‹ Îles Taïti (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · SQU1SS · texte numérisé non relu

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mentales du droit des peuples avaient été scrupuleusement observées dans la négociation qui a soumis ces terres à la France. La conduite de l'amiral du Petit-Thouars dans cette circonstance , donne la mesure du respect que la. France 9>rte à l'indépendance des pepples , quelque misérable que soit leur condition. Le commandant en chef de la station des mers du Sud , terminait les préliminaires de Toccupation des îles Nouka-^Uiva, lorsqu'il eut communication des démarches du commandant de tAube. Ce motif seul aurait suffi pour déterminer Tamiral àse rendre àTaïti, alln de s'assurer de l'exécution des promesses du gouvernement de cette lie, si déjà il n'était nécessaire pour lui d'aller y remplacer, autant que possible, les vivres qu'il avait fallu déposera Nouka-Hiva. Tous les navires de la division se trouvaient dans ce cas, etdevaientprendrecetteroute dans le même but de ravitaillement ; déjà des dispositions avaient été prises à l'avance pour obtenir quelques-uns des approvisionnements dont ils manquaient. Le premier effet de l'occupation des îles Nouka-Hiva devait donner , dans toute l'étendue de l'océan Pacifique, une plus grande efficacité à la protection du pavillon et des intérêts français, maison était loin de prévoira cette époque le mouvement qu'il ferai t naître à Tai ti. Le choix même des îles Marquises indiquait qu'on ne croyait pas pouvoir s'établir sur l'archipel taïtien , mieux rétribué par la nature sous tous les rapports, mais entièrement livré à une iufluence hostile, et où on ne pouvait prévoir que la

"> population serait aussi favorable à la domioatioa de ^ la France qu'elle Ta témoigné depuis.

L'amiral du Petil-Thouars arriva en vue de Taiti ^ Arrirée

de i amiral

vers la fin du mois d'août 1842. Le jour do Talier- ^« ^1%'J^^ ^ rage, la brise ayant manqué à l'entrée de la passe aoûÛms. étroite de Papciti , il fut obligé , à cause de Tbeure avancée , de passer la nuit sous voiles, en attendant l'arrivée du pilote» qui, par une circonstance faucheuse, était absent du port. En apprenant que la (tcgàielaReine^Blanche était en vue, M. Moercnbout r courut en toute hâte pour chercher le pilote , et

f ramena avec lui en allant rendre visite à Tamiral

I français. La nuit était faite lorsqu'il atteignit la fré-

gate, de sorte qu'il fallut forcément renvoyer le mouillage au lendemain , et M. Moerenhout fut obligé de passer ce temps à bord. Cette circonstance fortuile a donné naissance à la supposition que l'intention de l'amiral du Pctit*Thouars n'était pas de s'arrêter à Taîti, mais qu'il avait changé de détermination sur les communications et les instances du consul français. Les indications qui précèdent démontrent suUisamment l'inexactitude de cette supposition. Dès son arrivée, l'amiral du Petit-Thouars re- D*««rmiM«««

' de laminl

connut avec peine, que le gouvernement de Taiti <*■ P«iiH' h^aâ». avait manqué une nouvelle fois à ses engagements formels. La condamnation portée contre le chef de la police Moi n'avait pas reçu son exécution. D'autres individus, coupables de méfaits au détriment des Français, n'a\aienl pas élé punis. Les représentations du consul étaient restées sam» effet. Les mis-

sionnaires catholiques se plaignaient plus que jamais des vexations qu'on leur faisait subir, et de toutes parts il reçut des réclamations sur la conduite des autorités de Taïti. Devant ces faits j Tamiral du Petit<-Thouars reconnut qu'il n'était plus possible d'ajouter foi aux promesses d'ui» gouvernement, ou plutôt d'une ombre de gouvernement, insouciant du bien , inerte devant le mal , incapable ou impuissant à maintenir le bon ordre toutes les fois que la présence d'un navire de guerre ne lui en faisait pas une obligation. Pour assurer autant que possible le libre exercice des droits de ses compatriotes, il ju* gea nécessaire d'exiger une garantie analogue à celle stipulée par M. Laplace, dans le traité conclu aux îles Sandwich, en juillet 1839, avec Tameamea III (i). Il écrivit à ce sujet à la reine et aux chefs de Taitî la lettre suivante :

^^^ L'amiral du Petit- Tfumars dS.M. la reine et attxprinâpimx

de ramirai chefs de Vile de Taiti.

du Peiii-Thoutn '

A la reine

^^d^^Tauf ^^ A bord de la frégate la RB\n»'Bkmh», le 8 septembre 1842.

