‹ Iles de la GrèceChapitre 26 sur 31 · SOS · texte numérisé non relu

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les vagues indications de ces légendes, la trace de deux colonisations. Tune partie de Phlionte, et l'autre de la Phtbie. Il pense que Budion , venu des côtes de FAttique, fut le chef de la première colonie qui peupla Hle d'OEnone. Quoi qu'il en soit , tous ces antiques événements demeurent enveloppes de doute €t de ténèbres, et les traditions ne commencent à présenter quelque clarté qu'au moment ou elles font mention d*Eaque et de ses descendants.

Ëa(|ue était le plus pieux des princes. Ottfried Mûller l'appelle avec raison le Numa de la Grèce. Lorsqu'on avait un différend à terminer , une demande à adresser aux dieux par une voix propice, c'était aux pieds d Éaciueque l'on accourait de toutes les vallées et de toutes les plages. Ovide parle d'une peste dont les prières de ce roi délivrèrent les Grecs. Au rapport de Pausanias, la Grèce, depuis longtemps désolée par la sécheresse, était réduite à une stérilité funeste. Les Grecs envoyèrent consulter l'orade de Delphes sur la cause de cette calamité, et sur les moyens de la coniurer. La Pythie leur répondit qu'il fallait apaiser Jupiter irrité, et ajouta que les prières, pour être exaucées, devaientétre offertes au dieu par Éaque. Chaque ville envoya donc des ambassadeurs à ce prince, qui, après avoir offert des sacrifices et adressé des prières à Jupiter Panhellénien , obtint enGn de la pluie pour la terre desséchée. Pausanias, qui vivait sous Marc-Aurèle, avait vu encore à Égine un antique tombeau de marbre, sur lequel étaient représentés les dé-

{)utés de la Grèce délivrée du fléau par 'intercession du fils de la.nymphe Asopide. La mémoire d'Éaque, après sa mort, fat tellement vénérée» que les croyances religieuses le placèrent parmi les trois juges des enfers (1).

Eaque fut le seul roi d'Egine. Il avait trois fils : Pelée et Télamon , nés de la nymphe Eudéis , et Phocus , né de Psammathée , fille d'un roi d'Argos (2). Phocus, jouant au palet avec ses frères, fut tué par Péiée. Éaque, au désespoir,

ioin de Vart grec d'après les marbres d'Egine, t, aS.

[t) Isocrate , Evagoras , 5.

(a) Àpollodore, III, XI, 7.

chassa de son royaume ses deux fils aînés. Les fils de Phocus allèrent établir leur demeure dans la Phocide, dont ils étendirent le territoire jusqu'à celai des B^linyens d'Orchomène, et Jusqu'à Scarphée dans la Locride. Pelée passa dans la Thessalie. où il retrouva Ménœtius, son oncle, ()ui le reçut dans son royaume de Phthie ; il fît partie de l'expédition des Argonautes , combattit les Amazones, épousa Thétrs , et devint le père d'Achille. Après la guerre de Troie, Néoptolème, fils d'Achille, fonda le royaume d'Èpire. Télamon n'alla pas aussi loin que Pelée ; il s'arrêta à Salamine, dont il devint roi. Il fut aussi associé aux exploits des Argonautes , participa aux travaux d'Hercule, triompha avec lui de Laomédon , roi de Troie, épousa la fille du vaincu, et en eut deux fils, Aiax et Teucer. Ajax, le cousin d'Achille , mi après lui le plus vaillant des Grecs ; il disputa les armes du fils de Pélée à Ulysse , qui lui fut pré* féré; dans sa (tireur, il se tua , donnant ainsi le premier exemple de suicide dont l'histoire fasse mention. Teucer, qui se présenta devant son père sans avoir vengé son frère, fut cnassé par lui, et alla conquérir l'île de Chypre (1).

« Ainsi , dit M. Fortoul , de ce point imperceptible de la Grèce, qui s^appelle Êgine, est sortie toute la race des héros C|ui ont préludé aux illustrations politiques de la Grèce. Tous ces grands hommes portent le nom géuéral d'Éacides. Leurs images sont déposées dans les temples d'Égine, et ont la réputation de rendre les Éginètes indomptables.

La veille de la bataille de Salamine les Grecs envoient prendre les images des Éacides pour les porter au combat, et les Grecs sont vainqueurs (2) ».

Pbospsbitb d'Ëoinb. — Lorsque l'invasion dorienne, provoquée par les Héraclides, bannis du Péloponnèse, vint renouveler la face de la Grèce et interrompre les progrès de cette civilisation naissante qu'die devait à ses rapports avec rÉ^pte et l'Orient , Egine reçut de nouveaux habitants. Une co-

(i) Hérodote, TIII, 46; Pausanias, II 29, 5; Cf. Baoul Rochette, Coi» Greeq,^ II, 2x8.

(2) De Vjârt en Allemagne , I , p. sS.

LUNIVERS.

loDio, conduite par FAreieD Triacon, partit d'Épidaure^ port de rAi]golide, et vint s^établir à Égine. Les ancieos habitants de rfle eurent bientôt opéré une fusion complète avec les nouveaux possesseurs ; ils quittèrent à tout jamais leur premier nom de Myrmidons, pour prendre celui d'Éginètes ( AiYivvîTat), devinrent Doriens de mœurs et de langage^ et reconnurent pour métropole Épidaure, dont ils acceptèrent la souveraineté.

