de Chio, placée sous ce beauciel de FAaie Mineure , jouit du phis heureux dimat dont un pays puisse être favorisé (3). Par sa position au milieu de la mer, elle est préservée des fortes chaleurs qui régnent dans les contrées situées sur ù même latitude; et les froids de l'hiver s'j font à peine sentir durant quelques jours. Les vents du nord, si orageux dans tout le reste de l'Archipel pendant les mois de juillet et d'août, ne soufflent dans cette Ile que comme une brise légère. Grâce à ce double bienfait, la température y est également éloignée de rextréme sédieresse et de l'extrême humidité. KuUe part l'air n'est plus salutaire à la respiration ; et les anciens, ainsi giie tous l^ voyageurs] modernes, ont vanté les agréments du séjour de l'île de Chio.

Sous un ciel aussi favorable, sous linQuence d'un soleil dont la chaleur est si heureusement tempérée, une végétation riche et variée se aéveloppe dans rtle. Dans l'hymme d'Apollon (4), at-

(x) Dapper, les Iles de l'Archipel, p. ax4; Choiseol-Gouffier, I, p. 149- t5o.

fa) Toîr le Foyage de Dallaway, t. n,

(3) Dallaway, Constanttnople , etc.) t. II ,

(4) H091., Hymme à Apollon , V, 38.

KaX Xioc, T) "rfiatas XiicopcDtÀTT) elv éXt xtttat. « Ce vers de lliymme homérique, qui a coaronné Scio reine des îles de la mer Egée,

tribué à Homère, elle est appelée tréS' grasse, et cette épithète n'est ni une flatterie ni une fiction poétique. Toutefois,, en beaucoup d'endroits, le sol est pierreux et peu favorable au labourage.

Aussi rtle est-elle peu fertile en blé, en orge et en froment. Mais, en revanche, elle est couverte d'arbres fruitiers, et elle produit en abondance des figues , des dattes, des amandes, des grenades, des limons, des olives, etc.; la culture du térébinthe y est fort étendue. Le céleri y est indigène ; et c'est un jardinier sciote qui l'a introduit en Europe et qui en planta les premiers pieds dans la viUa Albani à Rome.

Mais outre ces productions, qui presque toutes sont communes à File entière, il y en a d'autres, qui sont plus particulières à certaines contrées, et qui divisent Chio comme en trois riions distinctes. C'est le vin, dont l'espèce la plus estimée se récolte au nord, sur le penchant du mont Péiinéen ; ce sont les oranges et les citrons, qui viennent particulièrement dans le voisinage de la ville à Test; enfin le mastic, sorte de résine aromatique, recueillie sur un arbre appelé lentisque, qui croît dans la partie sua-ouest de 1 île.

Vin. — Les vins de Chio, et principalement celui d'Arvisia, canton situe à l'ouest des côtes de Psyra, jouissaient dans l'antiquité d'une réputation incontestée.

Poètes et prosateurs les vantent à l'envi, et Horace , qui s'y connaissait, ne les a pas oubliés (1). Chez les Athéniens, qui ne s'entendaient pas moins en bonne chère qu'en beaux discours, le vin d'Arvisia passait pour le plus délicat des vins grecs, et les Romains ne paraissent pas ravoir dédaigné à côté du Falerne. Mais ce vin n'était pas seulement recherché pour la table. Les médecins anciens lui attribuaient aussi des propriétés médicales, et le disaient entrer dans une

je Tai lu écrit en leUres d'or au-dessus du divan où nous étions assis, Tarchevéque Platon et moi , au-dessous d'une carte manuscrite, plus large que correcte, décrivant asset confusément les soixante et seize villages de son diocèse. » M. de Blaroellus, Épisodes littéraires en Orient, t. II, p. 147.

(i) Horace, Ode m, 19; Virg., Egl. V, 7 1 ; Pline , Hist, Nat,, XIV, 9, i ; 17 , x , a ; XXXIV , aa , 4.

LUI9IVERS.

composition destioée à çaérir les ophthalmies, et appelée pasHUe de Chio. Pline prétend, d après l'autorité de Yarron,

2o*on ordonnait le vin de Chio à Rome ans les maladies de Testomac. (Tétait le vin de prédilection de César : Hortensias en avait dix mille pièces dans ses caves; au moment de sa mort, son héritier s'empressa de les recaeillir (1).

JiiBDiiis DE Chio. — Non loin de la ville 8*étend une vaste forêt d'orangerset de citronniersi qui produisent annuellement plus de vingt millions des plus beaux truits, et dont la valeur est estimée environ cinq millions. Cette forêt se compose d'un grand nombre de jardins , enclos de hautes murailles , et renfermant chacun une fontaine pour l'irrigation des arbres. L'eau de ces fontaines, tirée au moyen d'une sorte de roue d'épuisement, garnie de pots de terre et mise en mouvement par des mulets , coule dans un grand bassin muré, d*où elle se distribue par des canaux dans de petites rigoles creusées autour des arbres. Pendant la saison des fleurs l'odeur que répandent ces arbres est si forte qu'elle se fait sentir en mer à une grande distance de la côte.

C'est dans ces jardins que sont situées les maisons de campagne de la ville de Chio. La plupart d'entre elles ne présentent plus ^ère que des ruines depuis la dévastation de Ttle par les Turcs en 1823. Toutefois , même en cet état , elles témoignent encore de la prospérité dont jouissait Scio avant cette époque, si bien que M. de Lamartine, qm visita depuis ces jardins, a pu dire : « Je ne connais rien en Europe qui présente l'aspect d'une plus grande ncnesse que Scio. »

Mastic. — La partie sud-ouest de Tlle, celle qui produit le mastic . forme avec la précédente un contraste irappant. La terre et la population ont un tout autre aspect. La campagne est moins riante, et les habitants n ont point cet air de bienêtre que Ton remarque parmi ceux des environs de la capitale. Cependant cette contrée a moins souffert que toutes les autres, lors de la guerre de l'indépendance. La récolte du mastic était pour la Porte un revenu considérable, dont elle n'eut

(i) Cf. Tournefort, Voyage au Levant, 1, S7a ; Dallaway , t. T, p. 69.

^rde de se priver par d'inutiles ravajge». Cette .réffion de l^e échappa ainsi en partie à la dévastation , et ses habitants au massacre. D^ailleurs les paysans des cantons à mastic étaient comme les serfe du grand-seigneur, et à ce titre ils dirent épargnés, ou châtiés moins rudemat que Tes autres insulaires. Bien que cette servitude n'existe plus depuis quelques années, nous croyons devoir oumtrer ce qu'elle était en reproduisant la relation suivante, qui renferme d^ailleuci des détails curieux sur la manière dont se fait la culture et la récolte du mastîe:

« Les villages aux environs desquds se trouve le mastic sont au nombre de vingt... Les arbres de lentisqoe soat épars çà et là dans la campagne, et appartiennent au grand-seigneur, llaae- ^rdé de grands privilèges aux paysans de ces villages, pour les entretenir etfiùre la récolte ou mastic. Ces habitants, quoique chrétiens , portent le turban blaDe, oonune les Turcs. Us jouissent d^ailleurs de différents privilèges: ilsontdesclocfaes dans leurs ^lises , ils ne payent pour tribut que la plus petite des taxes, et as sont exempts de tous autres droits, impositions et corvées, de quelque nature que ce puisse être. Un aga particulier, qui prend tous les ans cette ferme à Constantinople, les gouverne, saos qu'ib soient soumis à la juridiction ordinaire de nie.

« Moyennant ces privilèges , Us soûl obligés d'entretenir les arbres, de bien battre, aplanir et balayer le terram qui est dessous, aux approches de b récolte, afin que le mastic qui y tombe soit dair et net. Us sont chargés de le recuefflir avec des pinces sur les arbres, et avec la main quand il est à terre; de nettojer celui qu'ils ont ramassé et d*en dter b poussière qui s'y attache toujours, malgré le soin qu'us prennent de tenir b place nette. Lorsque le mastic est bicD nettoyé, ils le séparent selon ses différentes qualités.

« Le plus estimé est net , dair et ci larmes; on le recueille ordinalreiBeac sur l'arbre, avant qu'il en coule hett coup, ou qu'il tombe à terre. Toute cette première qualité va au sérail du suftia a Constantinople. Celui qui a été ramassé au pied des arbres est toujours mêlé dHn peu de terre :il n'est ni clair nienlar^

LE DE CHIO

me&i mais en morceaux longs, informes et louches ; on n'en envoie au sérail que la quantité qui manque à la première qualité pour en faire soixante mule livres pesant. C'est la taxe que Taga fermier doit envoyer tous les ans au sérail du sultan. Chaque village est taxé à trois mille livres f Tun portant l'autre, ou à deux juilleécus en argent comptant, au défaut de mastic ; et comme on en recueille toujours beaucoup davantage, même dans les plus mauvaises années, le fermier achète le surplus des soixante mille livres des paysans sur le pied de quarante sons et quelque chose de moins la livre, et le revend ensuite, par privilège exclusif, trois à quatre francs ; et il a droit, non-seulement de saisir tout celui qu'il trouve n'avoir pas passé par ses mains , mais encore de punir les paysans qui l'ont vendu en contrebande. Il peut envelopper dans cette punition tous les habitants d'un village, quand il ne peut connaître le particuOer qui a fait la contrebande ; c est ce qui oblige ces paysans à s'observer exactement les uns les autres , et à fermer pendant la nuit les portes de leur village dans les temps de la récolte, afin que personne n'aille ramasser le mastic sur le terrain de son voisin, pour en faire une provision qu'il pourrait ensuite vendre à loisir

« Depuis le commencement de la récolte jusqu'à ce que le fermier ait enlevé toute cette drogue, il y a des gardes jour et nuit aux gorges des montagnes par lesquelles on entre dans le cap Mastic. Ces gardes visitent avec soin ceux qui passent, afin que personne n'en emporte.

Quand le garde de l'aga fermier vient à la ville , il est accompagné de tambours et de flûtes , et amené par les paysans des villages qui ont recueilli le mastic ; ils vont le porter au château avec beaucoup de réjouissance.

« Quelquefois l'aga qui prend la ferme du gouvernement, du tribut et des douanes de rUe , prend aussi celle du mastic, dont la récolte peut monter année commune, à cent-cinquante mille litres pesant

« On distingue quatre aortes d'arbres Je mastic, savoir : ikinos, skinos-aspras. votomos et piscari,

« Le skinos et le skinos-aspros produisent le plus beau mastic, c'est-à-dire

le plus transparent et le plus sec : on l'appelle mastic mâle

« Le votomos a les feuilles plus petites, et est ordinairement plus étendu que les autres. U est le seul qui porte des baies ou graines, qui sont assez semblables à celles des lentisques sauvages. On eu recueille très-peu de mastic : mais il est mâle et d'une bonne qualité.

• Le piscari est beau, touffu, et forme une espèce de buisson qui s'arrondit ea s'élareissant jusqu'à terre: sa feuille est plus large que celle des autres ; ii est le plus fêcoud de tous. Son mastic coule SI abondamment, qu'on en ramasse quelquefois des morceaux de la largeur d'un écu; mais il est opaque, mou, se sèche difficilement, et se ramollit a la moindre chaleur : aussi est-ce la qualité la moins estimée. Ce mastic est appelé mastic femelle.

« Ces arbres fleurissent tous en mars f leur fleur a la forme d'une grappe : il-. n'y a , comme j'ai dit, que le votomos qui porte graine (1). » On les cultive air pied comme la vigne. Les paysans char^

§ es de ce soin font à l'écorce de la tige es incisions en croix, d'abord en mai^ puis en juin et enfin en août. Cest de ces incisions que coule la résine on .

gomme appelée mastic « dont les danoes turques et grecques font une grande con* sommation. Elles en mâchent continuel»

lement : cette drogue donne à leur haleine une odeur aromatique qu'on peut ne pas trouver désagréable, mais qui nuit . beaucoup à la beauté de leurs dents. »

« Le mastic est d'usage en médecine ;, , il entre dans plusieurs remèdes, et se-, donne en pilules pour apaiser les maux; d'estomac; mais les arts en fout aujour-d'hui une consommation beaucoup plus grande. On l'emploie surtout pour composer les vernis clairs .et transparents ; il a, sur un erand nombre de drogues que l'on emploie à cet usage, l'avantage d'être soluble dans l'essence et daufc^ l'esprit de vin (2). »

(x) GallaDd , mémoire feit sur les lieux tm* X747» et cité par Cboiseul-Goufificr, 1 1^. p. i4i-x48.

(a) Choiseul-Gonffier, t. I , p. x48. CL, Tournefort, I, p. 357. Ir oyez dans Plioe, '^H^ S6, XXIY, 74, I , la production, le pria». . et l'emploi du mastic de Giiio chei les anciena^u^

LUNIVERS.

Cette partie de llle qui fournit le mastic, pierreuse et presque entièrement stérile, produit peu de blé et d'herbages.

Il en est de même de toute cette étendue du territoire où croissent les orangers et les citronniers. Aussi Ttle ne renferme-t-elle qu'une petite quantité de terres labourées et manque-t-elle de bétail. Mais , en revanche, les oiseaux de passage y sont extrêmement nombreux,

Earticulièrement les bécasses, les grives, i merle, la caille et la tourterelle. Elle nourrit surtout « une si grande quantité de perdrix, qu'il n'y a point d*endroit au monde où l'on en voie tant. On trouve dans certains villages de grosses perdrix rouges et privées Les habitants en tiennent oe grosses troupes ou compagnies qu'ils élèvent et nourrissent comme nous élevons en ce pays les troupes de poules, d'oies ou de pigeons. Ils leur donnent la liberté dès le matin de voler vers les montagnes ou dans les champs pour y aller chercher leur nourriture, et l'on permet aue leurs perdreaux les suivent, afin qu'elles en aient soin. Mais vers le soir elles 8*assemblent de nouveau au son d'un sifDet, si bien que chaque compagnie ou troupe, qui en contient <]uelquetois plus de trois cents, se retire vers son gardien ou conducteur, et le suit au village. Elles sont si bien dressées au son de ce sifflet, que, bien qu'elles se trouvent quelquefois six ou sept mille ensemble et pêle-mêle , et qu'elles appartiennent à divers maîtres, elles ne manquent jamais de se séparer pour voler vers le heu où elles se retirent ordinairement, dès qu*elles l'entendent (l). »

On nourrit aussi dans l'île une grande quantité de vers à soie, et le miel au'on y recueille peut le disputer à celui aHymette et d'Hybla.

Les chevaux sont un luxe des plus riches ; mais les mules et les ânes sont assez communs. Les renards et les lièvres abondent dans les montagnes ; on ne rencontre aucun autre animal des forêts.

Les richesses minérales de Sdo consistent principalement en marbres. Les carrières, assez nombreuses dans la par-

^i) Dapper, Iles de VArclùpel : Chio ou SetOf p. 217.

tie montagneuse de nicenfoumissaioit dediversesoouleurs(l). Pline pense même que les premiers marbres tachetés forent trouvés dans les carrières de Gbio. a Les habitants les employèrent sa murs de leur ville ; et ils s attirèrent, dit Pline, une plaisanterie de Cicéron : ù montraient a tout le monde ces muraille comme magnifiques : J'admirerais bta plus, dit-il, que vous les eussiez fstes en pierre de Tibur. » On trouve as»

dinérentes espèces de terre , et partkilièrement une certaine terre de natoR savonneuse, dont les femmes turques u servent comme d'un dépilatoire, et qii*oi emploie dans les bains, mêlée avec des feuilles de rose (2). Une autre terre, d'une nature argileuse, très-coauniuie dans l'île, a de tout temps été, cbaks Chiotes , d'un grand usage pour lei o«vrages de poterie , une des plus tmpo^ tantes branches de leur industrie, sortout dans l'antiquité.

HISTOIAB ANCIBNICB DB CHIO.

PRBICIBES HABITANTS DB ChIO (S).

— Les habitants de Pile de Chio, au témoignage de Strabon et d^EusMbe, se prétendaient issus des Pâasges de la Thessalie. Cette tradition populaire prend un caractère historigiie si i'on rapproche le nom du mont Pellioéen de celui de Pelliné, ville de Tliessalie. Ce rapprochement confirme Passerûon de Strabon et d'Eustathe sur l'origine pélasgique des habitants primitif de FOe, A ce double témoignage s*ajoate edii d'Ephore, qui dit, dans un fragment conservé par Athénée, que» lespremitfs habitants de t)hio furent des Pélasgei qui, échappés au déluge arrivé sous Descalion, émigrèreut dans cette fie ». D'^ près ce passage, la première colonisaâic de Chio aurait donc eu lieu dans le mzième siècle avant J.-C.

Colonibcbbtoisb: — Enrirondeii siècles plus tard, (M^nopion Tint s^MBt

(i) Pline, HUt. Nat„ XXXVI, 5, J; '▼t x38, X.

(a) Pline, XXXY, 56, i. Les «acMHtf faisaient le même usage.

(3) Raoul-Rochelle, Colomes Gree^mi^l, aSo; II, 163-164; m , 79, 95, 9S.

ILE DE GHIO.

dans Vtie , à la tête d'une colonie Cretoise. Suivant Théopompe de Chio, cet OEnopion était fils de Bacebus et d'Ariane, par conséqueut petit-fils de Minos par sa mère. Le poète Ion, au contraire, en fait un fils de Thésée, sans doute par une fiction poétique destinée à flatter les Athéniens , qui avaient couronné une de ses tragédies. Suivant une troisième version , rapportée par Diodore de Sicile, CS^nopion était fils de Rbadamanthe et frère d*Ërytbrus. Rbadamanthe, s'étant emparé des îles de la mer É^ée et d*une partie du continent de l'Asie Mineure, permit au premier de régner à Chio , et au second , à Erythrée. Dans toute cette généalogie, la fable joue évidemment un grand rôle. Toutefois , il n'est pas besoin de chercher à concilier ces assertions contradictoires pour constater, d'une part, gue la colonie amenée {)ar OEnopion était partie de Crète ; de 'autre, que les relations étroites qui existèrent entre Chio et Erythrée avaient leur source dans une origine commune.