8 septembre 1843. « Venu à Taïli dans l'espérance d'y rencontrer raccueil que j'étais en droit d'attendre d'une puissance amie, liée par des traités au gouvernement auquel j'ai Thonneur d'appar-

(1) Art. 4 de ce traité. Le roi des Sandwich déposera entre les mains du capitaine de VArtémise la somme de 20,000 piastres , comme garantie de sa conduite future envers la France , dont le gouvernement liii restituera cette somme quand il jugera que les clauses de ce traité et celles de la convention passée avec le capitaine du Petit-Thouars , en juillet 1837, auront été fidèlement exécutées.

tenir, gouvernement qui, récemment encore, a donné à la reine Pomaré des preuves de la grande bienveillance .dont il osi animé envers elle, je m'attendais à n'avoir à offiûr à la reine et aux chefs principaux de Taïti que des actions de grâce poar les bons traitements dont je supposais que mes compatriotes étaient incessamment l'objeU C'est avec un vif sen* timent de peine que j'ai reconnu qu'il n'en était point ainsi , et qu'au lieu de la simple équité que nous réclamons, et qu'on ne peut raisonnablement refuser à personne, il n'existe peut- Otre pas un seul Français à Talli , qui n'ait à se plaindre de la conduite inique ou rigoureuse du gouyemement de la I reine à son égard.

9 Contrairement à vos propres lois, les domidM de plusieurs Français ont été violés pendant leur absence, et leurs maisons, ainsi forcées, sont restées ouvertes et exposées au pillage; des spoliations de propriétés ont été violemment et ' injustement prononcées et exécutées plus brutalement en- I core ; plusieurs de nos compatriotes ont été frappés par des I agents de la police , dont le devoir était de les protéger ; d'au-très ont été jetés en prison sans jugement préalable, traités en criminels et mis au bloc comme de vibscélérats , sans avoir I pu se faire entendre, etc.. Est-ce donc là la protection égale à celle de la nation la plus favorisée, à laquelle nous avions droit? Est-ce là le traitement garanti à nos nationaux par les traitc's? Non ; ils ont été violés et mis de cAté de la manière la plus outrageante pour la France, et malgré la promesse toute récente de la reine au commandant de la corvette iÂîibe^ l'infâme Moîa « l'assassin d'un Français, contre lequel elle avait rendu une sentence d'exil» est encore ici, et c'est por l'impunité des criminels que les témoignages de la bienveillance du roi des Français sont reconnus.

» Mal conseillée, subissant une influence contraire à ses \êrilablos intérêts, la reine apprendra une seconde fois qu'on ne se joue pas impum^ment de la bonne foi et de la loyaulé d'une puissance comme la France.

I» Paisqne noasn'aironsaTicane justice à attendre du gouvernement de Taïii, je ne demanderai point àla reine ni à ses «rfaefs principaaxdenoaveanx traités ; leur parole, àlaquelleilsmaoqaent sans cesse, ne peut plus aujourd'hui nous inspirer de confiance ; des garanties matérielles seules peuventassurer do^ droits; de nouveaux traités seraient sans doute mis en oubli comme les premiers; car nous ne demandons pas de favears particulières ni exceptionnelles pour nos compatriotes, mais seulement les droits naturels dont on ne peut les priver , et qui leur sont acquis : tels sont la liberté de commercer^ de résider, d'aller, de venir, de partir, d'acheter, de louer, on de revendre, et la liberté de leur conscience. Ces droits sont imprescriptibles et ceux de toutes les sociétés civilisées; eetix dont nous revendiquons l'usage , parce que ce sont les nôtres ; ceux enfin que nous obtiendrons dès que le goQv^noneot marchera légalement, et que les lois, faites pour tous , seront également connues de tous.

» En attendant que ce résultat si vivement désiré se réalise, la gravité des plaintes qui me sont portées, et les justes indemnités réclamées par un grand nombre de Français pour dommages-intérêts des torts qu'ils ont soufilerts^ dans leurs personnes ou dans leurs propriétés , par suite de l'inexécution des traités avec la France et de la conduite abusive des agents du gouvernement de Taïti , me font un devw de vous demander et même d'exiger au besoin, pour la sûreté de mes mes compatriotes et de leurs droits :

» l"" Que vous déposiez , comme garantie des indemnités qui leur sont légitimement dues , et comme caution de la conduite que vous tiendrez à l'avenir à leur égard, une somme de 10,000 piastres fortes, qui devra être versée, par les soins du gouvernement de la reine Pomaré, dans deux fois vingtquatre heures, à compter d'aujourd'hui , deux heures de l'après-midi, entre les mains du commis d'administration de la fréjrate la Reine-Blanche , pour être consignée dans la caisse • du gouvernement, où elle restera , pour être ensuite remise

BISTOmOUB. 051

t à la retne Foa>rè ^ lar Tordre do ffmvernemepl da roi , lot»f que les traités avec la France seroni fidèlement exécutés, el I lorsque ces indeouiités , dont il apparlieoi au gonveroemeot P fraiirais seul de délerminer et de pronooccr la validité, ser root acquiltiVs.

P • 2* Qu'à défaut du versement de ladite somme de 10,000

» piastres fortes dans le temps prescrit , le fort de la Reine , les , établissementsde Motou-Outa el TUe de Talti seroni provisoH remeni remis à ma disposition el occupés par les troupes françaises comme gage de Texécotion des traités , jusqu'à ce qu'il ait été rendu compte au gouvernement du roi des griefs dont nous nous plaignons, et qu'il ait statué, comme il a été dit, sur la validité des indemnités auxquelles nous avons un droit légitime.