Au nombre des successeurs des Héraclides, qui avaient conquis le Péloponnèse, Ggura Phidon , roi d'Argos, oui vivait vers Tan 895 av. J.-C. Parmi les différentes institutions qu'on attribue à ce prince on doit compter celle de la monnaie, dont il passe pour Tinventeur, et dont il donna le privilège à Ëgine ; d*où Ton peut conclure que cette île faisait partie de ses États et que les arts y étaient déjà cultivés avec succès dès cette époque.

Ëgine, placée à l'entrée du golfe Saronique, était environnée des villes les plus florissantes par leur industrie et par leur commerce : Athènes, Eleusis, Mégare, Corinthe , Épidaure, Troezène.

Elle avait devant elle, du côté de la mer, les Cyclades, la Crète, Rhodes et Chypre, placées entre la Grèce et TAsie ; cette île se trouvait ainsi sur la route que suivaient les nombreux navires qui allaient des îles de 1 Archipel au continent de la Grèce, et du continent aux îles de la Méditerranée et aux entrepôts de la mer Noire. Égine possédait sur sa côte occidentale trois ports contigus. Le plus fréquenté , suivant Pausanias, était celui près duquel s'élevait le temple de Vénus. Outre les avantages de leur position, les £ginètes étaient encore poussés vers les entreprises maritimes par le peu d'étendue et de fertilité de leur territoire. Aussi les voit-on de bonne heure tourner leurs efforts du côté de la navigation. Dès le temps de la guerre de Troie, Égine possédait une marine, et ses navires allèrent à cette expédition, sous la conduite du vaillant Diomède (1). Antérieurement à cette époque, elle avait, comme la plupart des autres îles, exercé la piraterie. Mais elle y avait renoncé depuis que

(0 Toy. Homère.» //. Il, , 56a et suiv.

Minos, à la tête des flottes erà(Hse&, af»t rétabli la police et la sûretédes ineTS(i). Plus tard, les Éginètes, pourse re&drta Éiide , avaient doublé plusieurs fols k cap Malée, célèbre par mille oaufraço, et celui du Ténare, dont Taspeet sol faisait pâlir les navigateurs grecs ks plus expérimentés. De bonne beorg b marine d'Égine laissa loia derrière ele celle des autres puissances de li Gréa occidentale. Cette sapérioriîé, eik k devait à la hardiesse de ses marias cl à l'habileté de ses constnicteuis.TaBàs que les autres Grecs o'avaieot eisBie

Sue des vaisseaux ronds, Égine posséda es galères longues, dont 1^ niKS étaient plus longues aussi, et doDtkptsK et la poupe étaient travailléesafee me science et un art déjà assez anBcéiLei Éginètes étendirent au loin letn^ rations commerciales : ils fonderai^donie, dans Fîle de Crète, déjà pfli|itee de colonies doriennes, et enToytrat une colonie chez les OmbTicn\A% Bientôt aussi ils se dirigèrent fers ks côtes de l'Egypte , à Tépoque où kpwraon Amasis, s attacliant à dérelopperiei relations que ses prédécesseurs ^^ établies entre les Grecs et les W" tiens, épousa lui-même une Greç^ie, et lui fit présent, pour ses compatrio» du port de Naucratis, qui de«it«fnr d'entrepôt à leur commerce. ÇW"»

suivant Hérodote, à ceux qaW'** draient pas fixer leur séjour m^ port, et qui ne voyageraient eaïgF que pour leur commerce, des efljpW!^ ments pour y établir leurs cooi|)[««^ pour y élever des temples. W}^r^ miens s'y étaient installés. Les tffl^ imitèrent leur exemple, ciprirenti»^ de les effacer parleur magnitoçe.^ deux peuples s'étaient reDCOolrtfF sieurs fois sur la Méditerranée, w ^ rivalité les mit souvent aux P"^^ proues des navires samiens W^ dans un combat naval, Tan ^^^^^'lu et consacrées, à Égine, dans le m^ Minerve, attestaient que ^^^^ avaient eu l'avantage (3) dans a lui^ L'île des Éacides prenait doofi « parmi les puissances politiques

(i)Thucyd.,I,4, ,„ ,r« (a) Strabon , Vin, 376, B, cd. Ctf.

(3) Hérodote, in, 59.

ILES DU GOLFE SARONIQUE

Grèce. Jusque alors les Ëgioètes avaieot reconnu la souveraineté d'Épidaure, et leurs procès étaient ju^és par les tribunaux ae cette ville. Mais ce rôle secondaire et dépendant ne pouvait plus convenir ni à leur ambition ni à leur prospérité toujours croissante. Bientôt TorgueiUeuse colonie allait se révolter contre sa métropole, ravager son territoire, enlever ses dieux,etdu même coup commencer contre Athènes cette guerre implacable, qui, née avec la haine de la race dorienne contre la race ionienne, devait traverser Finvasion Persique, et ne se terminer que par Tanéantissement des Éginètes. Un motif religieux servit de prétexte aux hostilités. Les Épidauriens , affligés d*une grande stérilité, avaient consulté Toracle de Delphes. Le dieu leur avait ordonné d*ériger à Damia et Auxesia> divinités qui étaient les mêmes que Cérès et Proserpine, des statues sculptées en bois d'olivier sauvage. Les Ëpidauriens , persuadés nue les oliviers de TAttique étaient les plus sacrés, demandèrent aux Athémens d'emprunter cette offrande à leur sol.

