ILE DE PSARA
VWe de Psara est mentionnée dans Strabon, Pline et Etienne de Byzance sous le nom de Psyra ; Homère l^appelle Psyrié (1). D*anciennes cartes marines la nomment Ipséra on Pissera. Aujourd'hui on l'appelle indistinctement Psarra on Ipsara, qui n'est autre que le nom ancien légèrement altéré. Il est à peine fait trois ou quatre fois mention de cette île dans fantiquité. Homère indioue sa position. « Les uns youlaient, dit Nestor racontant à Télémaque son retour de Troie, que nous prissions au-dessus de Chio , en côtoyant la petite tie de Psyrié, que nous laisserions à gauche, et les antres proposaient de prendre entre Chio et le mont Mimas. » En effet , Psara est située à Touest de Gbio, à yingt milles environ du can Melsua on de Saint-Nicolas (2). Strabon ne lui donne gue quarante stades de circuit , ce oui tait cinq milles ; mais Pococke lui a reconnu environ dix-huit milles de tour. Strabon nous apprend encore que Psyra avait une ▼ille du même nom, et Suidas qu*elle était si stérile, qu'on n'y tronrait même
I)as la vigne, qui crott si facilement dans 'Archipel. Cest à peu près là tout ce que l'antiquité nous a transmis sur cette Ile,
Si dut toujours être une dépendance de lio et partager ses destinées.
Au dix-septième siècle cette ile fiit visitée par Pococke, qui l'appelle Ipsara.
Elle est escarpée et remplie de rochers au nord et à rest, dit ce voyageur; elle a environ six milles de long, sur trois de large. Elle a dans son voisinage, à Fouest, qnâques tlots, dont le plus considérable, ne deux lieues de tour, s'appelle Antipisséra. Au-dessous de cette île, dit Dapper (8), il y a une fort bonne rade ou
(i) 0^j«., III, V. 171; cf. Sirab., XIV, 645, 6 ; Tauchn., m, iSa ; Plioe, Hist, Nat., V,36,3.
(a) Pococke, Description de t Orient, IV, 355. Selon Chandler la distance n'est que de six milles, t. II, p. a85.
(3) Dapper, Dtser, de V Archipel ^ p. aaQ.
côté du midi, en cinglant ?ers la vâk, qui est une grande baie située entre les îles d*lpsara etd'Antipissera, où les vaisseaux peuvent venir se mettre à Tanere sur un fond sablonneux de dix à doue brasses d'eau , à l'abri de tous les veatf d'orient , d'occident et du nord -ouest, et y entrer et sortir de deux côt^, as nord et au sud , sans peine et sam danger. Cette baie contient la petita île à^ Saint-Dimitri, qui ajoute encore àU sftretédu mouillage. « Psara s'annonce»
navigateur cinglant vers TAnatolie par une montagne de cinq cent guarant»sept mètres d'élévation, appelai Saînt-Ëlir La coupe de cette tle est abrupte, «f formée par des masses rodieoses divn^ sèment coloriées, contre lesquelles h roersebriseavec fracas. Inaccessible dans la plus grande partie de son littoral, il faut un pilote expérimenté pour en par courir la circonférence et amver au port. Son massif, qui est partout décharné et hérissé de montagnes grisâtres /nppées
Ear les rayons du soleil, présente le taleau éblouissant de maisons , d^églists et de chapelles blanchies à la chaux , dont l'éclat étonne Tétranm. Mais en pénétrant dans l'intérieur de Hle, il retrouve au fond des vallées gudques mûriers, des vignes, des figuiers, qui annoncent la force végétative partout où à y a de la terre. Elle v est rare, et cf n'est à proprement parler qu'un diétritas de roches entraîné par les pluies (bas les endroits encaissés. Quand on pvcourt sa surface où il n'existe aucoo chemin, il faut traverser des ooteasi calcaires, des espaces sablonneux et bêlants, des ravins desséchés et raboteoi.
entremêlés de quelques champs mal aàtivés, qu*on rencontre à de grandes î»
tances (1). »
Avant l'époque de son illustration^ Psara n'avait qu'environ mille babioals^ tous Grecs, tous laboureurs, popuJatkw
(x) Pouqueville, Voyage de ta Grèce, 1. XX, c 5, t. TI, p. 3o8.
ILE D£ PSÂAA.
3dS
pamre et énergique. Ds se gouvernaient eux-mêmes^ et payaient directement lear capitation au capitan>pacha , qui jouissait du revenu des îles. La ville était composée de petites maisons d'un seul étage et assez mal bâties. Elle avait on château fort, en ruines au temps de Po- ■cocke; une cathédrale dédiée à saint fiicolas : toutes les églises de l'Ile avaient des cloches; il n'y avait oue cinq prêtres dans nie et quelques caloyers.
Au commencement du dix-neuvième siècle, la petite ville de Psara, jusque là si obscure, acquiert une importance inattendue, et devient Tune des cités les plus florissantes de l'Archipel et de toute la Grèce. La population de Psara, auparavant si restreinte, augmentée par des émigrations d'Albanais (1), s'était adonnée au commerce, avait acquis de ^andes richesses, et possédait une manne imposante. La ville de Psara prit alors un aspect tout nouveau ; elle s'embellit de vastes et élégantes demeures, construites dans le goût européen. « Son enceinte embrassait le versant d'une colline et une surface littorale qui avoisinait le port et les chantiers. Une métropole or-
(i) Le peaple appelé Albanais par les Européens, ArvsDitès par les Grecs , Aroaoutes par les Turcs et les Arabes, ne se désigne luimême par aucune de ces dénominations. Les hommes de cette nation s'appellent Schvpétar». PouqueYÎUe regarde les Schypetars comme des tribus venues de TAlbauie du Caucase, qui s'établirent vers le douzième siècle avant Tère chrétienne en Illyrie et en ^pire. Celte race s*est conservée pure de tout mélange dans ces contrées montagneuses, où après la chute de Tempire romain et au temps des invasions des barbares et des conquêtes des Turcs, elle a glorieusement lutté pour son indépendance. Après Scauderberg , il faUul se soumettre. Une partie de la nation embrassa Tislamisme; c'étaient ceux de la plaine. Les habitants des cantons montagneux Je la Chimère, de Souli et de Parga conservèrent leur foi et leurs mœurs. Une partie cependant fut obligée d emigrer, et la Morée et J'AtCique se couvrirent de villages albanais. Enfin, quelques-uns allèrent chercher un asile dans les iles d'Hydra, de Spezzia, de Poros» de Salamine , de Psara et jusqu'en Chypre. Voyez les intéressants chapitres de Pouque- Tïlle sur les moeurs grossières et tout i fait Homériques des Schypetars. Voyage de la Grèce t liv. YlUy t. III , p. 196, aia, etc.
née des dons des habitants, où la prière continuelle réimissait les fidèles à toutes les heures du jour suivant leurs occupa* tiens, des rues propres, des maisons annuellement recrépies avaient foit de Psara, dont la création improvisée datait de 1806, la première échelle de TOrient. Ses insulaires, attentifis au déyeloppement de leur industrie maritime, avaient agrandi ou plutôt creusé tm port spacieux en élevant des dignes , et en pratiquant des constructions sous-marines; ils touchaient au moment de posséder un arsenal, lorsque l'insurrection de la Grèce éclata. Riches de vaisseaux qui faisaient le désespoir des ingénieurs européens par la supériorité de leur construction , les Psariens parurent les premiers au champ d'honneur contre les infidèles Infortunés ! ils ont vécu ! et quelques écueils de la mer Egée possèdent maintenant les débris d'une population de vingt et un mille habitants et de huit mille matelots (I).»
Ce fut au mois d'avril 1821 aue la guerre de Tindépendance hellénique eommença, à la fois en Moldavie par la prise d'armes du prince Hypsilantis , et en Morée par rinsurrectionoe Patras.
Les îles de F Archipel se laissèrent bien-
(i) Pouqueville, Foyage , t. VI , p. Soq. Je reproduis à dessein ce langage , qui lait comprendre la profonde impression produite alors en Europe, et principalement en France, par b catastrophe Je Psara , et en général par tous les désastres de la guerre de Tindépendance. Mais on n'aurait pas une idée exacte de Texagération des sympathies enthousiastes de ce temps-là pour la cause hellénique, si je ne citais aussi cette invocation dithyrambique de Pouque ville i la mémoire de Psara et aux mânes de ses habitants. « Ile vénérable de Psara , mon coeur est saisi d'un trouble involontaire en articulant ton nom auguste. Ta fortune commen^it lorsque j*abordai sur tes plages en 1799, et j*ai vécu plus longtemps qae ta population de robustes Albanab. Avant de raconter un jour tes désastres, si la muse de l'histoire me rendant, au seuil de la vieillesse, où je suis arrivé , sa cithare et sa voix , m'ao corde des jours de grâce pour pleurer tes malheurs, je veux faire connattre le rang que tu tenais dans la Grèce. Psara , tu n'é« tais rien par toi-même ; mais tu as nourri des héros dout U mémoire retentira jusque dans la postérité la plus reculée ; leur souvenir ne passera pas comme l'ombre fugitive. »
LtJNIVERS.
tôt entratoer dans le mouTement général. Psara leur donna Texemple. « Le péril est imminent, écrivaient les tétrarques de FUe aux sénateurs d*Hydra!
Il n'y a plus de temps à perdre. Le diyan a résolu le désarmement général des Grecs; et la marine n*étant pas exempte de cette disposition, tous ne soufitrirez pas sans doute ou'on arrache de nos mains quatre mille canons et plus de soixante mille fusils, fruit de tant d'épargnes et de travaux, que nous ne devons céder qu'avec la vie , puisqu'on les livrant nous la perdrons avec eux (1). • Aussitôt Hvdra, Spetzia armèrent en
fuerre , et feurs navires, réunis à ceux e Psara, parcoururent tout l'Archipel, sous le commandement de l' Hydriote Jacques Tombasis, pour entraîner les autres tles dans la cause de Findépendance. Pendant trois ans les bricks , les sacolèves, les brûlots de Psara, conduits par d'intrépides marins, Jéanitsis, Jéanaris, Hadji-Anguéiis , Anasnotis-Apostolos , Canaris , le terrible brûlotier , furent constamment aux prises avec l'ennemi, auquel ils firent éprouver l3s plus grands dommages. Lorsque l'île de Chio , que les Samiens étaient parvenus à compromettre avec les Turcs , fut attaquée par la flotte de Kara- Ali , ce fut à Psara que les Grecs se rassemblèrent pour la déëndre.
Là les navarques grecs tinrent un conseil de guerre, dans lequel ils résolurent de lancer à la faveur de la nuit deux brûlots contre les navires ottomans (2). Constantin Canaris et Georges Pipinos furent chargés d'exécuter cette hasardeuse entreprise. Elle réussit au delà de toute espérance ; mais Chio ne fut pas sauvée (juin 1822 ). Quant aux marins de Psara , ils continuèrent leurs courses dans toute la Méditerranée, poussant l'audace au point de donner la chasse aux vaisseaux turcs jusque sous les canons des Dardanelles , répandant la terreur, par leurs incursions soudaines, sur tout le littoral de l'Asie Mineure ; et, non contents de dévaster les villages mahométans de l'Ionie, les Psariotes se trans-
(i) Pouqueville, Histoire de la Grèce, n, 445.
(a) Pouqueville, Hîstoire,tlc,y III, p. 5x7 ; AI. Soiitzo , Hiit» de la Révolution Grecque, ^197.
formant facilement en corsaires, inquiétaient tous les navires qui négodaiest dans le Levant, et mirent les eousxk européens qui résidaient à Smynue dav la nécessité de leur adresser une lettre par laquelle ils les conjuraient d'é[wgner le commerce de cette ville.
Enfin, « le sultan, dit-on, fatàpà des plaintes continuelles qui lui Tenaiect des côtes de Tlonie, ravagées sans ^sst par les Ipsariotes , s'était fait présoite une mappemonde pour y voir ce qoe c'était qu'Ipsara ; il fut si frappé de Tesguïté de cette Ile, qu'il dit avec mépris: « Otez-moi de la carte cette petite ta- « che; dites à mon capitan-pacba d'il- « tacher cette roche à son vaisseau et « de me l'amener. »
« La montagne de Saint-Nicolas, ^ nie de batteries , une mer hérissée de rescifs et presque toujours orageuse, rendaient le port d'Ipsara d'un accès difficile aux ennemis, taudis qu'île chaîne de rochers , qui traverse nie di nord au sud, offrait aux Ipsariotes d'excellentes positions. A la nouvelle Jes préparatifs de Topal-Pacha , les sénateurs d'Ipsara, poussés par un mauvais ^énie, firent les dispositions les plus imprudentes. Tandis qu'ils devaient se servir d'une partie des bâtiments poor écarter l'ennemi et tenir l'autre eu réserve, ils les dégarnirent de tour lear gréement; et voulant par là s'ôter tout moyen de retraite , Is se ornèrent de leur principale force. De plus , au lien de se borner à la défense de la ville, ils disséminèrent maladroitement îikque sur les points les plus inabordal»les le peuple et les nombreux éti^^ers qui se trouvaient dans l'île. Enfin , ils confièrent le poste le plus Important à na capitaine albanais, nommé Kotas, elà son lieutenant, Karabélias, tous deo Tendus à l'amiral turc.
« Le 27 juin 1824 , au le^er de Y»
rore, Topal-Pacha, suivi de douze frégates, vmt reconnaître les différeaU points de l'île où le débarqueme&t par* rait s'opérer, et s'en alla vers le cokfcer du soleil , après avoir essuyé qorims inutiles canonnades des Grecs. £c 2 follet , il revint avec un si grand nosibK de bâtiments de guerre et de transport, qu'au dire de Kanaris. cet espace de mer qui sépare Ipsara de Mitylène n^of-
ILE DE FSARA.
frâit qu'an font inuBeiwe. II vesta p«n« dant Uxite la oait en repos , avec des fananx allâmes à tous les mâts pour éfHer une surprise. Le lendemain , sa flotte fut divisée &ï deux colonnes ; la
Elus nombreuse se porta s«r la pointe i plus fortifiée du port, et l'autre s'a- Tança vers Tanse que défendaient Rotas et KaraMias. Tandis que la première faisait une fausse attaque, la seconde, à la faveur d'une épaisse fumée produite par une décharge générale de son artillerie , mit à terre quatorze mille hommes, la plupart Albanais d*élite de la tribu des Guègues , et commandés par un chef habile, Ismael Pliassa.
