‹ Îles Taïti (volume 2)Chapitre 15 sur 15 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

N* 1. — La Reine à M. Moerenhaut et aux tmtoritéê françaûei.

Moorea, 16 décembre U49.

« Santé et paix soient avec tous !

» J*ai reço la lettre que ? ous m*afex adressée et par laquelle vous me dites que vous compatisses à mes peines. Tai été flattée de vos iMiroles.

» Quant à ee que vous me dites, à savoir : Si vous étiei à Talti, alors vous feriex des arrangeitients entre les hauts chers placés dans votre gouvernement et les autorités françaises, je n'ai rien è objecter. Tout cela dépend de vous. Je n*ai rien à en dire. En ce qui concerne les gens de police» saisisses ceux qui sont coupables, condamnes-les, et si vous désires leur retirer leurs fonctions, faites-le; cela dépend de vous. Pour Tassistance que vous me demandes, il m'est agréable de vous l'accorder et je vous assisterai. Quant i ces choses que les juges (mutots) et les constables se sont réservé de faire pour vous, surveilles les , et, s'ils ont tort, alors jttgei-les. Il n'y a rien à dire en ce qui concerne les constables qui s interposèrent entre M. Wilson et M. Lurett. Ces personnes ont été jugées et condamnées. Ayes l'œil ouvert sur le mal qui peut subsister encore et faites disparaître toute cause de trouble. Que le mal ne puisse avoir le dessus, mais seulement le bien ; mais ne condanuiei pas injustement les gens , mais plutôt observes ce qui est dans la loi. Ma compassion vous reste.

• Que la santé et la paix soient avec vous et avec les autorités françaises. » Signé: PoMAai. »

N' 9. ^ TVodsicrfoii diurne proclamation de la Heine Pomaré.

Moorea, tsdeeembro ttiH

« Amis (Ateae Paralta) et autorités de Papelti. Ceci est pour

VOUS dire de bien observer les intentions dn gonTrmnnrnl Ls consuls (c'est-à-dire les autorités françaises) ont dit que vo«s ^ les secondiez pas bien. Prêtez tonte votre attenlion aux jv^ (Mutols). Surveillez bien eeaz qui sont coupables , jage»-les , us posez-leur des amendes , et privez-les de leurs offices. Les motob que vous devez surveiller sont ceux établis à Jaaa.

» C'est tout ce que j*ai à vous dire. Santé et paix soient ave? vous. » Signé.' Pomabé. m

N<> 3. — Le contre-amiral du Petit-Thouars au minisire de h

marine.

««tiM BlfliiMa, rade de VnlpaiaiM^ M man lao.

« Monsieur le ministre ,

» Les nouvelles qui arrivent des lies Marquises sont satisfaisan* tes; surtout celles du groupe du Nord-Ouest, où M. le commandant Collet, bien secondé par M. le sous-lieutenant d*artillene Rohr et par le capitaine Fouques, de la 15* compagnie d'infanterie de marine , fait des progrès très-grands dans l'esprit des populations qui vivent autour de lui , et dont il devient de plus en plus l'arbitre , tout en provoquant leur afl(|pction et leur dévouement.

)» Je voudrais avoir d'aussi heureuses nouvelles à annoncer de notre établissement provisoire de Talti ; mais la jalousie des Anglais vient de s'y manifester par des actes indirects par lesquels on a cherché à faire revenir la Reine et les grands chefs de la démarche qu'ils ont faite près de moi pour se placer sons la protection du Roi , ou seulement peut-être pour se soustraire à la pénalité que je voulais leur imposer en indemnité des avaries et des dom* mages que nos compatriotes avaient eu à souffrir du gouvernement de la reine Pomaré après le départ de VAube et avant mon arrivée.

v Après le départ de ta Reine Blanche^ le gouvernement provisoire que j'avais établi a fonctionné régulièrement avec l'approbation unanime des chefs , de la Reine elle-même » qui l'a manifesté par sa lettre écrite au conseil , en date du 16 décembre 1842 , peu avant l'arrivée du Talhot , et enfin à la satisfaction de tous les étrangers; en un mot, jamais TaRi n'avait joui d'autant de tranquillité et de sécurité , et les affaires y ont été ainsi conduites Jusqu'à l'apparition de la corvette anglaise le TalhoU

» Précédemment à l'arrivée du Talhot, une corvette anglaise, la Faoorite ^ytunt de Sydney, avait mouillé à Papeîti; le commandant de cette corvette , qui a visité notre consul et les antres membres du conseil provisoire , n'a jamais traité la question politique ; il s'est borné au rôle d'observateur. Ces messieurs se sont

fait des politaflses réciproques ; ils ont <ttné les uns chei les autres, et se sont séparés en parfaite intelligence. Cette corvette, après on assez court séjour, est partie pour la Nouvelle-Zélande , disait-on. Le Cl pi laine Thomson n'a pas eu la même réserve dans sa conduite. Dès que le Talbot fut mouillé, il s*est mis en communication avec les missionnaires anglais, et, par eux, avec la Reine.

• Le capitaine Thomson n a point voulu reconnaître le gouvernement provisoire ni saluer le pavillon du protectorat; s'il s'en était tenu là, rien de mieux, il devait attendre des ordres à cet êganl ; c'était , ce me semble', ce qu'il eût dû faire , et je m'y attendais ; bien plus , je présumais qu'il aurait protesté , ce qu'il n'a fait que d*une manière occulte. Il a affecté de saluer l'ancien pa-. Villon de la Reine, et a travaillé en dessous à soulever tous les indigènes contre nous, pendant qu'ouvertement il était rempli d'égards [K)ur les ofiicicrs du gouvernement provisoire, et leur disait que cela ne le regardait pas; pourtant une réunion provoquée par ses conseils devait avoir lieu , lorsque la corvette ïa Boussole arriva très-heureusement pour mettre on terme à ses provocations et arrêter les excès auquels on se serait sans doute livré dans l'assemblée sans sa présence. Le gouvernement provisoire protesta contre toute violence, et avertit la Reine du danger où elle allait se placer en manquant à ses engagements envers nous ; elle fit alors connaître que sa volonté était que tout fût maintenu dans r«*lal antérieur n l'arrivée du Talboî , jusqu'à ce que les amiraux ou leurs gouvernements se fussent entendus.

» J'ai appris , par un rapport verbal de M. le commandant Laferrière, que le commandant do Talbot a mis sous voiles sans prévenir personne , en laissant une lettre au commandant de la Jftntssole, dans laquelle il lui dit qu'il espère le rencontrer de nouveau, et qu'alors rien ne s'opposera à ce qu'ils aient ensemble (le bienveillants rapports. Je regrette que M. le commandant de la Bous.iole ne m'ait point fait parvenir une copie de ce document qui me parait avoir quelque importance. »

N' 4. -r Le consul Pritchard au comte d'Jberdeen. (Extrait.)

Sjdney, Newsouth-Walfs, s déffmbre IB43.

M J ai rhonneur d'informer Votre Seigneurie qu'hier, à mon arrivée ici, je reçus la nouvelle que les Français avaient pris pos* session de trois Iles aux Marquises , et do Taïti et d'Eimeo, aux îles de la Société.

• Je compte mettre à la voile pour Talti dans peu de jours, et ,

à mon arriTée, j'enverrai à Votre Seigneurie un rapport mr IdH dans leqael j'aurai trouvé les choses. »

No 5. — Le contre-amiral du Peiit-Thouars au ministre et k marine, (Extrait.)

Valparaiso , frégate la Heine Bleseehe , le 9 mai 184J.

c Monsieur le ministre ,

» Je tiens de recevoir, par le brick la Ciémeniine, arriféinde Taïti le 5 de ce mois, des nouvelles de la sitoaCion politique dt ces établissements.

» Les affaires ont continué à marcher sans secousse par les soins de notre administration provisoire ; mais à Tarrivée de la frégalr anglaise la rindictive, qui ramenait en cette fie M. Pritcbêtdy chef de la mission protestante de ce groupe et consal de S. M. &< de nouvelles scènes se sont renouvelées; mais enfin par Vâttitude ferme et calme du commandant de la Boussole^ le commandaDt Nicholas , qui commande la frégate la Findictive^ a paru comprendre que ce qu'il convenait de faire était d'attendre que nos deux gouvernements se fussent entendus à ce sujet, et j*ai tool lieu de présumer que le statu quo sera maintenu jusga'i décisif» du gouvernement du Roi.

» M. rarairal Thomas m*ayant dit qu'il pensait que cette qaestion devait être décidée par nos deux cabinets , je présume que les ordres qu'il s'est empressé d'expédier à la Findictive par le ketà le Basilick, qu'il a immédiatement envoyé à Taïti , sont conformes à la n^anifestation qu'il m'a faite de son opinton. »

No 6. — Ze capitaine Frignaud à Vamiral du Petit-Ifumar^-

Raie de Papeïli, TaïU, à bord de ta Bouttole^ le 16 avril 1843.

« Amiral ,

y» Après avoir remis au Jules de Blostetille le paquet qaeje vous adressais . j'ai reçu du commodore Nicholas la lettre ci-jointe. Je vous envoie également une copie de ma réponse.

9 J'ai cru devoir remercier le commodore de la conduite qu'y a tenue depuis l'arrivée de la rindiciive (quoique verbalement r lui aie adressé quelques petits reprocbes}^ parce que vous ne ^^' vez pas vous faire d'idée , amiral , combien il a été poussé par It Reine et par Pritchard pour renverser tout ce qui a été faHp^'' vous. J'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte de loos les bruits qui ont couru à Tarrivée de cette frégate à Papeîti. Us ne se sont pas réalisés fort heureusement.

» Je vois souvent le commodore , qui est bien pour moi* Je vou-

«Irais lui p^rsu.nler de ne plus nous dispaler la possession ilc ces Iles, puisque les Anglais se sont emparés des Sandwich. Il ne parait pas convaincu de mon raisonnement , et me dit que les deux nations s entendront pour tout restituer. J'espère que le Commodore va se tenir tranquille; il est venu ici avec des ordres du gouverneur de la Nouvelle-Hollande, qui lui recommande la plus grande circonspection ; mais il est à désirer que vous arriviei promptement avec des forces; car tous savei, amiral, qu'ici ce sont les plus forts qui ont raison.

» J*ai rhonnenr, etc. »

N* 7. — Xe capitaine Taup Nieholai au capitaine Frignaud. Le Y%mâieîit€\ Ptpeîii . le lo mart i84S. «Monsieur le comoun<|ant,

» L*honnetir de nos deux nations, et le vif désir que f éprouve de voir se maintenir la bonne intelligence parmi nous, m'imposent le devoir de m'adresser à vous pour répondre i ce que vous me fîtes rhonneur de me dire relativement à Tordre donné par la reine à ses sujets de ne plus bisser i Tavenir le pavillon du protectorat.

» J*ai de nouveau soumis cette question à S. M. Elle nie d*Qne manière positive avoir jamais donné à ses sujets Tordre de ne point hisser le pavillon du protectorat ; bien loin de là , ainsi que le confirme ce qui va suivre, elle avait donné aux chefs du gouvernement Tordre d*exigcr, de la part de chacun, le pins grand respect pour le pavillon du protectorat , ainsi que par le passé.

» La reine a expliqué, d'une manière satisfaisante, pour quel motif la personne à laquelle est confîé le soin du pavillon n'avait pu se trouver sur les lieux et amener le pavillon hier soir. Conformément au désir que j>n avais exprimé moi-même, S. M. a fait appeler devant elle la personne chargée du pavillon pour lui demander qui lui avait donné Tordre de ne point continuer ses fonctions comme de coutume , et il a été reconnu que Tabsence de cet homme devait être attribuée à mie cause tout à fait indépendante de sa volonté. Cette même personne a déclaré à S. M. n*avoir jamais reça, de qui que ce fût. Tordre de ne point continuer à hisser le pavillon comme par le passé , et être décidée à se charger du pavillon jusqu'au moment où les autorités françaises lui donneront Tordre de ne plus agir ainsi.

» Pareille explication claire et satisfaisante , donnée par la reine,. suffira . jo Tcspcre . pour vous convaincre du peu de fondrmetit des infiMUi.'iiioiis que vous avez renies. Do reste. j«' \ous prie de le

croire, autant que me le permettront les ohlîgsttîons que je dm remplir, ainsi que le désir que j'éprouve de seconder les vues de mon gouvernement et soutenir l'honneur de mon payiJioo, roof pouvez compter sur ma bonne volonté à tous offrir mes serrirts pour maintenir la bonne harmonie qui , noos devons nous en féih citer, eiiste depuis si longtemps entre nos deux natioDS. » J'ai rhonneur, etc. »

N° 8. — Ze consul Pritchard au comte d*jâberd€e%^ Ttçd le 4 août. ('Extrait. )

Consulat anglais à TaTti, le 13 man 1843.

«J'ai rhonneur dMostruire Votre Seigneurie que je suis arriréi Taïli le 25 février à bord du vaisseau de S. M. la /^t'ndictive. A mon arrivée, j'ai trouvé la reine Pomaré à 8 milles environ de cette place, chassée de sa résidence ordinaire par les cod tin uei/es menaces de la part des Français de faire feu contre elle. Sous la protection da Commodore Nicholas, conunandant le vaisseau de S. H. /a/^t^ dictive, la reine Pomaré est rentrée dans sa résidence» Le commodore Nicholas et moi nous nous sommes efforcés de conformer notre conduite aux promesses réitérées d'assistance et de protection données par le gouvernement anglais à la reine Pomaré. Permetteimoi de renvoyer Votre Seigneurie à la lettre de M. Canning, es date du 3 mars 1827, au feu roi de TaïU : «S. M. m'ordonne de » vous dire que , bien que la coutume de TEurope lai défende d'ic- » quiescer à vos vœux sous ce rapport ( il s'agissait d'arborer le pa- » vilion anglais ) , il s'estimera heureux de donner à vous et à fot 9 domaines toute la protection que peut accorder S. H. à un pou- » voir ami , à une si grande distance de son royaume. »

» La dépèche de lord Palmerston , en date du 9 septembre 1841» est conçue dans le même sens. « Vous assurerez la reine Pomaré » que la reine sera toujours prête à prendre en considération toates » les représentations que voudra faire la reine Pomaré. Elle sera » charmée de donner la protection de ses bons offices à la rein^ » Pomaré dans tous les différends qui pourraient survenir entre » cette reine et toute autre puissance. » Les instructions données par Votre Seigneurie, le 30 juillet 1842, répètent Vexpression de ce même sentiment. « A l'occasion de votre retour à votre poste I » Taîli , il serait bon que tous pussiez prouver aux autorités exer* » cent le gouvernement dans ces lies, que le gouvernement de la » reine continue à prendre le même intérêt à leur prospérité.» Votre Seigneurie comprendra que la reine Pomaré est dans une situation vis-à-vis d'une autre puissance qui l'engage à demander

à la Grande-Bretagne raccomplisscmenl des promeases de protaclion à elle faites de temps à autre. »

N" 9. — Le capitaine Toup Nirholas au lieutenant de vaisseau

Heine, •

Fregffic de S. M. B. la Vindietivêy Port daTaïli, 15 avril 184S.

« Monsieur,

M S. M. la reine Pomaré, par sa lettre datée du 14 de ce mois,

ma fait M'honneur de mettre entièrement à ma disposition, pour

r usage de nos malades on pour toute autre destination de mon

choix , nie appelée Motoo-U(a, située dans le centre à peu près de

ce port. J*ai jugé convenable, par égard pour vous , de vous infor-

mor de ce fait ainsi que M. le capitaine de corvette Vrignaud, corn-

mandant la Boussole à Taîli, et, de plus, j*ajoute que, par suite des

observations que vous m'avez faites hier à ce sujet et par le vif

et sincère désir que j'ai de conserver la bonne harmonie qui règne

' heureusement ici maintenant entre les sujets de nos nations respec-

tivrs, j'ai renoncé à ma première intention qui avait été de placer

I nos malades dans Tile de Ilotoo-Uta ; mais j'ai surtout été amené k

I celte rôsolulion par le vœu d'assurer la paix de Taïti ; objet que je

I n'ai jamais perdu de vue depuis mon arrivée ici , et pour atteindra

( ce but j'ni invariablement employé tous mes eiïurls, ainsi qu'il vous

I a plu déjà maintes fois de le reconnaître. Cependant je vous prie,

I vous et les fonctionnaires du gouvernement provisoire, de corn-

I prendre que c'est un pur sentiment de délicatesse et un désir sin-

r C4TC et anlcnt de conserver la tranquillité publique qui m'ont fait

I prendre cette détermination; car je pense que j'ai le droit incon-

I tostable d'accepter loiïre de la reine dans toute son étendue, sans

violer en aucune sorte le traité qui existe entre S. M. et l'amiral

du Petit-Thouars, et je persiste dans cette opinion par les raisons

! suivantes:

I )) I* Parce qu'après avoir attentivement examiné tous les arti-

( l(>s du susdit traité, ainsi que toutes les clau<ies de la pnMiamation, je ne puis trouver que Tile de Motuo-Uta ait été cédée i la Franco par la reine de Taïti ;

» :2* Parce que je vois que le premier article dudit traité déclare que la souveraineté de la feint* et son autorité • ainsi que celle des chrfs sur le peuple sont garanties :

» ;r Parce que le troisième article dudit traité dispose que « la » possession des propriétés de la reine et des projjritiés du peuple » leur est garantie,» et encore a que leurs proiTiétés continueront » à reposer sur leurs tètes, » et de plus que Tarticle ajoute « que

» toutes contestations relatWes au droit de propriété qui s'élèTeroit » entre les propriétaires fonciers, seront somnisesâ la jaridictHa v spéciale des tribunaux du pays. »

» Avec ces données ppsitives , il est Je pense , impossible de sobtenir les prétentions de la France à Hle de Moloo-Utaj qai » étt pendant des siècles la propriété personnelle et privée des ancètm de la reine , et qui a été, transmise régulièrement à S. M. par àroit de naissance comme son légitime héritage.

1» A ces arguments, présentés à Tappuî du droit absolu deli reine Pomaré à cette lie , j'ajoute que si la quesUon a fait pu Hn douteuse , elle se trouverait complètement résolue par la décision que viennent de rendre tous les juges des états de S. M. En efftt, s'étant réunis le 14 du courant dans le conseil annuel de législatioo, ils ont déclaré à lunanimité que Tlle de Motoo-Uta apparUDiit entièrement et uniquement à la reine Pomaré , qu'ei/e é(ai( sa propriété propre et privée, et qu'en conséquence S. M. avait le droit d'en disposer comme bon lui semblerait.