Les Athéniens y consentirent, à la condition que tous les ans les Ëpidauriens amèneraient des victimes a Minerve Polias et à Érechthée.

Rivalité d'Ëgine et d'Athènes.

— Ce pacte religieux et politique était fidèlement observé , lorsque les Ëginètes, devenus maîtres de la mer, armèrent une flotte, déclarèrent la guerre aux Ëpidauriens, ravagèrent leur territoire, et enlevèrent les statues consacrées, qu'ils placèrent dans un lieu appelé OEa, environ à vingt stades de leur ville. Après s'être ainsi emparés des divinités protectrices de leur métropole, ils consacrèrent à chacune d'elles des choréges, et instituèrent en leur honneur des sacrifices, et des chœurs de femmes qui s'adressaient des invectives, à l'imitation des cérémonies observées à Ëpidaure. Les Ëpidauriens depuis Feùlèvement des statues sacrées cessèrent de s'acquitter des sacrifices dont ils étaient convenus avec les Athéniens. Aux menaces d'Athènes, Ëpidaure répondit que tant qu'elle avait possédé les divimtés tutélaires, les en-

Sagements avaient été remplis, mais que ésormais les Eginètes, qui les avaient

ravies , devaient payer le tribut. Les Athéniens envoyèrent à Ë^ne demander les statues; les Éginètes accueillirent la réclamation par un déû. Une flotte athénienne vint bientôt opérer une descente dans l'île et tenter de reprendre à main armée les statues contestées. Les Eginètes, avertis du projet d'Athènes, avaient fait une alliance avec les Argiens, qui s'embarquèrent à Ëpidaure, et vinrent réunir leurs forces à celles d'Égine. Ils tombèrent à l'improviste sur les Athéniens, au moment où^ croyant ne rencontrer aucune résis- ' tance, ils avaient passé des cordes autour des statues et, cherchant à les enlever de leur base, les avaient contraintes à s'agenouiller sous leurs efforts, posture, ajoute Hérodote (1). qu'elles ont conservée depuis cette époque. Les dieux , irrités d'une telle profanation, firent trembler la terre sous les pas de l'armée sacrilège , qui fut anéantie aux lueurs de la loudre. Un seul homme survécut pour aller annoncer à Athènes la vengeance céleste ; et encore , pour que l'expiation fût cx)mplète, au moment où il racontait ce désastre, les femmes de ceux oui avaient été de Texpédition s'attroupèrent autour de lui , et lui demandant compte de la mort de leurs maris, le firent périr en le piquant avec les agrafes de leurs robes. L'atrocité de cette action parut aux Athéniens encore plus déplorable que leur défaite même, et ne sachant quelle autre punition infliger aux coupables, il les obligèrent à prendre les habits des Ioniennes. Elles portaient auparavant l'habillement dorien. On changea donc leur ancien vêtement en tuniques de lin, afin de supprimer les agrafes homicides. Les Argiens } au contraire, ainsi que les Éginètes , en souvenir de cette action , qui complétait leur vengeance, décidèrent qu'à l'avenir leurs ^mmes porteraient des agrafes une fois et demie plus grandes qu'auparavant; que la principale offrande des femmes aux déesses Damia et Auxesia consisterait en agrafes consacrées ; que dans la suite on n'offrirait à leur temple aucune chose qui vînt de l'Attique, pas même un vase de terre, et que dans les sacrifices aucune libation

(i) Hérodote, T, 79-90.

LUNIVERS.

ne pourrait être faite qu'avec des coupes du pays. Telles furent les premières hostilité d'Égine et d'Athènes; ainsi prit naissance la haine de ces deux cités, que la religion, Finstinct de races ennemies, et surtout la rivalité d'industrie, d'art et de commerce devaient constamment mettre aux prises.

A près la réducti^ de Chalcis en Eubée

Car les Athéniens ( 506 av. J.-G. ), les hébains, cherchant à tirer vengeance de cette victoire, envoyèrent consulter le dieu de Delphes. La Pythie leur répondit qu'ils ne pourraient se venger 5ar eux-mêmes, et leur conseilla de s aresser à leurs plus proches. Le peuple s'assembla, et les avis se partagèrent sur la question de savoir quel peuple désignait ainsi Foracle. Un citoven se leva s'écriant : « Égine et Thébé, nlles d'Asopus, étaient sœurs. Le dieu nous ordonne de prier les Ëginètes de nous venger. » Les Thébains envoyèrent immédiatement demander le secours des citoyens d'Égine. Ceux-ci, fiers de leurs richesses , et animés par leur ancienne inimitié contre Athènes, se rendirent aux prières des Thébains, et, sans aucune déclaration de guerre , commencèrent immédiatement les hostilités. Leur flotte vint opérer une descente dans TAttique , et en dévasta les côtes. Les Athéniens se préparaient à tirer vengeance de cette agression, lorsqu'il survint de Delphes un oracle qui leur ordonnait de suspendre le châtiment des Ëginètes pendant trente ans à compter de leurs premières insultes. Si, après avoir élevé un temple à i£acus, ils les attaquaient la trente et unième année , l'oracle leur promettait la victoire. Les Athéniens construisirent le temple, et attendirent (l). Ce fut dans l'intervalle de cette trêve entre les deux puissances rivales ( 493 av. J.-C. ) que les hérauts de Darius vinrent demander en son nom aux Grecs la terre et Feau en signe de soumission. Plusieurs peuples du continent et la plupart des insulaires obéirent. L'oligarcnie d^Ëgine, dorîenne de mœurs et d'instincts, et par conséquent ennemie de la démocratie Ionienne, que le grand roi voulait châtier, se sentait plus disposée à s'unir aux Perses