OEnopion était accompagné de cinq fils : Talus, Évanthus, Mêlas, Salagus et Athamas. Il enseigna aux habitants la culture de la vigne et l'art de faire le vin. La colonie qu'il fonda parait avoir joui d'une certaine célébrité, puisque Chio est appelée la ville d'OËnopion dans des vers du poète Critias cités par Athénée.

D'autres colons, partis de Carie et d'Eubée, vinrent s'établir dans l'tle avec Tagrément d'OEnopion. Après la mort de ce dernier et celle de ses fils, Amphiclus d'flistiée, ville de l'Eubée, fut pro» clamé roi. Son règne doit avoir commencé vers répoque de la guerre de Troie. Hector, son arrière-petit*uls, régna au temps de l'arrivée des Ioniens dans l'Asie Mineure, vers 1130 avant J.-C.

Ce fut sans doute avec leur secours qu'il chassa de l'Ile les Cariens et les Eubéens, expulsion qui paraît avoir été suivie immédiatement de l'établissement d'une colonie de ces nouveaux venus, qui tout naturellement entrèrent dans l'Amphictyonie ionienne.

Chio, en effet, fut au nombre des douze Tilles qui dès l'ori^ne firent partie de la confédération ionienne. De-

Euis cette époaue jusqu'au moment où » rois de Lyiie cherchèrent à étendre

leur domination sur les Grecs de l'Asie Mineure, l'histoire de Chio ne présente aucun événement politique bien remarquable. Cette période ne laisse pas cependant que d'offrir un certain intérêt.

La situation de Ciiio au milieu de ia mer l'invitait naturellement au commerce. Elle commença à se créer une marine, et, au milieu de la prospérité dont elle jouit, la copulation paraît s'être accrue au pointue se répandre au dehors et de fonoer à son tour des colonies.

Elle envoya des colons à Leuconia, en Béotie, ville dont elle s'était emparée sur les Coronéem de concert avec ceux d'Érythrée. Plus tard ces derniers cherchèrent à s'en rendre seuls maîtres, et déjà les Chiotes étaient sur le point de leur abandonner cette commune conquête , lorsque leurs femmes leur firent honte de cette lâcheté , et les déterminèrent à une résistance qui amena la retraite des Ërvthréens. Cette guerre paraît être la même que celle dont parle Hérodote (1), et dans laquelle, au témoignage de cet historien, les Chiotes eurent pour alliés les Milésiens. C'est sans doute aussi à cette guerre que se rapporte le stratagème suivant, que mentionne Frontin (3; : Les Erythréens avaient placé une sentinelle dans un lieu élevé, afin d'observer les mouvements des Chiotes. Ceuxci la tuèrent, revêtirent de ses habits un des leurs, et le substituèrent à la sentinelle ennemie. Les Erythréens, trompés par cet artifice, tombèrent dans une em- Duscade. Leuconia ne fut pas la seufe ville de Béotie dont s'emparèrent .les Chiotes et les Erythréens. Ils prirent aussi Cop», au nord du lac Copaïs.

L'ancien nom de ce lac appelé primitivement Leuconis et le nom de la ville de Leuconia dont nous avons parlé plus haut, empruntés tous deux au bourg de Leuconium, dans l'île de Chio , semblent indiquer que les Chiotes eurent dans cette colonisation une part plus importante encore que celle des Erythréens.

Chio DEPUIS LA gueabe d'Uâlyât-

TB CONTEE MlLET, JUSQU'A LA BÉ- YOLTE DE l'IONIE, DE 600 A 504 AT.

J.-C. —Enrichie par un commerce actif,

(t) Hérodote, I, i8.

(i) FrontÎQ , Stratag,^ H, 5, § i5.

LIJIflVERS.

Cbio était devenue assez puissante à Tépoque où nous sommes arrivés, c'està-dire au sixième siècle avant Tère chrétienne, pour envoyer un secours de troupes aux Milésiens, ses anciens alliés. Depuis Gygès, gui, le premier des rois de Lydie, entreprit de subjuguer 1^ Grecs des côtes de l'Asie Mineure, Milet n'avait cessé d'être attaquée par ces princes. Sadyatte et après lui son fils et successeur, Halyatte, en poussèrent le siège avecvif!ueur , et dans cette guerre, qui intéressait également tous les Ioniens, menacés dans leur indépendance, les Cbiotes furent les seuls qui secoururent les habitants de Milet (1). Grésus reprit les projets de ses prédécesseurs contre les Grecs de rionie. Cette riche contrée était une proie qui tentait les rois lydiens. Toutefois la soumission des villes crecques du continent ne suffit pas à l'ambitieux Crésqs : « Lorsqu'il eut subjugué les Grecs de l'Asie , dit Hérodote (2), et qu'il les eut forcés à lui payer tribut, il pensa à équiper une flotte pour attaquer les Grecs msulaires. Tout était prêt pour la construction des vaisseaux, lorsque Bias de Priène,ou, selon d'autres, Pittacus de Mitylène, vint à Sardes.

Grésus lui ayant demandé s'il y %vait en Grèce quelque cliose de nouveau , sa réponse fit cesser les préparatifs.

Prince, lui dit-il, les insulaires achètent une grande quantité de chevaux, dans le dessein de venir attaquer Sardes et de vous faire la ^erre. » « Grésus, froyant qu'il disait la vérité, repartit : Puissent les dieux inspirer aux insulaires le dessein de venir attaquer les Lydiens avec de la cavalerie 1 — Il me semble, seigneur, répliqua Bias, que vous désirez ardemment de les rencontrer à cheval dans le continent, et vos espérances sont fondées ; mais depuis qu ils ont appris que vous faisiez guiper une flotte pour les attaquer, pensez-vous qu'ils souhaitaient autre chose que de surprendre les Lydiens en mer, et de venger sur vous les Grecs du continent que vous avez réduits en esclavage? » — « Grésus , charmé de cette « réponse, qui lui parut très-juste, aban- « donna son projet, et fit alliance avec

« les Ioniens des tles. » Ge naïf dialogue prouve assez que les îles grecques de la mer Éçée avaient acquis à cette époque une puissance maritime imposante, pobqu'elle fit respecter leur indépepaact par le roi le plus redouté de TAsie. Or^ de toutes ces tles, si l'on en excepH Rhodes et Samos, Ghio possédait la m»* rine la plus florissante

Mais déjà une puissance noofdir s'avançait sur l'Asie Mineure. La domination persane , qui commençai à s'étendre a l'orient, sur les mine è l'empire Ghaldéo-Babylooien, venait d'engloutir du côté de l'oocideBt li monarchie lydienne (548 av. J.-Cj, et menaodt d'envelopper dans sa fimites, reculées jusqu'à la mer , toUes les colonies grecques de la cête. TooUfnSi les insulaires, comme le remarque Bérodote (1), étaient à l'abri des attaques ëi Gyrus; les Phéniciens n'étant paseacore soumis aux Perses , et ceux-ci n'aj»i pas de marine. Les Ghiotes , eo pirticulier, ne paraissent pas s'être |X^ cupés beaucoup du danger auquel «es rapides progrès de la conque peisise exposaient leur indépendance. Joutestiers aux soins de leur commerce, Us ne prirent qu'un médiocre intérêt à ee

3ui se passait sur le continent à qadqoe istance de leur île. Deux faits trahissent l'esprit mercantile qid ^éuàî d^à emparé de ces insulaires. Pactyas, ce dépositaire infidèle des trésors de Crésus, avait fait soulever les Indiens contre Qrrus, et, à l'approche de Mazarès, lieitenant de ce prince, s^était réfosiéckei les Gyméens oui le transportmat i Ghio. « liCS habitants de cette fie Y»^ « rachèrent du temple de MhMrve-F^ « liouchos, et le livrèrent h Mazaro, i « condition qu'on leur donnonk ^Atl^ « née. pays de la Mysie, vis-à-vîs k « Lesbos.... Depuis cet événement il • « passa beaucoup de temps sans q«i> « habitants de Ghio osassent, dM Iv « sacrifices , répandre sur la têle êib « victime de Torge d'AUrnée, mé^ « à aucun dieu des gâteaux faits avesiMt « farine de ce canton ; et on exdiÉHB « temples tout ce qui en provenât ^ • Plutarque, il est vrai, nie cette hooteBt

(t) Hérodote, I, i8.

(a) Id., I,a7.

(i) Hérodote,!, r43, (a) Id.y I, i6o.

ILE DE CHIO

extradition ; mais son témoigjpage est bien faible en présence de celui dliérodote confirmé par Pausanias (1). Le second fait n'est pas à beaucoup près aussi grave; mais il révèle aussi une politique intéressée , et nous montre que les ChioteSf à cette épooue du moins, étaient déjà devenus par-dessus tout des marchands. Les Phocéens, assiégés par Harpage, çénéral de Cvrus, et réduits à la dernière extrémité, avaient abandonné leur ville , préférant Texil à Tesdavaçe, et fait voile vers Chio, dans Tespoir de s*établir dans les Iles Chausses (2) , situées au nord-est de cette dernière, dont elles étaient une dépendance. Mais les habitants de Gbio ne voulurent pas les leur vendre, dans la crainte qu'ils n'y attirassent le commerce et que leur tle n'en fdt exclue (3).

Favorisée par sa position au milieu de la mer, Cbio avait pu sauver d'abord son indépendance. Mais déjà , par les conquêtes de Cyrus , Temptre persan touàiait à toutes les mers (|ui baignent les i^tes de l'Asie. La Pbénicie faisait partie d'une de ses satrapies. L'tle de Cypre elle-même avait subi le Joug. Devenus ainsi les souverains aen principaux peuples maritimes du continent et de quelques îles , les rois de Perse trouvèrent chez ces nouveaux sujets une marine et des matelots exercés par une vieille habitude de la mer. Us en firent les instruments des conquêtes qu'ils entreprirent en Afrique et en Europe. Cest ainsi que l'armée, qui , sous la conduite de Cambyse, alla soumettre l'Figypte monta des vaisseaux fournis par les Cypriotes et les Phéniciens (525 av. J.-C); e*est ainsi encore que lorsque Darius P'' dirigea une expédition contre lesScythes, il obligea les Grecs d'Asie , ceux des lies et ceux du continent , à fournir un contingent d'hommes et de navires.

Toutes [es colonies grecques de l'Asie Mineure étaient eneuet subjuguées, et formaient une des satrapies de l'empire. Outre le satrape chargé de l'administration générale de la province, Darius établit dans chaque ville un gouvemeiur particulier, dK)i8i soit parmi les .indi-

i) Paasaoias , lY , 35.

a) Aujourd'hui les iles Spalmadores.

(3) Hérodote y I, x65.

^ènes, soit parmi les Perses, mais ton* jours créature d'autant plus dévouée an roi que ces petites tyrannies locales ne pouvaient se maintenir qu'eu se reliant étroitement au despotisme central. Cest ce qui apparaît clairement dans l'expédition contre les Scythes. Darius avait fait Jeter un pont sur l'Ister, et en avait confié la garde aux tyrans ioniens. En vain les Scythes, oui venaient de disperser l'armée persane, les pressèrent de rompre le pont. « L'affaire mise en délibération, Miltiade d'Athènes , qui était commandant et tyran de la Chersonèse de THellespont , fut d'avis de suivre le conseil des Scythes et de rendre la liberté à llonle ; mais Histiée , tyran de Milet , s'y opposa. Il représenta qu'ils ne régnaient dans leurs villes que par Darius ; que si la puissance de ce prince était détruite, ils perdraient leur autorité , et que lui-même ne pourrait plus conserver la sienne dans Milet , ni les autres la leur dans leurs États , les villes préférant toutes la démocratie à la tyrannie (1). » Tous les petits tvrans de l'Ionie, et parmi eux, celui de Chio , nommé Strattis , se rangèrent à l'avis d'Histiée, et le pont fut maintenu. RÉVOLTE DE l'Ionib (504 av. J.-C).

— Il était manifeste, après ce qui s*était passé aux bords de l'Ister, que les Ioniens n'avaient rien à attendre de leurs gouverneurs. Instruments serviles du grand roi , ceux-ci appesantissaient le joug de la domination persane de tout le poids de leur propre tyrannie. Une double oppression pesait ainsi sur les Ioniens; et tandis que le grand roi, résidant à Suze, manifestait de loin sa puissance absolue par les exigences du fisc, les satrapes leur faisaient sentir un pouvoir d'autant plus insupportable qu'il s'exerçait de près, à tout instant, et directement. Cet état était trop violent pour durer. La conquête avait pu courber les Ioniens sous le joug ; mais même telle que Darius l'avait organisée , elle ne put raçonner au despotisme asiatique ce peuple , de tous les Grecs le plus pas^ sionné pour la liberté. A une révolte 11 ne manquait qu'une occasion. Athènes d'ailleurs , la métropole des Ioniens de l'Asie Mineure, venait de donner l'exem-

(i) Hérodote , IV , 137.

Tes

LIJIflVERS.

pie en s'affraDchissant de la domination des Pisistratides (510 av. J.-C). Aussi lorsque Aristagoras , tyran de Milet , secrètement excité par les émissaires d*Histiée , son beau-père, que Darius retenait à sa cour, les eut appelés à la liberté , un soulèvement général éclata aussitôt.

Partout les tpans furent massacrés ou chassés, et la liberté rétablie. Athènes soutint d'abord la révolte des Ioniens , et leur envoya vingt galères, «pii, jointes à cinq autres que fournirent les Érétriens , contribuèrent à la prise de Sardes. Mais après ce premier succès ces deux alliés se retirèrent, et tout le poids de la guerre retomba sur les Ioniens. Dans cette guerre, les Chiotes firent d'héroïques efforts pour la cause de la liberté. Les forces qu'ils mirent sur pied témoiffnent de la puissance navale à laquelle ils étaient parvenus , grâce à l'activité et à l'extension de leur commerce. De tous les Grecs d'Asie ce furent ceux qui équipèrent le plus grand nombre de vaisseaux : sur les trois cent cinquante-trois Salères qui composaient la flotte^ecque, s en fournirent cent, c'est-à-dire environ le tiers. Tous ces forces , réunies dans l'île de Lada, en lace de Milet, étaient destinées à secourir cette ville, assiégée par les Perses (498 av. J.-G. ). Travaillés par les émissaires du grand roi, les Samiens, les Lesbiens et d'autres confédérés abandonnèrent la cause commune , et se retirèrent avec leurs vaisseaux. Cette défection n'ébranla pas le courage des Chiotes. « Parmi ceux qui « soutinrent le combat, dit Hérodote (1), « les habitants de Chio furent les plus « maltraités, parce qu'au lieu de se con- « duire en lâches, ils firent des actions « très-éclatantes.... Us s'aperçurent de « la trahison de la plupart des alliés ; « mais, ne voulant pas imiter leur lâcheté, c ils livrèrent le combat avec le petit « nombre de ceux qui ne les quittèrent

Ïioint, et passèrent et repassèrent entre es vaisseaux ennemis, pour revenir de « nouveau à la charge , jusqu'à ce qu'a- « près en avoir pris un grand nombre, « ils eussent perdu la plupart des leurs. « Ils s'enfuirent alors dans leur île avec « ceux qui leur restaient. Mais les vais- « seaux qui avaient beaucoup souffert,

(i) Hérodote, TI, i5 et i6.

OQl

« ne pouvant les suivre , et se vff^ « poursuivis, s'enfuirent vers Myai| « où ils se firent échouer ; et les ij; « laiœés en cet endroit, ils fireat « voyage par terre. Lorsqu'ils forait « le territoire d'Éphèsc, ils s'avr-^ « à l'entrée de la nuit vers la vil « femmes célébraient alors les « phories (1). Les Éphésiens n' « pas encore instruits de œ qui « arrivé à ceux de Ciiio. Voyait « troupes entrer sur leurs terres, ib « roagmèrent que c'étaient des brir « qui venaient enlever leurs fem « courant tous à leur secours, ils « crèrent ces malheureux. * Les n'étaient pas au terme de leuR Ayant refusé de recevoir Histiée, oel secouru par les Lesbiens , leur lim taille à l'endroit appelé les Crms Chio, tua un grand nombre dei ' s'empara de Polichna , et subjugoa le reste de l'île, d'autant plus ' qu'elle était épuisée par les refeis cédents. « Ceux de Chio, dit 1 c dote (2), eurent des présages a « coureurs de leur désastre. D un <" « de cent jeunes garçons quils a « envoyé a Delphes , il n'en renit « deux ; les quatre-vingt-dix-huit « périrent de la peste. Vers le « temps, et un peu avant le combat « val, le toit d'une école de la nUe to « sur des enfants à qui on ensagnait a lettres ; de cent vingt qu'ils étaient « n'en échappa qu'un seul. Tels fi « les signes avant-coureurs que la « nité leur envoya. »

Chio depuis le gommbhcu bbs guebrbs iibdiqubs jusqo'

TBÂITB DE ClHON (449). — Apr

prise de Milet , la flotte perse n'eut paraître, devant Chio pour la Cwe i* trer dans l'obéissance. Strattis, fêseM tyran de l'île, fut rétabli , et, daas f» pédition que Darius dirigea oootR 1 Grecs d'Europe, elle fut oontràrii fournir son contingent. Mais l'enthousiasme que la victoire de thon avait excité dans toute la se communiqua aux colonies, par les succès de la métropole et par

(i) Fête que les femmes célêbraàat m rhooneur de Cérès.