« Les ennemis entrent dans un défilé; ils grimpent sur les rochers, et s'emparent <rune batterie. Kotas et Karanélias se trouvaient sur un poste ^ui la dominait ; ils désertent , ils sont bientôt massacrés par les Turcs, oui ont coutume de profiter de la trahison et de g unir le traître. Au bout de quelques eures toutes les positions sont forcées , cinq cent vingt-trois Ipsariotes, huit cents Rouméliotes, cent vin^-cinq Samiens succombent, après avou'fait mordre la poussière à quatre mille Albanais. Ismael Pliassa marche en avant, et pénètre dans la ville; chaque rue, chaque maison est disputée, enlevée et reprise ; les femmes , leurs nourrissons dans les bras , se jettent dans les flots ; ceux-ci cherchent un asile à bord de leurs vaisseaux , ceux-là courent s'enfermer dans le château de Paléocastron, situé sur la montagne de Saint-Jean ; ils s'entassent dans les galeries, construites sur une vaste poudrière. Les Turcs viennent les assiéger ; la mitraille que vomit le fort balaye leur armée. Leur ra^e redouble; ils escaladent les murs , mais, repoussés avec tme perte considérable, ils offrent une capitulation. Un pavillon paraît sur les tours, c'est celui dlpsara; les portes s'ouvrent, les Albanais s'y précipitent. On entend ces cris : « Feu ! feu I vive la patrie I » Le sol s'ébranle avec un fracas horrible; trois mille Ipsariotes, quatre mille mahométans périssent engloutis par l'explosion. Les restes de la population d'Ipsara, naviguant sur des bâtiments sans gouvernail , se font jour à travers les ennemis, et se sauvent à Syra.
« La diute d'Ipsara ébranla toute la Grèce; un cri de vengeance retentit dans tout l'Archipel; le danger commun rapprocha tous les partis, et le feu de la diseorde s'assoupit pour quelque temps. Théodore Colocotronis écrivit à Gondouriotis que le péril de la patrie le faisait passer par-dessus toute autre considération, et qu'il mettait bas les armes. Le gouvernement fit son entrée à Nau* plie , et de là prit les plus sages mesures pour repousser l'ennemi. Le peuple d'Hydra se précipita dans le monastère où se tenaient les séances du sénat ; un marin s'avança vers les sénateurs, et leur cria : « Que faites-vous ? L'île d'Ipsara « n'est plus qu'un amas de cendres. Quel- « les précautions avez-vous prises ? Est-ce « à nous autres matelots à vous donner « des conseils ? Nous savons pendant la « paix savourer le vin dans les cabarets, « et dans la guerre nous jeter au milieu «des flammes. Que notre escadre s'ap- « prête à l'instant ; vous verserez votre « or, nous notre sang, et la patrie sera « sauvée. » En moins de deux heures cinquante bricks furent équipés; les uns y apportèrent des vivres, d'autres des munitions ; tous se disputèrent à qui s'embarquerait le premier : on leva l'ancre, et l'on mit à la voile au son religieux des cloches.
« La même impulsion fut imprimée à Spetzia et aux autres îles de 1 Archipel. Toutes les chaloupes se convertirent en bâtiments de ^erre; la mer Egée fîit en tous sens sillonnée par deux cents bâtiments de toutes grandeurs ; des feux allumés sur tous les rochers, en guise de télégraphes, flairèrent les moindre»
mouvements des ennemis.
« Le 15 juillet la flotte grecque, forto^ de quatre-vingts voiles, parut devant Ipsara; à son aspect trente-cinq bâtiments turcs, qui se trouvaient dans le port»
coupèrent leurs amarres , et gagnèrent la haute mer : « Opprobre, s'écria Miaou- « lis du haut de la poupe ! opprobre à toi, « Mehemed-Gazi-Topal-Pacha I » Il se met à la poursuite des barbares; il les atteint, et leur détruit neuf galiottes v puis il revient, s'approche d'Ipsara, et, s'adressant avec le porte-voix aux capitaines des vaisseaux qui le suivent : « Au «rivage, camarades ! » leur crie-t-il. Onze^ cents marins , les tromblons à la main ^
LIJNiyERS.
m jettent dans les eanots , dâMirquent précipitamment, égorgent les Turcs délaissés dans riie , et se rendent maîtres delà ville et de Paléoca8tron(]) » Psara reprise, les Grecs allèrent combattra poar le salut de Samos, dont ils éloignèrent la flotte turj|ue et Tescadre égyptienne, qui Tavait rejointe. Samos uit préservée des désastres qu'elle avait aV
(x) AL Soutzo , Histoire de la KévoluUon grecque, p. 3a6.
tirés sorChio, «t qui teoaieBt de fioiiit sur Psara. Mais m Psan , ni Chio, ni Samos , ne devaient jouir de eâte indépendance pour laquelle elles avaieii tant combattu et tant souffert Toda trois retournèrent à leurs anciens nltres , et Psara , après un moment de malbeur et de gloire, est retombée pov toujours peut-être dans robscuritéoà elle avait été de tout temps enserette, et d'où il lui a coûté si cher de sortir.
ILE DE LESBOS
DBflCBlPTION STGBOGBÀPHIB DELIlB DE LESBOS.
Position db cette !lb. — Lesbos Mételio, Mëdilli) est une des plus gran* les et des plus belles Iles de 1 Archipel, ^le s'étend par 89<» 1 Platitude nord, \4^ longitude est, dans la direction du iQfrd au sud le long des côtes de TAnaolia, depuis le promontoire Coloni (anc. Cani) jusqu'au cap BcU)a (anc. liCctum) , i une distance égale de Ténédos et de Cbio. La golfe d'Adramitti la sépare le l'Asie, sans lui ôter la rue de ses adnirables rivaees.
Au nord ïà côte rougeâtre du cap Baba s'avance dans la mer, dominée par one citadelle turque; puis, en suivant la raste courbure dugolfe, on rencontre Aslos, avec les ruines de ses trois temples, de son théâtre, de sa jetée gigantesque, ^tandros, où s'embarqua Énee ; Chrysa , la Tille d'Apollon Sminthien et de la belle Briséis. Il faut s'avancer à quatre mille toises du rivage pour atteindre Adramitti, que les flots baignaient autrefois; cité flonssanteeneore aux derniers temos de J'empire grec, aujourd'hui bourgaae Efaétive,au omieu d'une admirable plaine, à Fombre de coteaux couverts de vignes
^ (x) On peut consulter pour les temps aneieiis rexceOente moDOgraphie de Plehn : Lêshiacorum Liber, in-S**, iSaO, Berlin; — Kander, Betirage zur Kunde der Insel Leshos, in-4*y iSa7, Hambourg. Ces deux ouvrages, réonis et fondus ensemble, ont été traduits eu gree moderne sous ce titre : Ta fUaCtaxà T)tot torwp^a tYJç vifJTOv AidSou , ^mfpooOeîffa i% tou XartviXGU, iroiv^mva (UTd dutfôpcov icpooOi^iudv xal éxSo* ^a Onà SOaraO^ou Tttù^jiâZoM toO As^- Kou ; Mfi^ai, 1S49, iii-^** ^^ additions du inducteur se réduisent à bien peu de chose, M consistent dans la vie de Théophraste par Coraj, celle du philosophe Benjamin et quelloes inscriptions prises dans Bœckh.
et d'oliviers. Enfin le long de la côte, et en laissant sur la route Pelle^Kévi (l'ancienne Koripbas) et Cisthéna, on arrive à des rumes , habitées par des pauvres familles qui n'ont pas voulu quitter la terre natale. C'est là que naguère encore s'élevait Kydonia ou Cydonie (Aiwali), l'ancienne Héradée, qui renfermait au commencement de ce siècle près de trente mille habitants, un beau collège dirigé par des maîtres formés à Paris, et ou affluait la jeunesse grecque. La guerre de l'indépendance a tout anéantL — « Toute cette contrée , dit a M. Choiseul-Gouffîer (1), exposée au « midi, à couvert des vents du nord par « une muraille de hautes montagnes, « et partout arrosée des eaux qui en dé- « coulent, est peut-être le plus beau et « le plus fertile pays de la terre. »
Entre Lesbos et le continent, au sud de Kydonia, se trouve un groupe d'îles, connu dans l'antiquité sous le nom des Hécatonnèses, aujourd'hui désignées par celui de Musconisi, à cause d'un polype Qu'on y pèche en abondance, et dont Todeur n'est pas sans rapport avec celle du musc. Une ancienne chaussée, réparée à neuf, de 470 mètres de longueur sur 4 de largeur relie Kydonia à la petite île de Cromidonisi. On franchit de là, au moyen d'un pont volant, un bras de mer étroit et peu profond , et l'on arrive à la plus grande île, ^ue les anciens nommaient Pordo-séléne, ou Poroséléné. On y voyait autrefois une ville
3ui était admise dans la confédération e l'Éolie, et un temole consacré à Apollon. Encore aujourahui on rencontre Quantité de ruines , au milieu d'arbres iruitiers. Cest avec la pierre de ces ruines Qu'on a rétabli la chaussée détruite. Les Musconisi sont au nombre de trentedeux, dontlesprincipales, Gappano,Descalia, Codon, Pera, Mosco, Lio, An-
(i) Voyage pittoresaue dans l'empire Ot' toman , 1 1( 1^4; a* éoitiou.
LUNIVEHS.
gbestri, Pyrgos, sont très-bien cultivées et très-fertiles.
Au sud des Musconisi , sur les c6tes mêmes de rAnatolie, en face la pointe la plus méridionale de Lesbos, se trouyent trois petites ties connues autrefois sous lenom d'Arginuses, et fameuses
Sar la défaite des Spartiates , commanés par Galiioratidas. Les anciens désignaient aussi sous le nom de Iieucœ Insulae (les îles Blanches) trois gros rocbers placés sur les côtes de Lesoos , au nord-est de Mytilène.
Les anciens (1) placent Lesbos au septième rang (2) parmi les plus grandes tles connues. Agathémère fait trois classes dMles, et lui assigne dans la troisième la seconde place. Il est d'ailleurs d'accord avec Strabon pour attribuer à Lesbos (3) 1 100 stades de tour, tandis qu*£ustatbe , qui d'ordinaire suit exactement Strabon, se sépare ici de son guide, et ne reconnaît à rîle que 1000 stades (4). De nos jours M. Lapie à trouvé 1270 stades de 500 au degré, en suivant assez exactement le contour des côtes, et 1200 d'après des mesures moins rigoureuses.
DiFFBBEIfTS NOMS DE LbsBOS. —
Le premier nom de l'île semble avoir été Issa, qui était, dit-on, celui d'une de ses cités. A l'arrivée des Pélasges, elle le quitta pour prendre le nom de Pélasgie, et bientôt celui de Macarie, qui rappelait à la fois et le bonheur dont elle jouissait, et le roi à qui elle en était redevable. Au moment où Lesbus succéda è son beau-père, Macare, elle prit le nom de Lesbos , qu'elle porta durant toute l'antiquité grecque, jusqu'à l'époque incertaine où elle le changea pour celui de Mityiène, sa capitale. Eustathe, qui vivait au douzième siècle , observe que cette transformation avait eu lieu depuis peu de temps.
Ce ne furent point là d'ailleurs les
(i) Arist, llepl K6a{Aou, t. I, p. Zg^, in-4° , édition Bekker.
(2) Bocbart, partant de cette opinion^ croit trouver l'origine du nom de Lesbos dans le mot phénicien Esbu , qui signifie sept, ( Trayez le Dictionnaire de Trévoux, au mot Lbsbos. )
(3^ Quarante et une lieues.
(4) Voir Pline V, 3r, qui donne une mesure à peu près équivalente.
seules dénominations que porta
On l'appela encore quelquàbis HUDete, par allusion à ses mœorsdissoluâ; Lasia, à cause de ses forêts; idthiope, fa souvenir de la domination que Ton attribue sur cette île aux Amazones, ori- § inaires de l'Ethiopie ; i£gira , do aoa 'i£girus, une des villes au nord-est à Mytilène, etc. Tous ces noms se racofitrent plus fréquemment dans les îsskXà sies des poètes que dans les récits mr diques ae l'histoire , et le seul nooa s^ rieux qu'ait porté Lesbos est celui qa'dk illustra pendant plus de dixsièfies,rt qu'elle a repris de nos jours.
Géographie physique. — Câaà une tradition admise de pliiaeais bistoriens oue lors de la commoûm oui brisa les oarrières du Pont-Eum, dlui ouvrit le Bosphore de Thraee, fimipiHfo subite de ses ûots dans la mer Ym détacha Lesbos du continent. Dais et système, les groupes des tles voLàs»
ne seraient que les sommets de mobâgnes submergées, ayant fait autrâfoâ partie de la chaîne de l'Ida. L'as^ physique de Lesbos est tout à fait propre à confirmer cette opinion. >'aU< part , en effet , de côtes plus inég^â plus tourmentées, et à rintérieor, de traces plus manifestes de l'action riolale des volcans.
Lesbos est parcourue derestài'biiest et du nord au sud par deux chaînes de montagnes, que les anciens déàgnaient si»b différents noms. Les plus conàdérablfi étaient le mont Lépéthymnus, à Test, Ordymnus ou Ordynnus (1) à Tooest, Créon au centre et Olympus au sud. ûi mentionne encore les monts Maelstœ, Syléus (2), Tantalus (3). Le Lépétiifanus était de tous le plus élevé et ité. le plus remarquable. On y voyait* s témoignage de rhistorien iesbien ttp* sile, un temple d'Apollon, et aneaapelle du héros Lépéthymnus, qui dot* naitson nom à la montagne. PalamoM y avait aussi un temple et peot-ètreaiAn son tombeau. C'est sur le Lép^jfii, au rapport de Théophraste, qm l'ai-
(irThéophr., HtsU Plantar., III, iS, (a) Slrab., I. Xlllj Tauchn., t. lU, p. tîfc
(3) El. de Byzance : Tàvtaloç.
(4) Philostrale, Reroîc, p. 716, éfâ, Olear.; Tzetzès, ad Lycophron., 3d4-i<^7-
ILE DE LESBOS
blit, pour obMrTW les astres, l'astro- Dome Matricélas.
Ces chaînes de montagnes, prolonceant leurs ramifications jusqu'à la mer, formaient aux trois extKmités de l*ile trois caps : à l'est le cap Argennum, droit enfooe le eolfed'Adramjttium:
à Tonest le cap Sigrinm; enfin , an sud le cap Maléa.