(0 Hérodote, V, 7^ et suiv.

qu'à les combattre : elle donna au liatenant de Darius le gage de saiibiilt A peine cet acte fnt-u eoDou daos h Grèce, que les Athéniens aeouèreitî Sparte les Ëginètes de tnhtsonenTenii Grèce. Sur cette aecusationlldiarj- C), aéomène, fils d'Ananodiid», ni de Sparte, passa à Éçne pouranétsls instigateurs de la défectioD. Conoej se disposait à les saisir, toote fiœth cralie de File s'y opposa, et, eotreb»

Crios, fils de Pdycrite, qui.acsai d'après le conseil de Démarate, rxlR roi de Lacédémone, lui dit aollnn-

mènerait impunément aoeon tant d'Écine; qu'il agissait ïbs a»

Faveu delà république de Spirteft vilement à Finstigauon des tàèsfK^ qui Favaient gagné à prix f«Ç*î qu'autrement fi serait venu aree [«»

roi pour les arrêter. Cléomèoe, ettiK de cette opposition éncrgiqae. n^ manda son nom. « Je m'appiOeCni»' dit l'Éginète. — •- Eh bien, CrioiRP»

tit Cléoraène , arme bien tes eonWjffl tu auras à lutter contre un rude «wsaire. » Crios en f^ signifie bcter^ Cléomène , ayant réussi à faire W ser Démarate, fit nommer roi a sip» Léotychide . et marcha arecluifl»^ Éginetes. Ceux-ci , voyant vesir fl»JJ

eux les deux rois de Lac^^'J^îl rent pas devoir tenter une pteij^ résistance. On choisit dix fa «»^ les plus distingués par leur b^»^ par leurs richesses, et ils fiât» ^ entre les mains des Albénieffi'^ plus grands ennemis. P»™"^^f^ se trouvait Crios , dont CléoiD»« *f tait ainsi vengé (491 av. W-Jg:-^ Après la mort de Cléomène, \»W nètes envoyèrent à Sparte des fl^^ pour accuser Léotychide ao w.

la détention de leurs otages f/jv nés. Les juges s'éiant assembl» J^ dèrent que les Éginètcs v^f'T).

tés indignement par Léotfc» »

condamnèrent à être remis m^ mains. Les Éginetes, craign^^?^j jour la colère des SpartiaW oe^ se réveiller, renoncèrent a i«?^ du jugement, à condition qu^j^j^ chideles suivrait à Athènes po*^

(i) Hérodote, VI, 49i ^«• (a) Hérodote, VI, 73.

ILES DU GOLFE SAKONIQUE

déUrrer leurs concitoyens. Ce prince alla vainement redemander aux Athéniens les otages. Les Éginètes alors se disposèrent à se venger. S'étant mis en embuscade, ils enlevèrent, à la hauteur du promontoire Sunium , La Théoris, cette galère à cinq ranos de rames qui tous les ans allait à Délos accomplir le vœu de Thésée, et mirent aux fers les citoyens les plus distingués d'Athènes, qui montaient le vaisseau. Les Athéniens mirent tout en œuvre pour tirer ven-

Séance de cet attentat. Ils soulevèrent la émocratie d'Êgine contre Toligarcfaie qui la gouvernait. Nicodrome, citoyen appartenant à Taristocratie, mécontent de ses compatriotes, s'était d'abord banni lui-même de sa patrie. Instruit des Ï)rojets des Athéniens, il leur promit de eur livrer Égine. Au jour dit , Nioodrome s'empara, ainsi qu'il avait été convenu dans le complot, de cette partie d'Ëgine qu'on appellait la vieille ville. Mais la flotte d'Athènes, forte cependant de soixante-dix vaisseaux, se trouva trop inférieure à celle des Éginètes pour livrer le combat : l'insurrection fut écrasée. Nicodrome s'enfuit sur une barque jusqu'à Sunium, où il trouva un asile, et l'aristocratie éginète répondit à la révolte par le massacre. Exaspérée à la fois par la haine et par le succès, elle accomplit un sacrilège qui laissa parmi les Grecs un lon^ et odieux souvenir. Gomme on conduisait au supplice sept cents hommes du peuple qui avaient été faits

{>ri8onniers,un d'entre eux s'échappa des iens qui le retenaient, et se réfugia dans le temple de Cérès-Thesmophore. Il saisit le marteau de la porte, et s'y tint fortement attaché. Les exécuteurs réunirent tous leurs efforts pour lui faire lâcher prise. Comme on n'y pouvait réussir, et qu'il fallait à la fois observer le droit d'asile et satisfaire la vengeance des grands, on scia au fugitif ses mains suppliantes, et elles restèrent attachées à la poignée de la porte pendant que le malneureux fut traîné au supplice. Les nobles, dit Hérodote (1), ne purent expier un tel sacrilège par aucun sacrifice, et furent chassa oe File avant d'avoir apaisé la colère de Cérès-Thesmophore.

La flotte des Athéniens, renforcée de

(i)Hérodole, IV, 85, 93.

quelques vaisseaux de Coriuthe, se décida enfin i livrer le combat ; elle remporta une victoire complète, et les Éginètes furent réduits à implorer le secours des Argiens, qui permirent seulement à mille volontaires, commandés par Eurybate , de passer au service d'Ëgine.