Y> Il s'ensuit donc évidemment que , même dans le cas où on admettrait que le doute fût possible , si Ton s'en tenait à la première partie de l'article 3 du traité , ce doute a dû cesser dès l'instant où il est intervenu une décision régulière des juges du pays , conformément à la seconde partie dudit article.

V J'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous expliquer ces faits qai ne sont susceptibles d'aucune controverse ; il reste à proarer jusqu'à quel point les autorités françaises à Taïti ont eu le droit de hisser un pavillon sur l'tle de Motoo-U(a, acte qui a soakfê l'obstacle qui s'oppose à ce que j'y dépose les malades de la Findictive , selon mon désir et l'agrément de la reine. Il reste, dis j^» à démontrer de quel droit les autorités françaises arborent chaque jour un pavillon nouvellement créé , et créé , vous ne l'ignorex pas , sans qu'aucun article spécial quelconque dudit traiïé aU prévu le changement du drapeau national établi , ou même sans qu'il existe aucune mention de la circonstance, sans la sancli^^ ni même l'approbation tacite de la souveraine et même , dit-on , à l'insu de S. M.

» C'est à nos gouvernements respectifs et aux cabinets d'Europe qu'il appartiendra de prononcer eut ces mesures et toutes autres mesures extraordinaires qui ont été prises; en conséquence y je ne vous adresserai pas de plaintes à l'occasion de celles qui ont eu lieu. '

y Cependant , jusqu'à ce que mon gouvernement ait pris une résolution , vous pouvez compter que je continuerai à m'abstenir

ANNEXES. i005

scrupuleuscmeot d'autoriser ou de permellre aucun acte qui puisse s*inlerpréter de manière à justifier une contestation ou même un malentendu entre nos nations respectives ; et comme preuve de ce désir ardent , j*ai enfin obtenu , après bien des difficultés , une maison située près de celle de notre consul , pour y loger DOS malades.

v Pour terminer , je n*ai plus qu*à dire qu*eu égard à mon occupation de Tile de Motoo-Uta , conformément au désir de la reine Pomaré , pendant le séjour de la Findictive à Talti , je vous prie d'être persuadé que mon intention est d'établir une occupation telle que tous ne sauriei la trouver agréable et telle que le diplomate le plus scrupuleux ne pourrait y faire la moindre objection.

» Avec la vive espérance de maintenir nos relations amicales sous toutes les formes ,

» J*ai rhonneur, etc. »

No 10. Le capitaine f^rignand au capitaine Taup Nicholas* Rjde de PapeiU, à bord de Ut BouiêoU , le il avril it43.

c Monsieur le commodore •

« Je viens de recevoir la lettre que vous m*avez fait Vbonneur de m^écrire et par laquelle vous m'annoncez que la Reine Pomaré met à votre disposition l'Ile Motoo-Uta, sa propriété, et que votre intention avait été d'y placer les malades de ia Findiclive, et que. sur mes observations, vous avez bien voulu choisir un autre endroit. Je vous remercie de ce que vous faites et de tout ce que vous avez fait pour conserver la bonne harmonie qui règne entre les deux nations. Je saisis cette occasion , monsieur le commodore , pour vous rappeler ma ligne de conduite depuis que je suis à Taïti.

» J'ai trouvé le pavillon du protectorat arboré sur l'Ile; un ordre du jour de l'amiral Dupetit-Thouars m'a annoncé que ce pavillon avait été établi et salué par lui. Il est donc de mon honneur, el vous le concevrez, monsieur le commodore , de l'y maintenir jus« qu'à ce que j'aie des ordres contraires de mon amiral.

» Voilà sept mois, monsieur le commodore, que les choses sont dans cet état; la paix règne dans le pays. JVspère qu'il ne s'opérera aucun changement qui puisse la troubler, jusqu'à re que nos gouvernements nous tiirnl envoyé de nouvelle» instructions, ce qui ne prul plus lieaucoiip larder.

» Je suis a%ec respect , elr. w

i006 ANNEXES.

N» 11. — Z« capitaine Toup-Nieholas au capitaine Frigué PapeïU , frégate te Vindieiiw , le 7 nui iMS- « Monsieur le commandant ,

» Dans Tespoir de ne point interrompre nos relations aminl^ j'adresserai dorénavant au gouvernement provisoire mes IriLoflScielles , ainsi que vous m'en avez exprimé le désir. Le ic pour lequel je suis entré en correspondance avec vous, cVsic. je vous regardais comme le principal représentant de la w ft^nçaise à Taïti , et en outre j'étais accoutumé à recevoir de vc même toutes les communications officielles relatives aux afî'i publiques, et c'est aussi pourquoi j'ai naturellement tenu cou' des conversations que nous avons pu avoir au sujet des afiaires ! cette Ile , et surtout relativement au droit prélevé sur les prii ^ denrées vendues au marché, lorsque vous vîntes me voir j ' dernier à huit heures du malin ; cependant je ne veux point o tinucr à agir contrairement au désir que vous avez téin<''r quant à ce qui concerne les affaires diplomatiques , et à l'a^'^ toutes mes communications relatives aux affaires publiques sct adressées aux offlciers désignés par l'amiral Dupelit-Thoaars , yremplir ici les charges civiles. Je ne puis terminer celle cornpondance officielle, monsieur le commandant, sans vous téro gner combien je demeure convaincu qu'il n*est pas un officier ^ marine anglaise qui , dans la position oii je me trouve moi-rotplacé , eût fait plus de concessions , ou eût agi avec plus de ou loisie et d'égards en toute circonstance , que je ne l'ai Wil dh tnème dans mes relations avec les autorités françaises ; car >* he devez pas l'ignorer, je n'ai nullement le droit de respecler traité fait entre l'amiral Dopelil-Thouars et la Reine Poman jusqu'au moment où ma souveraine en aura reconnu la validii«

9 Quant aux divers arguments dont j'ai eu lieu de faire a«-*dans ma correspondance avec vous , je ne doute pas que les diu* articles mentionnés , appuyés ainsi qu'ils le sont par rautorilè oauteurs qui ont écrit sur le droit des gens, ne puissent avoir rot firmation complète du cabinet français, de la part de tout di;i" mate éclairé qui pourra être invité à donner son opinion à ce 5u;ft car je liens pour irréfutables toutes mes citations.

» Il me reste à vous répéter combien je souhaite de fo'ir ^rrn^* dans le plus bref délai possible la décision de nos gouverncffiff'^' au sujet de ces îles , pour mettre un terme aux discussions '/'" s'élèvent chaque jour.

» J'ai 1 honneur, etc. »

N» 12. — tA capitaine Toup Nicholas au oonire^miral du Petit'Thouan.

Du vaisseau de S. M. fi., la Vindietirt^ dans le port de Papeiii , TaïU , le 4 juin 18U.

« Monsieor, je suis venu dans cette Ile au mois de février der> nier , expressément dans respcraiice d'avoir Thonoeur de vous y rencontrer , aAn de tous expliquer complètement les relations exactes qui existent entre la Grande-firelagne et Talti. le crois donc bien faire , maintenant que je puis vous attendre de jour en jour , de vous informer par écrit de la nature de ces relations. Mais d'abord , je dois vous faire observer , Monsieur , ce que du reste Totre expérience en diplomatie vous rendra tout de suite manifeste , que jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de ma souveraine, il m'est impossible de reconnaître la validité du traité que vous avex passé avec la Reine de Taîti , qnoique j'aie montré jusqu'ici beaucoup de déférence pour ce traité et que je sois encore disposé k le faire en attendant la décision de nos gouvernemcnls respectifs. J'espère que vous me ferei l'honneur de lire ma correspondance avec lofBcier commandant les forces navales de France dan^ ces parages et avec le gouvernement provisoire ; j*ai ordonne que tous ces documents vous fussent communiqués.

» Par cette correspondance , vous pourrei voir les mesures que j*ai prises ralativoment h la Reine Pomaré et i son gouvernement depuis mon arrivée ici. Ces mesures ont toujours été prises selon l'avis des autorités sur la loi internationale , que j'ai toujours eue en vue; et sous ce rapport vous trouverei dans toutes mes lettres , je Tespére , que je ne suis sorti , en quelque manière que ce soit, des limites que me prescrit cette loi. Bien qu'il soit trop tard maintenant pour vous adresser les observations que je vous aurais faites comme commandant britannique dans cette partie de l'océan Pacifique, si je métais heureusement trouvé à Taiti , lorsque vous demandâtes le traité en question , cependant jVspére que vous me permettrei encore d'appeler votre attention sur certains faits relatifs k ce traité, et dont j'ai eu connaissance pendant mon long séjour ici , la plupart desquels, dans ma sincère opinion, vous ignorei complètement. J'ai transmis plusieurs de ces faits, par ma leltre du 2S mai , au capitaine Vrignaud, pour que %ousen fussiei informé ainsi que le gouvernement fraiirais. Je vous recommanderai tout particulièrement la lecture des déclarations de plusieurs chefs aux meiihujê qui se sont tenus pendant votre ab- Km*e. comme montrant bien lc^ sentiments reeb du ptuple laitien

envers nos nations respectives. Ces papiers sont numérotés: n*l et 10 , et sont entre les mains da capitaine Vrignand.

» J'ai été informé, Monsieur, qu'il vous serait représenté, par le consul français , que j*ai conseillé à la Reine Pomaré d'adopter certaines mesures qu'il a jugées comme une infraction aux droid garantis à S. M. par le traité.

» Mais ici. Monsieur, je sois directement en opposition areclm; car je soutiens et suis prêt à prouver mon assertioa , d'après les premiers écrivains sur la loi internationale , que la Reine n'a pas dévié d'un iota de ses prérogatives de souveraineté, prérogatives qui lui ont été confirmées par le traité que, pour user des expressions de S. M. y elle fut forcée de signer au mois de septembre dernier. Dans une lettre au capitaine Vrignaud , à laquelle je me suis déjà référé, je lui disais qu'aussitôt mon arrivée ici » et même avant que je n'eusse ancré mon navire , je reçus une Zettre de U Reine, par laquelle elle se mettait entièrement sous la protection de la Grande-Bretagne, réclamant l'accomplissement de promesses qui avaient été faites de temps à autre à son père et à elle-même par le gouvernement britannique. Connaissant ces promesseSf je | considérai comme un devoir impérieux pour moi d'agir en conséquence et dans l'étendue de mon pouvoir, en soumettant à la rehie Pomaré mon avis lorsque S. M. l'a réclamé; et je sais que pour cela on a représenté que , tandis que le pavillon de France était le protectorat ostensible de S. M. , celui de la Grande-Bretagne ea remplissait les fonctions. Mais , Monsieur, même en admettant ce fait , je sais que je n'ai jamais dépassé les strictes limites de moa devoir comme officier anglais , en accomplissant de mon mieux les assurances données par ma souveraine ; et à quelque degré qoe la Reine Pomaré , agissant sous ce rapport , ait pu déplaire au gouvernement provisoire , qui peut avoir considéré les termes do traité d'une manière différente de la Reine et de moi , cepeadêni j*ai la confiance que j'ai bien agi d'après les circonstances dans lesquelles je me trouvais placé. J'espère si sincèrement avoir mente l'approbation de mon gouvernement , que si je me trouvais demain dans une position semblable , je suivrais exactement la même marche, quelles qu'en pussent être les conséquences.

» Pour m'en référer plus particulièrement au traité existant, vos connaissances en diplomatie vous démontreront , monsieur, ce qœ je viens justement de vous faire observer, qu'il ne peut avoir aucune validité en point de fait , jusqu'à ce qu'il ait été ratifié par votre souverain , et , en ce qui me concerne , jusqu'à ce qu'il ail été reconnu par ma souveraine. Donc, en conseillant de temps en temps

ANNEXES. i009

la reine, et selon ses désirs, je n'ai fait qa*agir selon les vues et les intentions de mon gouvernement, de même qa*en Taidant de mes bons offices dans les différends qui , malheureusement , existent entre S. M. et vous , comme représentant du roi des Français dant ces mers. Mais dans tous mes avis à S. M.» je lui ai conseillé uniquement de se borner à Texercice de ses prérogatives sur ses sujets seulement, et ce droit lui a été irrévocablement garanti par le traité dont elle se plaint si hautement » et qui , s'il est ratifié par votre gouvernement , lui enlèvera toutes ses attributions extérieures. La reine ayant solennellement déclaré maintes et maintes fob (et ses déclarations ont été transmises an roi des Français et à la reine d'Angleterre) que ce n'est que sous l'influence de la peur, et de la peur seule, résultat des menaces qui lui avaient été faites, qu'elle mit son nom avec une grande répugnance au bas du papier qui lui avait été envoyé à signer (et cela est confirmé par ceux qui l'entouraient à ce moment), je suis convaincu , monsieur, que lorsque votre souverain aura connaissance de ce fait, il suspendra la ratification du traité jusqu'à de nouveaux éclaircissements sur cette ^ question. Je suis certain , monsieur, que si vous aviex eu connais* sance de tous les faits qui se passaient alors k Eiméo , auprès de la reine , vous n'auries pas sanctionné de tels procédés envers S. M., et surtout encore si vous vous rappelex la situation délicate dans laquelle se trouvait alors S. M., situation qui a toujours exigé des hommes civilisés de tous les pays du monde protection et douceur, et surtout de ceux d'une nation qui tient le premier rang par sa courtoisie chevaleresque.

» Outre cette triste circonstance , j'ajouterai que j'ai appris de

bonne source que , quelques jours après la signature du traité qui

' fut envoyé k Eiméo à la reine, et obtenu par la menace d'un côté

' et par des importunités de l'autre, an second document» la pro-

' clamation, fut présenlé k la signature da S. M., qui finit par le si-

' gner, k cause des menaces du consul de France. Or, ces insultantes

' menaces Airent faites, on ne peut l'oublier, dans un moment où

' 1 accouchement de la reine était imminent. Et, en effet, une heure

' après que la signature de S. M. eut été obtenue , S. M. entra en

travail d'enfant , et ses douleurs furent bâtées , comme on le croit,

par son grand abattement et par la conduite offensante du consul

français envers cette malheureuse femme sans défense! Et S. M.,

apris de grandes souffrances , donna , le lendemain , le jour à un

niraiit. La France, l'Europe, le monde, formeront leur opinion

sur CCS procédés sans exemple , et vous-même , vous les condamne-

Tvi , j'en suis sur.

iOlO ANNEXES.

9 Ces faits dont tous èt€8 maintenant en possession, et qà crois, TOUS étaient inconnus, vous feront, j'en sois eonvsf i sincèrement déplorer les événements que je viens de décrm lorsqu'ils seront connus de votre souverain, j*ai l'espoir que S ! rendra à la reine Pomaré tous ses droits. J*espère donc qi quand vous aurei pris connaissance de tout ceci , tous tods an.r:i moi et à tous ceux qui ont connaissance de ces faits, pour blani conduite de l'individu (de M. Moerenhout) qui a été Y'wstrm de tous les maux qui ont affligé Taîti dans ces derniers te. ,i On m'a rapporté que cet homme avait dit en plosieurstsions que « ce ne serait pas sa faute s'il n'éclatait pas une ^^ » entre les deux nations, i> voulant parler de la France et de i it gleterre. C'est avec cette pensée qu'il semble avoir agi en ^ occasion; mais j'espère sincèrement que ces vues intéressées scr i déçues.

» Je dois vous faire remarquer maintenant , Monsieur» que â toute ma correspondance avec le gouvernementprovisoire.fi* plus vif désir a toujours été que les arguments que j'ai donr^ sesdiverses représentations et pour appuyer les différentes me^que j'ai odoptées, vous fussent soumis à votre arrivée , ou clos si l'occasion s'offrait de vous envoyer mes lettres ; elles n ooi écrites que dans cette seule intention , et j'ai donné copie ded" de ces lettres au commodore Lavaud ,avec prière de vous les tr:mettre lorsqu'il arriverait à Valparaiso ; car je désirais ri^ea que vous fussiez informé de Topinion que je m'étais faite do tn fait par vous avec la reine Pomaré et ses chefs en septembre «i<' nier, et mon désir s'est encore accru çn apprenant les parlicnlr tés, les circonstances , sans précédent aucun , qui ont accoinp" la signature de la reine. Ces circonslances , ainsi que je te con^ dère, selon l'opinion des premiers écrivains sur la loi internai' nale , rendront nul ce traité , ab initio , pour les raisons sunjnc ( Suivent les citations de Puffendorf , de Barbeyrac et de Watif:

» En présence de telles autorités , il est impossible de souter" la validité du traité en question, en supposant môme que vous eD" siez reçu de votre souverain les pouvoirs nécessaires pour Ico»^clure. Mais si je suis bien informé , vous n'aviez pas le projeldfs- Irer dans le port de Papcïli, lorsque vous parûtes en vue du T' en septembre dernier, si votre consul , en vous visitant , n'a»^^'/^' trouve certaines causes prétendues pour l'adoption de la m^'^^y qu'à la fin vous vous êtes décidé à suivre. Vous me permellrp'*'' vous le dire , Monsieur , celte marche paraît d'autant plus exinofdinairc après les lettres adressées à la reine Pomaré par le ^^'

'■ modore Boglet, votre prédécesseur immédiat dans le commande-

\ ment des forces narales de France dans ces Iles , six mois seule-

: ment avaut votre arrivée à Taïli , et celles du capitaine du Bouzet,

I de l'Aube , écrites quelques semaines avant votre arrivée ici, Les

copies de ces correspondances sont entre mes mains ; toutes eipri-

ment la satisfaction des dernières mesures adoptées par la reine

vis-à-vis des sujets français à Taîti.

» Au milieu de la variété des réflexions , Monsieur, que les devoirs délicats que j'ai eu à remplir à Taïti depuis quelques mois i m'inspirèrent, ce dont je m'applaudirai toujours le plus, ee sera I d'avoir été constamment fidèle à la modération, et j'ose espérer I que toute personne désintéressée ici me rendra cette justice de dire que dans les nombreuses difficultés , et j'ajouterai même les offenses ! ( ce qui est prouvé par les lettres sur lesquelles j'ai appelé votre attention ) , offenses qui m'ont été faites par la personne que j'ac- I ruse d'être l'unique cause de toutes les derniiTes mésintelligences f arrivées dans l'Ile , et qui ( si je me fusse laissé aller au même es- I prit ) auraient amené une guerre entre l'Angleterre et la France; L on me rendra , dis-je , la justice d'avouer que j'ai constamment usé , de modération. Je suis bien certain que le plus vif désir des deux gouvernements et des hommes qui sont à leur service , est d'éloi- , gner le plus longtemps possible toute éventualité de guerre. Je crois devoir vous donner l'assurance que l'Angleterre ( et j'en ai la certitude ) ne cherche pas, ne désire pas jouir d'une influence prédominante k Taïti. Tout ce qu'elle désire , c'est de voir la souveraine de l'Ile libre et indépendante, accordant faveur et protection égales aux sujets de tous les États , sans montret^eJa partialité pour aucun.