Les dimensions de Lesbosne lui per^ mettent pas d'aroîr de grands fleures ; mais on y trourede nombreux torrents, et les sources abondent partout. La température y était si douce , le climat si salubre , que les anciens en a?aient fait une des tles Fortunées.
Productions. — Malgré la nature de son sol, Lesbos avait été de tout temps renommée pour sa fécondité; ses yalléeS profondes, ses vastes plaines, ses riches coUines se couvraient d'une puissante végétation. Le blé de Lesbos était célèbre, surtout le blé d'Érésus, qui sur ses monnaies mettait un épi. « La farine la « plus parfaite , celle qui est préparée « avec le froment le plus pur et le plus « beau , est à Lesbos , à Erésus , sur sa « colline battue par les flots. La neige du « ciel ne l'égale pas en blancheur : si les « dieux mangent du pain , c'est là que « Tient l'acheter Mercure (1). »
La truffe venait abondamment sur la solline de Tiares, et dans le temps des plaies, s'il ^ avait débordement, les eaux en répandaient la graine jusque sur tout le territoire (3) de Mitylène. Les mon« tagnes de L^os, toutes ombragées de forêts , fournissaient, et au delà, le boîs nécessaire à la construction des navires ; le hêtre , le c^rès, le pin y croissaient partout, le pin surtout autour de Pyrrba , et Pline , après Théophraste , rapporte , comme une particularité remarqjiiable^ que le feu ayant dévoré ces forêts, elles repoussèrent d'elles-mêmes (3). Les montagnes de l'tle contmaient encore d'inépuisables carrières, d'où les anciens tiraient un marbre tacheté de couleurs diverses, et, quoique plus brun, estimé par les statuaires à l'égal du (4)
(x) ArchesUate 9 dté par Athénée, m,
p. XII.
(a) Pime, XIX , c. xxii.
(3) Id. , XVI , c. XXX.
(4) Id., XXXVI , c. VI.
marbre de Thasos. On y trouvait aussi l'agate (1) et une pierre noire (S) que Fon nommait lesbias.
Sur les côtes, les baies profondes creusées par la nature étaient peuplées de poissons d'espèces rares et recherchés, dont la (>éche alimentait le commerce des Lesbiens. Les huîtres de Mitylène n'avaient pas de rivales.
Comme productions singulières (8), Pline place à Lesbos l'éringion blanc, appelé par .les Latins l'herbe aux cent têtes. L'homme qui trouvait cette plante dans certaines conditions était sûr de se foire aimer , et ce fut là , dit-on , le bonheur de Phaon dont s'éprit Sapho.
Enfin Théophraste et Pline (4) décrivent longuement l'arbre évonimus (evonimtu eunpxuê de Linné) qui croissait particulièrement sur rOrdymnus. La pousse en est en décembre, la floraison au printemps. Les feuilles tiennent le milieu entre les feuilles de l'olivier et celles du grenadier. La fleur, d'une odeur forte, ressemble à la violette blanche. Le fruit et les feuilles de cet arbre sont un poison mortel pcNnr les animaux.
Mais ce qui faisait surtout la richesse de nie, c'était son vin^ ce vin de Lesbos que tous les poètes ont chanté :
« Pour votre dernière coupe, prenez- « moi d'un vin vieux , blanchi par les « ans, dont vous couronniez la tête « humide d'unt; blanche guirlande de « fleurs, du vin né à Lesbos, Ttle bat- « tue par les flots. Celui qui nous vient « de Byblos, de la Phénide, terre saa crée, certes je le prise j mais ie n'ai « garde de le comparer a celui-là ! car « SI tout d'abord vous y goûtez sans y « être fait, le vin qui semble avoir le plus « de fumet, ce n'est pas celui de Lesbos. c Le sien , il le trouve dans sa vieillesse « même. Mais buvez toujours, et vous « me direz quel est le meflleur. Ce n'est « plus du vin , c'est de l'ambroiBie. Que c des fanfarons vains et bavards se mo* « quent et disent : de tous le plus déli- « cieux est encore le vm de Phénide I «je n'y prends garde. Et le Tin de
'x) pHd., xxxvn , c. tiY.
fa) Id., XXXn y c. Lxxi.
rs) Id., xxn , c. IX.
[4) Theophr., III, c. xviii • Pline , XIII, 3S,i.
L'UNIVERS
« Thasos aussi est généreux. Quand du « moins il a vieilli maintes belles an^ « nées! Je sais plus d*une autre ville en- « core où la vigne ruisselle aux vendan- « ges, dont je lais cas, qu'il ne tient au'à « moi de nommer. Mais aucun vin, c est « tout dire , aucun n'est comparable au « vin de L^bos. Après cela , il y a des « gens qui| aiment a vanter ce qui vient « de chez eux (1). » Cet enthousiasme du gastronome émérite était partagé de toute Fantiquité. On renommait surtout les coteaux de Méthymne et d'Ërésus , pour le goût délicieux et le parfum exquis de leurs vendanges. Les vignes de Éesbos n^étaieut pas , comme en Grèce et en Italie, entrelacées aux ormeaux ou aux peupliers. Elles s'appuyaient sur des pieux peu élevés ou traînaient à terre : « Car (2) les vignes du vignoble « de rtle sont toutes basses , au moins « non eslevées sur arbres fort haultz, « tellement que les branches pendent a jusques contre terre , et s'estendent « cà et là comme lierre, si qu'un en&nt « de mammelle , par manière de dire , « atteindroit aux grappes. »
Le vin de Lesbos était recommandé par les médecins à leurs malades comme un fortifiant (8) ; les anciens lui trouvaient naturellement un goût de mer qu'ils prisaient beaucoup et que l'art n'obtenait des autres vins au'à grand' peine. Tous ces mérites lui donnaient le plus grand prix. Les Romains , qui avaient leur Falerne, le délaissaient pour le vin de Lesbos , que se disputaient aussi les marchés de la Grèce et de l'Egypte.
Angibnnss villbs db Lesbos — Avec tous ces éléments de prospérité, Lesbos dut vite se couvrir de cités florissantes. C'est au nord du cap Malée , sur la cdte orientale de Tlle que s'élevait Mitylène (4). « C'est une forte ville, « belle et grande, environnée d'un ca- « nal d'eau de mer, qui flue tout à l'ena tour, sur lequel il y a plusieurs ponts « de pierre blanche et polie, tellement « ^'on diroit à la voir que c'est une « isle et non pas une ville. » Longus ne
(i) Archettrate, cité par Athénée, I, ch. u, p. 23.
(a) Loogos, n, trad. d'Amyot.
(3JPUDC, XlV.c.va.
(4) Longus , I , i/iiV.
parie dans ce pacage que de l'ancienne ville, située en effet dans une petite tle d'envûron un mille de circuit, en faco de la ville neuve, placée sur la côte même de Lesbos. Celle-ci s'étendait dans la plaine qui longe la mer et sur la colline qui s'élève au midi. De là elle dominait un territoire des plus riches et des plus fertiles. Dans cette position Mitylène se trouvait avoir deux ports communiquant par un étroit canal et protégés en partie par File qu'occupaient les quartiers de la ville antique : le premier au midi, petit et ouvert ; le second au nord , vaste, profond et défendu par une jetée. Il était malheureusement aussi ouvert au nordest et battu ainsi par le vent qui venait des côtes d'Asie. Mais la ville elle-même souffrait encore bien plus de certains désavantages de sa situation , qui parfois rendaient le séjour de Mytilène insupportable. « Les vents du midi et du « nord-ouest, dit Vitruve (1), y produi- « sent différentes maladies; le vent du « nord les guérit ; mais alors il est im- « possible de rester sur les places ou « dans les rues , tant le froid y est ri- « goureuxl » Néanmoins la grandeur de l'enceinte de Mitylène, la beauté de ses édifices , le nombre et Topulence de ses habitants (2) l'ont toujours fait regarder comme la capitale de Lesbos. Elle comptait parmi ses monuments les plus splendides le Prytanée, et le théâtre, oont Pompée prit le modèle pour le reproduire à Rome.
En descendant vers le sud, on franchit le cap Malée. La côte se creuse alors, et s'enfonce profondément dans les terres en formant un golfe, au fond duquel s'élevait la ville d'Hiéra. Cette ville était déjà détruite du temps de Pline. U en était de même au temps de Strabon de la ville de Pyrrha, qui, à l'exception d'un faubourg, était complètement anéantie. Elle n'avait jamais eu d'ailleurs grande importance. Elle était située au nord-ouest d'Hiéra , au .point le moins large de Lesbos, à Tendiôit où Tîle semble se tordre sur elle-même, et rapprocher ses deux extrémités , pour former un golfe profond et presque fermé. Les
(1) VJtruv., I , c. I
ch. HZ.
Barthélémy, Foyag9 erJnac/iarsù f
ILE DE LESBOS
tôt
eaax de ce golfe sont si froides , selon Aristote (1), au'en hiver les poissons s'en Tonttoiis, a l'exception du goujon, et s'en reviennent arec le printemps. Cest dans ce golfe que viennent pondre tous les poissons qui rivent sur les c^tes de LesDos , tant ceux du golfe même que ceux de la pleine mer.
Entre le golfe de Pyrrha et la ville (TÊrésus s'avançait le promontoire Brisa, que surmontait une statue de Baochus.
La ville d'Érésus, située sur une colline, descendait jusqu'à lamer,etavaitun port.
De là on arrivait, en suivant la côte, au cap Sigrium, puis à la ville d' Antissa (3), ainsi nommée de ce qu'elle avait été fondée, au temps où Lesbos s'appelait Issa, sur une petite tle, depuis reunie à la côte voisine. A l'extrémité nord-ouest, en face les deux villes de Polymédium et d'Assos, situées à une distance de soixante stades sur le continent asiatique, se trouvait Méthymne, la seconde ville de l'Ile, qui pendant quelque temps avait essayé de disputer le premier rang à Mitylène. Malheureusement les histonens anciens ne nous ont laissé absolument aucun détail ni sur sa grandeur ni sur ses monuments. Sur le territoire de Méthvmne s'élevait la ville de Napé, et non foin de là sans doute Ansba , une des six ffrandes villes que les Éoliens avaient fondée à Lesbos. Les Méthyronéens l'anéantirent, en réduishrent les habitants en esclavage , et s'emparèrent du territoire, qu'ils réunirent à celui de leur cité. Enfin, en se rapprochant de Mi-
S^lène, on trouvait encore, à vingt stades e Pyrrha, (Dgyrus , et plus bas Agamède, villes inconnues, dont la dernière n'existait déjà plus au temps de Pline. Quelques commentateurs ont parlé aussi d une ville qui aurait porté le nom de Lesbos; mais ou elle n'exista jamais, ou elle disparut si vite qu'elle n a laissé aucune trace dans l'histoire.
Lesbos moderne, ou MiiBLin. — En mer, Itle de Mételin se présente sous un double aspect. Sur la côte occidentale ce ne sont de loin que montagnes incultes , collines rudes et pelées , pré- Ci) Hist. des Animaux^ 1 1 , p. 6ai ; Bekker. Yoir aussi p. 548 , 6o3 , 544 > où le même auteur indique d'autres particularités. (a) Ovide, Métam., XT, 287.
cipices et rochers nus; le voyageur qui vient de Constantinople ou de Smyrne s'en éloigne à toutes voiles , de peur que la tramontane ne le surprenne en vue de 111e et ne le force à s'y réfogier. Mais si, au contraire, doublant la pointe de terre (capo San-Maria ou jimaU\ qui s'avance du côté du port Olivetti , on s'enfonce dans le canal qui sépare Ttle de l'Asie , il n'est point d'aspect plus pittoresque et plus enchanteur que la côte de Mételin.
« (1) Des bois de pins et de chênes « couronnent la cime des montagnes ; au « penchant des coteaux Jusqu'à la mer, « on ne voit que des forêts d'oliviers ^ « des terres couvertes de moissons , « des vignes au pampre vert , des jar- « dins plantés d'orangers et de mortes. « Des villages bien bâtis , des maisons^ « élégantes et peintes en rouge se mon- « trentçà et là entre les arbres touffus. »
« (2) Après avoir eu si longtemps des « vents contraires , je me plaignais que « notre vaisseau, poussé alors avec rapi- « dite par un vent en poupe me dérobât « trop promptement cette vue enchan- « teresse. » Au milieu de ces paysages apparaît la capitale de Ttle, Mételin, l'antique Mitylène, qui n'est plus aujourd'hui qu'un grand village. L'tie d'autrefois est maintenant réunie à la terre par un isthme, sur lequel est bâtie la ville, qui s'étend de là sur les deux côtés du rivage et jusqu'à la montagne. Un beau promontoire escarpé du côté de la mer au nord-ouest, et en pente douce vers la ville, sépare deux havres très-cora modes, mais que la négligence des Turcs laisse encombrer par les sables. Le plus grand, qui est encore aujourd'hui fort beau , n'a plus à son entrée que douze ou treize pieos de profondeur, et deviendra bientôt impraticable. Il est dominé par un magnifique château fort (3) , l'un des ouvrages les plus étendus et les plus parfaits qu'ait laissés le Bas-Empire ou la domination des Vénitiens. Il est défendu par deux rangs de murailles à créneaux, tort éle-
(i) Michaud et Poujoulat, Correspondance d'Orient, t. I.
(a) Didot , Notes d'un voyage fait datis le Levant, p. 368.
(3) Dallaway, Constantinople ancienne et moderne, t. Il, p. 199.
L^NIVERS
?ées , garnies de tours ouyertes du côté de Tintérieur ; et tout Tespaee qu'elles renferment est couvert de maisons, de mosquées, de cyprès, qui en rendent Taspect des plus pittoresques. Il contenait autrefois cinq ou six cents janissaires, oui y étaient établis avec leurs familles, uétait une espèce de ville, et le nom de Castro est même souvent pris pour celui de Mételin. Dans les dernières (i)
fuerres avec les Grecs, on a eu ridée 'élever autour de la ville des murailles à grands frais , et aux dépens des habitants ; mais on ne peut donner à ce casier ouvrage le nom de fortificaUons.
Les rues de Mételin sont étroites et sales ; elle se composent de 700 maisons grecques , 400 turques; on y trouve de plus 30 ou 40 familles juives; en tout d peu près 9 ou 10,000 habitants.