(2) Hérodote, YI, «7.

ILE DE CmO.

défoîte des Perses , sept citoyens de Chio entreprirent de délivrer leur patrie, et s'engagèrent par un serment solennel à tuer le tyran Strattis. L'un des conjurés ayant dénoncé le complot, les six autres ne renoncèrent point au proiet d'affranchir lears concitoyens, et allèrent implorer pour eux les secours de la flotte greeorae, stationnée près d'Ëgine. L'anproche des vaisseaux grecs ranima le oonrage des Chiotes, et à la bataille de Mycaie ils combattirent vaillamment dans les rangs de leurs libérateurs (479 av. J.-G.)' Pansanias rapporte qu'il a In leurs noms gravés, avec ceux des autres alliés, sur le piédestal de la statue de Jupiter à Oivmpie (1).

La bataille de Mycaie transporta le théâtre de la guerre médique de la Grèce mr les côtes de l'Asie Mineure. Les Grecs commencèrent à prendre Foffensive. Les Athéniens, dissimulant ou ajournant leurs projets de domination, ne combattirent d'abord que pour l'affrancbissement des villes grecques encore occupées

Sar les barbares. Investi du commanement de la flotte combinée d'Athènes et des alliés , Cimon parcourut en libérateur la mer É^ée. Dans cette guerre nationale , les Chiotes se montrerait les dignes fils de la Grèce. Des cent galères fournies par les alliés, le plus grand nombre leur appartenaient. La part active qu'ils prirent à cette expédition prouve quHls avaient déi^ réparé leurs désastres précédents, et retabh leur marine, presque ruinée. Aussi lorsque les Athéniens, se sentant assez forts pour agir en maîtres, changèrent en subsides d'argent les contingents d'hommes et de ▼aisseaux fournis par les alliés , et rendirent ainsi ces derniers leurs tributaires et presque leurs sujets, ils respectèrent Tindépendance de Chio. Par le traité de 449 ils la mirent à Tabri des attaques du grand roi , en stipulant qu'aucun ▼aisseau perse ne pourrait naviguer dans les mers grecques, depuis - le Pont-Euxin jusqu aux côtes de la Pamphylie.

DIPUIS LB TBAITÉ DB CiMON JUS- QU'A LA FIN DE L'BXPBDITION DE

SicuB (449-413). — Les victoires de Thémistocle et de Cimon avaient refoulé

(t) Pausanias , y , i3.

les Perses en Asie. Le traité imposé par ce dernier à Artaxerxès avait élevé sur le continent de l'Asie Mineure , entre la Grèce et les barbares , comme un rempart de villes , rattachées plus étroitement à la métropole, et le long du littoral une barrière d'fles, sentinelles avancées de la Grèce. Délivrés ainsi des dangers du dehors , les Grecs trouvèrent dans la rivalité d'Athènes et de Sparte un aliment nouveau à leur inquiète activité. Aux guerres extérieures succédèrent les discordes civiles. Toute la Grèce, divisée en deux camps, se partagea entre les Athéniens et les Spartiates, qui se disputèrent le commandement, l'exercèrent et en abusèrent tour à tour. Et tandis que ces deux peuples, épuisés par leur lutte et oubliant , par une égoïste ambition , leur rôle national , mêlaient à leurs débats le roi de Perse, une nouvelle puissance s'éleva en Grèce, et l'hégémonie, se déplaçant une troisième fois , passa aux mains des Thébains. Cette esquisse rapide de l'histoire intérieure de la Grèce pendant cette période est nécessaire pour oien comprendre les vicissitudes politiques par lesquelles passa llle de chio, depuis l'époque où nous sommes arrivés jusqu'à la guerre sociale. Liée désormais plus intimement à la société grecque, cette Ile éprouva le contre-coup de toutes les révolutions qui s'accomplirent dans le sein de cette société si agitée. Ses forces navales faisaient d'elle une alliée utile, recherchée par chacun des peuples rivaux qui se disputaient le premier rang. Cest ainsi qu'aie subit successivement l'iqfluence ou la domination d'Athènes , de Sparte et de Thèbes.

Ce n'est pas tout. Laluttedont laGrèoe était le thâtre entre les Athéniens et les Spartiates, les uns représentant l'élément ionien ou le principe démocratique, les autres l'élément donen ou le principe aristocratique, cette lutte, transportée dans les colonies grecques de l'Asie, y formait deux factions, une faction populaire dévouée à Athènes et une faction oligarchique tenant pour Sparte. Chio renfermait dans son sein ces deux partis, qui, au milieu des attaques auxquelles leur patrie était en botte, ne rivalisaient que

{)Our le choix du mattre. De 449 à 413 es Chiotes furent les alliés d'Atiiènes. Dans les expéditions dirigées contre Sa-

LDNIVERS.

mos, leurs vaisseaux firent partie de la flotte qui sous le coinmandement de Périelès comprima la révolte de cette tle (441 av. J.-C.)* Lorsque éclata la guerre du Péloponnèse, ils prirent encore parti pour leur métropole et fournirent des vaisseaux (4SI av. J.-G% ). Mais quelques années après, la faction aristocratique, amie des Spartiates, l'emportant, ils méditèrent une défection; et, avertis

Sar les récents malheurs des Lesbiens , ont la rébellion avait été cruellement châtiée , ils fortifièr^t Chio, et préparèrent des moyens de résistance. Mais ils n'eurent pas le temps de mettre leur projet à exécution. Instruits de ce qui se passait , les Athéniens les contraignirent a démolir les fortifications qu'ils avaient construites , et à prêter de nouveau serment de fidélité. Retenus ainsi par la force dans Talliance d'Athènes, ils la secoururent de leurs vaisseaux dans le cours de la guerre, et participèrent à l'expédition de Sicile (415 av. !.•€. ).

Chic se détâchb d'Athbnbs , et

TOMBE sous l'influence DE SpABTE

(418-394). — Le mauvais succès de cette expédition et l'affaiblissement d'Athènes déterminèrent les Chiotes à secouer une alliance qui leur pesait. Les intrigues de Sparte etrordelaPersetravaillaientalors tous les alliés des Athéniens. Les Lesbiens venaient de donner l'exemple de la détection en traitant avec Agis. « Les « habitants de Chio et d'Erythrée , qui « n'étaient pas moins disposés à la dé- « fection, ne s*adressèrent point à lui, « mais à Lacédémone. Un ambassadeur « était avec eux de la part de Tissapheme, « qui gouvernait les provinces maritimes a au nom deDarius, nl8d'Artaxerxès(l).»

Il s'agissait de déterminer les Spartiates à faire partir une flotte pour soutenir la révolte de Chio. Alcibiade lui-même, alors mêlé aux ennemis de sa patrie, en pressa le départ. « Les Lacédémoniens ne laissèrent pas d'envoyer d'abord à Chio un de leurs sujets , nommé Phrynis, pour reconnaître si cette république avait autant de vaisseaux qu'elle en annonçait, et si, d'ailleurs, ses moyens répondaient à ce qui en était publié. Le rapport fut qu'on ne leur avait annoncé que la vérité, et ils reçurent aussitôt

(i) Thucydide, Vm, 5.

dans leur alliance les habitants de Chio et ceux d'Erythrée. Ils décrétèrent de leur envoyer quarante vaisseaux; et, après ce oue les gens de Chio leur avaient déclaré, le pays n'en avait pas lui-même moins de soixante. Us allaient en faire d'abord partir dix , avec Mâancridas, qui en avait le commandement ; mais comme il survint un tremblement de terre dans la Laconie , ils n'en appareillèrent que cinq au lieu de dix, et les mirent sous le commandement de Chalddée, au lieu de Mélancridas... Dès le commencement de l'été suivant (412 av. J.-C), les habitants de Chio sollicitèrent avec empressement l'expédition de la flotte. Ils craignaient que les Athéniens ne vinssent à être informés de leurs négociations; car toutes avaient été conduites à Tinsu d'Athènes. Les Lacédémoniens , sur leurs instances , dépéchèrent à Corinthe trois Spartiat^ pour faire passer promptement les vaisseaux par-dessus l'isthme , dans la mer qui regarde Athènes, et pour donner ordre que tous les bâtiments, tant ceux qu'Agis avait préparés pour Lesbos que les autres, fissent voile pour Chio. Trente-neuf vaisseaux des alliés se trouvaient réunis dans l'isthme.... Les alliés s'assemblèrent à Corinthe, et y tinrent conseil; ils décidèrent de commencer par se rendre à Chio, sous le commandement de Qialcidée... Mais les Corinthiens refusà'eat de partager l'entreprise avant d'avoir célébré les jeux istnmiques... Agis ne s'opposa pas à leur laisser respeâer la trêve qui devait aurer autant que la solennité de cette fête ; mais il voulait que l'expédition de la flotte se ftt enson nom. Ils n'y consentirent pas. L'affaire traîna en longueur, et c'est ce qui donna le temps aux Athéniens d'être mieux informés de la défection de Chio. Ils envoyèrent Aristocrate, l'un de leurs généraux, en porter leurs plaintes dans cette île. Les habitants nièrent le fait; et comme alliés , ils reçurent ordre d'envoyer des vaisseaux pour gages de leur fidélité. Ils en firent partir sept. La raison de cet envoi, c'était que le grand nombre ne savait rien de ce qui se tramait, que les chefs, qui étaient dans le secret, ne voulaient pas se faire un ennemi du peuple avant d'avoir pris leurs sûretés, et qu ils ne s'attendaient plus à voir arriver les

ILK DE GHIO.

PâoponnésieDs, qui tardaient à se montrer (i). »

Cependant, après la célébration des jeux istbmiques, la flotte péloponné- Âeime cingla vers Cbi0| au nomore de ¥ingt et une Toiles. Les Athéniens s'a- ▼ancèrent à sa reaeontre btcc le même nombre de vaisseaux; mais, ne se fiant pas aux navires de Chio qui faisaient partie de leur flotte, ils évitèrent d'attirer leurs ennemis à une bataille. Vaincus quelque temps après dans un combat naval, les Lacédémoniens voulurent renoncer à Texpédition de Tlonie. Mais ils avaient trop d'intérêt à soustraire rionie à ralilance d'Athènes pour abandonner si promptement l'entreprise. Le premier moment de découragement passé, ils reprirent l'exécution de leur projet, et travaillèrent à la fois à soulever l'Ionie et à s'assurer l'appui du srand roi, qui, grâce aux dissensions des Grecs, allait devenir leur arbitre. Alcibiade et Cbalcidée furent chargés du commandement de la flotte destinée à la guerre d'Asie. « Ils eurent des conférences avec quelques-uns de leurs confidents de Chio, qui leur conseillèrent de cingler vers leur viUe, sans y faire annoncer leur arrivée. Ils y parurent subitement, et remplirent de surprise et d'effroi la faction du peuple ; mais celle des riches fit assembler le sénat. Chio renonça «ncore une fois à l'alliance d'Athènes (2) Les Athéniens reçurent bientôt la nouvelle de ce oui se passait à Chio. Ils se regardèrent oonune environnés d'un danger terrible et manifeste , et ne crurent pas que le reste des alliés voulût se tenir en repos, quand une république de cette importance se livrait à la défection (8). »

La défection de Chio, puissance maritifloe considérable, portait en effetun rude coup aux Athéniens, dont les forces consistaient surtout dans leur marine. Leur ▼engeance ne se fit pas attendre. Tandis qu'ils firent leurs préparatifs, les Chiotes aggravèrent leurs torts , en faisant soulever celles des villes et des lies ioniennes qui se trouvaient encore sous la domi-

(0 Thucydide , VIII, 5-io.

(a)Id,, vni, i4.

(3) Id., TUI, i5.

nation OU dans l'alliance d'Athènes. Cest ainsi qu'ils excitèrent à la révolte Lébédos et Lesbos. Mais Léon et Dion^édon, avec la flotte athénienne, après avoir corn-

f»rimé le soulèvement de cette dernière le , vinrent infester Chio par mer, descendirent à Cardamyle , au nord de Tile, battirent à Bolyssos ceux de Chio, qui s'avancèrent contre eux, en tuèrent un grand nombre, et firent soulever les pays voisins. Ils remportèrent une seconde victoire, àPhané, et une troisième, à Leuconium. « Les guerriers de Chio ne se montrèrent plus en campagne, et les vainqueurs ravagèrent ce pays si bien cultivé, et qui n'avait jamais souffert depuis la guerre des Mèdes. Car de tous les peuples que je connaisse, ajoute Thucydide, ceux de Chio sont les seuls après les Lacédémoniens qui aient uni la sagesse à la bonne fortune... Assiégés du côté de la mer et voyant leur paysdevasté, plusieurs résolurent de remettre leur ville aux Athéniens (1). i»

Mais les partisans de Sparte redoutaient les vengeances de ces derniers.

Ils conjurèrent le péril en appelant d'Êr^thrée Astyochus, général lacédémonien, qui passa dans Ttle, et fiit, quel-

2ue temps après, remplacé par Pédarite.

;elui-ci fit périr les citoyens favorables aux Athéniens. Ce massacre affeiblit rtle, sans faire cesser les divisions. Les deux factions s'observaient, mais n'osaient agir. Aussi les Athéniens purent-ils faire une nouvelle descente sans rencontrer de résistance, se fortifier à Delphinium, et assiéger Chio. Pour comble de dis^âce, les esclaves se révoltèrent et se joignirent aux assi^eants. Pédarite et un grand nombre d'habitants périrent dans une sortie. Enfin un détachement de la flotte péloponnésienne vint au secours de la vule. Les Chiotes

Eurent tenir tête aux Athéniens. Une ataille sanglante et indécise se livra sur mer, et bientôt après la révolte d'Abydos et de Lampsaque força l'amiral athénien, Strombichide, à abandonner le siège pour se porter sur ces deux villes (412 av. J.-C. ).

Mais les Athéniens ne devaient pas renoncer à une alliée si utile. En 407 ils reprirent Delphinium, et relevèrent le

(i) Thucydide, Vin, «4.

L'UNIVERS

parti populaire. Ceux de la ûictioD opposée furent bannis de Ttie. Cratésip- Sidas , amiral lacédémonien , les ramena ans la suite. Ce fut alors le tour de leurs adversaires politiques de partir pour Texil. Six cents de ces derniers , expulsés de leur patrie, tentèrent un coup de main sur Atarné, possession des Chlotes, et parvinrent à s en rendre maîtres. De ce poste, où ils se retranchèrent, ils ne cessèrent d'infester Chio et toute rionie, jusqu'au moment où DercyUidas leseo expulsa, après un siège de huit mois ( 898 av. J.-C. ).

Cependant Delphinium restait au pouvoir des Athéniens, qui de ce fort, le plus important du pays , dominaient et menaçaient l'île tout entière. Mais les Lacédemoniens ne leur laissèrent pas le temps de s'y fortifier. Callicratidas , qui avait succédé à Lysandre dans le commandement de la flotte péloponnésienne ( 406 ), s'en empara , en détruisit les murailles , chassa les Athéniens , et fit occuper rtle par son lieutenant Etéonicus.

Les soldats de oelui-d, manouant de vivres et de vêtements , formèrent secrètement le dessein de se rendre maîtres de la ville de Chio et de la livrer au pillage. Etéonicus, instruit du complot, en empêcha l'exécution.

L'expulsion des citoyens les plus considérables ou les plus remuants du parti populaire, et l'occupation de l'île par les Spartiates faisaient désormais des Chiotes les alliés forcés des Péloponnésiens. A £gos-Potamos ils combattirent dans les rangs de ces derniers avec leurs trirèmes. Trois de leurs concitoyens , Céphisoclès , Hermophantus et Icérius , paraissent être signalés parmi les plus vaillants , puisque Pausanias (1) dit avoir vu à Delphes leurs statues à c4té de celle de Lysandre, le vainqueur des Athéniens ( 404 av.-J.-C. ).

Cette victoire remettait aux mains des Lacédemoniens l'hégémonie, que les Athéniens possédaient depuis la guerre médique. Ils en abusèrentcomme avaient fiait ces derniers : tout en faisant la guerre à la Perse , ils travaillèrent à asservir la Grèce. Les alliés d'Athènes, qu'ils avaient soulevés au nom delà liberté , s'aperçurent bientôt qu'ils n'avaient com-

(i) Pausanias, X, 19.

battu que pour changer de maltras.* Chio , comme les autres, en fit la triste expérience. Aussitôt après la bataille d'i£gos-Potamos, elle rut régie par dix archontes et un harmoste, magistrats imposés par Sparte et appuyés d'une garnison. Mais bientôt la ligne qui avait renversé la domination athénienne se reforma contre celle des Lacédemoniens.

La défaite que ceux-ci essuyèrent à 1»

hauteur de Cnide , en ruinant leur ma»

ri ne, fut suivie d*un soulèvement presque général des Grecs de l'Asie Mineure.Cmo en donna le signal en renversant les Dix et en chassant la garnison lacédémo* nienne ( 894 av.-J.*C. ). Conon , à la tête de la flotte victorieuse, n'eut qu'à paraître pour la rattacher au parti d Athènes (1). Thrasybule, successeur de Conon , y affermit la domination de sat patrie (890 av.-J.-G. ).

Ràppobts de Chio ayeg Thàbbs.

— Sparte vaincue et afiEaiblie, Athènes jugea que la première place était vacante, et songea à la reprendre. Sa souveraioeté s'étendait de nouveau sur presque toutes les îles de la mer Egée. Mais et l'hégémonie et les îles lui turent disputées par une nouvelle rivale. Les Thébains, qui conquirent la première subies Spartiates, lui enlevèrent les secondes. Épaminondas comprit que pour assurer à sa patrie ia prépondérance sur le continent, il fallait lui donner l'empire de la mer. Il fit donc décider par le peuple qu'on éguipcrait cent trirèmes, et qu'on demanderait les secours de Chio, de Cos, de Rhodes et de Byzance. Par ces deux mesures il donnait aux Thébains une marine et il affaiblissait celle d'Athènes, que les progrès menaçants de la puissance thébaine avaient jetée dans l'alliance de Lacédémone. Les Athéniens, alarmés de ces projets, essayèrent en vain d'y mettre obstacle.