C^te petite armée, défaite dans Ttie par les Athéniens , fut exterminée presque entière, après avoir perdu son chef. Mais la flotte d'Ëgine reprit le dessus ; profitant de la n^igence et de la connanoe extrêmes des Athéniens , elle les surprit, les mit en déroute, et enleva quatre vaisseaux avec les troupes qui les montaient (1).

Ce fut au milieu de ces alternatives de victoires et de défaites des deux puissances rivales que Xerxès entrahia contre la Grèce toutes les forces de l'Asie. Les Grecs, réconciliés par le danger commun, coururent aux armes , et lorsque la flotte médique pénétra dans le golfe d*Égine, elle n'y trouva que des ennemis. A la journée de Salamine, le 80 septem« bre de l'an 480 av. J.-C.> ce furent les quarante -deux trirèmes d'Ëgine, les meilleures voilières de toute la Grèce, dit Hérodote (2), qui décidèrent la victoire.

Elles occupaient l'aile droite de la flotte confédérée (3). Le reste de la marine éginéte avait été laissé en croisière pour protéger l'Ile.

Au moment où les Perses, mis en fuite, tâchaient de gagner le port de Phalère, les Éginètes, placés dans le détroit, les reçurent avec vigueur. Poursuivis impitojrablement par les Athéniens , les barbares n'échappaient à leurs armes que pour tomber sous les coups des Éginètes.

Parmi les Grecs qui se signalèrent à la journée de Salamine nous retrouvons un descendant de Crios, cet opiniâtre ennemi d'Athènes. Polycrite,son fils, avait attaqué un vaisseau sidonien et le pressait vivement. Au plus fort de l'engagement paraît Thémistocle, lancé à la {poursuite des Perses. Polycrite reconnaît e vaisseau amiral d'Athènes à la figure dont il est orné. Il appelle alors à haute voix Thémistocle, et, sans cesser de com-

(i) Hérodote, lY, SS-gS.

(a) Hérodote, YIII, 46.

(3) Diodore de Sicile, XI, 19.

LUNIVEaS.

battre : « Chef des Athéniens, lui criet-il , reconnais rattachement qu'Athènes reproche aux Éginètes pour les Mèdes. » A ces mots il s'élance à Tabordage sur le vaisseau sidonien , et s'en empare.

Après la victoire , on décerna le prix de la valeur aux Éginètes. Au second )rang vint Athènes (1). Ces héros de la Journée de Salamine n'étaient pas seole* ment épris de la gloire; restés fidèles à leur iustinct commercial, ils surent tirer profit de leur triomphe. Les prémices de l'immense butin ayant été envoyées à Delphes, les Grecs demandèrent au dieu, au nom de tous les confédérés, s'il en avait reçu de complètes et qui lui fussent agréables. Le dieu répondit qu'il en avait reçu de tous les Grecs, excepté des Éginètes, dont il exigeait un present, parce qu'ils s'étaient distingués entre tous au combat de Salamine. Sur cette réponse, les Éginètes furent contraints de faire leur tardive offrande, et consacrèrent au dieu trois étoiles d'or élevées sur un mât d'airain (2), hommage forcé et peu coûteux. Ils conservèrent ainsi la plus grande partie des dépouilles médiques, et ils grossirent encore leur lot par une habile spéculation que leur suggéra leur esprit mercantile. Après la bataille de Platée (479 av. J.-C. ), les Ilotes chargés par Pausanias de réunir en un seul lieu tout le butin fait sur les barbares en détournèrent une grande partie, qu'ils vendirent aux Éginètes. Ceux-ci

f)rofitaut de l'ignorance de ces esclaves, eur achetèrent des masses d'or au même prix que si c'eût été du cuivre (3). I<a puissance d'Égine était arrivéie à son apogée. L'Ile comptait au moins 5,000 citoyens. A cette population libre et indigène il faut aiouter un grand nombre d'étran^rs domiciliés et une multitude prodigieuse d'esclaves, qui s'élevait au nombre de 470,000, si le calcul d'Aristote dans Athénée est exact (4). Cette prospérité devait nécessairement, une fois le danger commun évanoui, ranimer les rivalités des deux peuples. Les

(r) Hérodote, VIII, gx, 9a, 93.

(a) Hérodote, Vm, Z2a.

(3) Hérodote , IX , 79.

(4) Alhén. Deipn,^ liv. VI, ch. xx ; — Voy. aussi Bœck, Economie poUtûjue des Jtlté" niëns, I, 7.

Athéniens toumèreot tous koseSocts vers l'accroissemcat de leur marine, b eurent jusqu'à quatre cents triréut Alors Athènes pouvait écraser É^De.

Tous les moyens lui furent boas p« satisfaire sa vengeance; die i^i l'égard de son antique ennetoie n s grand acharnement, qu'il deriotinitr bial , et qu'Aristote en fait ub w^ de lieu commun dans sa RbétoriqKilr Ce fut entre les deux dtà uoe ^ d'extermination. Péridès aiait dit, a parlant d'Ég^e, qu'il fallait détn»

cette taie placée sur Foeil duPineK^ Dès que la guerre eut recomoMee, eJk fut marquée par d'atroces cnua»; te Athéniens firent couper le [w«« la main droite à tout ÉèinèleW jw»; nier, aûnde le mettre dans riapiowte de se servir de la lance, sans po«WW cette mutilation, l'cmpéchâl de BBWU rame sur les galères athéniemes,oiD serait employé comme esclaie (3; .1^ présence crun tel adversaire, lesg]^ auraient dû fûre cesser leurs diMti*.