D'ailleurS) aucun monument remarquable, aucune image de sa grandeur antique. Les ruines même ont péri. Déjà du temps (2) de Pococke et de Toumefort on n'y voyait que des tronçons de colonnes, la plupartde marbre blanc, quelquesunes gris cendré ou de granit, cannelées en lipes droites ou en spirales, un nombre incroyable de chapiteaux, de frises, de piédestaux, des fragments d*inscripUons plus .ou moins mutilée». Bien de tout cela ne se retrouve maintenant, et il y a longtemps déià que les vojrageurs (3) se plaignent ae leur désappointement. A peine rencontre-t-on encore 2uel(}ues rares débris de colonnes et de bapiteaux, près du château fort; dans la ville, les ruines d'une église dédiée à saint Roch, bâtie avec les restes d'un temple d'Apollon dont les colonnes ^sent à terre ; à l'entrée de l'élise épisoopale, une chaise antique d'un seul bloc de marbre blanc , curieuse par son antiquité et son travail , qui porte cette iuscription, citée par tous les voyageurs : chaise de Potamon^ fils de Lesbonax; enfin , dans une mosquée , un marbre creusé, que la tradition donne comme le cercueil de Sapho. Entre les montagnes, à une lieue et demie au midi de Mételin,
(i) Michaud et Poujoulat, Correspondance d'Orient , t- III , p. 3o7,
(a) Tournefort, t. I, p. 388. (Paris, 1707,10-40.)
(3}DaUawa7, n, p. x3o.
près du village de Palfa, subsistent les ruines d'un aqueduc qui traversait la vallée , et dont les deux rangs inférieurs d'arcades, en marbre gris, sont surmontés d'un troisième rang eo briques.
Au nord, à deux lieues à peu près de la ville, une belle colonnade, dont les piédestaux sont debout encore, conduisait à des bains chauds , dont l'eau est beaucoup plus salée que celle de la mer, et qui aujourd'hui, comme autrefois, sont encore très-fréquentés.
Le chemin de Mételin au port Olivetti (ou Hiéro) est des plus pittoresques* Pendant plusieurs heures la route s'ouvre à travers de riches plantations d'oliviers, protégés à leur racine» selon la mode au pays, par de petites enceintes de pierres: des coteaux couverts de vignes, deslMis, et de temps en temps s^offre la vue de la mer, qui pénètre dans les terres et forme de petites anses d'un gracieux aspect.
Le port Olivetti a son ouverture près de la pointe orientale de l'île, à six lieues au nord du cap Goloni, qui s'avance du contineut de l'Anatolieau nord. L'entrée en est assez difficile , et si étroite qu'on ne la découvre pas facilement de la mer. Une fois franchies , les deux pointes de terre qui en forment l'embouchure , se rapprochent et se recourbent en dedans, de sorte qu'on ne voit plus d'issue. On dirait alors un joli lac dont les bords, singulièrement gracieux, s'arrondissent entre des montagnes et des forêts d'oliviers. C'est sans doute un des plus vastes ports que la nature ait formés, puls- Gu'u contiendrait aisément toutes les flottes de l'Europe (1). U a plus de deux lieues de long sur une lieue de large, et on peut y donner fond partout sur quinze et seize brasses d'eau.
Pour aller du port au village, on traverse une plaine magnifique, couverte d'oliviers d'une grosseur remarquable (2); puis on gravit la montajgne, couverte de vignes et d'arbres fruitiers. Le village est dans une heureuse position. Les habitants. Grecs pour la plupart, ont l'air aisé et content; le commerce du golfe fournit à tous leurs besoins , et
(i^ Didot, Notes d^un Fojage, p. 3ft.
(a; Fonlanier, Voyages en Orient f de tam^ née iSai à 1829, U I, g. 3o6,
ILE DE LESBOS
eonsîste à peu près dans la vente d*une tiaile excellente , qu'ils fabriquent euxmêmes. « Les bâtiments (l) la Tiennent « recueillir là , matoré les malédictions * des Turcs, et malgré les cinq ou six « mauTaises baraques qu'on appelle la « douane , qui sont placées à trois beu- « res de marche de Mételin. »
Des sentiers délicieux, serpentant sous le feuillage de myrtes touffus, ou suspendus au-dessus de baies pittoresques^ eonduisent à Porto Colonl (Euripus Pyr- Tfaaeus ). Cest une très-grande anse, peu firéouentée, qui s'avance à près de quatre lieues dans les terres , sur une lieue de large. Au fond s'ouvre une vaste plaine, qui produit abondamment du blé, du coton, des olives, des figues et des légumes de toutes espèces. On y trouve plusieursvillages, qui sont très- peu habi* tés (2). L'air y est vicié; les fièvres intermittentes et les fièvres putrides y sont à demeure , comme la lèpre. Les propriétaires des champs évitent d'y séjourner, et Rétablissent soit à Métehn, soit à Molivo. Il n'y a en cet endroit que des colons salariés.
En suivant la côte , le long des montagnes sans végétation, on trouve Érisso (Êrésus), située aujourd'hui à près de deux lieues de la mer. C'est un bourg de deux cents maisons , entouré de quelques champs d'orge ou de froment , de vignobles et de plantations d^oliviers.
Depuis le bord de la mer jusqu'au penchant des collines au sud-est d'Érisso, on ne voit partout que ruines ou fragments de marbres antiques. C'est là ^0% tait Érésus ; il est facile encore de suivre la trace de ses murailles. A un quart d'heure de la mer se présentent les ruines d'une chapelle grecque , bâtie ellemême avec d anciennes ruines. « De « quelque côté (8) qu'on porte ses pas , « on rencontre des chapiteaux et de < vieux débris , des colonnes de marbre « blanc oîi de cnranit encore debout. «
Près de là , au côté de la mer, s'élève une petite montagne de forme conique, baignée au midi par les flots. A son sommet était construite l'ancienne citadelle
(x)I)idot,p. 37 !• (a) Olivier, Voyagt dans VEmpirt Otto* man, 1. 1, p. a65,in-4^.
(3) Midûiud et Poujottlat| 1 1, p. 3aa.
d^résus. Dans les débrfs d'une tour veille un musulman, chargé par l'a^a du village de signaler les navires qui entrent dans la baie d'Érisso. L'ancien port a dis-
Î>aru ; la mer chaque jour se retire devant es sables amoncelés par les vents qui descendent des montagnes et par la petite rivière Callagra , qui à queloue distance de la baie va se perdre dans un étang couvert de roseaux.
Au nord d'Éresso se trouve un fort bon port, formé par de petites Iles. L'entrée septentrionale en est basse et étroite , et les grands vaisseaux n'y peuvent pénétrer oue du midi. Entre la pointe méridionale et le port même s'élève un grand « et haut rocher, environné de « plusieurs autres à fleur d'eau (1) ». Quand soufile le vent du nord, le vent renvoyé par cet obstacle rend l'abord très-di(Bcile aux vaisseaux.
Toute cette côte , d'un aspect inculte et sombre, s'égaye en approcnant vers le nord. Les montagnes, noires et desséchées, se couvrent de verdure. Les vallées, jusque là sauvages, se garnissent d'arbres; la végétation reparaît, et devient de plus en plus riche et vigoureuse.
Sur le bord de la mer, dans une petite plaine, ceinte de montagnes volcaniques, se trouve Pétra. C'est une petite bourgade près d'un port très-peu fréquente, qui doit son nom à un gros rocher granitique isolé au milieu du village. Une vingtaine de familles grecques ou musulmanes en composent la population.
En suivant la piaiaeaunora on arrive à Molivo ( Méthymne), bâtie au bord de h mer , sur le penchant d'une colline composée de rochers de basalte. Les maisons s'échelonnent en degrés pittoresques sur les flancs du coteau, qui, par une pente douce, s'abaisse vers le couchant, et forme à la pointe de l'île une espèce de plaine peu étendue, mais trèsfertile. Cest là qu'était Méthymne; les fondements des murailles au midi de la montagne, des décombres d^une grosse tour, à quatre milles vers l'orient sur le rivage, et les ruines d'un bain, c'est là tout ce qui reste pour en attester remplacement. Le cap sur lequel est Molivo forme , avec la petite pointe de terre qui est au midi, une baie au sud-est, proté-
(i) Dapper, Descript,, etc, p. a33.
L'UNIVERS
gée contre les vents par une petite Ile. Au milieu de la ville s'élève un rocher inaccessible de tous côtés, excepté au nord, où les habitants avaient coutume dese réfugier avec tous leurs biens, quand ils étaient attaqués par les corsaires. — La position de Molivo est une des plus belles de Ttle. L*air pur dont on y jouit, Tadmirable spectacle que présente la côte de FAsie et les vastes contours du
golfe Adramitti font de cette ville un es séjours préférés des Turcs. Moiivo compte à peu près deux mille] cinq cents habitants.
Tout le reste de la côte qui s'étend a Torient, de Moiivo jusqu'à Mételin, est d'un aspect délicieux. Mais c'est un pays délaissé, sans culture, sans commerce. Au milieu de cette belle nature, à peine rencontre-t-on quelque pauvre village inconnu, guelque masure chétive de pâtre ou de pécheur ; toute l'activité de File a reflué vers Mételin.
Si maintenant on pénètre dans l'intérieur du pays ( bien peu de voyageurs ont eu ce courage ) , ce sont des montagnes tristes et noires , couvertes d'épaisses forêts, ou affreusement désolées ; des vallées semées de pins, de chênes, d'oliviers; de rares plaines aux épis jaunissants ; quelques champs de coton ou decalamboc ; ^ et là des plants de thvm et de serpolet, ou d'autres herbes chétives , flétries par la tramontane ; parfois, a l'approche d'un village isolé, de gracieux vallons parsemés de jardins rustiques ou de masures aux murailles de terre, de profondes allées de tamaris ou de lauriers-roses, et de longs peu-, pliers au bord d'un ruisseau; puis la montagne recommence, et les cnemins horribles , à travers le roc ou le lit des torrents.
HISTOIBB ÀNGIBNNB DB LESBOS.
Anciennes tbaditions. — L'histoire de Lesbos, comme l'histoire de toutes les cités grecques, n'a pour origine que des traditions incertaines ou de fabuleux récits.
L'île était déserte, dit-on (1), quand y aborda Xanthus , fils de Triopas. Parti
(0 Diod. de Sicile, V, Sx.
d'Argos, à la téke d'une eolenie k Pé^ lasges , il se dirigea vers la Lyde. jd^ meura quelque temps, puis, emocari avec lui ses compagnons, il vint (M quer à Lesbos. Dès ce moment lUe,]^ pelée jusque là Issa, prit le nom de !^ lasgie. Sept générations s'étaient èp« écoulées que le déluge de DeoaiH inonda la Grèce. Lesbos eatsnrMi souffrir de cette catastrophe , et sa (ifi' lation fut anéantie. Elle ne fut pas lastemps à recevoir de nouveaux haèinb Macare, l'un des Héliades, ayant tv»
frère , s'exila, et vint s'établir à LeéCi dont la beauté l'avait séduit 11 «Beoi d'Adiaïe une colonie composée parti d'Ioniens, partie d'homme et toota races , accourus de tous côtés «rtoiir à lui. A peine installé dans sanoi^ résidence , Macare, grâce am liebessB de l'île et à la justice du goufetnant qu'il y établit, se trouva assez pina^ pour conquérir les îles voisiaesctes
girtager les terres à ses eompagoeft ientôt la colonie se grossit par fvtîitt de nouveaux émi^nts. Lesous, Êb^ I^pithès, conduit par l'oracle, aliçfl dans 111e , et est accueilli avee anti
Sar Macare, dont il épouse la fille. U eux peuples se mêlent, dt vivent 6^ nellement. Alors Macare aooge à étaia sa domination : il envoie à Cos iffl > ses fils, un autre à Ciùo; uo trmèm C^drolaûs, se dirige veisSamo8,endivi les champs à sa troupe, et règne ^ blementsur 111e. Enfin Leuàppei>« unegrandemultitude de colons, débs^l
à Rhodes : i'tle était presque déseite;i petit nombre d'habitants qu'il y wjj l'accueillent avec empressement^ la domination de Macare estacœjv sans résistance. Le bonheur es >| dont jouissaient ses États sembUAi" un don de ces dieux dont oo le «>* descendu (1). Le continent de rAs»'* moment même était en pw*^l^ fléaux de tous senres; ^«stremb^^ de terre , les déluges, puis J^^' suite naturelle du ^WMÎbledeséléj*^^ puis la peste, en avaient fait uD^fffi Pendant ce, temps lœ îles, n«»^ par les vents de mer, couverte A*^ moissons , se remplissaient d'aœ ^ lation accrue sans cesse par de noû*^
(x) Hésiode , cité par piodore , T, ^
ILE DE LESBOS
joloDÎes. La fertilité des terres, Yheueuse situation des campagnes , l'exceleooe d^un air pur et touioars renouvelé emblait en avoir fait le séjour de la ichesse et du bonheur. Aussi les Iles qui onnaient le royaume de Macare furentîles bientôt connues sous le nom à' Iles fortunées (I). Le créateur de cette féliité voulut la rendre durable , et publia Loe constitution qu'il appela le Lion, omme pour lui donner la force de l'alimal dont il lui donna le nom. A la nort de Macare, Lesbus, son gendre, iii succéda , et lile prit dès lors le nom e Lesbos.
La tradition parle |)lus tard d'une Lmazone , Myrine , qui aurait conquis ^sbos et fondé Mitylene , en l'honneur le sa sœur. Mais ce n'est là qu'un de «s souvenirs poétiques qu'on retrouve 4ir toute cette côte de l'Asie, à Cyme , I Smyme , à Éphèse , et qu'aucun nistoieo n'a pris la peine de préciser.
Puis viennent les temps de la guerre le Troie. Lesbos était alors une des Iles es plus riches et les plus florissantes de a mer Egée. Ulysse (2) y aborda avec es Grecs. Défié au combat du pugilat lar Philomélide , le roi inhospitalier de ^sbos, il le tua, aux applaudissements le l'armée confédérée. Achille (3) non •lus n'oublia pas Lesbos dans les courses ventureuses par lesquelles il préluda iu s\^e de Troie. U paraît que lorsqu'il iborda dans file , elle avait passé on ne ait comment sous la domination des Troyens ; elle faisait partie du royaume e Priam , et était gouvernée en son nom ar le roi Phorbas. Achille le tua, et mmena captive sa fille Diomédé. I..e8 omanciers des â^ suivants , enjolivant s récit d'Homère, ont raconté que les labitants de Méthymne opposaient à Lchille la plus vive résistance , quand in secours inattendu lui vint de la iile même. Pisidice ( c'est ainsi qu'ils omment la fille du roi ) , ayant vu le éros du haut des murailles, une violente
(() Maujiûw* vi^9ou On y comprenait sous e nom Lesbos , ChicM , Samog , Cos et Rhoes. (Diod., T, Sa; Pompooios Mêla,
(a) Hom., Iliad,, XXIV, 5H i Odyv, , IV, 4i; Kastath., ibid,
(3/ Hoiu., lUad,, IX, 66o.