Ëpaminondas parcourut la mer Egée, mit en fuite leur flotte, commandée par Lâchés, et obtint pour sa patrie I alliance de Chio et des trois autres cités maritimes (2) ( 366 av.-J.-C. ).

GUBBBB S0GIÂLB( 855-356av. J.-C).

— La puissance de Thèbes ne dura que la vie d un homme. Épaminondas mort.

Il ne se rencontra aucun Thébain ca-

(i) Diodore de Sicile, XIV, 84.

(a)Id.,XV,7y.

ILE DE CHIO

ars

pablede le continuer. Spartepot respirer, et Athènes reprendre ce qu'elle a?ait perdu. Chio , Cos , Rhodes et Byzance mrent de nouveau soumises. Cette fois la domination athénienne fut plus tyrannique que jamais, et, comme il arrive d*ordinaire, elle se détruisit par ses excès mêmes. Lassés de payer les fêtes que Charès, le Cléon de cette époque, prodiguait au peuple avec l'argent des Etats tributaires, Chio et les trois autres Tilles se soulevèrent , proclamèrent leur indépendance , et s'unirent pour la défendre. Chio, qui avait donné le si^al de l'insurrection, fut attaquée la première par Charès et Chabrias. Ce dernier parvint à forcer l'entrée du port, et s'y fit tuer. La vigoureuse résistance des habitants sauva la ville. Pendant que les Athéniens préparaient une seconde expédition, les Chiotes équipèrent avec leurs alliés cent trirèmes, ravagèrent Imhros, Lenmos, assiégèrent Samos, puis volèrent au secours de B;rzance, attaquée par Charès, auquel Iphicrate et Timothée venaient d'amener un renfort de soixante galères. Les deux flottes étaient en prince dans l'Hellespont; et, maleré une tempête, Charès voulait donner la bataille. L'opposition d'Iphicrate et de Timothée lui fut un prétexte de les accuser de trahison. Resté seul chargé de la conduite de la guerre , il jugea qu'il trouverait plus de profit à mettre ses troupes à la solde d' Artabaze, satrape révolte de l'Ionie. Ochus , roi de Perse , se déclara alors l'allié des villes confédérées , et força Athènes à reconnaître leur indépendance ( 856 }.

Chio depuis la fin bb la guereb

fiOCIALE jusqu'à LA ITOBT d'AlBXAN- 1>BE LE Gband (356-823 av. J.-C. ). — Pendant ^ue les Athéniens travaillaient à ressaisir l'hégémonie, que les Spartiates et les Thébains avaient successi- Tcment laissée tomber de leurs mains , et à ramener sous leur loi les cités mari* times de l'Asie Mmeure, annexe indis-

f ensable de toute puissance qui aspirait dominer sur le continent , Philippe , roi de Macédoine, commençait à manifester ses prétentions à la domination universelle du corps Hellénique. Il venait de s'emparer d'Amphipoiis et de Crénide,sur les côtes de Tnrace. Bientôt maître des Thermopyles , la clef de la

iS"" Livraison. (Ile de Chio.)

Grèce centrale, déclaré protecteur deMégare,qui commande l'entréedu Péloponnèse sur l'isthme de Corinthe, il se porta sur Périntheet sur Byzance, qui ouvrent le chemin de TAsie Mineure par la Propontide et le Bosphore. En voyant s'étendre vers l'Orient cette nouvellepuissance, qui déjà pesait sur la Grèce, uhio s'alarma pour son indépendance , reconquise tout récemment au prix des plus grands efforts. Rassurée désormais du coté des Athéniens, également menacés, elle s'allia avec ces ennemis de la veille , et joignit ses trirèmes à leur flotte pour défendre Byzance , assiégée par une armée macédonienne. Cette ville fut sauvée, et Philippe dut abandonner ses projets sur la Propontide ( 840 ). Mais deux ans après (888^ la victoire de Chéronée mettait la Grèce aux pieds du roi de Macédoine. L'année suivante le conseil amphic- Conique le proclamait géuécalissiroe aes Grecs contre la Perse. Alexandre hérita de cette ^erre, dont le caractère tout national fôisait du roi de Macédoine le véritable représentant des intérêts généraux de la Grèce. Athènes et Sparte tétaient fait de leurs victoires sur les Perses un n[M)yen d'asservir la Grèce. A l'inverse de ces deux républiques, la Mac^oine commença par établir sa suprématie sur la Grèce, pour tourner ses forces réunies contre la Perse. De cette différencede desseins et de conduite il résulta que les Grecs, ralliés sous le simple'commaudement d'un même chef, conservèrent plus de liberté civile et politique sous la suprématie de la Macédoine que sous l'hégémonie des Athéniens et des Spartiates.

Chio, alors sous l'influence du parti populaire, devait nécessairement se déclarer pour un prince qui respectait les institutions des peuples, et qui, d'ailleurs, promettait aux Ioniens d^établir dans leurs villes le gouvernement démocratique. Mais ceux du parti opposé ne {mrent se r^igner à leur défaite. Contre eursadversairesilsappelèrentlesPerses; et , pour soustraire leur patrie au commandement d'Alexandre, ils la livrèrent au despotisme de Darius. L'histoire a conservé les noms des traîtres. Suivant Arrien (1), Apoilonlde, Phisinus, Mé-

(i) Arrien, Expèdit, d^Alex,, m, a,

L'UNIVERS

gareus et quelques autres ouvrirent rentrée de rite à Memnon , et se siiisireut du pouvoir par la violence. Quinte- Curce (1) n*en nomme crue deux: Apollonide et Athénagoras. D'après loi , les partisans du roi de Macédoine auraient eu le dessus , et chassé ou du moins écarté les autres du gouvernement; mais Phprnabase, satrape de Darius, rendit le

{>oavoir aux deux traîtres , se saisit de eurs adversaires politiques, et laissa une ffamison dans Ttle. Sur ce dernier point les deux historiens sont d'accord (2).

Après la bataille d'Issus ( 333 ), Pharnwase, craignant que les Ghiotes , enhardis par la victoire d'Alexandre, ne se soulevassent , se rendit en toute hâte dans l'tle avec douze trirèmes et 1 ,500 hommes. Mais le parti populaire chassa les Perses ou plutôt les livraàHégéloque, amiral macédonien, et avec eux non-seulement les traîtres que nous avons cités plus haut, mais encore les tyrans de Mitylène et de Métbymne , Cnarès et Aristonicus. Selon toute apparence, Chio reçut alors garnison macédonienne; car en 325 elle envoya une députation à Alexandre pour se plaindre des vexations que ses soldats exerçaient sur les habitants (8). Il est probable qu'Alexandre ne fit pas droit a ces plaintes. Le rappel des proscrits politiques , en vertu du décret de 334, rendait d'ailleurs la présence d'une garnison nécessaire.

Après Alexandre, Chio subît, comme presque toute la Grèce, la domination de ses successeurs. Alors la vie politique semble s'éteindre peu à peu chez ces insulaires. Ils s'adonnent exclusivement an commerce, heureux d'obtenir, au milieu de tant d'ambitions rivales, la tranquillité et la sécurité nécessaires pour leur négoce. Enveloppée dans les partages et dans les conquêtes successives des rois de Syrie, d'Ë^ypte, de Macédoine et de Pergame, Chio eut pendant un siècle le sort de toutes les colonies grecques de l'Asie Mineure , que les successeurs d'Alexandre s'adjugeaient et s'enlevaient tour à tour. Pour la revoir mêlée d'une

S 6 ; n , X ; Diodore de Sicile, XYU , 39 , 2. (0 Q. Curt., IV, 5, §6.

(a) Arrien, ibld., II, i3, 4.

(3) Q. Curée, IV, 8, § ".

manière active aux événements poltiques . il faut se transporter à répoqm où la domination romame commHieeà s'étendre sur l'Orient.

Chio passe sous la DOMi?iÂTtoi DES Romains. — Quand les Ronuifis se présentèrent en Asie comme les prolwteurs ou les libérateurs des cités greequs, ils n'eurent pas de peine à attirer b habitants de Chio dans leur parti. Cmci s'étaient brouillés avec Philippe IH, roi de Macédoine, qu'ils avaient va»

ment essayé de réconcilier avec les Ë^ liens. Menacés par ce prii!iee, ces insoiaife se liguèrent avec Attale et les Rbodiess, attaqués par le roi de Macédoine, et prirent part à la bataille navale qocee dernier perdit près de leur île [V&\ Dès lors ils furent de toutes les goares des Romains. Dans la guerre eoiiie Antiochus ( 190), Chio servit d'enucpit aux Romains pour leurs convois dlt»e, et , en récompense de sa fidélité, ei obtint des terres , et fut tenue auprès ài sénat en singulier honneur (1). Ces terres dont parlent Tite-Live et Polyk étaient sans doute Atamée, l'aodeflK possession de l'île.

Mais dès cette guerre les Ghiotes purent reconnaiUre que œ pompeux titie d*allié du peuple romain coûtait dier.

Chio était trop riche pour ne pas tmta l'avidité des légionnaires. Au»i Ait-ei/e

{>illée comme une ville ennemie. Après e tour des soldats, vint cdm des m»* gistrats ; Verres lui enleva ses plus beUa statues (2), et Cicéron cite Chio parei les villes dont les dépouUI<K enrichiial les villas des grands de Rome.

Ces odieuses exactions jetèrent Cbi9.

comme tous les autres Grecs d' Asit, éas le parti de Mithridate ; mais ce prise* ne sut pas conserver ses alliés. Aj*l conçu un violent dépit contre een^ Chio pour une raison futile, il Itsài^ cruellement (3). Zénobius, undeis lieutenants , surprit Ttle de nuit, ^ porta toutes ses places fortes, désannl^ habitants , et se fit donner 2,000 td^ts- Sous prétexte qu'il manquait f^ chose à la somme, il les réunit au tK&titf

(i) Tile-Live, XXXVH, 37 ; XXÎ^ 39 ; Polvb., XXn, 37 , 6.

h) Cic, in Ferr,, act. U, orat TI, $ >• '3} App., Beli, Wtkr, a5, 46, 6x.

ILE DE CHIO

les fit cerner par ses soldats, et les envoya à Mithridate qui les transporta sur les bords du Pont ( 86 ). Sylla dans le traité

Su'U imposa Tannée suivante à Mithriate stipula qu'ils seraient rétablis dans leur patrie, et déclara Chio ville Ubre et alliée.

LucuUus , Pompée , César , Auguste, Tibère et leurs successeurs ratifièrent le décret de Sylla. Tibère visita deux fois Chio, avant et après son avènement, et Taida de son araent à réparer les dommages occasionna par un tremblement de terre. Pline Tancien l'appelle encore 6 Chio libre (1). » Mais vers cette époque Vespasieu , sous prétexte que les Grecs avaient désappris à être libres , leur enleva Toombre d'indépendance qui leur restait, et Chio fut comprise dans la provinee des îles, dont elle fit partie jusqu'à la nouvelle division de l'empire , sous Constantin.

BÏÎSUHÉ BB l'HISTOIBE DB CHIO PEN- DANT LES TEMPS MODEBNES.

ÉTAT DB Chio pendant les pbb-

UlEBS SliCLBS DB L'ÀBB CHBÉTIENNB.

*- La plu part des îles grecques gagnèrent beaucoup à échanger une liberté précaire et agitée contre Te repos et la prospé> rite que la paix romaine (2) assura, pendant tant de siècles, aux peuples conquis par les lémons. Au moment où Chio fut réunie à rempire, elle venait d'éprouver les effets de la libéralité du roi des Juifs, Hérode, oui ne s'était sans doute montré si généreux envers cette île et les autres Grecs d'Asie que pour complaire aui Romains. Dans un des voyages que ce prince fit en Occident, pour courtiser ses protecteurs, Auguste et Agrippa, il passa plu^eurs jours dans llle de Chio (3).

« Plusieurs des habitants , dit Josèphe , l'y vinrent sahier, et il leur fit de maffuifiques présents. Ayant vu que les bailes de la ville, qui étoient très-grandes et très-belles, avoient été ruinées durant

f i) Pline, Hist. Nat„ V, 38.

(a) Expression de Pline, Hist, Nat,, XXVU, I, a.

(3) Jos^he, Jnt, Jud., XYI, a, a, p. 683, biid. d'Amault d'Andilly, t m, p. 8a.

)a guerre de Mithridate, et que les habi<tants n'avoient pas le moyen de les faire rebâtir, il donna plus d'argent qu'il n'e» falloit pour cette dépense, et les exhorlft^ de travailler promptement à rétablir leur ville en sa première beauté... U pay»

aussi au trésorier de l'empereur ce que ceux de Chio dévoient, et assista toutes les autr^ villes dans leurs besoins. »^ (24 avant J.-C.)

A partir de cette époque, Chio, comme toutes les autres îles ou villes grecques, n'a plus d'existence politique; et rhistoire la perd de vue pendant plusieurs^ siècles. On ne sait pas comment s'opéra dans cette île l'établissement du christianisme, qui s'y mcmtre triomphant au quatrième siècle , comme dans tout le reste de l'empire romain. Nul doute que l'Évangile ne fut introduit de bonne heure dans cette île , que côtoya saint Paul et qui se trouvait si voisine des Églises apostoliques de l'Asie Mineure (1). Mais la première mention qui soit faite ée l'Église de Chio ne remonte pas au delà du cinquième siècle. En 449, Tryphon , évéque de Chio, assista à ce prétendu concile que Ton a flétri justement du nom de brigandage d'Éphèse et où la violence fît triompher Thérésie d'Eutychès. Trois ans après (451), le même évéque parut au cinquième concile oecuménique, celui de Chalcédoine, où fut condamnée définitivement la doctrine des monophysites. On voit enoore figurer les noms dedem évéques de Chio, Georges et Théophile, dans les actes des sixième et septième conciles oecumé*' niques (2). Dans Tfaistoire politique, Itie de Chio est entièrement oubliée; ma^ au huitième siècle, quand les Arabes lan^ cèrent leurs flottes dans la Méditerranée et poussèrent leurs ravages jusqu'à Câfns^ tantinople, nui doute que Chio n'ait eu sa part des maux qui fondirent alors sur

(i) « Lors donc qa'il nous eut rejoints à Àsson , nous le primes et nous allâmes à Milylëne. De là, continuant notre route , nous • arrivâmes le lendemain vis-à-vis de Chio. Le jour suivant nous abordâmes k Samos ; le jour d'aprèi nous arrivâmes à Milet , car Paul avait ^ r^Iu de passer Éphèse sans y prendre terre, etc.. » j^ct. des jépdtres, XX , i5.

(a) Lequien, Oriens Cftrhtiaruu, t. I»p. 93 1.

UONHERS,

toutes les tles de rArehipel. Après les grands armemeDts des califes, vinrent les courses continuelles des pirates sarrasins de Crète et d'Afrique , contre lesquels les empereurs de Constantinople soutinrent une lutte acharnée durant cent trente-huit ans.

Expéditions des Tuegs contre Chio. — Quand les Arabes eujrent disparu des mers de la Grèce, les Turcs les infestèrent à leur tour pendant des siècles, avant de s*y établir tout à fait en maîtres. Au temps d*AJexis Comnène la Suissance des Seldjoucides s'était étenue sur toute l'Asie Mineure, et débordait déjà sur les îles. L'an 1089, le Turc Zakhas ou Tzachas, autrefois prisonnier, devenu ensuite chef de pirates, profltant de Téloignement de l'empereur, occupé à combattre les Patzinaces, parcourut l'Archipel, et infesta les côtes et les tles de l'Asie. Maître de Clazomène et de Phocée, Zakhas fit voile vers Chio, et s'en rendit maître par un coup de main. Du fond de la Thrace, où il combattait les barbares, AJexis ordonne à I^icétas Castamonite de lever une flotte et de poursuivre le pirate. Nicétas obéit; mais au premier combat il fut vaincu, et perdit presque tous ses vaisseaux.

Une seconde flotte fut équipée à l'instant et confiée à Dalassène, parent de l'empereur. Dalassène, prenant le temps où Zakhas était allé à Smyrne, débarque à Chio, et assiège la ville, où le pirate turc avait déposé tout son butin. Vivement pressés par Dalassène, les Turcs qui détendaient la place demandèrent à capituler ; Dalassène y consentit , pour sauver la ville du pillage dont la menaçaient ses soldats. Pendant les pourparlers, Zakhas aborde de l'autre coté de rile, à l'occident. Il.débarque ses troupes, et marche à la ville avec huit mille hommes, suivi de sa flotte, qui côtoie le rivage. La flotte grecque, commandée parOpus, accourut, dans Fintentiou de livrer bataille aux Turcs. Intimidé par leurs forces et leur attitude , Opus retourna à Chio sans oser engager l'action. De son côté, Zakhas mettait en déroute l'armée de Dalassène, et la forçait à se réfugier derrière ses retranchements. Mais apprenant qu'on faisait de grands armements à Constantinople, Zaklias jugea à propos de retourner à

Smyrne, son quartier général, afin iTj préparer une nouvelle expédition. Aprèi son départ, Dalassène, qui avait m* taillé sa flotte et refait son annéet retourna devant la ville de Chio, et l'a rendit maître (1).