» Je ne terminerai pas sans vous faire savoir combien j'apprécie la disposition amicale généralement montrée par le Commodore des forces navales ici , le capitaine Vrignaud , qui a toujours travaillé à maintenir l'harmonie entre nos pavillons respectifs. Sans ses mesures tout à fait dignes d'éloges , je croirai toujours qu'il y eût eu une rupture entre les deux nations. »

8 juin 1649.

« Comme je viens d'apprendre par le capitaine Gambier, du 5<itfUitt, que suivant toute apparence, vous ne devei pas venir immédiatement à Taïti . je prendrai la liberté devons faire passer CfUe lettre par le capitaine Vri;;naud. J'ai l'espoir que j'aurai Tavanuge et l'honneur de faire bientôt «olre connaissance. Dans le cas même ou I occa*iion ne m'en serait pas offerte àTaiti , j'ai l'honneur d'être ,

Monsieur, avec la plus haute considération , voire très-obèisst&

très-humble serviteur.

» Signé : J. Toup Nichouls , commodorr >

N* 13. — Le capitaine Toup Nicholas auœ principaux r^i denté anglais' et à tous les autres sujets anglais dans les iU». Tditi et de Moréa.

A bord de la Vitidietive , en rade de PapeTii , 20 joio ta^

a Messieurs ^

» G^est devenu un devoir pour moi d^informer les sojct- . S. M. B. qui résident maintenant dans les états de la reicc Taiti, que j*ai reçu des inslnictions en conséquence desquelles devront, quel que soit le motif pour lequel il aient à demanderi: tice , avoir recours aux officiers de leur propre sonveraiof <:« cette Ile , ou aux lois établies par la reine Pomaré , et ne pas > qoiéter de sommations pour comparaître comme jarés , ni se >v mettre aux règlements ou aux juridictions de quelque sorte qi: soient , établis temporairement ici par les autorités françaises. >> le nom de gouvernement provisoire , non plus qu*étre soas b pendance de tout autre officier français, quel que soit soor^ dans la station Jusqu'à ce que la décision de la reine d'Anglelr relativement à Taïti soit connue.

» Bien que je sois déterminé , pour exécuter rigoureuseiDeoi ordre , à appuyer par la force ce règlement , si cela devenait c heureusement nécessaire , cependant je continuerai à faire de b> mieux pour rester en bonne intelligence avec les oflSciersdf /j''^ rine française en station ici ; et j'ai la sincère conviction qiK r' ne viendra troubler l'harmonie qui a subsisté jusqu'à présent tôles sujets de nos nations respectives.

» Je crois convenable de vous faire observer ici que rAngieicr ne cherche pas , ne désire pas le maintien , sous quelque forme qce soit, d'une influence souveraine dans ces iles; mais « tout en i^ pudiantune semblable intention, et en déclarant, ainsi qu'^^^''' fait maintes fois, en répondant aux souverains qui se sont suco" à Taïti et qui la sollicitaient de devenir la protectrice permao^^^ que , bien qu'elle ne veuille pas prendre un pouvoir prépoodèm dans le gouvernement de Taïti , la Grande-Bretagne , cepeodan» j'en suis également sûr, a pris la détermination qu'aucune au''* nation n'aura une plus grande influence ou autorité surceséut-^ que celle qu'elle réclame comme son droit naturel acquis (Mf^ longs et intimes rapports avec eui.

ANNEXES. I0l;l

» Surtout, je me considère comme aotorisè à constater que la dciennination de la reine d'Angleterre est bien de maintenir indépendante et libre la souTeraineté de Taîti.

» Je suif, etc. »

N"* li. — Lt lieutenant de vaisseau Beine au commodore Taup

Nicholas.

TaftiJe20iainii4S.

« Monsieur le commodore , B D*après les documents qui viennent de nous être commoniqoés par M. Mallet , commandant la corvette française VEmtuirade 9 nous voyons avec la plus grande surprise que , contrairement à toute ofpèce de droits , vouffdèclarct de nouveau ne pas reconnaître la validité -des traités laits par un amiral français, au nom de son souverain • avec la reine Pomaré et les grands cbefs , et qu'outre cela vous engages les sujets anglais résidant à Taiti à ne pas reconnaître les autorités françaises établies en vertu des traites et reconnues par la reine Pomaré, ainsi que par 'tous les consuls étrangers et m^me les résidents.

» Engager nos compatriotes à une opposition aussi ouverte à I ordre établi , aree promesse de les soutenir, c'est, monsieur le commodore, les exciter à un soulèvement général et provoquer de grands désordres dans ce pays.

» Placés à Talti par l'amiral du Petit-Thouars pour maintenir ce qui a été fait au nom de la France , nous devons non-seulement nous plaindre de toutes ces déroarcbes irrespectueuses envers le gouvernement français, mais encore de vos démonstrations con* stamment hostiles depuis votre arrivée sur cette rade , quoique cependant dans toutes vos lettres adressées au gouvernement provisoire vous ne cessîes de témoigner de votre désir de maintenir la bonne harmonie entre les sujets de nos nations respectives et de n'apporter aucun changement k l'ordre établi , Jusqu'à ce que les gouvernements aient fait connaître leur décision.

B Us nouvelles difficultés que vous venes d élever, et l'opposition aussi gratuite à un ordre de choses que vous aviei vous-même re- N>nou , nous obligent, monsieur le commodore , à protester ainsi qu'il soit :

• 1*" Nous protestons contre tout droit que vous vous arroges d'intervenir directement ou indirectement, dans les affaires politiques déjà réglées ou encore en litige entre la France et la reine Pomaré ; parce que cette démarche était à la fois contraire au respect dû au gouvernement français et en contradiction avec les lois internationales ;

iOli ANNEXES.

» 2' Nous protestons contre toute démarche hostile aussi contraire à la paix et à la bonne harmonie en cette Ile qu'en opposilioo avec la liaison intime et les sentiments de bienveillance et de respect qui régnent entre les gouvernements français et britannique;

D 3® Nous protestons contre votre dernière démarche auprès des résidents anglais à Taïti , ainsi que tout acte ou transaction quelconque avec la reine Pomaré ; son gouvernement ou les autorités locales , faites s^s notre participation.

» Malgré cette démarche authentique que noas prescrit notre devoir, nous vous prions de croire que notre plus vi f désir est toiyoon, comme par le passé , de maintenir la bonne harmonie et de prévenir toute difficulté dans ce pays.

» Recevez , monsieur le commodore , etc. b

N"* 15. — Le capitaine Toup Nieholas aux membre$ du ^os* vernement provisoire.

A bord de la Vindietive , baie de Papeïti;, 22 juin 184). tt Messieurs,

» Mon devoir m*a obligé à refuser de correspondre plus longtemps avec vous comme gouvernement provisoire ; cependant je répondrai encore dans cette occasion (mais pour la dernière fois) à la lettre que vous avez bien voulu m'adresser hier.

» Je dois nier positivement, Messieurs, que j^aie jamais témoigné aucun sentiment ou fait aucune démonstration hostile , et que j'aie dépassé en rien les limites qui m'étaient imposées par mon devoir en faisant chaque jour l'exercice du canon 'depuis q«c la Vindictive est dans ce port , et je vous demande la preuve de l'injuste assertion que vous avez portée contre moi. Si par bonheur le capitaine Vrignaud n'avait pas été ici , je crois que les mesures adoptées par un de vos membres au moins m'auraient forcé i prendre une position hostile.

D En terminant pour toujours ma correspondance avec vous comme gouvernement provisoire, je dois vous le répéter : ei\ même temps que je continuerai d'éviter avec un soin extrême tout ce qui pourrait être occasion de la plus légère offense pour le pavillon de votre souverain, j'obéirai à mes instructions, vous pouvez en être assurés , Messieurs, sans m inquiéter des résultaU ^ avec zèle et rigidité, et je soutiendrai énergiquement l'honnear de mon pavillon .

» Je suis, etc. »

N'> 16. — Le lieutenant de taUseau Reine on contre-amiral du Petit'Thouart. ( Extrait. )

TaKi , le 16 août 1843.

« Monsieur Vamiral ,

» î'nc pclitc goëlollo anglaise venant de Valparaiso est arriféc i Tn'ili , le :29 juillet , avec un ofTirier anglaij porteur d'ordres de 'amiral anglais, pour faire parlir de ce port la frégate la Findicire, dont le Commodore To"p Nirh*>las est venu m'annoncer le lôpart. Vous concevrez « monsieur l'amiral , que j*aic appris cette louvellc avec autant de plaisir que je puis vous l'annoncer, car je ne d is pas vous dissimuler que les entraves survenues dans la marche du gouvernement provisoire ne proviennent que des sourdes menées et des machinations dirigées parles Anglais , jaloux (le notre établissement dans le pays. La petite g(H^lette venue de Valparaiso, apportant l'ordre au ct>mmodore de quitter ce point, est partie le 1*' août pour les lies .Sandwich rejoindre l'amiral anglais. Le même jour, la reine Pomarc a fait affîcher une proclamation pour annoncer que les nouvelles lois { qui ont été faites par le commodorc Toup Nicholas ) ne seraient mises en vigueur qu'après une nouvelle décision. Je suis allé faire une visite au Commodore, ainsi qu aux offiriers de la Findictive,

p M. le commandant .Mallel ayant écrit au gouvernement pro- \i<oiro pour lui soumettre la demande qui venait de lui être faite par M. le commodore de la frégate anglaise , le gouvernement pro\i<:oire s'est aussitôt a><eml)lé pour écrire au commandant Mallet que , suivant les stipulations du traité , il pensait qu'il était profcrahle d'attendre les décisions du gouvernement français , et que la reine Pomaré elle-m^uïe venait dedéciiler que les nouvelles lois ne seraient promulguée^ qu'après dérision des gouvernements. La reine Pomaré a été faire une visile à Iwrd de la rindirtire , où elle a été reçue les hommes sur les vergues, et saluée, à son arrivée et k son départ, de vioîît el-nn coups de canon, son pavillon au grand mat. Le commandant Mailet a assiste au dîner qui a elé <l..nné à la reine Pomaré ; j'ai beaucoup regretté de ne pouvoir me rendre à bord de la f'iudirtire. à la demande du commo- «lore, Vv. »,. ^j'étais malade. Par suite de la conduite irréfléchie de la part de la reine Pomaré, les chefs Paraita , Iloli, Taamu et autres ont tini par se réunir pour envo\er des pro\ irions en cadeau au commandant Mailet et lui faire une visite. Le 5 août 18U, la fn/nle anglaise la P'indirtire tst enfin partie pour Valparaiso. Le Commodore Toup Nicholas, a^ant de partir, s'est encore fait

écrire par quelques habitants et résidents pour le prier de prolonger son séjour sur cette rade jusqu*à décision des gouvernements; mais ayant reçu des ordres précis, il fut forcé, malgré lui , de partir à son grand regret.

» La petite goélette que M. le commodore a expédiée d'ici , le 15 mars 1843 y avec deux officiers de son bord, pour envoyer en Angleterre ( par Tisthme de Panama ] la nouvelle de la demande du protectorat, n'est pas encore de retour, et tout le monde pense qu'elle a dû se perdre.

9 Grâce au concours bienveillant de la part de M. le Gomle Mallet, le commodore Toup Nicholas s'est en6n décidé à revenir sur Tordre qu'il avait donné à ses nationaux , en date du 20 juin , de ne pas se soumettre aux décisions du gouvernement provisoire.

D Après le départ de la frégate anglaise , M. Pritchard , consul anglais , a reconnu le gouvernement provisoire, et m*a envoyé ooe liste de ses nationaux susceptibles de pouvoir faire partie d*iui jury. ^ .

» Je crois devoir vous faire remarquer que deux jours après le départ de la frégate anglaise , et M. Pritchard , consul anglais , étant à Tlle de Moréa , par conséquent la reine Pomaré n'étant sous aucune influence, elle a écrit au gouvernement provisoire pour le prier de prendre des mesures afin d'empècber l'introduction des boissons fortes dans ce pays.

» Le 9 août, le hrïck l'Adonis est arrivée Talti, apportant votre dépèche ( n» 6 , en date du 20 juin 18i3 ), et, conformément à vos instructions, je ferai toujours tout ce qui dépendra de moi pour mener à bonne fin le poste important que vous m'avez confié.

» Je suis, etc. »

■ N*» 17. — /> capitaine Mallet à Vofflcier anglais commandant les matelots de la Yindictive.

Embtueode , Papeïti . le o» août 1843.

« Monsieur,

» En rentrant à mon bord ce soir, je me suis aperçu que vous aviez arboré le pavillon anglais sur le point où vous avez caserne les matelots de la Findiclive qui étaient sous vos ordres. En prenant cette détermination , vous n'avez pas sans doute rcQéchi à ce qu'elle avait de grave ; je dois donc , Monsieur, vous le faire sentir. Le pavillon anglais ne peut flotter dans l'Ile de Taîtique sur la maison de M. le consul britannique; partout ailleurs ce serait une insulte faite à la France dans la position où elle se trouve

aujourd'hui arec S. M. la reioe Pomaré. Après cela , Monsieur, je porterai k Yotre connaissance que M. le capitaine de la Findictite^ qui a occupé le même terrain pendant deux mois , n'a pas cru devoir en agir comme tous; il avait une trop haute idée des convenances 9 pour vouloir blesser en rien tootre susceptibilité , et il ne voulait pas se compromettre d'une manière aussi marquée aux yeux de son gouvernement ; aussi avons«noos vécu ici en bonne harmonie ; et comme je crois , Monsieur, que votre intention n>st pas d>n agir autrement que lui , j'aurai Tbonneor de vous prier de vouloir bien à Favenir ne pins mettre de pavillon sur la maison où habitent vos hommes. Votis comprendrez que le hisser de nonveau serait assumer sur vous une grande responsabilité , parce que je me verrais dans la nécessité d>n demander satisfaction à votre amiral , qui ne pourrait que vous désapprouver.

» Agréei » etc. »

N* 18. -* Le consul PriUKarà au capitaine Mollet.

GoDfulat briUnniqoe, 30 août 184S.

« Cher Monsieur,

» J*ai rhooneur de vous informer que j*ai reçu des mains de votre officier une lettre qui m'est adressée et une lettre pour M. Hareward • officier de l'équipage de la Findictive.

» Je regrette de voir dans votre lettre que le pavillon anglais a été arboré sur l'hôpital. J'ignorais ce fait ; je vais m*eo enquérir, et je vous écrirai de nouveau.

» J*ai rhonneur, etc. »

N» 19. — Jf. Hareward on capitaine de TEinbuscade.

Paperti, le 3i aoftt IS4S.

< Monsieur,

» Je réponds à votre lettre du 29 courant , par la déclaration suivante : Lorsque je 6s hisser le pavillon de S. M. B. sur la résidence que j'occupe en ce moment , il n'y eut de ma part aucune intention hostile ; je vous affirme sur l'honneur que je n'étais poussé par aucun motif de ce genre. Le pavillon a été hissé parce que j'avais sous mes ordres l'équipage d'un b^itiment de guerre. J'ai cru , dans cette occasion, obéir à un usage général. Aussitôt que j'eus reçu votre lettre , je Gs amener le pavillon , comme vous m*en exprimiexic désir.

» J'ai l'honneur, etc. »

i018 ANNEXES.

N» 20. — Z> consul Pritchard d M. Mollet.

Consulat britannique, Taolai, le s septambra 1S43.

« Cher Monsieur, » Je regrette que les maritis anglais aient agi asiez légèremeit pour arborer le pavillon anglais sur l'hôpitaK » L*oflBcier m*assure qu*il ne sera plus arboré. » J'ai rhonneur, etc. »

N» 21 .«-Ze capitaine Tucker au capitaine Mallet , eommanéa%i le bâtiment de S. M. le roi des FrancaU l'Embuscade. A bord du Ùuhlin , Papeiti, 4 novembre 1S4S. «Monsieur,

» J*ai rhonneur de vous envoyer ci-joint copte d'une lettre que j'ai reçue du consul de S. M. britannique , à la date de ce jour, relaliment à deux signaux élevés par le commandant du bâtiment de S. M. britannique la Findictive.

» Je vous serai obligé de m*informer du moment où îl vous conviendra de me mettre en possession de ces signaux. Au reste , si vous désiriez que quelques-uns des hommes de Totre éqmpsge aidassent à signaler les bâtiments étrangers qui paraîtraient en vue de cette lie , je serais charmé de réunir nos gens dans un ÏDlérét commun.

» J insisterai pour qu'aucun de mes hommes ne lare ses habits dans la rivière voisine , et je m'empresse de vous remercier pour le livre de signaux que vous avez eu la bonté de m'envoyer hier.

« Je suis , etc. v

N° 22. — Le contre-amiral du Petit-TTiouars au ministre de la marine et des colonies.

Baie de Papeïti , S noTombre i»43.

a A mon arrivée ici , le 4er, j*ai fait parvenir à la reine et aux grands chefs la lettre que je joins ici , par laquelle je leur annonce l'acceptation du protectorat et la ratiOcation donnée par le roi su traité du 9 septembre 1842.

« Le 3, ayant reconnu que la reine était toujours mal avisée et faisait de l'opposition en hissant un pavillon qu'elle disait avoir reçu de la reine d'Angleterre , et ne pouvant plus tolérer tant d'actes provocateurs et insultants pour notre considération nationale , et voulant mettre un terme à tant de tergiversations , j'ai pris , en conformité de nos droits de souveraineté extérieure, /< décision que je lui ai adressée, en vertu de laquelle je placerai le pa-

ANNEXES. i0i9

Villon de France successiTementior tous les points de défense et de protection des lies de la Société.

m Je sois, etc.»

N<> 23. — Le contre-amiral du Petit-Thcuan au ministre de la marine et des colonies.

Baie de PapeiU, rrégaie te Bnm Jf— c*i, !• s noTembre ms. c Monsieur le ministre, 9 Le navire VAtcide , ayant été affrété par M. le gOQTemeiir Bruat pour aller aux Marquises , mes lettres ont été retardées; mais une nouTelle occasion se présente : le navire baleinier PEU" nabeth , du Havre , venant de Sandwich , a mouillé ici hier au soir; il partira directement pour le Havre le 40, en même temps que I nous pour Yalparaiso. Je lui confle tontes les dépèches qui étaient prêtes et les copies de toutes les correspondances que j*ai été obligé I d^avoir depuis le 2 de ce mois. Par ces différents documents, Votre Excellence sera complètement informée des événements qui se sont I succédé , et m'ont forcé à prendre possession définitive des Iles de la Société.