• 3* Qu'enfin, dans le cas de Tinexéculion de Tune ou de l'autre des datïses ci-dessus , je crois qu'il est de mon devoir de vousdéclarer que je me verrais, bien contre mon gré. dans la dure nécessité de prendre' une détermination plus rigoureuse encore. Cependant, pour prouver à la reine et aux chefs principsiux combien il me serait pénible d'user d'unetellc sévérité envers eux , je les autorise à me soumettre , dans les premières vingt-qualre heures du délai fixé plus liaul , toute proposition d accommodement capable d'apaiser le juste rt*ssentiment île ma nation , si vivement excité contre eux , et de conduire à une sincère réronciliatinn entre deux peuples qui ont de grandes sympathies de caractère, et que l'on s'efforce malbeoreusemenl de diriser.

1* Le contre-amiral , commandant en chef la station navale de France dans l'océan Pacifique, » Do Prrrr-THocAiis. •

Le même jour Tamiral du Pclîl-Thouars fil con- . Noiiafiiten naître au consul anglais et à relui dos ElaTs-lnis, ♦«rao«wi. qur dtîs dillicultés existaient entre le {{ouveruement •

IMS.

Délibération

des chefs.

Demande

de protectorat.

Assentiment

général donné

à la décision

da gouvernement

Uïlien.

Trançais et celui de Taîti, qui pourraient amener des hostilités » et les engagea en conséqueuce, à prévenir leurs concitoyens de prendre des mesures de sûreté pour leurs personnes et leurs propriétés.

A la réception de ce message une réunion des chefs fut convoquée ; elle reconnut la validité des réclamations de Tamiral français; quelques orateurs retracèrent le tableau de la faiblesse du gouverneoienl, et de l'impossibilité où il était de bien diriger les affaires. Leur voix eut de Técho dans l'assemblée, qui, d'un accord presque unanime, résolut de renouveler la proposition non avenue, en 1841, de placer ces tles sous la protection du gouvernement français. Cette résolution fut communiquée à l'amiral qui ne pouvait que l'approuver, sauf le consentement du gouvernement dont il était le représentant.

Aussitôt le chef Paraîta, remplissant les fonctions de régent en l'absence de la reine, et les principales autorités de l'Ile, constituant le gouvernement, dressèrent les conditions sous lesquelles le protectorat serait établi. Aucun obstacle , aucune opposition ne se manifesta conlre cette décision du gouvernement, qui reçut au contraire l'approbation de tous les étrangers, très-satisfails de voir un ordre de choses plus régulier rendre leur position plus stable et moins incertaine. Le seul obstacle, la seule opposition -qu'une pareille détermination dût rencontrer n'aurait ■p# provenir que djes sentiments personnels d'inimitié de M. Pritchard; mais il était encore

absent et ni son remplaçant, ni les missionnaires, ni les résidents anglais, ne cherchèrent à s'opposer à une démarche profitable à la fois, à leurs propres intérêts et à ceux des indigènes.

La reine se trouvait avec toute sa famille à Eiméo coaMniemcni où , comme nous Favons déjà dit, elle s'était rendue pour faire ses couches. On lui envoya sur-le-champ des messagers pour lui faire connaître la détermfnation du gouvernement. Quoique sa grossesse fût très-avancée, sa santé était fort bonne; elle n'avait pas à souffrir des inconvénients qu'on a imaginés plus tard, pour faire croire que son consentement avait été arraché par la contrainte , au milieu desdouleurs de l'enfantement; bien au contraire^ elle était dans la plénitude des forces de sa robuste constitution le jour où l'acte dressé plar le gouvernement fut * soumis à sa signature; on la vit se promener gaie* roentsur la plage d'Eiméo et rendre plusieurs visites, en manifestant la satisfaction qu'elle éprouvait de cette détermination. Si l'idée du protectorat eût soulevé quelque répugnance dans la population , Pomaré n'aurait pas manqué d'en être instruite; s'il n'avait pas eu son assentiment , elle n'était pas forcée de l'adopter, et même si les résidents anglais avaient eu ridée de s'y opposer, ils avaient auprès d'elle un organe puissant, car la reine était alliée à un Anglais qui avait épousé sa cousine (1) et qui par cela

(1) Ce mariage aTait été contracté maigre la lot , qae Doas arons menlionnëe , qui interdÎMit le mariage des ëtraDgert aTec lea indigènes , dans le but d'empêcher raUîance des enfants des mis-

même avait toute facilité d'influer sur ses déterminations. Il n'en fut rien ; la reine s*empressa de consentir à la proposition des chefs; elle signa librement et volontairement Tacte qui lui était présenlé, et chargea Taerapa, chefd'Eiméo, de transmettre à l'amiral du t^etit-Thouars le document sui-

irapt :

j4 m. r amiral du Petit-Thouars.