Après s'être emparé de Ghioet jarar mis garnison, Dalassène était retouroê à Constantinople. Mais cette expéditûn n'avait pas rendu la sécurité aux tles de l'Archipel. Zakhas avait £aitcoDStroin de nouveaux vaisseaux , et recoauneoei ses courses. Pour recouvrer Smym et les autres points occupés par le red«itable phrate, Alexis leva des troupes de terre et de mer. Jean Ducas fîit flÊcét la téu de l'expédition , et DabîseDer»çut, sous ses ordres, le oominaoiiaBCDt de la floue. Ce grand armemat balaya l'Archipel , et en chassa tous les oinres de Zakhas, qui demanda la |itii et se renferma de nouveau daassa viUede Smyrne (2) (1092).

Jusque là les empereurs bmnnis n'avaient eu à combattre dans rArd»pel que les Sarrasins ou les Tores.

A partir des croisades, ils trouvèent des rivaux redoutables dans les Latii^ oeodentaux , qui s'étaient d'abord piéseottf comme auxiliaires. Les cités comnxr* çantes d'Italie, Gènes, Pise, Floreaoe et Venise eurent bientôt des oomptors à Constantinople, et dès le douacw siècle leur mutuelle jalousie et ieoispt^ tentions créèrent de grandseinbanasaw empereurs d'Orient En 1171 9)iS0«s « règne de Manuel Comnène, laguene éclata entre les Grecs elles Vénitiens, u l*"" septembre 1 172 le doge Vital Mi»» entre dans l'Archipel, à la t£te diu»

flotte de cent galères ; et après uoe^ tative sur l'île deN^pont,il passadafi celle de Chio. Il s'empara de la capiw et avec elle de l'île entière. Ce fiit U^ seul exploit du doge vénitien. Assp par la flotte des Grecs, chassé par ^ d'île en île, de Lesbos à Leomosetâf Lemnos à Scyros, il rentra à Venisea»* les débris de son expédition. Mais frante ans plus tard (1204) le succèsde» quatrième croisade permit aux VéoiD^

(z) Lcbeau , Hist. du BaS'Empire, t. ^^' p. aa6.

(i) Id., t. XV , p. a6r.

(3) Id., t. XVI , a59.

ILE k)£ CfflO.

le mettrela main sur presque tout TArrhjpel. Ils s'adjugèrent Hlede Ghio,qui )e retourne aux Grecs qu*après les ex-

'empire

)\e. Cependant les Grecs s'étaientrétablis \ Constantinople ; mais leur empire s^af- [aâblissait de plus en plus, perdait chaque lourde nouTelJes provinces, etu'avaitpas la force de dtfenare le reste. Sous le règne d^Andronic II , un jeune et hardi aventurier, Roger de Fior, chef d*une troupe de Catalans, avait seul arrêté les Turcs-Ottomans et sauvé l'empire d*une invasion. Quelques-uns de ses gens s*étalent chaînés de défendre Ttle de Chio ; mais ils se la laissèrent enlever par les Turcs, La prise de Chio pouvait entraîner après elle les conséquences les plus funestes. Comme elle se trouvait sur la route de Constantinople, Tennemi ne pouvait plus facilement inquiéter cette capitale et couper ses comomnications avec les autres possessions de l'empire, situées dans la partie méridionale deV Archipel. La perte de cette tle si importante fit grand bruit; on n'entendait de toutes parts que des murmures et des cris contre les Catalans ; et le fils du vieil cLndronic, le jeune Michel, récemment issocié à l'empire, profita de cette cir- »>nstance pour faire éclater toute sa Jalousie contre Roger de Flor, que ses exploits venaient de faire élever au rang de César. Quelquessemainesaprès,Roger fut assasanéa Andrinople (1307) par l'ordre et en la présence de Michel (1). Tentatives des Génois sub l'îlb DE Chio. — L'empire recouvra bientôt la possession de Cnio; mais ce fut pour la reperdre encore. Les divisions de la Camille impériale et les embarras causés par les attaques des Turcs permirent à un noble génois , Benott Zacharie, un des instigateurs de la révolte des Siciliens contre Charles d'Anjou, de se rendre maître de Chio. Le vieil Andronic se vit obligé de dissimuler cet affront. Il consentait même à laisser au Génois la pleine jouissance de sa conquête, pourvu que 111e fut toujours reconnue comme taisant partie du domaine de Fempire. Benott se soumit volontiers à

(i) Lebetu, XII., p. 79.

cette condition; mais il ne tint aucun compte des engaeements qu'elle imposait , et il se conduisit à Cnio en Véritable souverain. Son fils, Martin Zacharie, qui lui succéda, affecta encore une plus grande indépendance. Il enleva des murailles et des portes de la ville les armoiries impériales, et y substitua les siennes ; il jeta les fondements d'une forte citadelle, destinée à contenir les Grecs du dedans et à repousser ceux du dehors.

Cependant Andronic III, qui avait détrôné son aïeul en 1828» r^olut d'agir pour reprendre Chio. Il ordonna à Martin de cesser les travaux commencés, le menaçant de lui déclarer la guerre, s'il n'obéissait sur-le-champ. Les Génois , puissants alors dansTempire, qu'ils sem* blaient dominer du hau t de lemr colonie de Galata (1), affectaient un grand mépris pour les Grecs, ethravaient en toute occasion l'autorité de leur empereur. Martin, loin d'interrompre la construction de sa citadelle , la poussa avec plus d'activité. Aussitôt Andronic met une flotte en mer, et en prend lui-même le commandement. Martin ne s'attendait pas à tant de résolution ; mais il était trop tard pour

(i)ft Michel Paléologue, en reconnaissance des secours qu'il avait reçus d'eux pour recouvrer ta capitale , leur avait abandonne la souveraineté du faubourg de Fera ou Galaia , vis-à-vis de Conslanlinople, de Vautre côté du port. Tous les Génois y avaient transporté leurs comptoirs , et sous le règne d*Audronic l'Ancien , ils avaient entouré leur ville naissante d*abord d'une double , ensuite d'une triple enceinte de mars. Fera, qui s'étendait entre les collines et le golfe sur une longueor quatre fois plus grande que sa largeur, avait d^à quatre mille quatre cents pas de tour. Ses maisons , élevées en terrasses les unes audessus des autres, avaient toutes la vue de la mer et de Constantinople. Chaque année on voyait s*accrottre leur nombre et leur magnificence ; et si l'empire çrec n'avait pas eiifin succombé sous les calamités qui le frappaient coup sur coup , en moins d'un siècle la ville génoise aurait égalé en splendeur et en population la capitale de l'Orient. » Sismondi, République* Italiennes , t. VI, P. gS. Pour légitimer leurs prétentions sur l'ile de Chio, les historiens génois affirment qn' Andronic Paléologue la donna a Gènes, en récom|)ens« du secours qu*ileu reçut contre lei TèaStiew» Fan iai6.

rUWIVERS.

désarmer l'empereur. H se prépara à la défense, et s>nferma dans Chio avec huit ^sents hommes bien aguerris, déterminés comme lui à combattre jusqu'au dernier soupir. Mais son gouvernement était odieux aux habitants de Ttle. Un riche Grecde Chio, Benoit Calothète, avait préparéun soulèvement ; il éclata à Tarrivée oeremperenr. Le propre frère de Martin, Benoît Zacharie , qui commandait une forteresse située à un mille de la ville de Chio, la livra à Tempereur; et Tusnrpateur, abandonné de tous , prit le naorti de venir se livrer avec sa troupe a la discrétion d'Andronic Les Chiotes étaient si animés contre lui, qu'ils l'auraient massacré sous les yeux de Tempereursi celui-ci n*eût réprimé leur fureur par son autorité. Andronic se contenta de condamner Martin Zacharie à une prison , où il ne lui manqua que la liberté; ses troupes forent enrôlées dans Tarmée impériale, et les habitants de Gfaio furent déchargés de tous les impôts onéreux dont Martin les avait accablés.

Andronic s'était proposé de donner à Benoît , frère de Martin , le gouvernement de rîle qu*il lui avait fait recouvrer. Mais ce Génois , aussi orgueilleux que son frère, ne voulut pas consentir à reconnaître les droits de Tempereur à la suzeraineté de Chio. En vain Andronic épuisa toutes les voies de la douceur pour le ramener à des dispositions raisonnables, il n*y put parvenir; et Benoît se retira furieux et menaçant dans rétablissement de Galata. Andronic n'avait point osé le chasser, par crainte des Génois. Il quitta Chio, après y avoir établi une forte garnison, et ravoir pourvue de toutes les choses nécessaires à sa défense. Il savait combien il fallait redouter le conrpoux de Benoît Zacharie. En effet, celui-ci, ayant pris à sa solde tous les vaisseaux qui se trouvaient à Gabta, vint faire une descente dans Tîle , et entreprit d'emporter la ville d'assaut. On résista vigoureusement. Benoît fut re- . poussé après une perte de trois cents nommes; il se retira, la rage dans le cœur, et il mourut au bout de sept joure, dans une attaque d'épilepsie (i)(1329).

Conquête db Chio pab lbs Gb-

(i) Lebeni, Hitt, du Bns^mpire^ t. XIX, p. 407.

piOTs (1846). — Cependant cette Chio, tant de fois perdue et recoiméep» les Grecs , devait enfin rester défini^ ment aux Génois. « Trente-deux i* Génois, forcés de quitter leorp^ piour se soustraire aux furearedeboj tion qui y dominait alors, rWw«* de se former ailleurs qnelaués^"^ ments où ils pussent être à rabrides^ sécutions de leurs concitoyens. Us ^ pèrent à leurs frais une flotte de wb»| deux bâtiments , et firent voile ««'* de Chio , dans Hntention de s^en *TC rer. Les Grecs la défendimit f aw|i

avec beaucoup de coo^S^.'JfJ^ raient recevoir de ConstantiooF^ secours ; mais il n'y avait ni ^^ les coffres, ni vaisseaux <l2i"^*y^ ni personne en état de <50ï"''''^|^ mer. Tout ce que put faire riropeRDj douairière, mère du faible mW^; logue I", en faveur des habitantsK Chio fut de leur envoyer qnelques pj^ visions de bouche. Elle chargea de 0»

commission un seigneur grec, app« Phaséolate, qui avait mérité saeonfiM»

Phaséolate arriva trop tm> if W»

de Chio , après avoir fait \ PJ^ "PJ défense, avalent été obligés d«f«^J fi

faim , qui les dévorait (<)• ' ^ ^ fondée dans Hle de Chio eede vm de nobles Génois qui ^^f^^u cette île, tandis que daDsfeffPJûwi»

étaient en butte aux persécoOfo^/" FJ démocratique. D'autres ^^^\ aussi occupé la ville de ^^ ^ Grecs furent impuissants a r^«^^ tentatives de ces hardis nïa'^*î?J" les défendaient et les iasoitaient tow ^

^our. ^,^. -

Gènes , comme Athènes a«^^ créait un empire florissant wr jesw^ de l'antique lonie. La su^^^ Chio fut enlevée à l'empire Grec w vainqueurs, et attribuée à l*"' r u Mais ils se contentèrent de « j^ hommage , et voulurent rester UKHr dants dans leur conquête. » IW'J^ temps, dit Dapper, Chio devint P" santé et riche, et fut gouvernée es W*«

(i) Lebeau, Id., t XX, P; »»'ft Agosl. JustianiaDO. Casiigaùstind A»^^, Genoa, in-fol., Genoa, i537, i34 a; C*^ Foglietla, HUtoriœ Gtnuensium VAn X^'^ Genoa , i585, in-fol., iS; b.

ILE DE CfflO.

de république sous l'autorité des Mahons, autrement appelés Mavnèses, premiers nobles de la maison de Ju8ti< niani , qui Tavoient achetée de la république aes Gènes , où ils tenoient un des premiers rangs, et en laquelle ils avoient pris naissance. On Toit encore leurs armes sur plusieurs maisons de la ville. CesMabons, ou Maunèses, consistoient principalement en vingt -quatre personnes qui aTOient soin du puYernement de Vile. On en choislssoit tous les deux ans un pour podestat ou chef de justice , qui présidoit sur les affaires civiles et criminelles de toute Hle, et a voit pour lieutenant un jurisconsulte. On choisissoit aussi tons les six mois quatre présidents directeurs, quiprenoient connaissance, coniointement avec le podestat, de toutes les affaires civiles de Tlle, et prononqoient sur toutes les affaires criminelles, qui dévoient indispensablement être portées devant eux. Il j avoit outre cela douze conseillers établis, que les présidents consultoient comme leurs adjoints dans toutes les affaires de conséquence. Pour ce qui est des autres menues affres et petits différends, ils étoieot portés devant deux autres juges, qui étoient établis pour connaître de tout ce qui ne dépassoit pas idngt écns. Il y avoit deux seigneurs Mabons qui avoient la surintendance du mastic, si bien qu*ii étoit défendu à toute personne, sous peine de la vie, d*en amasser ou d'en vendre sans leur permission. Il y avoit aussi un capitaine du guet pour la garde de la nuit , et qudques autres moindres officiers (I). »

Sous ce gouvernement Chio devint la plus prospère et la plus florissante de toutes les îles de F Archipel. Les Turcs lui firent éprouver d*dOord quelques dommages. En 1394, le sultan Bajazet la fit ravager par une flotte de soixante navires, qui dévasta aussi les c6tes et les lies adjacentes. Mais en 1451 , après la prise de Constantinople, les colons Génois de Chio achetèrent la paix de Mabomet II, moyennant un tribut de dix °ûlle ducats. Cet engagement assurait aux Mabons leur indépendance , le droit de négocier dans les Etats du grand sei-

gneur, et de continuer à s'approvisionner en Asie Mineure, car les produits de rUe étaient insuffisants pour sa nombreuse population.

Chic sous Là domination des ToBCS OTTOMANS (1666). — Lcs Génois gardèrent Chio environ deux cent vin^t ans. Mais au temps de la mort de Soliman l^'' elle fut conquise par les Turcs, qui jusque là s'étaient contentés de la tenir cdmme tributaire. En 1565 Famiral turc Piali*Pacha avait échoué au sié^e de Malte, où s'étaient retirés leschevahers de l'Hèpital depuis qu'ils avaient perdu Rhodes. Gènes leur avait envoyé des secours : furieux de son échec, Piaii- Pacha s'en prit aux Génois , dont il alla enlever la colonie de Chio. Le 14 avril 1566 il parut devant cette Ile, à la tête d'une flotte de soixante galères. Les nobles Génois de Chio, qui savaient l'art de gagner les vizirs et les pachas turcs, envoyèrent à Piali de riches présents, que celui-ci accepta sans renoncer à son oes* sein. £n effet, il invita tous les primats de rtle à venir le voir à son bord ; et à

geine ceux-ci furent-ils arrivés, qu'il les t jeter dans les fers et transporter à Caffa. Ces malheureux n'obtinrent leur liberté qu'au bout de quatre années, grâce à Fintervention du pape Pie V et de Fambassadeurtrançais (1). Bientôt la plupart d'entre eux rentrèrent dans leur fie, et y retrouvèrent leurs biens et leurs dignités. Quoique réunie à Fempireturc, Chio conserva aes privilèges et une liberté que les Ottomans ne laissaient à aucune autre de leurs conquêtes.

Une agression des Florentins avertit les Turcs qu*il était nécessaire deprendre plus de précautions pour la défense de cette possession. En 1 595 une escadre envoyée par Ferdinand P', grand-duc de "toscane, vint attaquer le château de Chîo, sous la conduite de Virginio Ursmo. Les Toscans s'en emparèrent.

Mais une tempête força Ursino à s'éloi-

gner de ces parages. Il laissa cinq cents ommes dans la forteresse. Attaoués par les Turcs , le lendemain même de la retraite de leur général, ces cinq cents hommes furent tous passés au fil de Fépée. Les Turcs plantèrent leurs têtes

(i) Dapper, Description de l'Jrchipelf

(i) De Uammery Empire Ottoman, YI»

L'UNIVERS

sur les créneaux de la forteresse, où on les voit encore aujourd'hui, dit Dapper (i). Depuis ce temps les Turcs mirent garnison dans la citadelle , et en défendirent l'accès aux chrétiens. Ils auraient même changé toutes les églises en mosquées, et ahoTi le service de la religion chrétienne dans cette île, sans Tintervention de Savarv de Brèves , ambassadeur de Henri lY , qui apaisa par ses sollicitations le courroux du sultan Mustapha IL On laissa donc aux Latins et aux Grecs leurs ^lises et leurs couvents. A la fin du dix-septième siècle, une nouvelle tentative faite par les Vénitiens pour recouvrer cette tle , qu'ils avaient possédée autrefois, devait encore coûter aux Chiotes une partie de leurs anciennes libertés. &i 1694 les Vénitiens réussirent à s'emparer de la ville et de l'île entière ; mais ils furent trahis par les Grecs indigènes, qu'animait toujours une haine invétérée contre l'Ëglise latine.

L'occupation vénitienne fut de peu de durée. En 1696 Mezzo-Morto, Africain renégat, capitan-pacha de la flotte turque , investit l'île, et la réunit de nouveau à l'empire ottoman. Les Grecs, qui avaient sacrifié toutes les autres considérations au désir de triompher des Latins, furent récompensés de leur perfidie par la suprématie que le gouvernement turc leur attribua sur les catholiques ; ceux-ci furent poursuivis comme dissidents, et persécutés pour se soumettre au rituel grec. Alors disparurent les dernières traces de la dommation génoise , et bientôt l'on ne compta pas plus d'un millier de catholiques romams dans l'île de Ghio (2). Les Grecs de cette île conservèrent les bonnes grâces du gouvernement uirc pendant tout le dix-huitième siècle, et au commencement du dix-neuvième. Au moment de l'insurrection hellénique, Ghio était redevenue aussi prospère , aussi riche peut-être, et certainement plus heureuse que dans les plus beaux temps de l'antiquité. Son commerce était actif et étendu , son industrie florissante, son agriculture prospère. La capitale et les nllages de Ghio

(z) Dapper, Description de r Archipel, p. 924. Dap|)er écrivait au dii^* septième siècle.