» Je suis , etc. •

' N« 24. ^ La reine Pomaré au conirensmiral du Petit'T%ouar».

PapeTU, 4 noTembre U4S.

« Amiral , » J*ai reçu la lettre que tous m'avei écrite relativement au pavillon. M. Carpegna m*a aussi rapporté tout ce que vous TavieB chargé de me dire.

V Je ne puis en aucune manière me rendre à la demande que I vous me faites d*aniener mon pavillon ; il porte Temblème de ma souveraineté : tel est le motif pour lequel je tiens k le conserver. En outre , le traité ne stipule rien à Tégard du pavillon.

» Toute personne qui porterait atteinte à mon pavillon serait coupable.

» Recevei, etc.»

N** 25. — Le contre-amiral du Petit-Thouars, commandant en chef la station de France dans Vocéan Pacifique ^ à 5, >/. la reine Pomaré,

Baie 4e PapeHi , frégate te JImim Blmmekt^ le 4 Bovenibre itlS. « Madame , « J*ai rhonneur de vous accuser réception de votre lettre en date de ce jour, et je m*empresse d*y répondre.

» J'ai l'honnear dlnformer Votre Majesté qae Ton s'efforce toujours et très-malheureusement à lai inculquer des principes ùoxet de tous points contraires an droit des gens et aux intérêts de Votre Majesté et de son peuple.

« Du jour où la reine Pomaré a signé la demande da protectorat de la France et le traité concla avec moi le 9 septembre 1842 , eJle était irrévocablement engagée envers la France, et n'avait plus, de ce moment , le légitime pouvoir de faire un acte de souveraineté à regard des étrangers , puisqu'elle avait abandonné la souveraineté extérieure des lies de la Société à S. M. le roi des Français , et elle n'avait pas non plus le pouvoir d'apporter le plus petit chaogemeiK à l'état de choses existant au moment du traité, jusqu'à ce que la réponse officielle de S. M. Louis-Philippe fût connue.

9 Tel est le droit des gens , telle est la vérité , tels sont les principes dont on ne peuts'écarter sans blessser la foi des traités.Toute personne qui a pu dire le contraire à. Votre Majesté a commis on acte offensant pour le roi de France. C'est en quelquç sorte une Tèritable hostilité envers nous , et je dirai même envers Votre Majesté , puisqu'on cherche à Tentralner à faire des actes contraires à son honneur, puisque sa foi était engagée, et qu'en persistant dans son refus , Votre Majesté s*expose à des conséquences graves et à prolonger les maux de son peuple , dans l'intérêt duquel pourtant le protectorat a été fondé.

n Bien loin de vouloir empêcher Votre Majesté d'arborer un signe de souveraineté qui fasse reconnaître sa royale demeure , j'ai été M premier à l'engager, par ma lettre d'hier, à me faire savoir son désir à cet égard. Qu'elle me désigne la forme , les couleurs du pavillon qu'elle veut prendre , et je suis prêt à le reconnaître et à le saluer ; personne , plus que moi , n'a de respect et de considération pour Votre Majesté.

V Mais que Votre Majesté sache bien que je ne reconnaîtrai jamais un pavillon qui a été pris depuis la signature du traité avec le roi des Français et créé sous l'inôuence des personnes qui étaient animées d*un esprit d'hostilité à ce même traité et à la France.

» Dans le refus que je fais à cet égard , il n'y a rien de personnel pour Votre Majesté , et si elle veut bien réfléchir un instant , son bon esprit et sa haute intelligence lui feront voir que je ne pais faire autrement. Que Votre Majesté , se rendant à mes avis , salutaires pour elle et pour son peuple , veuille seulement faire un changement quelconque , substituer, par exeqiple, unç couronne d'étoiles d*or ou d'étoiles blanches à la couronne massive qui est dans le pavillon actuel , et au même moment, et à l'heure qu'eli<^

ANNEXES. i021

me signalera, je m'empresserai de lai rendre les honneurs royaux.

» Paisse la divine Providence porter la vérité dans l'esprit de Votre Majesté , et lai faire comprendre enfin qaels sont ses intérêts et ceux de son peuple I

» Je suis , etc. »

N* 26.— Ze cajniaineTucker au contre-amiral du Petit'Thwuart. A bord da Dublin ^ Papeïti , la r' noTcmbre 1843. « Monsieur.

» J'ai rhonneur de vous envoyer ci-joint copie d*une lettre que j'ai reçue de M. Pritchard , consul de S. M. britannique en cet endroit, aussi bien qu'une copie d'une lettre que j'ai adressée à M. Mallet , capitaine du bâtiment de S. M. française V Embuscade; elles sont relatives à deux signaux élevés par M T.Nicholas, commandant du vaisseau de S. M. fi. la F'indictive, avec l'approbation de la reine Pomaré et des propriétaires sur les terrains desquels ces signaux ont été élevés.

» J'ai aussi , Monsieur, à vous dire que M. Pritchard a dos témoi gn«iges écrits par lesquels il peut prouver que la permission d'ériger ces signaux n*a été donnée jusqu'ici qu'aux Anglais seulement, soit par la Reine, soit parles propriétaires des terres, attendu qu'aucune autre puissance n*avait demandé la même per- • mission.

» J'espère , Monsieur, que vous considérerex cette affaire sous son véritable jour. Le capitaine Mallet ne peut être regardé que comme un loeutn tenens jusqu'à l'arrivée d'un des vaisseaux de S. M. B. . et j'espère que vous donnerex des ordres pour que je sois mis sans retard en possession de ces terrains.

» Ces signaux sont d'un usage tout à fait particulier ; ils servent à annoncer l'arrivée des vaisseaux étrangers dans ce port , et , en stricte justice, il n'y a pas de doute qu'ils doivent être occupés uniquement par ceux qui en ont reçu l'autorisation. Toutefois , afin de prouver mes bonnes intentions à cet égard , j'ai engagé le capitaine Mallet à réunir, dans notre intérêt commun , les hommes employés dans ces signaux.

» Je suis*, etc. »

N* 27. » Le contre-amiral du Petit Thouan au cafUaine Tucker, commandant le Dublin.

Frntaie lu Heittt Blatuke, F«p«iti, le 2 novembre iS4l.

« Monsieur le commandant , »> J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre datée

i022 ANNEXKS.

d*hier. Après avoir examiné sérieusement son contenu , fil m'a fnre qae la réclamation de M. le consul de S. M. B. ne porte pas uniquement sar les deux bàlons depavillon qui font l'objet de sa demande, sans quoi je vous les ferais rendre immédiatement, mais bien sur le droit qu*il semble regarder comme lui étant acquis, d*avoir un poste de signaux sur l'une des lies de la Société , quesrtion qui aurait alors quelque gravité.

» J'aurai l'honneur de vous répondre dans ce sens à cette requête qui , selon moi , soulève une question préjudicielle , à savoir : si h Reine Pomaré , ayant solennellement abandonné la souveraineté extérieure des lies de la Société à S. M. le Roi des Français, avait encore , après le traité par lequel elle transmet sa souveraineté à S. M. Louis-Pbilippe , le droit de faire un acte politique de celte portée. Dans mon opinion je ne le crois pas; ce serait contraire an droit des gens et des nations , et nulle transaction , nul traité ne serait valable ni possible si Fexercice d'un tel droit pouvait être accordé.

» La Reine , par son traité du 9 septembre 1842, ayant placé tout l'archipel de la Société sous la protection et sous la souveraineté extérieure de S. M le Roi des Français, de ce moment la Reine Pomaré était irréyocablement engagée quant à elle ; les grands chefs et son peuple , et ses États , se trouvaient dès lors , par rapport à la France , dans une situation tout à fait analogue à celfe des lies Ioniennes par rapporta TAngleterre, d*où il suit toat natnrellement que l'acte auquel réfère M. le consul de S. H. B. est nul , puisque son origine est viciée , ^tqu'une pareille concession ne pouvait être , à l'époque où il se reporte , valablement faite par S. M. le Roi des Français.

9 J'espère que ce peu de lumière que j'ai jeté sur cette question suffira, avec le bon esprit et la loyauté que je vous connais, pour vous faire abandonner une prétention que vous ne pouvez pas regarder comme plus juste que ne léserait celle de la France de vouloir élever une tour d'ordres ou de signaux an-des'sus de Corfou.

» Agréez , etc. »

N** 28. — Le capitaine Tw:ker au contre-amiral du Petit- Thouars.

A bord du Dublin , PapeYti, le 3 novembre 184S. « Hfonsieur, » J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 2 du courant , par laquelle vous refusez de me mettre en posses-

sion des signaux élevés par M. T. Nicholas, commodore do bitiment de S. M. B. la rindictive.

» Il De m*appartient pas, Monsieur, de décider si S. M. la Reine Pomaré avait ou n'avait pas à cette époque la faculté d'accorder aux Anglais la permission d'ériger ces signaux ; mais ce que je puis affirmer, hautement, c'est que, comme souveraine indépendante , elle en avait le droit. Mon devoir m'oblige donc de soumettre votre lettre au contre-amiral Thomas , mon commandant en chef.

* » J'ai l'honneur, etc .»

N^» 29.— X« eontre^amiràl du Petit^Thouan au capitaine Tucker.

R^mê BUmhê^ baie de PapeïU, le I nofembre 1S4S. « Monsieur le commandant^ > Conformément à l'avis que j'ai eu l'honneur de vous donner ce matin, et en vertu de la souveraineté extérieure des lies de la Société, concédée au Roi des Français, le pavillon national de .France sera demain arboré sur File de Motou-Oula. 11 sera salué par les bâtiments de la division , à huit heures du matin , A midi et au coucher du soleil. La frégate la Reine Blanche et la corvette VEmbuicade seront pavoisées de huit heures du matin jusqu'au salut du soir.

» Agrées, etc. »

N* 90. ~ £« capitaine Tueker on co/ntre^amiral du Petit'- Thouare.

A bord da lhii/iii,P«peîU, le 3 novembre 184S.

« Monsieur ,

m J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous m'avex adressée à la date de ce jour> n<»3, et par laquelle vous m^inforroex que votre intention est de hisser demain sur l'iie de Mooto-Uta le pavillon national de France, et de le saluer.

» Je dois vous informer à cet égard que , n'ayant aucune instruction de mon commandant en chef pour reconnaître les droits du Roi des Français à la souveraineté extérieure des Iles de la Société. Je me regarde comme obligé de m'abstcnir de l'honneur de saluer en cette occasion le pavillon de S. M. le Roi des Fran* çais.

» J'ai l'honneur, etc. »

N' 3t. — Le capiiaine Tucker au contre-Oiniral du PelU- Thouars,

A bord da DutUn , Papeïti , le s novembre 1843.

« Monsieur,

» En arborant aujourd'hui le pavillon français snr^l'lle de Taîti, en envoyant hier au consul de S. M. B. la notification officielle de ce fait, vous n'avez laissé aucun doute sur votre intendon de prendre possession de ces tles.

« Il est donc de mon devoir, comme officier commandant les forces navales de S. M. B. dans cette station , pour S. M. et en son nom, de protester solennellement contre cette occupation. Depuis les premiers rapports de ces lies avec les nations européennes, leur souveraineté a été considérée comme indépendante par VAngleterre ; leurs habitants ont été arrachés à la barbarie • élevés comme des enfants ; ils sont entrés dans le giron de TÉglise chrétienne protestante , et la Reine Pomaré a reçu la promesse et la protection officieuse de S. M. B.

» C'est avec regret que je me vois de nouveau obligé de voos rendre responsable, aux yeux de la Grande-Bretagne, du tort qoe votre conduite pourrait faire aux intérêts de S. M. B. Isl Rei'ae Victoria.

» Je suis, etc. »

N<* 32. — Le contre-amiral du Petit-Thouars au capitaine Tucker.

Rein» Blanche^ baie de Papefli, le 6 nOTembre 1843.

« Monsieur le commandant^

» J'ai rhonneur de vous accuser réception de votre lettre de protestation en date de ce jour.

» Je saisis celte occasion pour vous représenter que je suis informé que vous devez ce soir recevoir l'ex-Reine Pomaré à bord de la frégate de S. M. B. le Dublin, et la saluer sous les couleurs qu'elle avait adoptées contrairement au droit des gens. Je vous déclare, monsieur le (commandant, que l'Angleterre ayant reconnu le traité de Tcx-Reine Pomaré , n'a pas voulu exécuter ce que vous m'avez dit savoir par des interpellations faites aux Chambres d'Angleterre. Je proteste contre une telle manifcslaiion , si elle doit avoir lieu , et je la regarderais comme une démonstration hostile envers la France.

» Agréez , etc. »

ANNEXES. i025

N* 33. ^ Le capitaine Tucker au contre-amiral du Petit- Thouare.

A bord da DMim , PâpelU, le o noTombre iS4S. € Monsieur,

» J'ai rbonneur de répondre à la lettre que toos m'avei adres* sèe à la date de ce jour. Si S. M. Tex-Reine Pomaré demande une protection personnelle , je me conformerai dans ma conduite aux règles de T honneur, qui sont les mêmes , j'en suis persuadé , pour ma souveraine, pour S. M. le Roi des Français et pour toutes les autres nations civilisées.

» Puis-je TOUS demander, Monsieur, la même francl^ise que vous trouverez en moi dans toutes les occasions. Vous prétendes être informé que je dois recevoir ce soir l'ex-Reine Pomaré k bord du vaisseau de S. M. B. le Dublin, et que je dois saluer son pavillon tel qu'il était avant la dernière occupation. Je vous demande de me présenter à bord de la Reine Blanche, et , en votre présence, à la personne qui vous a donné cette information.

» Je n'ai encore jusqu'à présent aucune instruction, soit de mon gouvernement , soit du commandant en chef, pour reconnaître le traité auquel vous faites allusion.

» J'ai l'honneur, etc. »

N» 34. — Le contre^amiral du Petit-Thouan à M. 'fucker, commandant la frégate de S. M. B. le Dublin. Fxégate Iti Mêimê BUnekê, PapeïU, le Y novembre ies3. « Monsieur le commandant, » Je vais avoir l'honneur de répondre à votre lettre, en date d'hier, qui ne m*a été remise qu'à la nuit.

» Par votre deuxième paragraphe, je vois que vous avez donné à ma protestation une étendue qu'elle est bien loin d'avoir. Elle ne porte en aucune manière sur les droits d'hospitalité et d'asile, qui, dans tous les temps, ont été en vénération chez tous les peuples, et qui aujourd'hui , parmi les nations civilisées , sont en grand honneur, particulièrement en France , où le dernier s>xerce chaque jour, ainsi que dans tous les pays étrangers où nos bâtiments de guerre vont porter nos couleurs nationales : c'est de notoriété publique. Mais je ne crois pas que du droit d'hospitalité ou d'asile, doive nécessairement résulter celui de rendre des honneurs qui pouvaient être dus antérieurement aux personnes ainsi protégées. Il me semble qu'une démonstration de cette nature serait une véritable intervention » et c'est contre b possibilité seule d'un fait

semblable qae j'ai cm devoir protester pour éTiter, autant qii dépendrait de moi , la perpétration d'actes qui pourraient j^ quelques difficultés dans les relations de mutuelle bienveilUor^ qui existent entre nos deux gouvernements. Telle est, nioDsieu le commandant, la véritable signiGcation de mon prolèt, d ji cru devoir vous en donner cette franche définition.

» Dans le troisième paragraphe de votre lettre , vous me denndez d'avoir toujours pour vous la même franchise que vous von* proposez de conserver avec moi dans nos relations nltérieiir«$.i( me félicite , monsieur le commandant, de vous voir vous placer 5o ce terrain. Cette requête est une preuve des nobles sentimeotJ(p je vous attribuais. Vous me trouverez toujours dans cette ligne (^^ conduite. Toute ma vie , qui s'est écoulée en service actif et pv ainsi dire en place publique , en fait foi.' Je n*ai Jamais donné a avis tout bas que je n*eusse pas répété tout haut.

» Je n'accède point au désir que vous m'exprimez , à la fin ^. même paragraphe , de vous mettre en présence des personnes i qui j'ai reçu les informations qui m'ont été envoyées. D'abor parce que je pense que cette manière de procéder serait peu ce venable envers vous dans le rang que vous occupez, etenic: parce que la prudence et la réserve que je dois garder m>o f' une obligation. Je dois d'ailleurs vous dire qu'il me serait di§ de dter une personne plutôt qu'une autre ; j'ai reçu cette infonv tion de plusieurs personnes , soit par écrit , soit verbalement : r officiers l'ont également reçue à terre , où , à ce qu'il parait, t!,' s'était également répandue.

» Je saisis cette occasion pour vous annoncer que , sous peQj^ jours , je mettrai à la voile pour Valparaiso et que je prendn toutes les dépêches que vous voudrez me confier.

» Recevez , etc. »

N<» 35. — £f capitaine Tueker au contre-amiral du PetH- Thouarê.

A bord da Dublin^ Papeïti, le 7 noTembre 1843. « Monsieur,

9 J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre qoe to^ m'avez adressée à la date de ce jour.

» Dans votre lettre du 6 courant, vous déclariez avoir appris <p j'avais le projet de saluer l'ex-reine Pomarè , dans le cas où ei" visiterait le vaisseau de S. M. B. U Dublin, et vous m'aceosiei ^

rintention de commettre un acte qae voiu regarderiez comme uoe démonstration hostile en?ers la France.

» Je regrette , Monsieur, que vous ayez porté une si grave accusation sans me mettre en présence de la personne qui doît répondre de rinformation qu'elle a donnée, soit par écrit , soit de vive voix.

» J'ai pris sur moi une grande responsabilité en vous offrant d'aller me Justifier à bord de votre bâtiment même; mais je Ta! fait , Monsieur <en Fabsence de mon amiral ) , par respect pour votre pavillon et plein de confiance en votre honneur, avec Vintention de me trouver face à face avec mon accusateur.

» Pour vous prouver que j'entends ne pas m'écarter de la franchise avec laquelle j*ai entamé cette correspondance , je vous informe positivement que je suis en mesure de prouver que , dans plusieurs conversations qui ont précédé Toccupation de ces Iles par les Français, j*ai déclaré que j'avais précisément une intention opposée, dans le cas où Tex-reine chercherait un asile k bord du vaisseau de S. M. B. que je commande.