Taïlip 9 septembre 1842.

i^i^de ta wine « Parce que nous ne pouvons continuer à gonvemeJ-par à l'amiral nous-mémes, dans le présent état de choses, de manière à

du PeUt-Tbooars. i V ■ . i * x*

— conserver la bonne harmonie avec les gouvernements étnm-

9iepte n 1842. ^^^^ ^^^ ^^^ exposer à perdre nos Iles, notre liberté et notre autorité , nous les soussignés, la reine et les graads chefs de Taïti , nous écrivons les présentes pour solb'cUer le roi des Français de nous prendre sous sa protection aux coa- ' dittons suivantes :

» f « La souveraineté de la reine et son autorité et Vautoriié des chefs sur leurs peuples sont garanties ;

» 2* Toutes les lois et règlements seront faits an nom de k reine Pomaré et signés par elle ;

» 3** La possession des terres de la reine et du peuple leur

sionnaires avec les naturels de Hle. Voici comment on s'y^Uitpru pour donner à cette infraction une apparence de légalité. Une parente de la reine , une cousine , peut-être une belle-sœur, était de- Tenue enceinte à la suite d^une liaison illicite avec un Anglais, M. Salmon ; pour couvrir le scandale de cet événement , on attribua à la reine le drait de suspendre pendant trois jours Texécution des lois du pays et notamment celle contre le mariage des étrangers. Pendant ces trois jours , tous ceux qui voulurent contracter une union légale avec les femmes indigènes reçurent la sanction des autorités. Mais à Texpiration des soixante-doase heures les prescriptions de la loi furent de nouvtou mises en vi- Ipaenr.

UISTORIQUE. 955

sera garantie. Ces terres lear resteront. Toutes les disputes, relativement au droit de propriété ou des propriétaires des terres , seront de la juridiction spéciale des tribunaux du pays.

» 4» Chacun sera libre dans l'exercice de son culte on de sa religion;

» 5* Les églises existant actuellement continueront d*étre, et les missionnaires anglais continueront leurs fonctions sans être molestés ; il en sera de même pour tout autre culte: personne ne pourra être molesté ni contrarié dans sa c. oyance.

» A ces conditions , la reine Pomaré et ses grands chefs demandent la protection du roi des Français , laissant entre ses mains ou aux soins du gouvernement français, ou à la personne nommée par lui et avec l'approbation de la reine Pomaré, la direction de toutes les affiiires avec les gouvernements étrangers, de même que tout ce qui concerne les résidents étrangers, les règlements du port, etc., etc., et de prendre telle mesure qa*il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie et de la paix.

» Signée PoMâRt.

n Paraîta, régent , Otomi , Itoti , Tati.

• Je soussigné déclare que le présent ducument est une traduction fldéle du document signé par la reine Pomaré et les

chefs.

»• Signé , Asiitama!, envoyé de la reine. »

. Aux noms des grands chefs de Tlle placés au bas de idbéiioo cet acte, il ne manquait que celui de Pafaï , qui était 5„*pro,Sîtoï«r malade à cette époque, de la maladie qui devail le i»iepiembreiM2, conduire au tombeau; mais peu de jours après, il adressa à Taroiral du Petit-Thouars la lettre suivante, pour témoigner de son approbation :

Talti, 19 lepiembre f 842.

« Monsieur l'amiral , je toqs salue et tous félicite sur votre arrivée à TaïU. Voici ce que je veux voas dire. J'approuve beaucoup que le roi des Français prenne TaïU soos sa protection. Je suis satisfait qu'on ait fait cette demande :je désire que vous me considériez comme si j'avais écrit mon nom au bas de cette demande. Si vous n'admettez pas cela t j'en serai contrarié.

> Signé, VkFài, grand jage. «

Aerf^ptation Lc iTiême jour, 9 Septembre 4842. Famiral du Petit-

provisoire r ». % , . i»

J« pro^^UJf* Tbouars répondit a la reine pour accepter, sauf raduÇeui-Tttoaan. tificatlon, le protectorat, qui lui était offert, en répé- 9 septembre 1842. ^^^ ^^^^ sa lettre Ics conditîons stipulées dans le document qui lui avait été adressé :

« J'accepte au nom du Roi , et sauf ratiGcation , la proposition que vous me faites de placer les États et le gouvernement de la reine Pomaré sous la protection de S. M. IXHiis- Philippe, Roi des Français, aux conditions suivantes , savoir :

» i\ Que la souveraineté delà reine, son autorité et celle des principaux chefs, sur le peuple, seront garanties;

» 2'' Que toutes les lois ol les règlements seront faits a» . nom de la reine Pomaré, et signés par elle ;

» Z'* Que la possession des terres de la reine et du peuple leur sera garantie. £IIes ne pourront être enlevées sans leur consentement, soit par acquits ou échanges. Toutes les contestations relatives au droit de propriété des terres .seront du ressort de la juridiction spéciale des tribunaux da pays,-

» 4* Que chacun sera libre dans Texerdce de son coite (m de sa religion ;

» S"" Que les églises établies en ce moment oontinueroo/

HISTUKKjUE. U57

d'exister, et les missionnaires angbis continueronl leors fonctions sans être molestés » il en sera de même pour tout autre culte ; personne ne pourra être molesté ou contrarié dans sa croyance;

» Enfin , que c'est à ces conditions que la reine et les grands chefs principaux demandent la protection du Roi des Français , abandonnant entre ses mains ou aux soins de son gou* vemement, ou à la personne nommée par S. M. et agréée par la reine Pomaré , la direction de toutes les affaires avec les gouvernements étrangers , de même que tout ce qui concerne les résidents étrangers , les règlements de port, etc., etc., et de prendre telle autre mesure qu'il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie el de la paix.