Loin de là, leur cité scdédù«t<K« propres mains, et préparait par «s»" sensions , la victoire d'AibèuA

En 457 (av. J.-C.) les Athéniflïs.fl»; mandés par Léocrate, \m^ « " ûotte éginète une bataille i^ ^ victoire des Athéniens fut «JP» " soixante et dix trirèmes <f^ l'ennemi en furent kprir, ils Ç^

rent jusqu'à terre les ^^J*,?Tfi mettre le siège devant la m \\i'jr Éginètes firent une défense \^ désespérée. Tous leurs effor»«»r rent devant rachamemenlj» * niens. En vain les PéJoponn»»»»^ ils passer à Égine trois cents bopi^ occupèrent les hauteurs de UJ^ en vain les Corinthiens, alliés(W^^ sayèrcnt-ils une diversion,enop^' descente dans la Mégand«, «? ^ niens, malgré la faiblesse a bq»»^».^ duisaient les troupes ^^^^^^^ù avaient en Egypte, ne rapP«^Kj un soldatd'Égine. Leurs ^^^^ vieillards prirent répée,qjntW^^ nés, et allèrent secourir U(&^^

(a) Plutarque, PirieUs^\P'r^^ (4)DiodoredcSicac,XI»7»-

ILES DU GOLFE SARONIQUE

commandemeDt de Myconides (1). Enfin les Eginètes, réduits à la dernière extrémité, durent consentir à une capitulation : ils furent contraints de raser leurs murailles et de payer au vainqueur un tribut annuel (2).

Quelque temps après, la guerre du Péloponnèse éclata ; Égine reprit quel- Gue espérance. Pendant le si^e de Potiaée (430 av. J.-C. ) les Eginètes avaient travaillé secrètement avec les Corinthiens à hâter la rupture de Sparte et d'Athènes (3). Les Athéniens, instruits de ces manœuvres, les accusèrent de conspirer avec Laoédémone , opérèrent une nouvelle descente dans rîle , chassèrent sans pitié les habitants, femmes , enfants et vieillards, et distribuèrent leurs terres aux colons ou clérouques , citoyens pauvres de 1* Attique , qu*on envoyait habiter le territoire des vaincus. Les Lacédémoniens, en haine d'Athènes , et par reconnaissance des secours qu'ils avaient reçus des Eginètes lors de l'insurrection des Ilotes, accueillirent les fugitifs, et leur donnèrent pour séjour Thyrée , dont le territoire rertile confine à l'Argolide et à la Laconie , en descendant jusqu'à la mer.

Une partie des Eginètes s'y établirent; les autres se dispersèrent dans le reste de la Grèce (4). Mais peu d'années après leur établissement à Thvrée les Athéniens les attaquèrent de nouveau. A leur approche, les Eginètes abandonnèrent le mur de fortification qu'ils construisaient sur le bord de la mer, et tentèrent de défendre la ville haute. Abandonnés d'une partie de la garnison lacédémonienne , ils succombèrent bientôt dans cette lutte désespérée. Les Athéniens débarquèrent avec toutes leurs forces, accablèrent les assiégés sous leur nombre, et réduisirent la ville en cendres, après Tavoir mise au pillage. Ils emmenèrent prisonniers tous ceux des soldats d'Égine qui n'avaient pas péri dans l'action , et , revenus à Athènes, ils les livrèrent au bourreau (5).

Quelques années plus^ tard (404 av.

(i)Thucydide , I, io5.

(a) Id., I, io8.

(3)Id.,I, 67.

(4)Id..ir,27.

(5) Id., IV, 5^ et suiv.

J.-C), après la journée d'i£go8-Potamos, quand le vaisseau paralien arriva apportant la désastreuse nouvelle, et annonçant l'arrivée de Lvsandre, on se souvint du massacre des Eginètes :

« Cette nuit-là personne ne dormit , dit Xénophon; ils pleuraient les morts, et se demandaient comment les Lacédémoniens allaient venger leurs amis les citoyens d'Égine exterminés (1).

Lysandre, maître d'Athènes, réunit les débris épars delà population éginète, et les rétablit dans leur patrie.

L'île d'Égine recouvra alors un semblant de nationalité, pâle reflet ce-

Sendant de sa splendeur évanouie. Réuite à subir la protection dominatrice de son ancienne alliée, elle devint tributaire deSparte, et dut accepter la tutelle d'un harmoste lacédémonien. Se» marins formèrent les équipages des flottes lacédémoniennes, et elle devint un centre d'opérations maritimes contre l'Attique. Protégés parla puissance de Sparte, les corsaires d'Éeine firent la course contre les navires d Athènes, et allèrent enlever jusque dans le Pirée les trirèmes, les vaisseaux de commerce et les barques de pécheurs. Mais bientôt Athènes se releva de son abaissement, et reprit sa supériorité sur Égine, qu'elle rendit de nouveau tributaire, après la victoire navale remportée à Naxos sur les Lacédémoniens par Chabrias (876 av. J. C).