» Je saisirai aujourd'hui l'occasion d*aller vous remercier en personne de la politesse avec laquelle vousm'offrei de porter mes dépèches à Valparaiso.

» J'ai rhonneur, etc. »

N« 36.— £e capitaine Tucker au eonire-amiral duPetit-Thouars.

A bord da Dmhlin, Pap«ia le T novembre 184X

« Monsieur»

» Il y a plusieurs terrains dans Tile de Taiti que S. H. l'ex-reine Pomaré a ofTerts à S. M. B. la reine Victoria, pour le service des bâtiments de S. M. B. qui toucheraient à ces Iles. Ces terrains sont : un hôpital, sur la pointe Nuiere; une boucherie, près de l'abreuvoir; une boulangerie^ située sur un terrain appelé Patavau, et on jardin , prés du palais de Tex-reine , tous endroits qui ont été indiqués par ordre de l'ex- reine , et mis à la disposition du consul de S. M. B. et de l'officier commandant à cette époque les forces navales de S. M. B. Je désire èlre informé si je puis me considérer comme Tofficier commandant les forces navales de S. M. B: pour le service de S M.

9 Je suis, elc, « 5t^, Team. »

N« 37. — Le contre-amiral du Petit-Thauars àAf. TWfcer, commandant le Dublin.

Frégate la Aatne Blanche^ PapeTU, le 7 noyembre 1S4S.

« Monsieur le commandant ,

» Je Tiens de recevoir votre lettre timbrée n» 1, en date d'aujourd'hui , et je m'empresse d'y répondre.

» Les portions de terrain que vous me signalez avoir été données à des officiers de S. M. B. pour l'usage de sa marine royale , par conséquent pour être employées à un service public , me paraissent dans le même cas que le poste de signaux dont vous m*afa déjà demandé la remise. Ces donations me semblent devoir être nulles , puisqu'elles ont été faites depuis la signature du traité conclu le 9 septembre 18i2 , par conséquent a une époque où /'exreine Pomaré ne jouissait plus de ses droits politiques extérieurs, puisqu'elle avait concédé la souveraineté extérieure de ses Éfa(5 i S. M. Louis-Philippe P'. Cette réclamation , comme celle do poste de signaux , soulève une question de droit que je viens de résoudre conformément au droit des gens ; et ici , comme dans ma réponse relative au poste de signaux , je ne puis m'empècher de faire un rapprochement, c'est que vous n'avez pas plus de droits réels à fonder de tels établissements dans les îles de la Société que nous n'en pouvons avoir à en créer de semblables ilans les lies Ioniennes, nous eût-on donné légitimement les terrains nécessaires à leur fondation. Je ne puis que protester contre toute occupation de cette nature faite par les officiers de S. M. B.

» Je transmettrai cette nouvelle requête à mon gourernement , qui s'empressera , je n'en doute pas, de la résoudre dans le sens le plus juste , et j'espère aussi le plus satisfaisant pour le maintien de nos relations internationales.

» J'envoie également, pour connaissance , copie de votre lettre a M. le gouverneur des possessions françaises dans l'Océanie. »

N» 38. — Le contre-amiral du Pelit-Thùuars au commandant

Tucher, JKatiM Blanche^ baie dePapeïU, lé S novembre I843. tt Monsieur le commandant, » J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en dite du 7, timbrée n^ â de ce jour.

» Je vous remercie des détails qu'elle contient; Us ont pour

base les sentimeDls les plus honorable^ , et je n'attendais pas moins de yotre loyauté.

» Je vous félicite de tous avoir vu accomplir le projet que vous avies de venir me voir ; je me propose aussi d*aller prendre congé de vous en personne.

» Je joins ici deux journaux qui viennent de me parvenir de Mazatan ; ils renferment quelques détails sur nos nouvelles possessions de la Polynésie.

» Agréex , etc. »

N<* 39. — /> contre-amiral du Petii-Thimar» à M^ Pomaré.

Bêït de PapeïU , frégal« la Beinê Biâmehe, le 9 novembre 184S. c Madame , » J'ai rhonncur de vous informer que je n*ai plus aujourd'hui la faculté d*avoir des relations officielles avec vous. Cest à M. le gouverneur Bniat que vous deves adresser toutes les communications que vous désirex faire parvenir à S. M. Louis-Philippe I*'.»

STATIO» XAVALB VB FIANCB DANS L^OCftAN rACIFlQUB.

N« 40. Le contre-amiral du Petit^Thouan a S. Exe. M. le miniêtre de la marine.

Frégate to JMm MifdU, is novembre iMS.

« Monsieur le ministre ,

1 Moins pressé aujourd'hui , je vais avoir Thonneur d'écrire avec détail à V. Exe. sur les affaires de Taïti ; je lui rendrai un compte ûdcle de la situation où je les ai trouvées , et lui ferai connaître le cours qu'elles ont suivi depuis l'acceplation du protectorat. Des intrigues inouïes ont eu lieu , non-seulement pour engager la reine Pomaré k enfreindre le traité qu'elle avait conclu de son libre arbitre , et qu'elle avait même sollicité d'accord avec les grands chefs de Tarchipel , en septembre de Tannée dernière , mais encore pour arriver à annuler ce traité ou à en empêcher l'exécution , en pré* parant des obstacles de nature à faire croire k de la violence et k des procédés outrageants de notre part envers la reine.

» Afin de mieux faire connaître la position de la société é Talti, je suis forcé de remonter dans le passé jusqu'à une époque assex reculée, celle du roimslère de M. Ganning. Dans ce temps, le nombre des blancs s'était déjà tellement accru dans les lies de la Société, que les missionnaires , qui comme tout le monde le sait • avaient clé choisis dans les derniers rangs de la société de Londres et pris

i030 ANNEXES.

parmi let ooniers, tels que forgerons , eharpentf ers , imçons on autres , n'étant point assez éclairés pour faire de bonnes lois , cipables de servir de base à une société bien organisée , reconnurent leur insuffisance, ou les chefs indigènes la reconnaissant pour em, crurent devoir s'adresser au gouvernement de la Grande-Bretagne, qui était alors à peu près le seul dont ils eussent entendu parler, et prièrent S. M . Britannique de vouloir bien les prendre sous sa protection immédiate , et de leur accorder le pavillon anglais.

» L'amirauté fut alors consultée, et, sur son avis motivé que l'accession de cet archipel à la couronne d'Angleterre serait ooe charge plus onéreuse qu'avantageuse pour TËtat, M. Cakining, premier ministre dirigeant les relations extérieures, répondit en conséquence par un refus, mais par .un refus poli. Gela se conçoit : il était nécessaire de pallier la dureté d'un pareil procédé.

» Qui aurait pu croire alors que cette preuve de mauTaîs roo/oir l rendre un service indispensable à ce pauvre peuple , qui le réclamait pour sortir de son état de dégradation , deviendrait un jour un titre que l'on revendiquerait pour en réclamer la domination ?

» C'est pourtant ce qui arrive; et cette prétention , tout exagérée qu'elle est, a été la base de la conduite des officiers anglais, qui se sont crus en droit d'intervenir ouvertement dans les affaires qui ne les regardaient pas. Il est vrai, pourtant, que le gouvernement de la Grande-Bretagne, mieux informé, n'a point élevé cette ridicule prétention, qui ne peut avoiri'ombre d'un droit. Bi, en effet , il est plus logique d'inférer du refus de protection que fit alors l'Angleterre qu'elle reconnaissait tacitement au gouvernement de Talti la foculté d'appeler, pour le diriger, qui bon loi semblerait. J'avoue que c'est cette considération, si simple et si naturelle, qui m'a décidé à ne pas rejeter le protectorat lorsqu'il m'a été offert. J'étais bien convaincu à l'avance que notre position aux Marquises entraînerait les officiers de la marine britannique à chercher à s'établira Talti; et on ne peut douter que , sans le pavillon du protectorat , le leur eût été arboré sur cette lie avant que le roi eût en la faculté de se prononcer.

» Mes prévisions se sont justiGées de point en point. Ce qui d'un autre côté prouverait que nos droits sont réels , c'est qu'ils ont été respectés , du moins en partie , sans quoi les Anglais eussent trèscertainement planté leur drapeau sur cet archipel ; ne le pouvant faire , ils ont imaginé d'user d'autres armes ; mais , quoi qu'ils fassent^ la vérité se fait évidente comme le soleil , par l'exercice tranquille de notre protectorat pendant quatre mois ! Tout le monde était heureux, àTalti , de voir enfin la justice établie là où régnaient

avant Tanarchie, Taisaflsinat, le vol el tons lef fkesboirten qu'entraînent à leur suite rivrof^eiie et la débauche.

» La lettre de la reine an goaverneinent proyisoire, en date du 16 décembre 18i2 ; celle dn même jour, qu'elle écrivait au régent pour se plaindre qu'il n'appoyait pas suffisamment les mesures du gouvernement provisoire, lui ont-elles été arrachées par la crainte t Évidemment non. Nous n*avions là que deux officiers , seuls , sans troupes, sans navires. Ces lettres ne sont-elles pas, au contraire , les preuves irrécusables de son libre acquiescement à tout ce qui a été fait 7 Qu'on produise les instructions données par sir George Gips, gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, au commandant Sullivan, de la corvette la Fatoriie, et le rapport de cet officier à son retour i la Nouvelle-Hollande. On y verra qu'envoyé à TaTti pour recueillir des plaintes contre nous , il n*y a entendu que des éloges sur notre administration , ce dont il a loyalement rendu compte , à ce que j'ai appris par M. le capitaine de vaisseau Lavaud , auquel il Va dit.

» Que faut-il de plus pour se convaincre ? Bien , ce me semble » parce que ce serait vouloir nier la lumière ! Nous n'avions aucune force de terre ni de mer pour imposer ; deux officiers seulement ont suffi k cette œuvre , parce qu*elle avait pour elle Tassentiment de la reine , des chefs et du peuple.

» Les troubles, à Tatti , n*ont recommencé qu'à l'arrivée de la corvette leTalbot, en janvier 1843; l'officier qui commandait ce bâtiment ne pouvant placer le pavillon de la Grande-Bretagne sur ces lies, but qu'il se proposait , souffia la discorde, chercha, aidé des missionnaires, à faire revenir la reine sur ses actes les plus formels et sur ses engagements les plus sacrés. Dès lors commencèrent des intrigues qui se sont continuées ensuite , sans décesser, jusqu à mon retour. Tous les petits moyens ont été mis enjeu : tantôt c'était un essai , tantôt un autre , soit pour entraver 4a marche du gouvernement provisoire, soit pour se faire faire des concessions , afin de se créer des titres sinon réels, du moins apparents.

« M. Pritchard aborda , peu après le départ du Talbot , sur là frégate la ^indictire, et n'attendit pas qii'elle allât au mouillage; il se fit mettre à terre au point le plus voisin et prêcha immédiatement une croisade contre nous et contre le gouvernement provisoire, c II faut les chasser et arracher le papillon du protectorat! » s'êrria-t-il. Et il appelait les indigènes aux armes. Tous ces actes sont prouvés par des lettres d'Anglais, surtout par celle écrite par M. Smith en réponse à M. le commandant de la Findiclive,

qui rayait prié de prendre des informalions sur ces feits. Ils sool. de plus, confirmés par M. Salmon, Anglais, beaa-frère de feireine Pomaré , qui les entendit , et vit dès lors avec cbagrio tons les torts que feraient les mauvais conseils de M. Pritcbardà» belle-sœur et à sa famille.

V L'époque de l'arrivée de ce missionnaire-consul est signal» par un redoublement de désordres. C'est alors que Ton imagim ce pavillon de fantaisie que l'on fit prendre à la reine , malgré ses engagements envers la France , afin d'en tirer parti plus lard.

1» Il serait trop long de faire l'analyse de toutes les pièces qui prouvent comment le commandant de la Vindictive s'est conduit envers nous; il n*a pas fait une seule action ou une seule démarche qui n'ait eu une tendance hostile envers la France. Un jour il demanda , ou plutôt il avisa , sous forme de demande , qu'il allait mettre un homme ^ terre pour garder des embarcations en réparation. Ce fut d'abord un soldat sans uniforme qu'il envoya eo service , bientôt ce fut un soldat en uniforme et sans armes , pu^$ nn soldat armé , puis deux , puis trois , enfin jusqu'à huit ou dis. Un autre jour, il dit qu'il va envoyer un matelot voir si on pourrait découvrir un navire qu'il attendait. Peu après on vit ce matelot porter un mât de signaux; enfin ce fut bientôt nn poste complet de signaux qu'il établit sans égards pour le traité existant entre la reine Pomaré et la France. Il se conduisit de même en tout. Il n'a jamais agi que par essais, par empiétements successifs à notre égard.

y» Je joins à ce rapport les duplicata des lettres et pièces officielles auxquelles ont donné lieu mes dernières transactions a Taïti. Votre excellence trouvera en outre la copie de la lettre de la reine au roi, qu'elle m'avait fait transmettre après l'entrée eo fonctions du gouverneur, et que je lui ai envoyée.

» Par ma correspondance avec le capitaine Tucker , commandant dé la frégate le Dublin , Votre Excellence reconnaîtra quel était le véritable but des envahissements et des empiétemenis successifs du commandant de la Findictive, Ce dernier officier a évidemment cherché à leur donner toute leur valeur ! Mais il m'a semble que les réclamations fa\|£s par le capitaine Tucker, des établissements indûment concèdes à M. le commandant de la frégate h Findictive , soulevaient toute une question préjudicielle , qui est celle de savoir quel droit aurait eu la reine de faire à un pouvoir étranger des concessions de cette nature, ayant, préalablement à ces actes , complètement transmis la souveraineté extérieure des fies de la Société à S. M. le roi des Français? Il m'a paru évident

qQ*elle n'avail plus on tel pouvoir, et qoe da Jour où elle avait apposé sa signature au traité , elle avait définitivement renoncé à toutes relations directes avec les gouvernements étrangers, et qu'en conséquence , tout acte de cette portée , nécessairement vicié dans son origine , devait être nul de plein droit.

j» Il est facile de voir que , par toutes ces menées , le capitaine Toup Nicholasne rêvait qu'au moyen d'engager son pays k prendre parti contre le nôtre ; tout respect de Findépendance des souverains et du droit des gens était par lui mis au néant. Cependant , et très-certainement, il eût trouvé fort mauvais et très injuste qu'un pouvoir quelconque tùi intervenu en Chine après le traité fait avec l'Angleterre, et fût venu dire à l'empereur : « Hanquei » à votre traité avec Sa Majesté Britannique , nous vous défen- » drons et nous vous soutiendrons. » Telle a été pourtant la conduite qu'il a tenue envers nous ! Bien plus , lorsqu'il rendait des honneurs ridicules à un pavillon inventé et établi comme signe de

I renonciation au traité, n*intervenail-il point directement dans des

I affaires qui eussent dû lui rester étrangères, et p'éuit-ce points une démonstration patente d'hostilité contre la France? Quels traités seraient possibles et respectés, si de pareilles interventions étaient permises?

I « Ce pavillon , il ne Ta tant fêté que parce que , ne pouvant

faire flotter celui de la Grande-Bretagne , il espérait qu'un jour il

I deviendrait un obstacle à l'organisation du protectorat, ou que la nécessité où l'on nous placerait de Tamener, puisqu'on rétablissait comme un signe de révolte contre le traité , donnerait lieu à une espèce de conflit , d'où on inférerait que nous aurions rompu le traité, puisque nous serions amenés à faire plus qu'il ne statuait» et que de là on prendrait sans doute aussi occasion de tirer des conséquences très-logiques pour crier à l'oppression de la pauvre reine Pomaré , et donner à nos actes une couleur &odieu$e pcr^ sécution^ tout en se plaignant bien haut de notre imatiable ambition! Enfin , la vérité est que Ton a pensé, que par cette mesure, on arriverait à faire naître le moyen de soulever toute l'Angleterre contre la France !...

B M. Pritchard cherchait à eflrayer la reine en lui disant que je Toujais la faire enlever et l'envoyer en France ! Ce qui , dans ces Iles, où l'exil est plus redouté que la mart, avait pour but de l'obliger à chercher un asile dans sa maison» d'où il ne voulait pas qu'elle sortit même pour me recevoir ; il avait la prétention de vouloir que les affaires deTaTti fussent traitées dans son consulat, et lorsque la reine , malgré lui , me reçut chei elle , j'ai su qu elle

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s^était décidée à amener son pavillon , mais que M. Pritohard, par obsession , Tavait depuis lors fait revenir sur cette décision en kii promettant qae si nous amenions son pavillon il amènerait le aten, et que comme le sien se relèverait , celui de Pomarè reparaîtrait en même temps ! M. Pritcbard n*amena pourtant le pavilloo de son consulat que près d'une demi-heure après que celui de fantaisie de la reine eût été amené et remplacé par le pavillon français. Mais aussitôt il imagina de faire faire une visite par la Reine k bord de la frégate laDublin^ pour avoir occasion de faire relever ce chiffon mystique et de le faire saluer de vingt et un coups de canon par cette frégate qui, avant mon arrivée , Tavait déjà salué. Mais, très-heureusement, je fus averti à temps de cette nouvelle provocation insultante , et je réussis à en empêcher rexécolion en écrivant aussitôt à M. Je capitaine Tucker à ce si]yet.

» Malgré qae ce rapport soit déjà très-long, je crains de n'avoir point encore dit sur ces affaires tout ce qu'il importe à Votre £x-> cellence de bien connaître , et je ne crois pouvoir rien faire de plus utile pour éclairer le gouvernement que d'envoyer en France M. Reine , lieutenant de vaisseau, dont la conduite , comme gouverneur de Talti , a été si honorable , que , malgré les difficultés de sa position , il ne s'est élevé qu'un cri d'éloges sur son compte disns tous les partis. Il expliquera à Votre Excellence ce qui ne lui paraîtrait point asses clair, et il aidera évidemment le gouvernement à apprécie^ à sa juste valeur Tétat de civilisation de ces peuples et à connûtre leurs besoins réels. Ils ne peuvent plus allée seuls ; c'est de toute évidence pour les personnes qui connaissent lenr situation ; mais il n'est pas moins évident que les Anglais ne cherchent à nous éloigner ou à nous faire abandonner cet archipel» que pour s'y établir à notre lieu et place.

9 M. Reine est un officier distingué, qui vient de se faire remarquer en donnant les preuves les pins irrécusables de son honorable caractère , et il mérite non-seulement toute la conflanoe du gouvernement, mais encore d'être dignement récompensé pour Hionueur que sa conduite a fait rejaillir sur notre corps.