» Je suis , etc.

• Signé, A. ou PsriT^TaooAas. »

Aussitôt une communication officielle instruisit ^^^^euV*'''' les consuls étrangers de la cessation des difficultés *man^rr«''

ï gouvernement taitien, et des clauses du traité conclu par la reine; le consul anglais répondit en ces termes :

Le consul de S. M. B.^â M. Femiral du PetU-Ttumart.

« Monsieur, j'ai l'honneur de vous accuser réception de ReponM* TOtre communication datée du 11 courant, et en réponse, je ^■^^*;^*"s****' puis TOUS assurer que je trouve heureux que les difficultés "*^*'°>'''«i*^^* existant entre la France et le gouvernement taltien aient été terminées, sans que vous ayet recours à des mesures hostiles et en termes aussi modérés que favorables.

» J*ai aussi l'honneur de vous assurer que j'aurai grand plaisir à m'entendreavec vous (lorsqu'il vous plaira de me le faire savoir) , et de vous donner tout mon concours pour les meilleures mesures à prendre, pour maintenir le bon ordro

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et la bonne harmonie parmi les étrangers résidanl à Ttfti, el poor le bien général des habitants.

» J'ai rhonnenr d'élrc', etc.

» Signé ^ Th. Wilson , consul de S; M. B. »

Réponw La lettre du coosul américain, écrite quelques

des Euu-(jois. jours plus tard, répondait en roémfe temps à d autres i9sepiembrei842. communications de Famiral :

Li consul des Étais- Uni» à F amiral du Peiii- Thouars.

Taïti , le 19 Mptembre 1S49.

« Monsieur Tamiral , j'ai Tbonnear de tous accuser réception de votre noie du 17 courant, et de celle de date aiilérieure , accompagnée d'une proclamation fixant les bases qui constituent la nouvelle administration des affaires dans ce pays. Je suis heureux d'ajouter que les principes justes et libéraux contenus dans la proclamation, l'approbatioD aree laquelle elle a généralement été accueillie, et les grands in* téréts que les résidents blancs trouvent dans la sécurilé accordée à leurs personnes et à leurs propriétés , doivent , dans mon opinion, assurer pour longtemps le bon ordre et la tranquillité si désirables, qui n'ont jamais exista ici auparavant.

» J'ai aussi l'honneur de vous accuser réception de votre note, en date de ce jour, aimonçant la nomination de M. Reine, lieutenant de vaisseau au poste de gouverneur • militaire de Papeïti, et celle de M. Gabrielli de Garpegna, enseigne de vaisseau, à celui de capitaine du port.

« Ayant reçu précédemment de S. M. la reine Poroaré la notification oflBciclle que la souveraineté extérieure de ses I États avait été placée sous la charge (sauf ratîficatioo) de

I S. M. Louis-Philippe , Roi des Français , je me trouve moi-

même appelé , par la position des affaires , par l'importance de nos intérêts commerciaux dans ce pays , et aussi par acte

UISTORIQUË. UoO

de courtoisie envers le gouveroement de S. M. le Roi, maintenant établi ici , à reconnaître ( sauf la sanction de S. E. le président des États-Unis) la noQvelle autorité en rehissant le pavillon de ce consulat (f ). Si , par cet acte , je laisse de côté poar le moment toutes questions relatives aux faits antérieurs à l'appréciation de mon gouvernement , je ne doute nulle* ment que les dispositions amicales et le mutuel bon voutoir qui eiiste entre k France et les Etats-Unis n'accélèrent la juste satisfaction qui leur est due.

• Agréez , monsieur Tamiral , etc.

» Signé , S. W. Bucatas , coDsal des ÉUts-Unis à Talti. »

L'annonce de la détermination du gouvernement J*5*î!JJ|ï£^^ taîtien ne trouva pas non plus la population indiffé- êt*'!iSS^éDV. rente. Dès qu'elle eut connaissance de Tacceptation du protectorat, elle manifesta par des actes spontanés et significatifs, la satisfaction que cet événement lui faisait éprouver. Les missionnaires catholiques, les sujets français et américains adressèrent à Tenvi leurs félicitations à Taroiral du Petit-Thouars. Les missionnaires et les résidents anglais se joignirent à CCS démonstrations par des adresses rédigées en commun (2). Toutes ces manifestations témoignent

(1) Ce consul , par suito de diiBcallét précéd«niea avec le gou* ▼ernemeot Uïlien , a? ait ameoë sod parillon peu de j«mu« aTanl rarrÎTée de Tamiral du Petil-Thouart.