Depuis cette dernière et suprême lutte contre les armes athéniennes jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaine, l'existence d'Égine se révèle à peine dans l'histoire. Lors du siège d'Athènes parCassandre (319 av. J.C), ce prince feit de cette île sa place d'armes ; elle reste sous la domination des rois de Macédoine jusque vers l'an 233 av. J. C, époque a laquelle elle entre avec Athènes dans la Ligue achéenne.

Enfin, lors des ferres des Romains contre Philippe, après avoir tenté un essai de résistance, les Ésinètes sont réduits à la prière. Ceux d'entre eux qui n'avaient pu trouver leur salut dans la fuite se présentent en suppliants devant le général romain, Pubiius Sulpitius, pour obtenir de lui la permission d'envoyer des députés vers leurs alliés, afin de

(i) Xénophon, Helléniques, II, 2.

L*UNIVERS

rassembler le prix de lear rançon. Publlus leur fait d'abord durement sentir leur défaite et leur impuissance. Le lendemain, cependant, ayant réuni tous les captifs, il leur dit que les Éginètes ne sont dignes d'aucune pitié; mais que cependant , par considération pour les autres Grecs, il leur permet de donner à quelques-uns d'entre eux la mission de recueillir l'argent nécessaire à leur rachat (1). La rançon, il parait, ne put être réunie, et les débris de ce peuple qui avait possédé 470,000 esclaves furent livrés comme appoint d'un traité, parle Romain SuJpitius, auxÉtoliens, gui les vendirent au roi Attale pour la faible somme de 30 talents (environ 160,000 francs) (2).

Dans toute la suite de cette guerre , Égine servit de quartier ffénéra! aux Romains, à Attale, auxRbodiens, dans leurs opérations maritimes contre la Macédoine. Après la chute du royaume de Pergame, elle tomba sous la domination du sénat, qui lui laissa son administration particulière. Plus tard Marc-Antoine 6t don de l'île aux Athéniens, qui l'avaient flaUé (8).

Cette période obscure de l'histoire d'Egine a été éclairciede la manière la plus heureuse par les recherches de M. Philippe Lebas , dans son savant travail sur une inscription grecque d'Ëgine, extrait du tome II des Nouvelles Annales pu-

(i)Polybe,lX,4a.

(a) Polybe, XXIII, 8.

(3) Dapper {Description des lies de tArehipel) parle a'un trembleinent de terre qui aurait renversé la capitale de 111e, et touché de compasssion Tempereur Tibère au point qu*il aurait accordé aux habitants une immunité d*impôts de (rois ans. Ce malheur fut peutêtre le seul qui manqua dans la longue série d'infortunes aue parcourut Égine depuis sa déchéance. C est à ^gium, ville de l*Achaîe, confondue par quelques traducteurs de Tacite avec Égire , ville du même pays, et de là, par similitude, avec Égioe, que se rapporte le fait que nous venons d*énoncer. (Voy. Tacite, jânnales, IV, i3. ) En terminant cette note, nous voyons qne nous nous sommes rencontré avec M. Ph. P. Lebas, qui avait constaté la même erreur, et l'avait rectifiée dans son travail sur une inscription grecque d'^ue , extrait des Annales de C Institut Archéolo" gique.

bliées par la section francise de l'/nstitut archéologique. « Il me reste, ditil, à résumer en peu de mots les différentes questions qui ont été discutées dans ce mémoire, et à constater quelles nouvelles lumières l'archéologie et l'histoire doivent aux deux décrets que je viens d'examiner.

« On ignorait jusqu'ici quelles avaient été les destinées politiques de llle d'É* gine depuis 405 avant J.-C jusqu'à l'époque ou elles'associa àlaligueacnéenne.

On savait bien qu'en 376 elle était encore dans la condition où l'avait placée Lysandre après la bataille d'i£ffos-Potamos , puisque le Spartiate PoÛis vint y mouiller, et tint de là Athènes assiégée (!!)• On avait bien aussi quelque soupçon , d'après un passage d'Aristote, que 'Charès, en 367, l'avait rendue à Athènes; et l'Ëginétique d'isocrate^ qui suppose des relations intimes entre Égine et Athènes, l'exil de Demosthène à Égine, d'où il tut, par ordre du gouvernement, ramené en Attique stur une galère de l'État (2) , enfin l'asile qu'Hypéride, Aristonique de Marathon, mmérée, frère de Démetrius de Phalère, et d'autres encore vinrent chercher dans V jEaceium^&'oxï Archias les arracha, soit par force, soit par ruse (S), prêtaient à cette opinion quelque vraisemblance; mais comme ensuite l'histoire montrait Égine occupée par ceux des successeurs d'Alexandre qui furent en guerre avec Athènes, et leur servant d'arsenal et de point d'attaque , les uns avaient supposé que le fait en question se rapportait à une autre époque (4) , d'autres l'avaient considéré comme incertain (5).

a Aujourd'hui, ce me semble, d'après les nouvelles lumières que jette sur cette question le décret en l'honneur du stratège pergaménien, il n'est plus permis de douter qu'Égine n'ait été reconquise par Athènes en 367 , grâce au courage et aux talents militaires de Charès , et

(ij Xén., Hell., liv. V, ch. iv, § 6i. (a) Plut., Fie de Dém., ch. xxvi et xxvii.

(3) Ibid., ch. xxvixf, et Arrien, Suce. d'Alex., dans la BibL de Pbotius, Ms. XCII.

(4) Voy. Casaub. sur Polyb. , p. i85; Gronov. Wesseling sur Hérod. , p. 479»

Schneider sur Xén., Hell.» p. 209.