(a) Dallawaj, Cbrutantinopie, etc., t. II, p. 67.

étaient en harmonie avec l'éléganeedi ses paysages. Bibliothèque, cabinet (T»chéologie, collège, imprimerie, bôpitaiix, établissements de santé, lazarets, liei ne manquait à celte cité, a?ec iaqoelfe les campagnes rivalisaient de.boobeo et de prospérité (1). Telle était Qm en 1820. Trois ans plus tard eette malheureuse ville s'abîmait dans le sang et sous les ruines. Racontons brièreiiKflt les principales péripéties decette terrible catastrophe.

Destruction de Scio pendaitiu

GU EBBB DE l'indépendance (1823). —

Lorsque éclata la guerre de Find^eadance (2), vingt-cinq vaisseaux bydnocs et psariotes , commandés par Tombasis (3), parurentdevantScioleSmailSîf, et la pressèrent vivement de presdieçirt à la lutte contre les Turcs. Les Sdotei ne répondirent pas à cet appel. Des intérêts puissants leur liaient les wam.

Leurs négociants répandus daosles liib turques y possédaient de oombreni d importants établissements. La fortane de ces derniers se trouvait ainsi à la merci des Turcs. Ce n'est jtts tout. Un grand nombre de familles sdotes étaler établies dans toutes les parties de FempiR ottoman ; Smyrne et Constantinople renfermaient la fleur même de la jeun^ de Scio. A la première tentative d*©surrection toutes ces ricbesses, tootes ces existences étaient sacrifiées. Les Sciotes jugèrent que ce serait trop payer une indépendance livrée d'aiUeuisauxhasards d'une lutte inégale. Devant de pareilles considérations de plus belUquesi eussent senti fléchir leur résolution.

Toutefois, malgré l'attitude V?^f^ de la population et les déclarations oa démogérontes , le gouverneur prit te dispositions pour maintenir llle <bii robéissance. Aussitôt après Pappoi' tion de la flotte de Tombasis, il eonmqua le Mésas , ou conseil de d^o^ routes; et, moitié par la rose, on^ par la force , il réunit dans la dtadew

(i) Poaque ville. Histoire de la Bégèif^ tion de la Grèce, t. III, p. 45a.

(a) Eckenbrecher, Ifie Jnsel Chioiy}»^ et SUIT.

(3) Voyez, dans Pouqiievillc, iÏM/wr*»»

Grèce, II , p. 488, la prodamatioik de Tos* huis aux Cliiotes.

ILE DE dllO.

trente des principaux citoyens , sous prétexte de délibérer avec eux , et les retint enfermés a?ee les démogérontes. Ils durent servir de ga^es à la tranquillité publique. Tout ce au'ils purent obtenir, ce fut d'être tirés clés prisons malsaines où ils étaient détenus pour être gardés à vue dans un café turc. Au bout de quelques jours, le nombre de ces otages fut porté à quarante-six. Les villages où se récolte le mastic fournirent aussi les leurs , au nombre dedouze. Les cinq démogérontes et les eheh des corporations obtenaient seuls Fautorisation , pendant le jour, d'aller vaquer à leurs affaires. Plus tard trente*deux autres citoyens prirent )a place, pour un mois, des quarante«<ix premiers, et ces malheureux alternèrent de la sorte, durant une année, jusqu'à la destruction de Scio. L'archevéaue et Fun des diacres, détenus dans la citadelle , n*eurent même pas ce privilège, et leur captivité se prolongea sans mterruption jusqu'à l'époque fatale. Malgré toutes ces mesures , la tranquillité de l*ile ne parut pas encore sufusamment garantie au gouvernement turc , et de nouveaux otages furent envoyés dans les prisons de Constantinople.

Cependant Tombasis s'était éloigné de Scio avec sa flotte; mais les Grecs pouvaient revenir en forces : il importait qu'ils trouvassent les habitants désarmés et Itle bien gardée. Le gouverneur ordonna en conséquence que toutes les armes lui fussent livrées, et demanda des troupes au divan.

• Bientôt arrivèrent de l'Asie mille Turcs armés; (tétait comme une horde sauvage, sans chef, sans discipline, et qui désola nie par le pillage et le massacre. Telle fut la terreur qu'elle inspirait, que les habitants n'osOTCot plus descendre dans la rue, ni même se montrer aux fenêtres. Un grand nombre s'enfuirent aux extrémité de nie. Tout commerce avait oessé, et les vaisseaux qui approvisionnaient la viUe n'arrivant pas de l'Asie Mineure, la crainte d'une famine mit le eomble au d^espoir de ce malheureux peuple, déjà poussé à bout par tant de sounirances. un soulèvement paraissait imminent, et il aurait éclaté sans nul doute, si les démogérontes n'avaient pris soin de pourvoir a la subsistance des pauvres.

£n6n, après bien des négociations , les Sciotes décidèrent le divan à faire passer dans nie une milice r^ulière. Onze cents hommes y furent envoyés sous la conduite de Bachet-Pacha. La horde asiatique fut dispersée. Scio se crut délivrée ; elle n'avait fait aue changer d'oppresseurs. Aux excès d'une soldatesque brutale succédèrent ceux du despotisme militaire. Général et soldats traitèrent rtie en pays conquis. Bachet la frappa d'une contribution extraordinaire , imposa aux habitants l'entretien des troupes etvidalesgrenierspublics.Les personnes comme les fortunes furent à la merci de ce farouche tyran. Aux taxes arbitraires se joignirent les plus rudes corvées. L'oppression prit toutes les formes.

Tout à coup se répandit le bruit qu'on armait à Samos pour la déli\Tance de Scio. Cette nouvelleconsterna les Sciotes. Ils comprirent qu'une pareille tentative entrahierait infailliblement leur perte.

Le péril était grand ; l'archevêque Platon et les démogérontes cherchèrent à le conjurerenfaisant recommander partout aux populations une attitude calme et passive. Des envoyés parcoururent dans ce but tous les villages. En même temps le mésas, après avoir pris l'avis du pacha , fit partir pour Samos un sitoyeo chargé de vérifier la nouvelle qui avait jeté Itle entière dans l'émoi. En ce moment on apprit que dix-liuit Samiens venaient de débarquer sur la côte septentrionale. Des soldats furent aussitôt détachés à leur poursuite ; mais avant qu'ils les eussent atteints , les démogérontes furent instruits qu'une flotte samiennr cinglait vers l'Ile. Le samedi 22 mar?

1822, au matin, elle jeta l'ancre non loin de la ville, et déposa à terre, sous le feu de son artillerie, deux mille hommes, commandés par le Samien Lycurgue LoROthetis.

Cette entreprise , conseillée et dirigée par des aventuriers, aggiftva la situation de Scio et précipita sa ruine. £n vain les Psariotes, ces courageux soldats de Tindépendance grecque, s'y étaient-ils opposés, l'avis d'un paysan sciote. An* tonios Burnias, l'avait emporté. C'était un ancien soldat, qui avait servi souB Bonaparte, en Ê^pte. Sans talents militaires, d'un patriotisme douteux, il résolut de déhvrer Sdo. Il s'était lié à

L'UNIVERS

Samos avec quatre autres Seiotes , qui avaient fui dans cette ville après avoir fait ban(]uerûute à Smyrne. Ce fut à l'instigation de ces cinq aventuriers que Lycurgue entreprit son expédition.

Le premier acte de ces singuliers libérateurs , dès qu*ils eurent mis le pied sur le territoire de Scio, et rejeté dans la citadelle six cents soldats envoyés contre eux , fut de piller la ville qu'ils venaient délivrer. Il est vrai qu'ils commencèrent par les maisons turques et les mosquées ; mais les riches magasins des négociants seiotes eurent leur tour, et pendant les dix-neuf jours que dura Toccupation de nie par les Samiens, ceux-ci ne cessèrent d'envoyer à Samos les dépouilles de Leurs malheureux alliés.

Cependant régnait dans le peuple la plus vive agitation. Bientôt elle se communiqua à tous les villages. Une multitude innombrable de paysans, armés de bâtons et de fourches, fondit sur la ville, et entraîna la population urbaine. Des prêtres parcouraient cette foule, revêtus de leurs habits sacerdotaux : des croix étaient promenées par la ville, l'encens fumait dans les rues, enfin des psaumes étaient entonnés, mêlés d'hymnes patriotiçjues. Cette foule transportée d'un si vif enthousiasme étaitelle au moins prête au combat? éiaitelle décidée à conquérir les armes à la main cette liberté qu'elle invoquait dans ses chants ? Malheureusement elle n'était rien moins que belliqueuse. A la moindre apparence de péril son enthousiasme faisait place à la terreur. Annonçait-on , sur ouelque vague rumeur , que tes portes de la citadelle s'ouvraient ; aussitôt elle se dispersait, se reformait, puis se dispersait encore.

Tel était l'état des esprits , lorsque Lycurgue vint à Scio, accompagné d'Antonio Bumlas. Avec des forces insignifiantes, le Samien prit au sérieux son titre de généralissime des troupes grecques , et trancha du maître absolu dans cette ville, dont il s'annonçait comme le libérateur. Établi dans le palais archiépiscopal, où il fixa sa résidence , il manda les démogérontes ainsi que quelques-uns des principaux citoyens, déclara abrogée la constitution en vigueur, et remplaça les démogérontes par six éphores.

Mais c'était peu de renverser un gou-

vernement et d'en établir on antre, 1 fallait des forces pour attaquer tes Toio, fortement retranchés dans la dtaâdk.

On en envoya demander à Psata et à Corinthe. Les Psariotes fournirent ?iiif barils de poudre, deux pièces d'aitilkne sans boulets, et équipèrent sixTaisK^n de guerre destinée à porter seeouisî Scio. Le eouveroement grec ècàk ï Corinthe décida qu'on enverrait (ks mortiers avec dnqnatteries des^e.tf gu'un certain nombre de philbdkoe iraient diriger les opérations inilità!i Mais lorsque, après treize jours deprefiratifs et huit jours de triversée^ «s»

cours arrivèrent à Psara , Sdo était (if détruite.

Dans cet intervalle , en eftt, ks Sa»

miens attaquèrent la citadelle. LesTira répondirent en bombardant la fik, â pendant que leurs feux noarnstépadaient la mort et la destroctioii,l6a»

siégeants furent contraints d'étet^ les leurs , faute de munitioos. Bi^ même la division éclata parmi ces â»

niers. Lycurgue et Barnias, d'acoti pour s'emparer de Tautorité, nes'eit»

dirent plus dès qu'il s'agit de Texereet Chacun d'eux voulut commander. Ta s'appuyant sur les Samiens, l'autR^ la multitude. Il n'y eut plus n*. ae^ dans le conseil ni ensemble dans raetici> Alors commença la défêeCJon des Si* mieris ; ceux d'entre eux qui ne dés^^ tèrent point se montrèrent plw a^deai au pillage qu'au combat

Dans cette situation aegrttdoooR de familles riches résolurent de té»

Une lettre menaçante de Buinias »

joignit aux éphores de s'oppos» par W les moyens à ce dessein. Onobrag^v" tyranni'que , il ne se contenta pas u0

Î grisonner les principaux dto^ F" es empêcher de prendre la fwte; ij *• blît une sorte d'inquisition domiciiiii^ Jour et nuit il fit visiter tes maisfltf* ceux chez qui il soupeoanait l*»*^ de fuir. Les éphores firent a qn'B'fJ' rent pour adoucir les maux de<j>'v' rannie tiiicassière et violente. H»*'*^ pèrent d'approvisionner la tîIBi ^j introduire des armes, d'orçnéi^'* armée et de fonder un nonvâ ordre JJ litique. Tous ces efiforts furent inatil* L'heure suprême approchait.

C'était le jeudi 11 avril 1825- On «

ILE DE CfflO.

tendait encore les secours de la Grèce. Tout à coup parut devant Scio la flotte turque, composée de trois navires à trois ponts , vingt- six frégates et corvettes et un grand nombre de vaisseaux de transport. Elle était commandée parle capitan-paeha Kara-Ali (1).

En apprenant ce qui se passait à Sdo > le sultan avait prononcé trois mots terribles •.feu^fery esclavage. C'était l'arrêt de Scio. 11 eut un commencement d'exécution à Constantinople. Les trois otages eavoyés dans cette ville et presque tous les Sciotes qui y habitaient furent mis à mort.

La flotte jeta l'ancre tout près de la yille, et ouvrit le feu. Il n'y eut point de résistance. Les Samiens coururent vers leurs vaisseaux, et prirent la fuite. Quant aux habitants,eniportantcequ*ilaavaient de plus précieux, ils cherchèrent un refuge dans les montagnes ou dans les consulats européens. Alors les Turcs descendirent à terre , et le sac de la ville et les massacres commencèrent.

Bientôt, attirée par les richesses de Scio et la beauté de ses femm€| , une multitude sauvage accourut Ses eôtes de l'Asie Minenre, et s'abattit sur la ville comme sur une proie. ' Avides et sanguinaires, ces barbares pillèrent, brûlèrent, tuèrent sans relâche ni merci.

Tous les hommes au-dessus de douze ans , les femmes au-dessus de quarante, les enfants au-dessus de deux furent passés au fil de l'épée. Le reste ne fut épargné que pour être vendu. Ceux qui avaient trouvé un asile dans les consulats purent voir une soldatesque en furie ne faire trêve aux massacres que pour Boosser devant elle des troupeaux de temmes, de jeunes filles et d'enfants destinés à l'esclavage.

Après la ville, vint le tour des villages; la dévastation s'étendit jusqu'aux montagnes. Un grand nombre de fugitifis, qui n'avaient pu être recueillis sur les vaissaux envoyés par les Psariotes, s'y étaient cachés. Pour les arracher de ces retraites, le capitan-pacba eut recours à un artifice odieux. Il ordonna aux consuls

(i) Pouqueviile , m , p. 468 ; Al. Soutzo, Bîstolré de la Révolution grecque , p. 194. Eckenbrecher, p. 37 , appelle Vamirtd turc le pacha DuUuuotis.

et à rarchevé(]ue d'annoncer aux Sciotes qu'ils pouvaient obtenir leur grâce en retournant dans leurs demeures et en faisant leur soumission. Pour qu'on ne doutât pas de la sincérité de la d<^laration il montra un prétendu firman du sultan. Aussitôt les consuls firent publier partout k nouvelle de cette amnistie.

Les fugitifs livrèrent leurs armes, et soixante-dix d'entre eux vinrent remercier en leur nom le capitan-pacba.

Tous , jusqu'au dernier , furent pendus, le même jour, aux mâts des vaisseaux. Le lendemam l'archevêque Platon et tous les autres otages, au nombre de soixanteet-quinze, eurent le même sort. Quant à ceux qui sur la foi de l'amnistie promise étaient descendus des montagnes , ils furent massacrés ou réduits en esclavage.

Seuls jusque alors les villages où se récolte le mastic avaient été épargnés.

Une attaque du Psariote Canaris , qui brûla le vaisseau amiral de l'ennemi dans le port de Sdo, et la mort du capitan-pacba, qui périt dans cette circonstance avec deux mille de b^ soldats, déchaînèrent sur cette partie de l'Ile la fureur des Turcs. La vengeance fut cruelle ; plusieurs villages furent détruits de fond en comble.

On ne saurait dire avec certitude combien , dans ces lugubres journées , périrent de Sciotes, combien furent faits esclaves. Toutefois il est permis d'affirmer que le nombre s'en élevait au moins à trente mille. Quant aux vingt mille sauvés par les Psariotes et à ceux qu'avait recueillis les consuls, ils se dispersèrent dans toutes les parties du monde. Six mille se rendirent à Trieste; d'autres allèrent s'établir également dans des villes où habitaient des Sciotes; un grand nombre se fixèrent en Grèce, ou gagnèrent Londres , Manchester , Liverpool. Astrakan, Téhéran, et même l'A* mérique et les Indes. Il n'en resta à Scio qu'environ dix mille, presque tous pauvres.

Toute vie cependant ne s'éteignit pas dans cette population décimée; Scio sortit peu à peu de ses ruines. Mais sur ce sol, qui ofurait autrefois l'aspect d'une si grande prospérité, la vengeance des Ottomans a laissé des traces qui ne sont pas encore effacées.

L'UNIVERS

TABLBàU eBNBBAL DE LÀ CIYILISÀ- TlOIf DANS l1lB de CHIO AUX TEMPS ANCIENS ET MODEBMES.

POPDLATIONfBSCLAVES. — NoUSaVOBS

YU de quels éléments se composait la population primitivede Chio. Cette population ftit entièrement renouvelée vers le milieu du douzième siècle avant Tère chrétienne, par suite de rétablissement des Ioniens dans nie. Les Spartiates et les Tbessaliens laissèrent subsister dans les pays dont ils prirent possesion les ha- 1)itants qu'ils y trouvèrent établis, mais en les réduisant en esclavage. Chez eux il y eut des vainqueurs et des vaincus, des citoyens et des esclaves ; les premiers avaient leurs Hilotes , les seconds leurs Pénestes. Mais les Ioniens qui s'établirent à Chio suivirent un mode de conquête différent : ils expulsèrent les anciens colons , et s*v substituèrent dans toute l'étendue de file. Chez eux il n*y eut que des vainqueurs, des hommes libres. Or, c'était une nécessité des sociétés antiques qu'il y eût des esclaves. Les Chiotes surtout ne pouvaient s'en passer. Peuples de marchands, ils avaient besoin de bras pour leur commerce et plus encore pour l'agriculture, dont ils étalent distraits par leurs affaires. Aussi, en eurent-ils de bonne heure. Après les Spartiates et les Tbessaliens, chez qui l'esclavage fut le résultat même de la conauete, les Chiotes furent les premiers des Grecs qui se servirent d'esclaves, lis allaient les acheter à Délos, marché fameux où venaient se pourvohr tous les Ioniens de l'Asie Mineure.