» En dernière analyse pour résumer tous les faits, les bien préciser et faire connaître le temps de lenr succession, je crois encore devoir ajouter un mot.

» Arrivé seul à Taiti , le 1'^ novembre, je mouillai enPapeIti, où déjà se trouvait la corvette française l'jSmhuscade, en station à ce port depuis le mois de juin, et la frégate anglaise le Dublin, arri* vée le 1'*^ octobre. L'amiral Thomas, qui ordinairement la monte, n'était point à bord ; il était resté aux Sandwich. Le jour même de

ANNBIBS. 103S

mon mouillage, je notifiai à la veine racoeplatiiB dn protectorat par S. M. Louis-Philippe !•% la ratification pleine et entière da traité du 9 septembre iS%2, et je toi annonçai la prochaine arrÎTèo du commissaire nommé par le roi pour résider près d*elle. J'écrivis le même jour à MM. les consuls étrangers pour leur communiquer cette nouvelle.

» Je passai la journée du 2 à prendre une connaissance exacte de la situation des choses, et je reconnus que les conseillers de la reine avaient fondé sur le maintien d'un pavillon qu'ils lui avaient fait adopter depuis la signature du traité du 9 septembre 1842 et fait arborer solennellement en signe d'hostilité k ce traité, après Tarrivée de la frégate la yindietite. Je me décidai donc, afin de faire prendre à la reine une décision plus conforme à son honneur et à ses engagements, à lui écrire pour rengager à amener ce pa« Villon , que je ne pouvais regarder que comme une insulte à notre dignité nationale ; et pour Ty déterminer plus promptement, Je lui annonçai le 3 que , le pavillon du protectorat n'ayant pu suQ pour garantir nos droits vis-à-vis des étrangers , je me trouvais dans la nécessité de le remplacer sur tous les points de protection , par notre pavillon national. Conformément à cet avis, le 4 mai ao matin notre drapeau national fut arboré sur File de Motou-Outa. La Bcine Blanche et CEmbutcade , entièrement pavoisées, le saluèrent, ainsi q^ie le fort de Motou-Outa , de vingt et un coups de canon. Le commandant de la Dublin $ excusa de ne point prendre part au êalut^ n'ayant pas encore d'ordre de son gouvernement.

» Vers midi, les frégates f Uranit et la Danaé arrivèrent en tih du port f où elles mouillèrent vers quatre heures; elles pavoisèrent aussitôt, par mon ordre, et prirent part avec nous au salut du coucher du soleil. Le 4 au matin, m*étant aperçu que la reine persistait à mettre sur u maison ce prétendu pavillon royal, qu elle ne hissait et n'amenait qu'en même temps que la frégate la Dublin , ce qui indiquait clairement d'où venait sa résistance, je lui fis donner de nouveaux avis par M. le commandant Mallet. Étant aussi restés sans effet, je lui notifiai le 5 que si elle ne m'écrivait pas pour s'excuser et renoncer franchement à son opposition an traité, je me verrais, bien malgré moi. dans la nécessité de passer outre, de ne plus la reconnaître, et enfin de prendre possession définitive de l'archipel et des lies de la Société.

» Cette tentative n'ayant point été couronnée d'un meilleur succès, je me rendis le m^me jour au soir pour trnter un dernier efl'ortt nous ne fûmes point reçus; elle se trouvait chcs M. I^ritchard, et

je ne pus même en obteDir la promesse d'une audience pour le lendemain matin ; elle me répondit cependant qu'elle verrait, el que si elle devait me recevoir, elle m'écrirait et me le ferait savoir avant le jour.

n Dans la nuit, je reçus une lettre de la reine qui m'accordait an rendez-vous pour le lendemain huit heures du matin. Je suspen- ■ dis alors Texécution des ordres que j'avais donnés pour descendre au jour et occuper. A huit heures du matin, le six, Je me rendis à Taudience que j'avais obtenue; là je rappelai à la reine toute la suite des événements, et je lui représentai le danger réel auqael elle s'exposait par son opiniâtreté. Nayant pu obtenir aucune ré-. ponse soit positive, soit négative, je pris congé en lui annonçant que si , avant midi , son pavillon était amené, je descendrais avec le commissaire du roi et que nous établirions le protectorat ; mais que si son pavillon n'était point amené, je donnerais cours à l'exé-* cution des mesures que j'avais prises et seulement suspendues jusqu'à sa réponse, et qu'dlors je prendrais possession définitive de l'archipel des lies de la Société et dépendances. Le pavillon n'étant point amené à l'heure signalée , nous avons pris, au nom du roi de France, possession définitive de Farcbipel des lies de la Société et dépendances.

D Je suis, etc. »

N^» 41. — JH . Addingtonà iir John Barrow. (Extrait.) Foreign-Offlce, le it Juillet 184S.

« En présence de la marche qu'a imprimée aux affaires , dans l'océan Pacifique , la prise de protectorat des lies de la Société par les Français , il parait extrêmement désirable à lord Aberdeen d'envoyer, sans perte de temps , au commandant des forces navales de S. M. dans Tocéan Pacifique , des instructions destinées à lui expliquer les vues et les intentions actuelles que ce nouvel état de choses a suggérées au gouvernement de S. M., et qui devront lui servir de règle de conduite.

Y> Le gouvernement de S. M., bien qu'il n'ait pas reconnu à la France le droit de prendre et d'exercer im protectorat sur les lies de la Société , n'a cependant pas l'intention de mettre ce droit en question.

» II paraîtrait certain , d'après différents rapports reçus par le gouvernement de S. M., relativement aux négociations qui ont eu pour résultat l'abandon, par la reine de Taïti, d'une portion de son autorité souveraine , que cette cession a élé obtenue en partie par l'intrigue , en partie par l'intimidation. Mais néanmoins, quel

ANNEXES. i037

que soit le sentiment auquel la reine Pomarè ait obéi, Tabandon de sa part a été volontaire et accompagné de toutes les formes. Il semble donc au gouvernement de S. M., qu indépendamment d'autres considérations , il n*y a aucun motif sufGsant, à raison du défaut de formalité , pour nier la validité de cette cession » quelque favorablement que le gouvernement de S. M. puisse être et soit réellement disposé en faveur de la reine Pomaré • et quelque grand que soit son regret de la voir réduite à la sujétion par une puissance étrangère. En conséquence , dans les communications qui ont eu lieu entre les gouvernements anglais et français , relativement aux Iles de la Société , depuis que la prise partielle de «ouverainetc sur ces Iles par les Français a été connue , le gouvernement de S. M. n a élevé aucune réclamation. 11 s'est borné n insister pour faire respecter les sujets anglais dans ces Iles, et pour obtenir du gouvernement français l'assurance positive qu'une égale protection serait accordée aux missionnaires protestants et catholiques romains qui s*y trouvaient établis.

9 En conséquence, le gouvernement de S. M. désire que les commandants des forces navales de S. M. qui visiteront lestles de la Société ne fassent aucune difTicuIté de saluer le pavillon introduit par Tamiral français. Il désire également qu'on ne conteste en aucune manière le droit des Français d'exercer l'autorité dans ces lies , concurremment avec la souveraine.

9 Le consul de S. M. à Taîti recevra l'ordre d'observer de près la conduite des autorités françaises relativement aux missionnaires protestants et à la liberté du culte religieux dont jouissent les sujets anglais dans les lies de la Société. Dans le cas où le gouvernement français viendrait à s*écarter de la ligne de conduite qu'il a pris l'engagement solennel de suivre à cet égard envers les sujets anglais » le consul devrait en informer le gouvernement de S. M.

» Dans l'état actuel des choses , lord Aberdcen regarde comme indispensable que les bàtimens de guerre de S. H. fassent désormais de plus fréquentes visites aux îles de la Société. Ils tiendront ainsi éveillé, d^ps les chefs comme dans les naturels de ces contrées, le sentiment de respect qu'ils ont toujours été disposés à accorder au pavillon anglais, et ils maintiendront, par des relations constantes et personnelles, l'influence que le nom et le caractère anglais ont acquise dans cette partie du monde. »

i038 ANNEXES.

N«42. -* Lord Aberdeen à lord Cototey. (Extrait) Foreign-Offioe , le 25 août 1843.

« Le gonvernement de S. M. n'a pas l'intention de 5*opposer, en ancnne manière , an nouvel état de choses établi dans les ties de la Société, et il a déjà prévenu Tamirauté de son désir d^accorder, sans difficulté , le salut au pavillon substitué par l'amiral français à l'ancien pavillon de Taîti.

» Cependant, eu égard aux relations anciennes et amicales qui subsistent entre la Grande-Bretagne et les lies de la Société , depuis leur première découverte par un navigateur anglais , eu égard aul bons ofGces que le gouvernement anglais a promis à ces peuples en différenles occasions , et en raison du fait même de la conversion et de la civilisation de ces lies par les missionnaires anglais, fe gouvernement de S. M. se regarde comme entièrement autorisé à intercéder auprès du gouvernement français , aGn d'assurer à la Reine infortunée de ces lies toute la liberté compatible avec les restrictions qu'elle s'est imposées , et d'obtenir particulièrement pour elle protection contre le rigoureut traitement auquel elle a été soumise.

» Il faut espérer qu'à l'avenir, le gouvernement français mettra un terme à de pareils excès ; la nation française serait la dernière , nous en sommes persuadés , à exercer ou à tolérer une conduita insultante dans un cas Semblable.

» Quant aux missionnaires anglais des lies de la Société , Tassurance déjà donnée au gouvernement de S. M. par le gouvernement de France sur l'entière liberté dont les missionnaires jouiront dans l'exercice de leurs fonctions religieuses ^est une garantie suffisante. Ces hommes estimables jouiront de la liberté qui leur est si solennellement promise.

» Le gouvernement de S. M. se regarde comme engagé par toutes les considérations d'honneur national et de justice , à soutenir les missionnaires protestants des lies de la Société ; et il ne saurait admettre que le changement récemment survenu dans ce pays, ait altéré ou affaibli en rien cette obligation. Le gouvernement deS.M* conseillera sans cesse à ces hommes pieux et exemplaires de se soumettre paisiblement à l'ordre de choses établi , et d'exhorter la Reine, ses chefs et ses sujets, à observer la même prudence dans leur conduite ; mais le gouvernement de S. M. regardera toujours ces soutiens des doctrines protestantes « comme ayant droit à toute la protection que S. M. peut convenabléknent leur accorder.

» Votre Excellence communiquera cette dépêche à M. Guiiot.»

N* 43. — Lord Cowley au comte â'Merdem. (Extrait.)

P«rif, le so août 1843.

« Aassitèt après avoir reçu la dépêche de Votre Seigneurie • du S5 août , je m*empressai de demander un rendez-Tous à M. Guixot, dans rintention de lui communiquer le contenu de cette lettre. Il m'indiqua la journée d*hier dans laquelle je remis entre ses mains la dépêche de Votre Seigneurie.

» Le ministre des affaires étrangères, après Ta voir lue attentivement j me pria de lui en laisser prendre copie ; mais il me demanda d écouter un petit nombre d*obser valions qu'il allait me présenter sur quelques parties de cette dépèche. Quant aux griefs qui avaient amené les demandes de réparations de la part de l'amiral français, M. Guizot me dit qo*ils n'étaient pas de peu d'importance , qu'il pouvait me l'assurer; que pendant longtemps les Français qui résidaient dans cette lie avaient été opprimés et maltraités , sans qu*on s inquiétit nullement de leurs plaintes, que les baleiniers français qui se rendaient occasionnellement à Taïti ( les Français n'ayant de possessions dans l'océan Pacifique que depuis Toccupation des Marquises) ne pouvaient obtenir de secours d'Acun genre , qu'on leur refusait la permission d'approvisionner leurs bâtiments, qu'ils se trouvaient ainsi obligés de mettre à la mer sans avoir fait aucun des préparatifs nécessaires pour le voyag^ Que ces griefs avaient forcé l'amiral du Petit-Thouars à faire une demande de réparation qui amena de la part de la reine Pomaré , l'offre de mettre ses possessions sous la protection dif Koi des Français ; qu'il était en mesure de prouver que l'acceptation de cette offre p.1r Tamiral , loin d'être désapprouvée par les sujets de S. M. et par les missionnaires anglais résidant à Taiti , leur semblait aussi avantageuse pour eux que favorable aux intérêts généraux de Tlle.

> Il me lut alors deux adresses , Tune des résidents anglais et Tautre des missionnaires établis à Taîti ; elles avaient été présentées k l'amiral du Pctit-Thouars aussitôt après son acceptation du protectorat. Sur ma demande il me donna des copies de ces documents qui sont annexées à cette dépêche.

» M. Guizot reconnaissait parfaitement, me dit-il, que la faute ou rinconduile d'un seul homme ne de%ait pas entraîner la condamnation générale de la société dont il faisait partie. Après cette observation, il m'assura de nouveau que la plus entière protection serait accordée aux missionnaires protestants dans les Iles de la Société. »

N° 44. — M. Guizot au comte de Rohan^Chahot. (Extrait.)

Paris , le 11 septembre 1843.

a J'ai reça la dépèche qne tous m'avez fait l'honneur de m^écrire, le 21 août, pour me donner connaissance des explications que vous avez euçs avec lord Aberdeen au sujet de Taïti. Lotd Cowley m*a communiqué , de son côté, une dépèche que lord Aberdeen lui a écrite le 25 sur cette question , et dont vous tronverez ci-joint copie.

n Le cabinet de Londres nous renouvelle l'assurance qu'il n'entend pas mettre en question notre établissement dans ce pays ; il nous annonce qu'il a donné les ordres nécessaires pour qu'à l'avenir les navires anglais ne fassent pas difGcullé d'y Saluer le pavillon substitué par M. l'amiral du Petit-Thouars à l'ancien pavillon du gouvernement local. Ces déclarations sont complètement satisfaisantes.

» Il est tout à fait inexact que nos griefs contre le gouvernement de la Reine Pomaré, fussent de frivoles prétextes mis en avant pour justiGer les exigences qui ont amené sa soumission à rautoritè du Roi. Les vexations e^rcées par ce gouvernement contre les sujets français , son iinpui^nce à maintenir Tordre public , les inconvénients qui en résultaient pour tous les étrangers séjournant ou abordant à Taïti , sont des faits notoires et évidents qui appelaient impérieusement une ^lergique intervention. L'adhésion donnée par les résidents anglais , par les missionnaires eux-mêmes , aux mesures de notre amiral , ne peuvent laisser aucun doute à cet égard ; je joins ici copie de leurs propres lettres.

y> Quant aux motifs qui ont déterminé la Reine Pomaré à demander le protectorat du Roi , au lieu de nous accorder simplement la satisfaction qui nous était due , et à l'influence qu'ont pu exercer sur elle les mécontentements et l'attitude menaçante des chefs de Tlle , c'est ce que nous n'avons pas à rechercher. Il nous suffit que tout, dans ce qui s'est passé , ait été aussi régulier dans la forme que juste et légitime au fond. Si, depuis, la Reine Pomaré , et peut-être même quelques-uns des chefs qui nous avaient appelés , cédant à des suggestions étrangères , ont paru vouloir revenir sur leur consentement , on ne prétendra sans doute p^s que notre politique doive se subordonner à de pareils caprices. Le Roi a accepté le protectorat qu'on lui offrait. Nous avons envoyé les forces nécessaires pour en assurer l'exercice ; nous maintiendrons un état de choses auquel le gouvernement britannique a déclaré et déclare encore qu'il ne fait aucune objection. Je n'ai pas besoin

ANNEXES. i041

d*ajooter qu'indépendamment de leur fidélité à remplir les engagements pris anvers la Reine Pomaré , les autorités françaises la traiteront toujours avec les égards qui lui sont dus.

» Telle est , Monsieur, la véritable situation des choses. Quant aux inquiétudes que lord Aberdeen laisse entrevoir par rapport à Vavcnir des missionnaires protestants; les explications verbales dans lesquelles vous êtes entré avec lui ne peuvent laisser lieu , pour lui, à aucune inquiétude. Nous pensons, conune lord Aberdeen, que les torts individuels d*nn missionnaire ne sauraient avoir pour effet d'enlever à ses confrères les droits qu'ils ont à la protection du gouvernement du Roi. Certainement aussi il reconnaît avec nous que la qualité de missionnaire ne saurait protéger contre une juste sévérité celui qui s'en ferait une arme pour attaquer Tordre établi , soit par la violence , soit par l'intrigue. Le zèle religieux , même sincère, n'aurait jamais dû , et ne peut en aucun cas, de nos jours, servir de voile , de justification et de sauvegarde à de coupables machinations contre les gouvernements.

» P. S. Vous voudrez bien donner lecture de cette dépèche à lord Aberdeen, et vous voudrez bien lui en laisser copie. »

N* 45. — Z€ comte d* Aberdeen au .consul Pritchard. (Extrait.)

foreign-Omce, le 3S septembre i843.

« J'ai reçu votre dépêche du 13 mars dernier, par laquelle voos m'annoncez votre arrivée k Taîti sur le vaisseau de S. M., la Vin^ diciive.

» Vous semblez avoir complètement mal interprété les passages des lettres de M. Canning el de lord Palroerston que vous citez dans votre dépêche à l'appui du principe d'intervention active, de la part de la Grande-Bretagne, en faveur de la reine Pomaré contre la France.

» Il est évident , parla teneur entière de ces lettres , que le gouvernement de S. M., à cette époque , n'était pas disposée intervenir activement en faveur de la souveraineté des Iles de la Société , bien qu'il lui offrit volontiers la protection et les bons offices qu'il pouvait convenablement lui accorder sans une intervention active. Mais il n'est pas supposable que le gouvernement de S. M., au moment même où il refusait de prendre les Iles de la Société sous la protection de la couronne anglaise , pût avoir l'intention de s'eng.iger à interposer ses bons offices en faveur de sa souveraine, de manière k s'exposer à la presque certitude d'une collision avec une puissance européenne.

i(M2 ANNEXES.

» Le gonverneflient de S. H. déplore sfncèrement ralKclin

et rhQmîliation que la reine Pomaré a sooi^rtes; il dêsiit même faire tout ce qui sera en son pouvoir pour adoucir sa pénible position ; mais , malheureusement, la lettre par laquelle od sollicitait la protection française , a été signée par la reine de son plein gré et de son propre, arbitre. L'accord qui suivit a été également contracté et sanctionné de l'ayea et par le fait même de la reine.

» En conséquence, le gouvernement de S. M., quelque porté qu'il puisse être à regretter la ligne de conduite par laquelle la reine a été amenée à signer un acte si fatal à son indépendance , n*a plos, après la sanction volontaire et formelle qu*elle lui a donnée , ancun motif légitime et plausible pour s*opposer à la prise et à Texercice du protectorat par les Français.