(?) Le* ministres de la mission protestants à Tatti a^ eontre^miral du Petii-THouars.

BoanumU, le 9i lepcembra IM9.

t Nous, minUtres aoussiimës de la mission protestante aai tiet de Taîti et de Moorea , étant réunis en comité et informée des der-

960 ESQUissi:

de l'enthousiasme qui avait accueilli la conclusioa du nouveau traité; ils prouvent surabondamment qu'il élaitconsidéré comme un avantage réel, et que h contrainte n'entrait pour rien dans les décisions du gouvernement , ainsi qu'on a essayé d'en propager le soupçon» Au contraire, les indigènes se livrèrent à des réjouissances publiques pour témoigner de leur joie. Ils se pressaient autour des Français pour les-

niers changemeuto qui ont eu lieu relativement au gouvernement taïtien , désiromi assurer Son Excellence que , ministres de VÉrangile de paix, nous regardons comme un devoir impérieux d'exhorter le peuple de ces îles à une obéissance tranquille et constante envers les pouvoirs existants , daus la pensée qae cette conduite est celle qui convient le mieux àleurs propres intérêts; attendn surtout que cette obéissance est conunandée par les lois de Bien que nous avons eu jusqu'à présent pour objet spécial de faire connaître.

9 Signé D. Darurg , président, W. Howb, secrétaire,

» J. OasHOND, JoHii Davis , etc. »

Les résidents anglais de Tatti au contre-amiral du Petiir Thouars,

Taltiy le septembre 1842.

« Monsieur, nous soussignés , résidents anglais de Taïti, désirons vous remercier d*avoir accepté provisoirement la demande par laquelle la Reine Pomaré à sollicité la protection de S. M. le Roi des Français dans ce qui touche à ses relations extérieures avec les puissances étrangères, les rapports avec les résidents étrangers, et nous sonmies heureux de voir mettre un terme au désordre et aux abus qui ont régné jusqu'à présent dans ce port; nous noas félicitons que vous ayez {pro tempore) , conune vous Pannoncez par votre proclamation , rendu des lois et des règlements et donne des garanties capables d'assurer la protection des propriétés et Tadministration de la justice.

» Signé R. Hartoh , ^.«F-^A. Riford , etc. • (Suivent vingl-neuf signatures,)

HISTORIQUi:. iNjl

quels ils avaient depuis longtemps une vive sympathie, et les accueillaient partout avec des signes non équivoques d'amitié. Il n'y avait plus qu'un cri dans nie: Mmtdijranisséj « les Français sont bons. » L'amiral du Petit-Thouars et les officiers de la Reine Blanclie répondirent de leur mieux à ces démons* trations. Un grand dîner Tut donné par l'amiral aux principaux chefs de l'ile et aux Européens les plus notables. Les officiers, de leur côté, reçurent un grand nombre de personnes , et c'est à ces récep* tions qu'on a tenté de donner un caractère de licence et de désordre. Un démenti officiel a fait justice de ces accusations (1).

(1) Un article pablië dans pliuienn Journaux sur la relâche de la frégate la Heine Blanche k TaYti , an mois d^août dernier , con«tientun passage qni doit être démenti , parce qu'il est inexact. U attribue aux équipages , anx officiers et an commandant de cette frégate une conduite et un langage qni n*ont jamais été reprochés aux marins français. L'urbanité, la politesse qu'on accorde nnanimement a leurs officiers , et qui tiennent aux mœurs et aux exemples qu'ils puisent dans leurs familles n'ont jamais altéré le bon ordre et la discipline qu'ils ssTent maintenir à leur bord dans tontes le<i contrées qu'ils fréquentent; on peut donc affirmer que l'orgie qu'on dit avoir eu lieu sur une frégate française à Taïti , n'est qu'une inrention qui serait taxée de calomnie , si elle n*cUit une de ces légèretés blâmables trop fréquentes aujourd'hui dans certains journaux peu soigneux de llionneur national. Non il n'est pas Trai , et il est de toute fausseté qu'une frégate ait été un théâtre de corruption dans quelque pays que ce soit. L'honneur, dans toutes ses acceptions , y a été constamment référé > et tontes les mères françaises peuvent contioner de s'applaudir de voir leurs enfants senir dans la marin« de lenri pays. -* Journal U Montlfvr» n* da 30 mars 1843.

dê^i^mirai Aussitôt après la conclusion du traité, Tâmiral **" d^'SÏ'Jgne *" ^" Pelit-Thouais réclama par écrit, du régent Paprotectorat! raïla, chcf (Ju gouvememeot en l'absence de la ioMptemiirei842. rcinc et des membres' de sa famille, Tadoption d'un signe apparent du protectorat; il proposa à cet effet dans la lettre suivante, datée du iO septembre 1842, de placer les couleurs tricolores dans l'angle supérieur du pavillon taîtien.