Obligés d'en employer un grand nombre, les Chiotes les traitaient fort durement, et se vengeaient par l'oppression de la crainte que cette multitude leur inspirait. Aussi de nombreux soulèvements éclatèrent. Vers Tan 600 avant J.-C, l'esclave Drimacus excita ses compagnons à la révolte, se mit à leur tête, et ravagea l'tle. Après avoir résisté avec succès aux Chiotes, il conclut avec eux un traité des plus singuliers. Il s'en-

Sageait à ne prenare et à ne laisser prenre à ses hommes que ce qui serait nécessaire à leur subsistance et à n'accueillir désormais comme esclaves fugitifs que ceux qui auraient essuyé de mauvais trai-

tements de la part de leur maltie. l^ autre insurrection servile (ut eDcor plus funeste à Chio ; ce fut celle a éclata lors du siège de la ville par fa Athéniens pendant la guerre de PA ponnèse (412 avant J.-C.). Les esdire en armes se joignirent aux assi^eutiei firent le plus grand mal à l'tte, d$è> chirée par deux factions rivales.

Aujourd'hui la population de Sm est de 38,000 âmes. Elle se composée Grecs, d'Italiens et de Turcs. Les premiers, qui en forment la plus gran partie, sont au nombre de 35,000, is Italiens d'environ 1,000 et les Tmti de 3,S00.

Avant la guerre de rindépeodaee Seio renfermait 100,000 habitants. Telle est du moins l'opinion répandue dans Hle; car, d'après une statistique £ùte pv l'archevêque de Scio Platon, IHe aurait compté à cette épooue que 78,000 habitants. Dans ce nombre 34.000 aéraient appartenu à la ville, a sarâ 20,000 Grecs, 1,600 Italiens et 3^ Turcs; 50,000 aux villages et toosGRa 4,000 aux Jardins, à savoir 3,000 Greo et 1,000 Italiens. Quoi qu'il en ioit,i résulte de cette statistique que rissorrection de 1822 coûta à IHe plus de b moitié de ses habitants.

Les Italiens , toujours déâgpés sois le nom de Catholiques, sont les descet dants des Génois qui dooioèreot dam l'île pendant deux siècles (Il4e-1SM^ Comme ils s'unissent raremeDl par ds mariages avec les Grecs, ilsontooosem leur type ainsi que les principaux tnin du caractère national. Ils sont aussi r» tés fidèles à la relision de leoispèitt.d l'antipathie qui r^a longtemps cal' les Latins et les Grecs divisa i^Htt^ les Grecs et les Italiens de Sao. T»

tefois , ces derniers parlent la \a^ grecque.

GouyBENEMBNT. — Pourlego**^ nement de Chio dans Tantiquité, ili* reste peu de chose à dire, r^oast"" vu en effet que les chefs des dii^ tes colonies oui s'établirent suoif^ ment dans lile y exercèrent ïi0^ rement la royauté. Lorsque Cbio <*^ dans la confédération Ionienne, dkcf tinua d'être r^e par des rois. Ces ^ comme ceux des autres villes iooie^ relevaient du roi d'Éphèse, qui oa^

IL£ DE CHIO

une sorte de suzeraineté sur les autres. Ces princes n*avaknt rien de commun avec les tyrans imposés pius tard par la domination persane. Leurs attributions se bornaient a commander les armées, à tenir les assemblées, à rendre la justice et à présider aux sacrifices publics. Us n'étaient guère que les che£s d'un peuple libre. D'ailleurs les Cbiotes, comme tous les Ioniens, étaient naturellement portés vers le gouvernement populaire; Findustrie et le commerce, auxquels ils se livraient avec tant d'activité, tortifièrent encore chez eux l'amour et le besoin de la liberté. Réunis en assemblée , les citoyens délibéraient sur les affaires (jui concernaient l'Ile. Quant à celles qui mtéressaient la confédération tout entière , elles se traitaient au Panionium, ou as* semblée générale des Ioniens de l'Asie Mineure.

Finances, taxes. — L'histoire ne nous apprend pas à quelle somme s'élevaient les finances de l'État, ni de quelle manière elles étaient administrées. Nous savons seulement que des taxes étaient imposées sur les produits, et que l'importation et l'exportation des objets du commerce étaient soumises à certains droits. Aristote (1) nou^ apprend encore qu'il existait une loi d'après laguelle cnaque fois qu'un emprunt se raisait, le préteur et l'emprunteur étaient tenus d'inscrire leurs noms ainsi que la somme sur un registre public. Les frais de l'enregistrement étaient pour l'Etat une source de revenus, qui chez un peuple commerçant devait être assez abondante. Le gouvernement avait encore un autre moyen de se procurer de l'argent quand il en avait besoin : il dé<9rétait que les débiteurs verseraient dans le trésor public l'argent qu'ils devaient à leurs créanciers , et que l'Ëtat payerait à ces derniers l'intérêt, jusqu'au moment où il serait en mesure de leur rembourser le capital.

GOUTSRNEMENT ET ADMINISTRA- TION DE LA SCIO MODBBNE. — SOUmlS

à la Turquie, les habitants de Scio, s'ils ne jouissent pas de l'indépendance politique, conservent cependant une liberté civile très-étendue. Cette remarque, toutefois, ne. s'applique pas àHletout

(/) Aristote, Économiques, II, la.

entière. Les villages situésdans la contrée où se fait la récolte du mastic ainsi que quatre autres, Daphonas,Vasilioniko, Carys, et Uagios-Georgios (Saint-Georges), sont placés sous l'autorité immédiate du gouverneur turc et soumis à certaines corvées. Nous avons vu plus haut dans quelle condition se trouvaient les premiers, qui sont au nombre de vingt et un Quant aux quatre autres , les trois premiers sont obligés d'entretenir les aqueducs qui approvisionnent d'eau la ville de Scio , et le quatrième de fournir la chaux pour les constructions militaires.

Mais telle n'est pas la situation de la ville de Scio et des quarante et un villages qui en dépendent. Sauf une certame taxe^ assez modérée, ils sont, dans tout ce qui concerne leur gouvernement, presque entièrement indépendants de l'autorité turque.

Celle-ci est représentée dans l'tle par un gouverneur envoyé deConstantinople, un commandant du château et un cadi ou juge. Le pouvoir qu'ils exercent au nom de la Porte est sioRulièrement limité, dans la ville et ses dépeudances, par les droits et les prérogatives du gouvernement local. A la tête de celui-ci se trouvent cinq magistrats, appelés démogérontes , dont trois grecs et deux catholiques; mais cea deux derniers n'ont qu'une médiocre influence. L'élection de ces magistrats a lieu tous les cinq ans, le 15 février. Lesélecteurs sont d'anciens démogérontes et les chefis des congrégations. Pour être élifiible il faut descendre d'une des familles considérables de Scio, dont les membres se donnent entre eux le titre d'urchonies. L'éligibilité n'est soumise qu'à cette condition, et n'est pas aUacbée à la possession d'un bien tonds ou d'une fortune quelconque en argent. L'élection faite , elle est notifiée au cadi, qui la confirme. Mais ce n'est là qu'une simple formalité; le cadi ne peut refuser la confirmation. Il a tout au plus la faculté d'exclure tel ou tel des élus; encore n'en use-t-ii jamais. Le collège des cinq démogérontes se nompie mésas. Élu par le concours des libres volontés des citoyens placés sous ^on autorité, le mésas est avant tout un

f mouvoir national, établi pour défendre es droits et les privilèges de la ville et de ses dépendances, uest par son in-

LUNIVERS.

termédiaire que le gouveniemeQt turc se met en rapport avec cette partie de rile; c'est lui qui fait obtenir justice aux habitants maltraités ou lésés par les Turcs , en déférant les plaintes qui lui sont adressées à rautorité turque de ]*tle et, au besoin, au divan lui-même.

Les pouvoirs du mésassonttrès-étendus. Investi de la puissance législative, il exerce aussi le pouvoir judiciaire et forme la plus haute cour de justice. Il juge en matière civile et criminelle.

Toutes les peines décernées par lui , le gouvernement est obligé de les laisser infliger sans informer. Toutefois , il ne peut prononcer la peine de mort, droit réservé au cadi, qui est tenu cependant, quand il veut Texercer, de demander l'as^ sentiment du mésas. De la juridiction suprême de celui-ci ressortissent le tribunal de commerce et le tribunal maritime, oui jugent comme lui en première et en dernière instance, ainsi que les arbitres appelés à décider dans les aflfaires litigieuses.

Les démogérontesdoiventencoi^ veil* 1er à ce que 111e soit toujours suffisamment pourvue de vivres; soustraire aux spéculations le commerce du blé et du bétail, oui viennent en grande partie de l'Asie Mineure, et empêcher que 1m pauvres ne manquent du nécessaire.

Ajoutons que ces magistrats , comme les anciens censeurs romains, exerçaient avant la guerre de l'Indépendance une certaine surveillance sur les moeurs. Ils avaient le droit de punir les actions qui leur paraissaient contraires à la naoraJe, et d'arrêter les progrès du luxe. Ils portèrent même un jour une Ipi qui interdisait l'importation des étoâes précieuses pour habillements, l'usage des diamants et des châles perses.

O^itre les demogérontes, il v avait autrefois une assemblée des notables, qu'ils étaient tenus de convoquer dans certaine circonstance. Mais cette assemblée servait plutôt à appuyer qu'à resteindre leur autorité. Cette autorité^ le mésas l'a toiijours exercée d'une manière int^pre, ferme et sage. Aussi fiit-il toujours craint et respecte, et jamais les habitants de Scio n*eurent à user du droit qu'ils possèdent de révoquer de leurs fonctions ceux des démogérontes qui ont failli à leur mandat.

L'autorité des déBOOgérootes s'éteot sur toutes les ^lises de la vilk et àà villages qui en dépendent Larchevéqs lui-n^ine relève d*eux, non-seukiMl pour le temporel, mais même dans «s^ taines attributions de la iuridictioi »

clésiastique. Cestainsiqu il ne peut pnoncer crexcoDununication qu'av^W consentement, et, ce qui parait pkis àgulier enccNre, sur la décision des libunaux de commerce et de marioe, fi ont le droit d'appliquer la8eDteBtt.Ei matière de discipline eodésiasti^iic, ki pouvoirs spirituels de ce pfélit ni plus étendus. Il peut déposer les prârs délinquants , et même les mettre eo pnson dans sa métropole. Qaaot à soi élection, elle est faite par là painaciio de Constantinople, lesquels ooosvUei^ toutefois les vœux des principaiii hit tants de Scio.

La liberté religieuse doat joiit Sa n'est pas moins grande que sa Htert politique et civile. Aucun des pnfAs soumis aux Turcs ne possède wtM d'indépendance, autant de privilèges; nulle part le despotisme taie ne r fiait moins sentir ; nulle part les droiti des vaincus ne sont aussi étsados, losâ respectés. Plusieurs causes expliqKaft la douceur de la dominatioa ottooiaii dans cette tle. Lorsqu'elle se soumit an Turcs, un firman du soUsn lui garanti on grand nombre de piiTilégei) vpt, b fermeté et la sagesse de se&ina|pstiaD nationaux lui ont conservés, A]ootoa Funioa patriotique qui règne prâi ks citoyens ; leurs ncbesses aemiises ptfS commerce actif, et l'osaie babile ^ savent en faire dans l'intm de leorii' trie et pour le maintien de leois ém^ Ils ont toujours à Constantinople «• plusieurs des plus considérables deW concito]^ai8, à qui ils fournissent Fao^ nécessaire pour acheter la (àjmj^ membres les plus influents di divttA là il arriva en tout temps que IM^ vemeur envoyé dans 111e lut efclFJ^ se conformer à la volonté des baMg*^ s'U y résistait, il suffisait d*uai#B^ adressée à Constantinople poo*"^ immédiatement révoquer. Cestce W«* gouverneurs savaient d'avance, et»!»

glaient leur conduite, en oonséqaeM Avant la guerre de rindépeodance, v Chiotes employaient encore un "^

ILE DE CHIO

moyen pour neutraliser rinflueDce deleur gouverneur. Afin d*empéeherqu*il ne fût corrompu par des particuliers, il fut défendu expressément de lui rendre visite.

Un citoyen était-il appelé auprès de lui , il fallait qu'il demandât Tautorisation des démogérontes, et qu'à son retour il leur fît connaître le motif pour lequel il avait été mandé. Les démogérontes et leschefiides corporations pouvaient seuls le visiter librement.

Ces moyens tout pacifiques employés par les Gniotea pour se maintenir dans une sorte d'indépendance à Tégard de la Porte constrastent singulièrement avec ceux dont usaient les Hydriotes. Ceux-ci s'exerçaient journellement au maniement des armes, et se créèrent une marine mai^ chande dont les nombreux navires pouvaient devenir au besoin des vaisseaux de guerre. Aussi avant l'insurrection aucun Turc n'osait mettre le pied sur leur territoire; et au plus fort de la guerre de rindépendanoe les Turcs n'eurent garde de tenter une attaque sur l'île. Les Chiotes, an contraire, soit (|u'au milieu de la prospérité dont ils jouissaient sous le gouvernement turc ils eussent ou* blié que leur indépendance n'était que précaire, soit que Tesprit mercantile eût absorbé cbez eux tout esprit guerrier, les Chiotes négligèrent de se créer une force militaire. Leurs richesses et leur habileté prot^èrent, il est vrai, leurs libertés tantqu'iïs restèrent soumis à la domination ottomane; mais au jour de la laite ils s'aperçurent qu'il £aut quelmie chose de plus à un peuple qui veut s'anranchir .

Religion. — La religion des Chiotes dans l'antiquité ne dinere en rien de celle des autres peuples grecs. Colons d'Athènes, ils se placèrent sous la protection particulière de Minerve , la divinité tutélaire de leur métropole. Us adoraientégalement Jupiter, qui du mont Pélinéen, où il avait un temple, fut surnommé Jupiter Pélinéen; Apollon, dont ils allèrent célébrer la fête à Délos, avec les autres Ioniens; Bacchus, qui ne pouvait manquer d'adorateurs dans l'île qui produisait les meilleurs vins de la Grèce ; enfin Vénus, la divinité la plus honorée à Chio, et dont le temple, d'une grande magnificence, était desservi par un grand nombre de femmes d'une remarquable beauté.

Les habitants chrétiens de la Scio moderne, tous de l'Église creco-schismatiquCf se distinguent par leur zèle pour la pratique extérieure de la religion. Ils vouent surtout aux saints une adoration particulière, au point qu'un voyageur (1) raconte avoir entend u des Grecs d u peu pie faire ce naïf aveu : « Tout comme nos ancêtres, les anciens Grecs, nous avons un grand nombre de divinités, saint George, saint Isidore, etc. »

Avant la guerre de Pindépendance, la ville de Scio avait soixante-six églises, et les villages plus de six cents. L'île en possède encore un grand nombre aujourd'hui ; elle renferme aussi neuf couvents, dont un surtout mérite d'être cité : c'est celui de Néa-Moni. Il est situé au centre de l'île, dans une plaine solitaire, entourée de nH)ntagnes couvertes de pins. L'église, monument du onzième siècle, porte l'empreinte du caractère religieux de cette époque. Dans la coupole sont représentés en mosaïque , sur un fond doré, le Christ, les douze apôtres et la troupe céleste des anges. Cette mosaïque ne diffère en rien, quant au procédé employé par l'artiste, de celle de la coupole de. Sainte-Sophie à Constant!nople. Dans les deux monuments les morceaux rapportés de verre coloré dont sont formées les figures sont cTune entière conformité.

Avant l'insurrection il y avait dans ce couvent plus de quatrdicents moines ; aujourd'hui ils ne sont plus qu*au nombre de quatre-vingts. Ils s'occupent particulièrement de culture. Leurs possessions territoriales forment la sixième partie de l'île ; et ils les auraient sans doute agrandies encore, si un décret des démogérontes ne leur avait interdit de nouvelles acquisitions de territoire.

MoEUBS. — Au contact des peuples asiatiques, les Chiotes connurent tous les raffinements de la civilisation orientale. Dans la molle et voluptueuse lonie ils se distinguèrent par leurs mœurs efféminées , et leur goût excessif pour les plaisirs. Ce goût s'alliait admiranlement chez eux à 1 esprit mercantile ; le commerce alimentaitleluxe , et ils ne savaient as moins bien jouir de leurs richesses que es acquérir. La triste philosophie d'£pi-

(i) Eckenbrecher, Die Insel CkioSf p. 3o.

L'UNIVERS

care, enseignée avee éclat à Chio par Métrodore, nefut paa.chezeux l'objet despéculatioos abstraites ; mais ils savaient la pratiauer. Vivre à la façon des Cbiotes siguine dans Pétrohe (1) vivre dans la mollesse et dans les plaisirs. Ils se firent surtout une grande réputation de gastronomie. Leur supériorité dans Tart d'assaisonner les mets a été célébrée par un poète comique (2) : leurs cuisiniers étaient renommés et recherchés. L'un d'eux, Nérée, est mentionné parmi les sept fameux cuisiniers dont le poète Euphron a transmis les noms à la postérité, non sans les comparer aux sept Sages de la Grèce.

Imitateurs des Lydiens , peuple des plus efféminés de l'Asie et grands inventeurs de jeux de hasard , les Chiotes prirent leurs costumes et leurs jeux. Ils paraissent avoir été d*habiles joueurs , puisqu*au jeu des osselets le mot chiote était synonyme de coup heureux.