» Le gouvernement de S. M. n*a donc pas Tin tention d'élever aucune difficulté , soit quant à cet exercice d'autorité, soit quant â la légitimité du nouveau pavillon que les Français ont jugé convenable de substituer à l'ancien pavillon taïlien.

» Mais le gouvernement de S. M. a la ferme intention de conserver aux missionnaires protestants anglais le droit de jouir d'une liberté entière et illimitée dans l'exercice de leurs fonctions religieuses , et le privilège de soutenir en chaire la vérité des doctrines protestantes contre quiconque les attaquerait.

» Le gouvernement de S. M. se propose aussi , quand les occasions s'en présenteront, d'intercéder, dans la mesure convenable, auprès du gouvernement français , en faveur de la reine de Taîli« afin d'obtenir pour elle protection contre un traitement rigoureux , et lui assurer, dans son malheur, les adoucissements qui pourraient 9 jusqu'à un certain point, compenser la perte de soa indépendance.

» Il serait sage à la reine Pomaré de se soumettre à la triste position que ses propres craintes et les intrigues .de quelquesuns de ses chefs lui ont faite. Résister à ceux qui ont pris sur elle les droits de protecteur, ce sera aggraver le malheur de sa position et provoquer un traitement pire encore que celui qu'elle a déjà subi.

« En conséquence , vous saisirez toutes les occasions convenables de recommander à la reine Pomaré celte ligne prudente de conduite; vous lui donnerez en même temps l'assurance que le gouvernement de S. M., bien qu'il ne puisse intervenir avec autorité en sa faveur, éprouve cependant une grande sympathie pour elle , et ne manquera

ANNEXES. i043

pas de persister dans les eflbrts qaUl a faits jnsqn'à présent poor adoucir sa position.

» Qoant aux autorités françaises, tous observerez constamment une extrême prudence et les plus grands égards dans votre conduite envers elles, et vous vous abstiendrez de tout acte et de toute pa rôle qui pourrait faire supposer Vintention d'offenser.

» Par-dessus tout, vous aurez soin de n'employer dans votre conversation avec la reine ou ses chefs, aucune expression qui paisse les encouragera compter, en aucun temps, sur l'assistance active du gouvernement de S. M. contre les Français. Mais vous ne perdrez, au contraire , aucune occasion d'insister auprès d'eux et des missionnaires protestants, sur la nécessité d'imprimer à leur conduite et à leur langage une extrême circonspection, nécessité indispensable dans la situation où ils se trouvent placés.

» Vous surveillerez avec une vigilance incessante la conduite des Français à l'égard de nos missionnaires, et vous ne manquerez pas de rapporter minutieusement au gouvernement de S. M. toutes les circonstances qui vous paraîtraient , à cet égard , di^es d*attention.

» Le gouvernement de S. M. désire aussi particulièrement que TOUS recommandiez à tous les commandants des forces navales de S. M. qui pourraient aborder aux Iles de la Société, d'observer dans leur conduite avec les autorités françaises toute la modération compatible avec la dignité de la couronne anglaise et la protection efficace des droits et des intérêts de la Grande* Bretagne. »

N"" 46. Extrait de ta lettre d'un officier de ta corvette l'Embuscade, pubtiée par ta Revue orientale.

« Plusieurs fois déjà , les vexations éprouvées par les résidents français avaient forcé les commandants de nos bâtiments de guerre qui mouillaient à Papeîti , à exiger de la reine des réparations et doraniagos-intêréls. Los chefs indigènes , fatigués de se voir exposés sans cesse à des difficultés avec les gouvernements étrangers, par suite de l'irrégularité de leurs lois , demandcrent à l'amiral du Potit-Thouars la protection du gouvernement français.

u Un acte oflicicl fut rédige à ce sujet, si^né par tous les chefs et par la reine, et adressé à Taniiral qui l'envoya en France , pour le soumettre à la ratiGcation du gouvernement.

w L'amiral créa en même temps , du consentement des indigènes et au grand contentement des Européens» une administration qu'il appela ^fouternemetil pronVoiVe, et qui devait décider des affaires

dans lesquelles seraient intéressés ou compromis les étrangers. Elle se composait de notre consul , d*un lieutenant et d*un enseigne de vaisseau; mais, en attendant la décision du gouvernement Jes consuls des diverses nations pouvaient ré^^er eux-mêmes les affaires de leurs nationaux par voie de conciliation , et ne s'adressaient aux autorités françaises qu'en dernier ressort ; celles-ci nommaient alors un jury chargé de juger. Tout le monde avait applaudi am changements qui venaient de s'opérer, et qui » par la suite, devaient amener d'autres améliorations. Les Anglais enx-mtmes avaient écrit à Tamiral pour le remercier, et parmi eux plusieurs missionnaires anglicans qui étaient jaloux de Tautorité d'un certain M. Pritchard , missionnaire aussi , négociant , consul , roaitre de fait du gouvernement, et auteur de toutes les lois qui entravaient le commerce àTaïti; ce M. Pritchard étant alors absent, tout se passa sans difficulté. L'adhésion de la reine et des chers parut sincère. Au reste , Tannée d'auparavant , ils avaient prié notre consul d'écrire à Paris pour obtenir pour eux la protection du gouvernement français.

p Ces changements opérés , l'amiral français retourna à Valparaiso. Quatre mois se passèrent ainsi sans regrets ni opposition. Quand les Anglais apprirent à Sidney ce qui avait été fait à Tafli, leur dépit et leur jalousie n*eurcnt plus de bornes ; il n'y eut sorte d'injures qu'ils n'adressassent à la France sur ses envahissements et sa déloyauté. Une corvette fut envoyée à Papeîti , mais elle ne fit qu'observer et repartit. Peu de temps après , une autre corvette anglaise, le Talhot , y vint aussi ; et son commandant, plus intrigant que son prédécesseur, circonvint la reine et les chefs , et leur fit rédiger une protestation adressée à la Grande-Bretagne , djos laquelle ils déclaraient que la demande de la protection française avait été arrachée par la force.

)>Sur ces entrefaites arriva la Boussole, La présence de ce bâtiment empêcha le capitaine anglais d'agir davantage ouvertement contre nous; mais l'essentiel était fait , et , dès ce moment , il n f eut plus que de froides relations entre les Français et la reine , qui cependant a toujours reconnu le gouvernement provisoire jusqu'à la décision* dit-elle maintenant , du cabinet anglais.

» L'amiral avait ordonné qu'un pavillon et blanc rouge , et renfermant les couleurs fratiçaiscs dans un coin , sérail le pavillon du protectorat; et la reine était chargée de le faire hisser sur un petit Ilot de la rade.

» Un jour, cédant aux suggestions occultes et continuelles du capitaine anglais , qui toutefois protestait ne se mêler de rien , elle

ne vonlai phis le Cure hifser. Le commandant de la Boussole en fut informé. Aossitôt il erabossa sa corvette devant les maisons de Papeîli, et déclara qu'il ferait feu si Tordre écrit de hisser le pavillon n*éUit pas donné. Le Talbot s*embossa de son côté , et son capitaine , après avoir fait charger ses canons en plein jour, me* naça de riposter à /a Boussole. Sa bravade était très imprudente y car le Talbot était beaucoup plus faible; mais du reste elle fut vaine , parce que la reine donna Tordr^, voulu. Cependant , comme dans le traité il n'était pas question du pavillon , le gardien de TUot disparut , et depuis c'est le bâtiment stalionnaire qui le fait hisser.

» La reine a repris sur sa maison son ancien pavillon , et c'est le seul que les anglais saluent.

B L'arrivée du Bucéphale rendit bientôt la partie tout k fait iné* gale pour nos adversaires , et le Talbot partit emportant sa protestation. Le Bucéphale continua sa route vers Valparaiso, et Tamiral envoya V Embuscade pour remplacer la Boussole dans la sUtion de Talti.

» M. Pritchard, revenant d'Angleterre, s'était arrêté à Sidncy, où se trouvaient la Boussole, qui partit huit jours après , et la frégate anglaise de cinquante canons , la Findiciite^ qui y était arrivée depuis quatre mois. Voici ce qui lavait amenée.

» Le 5 juin , notre corvette mouilla dans le port de Papeïti , où il apprit le traité de M. du Petit-Thouars avec les chefs de l'Ile qu'il était habitué à gouverner; il demanda aussitôt et obtint de passer sur la Findictive pour débarquer au sud de Taïti. 11 se dirigea de là par terre vers Papeïti , en excitant les indigènes à la révolte , wt leur annonçant l'arrivée d'une frégate anglaise pour les secourir. De son côté» le capitaine de la Findictive parut devant le mouillage ; mais , n'ayant l'ordre que de voir ce qui se passait de\ant le pays et de continuer sa route en Europe par Valparaiso , il imagina un moyen qui put lui permettre de s'arr^'ter plus longtemps. Quelques négociants anglais étant venusà son bord , il leur dit que sans cloute les indigènes ne devaient pas être tranquilles dans les circonstances présentes , que la présence d'un bi^timent de guerre serait peut-être nécessaire pour protéger les sujets anglais, et qu'alors il convenait qu'on lui écrivit à cet égard.

» Celui des ncg<x;iants qui s'en chargea , et qui était de bonne Toi . lui écrivit le lendemain , mais en lui dis.int que la petite feriiKMitationdes indigènes n*était nullement à craindre , i cause de la nioilcsse de leur caractère , et que du reste elle s'apaiserait bientôt . produite qu'elle était par Tarrivéc »ubite de M. Pritchard et |)ar SCS intrigues. Ce n'était pas U ce que voulait le commodorc, aussi

i046 ANNEXES.

se fàcha-t-il beaucoup. Il s'adressa alors probablement à qoelqtfoii de plus complaisant ; car en définitife il est resté et il est encore à Papeïti. Ses officiers disent publiquement qu'il a agi ainsi pour conserver plus longtemps son commandement. €*est possible; mais je crois aussi que c'est pour faire du bruit , ce à quoi il tn- Taille depuis quatre mois avec ardeur, ainsi qu'à nuire à notre influence , malgré ses belles protestations.

» L'ostentation , la ruse , les bravades, la calomnie , tout est mis en usage par les Anglais po€r arriver à leur but , qui est d'empêcher la France de dominer à Taïti.

» Le capitaine de la Findictive{ car ce n'est qu'en arrivant ici qu'il a pris le titre de commodore ) traite le pays comme s'il loi appartenait. Sous prétexte d*y faire des améliorations , mais plutôt pour y faire valoir la supériorité de la protection anglaise , il coostruit des routes , des ponts , établit un hôpital sur un terrain qu'il dit appartenir pour toujours à la Grande-Bretagne ; il y aurait laissé des pièces de campagne , si le commandant de VEmbuscoM n'avait exigé qu'on les rembarquât. Il dit aussi qu'il empêchera l'amiral du Petit-Thouars d'entrer avec sa frégate ; il a passé ses canons-obusiers tous du même bord » afln d'avoir plus d'avantaga dans les circons tances .

» Les missionnaires anglais de leur côté ne nous épargnent pas dans leurs prêches. Dernièrement on me disait dans une case de Taïtiens , que , s'il fallait ajouter foi à leurs paroles , ils devaient s'attendre à voir l'amiral mettre à son arrivée tout à feu et à sang. Malheureusement ces bruits circulent et produisent un effet Ûcfaenx pour nous.

• Dernièrement la corvette le Satellite était venue prendre II station; le commodore l'a renvoyée pour rester encore. Il fabriqua à ce sujet une lettre que quelques anglais signèrent , et dans laquelle il se faisait déqlarer nécessaire. Quelques jours après est arrivé un autre bâtiment , qui lui apportait, dit-on , Tordre de re?e- BÎr à Yalparaiso. Il l'a renvoyé comme le premier.

» Enfin il vient de prendre une mesure définitive : prétendant avoir reçu l'ordre de ne point reconnaître le gouvernement provisoire jusqu'à la décision du cabinet anglais , ce qui est très-naturel, il a défendu aux Anglais établis à Ta!ti de se soumettre à la nou' velle juridiction et de l'invoquer dans leurs affaires. Ceci dépasse son droit , parce que l'autorité française n'a d'action que par les lois qui ont été faites par les chefs et la reine. Il a de plus déclaré qu'il emploierait la force, s'il le fallait , pour empêcher qu'elles fussent exécutées ; quant à ce qui concerne ses compatriotes, c'est

dans me lettre qu'il leur adretie qu'il annoiiee la rAiolatioB, ainai que l'assurance qu'il a que 1 Angleterre ne souffrira jamais notre prépondérance à Taîti.

» Au milieu de tout cela, la position du gouvernement proTlsoire et du commandant de la station est très-pénible ; aussi Ton désire beaucoup l'arrivée de l'amiral , qui ne viendra probablement que lorsqu'il aura reçu du gouvernement une réponse satis&isante.

» La grande distance qui nous sépare de la France s*oppose à ce qu'on porte à la question de Talli l'intérêt qu'elle mérite sous tous les rapports.

» Nous voyons aujourd'hui l'Angleterre maltresse de toute 1* Australie , de la Nouvelle-Zélande , de la terre de Van-Diémen ; elle commence des établissements à la Nouvelle-Irlande et à la Nouvelle-Calédonie. Ses missionnaires sont aux lies Tonga-Tabou et aux lies Fidji • et l'on sait ce que sont ces missionnaires.

» Que nous resterait-il dans le partage de l'Océanie , si la France renonçait i Taîti? je ne vois guère que l'archipel de Nouka-Hiva , dont les rochers nous serviraient k contempler le triomphe de la politique anglaise et la suprématie de son pavillon sur les mers du Sud. Mais cette aflaire-de Taîti, dont on ne s'occupera pas en France parce que la presse sera mal ou peu informée , et parce qu'elle s'agite trop loin , renferme une question d'honneur natio* nal que l'on doit considérer aussi bien que celle de lintérèt. Puissions-nous ne pas laisser humilier notre dignité devant les préteihtions de l'orgueilleuse Angleterre , partout la même et chercbani partout à établir sa domination au mépris de la justice et de k loyauté I a

N» 47. ~ Rapport du capitaine Darmandaritx , inséré doM lé journal du Havre.

c Arrivé le 7 ifovembre à Papeîti , je trouvai dans ce port, comme je Tai dit dans mon rapport de mer, quatre bâtiments de guerre français et un anglais , mais tous de part et d'autre dans un grand émoi et paraissant fort affairés. Les canots se croisaient de bord à bord et de bord à terre ; k les voir se mouvoir ainsi on eût pa juger qu'on était à la veille d'un événement critique, comme une collihion , ou au lendemain d'une grande affaire. En effet , il était presque question de la première et on était effectivement au lendemain de la soronde : car le pavillon taïtien écartrié ^ yacht tricolore ne flottait plus sur cette île comme auparavant; le pavillon français lavait remplacé la veille sur les principaux points , et la reine Pomaré venait d'être déposée.

» Voilà sans doute un grand sujet de dépil pour M. lecoosnl anglais , premier moteur de la déloyale conduite de la reine, et ee outre pour le commodore de la frégate. Aussi celui-ci n'a-t-il pas pu s*empècher de le donner à connaître , en se rendant à bord de la frégate la Reine Blanche, et disant au contre-amiral Dapetil- Thouars qu'il allait faire Tenir la reine à son bord ,' hisser le pavillon taïtien et le saluer de vingt et un coups de canon . Les inteolioos de rhonorable commandant , manifestées de la sorte , provoquèrent un peu rhumeur de notre contre-amiral , qui lui répondit do ton le plus ferme : « Menez, tant que vous TOudrec , cette femme yt à votre bord , mais prenez garde de hisser le pavillon taîtien, et » si vous le salues de vingt et un coups de canon , vous assnmerex » sur vous toutes les conséquences qui pourront en résulter. 9 Maintenant que vous êtes prévenu, agissez coaune il voiis » plaira. »

» Le pavillon taïtien n'a pas été hissé ni salué.

)» Dans tous les cas , M. le commodore et M. le consul peuvent se consoler de ne pas avoir réussi dans leur projet» en se rappelant le désappointement que leurs compatriotes nous ont fait éprouver à la Nouvelle-Zélande.

» Le 8, a eu lieu la prise de possession de Talti et de se$ dépendances, pa^ le gouverneur général de nos possessions dans l'Océanie. Nos troupes de ligne qui se trouvaient à bord des frégates ont été débarquées avec armes et bagages , et s'occupaient à faire des fortifications propres à défendre le port et la ville.

» On trouvera peut-être que le contre-amiral Dnpetit-Thouars a usé dans cette occasion de procédés un peu rigoureux , mais n'a-t-il pas été forcé d'agir ainsi pour éviter de voir notre influence politique supplantée i Taïti ?

» Sans chercher à approfondir ses motifs , je sais de bonne part que l'ez-reine, poussée par les conseils de M.Pritchard (ez-missionnaire), consul anglais dans cette lie, ne remplissait aucune des conditions du traité par lequel cette île et ses dépendances étaient sous notre protectorat ; que, au contraire, elle cherchait sans cesse à les violer ; que , avertie de ses fautes , et repentante d'abord. cHc ne l'était plus après qu'elle avait pu s'entretenir avec M. Pritchard ; qu'il en a été de même quand on l'a avertie qu'elle se mettait dans le cas de faire agir rigoureusement contre sa personne ; mais accoutumée à ne rien faire que par les suggestions de M. Prircbard, elle ne cessait point de nous être défavorable, et de comsa0^^* dans ce but, des inconséquences sans nombre.

» D'ailleurs il n'était pas difficile à M. Pritchard de faire faire

loutce qallvonlaU à U reine , qa*il dirigeait tant aospiritaelqa*aa temporel. Aossi tous oa presque tous les habitants de TaTti blâ^ maient sa conduite. Il se la reproche sans doute lui»mème aujourd'hui, car il n*était guère du caractère d*un ministre d'être le premier instrument de la discorde , et de séduire ainsi la l)onne foi de celle qui croyait en lui. S*il faut s*eQ rapporter aux paroles énergiques que M. le contre-amiral lui a adressées dans certaine rencontre , et l'émotion qu*èprouvait encore celui-ci quand il les répétait, il ad*autrestortsàse reprocher.

» Quoi qu'il en soit, une proclamation pleine d*ènergie, de jus» tice et de loyauté a été affichée sur tous les points populeux de Papelti. Des ordonnances et des règlements pour y maintenir le bon ordre et conserver à chacun son droit, y ont été également publiés. Enfin , les natifs . chefs et autres , paraissent très-ulîsfaits du nouvel ordre de choses.»