« J'ai rhoDneor de vous informer, Monsieur le Régent, que, conformément aux usages établis entre les nations civilisées, un signe visible de la protection que vons avez réclamée est nécessaire pour nous mettre à môme de l'exercer. En coqséquence, j'ai décidé qu'en attendant les ordres da Roi, le pavillon français serait , en signe d'alliance , placé soos la forme d'un jack dans le pavillon de Taïti. Je vous adresse le pavillon ci -joint; pour que vous preniez les mesures nécessaires pour le faire arborer sur le fort Moton-Outa demain, 11 de ce mois, à midi précis. Au même instant il sera également hissé au m&t de mitoine de la frégate la Reine Blanchi^ qui fera un salut royal de vin^t et un coups de canon.

» Agréez, Monsieur le Régent, etc.

» A. DU Petit-Thodars. »

da protèetirau ^^^^^ démarche obtint un consentement immédiat; le pavillon envoyé par l'amiral du Pelit-Thouars fut arboré sur Tilot Motou-Outa le 30 septembre, et fut salué de vingt et un coups de canon par la Reine Blanche. Ce pavillon était composé des couleurs taitiennes, deux bandes rouges de chaque côté d^aae large bande blanche, courant dans le sens de la longueur du pavillon, et des couleurs françaises qui occupaient, à Tangle supérieur le plus rapproché

HISTORIQUE. Wili

de la hampe ^ ud tiers de la longueur du pavillon et la moitié de sa hauteur.

L*amiral du Petit-Thouars s'occupa ensuite de consutotton

* da gouTernemeoi

1 organisation du conseil provisoire qui devait exercer jn^îJJiJJiJJin, le protectorat, en attendant la ratification du gou- isaepieiiibrtti842. vernemenl français. M. Reine, lieutenant de vaisseau « Tut nommé au poste de gouverneur militaire de Papoïti. M. Gabrielli de Carpegna fut chargé des fonctions de capitaine de port, et M. Moerenhout leur fut adjoint avec le titre de commissaire du roi. M. Reine j oflicier le plus élevé en grade , fut investi en môme temps, de la présidence de ce conseil pro* visoire, qui fut constitué le 45 septembre 1842. Il fut sur-le-champ reconnu par le gouvernement taïtien, et son entrée en fonctions fut notifiée aux agents reconnus des puissances étrangères.

Tels sont les principaux faits qui ont précédé et RéerimiaaUMt accompagné rétablissement du protectorat français ancuiM. à Taïli. Nous les avons esquissés succinctement, car les détails authentiques manquent encore aujour^ d*hui pour indiquer toutes les phases des événements survenus pendant le séjour de la frégate la Reine Blanche. Mais, dès à présent, avec les documents que nous avons soûslesyeux, on peut démentir hautement les accusations portées par les adversaires de rinduence française dans TOcéanie^ et qui malheureusement ont été répétées en France. On ne saurait trop déplorer Tesprit hostile qui a inspiré certaines publications sur ce sujet, et nous accom-

plissons un devoir en élevant notre faible voix pour protester contre des attaques injustes, fâcheuses, inconsidérées, dirigées à tort, contrôla loyauté des officiers de notre marine. Que certains organes delà presse anglaise dénigrent les actes des officiers de nos forces navales, qu'ils dénaturent les faits, qu'ils calomnient leur conduite toujours honorable, qu'ils cherchent à porter atteinte à une réputation glorieusement acquise, on le conçoit jusqu'à un certain point, car ils suivent l'impulsion d'un sentiment aveugle de domi nation et d'envahissement; ils se font les interprètes des mauvaises passions , de l'animosité et des désap' pointements, d'une portion bilieuse de la nation britannique; mais ce que nous ne pouvons blâmer trop ouvertement, c'est de voir les mêmes récriminations se reproduire dans des publications françaises, heureusement sans échos.

Faiu postérienn Au poiut OÙ uous sommcs arrivés, la tâche que du proieciorau uous uous étious imposco dc retracer les événements de l'histoire de Taïti est achevée. Désormais elle est liée à celle de la France. Le peuple taîtien a cessé d'être , ou plutôt une nouvelle ère commence pour lui , comme pour les peuples naguère sauvages de r Océan ie, désormais entraînés dans la voie de la civilisation par les peuples européens. Cependant , pour compléter cette esquisse, nous analyserons succinctement les faits historiques survenus postérieurement à rétablissement du protectorat, et qui . ont si vivement ému l'opinion publique. .

HISTORIQUF..

Le dépari de la frégate la Reine Blanche^ qui suivit de prés rinstaliation du gouvernement provisoire, n'apporta aucun changement au calme qui régnait dans rile. Les autorités françaises et le gouvernement taîlien continuèrent d'entretenir les relations les plus amicales, ainsi qu'une lettre et une proclamation de la reine en font foi (i). Cependant aussitôt que la nouvelle du protectorat arriva dans les colonies anglaises de F Australie, elle produisit une grande sensation. Elle réveilla les sentiments hostiles et les clameurs de la presse coloniale, endormis depuis 1838. Une corvette anglaise, la Favorite^ ne tarda pas à paraître à Taîti. Le capitaine Sullivan, qui la commandait , se borna, dans une courte apparition de douze jours, à remplir le rôle d'observateur. Il rendit visite aux membres du conseil provisoire; les officiers français et anglais so firent des politesses réciproques, dînèrent ensi^mble et se séparèrent en parfaite intelligence. Il arriva même, que le capitaine Sullivan, envoyé pour ri'cucillir des plaintes contre les actes du protectorat, rendit loyalement compte à son retour a Sidney, qu'il n'avait entendu que des éloges sur Tadministration des autorités françaises.