Ils portaient aussi les cheveux coupés d'une manière particulière ; et l'on disait se faire tondre et épiler à la façon des Chiotes.

Les vicissitudes politiques que ce peuple eut à subir dans l'antiquité ne changèrent pas ses mœurs. Dans les temps modernes aussi , les Chiotes surent concilier le goût des plaisirs avec leur activité commerciale. Avant la guerre de l'indépendance les bals étaient fréoueuts et brillants à Sdo. « On ne fait , oit Piétro c Della-Valle, que chanter, danser et « converser avec les dames. » Celles-ci y avaient conservé leur antique beauté.

Tous les voyageurs s'accordent à leur rendre ce témoignage. « Malgré le séjour « d'un grand nombre de Turcs dont la « ville, dit Choiseul-GoufQer (3), les « femmes y jouissent de la plus grande « liberté. Elles sont gaies , vives et pi- « quantes. A cet agrément elles iom- « araient l'avantage réel de la bçauté, si « elles ne se défiguraient par l'habille- « ment le plus déraisonnable et en méfne « temps le plus incommode. On est dé- « sole de voir cet acharnement à perdre

( i) -^ puero. vitam Chiam gessi ; Pétrone , Satyricon, chap. 63.

(a) Alhénée , X.II , p. 5i4.

(3) Choiseul-Goufïier, I, p. i5o, i5i. Cf. Cbandler, I, p. 109; Dalla way, U, p. 81.

tous les avantages que leor a dosoal nature... Elles forment un n^el^ charmant, lorsque, assises eoRiilei^ les portes de leurs maisons, eUat»

vaillent enchantant : lear gaieté b* ^eUe et le désir de vendre kies» ▼rages les rendent familiètesaftflfl étrangers, qu'elles appellent à rnii, et qu^elles viennent prendre park iHain Dour les forcer d'entrer es elles. On pourrait les 8onpçoDlKr<f^ bord de pousser peut-être 00 pnl»

leur affabilité ; mais on aonit teft, nulle part les femmes nesûDtfilâni et si sages. »

Mats la beauté n'est pas liieile^' lité des femmes chiotes : elles ont a» merveilleuse aptitude poortosks travaux domestiques. Elles s*oe(9Bpert>«ix une rare sollicitude du bien-être de Ion maris et de leurs familles. I/ersérïie en cela est d'autant plus grand , oe'efes n'ont presque jamais dépoux de te choix. Loin de consulter lindintioB^ leurs filles, les parents promettent souvent leur main dès leur plustendiçjeinesse. U n'est même pas rare de loir»

fiancées au berceau. Frappé de cette sii^ guliere coutume, un voyaçeur eoateaporain (1) demaiula si'eUe nedoeoi^ pas bien souvent lieu à des liaisons coupables. « Cette plante, lui r^Jf-^^' qui en Europe empoisonne tant oexu^ tences , ne réussit pas sur le nldùole. * Il est remarquable que ces ornons co^ tractées sans que l'on tienne con^* sentiment, qui partout ailleors les foist et les cimente, sont en géoéralbniR)'^ Ajoutons que les Cbiotes sont W taliers et polis. « Il n'est autre iiUe,«t « dans son vieux lansageBeloni é^f « Dallaviray (2), où ït& gens soient p» « courtois qu'à Chio. Aussi est-œ k « lieu de la meilleure demeareqot^ « chions à notre gré. » Ce témoi^ est toujours vrai.

COMMSBGB , INDUSTBlB.-'Cettf^

de jouissances raffinées était M^ chez les anciens Chiotes par d^iovi^ richesses , fruit d'un commereea^^ ^ étendu. Ce fut là aussi la source^»^ être et de la demi-indépeodaoce «»« jouirent les Chiotes souslegouyern£(B^

(i) Eckenbrecber, Die Insel Choit P- '' (a) Dallaway,t. Il, p. Sa.

ILE DE CHIO

tore, Jusqu'à l'époque de leur insurreetîon. L*esprit commercial en effet a toujours formé, dans Tantiquîtéet dans les temps modernes, le fonds même du caractère national de ces insulaires. Deux oauses nous expliquent eette tendance :

la position de Cbio , située au milieu de la mer, entre f Europe et l'Asie, sur cette grande route maritime du commerce anden , imitait naturellement ses habitants au négoce; d'autre part, la nature de leur tie, dont le sd pierreux est peu propre à l'agriculture, leur en faisait en quelque sorte une néo^ôté. Aussi eu<* rent-iis de bonne beureune marine. Leurs ▼aisseaux visitaient les Cyelades, les Sporades, le Pont, les cotes de la Phénicie, tout le littoral de la Méditerranée , le long duqud , en suivant la route parcourue par les Pbéniciens et couverte de leurs colomes, ils étendirent leurs relations commerciales jusqu'aux extrémités de la presqu'tie Ibérique, avec la Grèce, Cartbage, la Çyrénaïque, la Sicile, la Sardaigne, la colonie pnocéenne de Marseille et les cités maritimes de l'Espagne. Mais ce fut surtout vers l'Egypte que se dirigèrent leurs courses, lorsque ce pays, déjà ouvert aux Grecs par Psammitiehus (656 av. J.-C. }, fut sorti déûnitlveroent de stm isolement sous le r^e d'Amasis (570 av. J.-G. ). Ce roi, qm rompit avec les préjugés nationaux au point d'épouser une Grecque de Gyrène, céda aux Grecs la villedel^aucratis, sur labrancbe canopîque du Itil, pour servir d'entrepôt à leur commerce en Egypte, et leur permit d'érifi[er dans ses Etats des temples à leurs oivinités. L'un de ces temples , nommé Hellénium, le plus beau de tous, fut bâti avec l'argent de neuf villes grecoues, parmi lesquelles figurait Gbio. Les Ghiotes paraissent même avoir fondé des établissements particuliers en Egypte.

Selon toute apparence , la ville aopelée

§ar Pdy en (1 ) la Cbio égyptienne fut une e leurs colonies. Etienne de Byzance dit positivement qu'il y avait enEÎgypte une vUle appelée Gbio, qui prit plus tard le nom de Bérénice.

Le commerce des Gbiotes était alimenté par les productions variées de l'île et par l'industrie active des habitants. Us excellaient surtout dans la tisseran-

(i) Polyen, Stratog., U, aS.

19* Livraison. (Ilb db Ghio.)

derie et dans la fabrication d'ouvrages de poterie, de vases d'argile, une des

Srincipales branches de leur industrie, lais rartide le plus important de leur commerce était leur vin, si renommé dans fantiquitéet si digne encore aujourd'hui de sa vieille réputation. Ils trafiquaient aussi des produits d'autres pays, et tiraient encore parti de leur marine en louant leurs navires à des commerçants étrangers.

Gette activité commerciale des Ghiotes reçut au moyen âge une nouvelle impulsiondes Génois, et ne se ralentit point Jusau'à l'époque de la guerre de 1 indépenclanoe. Lorsque éclata cette guerre , Scîo était encore une des plus importantes places de commerce de l'Archipel. Elle avait des comptoirs dans les pnncipales villes de l'Europe , de l'Asie et de l' Afrique, à Amsterdam, Marseille, Livoume, Trieste, Malte, Moscou, Vienne, Odessa, Gonstantinople, Smvme. Alexandrie, etc. Une seule tle dans l'Archipel pouvait rivaliser avec elle ; c'était la petite tIed'Hydra, qui bravaitsur son rocher aride, derrière sa flotte, la puissance ottomane. Hydra avait en effet sur Gbio l'avantage de posséder une marine assez importante. Réunis dans de communes eatreprises commerciales, les Hydriotes fournissaient les vaisseaux , les Sciotes les capitaux. Ges derniers s'entendaient à merveille aux opérations financières; ils étaient d'habiles et de hardis spéculateurs.

La suerre de 1823 est venue porter un rude coup à leur commerce; elle n'a pas été moins fatale à leur industrie.

Gelle-d n'était ni moins florissante ni moins active que le commerce. En 1780 il y avait dans l'Ile jusqu'à mille deux cents manufactures de soie. Quoique l'tle ne produisît pas moins de 35,000 Kilogr. de soie par an, il fallait en importer, une grande quantité de la Thrace et de la Syrie pour suffire à l'activité des fabricants et aux besoins du commerce. Gette branche si importante de Tindustrie des Sciotes, déjà en décadenceau commencement du siècle, fut presque entièrement détruite par la guerre. Les autres eurent le même sort. Il faut excepter pourtant la menuiserie et la maçonnerie , qui encore aujourd'hui occupentim grand nombre d'habiles ouvriers. Dans le village d'Euthymiani, par exemple, presque tous

UDNIVERa-

les hommes, aa nombre de quatre oents, «ont maçoDS ou tailleurs de pierre.

Mais dans aueon art les Sciotes n'ap* oortèrent autant de perfection que dans riiorticulture. Tous les voyageurs ont admiré le soia et le goût avec lequel sont cultivés les jardins situés aux environs de la ville. Aussi les Sciotes se sont-ils fait dans tout TOneat une grande réputation comme horticulteurs; et avant la guerre de rindépendaoce la plupart des grands de la Turquie avaient des jardiniers sciotes.

MOUYEMENT INTELLECTUEL, LET^

TBBs, SCIENCES ET ARTS. — Placée au foyer même de la civilisation ^precaue, €hio participa au mouvement mtelJectuei qui de rlonie m propagea dans la Grèce. Poésie, philosophie, kiistoire, arts, sciences, tous les genres dans les- ^uelis s'exerça le génie grec, si fécond et si original, furent cultivai avec édat dans cette fie. Parmi les sept villes qui se disputèrent la naissance d*Homère, €hio paraît avoir, avec Smyrne, les meilleurs titres à cette glorieuse revendication. Nous n'avons pas à revenir sur une question tant de fois débattue ; nous nous bornerons à rapporter les principaux témoi^ages en faveur de la prétention de Ghio. Le plus important de ces témoignages est celui du poète lui-même, quidit dans son hymne à Apol* Ion qu'il hahitait Ghio (1). Si cet hymne, attribué à Homère du temps de Thuey*dide, qui le dte (2), n*est point de Fauteur de riliade, comme l'ont prétendu quelques critiques, il n'est pas douteux qu'il ait été compta à une époque trèsrapprochée de celle où vécut Homère.

Théocrite appelle ce poète le chantre de -Ghio (3), et l'historien Massaliote Eutbjrmène le fait naître dans cette tle (4). ^Suivant une tradition rapportée par Strabon (5), Lycurgue, le l^islateur de JSparte, aurait rencontré Homère à Ghio. Enfin, l'historien chiote Hypermène raconte que ses compatriotes condam-

(x) ... TuçXàc à^^f otxet ^è X((;> Ivi irat- XicXoéatn;], Hpnme à jipollon, v. 17 a. If h' f>rès la Uvdition , Homère habiuût Boiissus.

(a) Thucydide, m, 104.

(3) Théocrite, Idr^ VII,47f et XXII, ai8.

(4) Clément d'Alexandrie , I , p. 327.

(5)Strabon,X,p.46a.

nèrent à une amende de 1,000 drachma l'esclave d'Homère pour avoir né^igédc brûlerie cadavre de son maître. Ajoutom que c*est dans cette Ile que parurent poux M première fois ces rapsodes coimoi sous le nom d'ffomérides, qui parcooraient les villes de la Grèce récîtast te fragments des poèmes homéri^^ueS'

L'orgueil qu'inspira aux anciens 0»otes la croyance , fondée ou nou , qu'H> mère naquit dans leur Ile s^est tnas- DÛS à leurs descendants. Cest comise un héritage de gloire, que les hahitaDts de l'île iront jamais «essé de reTeodiquer. Ge rocher dont nous avons parié plus haut, débris informe de quelgat antique monument, etappelé VEcâtd^Homère, témoigne combien est reâée n- ¥ace et populaire la tradition qû kor donne pdur compatriote le plus gnsud poète de l'antiquùé. Et si , au milieu de témoignages contradictoires, la Ghti|K ne peuï pas fixer avec plus de certitode k lieu que la date de la naissance dBh mère, du moins est-il hors de doute qui séjourna longtemps à Ghio« L'inflaciKe

?ue son j^énièy exerça sur les esprits et émulation qu'il excita chez se people, si amoureux du beau , attirèrent autour de lui un grand nombre de disdnles et d'imitateurs. De là , sans doute, ia tradition relative à V École dC Homère, L'on de ces disciples, le rapsode Cpasthus, a même été considéré qudroefois comme l'auteur de l'hymne d ApoUon.

Ghio eut aussi son. poète tragique:

Ion, contemporain de Sbphode, composa douze tragédies, suivant d'autres trente ou même quarante.

Zenon et Épicure eurent des disdplit célèbres dans 111e. Aristippe et Arista y enseignèrent la philosophiestotci^ue.

et Métrodore l'épicuréisme.

Parmi les historiens se font rem»^ quer : Xénomède , qui vécut qnelgK temps avant la guerre du PéloponRèse,tf Théopompe, contemporain d AiexanA»

le Grand. Suivant Suidas (1), ce deniff composa un abr^é de l'histoire d'BéR)dote, en 3 livres, une histoire de Ââlippe, roi de Macédoine , en 72 lines, et une histoire grecque en 11 livres. Tt^ ente, son ami, était à la fois histoncn, philosophe, rhéteur et poète.

(i) Suidas , au mot TaiopOMfs.

ILE DE CHIO

Scymnus, vers le commencement du premier siècle avant J.-C, composa un ouvrage de géographie eo vers iambiques, qu'il dédia à I^icomède , roi de Bithynie. Dans les 741 vers qui nous en restent, nous voyons qu'il fit la description de la Grèce , de la Sicile , d'uoe grande partie de ritalie , de Carthage et des autres «entrées de l'Afrique, pays qu'il avait iol-méine parcourus.

Dans les arts se distinguèrent Giaueus , contemporain d'Alyatte , roi de Lydie, ot auteur d'une coupe dont ce prince fit présent au temple de Delphes ; Malas, son fils Micdadès et son petit-fils Anthermus, tous statuaires, ainsi qu'un autre Anthermus et Boupalus, tous deux fils du premier Anthermus. Ils vécurent vers le milieu du sixième siècle avant I.-C. Pausanias (1) cite de Boupalus, à la fois statuaire et architecte, des statues en or, représentant les Grâces, placées dans le temole des Furies à Smyrne, et une statue aela-Fortune, faite également pour cette ville. Au temps de Pline l'aneieD , un grand nombre de statues des deux , frères se voyaient à Rome (2). Enfin Pau* sanias eite deux autres statuaires, Sostrate et son fils Pantias (824 av. J.-C.)* dont eet auteur a vu lui-même deux statues à Olympie (8).

Dion et Démocrite (446 av. J.-G.) se rendirent eâèbres comme musiciens.

Lies sciences aussi furent cultivées avec succès. Hippocrate» disciple de Itfétrodore et GEnopides, contemporain de DénKMaite, ob^rvèrent les phénomènes célestes. Ce dernier fit le premier Mmnaltre aux Grecs un système astronomique attribué àPythagore, mais dont 1 fut peot-étre lui-même l'auteur.

Cette activité intellectuelle ne s'est pas ralentie dans les tem|>s modernes. En 1792 les Sdotes fondèrent une école, ja'ils dotèrent libéralement, et qui devint bientôt célèbre en Orient. Avant la iestmctîon de la ville elle comptait sept «nts écoliers, parmi lesquels deux cents rtrangers.

(x) Pausanias , lY , 3o.

(a) Pline l'Andtn , XXXTI , 4.

(3) Pausanias, VI , xo5-xo6; Athénée, VI, ». 266; Pline Tancien, XXXIV, 8, 5 et 19.

Quatorze professeurs étaient chargés de r instruction primaire, et huit ou dix de renseignement supérieur, qui comprenait la métaphysique, la logique, la théologie, la rhétorique, l'histoire, les mathématiques , la physique et la chimie.

Parmi les langues anciennes le grec, et parmi les modernes le français et le turc, y étaient particulièrement enseignés, et parmi les arts d'agrément, le dessin et la musique.

L'école était placée sous la haute surveillance de quatre directeurset de quatre éphores , choisis parmi les citoyens les plus considérés. L'enseignement était gratuit. Geux des élèves qui se distinguaient particulièrement étaient envoyés aux frais de l'État dans les univerutés françaises ou allemandes, pour y compléter leurs études. Ges derniers étaient le plus souvent des enfants pauvres ou étrangers ; car les riches envoyaient ^ néralement leurs fils» à l'âge de treize ou de quatorze ans, apprendre le commerce a Gonstantinople ou à Smyrne.

L'école possédait une bibliothèque qui avant la guerre de l'indépendance renfermait envuron douze mille volumes.

Par les soins €e Koray (1), Scio eut aussi une imprimerie, dont les presses avaient été coounandées à Paris.

L'éducation des filles était presque entièrement négligée. Dans les meilleures maisons, les femmes ne savaient bien souvent ni écrire ni lire ; ignorance singulière chez un peuple si cultivé , mais que les Sciotes considéraient comme trèssalutaire, l'écriture suivant eux ne servant aux jeunes filles qu'à entretenir des correspondances amoureuses. Au reste, leur esprit naturel, leur intelligence ouverte suppléaient jusqu'à un certain point au dé&ut d'instruction, et leurs mères les formaioit avec le plus grand soin à tous les travaux domestiques.

(i) Coray était né à Smyroe,le a 7 avril 1 748, mais ton père était de Scio, et cette ile peut revendiquer comme un de ses enfants le plus célèbre philologue de la Grèce moderne. Du reste, la France fut sa seconde patrie : il vint s'y établir en 1782, et il y mourut en i833. Voyez la notice sur la vie et les ouvrages de Diamant Coray par M. L. de Sinner, Biogia» phie UniverseUe, U LXI.

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