N"* ^8. — Letire de M. Eugène Gosse adressée au Journal des DébaU.

En rade de PapelU, A b^rd de fUrmm^ le » novembre iS4S.

« Le 4 de ce mois (le 5 , suivant le style de Talti ) nous sommes arrivés dans la baie de Papeïti le même jour que la frégate la Danaé , trois jours après la Reine Blanche, Le lendemain 5 , paraissait Tordre du jour suivant :

« Le eontre^amiral» commandant la station de l'océan Pacifique, •^ prévient les commandants , officiers et équipages en rade de Pa- »* peîti , que la reine Pomaré se refàsant obstinément à reconnaître » le traité conclu du 9 septembre 1842 , et ratifié depuis par S. M. ». Louis-Philippe , il se voit forcé de déclarer que la reine Pomare » a cessé de régner sur les lies de la Société et sur leurs habitants, b et de prendre possession de ces lies au nom du roi de la France. » En conséquence » la frégate PUranie débarquera demain matin, » à six heures, la compagnie d*artiUeurs de la marine, les oo- » vriers d'artillerie, la compagnie de débarquement, etc., etc. »

» Suivait le détail des mesures militaires à prendre pour assurer la dépossession de l'ex-reine Pomaré.

» Voici maintenant ce qui s*était passé et ce qui avait profondément modifié la position des parties contractantes du dernier traité :

» A répoqne où le traité par lequel la reine Ponaré se plaçait sons la protection de la France, avait été condo , Ji. Pritchard , missionnaire , marchand, et , en même temps consul do S. 11. B.. se trouvait à Londres, où il avait été porter ses représentations. Le

cabîoat anglais n'accorda pas une grande attention aux représeiiblions de M. Prilchard » et se borna à lai remettre , Gomme témoignage de la bienveillance de la reine de la Grande-Bretagne pour' le gOBTernement taïtien , une voiture ponr Pomaré- Vahiné , et on habit de drap ronge pour son mari.

9 M. Pritchard part donc avec ses inquiétades et ses présente. Il arrive à Sidney; là il apprend ce qui s'est passé. Sous Finspiratioa des chefs qui l'entourent , de ses conseillers les plus sages ef les plus puissants , la reine de Talti s'est placée sons fa protection du gonvernemeni français. A Tannonce de cette désastreuse nonvelle, M. Pritchard ne perd point de temps pour resMisir le poovoir qui lui était échappé ; il appelle la cupidité et la crainte à son aide : d'un côté , il obtient du gouverneur de la Nouvelle -Hollande, sir Georges Glps, une somme d'argent asses considérable , destinée à l'acquisition de nouveaux cadeaux ; il obtient , de Vnutre, du Commodore Nicholas, commandant la Vindictive, la. promesse de rappeler les Français à la bonne foi nationale avec des arguments irrésistibles. Fort de séductions , fort de menaces, M. Pritchard s'embarque sur la Vindictive et arrive à Taïti, où il ne lot fallut point beaucoup de temps ni beaucoup d'efforts pour hirti rentrer eooune un enfant mutin la pauvre reine sous le joug. I^ vue d'un carrosse» de quelques ehiflbns et de batteries formidables était même assez superflue pour obtenir ce résultat.

» Aussi quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis l'arrivée du consul et du commodore anglais , que le drapeau du protectorat avait disparu de la maison assez élégante et assez confortable t\€wi appelle le palais de la reine. Pomaré s'empressa de lui sa^stitner un pavillon assez bizarre que lui donna le commandant de la Finêàetive. Le conmodore Nicholas voulut faire plus t H débarqua des eanons et essaya de les placer en batterie dans les positions propres à défendre l'entrée de la rade. La France n'avait alors i Papeiti qu*une seule corvette de V^, Mais le comsoBndAtïi de la Bouêsole^ et après loi celui de t Embuscade , adressèrent au caiûlaine anglais des représentations si énergiques , que eelni-ci se décida à renoncer à des tentatives aussi décidément hostiles contre une nation amie, et reprit ses canons. Deux mois durant cependant^ le eonunodore Nicholas resta sur rade, ne la/ssant échapper aucune occasion de traiter avec dérision le protectorat français, et de vexer le gouvernement provisoire institué par Ternirai du Petit-Thouars. Quelque temps encore, et le commandant de la Findictine, un de ces vieux marins qui cultivent jusqu'à la démence le souvenir des vieilles luttes nationales, aurait pu pay^'

la haine absurde ei acharnée qu'il a vouée à loai ee qui perle le nom français. Mais aucun grand naTÎre de guerre sous pavilloa tricolore n'avait pu encore se trouver en face de set injurieuses extravagances , quand ramiral Thomas • comiÉandanl la sUlîoa anglaise dans la mer du Sud » lui donna Tordre de s*ékrigiier. Il a laissé, k la place de la FindUtivê, dans la mer du Sud , la frégate la Dublin, qui jusquici s*est montrée paisible spectatrice des intérêts qui se sont débattus devant elle» et pleine de eoarloisie pour nos officiers.

» Cependant il devenait urgent de régler déiaitiveaMnt noe re« lations avec les Iles de la Société et d'en finir aTeclesofaelaoles que nous opposaient Tirrésolution de la reine et la malveillance de ses conseillers. La frégate VUraniê était arrivée aux !les Marquises , amenant le capitaine de vaisseau gouverneur des possessions fran« çaises dans I Océanie, et commissaire du Roi prés la reine de Talli. Elle avait trouvé en rade de Taio*Hae ia Biine Blamehe, portant le pavillon amiral , et la Danaé. M. du Petit^Thouars et M.Brual convinrent de se présenter devant Papeiti avec les trois frégates. Faire en cette circonstance un grand déploienMnl de forces était faire acte de générosité. L*issue d*un conflit avec les babitaola n'eût point été douteuse. Il importait de leur enlever jusqu'à Tidée de le tenter. Ceùt été mal entamer notre ouvre de cirilisation ' dans la Polynésie que de commencer par verser le sang de malheureuses populations égarées. Il était d'autant plus opportun de ks remplir de Tidée de noire puissance, qu'on leur avait persuadé I que la France n'avait qu'un seul grand navire de guerre » et que I c*euît toujours le même qu*ils voyaient revenir de temps en temps, I peint de nouvelles couleurs, étemel eomparse sur la scène de I rUcéan.

» Le départ de la Ariue BUmehe de Taio-Hae avait, coonne je i vous lai dit, précédé le nôtre. Nous mouillons trois jours après elle dans la baie de Papeïti , et nous apprenons que depuis trois jours les démarches de Tamiral, pour décider la reine é reconnaître franchement le traité signé et ratifié , et k arborer de nouveau le drapeau du protectorat , ont été vaines. Elle est restée sourde à ioutes les instances. Il fallait en finir avec cette mauvaise foi et avec celte résistance inspirée par de perfides conseils. La Csiblesse a ses droits, mais la reine Pomaré en abusait elmécounaissait ceux de la foi jurée. Le dimanche donc , 5 novembre ( le lundi fi, style de Taïli ), parut Tordre de Tamiral , qui proclamait la déchéance de la reine et la souveraineté du Roi des Français , et qui annon- V«tque le lendemain malin» à six heures, les trois frégates et

i052 ANNEXES.

)a corrette VSmhmeade enverraient à lerre lears troupes rt leurs compagnies de débarquement, et que le pavillon tricolore serait immédiatement hissé snr le palais de la reine. Nods nous' préparions à saluer dès l*aabe du jour les couleurs nationales sur cette nouvelle terre.

» Dans la noit, les ordres avaient été changés. L'amiral a?»( voulu user josqu^au bout dMndnIgence et de ménagements. Il avait pensé que Tordre du jour publié daos la journée auraH pu latter victorieusement contre les suggestions de M. Pritchard et de ses collègues , et dévoiler à la pauvre reine Tablme où on la précipitait. Un sursis lui avait été accordé. Midi était maintenant llienre fatale. A la dousième heure , le drapeau tricolore devait èlre hissé par Tordre de la reine, et la France se contenterait , en et cas, et Texécution des autres clauses contenues an traité : sinon , la reine Pomaré serait frappée de déchéance, et son pavillon, amené par nos soldats, serait immédiatement remplacé par le nôtre. Nous attendîmes midi. 11 y eut, je vous assure, quelques heures pleines d*émotion et de vive anxiété. Il s'agissait pour la princesse fin dienne, issue d*une famille qui fbt puissante et illustre dans ce pays , de renoncer à Théritage de ses ancêtres ou d*avoir un Iwn mouvement de retour vers la bonne foi etTéquité; ï\ s'agissait pour la France d*avoir une suprématie nominale ou de posséder ces belles lies en toute propriété. D*assez graves intérêts, comme vous voyez, étaient attachés à une drisse de pavillon. Les dunettes de tous les bâlimeots en rade, y compris la frégate anglaise, étzkni chargées d'officiers ; toutes les longues-vues étaient dirigées vers la maison de la reine ; des hommes étaient placés en vigies sur /es barres de perroquet. L'heure passait; le drapeau de Pomaré flottait toujours ; onze heures, onze heures et demie sonnent, rieo n*est amené; enfin un timonnier pique midi , et aussitôt \sl générale lui répond. Pomaré, Taveugle, Tobstinèe Pomaré, a refusé de céder à toutes les sommations, à tontes les instances ; c'en estfsJ' de son royaume. l>eux cents hommes d'artillerie et d'infanterie de marine , trois ou quatre cents matelots ont débarqué ; ils cernent la maison de la reine , dans laquelle régnent te silence et l'immobilité ; on amène le pavillon de Pomaré ; M. le capitaine de corvette d'AubIgny , gouverneur particulier de TaTti , fait lettre un ban et s'écrie : « Oniciers, soldats et matelots , et vous , babi- » tants de ces fies , auxquels nous apportons la justice et la f^i^' » au nom du Roi , notre auguste maître , je prends possession de )• ce pays. Nous serons tous contents de mourir pour la défense du ». glorieux drapeau tricolore I,.. Hissez le pavillon ! n L'ordre est

' ANiNEXES» t033

exécuté aux roulemeots du tambour et aux cris trots fois répétés de Fice le Roi ! La reine Pomarc a cessé de régner , et nous foulons le sol français.

» Le drapeau du consulat anglais a été immédiatement amené. Un asseï grand nombre de naturels étaient réunis devant la demeure de M. Pritchard , et on a vu celui-ci les haranguer avec véhémence. Du reste , ses exhortations ne paraissent pas avoir eu un grand succès. Le soir , la ville avait repris sa tranquillité accoutumée ; les hommes fumaient leurs cigares avec autant d*insott> ciance, et les femmes montraient leurs blanches dents avec une naïveté aussi foUtre , que s*ils n'avaient point assisté dans la journée à une révolution.

» Le gouverneur général a été installé le 8, et a fait reconnaître le conseil du gouvernement . composé de MM. d'Aubigny, capitaine de corvette ; Clou , lieutenant de vaisseau , et Moerenfaout » ex-consul de France.

9 Une proclamation adressée aux habitants leur a fait connaître que toute garantie était assurée, à leurs personnes, à leurs priH priélcs et au libre exercice de leur cuite.

• Papeîti est déclaré port franc ; il ne sera plus perçu à l'avenir de droit d'ancrage . de douanes et autres, excepté les droits lie pilotage. »

N* 49. — Extrait d'une lettre particulière jmbliée par le journal TÊmancipation.

PapefU, lIcTiIii, fdéoMnbra 1S4S.

« Depuis le 6 novembre, jour de Toccupation de Papeîti, Tordre n*a pas été considérablement troublé dans la baie ; il n'y a eu que quelques rixes individuelles entre des Anglais et nos soldats , et jamais aucun de ces petits eogagementa n'a menacé de prendre un caractère collectif Toutefois ils sont une nouvelle preuve de cette haine instinctive que se portent mutuellement les deux nations, que les masses manifestent fkwichement et que la haute classe dissimule sous le vernis de la politesse. C'est ainsi que les matelots f t les soldats se boxent bravement, tandis que les ofBders donnent et reçoivent des invitations officielles.

» Quoi qu'il en soit de la sincérité de ces relations, on s'occupe .iclivement des fortifications de Papeîti. Qnq flatteries sont d^ en construction pour défendre Tétroit goulet de la rade. M. Raimhault, capitaine du génie , dirige les travaux. On s*occupe encore fie la construction d*un fort qui sera assot vaste pour recevoir et l'd^orncr commodément au moins 200 hommes. Le grand quartier

pourra recevoir 400 hommes. Tout cela est loin d*é(re accompli; mais oa y travaille avec une ardeur qui fait présager de prompts résultats. Le désir dausurer à la France eeite eoionie magnifique dont elle vient d'être dotée, électrise touê les courages. 11 est inutile de faire la description du pays : toutes ies narrationi des navigateurs s*accordenl pour proclamer Tafti la perle de h Polynésie.

» M. le gouverneur a organisé le service administratif et militaire de Papeïti; voici le personnel : M. d*Aubigiiy, capitaine de corvette, commandant particulier deTalti; M. Qaoniam, commissaire de marine, chargé du service administratif proprement dit; M. de Brea , chef de bataillon , commandant supérieur des troupes ; ]kl. Mariani, capitaine d*état^major, commandant de la p)êee; M. Somsois , directeur d'artillerie , et M. Raimbault, directeur da génie.

» Le 12 novembre , après une revue des troupes et vne messe à grand orchestre, M. Bruat a reçu MM. les négociants et résidents étrangers > au nombre de quarante-cinq ou cinquante, dans h demeure de Vex-reine Pomarét A€SWi%D*mt p€Umê du gouvernement. A l'issue de cette assemblée, le port de Papeïti a éfé déclaré poK franc : ni droit d^ancrage pour les narires , ni douane pour l'introduction des marchandises ; la seule rétribution qui n'a pas été et ne devait pas être supprimée , est celle du pi/otage. Cette mesure favorisera beaucoup le développement du commerce dans la baie, qui est toujours fréquentée par un grand nombre de navires. Le mouvement du port est réellement très-copsidérable; tous les jours, il arrive ou il part des navires. La moyenne des navires de tout rang , mouillés dans la rade , depuis vingt jours, est de quinze ; j*en ai vu jusqu!à dix-neuf.

» Le 22 novembre, une députation des lies de la Société ^ dépea* dautes deTaïti» accompagnée de ceux de toutes ies baies de Taïti . a été reçue au palais du gouvernement. Un piquet d'honneur ^f^^^ été commandé depuis la veille ; au moment où l'aristocratie iadigène déûlait entre une double haie de soldats d'artillerie et d'infto' terie de marine , elle a été saluée par les salves de la batterie dobusiers qiii se trouve dans le parc du gouvernement. L^oeeupation française a été reconnue par les chefs indigènes , et M. d'Aobigny a été investi du titre de commandant particulier des lies de la Société. M. le gouverneur a promis d'envoyer des détachemeni' dans les lies voisines , des que l'arrivée des troupes de France le permettrait.

p Le prix de la journée de travail pour les indigènes qui viendront

ANiNEXF.S. 1055

aider à la conslniction des forts et des casernes , a élè fixé à deux réaux et demi.

» Les règlements de la police indigène ont élè provisoire met il reconnus, et M. le gonvernear a organise une escouade de gendarmerie pour seconder les agenls indigènes. Tonlerois , certains articles de ce règlement , tout d'institution anglaise, sont si Tcxatoires , que M. le gouverneur ne pourra longtemps les maintenir ^t • les appuyer au nom de la France.

V La reine Pomaré a reparu à Talti» mai$ sa présence n*a produit aucun effet ; elle loge chef M. le consul anglais , qui lui promet toujours Tappui du gourernement de la reine Victoria.

» M. le contre-amiral du Pelit-Thouars est parti avec la frégate la Heine Blanche le 11 novembre; il se rend aux Iles Sandwich. La corvette la Boussole , arrivée ici le 18 novembre , a reçu ordre de rallier Tamiral dans ce dernier groupe . qui , selon certaines rameurs, pourrait bientôt former le trio des établissements français de VOcéanie. La BoussoU est partie aujourd'hui même.

Plusieurs navires caboteurs ont demandé et obtenu de naviguer sous pavillon français dans ces lies.

X* 50. — > Traduction dé la lettre adressée par la reine Pomaré à Sa Majesté le Boi des Français.

« O Roi ! J*ai été privée dans ce jour de mon gouvernement. Ma souTeraineté a été violée, et votre amiral s'est emparé, les armes à la main , de mon territoire , parce que j étais accusée de ne pas observer le traité conclu le 9 septembre 1842.

» Je n'eus jamais Tintention , en mettant la couronne dans mon pavillon, de condamner ledit traité et de vous insulter. O Roi ! je suppose que vous ne considérez pas le fait d*avoir mis la couronne dans mon pavillon comme un crime. Votre amiral ne demandait le changement que d'one partie ; mais si j*y avais consenti , ma souveraineté aurait été improuvée par les grands chefs.

» Je ne connaissais non plus aucune partie du traité qui délerminAt la nature de mon pavillon.

9 Je proteste formellement contre la dure mesure prise par votre amiral. Mais j'ai confiance en vous, et j*altends ma délivrance de* ▼otre justice et de votre bonté pour une souveraine sans pouvoir.

9 Ma prière , la voici : Puisse le Tout-Puissant adoucir votre rceur ; puiasiei-vous reconnaître la Justice de ma demande, et mr rendre la souveraineté et le gouvernement de mes ancêtres.

105g annexes.

» Soyez béni par Dieu , ô Roi 1 et que votre règne soit long el florissant : telle est ma prière. Signé : Pomaib. »

N« 51. — Extrait du Moniteur, numérà du 26 février 1814. Partie non officielle,

« Le gouvernement a reçu des nouvelles de Taîti en date dnl'' an 9 novembre 1843. M. le contre-amiral du Petit-Thouars , arn>é dans la baie de Papeïti le 1" novembre pour exécuter le traité do 9 novembre 1842 , que le roi avait ratiCé , a cru devoir ne pas s'en tenir aux stipulations de ce traité , et prendre possession de ia souveraineté entière de l'Ile. La reine a écrit au IRoi pour réclamer les dispositions du traité qui lui assurent la souveraineté intériearr de son pays, et le supplier de la maintenir dans ses droits. Le Roi, de ravis de son conseil, ne trouvant pas dans les faits rapportés des motifs suffisants pour déroger au traité du 9 septembre 1842 , a or donné Texécntion pure et simple de ce traité , et l'établissement da protectorat français dans llle Taîti.

PARIS. - IMPHIMBRIE DE FAIN ET THUNOT, Rue Racine, 28, prés de TOdéon.

.^î.r.ZlHFRANCr.

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