^20* Livraiion. (Ile di Lbsbos.}
passion s'empara de son cœur. Elle dépécha sa nourrice vers Achille , promettant de lui livrer la ville , s'il s'engageait par serment à la prendre pour épouse ()). « Elle lui livra les clefs de sa patrie... « Elle eut le cœur de voir en face ses « parents frappés par la lance de l'en- « nemi et le cortège des femmes esclaves « entraînées aux vaisseaux étrangers ; et « tout cela pour devenir la fille de Thétis, « la déesse des mers, pour entrer dans la a fiimiile des Éacides , pour habiter le « palais de Phthie , épouse honorée du « plus grand des hommes ». Mais Achille une fois maître de la ville , indigné de celte action odieuse, fit lapider Pisidice par ses soldats. — Homère (3) nous montre encore Ménélas, au retour de Troie, s'arrétant à Lesbos avec Diomède, «incertains s'ils devaient naviguer « au-dessus de l'âpre Chio, en côtoyant « nie de Psyrie et la laissant à leur « «auche, ou naviguer au-des«)us de « Chio près du promontoire élevé de « Mimas ».
Colonie éolienns; les Pentui- LiDEs. — La guerre de Troie fut dans toute la Grèce suivie de bouleversements politiques , résultats naturels d'une lutte
aui avait remué tant de passions et tant e peuples. A la suite des mouvements violents qui survinrent, .des populations alors vivant sur le continent européen, les unes se trouvèrent réduites en esclavage, et disparurent; les autres y jetées hors de leurs demeures, cherchèrent une nouvelle patrie. Cest l'époque des grandes migrations, et c'est l'époque où fut renouvelée toute la côte de l'Asie Mineure et en particulier Lesbos. Une (3) colonie part d'Argos, dirigée par Oreste, qui meurt en Arcadie ; Penthilus,son fils, la conduit à Aulis pour y préparer une flotte; il est rejoint en Béotie par une partie des habitants de la contrée et par un cettain nombre des conquérants Béotiens , revenus avec les Éoliens d'Ame.
Le grand nombre de ces derniers ou leur influence dominante fit que l'émigration , composée primitivement d'A-
■ (i) Parthénius. Narrationes amatoriat, (Mytltograplù^ ea, WesUrmann , p. 173).
(i)Oti)s„ 111,169.
(3) SU>abon , XIU , p. 6S2 ; Taachik, II » i36.
ao
L'UNIVERS
ohéens fat considérée dès lors comme une émigration éolienne (1). Mais Penthilus ne pat la conduire que jusqu'en Thrace. Ëchélatus» son fils, traverse 1 Hellespont,ets*aTanee jusqu'à Cyzique (centqamzeansaprèslaguerredeTroie). Enfin urais, fils d'Échélatus , revient dans le Péloi>onnèse recruter de nouveaux colons parmi les Achéens et les anciens habitants de la Laconie; et retournant en Asie, il s'avance à Taide de ces renforts jusqu'au Granique ; de là il passe avec d'autres chefs dans l'tle de Lesnos, dont il s'empare Ccent-trente ans après la guerre de Troie). Une quatrième bande, sous la direction de Qéoûs et de Malaiis, descendants d'Agamemnon , s'établissait vingt ans plus tard sur la côte de l'Asie Mineure, et V fondait Cyme. Cest ainsi que les Eoiiens se trouvèrent maîtres de Lesbos et des rivages voisins. Leurs plus anciennes villes sur le continent furent Cyme, Larissa, Néontichos, Temnus, Cilla , Notium , GEciroessa, Pitane, i£ges, Myrine, Grynee, Smyme, qui, au témoignage d'Hérodote (2), ne fut occupée que plus tard par les Ioniens. Les onze premières villes , jointes à cinq villes de Lesbos et à une autre ville des Hécatonnèses, formèrent ensemble une confédération, dont furent exclues les villes secondaires, qui s'étaient élevées près de l'Ida. Les cinq cités de Lesbos qui y participaient étaient Mitylène, Méthvmne» Antissa , Érésus et Pyrrha. Arisba (3) était déjà tombée au pouvoir des Méthymnéens ; les autres , telles qu'Issa, Penthilé, Xanthus, Napé, Licsbos, si jamais cette dernière a existé, n'avaient aucune importance.
Bientôt le continent voisin dut recevoir tout l'excédant de population et de richesses qui sortit de Lesbos et de C^me, ces métropoles des villes éoliennes. Tout l'espace compris entre Cyzique et le Caîcus, jusqu'à FHermus même, se oonvrit de leurs colonies.
Tonte la Troadeétait peuplée d'établissements lesbiens; des cités mityléniennes
ï (i) Certains auteurs veulent que Penthilus et même Oreste soient allés jusqu'à Lesbos. 1 Pindare; Nem,, XI, v. 34 ; Pausanias , HI^ " ft-i, etc.
(a) Hérodote , I , c. 149 • (3) Id. I, i5r.
bordaient toutes les côtes de golfe d'Adramytte; c'étaient Coryphantis, Héraclée, Attée, et bien d'autres, que Strabon ne mentionne pas, Antandros, Assus, Gargare, Adramyttium, Cilla, Chrysa ; Sigée et Achilleum avaient été construites par les Mityléniens avec les débris d'ilion. Tout ce pays était lesbien par la population, les mœurs , les intérêts; et les insulaires de Lesbos avaient quelque raison de le revebdiquer contre les prétentions des Athéniens.
Enfin, jusque dans la Chersonèse , les habitants de Sestos et de Madytos reconnaissaient pour leurs aïeux les Éoliens de Lesbos.
A Lesbos, comme dans le reste de la Grèce , il est vraisemblable que la première forme de gouvernement fut la rojrauté Les descendants des anciens rois formaient à Mitylène la famille puissante des Penthilides , du nom de ce Penthilus, fils d'Oreste, que la tradition faisait mourir à Lesbos, et à qui l'on reudait les plus grands honneurs, enorgueillis de la noblesse et de l'anti-
3uite Je leur race, les Penthilides se renirent insupportables aux Mityléniens, et un jour qu'ils parcouraient les rues en frappant à coups de massue ceux qu'ils rencontraient, Mégaclès , aidé de ses amis, les assaillit, et les massacra (1). Dissensions des Lesbiens; Gon-
YEBNEMENT DE PiTTACUS. -— Par l'ex-
tinction de cette famille où se recrutait la royauté, toutes les espérances et toutes les haines se trouvèrent ranimées. Dans chaque ville des factions s'élevèrent , et la lutte s'engagea entre le parti populaire et le parti des srands. Chaque citoyen se crut le droit de gouverner sa cité, et chaque cité œlui d'être la première de l'île. Méthymne tint longtemps tête à Mitylène , et Mitylène, enfin victorieuse et souveraine, usa impitoyablement de sa victoire. Les lois les plus rigoureuses furent portées contre les vaincus ; toute liberté , toute participation au gouvernement ait enlevée aux autres cités j la moindre révolte fut sévèrement punie; toute défection entraînait un châtiment terrible (2). La ville coupable était vouée à l'ignorance ; défense
(i) Aristote, Politiq., Y, 9» la.
(a) Élien, VII, c xr.
ILE DE LESBOS
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était taite d'y apprendre à lire aux enftnts. Mhylene, épuisée par son despotisme même, devient à son tour la proie de ^rans qui se succèdent sans obstacle. Ennn, secondé par Qcis et Antiménide, les frères du poète Alcée , Pittacus délivre sa patrie en égor|eantMélanchru8, qui l'opprimaitC 612). Ensuite commence une période complètement inconnue de luttes intestines ; on désordre effroyable règne à Mitylène. Après des victoires et des défaites successives du parti populaire, des tyrannies d'un jour aussitôt renversées , on retrouve Alcée , le chef du parti des grands, qui , exilé, s'est mis à la tête des autres proscrits, et tente de rentrer de force dana sa patrie. Alors les Mityléniens , dans l'intérêt de la défense commune, défèrent de leur plein gré la tyrannie à Pittacus. Cette tyrannie que ne donnait pas la violence , mais les libres suffrages des citoyens, avait un nom chez m Grecs : c'était l'œsymoétie (1^. « Elle différait de la royauté « chez les barbares, non ^s pour n'être « pas fondée sur les lois, mais pour « n'être pas héréditaire. Car les uns « avaient l'autorité pour tout le temps « de leur vie , et les autres ne l'avaient « que jpour un temps limité et pour « oertames entreprises déterminée. »
Pittacus, nommé pour repousser les bannis, accomplit rigoureusement cette entreprise ; u honora sa victoire par une amnistie complète , et, une fois sa patrie sauvée, il obéit à la loi en déposant le pouvoir ( 591 ). Ses condtoyens farent bientôt obligés d'avoir de nouveau recours à sa sagesse. Les Athéniens prétendant que le territoire d'Ilion n'appartenait pas plus aux Éoliens qu'aux autres Grecs qui avaient pris part avec Ménélas à la destraction de Troie, s'étaient emparés de Sigée. Les Mityléniens se renfermèrent dans les murs d'Achilléum, et soutinrent ki guerre. EUe durait depuis longtemps déjà, et chaque jour les partis en venaient aux mains; c'est dans un de ces combats qu'Alcée, le poète qui avait dit : « Il est beau de mourir dans « les combats » , tourna le dos en lais* sant son bouclier aux Athéniens, qui le
(x) Aristotei PoUtiq., m, 9, 5; Den.
dllalicarnaase , T, 73.
(a) Hérodote I Y, 94-95.
suspendirent à Sigée dans le temple de Minerve. Enfin Pittacus, nommé générai par les Mityléniens, provoque en combat singulier Phrynon, le général ennemi»
et 1 enveloppant (1) d'im filet qu'il tenait caché sous son bouclier , le perce de son poignard. Cest un des trâits les plus admirés des anciens. Quelque chose d'aussi beau , sans doute , c'est le désintéressement que montra le sage en se dépouillant des honnetirs pour aller vivre dans la retraite. Les Mityléniens voulaient à toute force lui faire accepter de vastes champs et lui assurer une existence opulente. « I9on, leur ditil (2). non, ne me forcez pas à prendre une lortune, cause de haine et objet d'envie pour la fbule. Tai assez de cent arpents: cela doit bien suffire et à la simplicité de ma vie et à votre reconnaissance ». il vécut dans cette retraite, Saisible et content , refusant les présents e Crésus, et (8) l'édairant de ses conseils» aimé, honoié de tous, inspirant à ses eondtoyens le goût de la sagesse par ses préceptes et ses exemples. Lorsqu il était au pouvoir, il ne s^était pas ému de»
grossières injures d' Alcée, et il s'était contenté de lui répondre par cette excellente maxime: « Ne médis pas d'un ami, d'un ennemi non plus ». Au faite de la pijdssance, entouré de courtisans, il avait résisté à l'ivresse de Tune et aux séductions des autres, et U disait : « Le tyran est le plus médiant des animaux sauvages; mais des animaux domestiques, c'est le flatteur ». Souverain à Mitylène, comme il voulait sa patrie heureuse et grande, il s'attacha toujours à faire régner la loi sur la volonté de tous , sur la sienne propre. En butte aux haines de ses adversaires, à leurs calomnies, à leurs complots, à ceux qui lut conseillaient la vengeance, il répondait : « Une pimition métisserait du repentir.
Je sais, mes amis, quelque chose oui vaut mieux encore : le pardon ». Ennn, retiré dans son petit domaine, il ooeu-
(i) Diogen. Laerce, Pittac., 74; Festin, «b« mot EsTiA&io, p. 93; Suidas , au mot lîit- Toxéç; PGl?en,I, aS; Hérodote n'en parlepas. Ce qm indice beaucoup Plutarque (dê^ la malignité tt Hérodote, c. iv. }.
fa) Comél. Népos, TkratjrK 4*
[3) Hérodote,!, 17.
LIJNÏVERS.
pait sa vieillesse aux rustiques travaux, et longtemps les femmes de I^esbos ré-
K 'itèrent à Touvrage le refrain popuire(l): « Travaille, travaille, 6 meule; Pittacus aussi travaillait, le roi de Mitylène la Grande ». 11 vécut ainsi jusqu à rage de soixante-dix ans , selon les uns. de cent ans, selon les autres; et auand il mourut, ses concitoyens lui élevèrent un magnifique tombeau.
Lis ÀTHINIENS BT LES LBSBIENS
BB DISPUTENT SiGBfc. — Cependant la guerre de Sig^ n'était pas terminée par k mort de Phrvnon. Mais Périandre, tyran de Corintne , offrit son arbitrage. il fut accepté ; et sa décision ajrant été que les deux loties garderaient ce qu'elles se trouvaient posséder, Athènes resta maîtresse de Sigée. ^
Les Lesbiens prirent ensuite parti pour Milet, qui était en guerre avec Po- Jycrate , tyran de Samos (569). Toutes leurs forces furent mises sur pied pour défendre leur alliée. Un combat naval se livra; Polycrate (2) en sortit vainqueur, et les Lesbiens, prisonniers, furent condamnés à creuser les fossés qui devaient entourer Samos*
C'est vers cette époque que le roi d'Egypte, Amasls (3), ouvrant ses ports aux étrangers , donna à ceux qui voulurent s'établir dans le pays la ville de flaucratis. Ceux qu'un intérêt seulement passager attirait pour Iç commerce reçurent des emplacements pour y construire des autels et des temples à leurs dieux. Onze cités se réunirent pour élever à frais communs un temple magnifique. Des cités éoliennes, Mitylène seule consentit à y contribuer.
A la mort de Périandre , les Mityléniens s'étaient empressés de reprendre Sigée. A peine au pouvoir, Pisistrate l'enleva de nouveau aux Mityléniens, pour la donner à son dis naturel > Hé- £ésistrate. Il s'ensuivit des guerres sans fin, qui n'eurent pour résultat que d'assurer aux Athéniens leur conquête.
LBSBOS sous LA DOMINATION DES
Pebses. — Cependant Cyrqs avait achevé de soumettre la Lydie ; plus d'une fois déjà il ^avait sommé les Ioniens et les
fi) Plut., Ban<fuet, c, ii.
a) Hérodote, III, 3q« (3) Id., II, 178.