(5) Toy. M. Millier, p. 191.

ILES DU GOLFE SARONIQUE

eonservée, malgré les tentatives de révolte des habitants , grâce à la fermeté et à rénergie de ce général ; que dans ces jours malheureux où Antipater persécuta les derniers défenseurs de la liberté d*Athènes, cette île appartenait encore aux Athéniens; qu*à partir de cette époque , souvent occupée de vive force, mais toujours temporairement, tantôt par Cassandre, tantôt par Démétrius , Égine dut relâcher de plus en plus le lien qui Tunissait à Athènes, sans cependant le rompre entièrement. Aussi la voyons-nous , dès qu'Athènes est délivrée par Aratus , s'unir, sans doute à son exemple, aux Achéens, dont le chef héroïc[ue vient de rendre Tindépendance à la vilie de Périelès. Bien gu'affranchie en quelque sorte par Textrâne faiblesse où est tombée Athènes, et par ce dernier acte qui la fait entrer comme état libre dans une confédération puissante, Égine n'en conserve pas moins l'organisation et les institutions que Charès lui a données,et la prudente politique des rois de Pergame , quand ils l'achètent des Ëtoliens, ne change rien en apparence à cet état de choses , qui se maintient pendant tout le temps de leur domination. Seulement un gouverneur militaire , envoyé Par eux , représente leur autorité dans Ile, et leur en garantit l'obéissance. De leur côté, les habitants apportent à leurs institutions religieuses quelques modifications, qui ont pour but de flatter leurs dominateurs. Lorsque, en 130 avant J.-C, le dernier reieton des Attalides eut succombé sous les efforts de Rome, Égine, qui sans doute lui était restée fidèle, est envahie par les anciens partisans de la ligue achéenne , probaolement Doriens pour la plupart , qui s'étaient exilés lors de l'amvée d'un maître. Une révolution politique s'opère dans rtle : elle redevient dorienne , et reste dans cette situation mal^é la guerre de Mithridate, malgré les incursions des pirates, jusqu'au jour où Antoine la rend aux Athéniens , qu'Auguste en dénouille peu après. Alors nie recouvre rautonomie jusque sousVespasien, qui la lui enlève encore une fois ; mais Hadrien la lui rend, et elle en jouissait encore sous le règne de Caracalla.

« Ainsi avec le seul secours de quelques inscriptions , passablement mutilées ,

j'ai pu, avec une certaine certitude, restituer aux Éginètes près de six cents années de leur histoire (1 ). Je m'estime

(i) C'est ce que rendra sensible le tableau chronologique suivant , où j'indique par an astérisque les dates qui ne sont que conjecturales :

Av. J.-C. 367. Ëgine est reconquise par Charès, oui y reste probablement quelques années en station avec la flotte athénienne. — Rétablissement de la démocratie et des institutions athéniennes.

*366. Une conspiration éclate ; elle est com • primée.

3a4. Démosthène exilé à ^ine. Plut., Dem.^ ch. XXVI.

3a3. n est rappelé, et ramené sur un vaisseau envoyé par le gouvernement. Ibidem, cb. xxvxx.

3a9. Uypéride est tué à Égine. Ibid,, ch. xxvixt.

3x8. Cassandre force les Éginètes à s'associer à lui. Diod. Sic, Uv. XYIII, ch. lxix.

307. Démétrius, sorti d'Égine et de Salamine, s'empare du Pirêe. Polyen, liv. IV, ch. vu, § 5. Cf. Plut., Dém.t ch. viii.

229. Athènes est délivrée du joug macédonien par Araius. Égine s'unit à la ligue achéenne. Plut., Jrat., cb. xxxiv.

31 1. Elle est prise par Sulpicius et par les Ëtoliens, qui en chassent sans doute une garnison macédonienne.

an. Égine et ses habitants sont achetés par Attale I*' au proconsul Sulpicius et aux Étoliens. Polybe, XXIII, 8. — Émigration de la population dorienne. Voyez p. i34 et 139.

*aio. Attale envoie un de ses gardes du corps pour gouverner Tile en son nom.

aoS. Atiale vient à Égine. Tite-I ive, XXVII, 3o. 11 y passe l'hiver avec P. Sulpicius* Ibid, 33, et XXVHI, 6.

207. P. Sulpicius ramène la flotte à Ëglne. Til«-Live, XXVm, 7.

aox. Attale et les Rhodiens, après avoir poursuivi Philippe III , qui se retire en Macédoine, vont mouiller à Égine, et de là le roi se rend à Athènes , où il est comblé d^bonneurs. Polybe, XVI, a5, et Tite- Live, XXXI, x4. Il retourne auprès de sa flotte,

'l et va chasser les garnisons macédoniennes qui occupent les îles. Tite- Live, ibid,, i5. Il s'arrête ensuite à Égine pour attendre les députés que de cette lie il a envoyés en Étoile. Ibid,

*aoo Philétère, fils d'Attale, est envoyé comme stratège à Égine.

LUPOVERS.

d*autaot plus heureux d*uii pareil résultat , que jusqu'ici la plus grande obscurité avait régné sur cette époque , malgré les recherches consciencieuses du savant à jamais regrettable qui le premier s'est occupé de reconstituer les archives d'une contrée non moins illustre dans les fastes de la régénération de la Grèce que dans l'histoire de cette lutte solennelle et décisive où ses guerriers

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