Éôliens d'abandonner le parti de Gresus ; il se résolut enfin (1) à leur dédaitr la guerre. Retenu lui-n«toie parTexpéfr tion qu'il entreprenait contre BabfiûBe, il confia le soin de soumettre les dtés rebelles à Mazarus d'abord , pais à Harpagus. Les Grecs du cootioent, a^ des prodiges de valeur , fureot forées ée déposer les armes, et les insulaires, sau atundre le vainqueur, eovoyèieDtkt soumission. Lor^ue .Cambyse eafaii l'Egypte , il avait dans son année h flotte lesbienne (2). Les Égyptiens, n»
eus, s'étaient renfermés dans Meiofiius, et faisaient bonne oontenanoe. Caokijsi leur envoya un héraut perse Bootesnr un vaisseau de Iditylène. Les t^fàmt sans respect pour le canctèn sMréde l'ambassadeur , se répandeot ni tnt* pes hors de la ville, entourent le myire, massacrent les hommes qui le wsAià^ et les coupent en morccaox. CambirSi maître de Memphis , vengea le meotit de ses alliés en punissant de mortix des principaux Egypxkûi poor ebaeo des matelots égorges. Quand DariCt fils d'Hystaspe, marcha otNitre les Sc|h thés (513), les Éoliens de HitylèuK suivirent encore. Us étaient coœiDa»v par Coès, fils d'Erxandnis. Çeâ tu qui persuada à Darius de ne point eoiper le pont jeté sur Pister, tmis am confier la garde aux Ioniens (I). Dania promit de se souvenir de ceboûeoMttL Une fois de retour à Sardes, û aceortj à Goès, sur sa demande, la tyramiede Mitylène. Celui-ci n'en jouit pas loi«> temps. L'expédition des Peraescoi»
Naxos ayant échoué, les villesgreaF^ à l'instigation d' Aristagoras, essa]«»
de s'affranchir des étrangers,etcooB*' cèrent par se débarrasser de leurs t]^ Coès, livré par Aristagoras aux If^ niens, fut traîné hors de la villeetbçi'»- La guerre ainsi oomnMDcée, teW* biens la soutinrent avec énergie. 1^ coopération était une des plus otiltfj* cause de l'indépendance; car ^J^ de Mitylène à cette ép(K}ue uwP d'égale. Quand, cédant aux <»n**J^ xistagoras, les Pceoniens (4), q*"^
i) Hérodote,!, 141, 160, 169, 'î'"
2)Id.,IU, xd-i4.
(3) Id.,rV,97;V, ii,3C,37.
(4)Id.,V,98.
ILE DE LESBOS
baze avait déportés en Pbrygie, entreprirent de revenir, malgré Darius, dans leur {)atrie , Lesbos fournit des vaisseaux qui es portèrent à Dorisque, d*où ils purent rqga^er par terre la Poconie. Quand Histiée, chassé de Milet, rebuté de Cbio, se réfugia à Mit^lène , les Lesbiens lui donnèrent huit trirèmes, avec lesquelles il alla croiser à Byzance, 8*emparant de tous les navires ennemis , qui sortaient du Pont-Euxin (1). Enfin, quand le Panionium eut résolu de réunir toutes les forces grecques pour tenter la fortune d'un combat décisif près de la petite ne de Ladé, Lesbos, seule des colonies éoiiennes , envoya ses vaisseaux, au nombre de soixante-dix , à la confédération de rionie. Mais placée dans Tordre de bataille près des Samiens, qui firent lâchement défection , sa flotte, se trouvant tout à coup à découvert, fut forcée de prendre la fuite et d'abandonner la victoire (494). Milet fut saccagée et anéantie. A cette nouvelle, Histiée, qui croisait à Byzance, remet à Bvsalte 1 Abydénien le soin des affaires de rHellespont,et, suivi des Lesbiens qui étaient à son service, fait voile pour Cbio : reçu en ennemi, il aborde de vive force, et s'empare de Ttle tout entière.
« L'armée navale des Perses passa « l'hiver à Milet , et ayant mis en mer « l'année suivante , s'empara sans diffi- « culte de toutes les îles voisines du con- « tinent , telles que Chio , Lesbos, Téné- « dos. A mesure qu'ils occupaient une « lie , les barbares en prenaient tous les « habitants comme au filet, et voici quel « moyen ils employaient, lis formaient « une chaîne en se donnant la main « d'homme à homme, et partant du bord « de la mer, au nord, ils s'avançaient « vers le midi. En marchant ainsi sur « toute la longueur de l'fle , rien ne « pouvait leur échapper, et ils chas- « saient comme du gibier les hommes « qu'ils rencontraient.. Ce genre de « chasse n'était pas praticable sur le « continent (2). » Ainsi la soumission de Lesbos était achevée quand Xerxès déclara la guerre à la Grèce; et elle dut comme tous les autres Grecs d'Asie suivre le grand roi, dans son expédition
(i) Hérodote, Yly 5 et suiv.
(a) Id., VI, 3r.
en Europe. Selon Hérodote, les Éoliens fournirent soixante vaisseaux à Xerxès, et quarante seulement, selon Diodore (1).
Lesbos sous là domination d'A^ THÈNBS. — Après Mycale et Platée, les Lesbiens, comme tous les autres insiilaires, formèrent uneliguedéfensive et offensive avec les Grecs d'Europe. Les Lesbiens en particulier accompagnèrent les Athéniens au siège de Sestos, que défendaient les Éoliens de la Chersonèse , et la ville conquise ils reprirent à leur tour le chemin de leur patrie (2).
La guerre s'étant élevée au sujet de Priène entre Milet et Samos , les Milésiens appelèrent Athènes à leur secours. Périciès débarque à Samos , y rétablit le gouvernement populaire, et, laissant une garnison, emmène cent otages à Lemnos. Ce fut bientôt à recommencer.
Les Samiens fugitifs rentrèrent dans leur lie , parvinrent à enlever furtivement leurs otages de Lemnos, et se dé^ clarèrent en pleine révolte. Une nouvelle expédition, commandée par Périciès et d'autres généraux, se dirige sur Samos.
Le poète Sophocle, un de ses collègues est chargé d'aller demander des renforts aux allia. Lesbos et Chio fournissent leur contingent, qui est de vingt-cinq vaisseaux (3), auxquels elles en ajoutèrent bientôt trente autres. Les Samiens, après une résistance de neuf mois, furent enfin forcés de céder, d'abattre leurs murailles, de livrer leurs vaisseaux et de {)ayer 900 talents. Après Samos, ce fut e tour des autres alliés d'Athènes; profitant habilement de leurs dissensions , par la ruse ou par la force, elle sut les amener à faire tous successivement l'abandon de leurs vaisseaux , de leur argent, de leur liberté. Chio seuleet Lesbos snrent se défendre contre ses empiétements. Lesbos naturellement était en garde contre Athènes; quand les circonstances ou un intérêt passager la jetait dans son parti , un irrésistible instinct la portait à se défier d'elle , et à l'abandonner au premier jour (4); car,
(i) Hérodote, VU, 19S; Diod. Sicul, IX,
[i) Thucydide,!, 89.
3) Id.,I, 115-116-117; Albénétf, TUl.
[4) Thucydide, III, io-ic-i2«
sie
L'UNIVERS
eomme dit Thucydide, il ne peut exister d'amitié sûre et durable entre des ■particuliers, ni aucune alliance entre Tépi^liques, sans conformité de mœurs.
Or la forme du ffou?emement de LesboB était oligarchique; aussi, même 4ivant la guerre du Péloponnèse, les Lesbiens avaient-ils offert à Lacédémone de passer dans son alliance ; mais celleci ne les avait pas accueillis alors (1). Au commencement de cette guerre , ils se trouvaient donc encore du parti a Athènes, comme alliés autonomes (2), Ibumissant des vaisseaux, mais point d'argent. Ils prirent part avec Chio à l'expédition des Athéniens contre Épidaure et Potidée (8) (481).
Rbyoltb db Mityl^nb (428). — Mais aussitôt après l'invasion des Pélo-
Sonnésiens dans l'Attique , Mitylène se éclara en pleine révolte. Les Thébains, alléguant une origine commune, l'avaient entraînée à cette démarche. On s'y prépara longtemps ; on releva les murailles , on construisit des vaisseaux , on combla les ports ; on fit venir du Pont-Euxin des archers, du blé, tout ce qu'il fallait
Sour ^utenir un long siège (4). Cepenant, deTénédos, ennemie des Lesbiens, de Méthymue, sa rivale humiliée, de Mitylène même des avis nombreux, dictés par une basse envie ou par des intérêts blessés arrivaient chaaue jour à Athènes (5). Il était temps d'accourir si l'on ne voulait pas perdre Lesbos.
Les Athéniens, qui avaient beaucoup souffert de la peste et de la guerre, reçurent avec effroi la nouvelle de ce fâcheux événement, et se refusèrent d'abord à croire ce qu'ils avaient tant de raisons de redouter. Ils envoient sur-le-champ des délégués à Mitylène , et n'ayant pu faire suspendre les préparatifs de guerre , ils commencèrent par retenir dix trirèmea auxiliaires de Mitylène qui pour lors se trouvaient au Pirée, et en mirent les éouipages sous bonne garde. Puis, voulant prendre les devants, ils envoyèrent soudain <][uarante vaisseaux qui se trouvaient prêts a mettre en mer pour le Pélopon*
i) Thucydide, UI , 9-i3.
a) Id., II , 9.
3)ld., 11,56; VI, 3i.
4)ld.,m,3.
5) Aristole, Poliûç., V , 3, 3.
nèae. Le commandanc de cette flott était Oéippide , fils de Dinias, et d»
autres généraux l'assistaient (1). Oo lap-
Sorta aux Athéniens qu'A y avait m e la ville de Mitylène une tête en rbo* neur d'Apollon de Malée, célébrée pB tout le peuple des MiQ^lénieiu. Oopôe* vait espérer de les surprendre eoJaJttaquant à l'improviste. Les vaisseaD partirent; mais un particulier ajat passé d'Athènes en Eubée, mthjiâ a Géreste, y trouva un vaisseao tachand qui mettait à la voile, H jars vent favorable arrivant le ttmhoijon à Mitylène, il y annonça l'ezpéditiûD. l^ habitants, au lieu de sortir mra/ébrer la fête d'Apollon, plaâtai ^ postes sur la côte, et se remiiŒi iwc plus d'ardeur qu'auparavant au travnix commencés. Les Athéniens airiient,»
voient attendus , font leurs propflsitMW à la viUe. Les Mityléniens lineroat to vaisseaux , raseront leurs murailleStSnon la guerre est déclarée. Sur le rew des Bflityléniens, les bosliUtés coma»cent. Bientêl à la grande joie des d»
partis, qui veulent éçaleoieot gagner di temps pour doubler leurs forées, on ^ mistice est conclu. DesambassadeiDrsde Mitylène partent pour Athènes, en a»
temps qu^me trirème, évitanl(3)Mn»iÇj ment la flotte athénienne, es transportât d'autres à Lacédémone. Athènes ne reot rien céder : Mitylènesedécideàsoutenirla guerre; les autres villes dcLesbo8«l»»r dans sa cause. Méthymne saue ^^ pris le parti contraire , et avec Imw* » Lemnos et guelques autres <i*^^^ sines, s'était rangée du côté <rAlbeB& Une sortie des Mityléniens écho».
force est d'attendre les secours que p^ met Lacédémone ; une seconde tiiK* part pour les presser. Les AthénieasaaB profitent de l'inaction de leurs eflDa»j Aux deux cêtés de la ville ils fort^ deux camps, et établissent des erois^ devant les deux ports : la mer était a^ complètement interdite, maisto^' campagne était libre. t^
Cependant les députés envoyés^" première trirème étaient arrif^^Jf* cédémone, et de là àOlympie, oè^ cédémoniens leur avaient àomvs^
(t) Thucydide, m, 3.
(a) Id., 111,4.
ILE DE LESBOS
SU
rous pour exposer aux alliés Tobjet de eur mission (1). L^assemblée, acceptant eors propositions, reçut les LesDiens lans Falliance commune : il fut arrêté [u'on se réunirait au plus vite dans isthme pour faire une invasion dans Àttigue.LesLacédémoniensy furentles remiers , et se mirent à préparer les aadiines pour tratner les vaisseaux et es transporter de la mer de Corinthe à 1 mer d'Athènes, afin d'attaquer à la Dis par terre et par mer. On espérait Insi par une invasion subite faire rapeler la flotte qui pressait Lesbos. Mais, ans s'inquiéter de ces préparatifs menaants, les Athéniens arment 8ur-le<<^amp ent vaisseaux, qu'ils envoient croiser le 3Dg de l'isthme, faisant montre de leurs orces, et opérant sans obstacle des iescentes dans le Péloponnèse. Les La* édémoniens, ne vovant point arriver es alliés, reprirent le chemin de leur ^ays.
Vers la même époque les Mityléniens, vec leurs troupes auxiliaires, font par erre une expédition contre Métbymue; 'entreprise échoue. Alors, passant par intissa, Érésus, Pyrrha, ils font parout renforcer les murailles, et se bâtent e rentrer chez eux. A leur tour, les léthvmniens marchent contre Antissa; nais oattus et repoussés , ils ont peine à egasner leur ville. A ces nouvelles, les uhëmens s^mpressent d'envoyer des enforts pour acœlérer la conclusion des nrénements. liille hoplites partent, au Qois de septembre , sous le commandeaent de Fâchés, fils d'Épicure (2). Ces oplites, remplissant eux-mêmes les onctions de rameurs sur les vaisseaux, rrivent bientôt devant Mitylène, et l'enironnent d'un mur de circonvallation.
litylène se trouve alors bloquée par terre t par mer.
An mois de mars arriva le laoédémoien Salaethus (3). Il avait débarqué à 'yrrha, et il avait pénétré dans Mytilène ans être aperçu. Il annonçait Tinvasion nminente de l'Attigue, en même temps ue l'arrivée prochaine de quarante vaisiaux Spartiates. Les assiégés se ranilèrent un peu à ces nouvelles. En effet ,
(i) Thucydide, m, 8.x4 i5-i6.
(a) Id.,lll, i8.
(3) Id., m , a5.
FAttique fut envahie par Géomène et affreusement ravagée (1). Mais les Athéniens s'obstinaient devant Mitylène , et les vaisseaux tant attendus de Sparte n'arrivaient pas. Ils étaient partis cependant; mais, au Ueudefaireforcede voiles, ils s'étaient arrêtés à d'inutiles captures, et perdaient un temps précieux. Salsethus lui-même désespérait; ce r^rd lui semblait inexplicable , et voulant essayer d'une résolution suprême , il fait donner des armes à tout le peuple pour tenter une sortie générale contre les Athéniens. Mais alors ce fut bien un autre danger. Le peuple , une fois armé , refusa d'obéir plus longtemps , se prit à accuse^ les riches, à dénoncer, comme toujours, des accapareurs de blé , à se rassembler en masse, menaçant, si la famine, ^'H imputait aux manœuvres de l'égoisme ou de la trahison, ne cessait sur llieure, de livrer la ville aux Athéniens (3).
Les chefs, impuissants à conjurer le péril , essayèrent au moins de le détourner de leur tête en envoyant des ambassadeurs au camp ennemi pour capituler à ces conditions : ils se livreraient à merci; l'armée athénienne prendrait immédiatement possession de la ville ; les Mityléniens enverraient à Athènes implorer la clémence du peuple vainqueur. De son côté, Pachès s*engageait à attendre le retour de Tambassade et les ordres de la mère patrie ( avril 427 ) . Les citoyens compromis par leur zèle pendant la guerre, saisis de frayeur, se réfugient au pied des autels. Pachès les rassure, promet de ne leur faire aucun mal, et les met en dépôt à Ténédos en attendant l'ordre d'Athènes. 11 envoie ensuite recevoir la reddition d'Antissa; puis, apprenant que les vaisseaux lacédémoniens , arrivés trop tard au secours de Mytilène, longeaientla côte mal défendue de l'Ionie avec l'intention d'y débarquer, il se lance à leur poursuite, les chasse Jusqu'à rtle de Patmos, et s'en revient content , ayant hAte d'achever sa conquête. De retour à Lesbos (3), il soumet Ërèsus, et Pyrrha, prend le Lacédémonien Salœthus, caché à Mitylène, et l'envoie à Athènes avec tous les Mityléniens
(i) Thucydide, IU,a6.
(a)Id., m,a7.a8.
(3)Id.,UI, 35.
LUNIVERS.
qu'il avait laissés à Ténédos, et tons ceux quUl regardait comme les chefs de la défection. Puis, libre et maître assuré de rtle tout entière, il s'occupa d'y remettre Tordre et d'organiser la servitude.
Salsthus, à peine arrivé à Athènes, miQgré ses offres de service , fut mis surle-champ à mort. Le peuple, convoqué à Fagora, délibère sur le sort du reste des Mityléniens. Gléon monte à la tribune; démagogue violent et farouche, il s'adresse aux passions de la multitude et parle à ses mauvais instincts. Il propose, et l'on vote d'acclamation , que tous les Mityléniens en âge de porter les armes seront mis à mort , les femmes et les enfants vendus. Des députés sont envoyés à Mitylène pour porter au préfet des troupes l'ordre d'exécuter la loi. Mais chez ce peuple aux sentiments vifs et mobiles la colère ne pouvait durer : Cléon était à peine descendu de la tribune, que déjà la générosité athénienne avait repris le dessus et ramené les esprits à l'indulgence. Sur les instances des citoyens, une nouvelle assemblée est convoquée parles magistrats; et malgré Cléon, qui essaye de défendre le décret de la veille, la sentence est rapportée , et l'on s'empresse d'envoyer une seconde trirème pour atteindre celle ^i portait l'ordre de l'exécution , et qui déjà avait un jour et une nuit d'avance. Les députés de Mit]^lène, inquiets sur le sort de leurs compatriotes , approvisionnent largement le vaisseau de farine et de vin , et promettent de
grandes récompenses à l'équipage s'il evance l'autre vaisseau. Les matelots firent telle diligence , qu'à la fois ils ramaient et mangeaient de la farine pétrie avec du vin et de l'huile; ils dormaient et ramaient tour à tour. Par bonheur aucun vent ne fut contraire ; le premier vaisseau , chargé d'une horrible mission, ne s'était pomt hâté d'arriver. Il venait d'entrer dans le port, et Pachès tenait encore en main la dépêche, quand survint le second vaisseau, apportant l'ordre contraire.
Cependant le châtiment fut terrible; ceux que Pachès avaient envoyés à Atliènes comme partisans de Sparte furent mis à mort, quoique au nombre de plus de mille. Les murs de Mitylène furent rasés, la flotte confisquée;
le territoire de l'île , celui de MétfaynM excepté, divisé en trois mille lots; tnî cents furent réservés pour les Dieax,k reste fut distribué à des colons atliéniens , à qui le sort les fit édwir eo pirtage. Mais les Lesbiens les prirent à ferme, et, sous la condition dep»Fr annuellement deux mines d'argmlpàr chaque lot , ils cultivèrent eoi-néiDS la terre. Toutes les villes qae Mitriae possédait sur le continent (1), Asso, Antandrus, RhŒtium,etc.,passèreotiis Athéniens , et leur obéirent désofnuii Bien que, suivant Thucydide, les àrouques ( xktipo^oi^ les colons cbotsêpi^ le sort ) aient été réellement eofOjÀ. il n'est pas vraisemblable que deux RuIJe sept cents Athéniens soient mtés à Lesbos ; ils eussent alors difficiieBent laissé la totalité des terres à coltlTer au Lesbiens. Un grand nombre sans doBle repartit ; les autres restèrent eoganûsoiit et formèrent probablement avee iff anciens habitants la commoDauté (ia peuple. Les États formés par les eiérouques retournaient par diverses fûa à un assujettissement aussi grand qv les alliés dépend^ts , avec cette seole différence qu'ils renfermaieut des d* toyens ayant le droit de cité diai Athènes (2).
Au printemps de la hmtièm année de la guerre du Péloponnèse, les babitants de Lesbos, et le nombrf en était grand, qui après la conquête des Athéniens s'étaient enfuis pour énUff k servitude , prennent à leur solde des troupes auxiliaires du Péloponnèse, »
rassemblent d'autres sur le continent, et 8*emparent de Rhœtium,d'Antawfr«.
Qu'ils fortifient pour s'assurer un rao? dans leurs sorties contre les Ath^j^ A cette nouvelle Démodocuset AnstiRi
3 ni commandaient la flotte atbénKB»
estinée à recueillir les tributs, ani^ de FHellespont à force de voiles, et ifi plusieurs combats s'emparent d'ABiJ drus, mettent à mort une parti** exilés , et ne partent qu'en laissanfg la ville une forte garnison. La sflBjJ* année de la guerre du PéLoponDès((<l*)'
(i) Les villes Actées, comme ks app*"* les Grecs. j^
(a) Bœckh., Éeonom, PoîiHq, da Â^ niens , t. II, p. an.
ILE DB LESBOS
ZtS
deux vaisseaux lesbiens, peut-être de Méthymne, prenuent part à Texpédition des Athéniens contre Mélos (1). L'année suivante , la flotte de Méthymne accompagne encore la flotte d'Atnènes contre Sjracuse. Méthymne était assujettie à fournir des vaisseaux , mais sans payer de tributs, tandis que ceux de Ténédos et d^iEnos étaient tributah-es. a Ces « peuples éoliques faisaient forcément la « guerre contre des Béotiens , leurs fon- « dateurs, Éoliens aussi, qui étaient c alliés de Syracuse (2) ».
Conduite des Lesbiens pendant les dernièbes années de la gubrbb DU PÉLOPONNÈSE. — A la uouvelle du désastre des Athéniens en Sicile, leurs alliés cherchèrent de tous côtés à faire défection. Sollicité par les Eubéens , A^s, roi de Lacédémone, alors à Décéiie, sur le territoire de TAttique , se préparait à leur porter secours , quand il reçut une députation des Lesbiens, qui le suppliaient de prêter aide à leur révolte contre Athènes. Cédant à leurs prières et à celles des Béotiens , qui font cause commune cette fois avec eux et promettent dix vaisseaux , Agis ordonne a la flotte lacédémonienne qui se dirigeait sur TEubée de passer à Lesbos ; mais le ^and nombre des alliés qui briguaient a Fenvi les secours tout-puissants du vainqueur, ayant jeté Tirrésolution dans les conseils de liacédémoue , une troisième destination fut donnée à la flotte. Il ftit arrêté par rassemblée générale qu'on ferait voile d'abord pour Chio , sous le commandement de Chaiddéus; de là on passerait à Lesbos (8). Mais avant que tout pût être prêt, Athènes était avertie , envoyait sa flotte au-devant de la flotte lacédémonienne, et, renfermant dans le port de Plrœus sur la côte de la Corinthie, dégoûtait pour quelque temps Sparte d'envoyer aucune expédition en Asie. Les habitants de Chio continuent alors rentreprise commencée, et se dirigeant avec treize vaisseaux sur Lesbos , font soulever Méthymne, où ils laissent quatre vaisseaux ; le reste de la flotte se dirige vers Méthymne, et y proclame Tindé-
(0 Thucydide y V 9 84.
(a) Id.,VII, 57.
(3) Id., vm , 5 à 14.
pendance. Mais les Atliéniens, commandés par Léon et Diomédon, arrivant à rimproviste avec vingt-cinq trirèmes dans le port de Mit^Iène, y surprennent les vaisseaux de Chio, et,*après une vi-
Soureuse résistance, s'emparent enfin ela ville. Astyodius, stratège des Lacédémoniens, q|ui avec quatre vaisseaux avait pris part à rentrepnse des habitants de Chio, essaye en vain de lutter contre la fortune d'Athènes. Il fait insurger Érésus, arme les hoplites de sa flotte, et les envoie par terre à Antissa et à Méthymne , pour rendre le courage aux habitants. Mais comme tout lui était contraire à Lesbos, il est forcé de se rembarquer. L'île tout entière rentra bientôt sous la domination des Athéniens (1).
La même année, au mois d'octobre, une nouvelle tentative de révolte eut lieu (2). Une députation des Lesbiens vint chercher Astyochus, qui se trouvait aux environs de Cyme et de Phocéc ; mais, dégoûté par son échec récent et par le peu d'empressement que témoignaient les alliés, il passa à Chio sans céder à ces instances. Une seconde députation l'y vint trouver, et n'eut pas plus de succès. Lesbos, pour cette annés, resta donc sans conteste au pouvoir d'Athènes; mais l'année suivante (411), au mois de iuillet, Ér^us lui échappa, pour la troisième fois. Des proscrits de Méthymne, des plus considérables de la cité, ayant fait passer de Cyme à Lesbos une cmquantaine d hoplites , qu'ils s'étaient associés , et quelques mercenaires réunis sur le continent, m tout à peu près trois cents hommes, s'en vinrent d*abord attaquer Méthymne; mais à deux re*
f crises la garnison athénieime de Mityène accourut, et les repoussa; alors, traversant la montagne, ils se rejetèrent sur Érésus, et s'en emparèrent (3). Thrasyllus , le général Athénien, accourt avec cinquante-cinq vaisseaux; il se trouve devancé par Thrasybule, qui avec dnq vaisseaux s'était porté au point menacé. Deux navires qui revenaient de l'Uellespont et ceux de Méthymne s'étant joints a cette flotte , il se trouva en peu de
(1) Thucydide, YIII, aa-43.
a) Id., VIII, 32.
3) Id., Vin, 100.
L'UNIVERS
temps soixante-sept bâtiments réunis devant Érésus , montés par de nombreux soldats, et munis de toutes les machines de guerre (1). Mais Mindare et la flotte lacédémonienne qui était à €hio étant partis pour Fiiellespont, les Athéniens levèrent en toute bâte le siège pour poursuivre un plus dangereux ennemi. Érésus se trouva donc ainsi délivrée d'une manière inespérée, et jouit quelque temps de l'autonomie; elle la perdit bientôt sans doute , mais aucun historien n'en fait mention d'une manière précise.
Au mois de iuillet (410) Tbrasyllus, général des Athéniens , vaincu près d'Éphèse par Tissapherne et les Sy racusains, passe a Lesbos; mais comme il entrait au port de Méthymne, il aperçoit les vingt-cinq galères victorieuses de Syracuse : il se précipite sur elles, en prend quatre avec leur équipage , et poursuit le reste jusqu'à Éphese, d^ù elles étaient parties (2).
Bataille des Îles Aeginusbs (406). — La vingt-sixième année de la guerre du Péloponnèse, Callicratidas , successeur de Lysandre, ricbe de l'arfient fourni par Milet et par Chio, qui a elle seule paie cinq drammes à chaque soldat, fait voile vers Méthymne. ville ennemie. Les habitants lui en refusent l'entrée. Jls étaient gardés par une garnison athénienne, et les magistrats qui pour lors dirigeaient les affaires tenaient contre Sparte (3). Callicratidas emporte la ville de vive force , et la livre au pillage ; les esclaves, réunis sur la place pubhque, sont vendus à l'encan. Les alliés voulaient qu'on vendît de même tous les habitants : « Tant que jeserai général, répondit Callicratidas, il ne sera pas dit qu'un Grec a été asservi et que j'aie souffert ce crime. » Le lendemain il congédia avec la garnison athénienne tout ce qui était de condition libre. En vain Conon, chef de la flotte athénienne , essaye de porter secours aux Lesbiens ; ses forces sont trop inégales pour qu'il ose se mesurer avec l'ennemi. 11 parvient à atteindre Mitj^lène, toujours poursuivi par Callicratidas, qui avec soixante-dix galères
jiCThacydide, Vni, xo3.
(a) Xcnoph., Hist. grecq., I , a, la.
f3)ld., I, 6, i3, i5.
essaye de lui disputer rentrée da port Conon est forcé (raocepter lecombit,!!
perd trente vaisseaux , dont Féqoipîge parvient cep^dant à gagner la lefii.
Calliotatidas qui n'a pu empécherGoiiiB de se réfugier dans le port deMItflèDe, l'y bloque de toutes parts. Tsmmi:
ses vaisseaux interdi^t la mer, il w venir par terre, de Méthynmeade Chio, de nombreux renforts, qui étésment les troupes d'Athènes. Ria s manque ni à la flotte ni au camp Mdémonien : l'argent de Cyros ssSt a tout. Conon éuit à l'extrémité. Ls vivres diminuaient diaque j(«r;ii a> vait aucun moyen d'en faire mir de la ville, qui regorgeait d'habitats, et aal espoird'en recevoir d' Athènes, jnûigDOrait sa position déœspérée(l).URs«iit à tout prix de sortir de ce maoïùs pv- Choisissant dans sa flotte ks deux malleurs voiliers , il les arme afant le ]« de rameurs choisis, de soldats (fê^ti, et les lance à travers la flotte iaeéèmonienne ; un de ces vaisseaux est p* l'autre s*échappe, et itoff» Âtba& £n peu de jours, Dioméooa arrive dai le golfe de Mitylène avec douze eal^; mais Callicratidas les charge à iùmnvlste, en prend dix, et force les dsix autres à s'enfuir.
Athènes apprend œ uomel écbee; elle fait un effort éncf^gœ foor sauver Conon ; l'envoi d'une flotte de cent dix vaisseaux est décrété à funammitt Tous les gens en âge de porter les armes s'embarquent, hommes libi«$ et esclaves. La cavalerie presque to* entière fait partie de l'expédition. ^ bout d'un mois , tout s'était troufé ^ les soldats armés , la flotte oon^' équipée en guerre. On met à la ^^ Samos en passant fournit dix oifl<s^ trente autres viennent s'y joinfe»** voyées par le reste des alliés. Cent^ quante voiles composent bientôt lav^ athénienne. Callicratidas , appia»
l'arrivée de l'ennemi, laisse txbôsi'^^ siège avec cinquante vaisseaux, <t ^ mettant en mer avec cent vingt i^ va attendre les Athéniens au c^*^ de Lesbos. Ceux-ci passaient la m^ Arginuses. Le lendemain les dettsw»^
(x)XéDoph.»I, 6, 18,19, ai; I*^^ Sicue, XIII, 79.
ILE DE LESB06.
«^abordèrent. Le pilote de Calllcratidas, Hermonde Mégare. Toyantque les Athéniens étaient de beaucoup les plus nombreux, lui représenta qu'il ferait bien peut-être d'éviter le combat : « Qu'importe ma mort à Lacédémone , répond Gallicratidas , c'est ma fuite qui la déshonorerait. » Et il donne le signal du combat. La lutte dura longtemps entre les deux flottes, d'abord serrées et ligne oontre ligne, puis dispersées. Au premier choc de son vaisseau, Gallicratidas tombe dans la mer oui l'engloutit. Enfin l'aile droite des Péloponnésiens est enfoncée ; une partie s <nifiiît à Ghio. Le plus ^and nombre gagne Phocée. Les Athéniens, vainqueurs, retournèrent aux Arffinuses ; ils avaient perdu vingt-cinq
Salères avec les équipages, à l'exception 'un petit nombre d'hommes qui put prendre terre. Biais du côté des Péloponnésiens, le désastre était bien autrement grand. Neuf vaisseaux lacédémoniens avaient péri sur dix qui avaient combattu ; leurs alliés en perdirent plus de soixante. Êtéonice, qui enfermait Gonon, en apprenant la mort et la défaite de son ge* néral, se hâta de lever le siège, et d'en- Yoyer sa flotte à Ghio; puis, brûlant son camp, il gagna Méthymne avec l'armée de terre (1). Gonon , enfin libre , prend la mer, et par un bon vent s'en vient rencontrer la flotte athénienne qui arrivait des Arginuses. Elle s'arrêta quelque temps à Mltylène , puis en repartit pour se rendre à Samos.
Situation politique de Lesbos ▲u QUÀTBiÈHB siècLB. — Après la bataille d'i£gos - Potamos , Lysandre avec deux cents voiles aborda à Lesbos» imposa une constitution oligarcbigue aux villes de l'Ile, entre autres à Mltylène , et fit reconnaître la suprématie de Laoédémone (2). Ge ne fut pas pour longtemps. Après la victoire de Gnide , Mitylène fut une des villes qui rentrèrent dans l'alliance d'Athènes (3). Le reste de l'Ile refusa de suivre son exemple.
En 390, Thrasybule entreprit de rendre à Athènes cette importante possession.
Il commence par enrôler à Mltylène les
(i) Xéoophon, If 6^ 37-38; Diodore,
xin,7^.
(a) Xenoph., Il , 9 , 5.
(3) Diod., XTV, 84.
bannis desdifférentes cités qui s'y étaient réfugiés, et leur associe les plus braves des Mityléniens ; il promet a ceux-ci la souveraineté de Lesi)os, aux proscrits un retour assuré dans leurs foyers, aux soldats de sa flotte abondance et richesse. Du premier pas il marche contre Méthymne. Thérymaque, gouverneur de la ville pour les Lacédémoniens réunit ses soldats aux Méthymniens et aux bannis de Mitylène, et va jusqu'aux frontières au-devant de l'ennemi. Il est tué dans le combat ; ses soldats sont mis eu déroute, et Méthymne ouvre ses portes.
Les autres villes tombent au pouvoir du vainqueur, les unes de force , les autres de leur plein né (t).
Le traité drAntalddas enlève de nouveau Led)os aux Athéniens. A la faveur de ce traité, Lacédémone parvint à rétablir son autorité sur toute la Grèce. L^ villes de Lesbos furent du nombre de celles qu'elle soumit d'abord ; mais bientôt, lassées de cette tyrannie rude et superbe (3) , elles réclamèrent à l'envi l'ancienne alliance des Athéniens (378).
Après la paix conclue entre les Grecs par l'intervention d'Artaxerxès (375), Lesbos semble avoir joui de l'autonomie. . Lors de l'allianoe nouvelle qui réunit les Athéniens et les Lacédémoniens (369), il est probable qu'elle revint sous la domination d'Athènes.
LbSBOS passe sous LA DOMINATION
DES Macédoniens. — Après la guerre sociale, on retrouve le régime oligarchi-
Sue établi à Mitylène (3). Sans doute Finuence du grand roi était pour beaucoup dans cette révolution. Mais après le passage du Granique, Alexandre reçut dans son alliance les Lesbiens , et chassa le parti des grands. Au printemps de l'année 334, Memnon le Rhodien, rassemblant une nombreuse troupe de mercenaires et une flotte de trois cents vaisseaux bien équipés, se dirigea d'abord contre Ghio; de là passant à Lesbos, il n'a pas de peine à se rendre maître d'Antissa, de Métnymne, de Pyrrha, d'Érésus ; mais Mitylène, grande, riche, défendue par
rt I 2.enopIi., lY, 8, aS, 3o»
fa) Diod., XV, aS.
(3) Démosthène, Dise, amtre les BdoLf t. Il, P. a74, éd. BfJiker; pour ia délivrant tUs Ânodiens, p. 176.
L'UNIVERS
de bons remparts et une population nonibreuse et décidée, ferma ses portes, et soutint le siège. Memnon renferme d^un double retranchement dominé par cinq citadelles; une partie de la flotte bloque le port de Mitylène ; le reste, se portant ao cap Sigrium, intercepte les secours.
Sur ces entrefaites une maladie emporte Memnon, qui laisse le commandement à Autophradate et à Pharnabaze» son fils.
Le siège n'est point interrompu ; la famine se met dans la ville : Mitylène est forcée d'accepter les conditions imposées par Fennemi : Les exilés rentreront dans leur patrie , et recevront la moitié des biens qu'ils possédaient à leur départ. Les colonnes sur lesquelles était gravé le traité conclu avec le roi de Macédoine, seront abattues parla main des Mityléniens. Mitvlène reviendra à l'alliance persane ; d'ailleurs, les mercenaires fournis par Alexandre seront libres de partir. Ces conditions sont acceptées ;mais à peine entrés dans la ville» Autophradate et Pharnabaze introduisent une garnison perse, avec Lycomédon le Rhodien pour chef, et imposent aux citoyens la tyrannie de Dio^ène , Tuu des exilés revenus avec les vamqueurs ; non contents de ces Tiolences, ils mettent sur la ville une contribution énorme, qu'ils se font payer par force (1).
En 832, Hégélochus, chargé par Alexandre de délivrer les tles grecques tombées sous la domination des Perses , s'empare de Chio. Arlstonicus , tyran de Méthymne, ignorant ce qui s'était passé, et prenant , sur la foi des gardiens du port, la flotte d'Hégèlochus pour celle de Pharnabaze, aborde h Chio avec cinq vaisseaux de pirates, et est fait prisonnier. Aussitôt Hégélochus fait voile vers Lesbos , et met le siège devant Mitylène ; elle était défendue par une garnison perse de deux mille hommes. L'Athénien Charès, qm la commandait, livre la ville pour avoir la vie sauve. Les autres cités serendentsans tenter de résistance ; et Hégélochus en conduit les tyrans à Alexandre. Celui-ci se contente de renvoyer chacun d'eux à la ville qu'il op- Enmait ; les eitovens les précipitent du aut des murailles. Pour récompenser la fidélité des Mityléniens, Alexandre /
( (i) Airien , U , i, i, 9 ; Dîod., XVII, 29. (
leur rend leurs otages et double tenrterritoire(l).
Làohbdon et Ébiotius iUPlis d'Alsxàndbb. — On peut voir s»
invraisemblance dans cette faTeardeot
I'ouit Mitylène une preuve de risluence puissante exercée à cette é^ que sur le jeune roi par LaomédoB et Èrigyius , tous deux Mityléniens. Contraints sous le règne de Philippe à fm de Macédoine, Alexandre ne les aniî rappelés que pour les combler dW neurs. Laomédon , qui connaissait ks deux langues, la langue barbareetlal»
eue grecque, avait été mis à la tftt des barbares prisonniers, Érisyias,dpli cavalerie des alliés ; et c est i ee tàit qu'il prit part à la bataille d'AMs(9- Lors de la marche d'Alexandre à tmos l'Hyrcanie, Èrigyius fut chargé de c»
duire les bagages et les chars (S). Bicatôt , avec Artabaze et Caranos, il R^ la mission de ramener àTobéi^Doie!
Ariens révoltés (4). Une lutte achan»
s'engagea; les barbares aoutimeat If choc des armées macédoniennes josqi'i ce qu'Érigyius s'attaauantcorpsaeonj à Satlbarzane, le général ennejni, n enfonça son javelot dans la poitrine, et rétendit à ses pieds. A eetto m, la barbares prirent la fuite (IW- C*™ Alexandre soumit au ooosâiéeses ams le projet de franchir Tlaxaitt (5) et de faire la guerre aux Scyies,Ériçn«8j«^ un de ceux qui s'opposèwnUiwle piœ d'énergie à cette expédition siaiie. D mourut dans le même temps m Pjulippe, frère de Lysimaqucet AlexiMit lui fit de magninques funérailles (6)
Quant à Laomédon, après la bjJ d'Alexandre, il obtint le goatemenj de la Syrie. Il le garda dans la nooftv division des provmces faites par Ain^ ter; mais Ptolémée, «fêtant ràdo a»»
de l'Egypte, envoya contre la SjneJ général Nicanor, qui vainquit LaooQC^ et le dépouilla (7).
(i) Arrien, m, a, 4, «, 7. 9i^ Curce,IV. 5,8, i5, aa.
(a) Diod., XVn, 57 ; Arrien , m»*f»''
(3) Arrien, m, a3, 6. .,
(4) Diod., XVU, 83; Ameo, ffl,**»^ 5; Quinie-Curce, VU, 4, 33, 38.
(6) Quiote-Curce, VII , 7 , ai.
6)Id.,VIII, a. 40.
7) Diod. Sicul., XVm, 3, 39,4^.
ILE DE LESBOS
LbSBOS VkSSE sous LÀ DOMIN ÀTlOIf
DES Romains. — Après la mort d'Alexandre, le silence commence à se faire dans l'histoire de Lesbos. Il faut glaner dans les historiens, sur les médailles et les inscriptions, dans les débris et les ruines de sa grandeur passée, une trace, un souvenir a^existenœ.
Polvbe nomme une fois Mitylène pour rappeler qu'elle tra? aille à conclure la paix entre Philippe et les Étoliens (1). Une autre fois, c'est Méthymne qui devra être dédommagée par Prusias des pertes éprouvées pendant une guerre entre ce prince et Attale (S). Ad tissa a l'audace de recueillir et d'aider un général de Persée, roi de Macédoine, pour lors en guerre avec Rome (8). Aussitôt LabéoQ est chargé d'anéantir la ville cou-
rible , et d'en transporter les habitants Méthymne (4). Un mot de Pline atteste le succès de l'expédition romaine.
Cependant la cause de Mithridate est devenue la cause de toute l'Asie. Un entraînement irrésistible détache chaque jour les villes de l'alliance romaine. Les Lesbiens suivent l'exemple général. Ils appellent Mithridate, et, exagérant tout d abord leur zèle, ils livrent à ses soldats Aqnillius , qui, vaincu et malade, s'était réfugié à Mityïène (5). Après la défaite de Mithridate, Mitylène refusa de poser les armes. Minucius Thermus la pnt, et la saccagea. Cest dans cette expédition ^e Jules-César mérita une couronne civique (6).
Plus tard, Théophane de Mitylène, ami intime de Pompée (7) , obtint de lui la liberté pour sa patrie. Pompée vint à Mitylène en 62. Il j assista aux jeux et aux combats de poésie, dans lesquels on ne célébra que ses exploits. Le théâtre de Mitylène lui plat; et il en fit prendre le plan pour en construire un dans Rome du même genre, mais plus grand et plus vaste. Après la bataille de Pbarsale,
i) Polyb., XJ, 5, I.
(ijld., XXXIII, II, 8.
f3)Id., XXV, 3i.
(4) Pline, V, 3i.
(5) Appien, G. de 3tUkridaie , c, xxi ; TellPalerc, II, i8.
!6) Suet., Cœs,, c. a.
7) Vell. Paicrc., H, i8; Plut., Fie de Pompée f 4a<
Pompée vint chercher à Mitylène Cornélie et son fils , qu'il y avait déposés loin du tumulte des armes; mais il se refusa à toutes les instances des citoyens, et ne voulut pas entrer dans la ville (l). Là même bienveillance que Pompée avait trouvée à Mitylène , son fils Sextus l'y retrouva, aussi vive et aussi dévouée, quand, vaincu lui-même par Agrippa , il vint demander asile à Lesbos (2). A son tour. Agrippa, qui devait plus tant être le Rendre d'Auguste, s'indignant de se voir préférer M. Marcellus, vint chercher à Mitylène un asile contre les disgrâces de la fortune (8). Dans sa retraite il combla les Mityléniens de bienfaits, et la ville lui éleva un monument de sa reconnaissance. Sur le rivage de liCsboson a trouvé cetteioscription (4} :
LB PBOPLB