Un navire plus fort, la frégate /e Ta/éor, succéda à la corvette la Favorite , peu de temps après le départ de celle-ci ; mais le capitaine Thompson qui la commandait , loin de suivre Texemple de son

Mission de la conreUe

•Dglaite to FavoriU,

ArriTée é TaTU lie la frugale

anglaiie la Tathot.

GoDdttil« da capiuioe

(1) Foir let annêxei n** 4 et 2.

prédécesseur el de tenir une ligne de conduite réservée et prudente, donna au contraire des preuves du plus mauvais vouloir contre rétablissement do prot^ectorat français. Il ne voulut pas reconnailre le gouvernement provisoire, ni saluer le pavifioo du protectorat, prétextant qu*îl h^avaît reçu aucun ordre à cet égard. Jusque-là sa conduite était naturelle, le gouvernement anglais n*ayant pas encoa' reconnu le protectorat; mais le capitaine Thompson alla plus loin : il employa des moyens occultes pour entraver Faction des autorités françaises. Il mit de raffectation à saluer l'ancien pavillon de Taîti et chercha en-dessous, à soulever les indigènes contre le gouvernement provisoire, pendant qu'ouvertement il était rempli d'égards pour les officiers français. Une réunion provoquée par ses conseils devait avoir lieu, lorsque la corvette la Boussole^ commandée par le capitaine Vrignaud, arriva trèsheureusement pour mettre un terme à ces tentatives et pour arrêter les excès auxquels cette asseml^/ee aurait pu être entraînée, sans la présence du bâtiment de guerre français. En même temps la gabarre le Bucéphale vint apporter un nouveau contingent de forces à Tappui du gouvernement du protectorat^ qui s'était trouvé dans l'obligation de protester contre les manœuvres des Anglais, et qui avait averti lareine de la position fâcheuse où elle se placerait, si elle se laissait persuader de manquer à ses engagements envers la France. La reine fit alors connaître que sa volontéétait que tout fût maintenu dans l'état antérieur

n rénier iMl.

HISTORIQUE. 9ti7

â Tarrivéc du Tatbot, jusqu'à ce que les amiraux des deux nations ou leurs gouvernements se fussent entendus(l). Le capitaine Thompson mit subitement à la voile le 15 janvier 1843, sans prévenir personne de son départ. Le Bucéphate appareilla le même jour.

La tranquillité avait reparu, le gouvernement 4eii*pri'!îh«ni provisoire fonctionnait de nouveau sans empêche- *Tîî"' ment, lorsque la frégate la VintUcHve apparut sur la rade de Papeîti, le 25 février 1843, amenant avec elle Tennemi le plus acharné de Tinfluence française, le consul Pritchard. Cet agent était arrivé le 7 décembre 1842 à Sidney, ou il apprit seulement les événements survenus à Taiti. Il en instruisit immédiatement son gouvernement, en lui annonçant son prochain départ pour se rendre à son poste (2). L'impression qu'il éprouva en apprenant rétablissement des Français à Taiti, devait être d autant plus pénible, qu*il venait d'accomplir en Angleterre un voyage dans un but tout différent, et qu'il devait éprouver la crainte de voir ses intér(Hs contrariés; en effet, il était arrivé aux Nouvelles- Galles du Sud , sur un bfttiment de commerce chargé de marchandises qu'il se proposait d'écouler à Taiti , et il appréhendait naturellement que les moyens illicites qu'il employait dans ce commerce, ne fussent contrariés ou tout au moins mis au grand jour par

(1) Foir lot ftnnexM , n* S.

(?) Fotr ItÊ •nnexw n* 4.

l'es autorités françaises. Il raviva alors sans ret<

l'irritation des sectes religieuseis de l'Australie. Il

tisa le feu de Topinion publique et obtint du gom

neur, M. Gibbs, dont on connaît l'esprit ultra-i

gieux, que la frégate la Vindictivef qui arrivait

mers de Chine , serait expédiée àTaïti ; il reçut n

une somme d'argent assez considérable, destin

l'acquisition de cadeaux pour la reine, parmi lesq

se trouvait une voiture, objet inconnu aux însuh

de rOcéanie ; il quitta lui-même le navire de (

merce qui l'avait amené de Londres , pour pre

passage sur la Vindictivey où il eut, pendant la

versée, le temps de former l'opinion du capii

Toup Nicholas à sa guise et de persuader ce '

marin, un des adversaires les plus acharnés

France, d'employer même la force pour dét

l'œuvre du protectorat.

démTreh^ ''*• Pï^itchard n'attendit pas que la Vindictit

duconsaianguis. ^j^^j j Papeïti , pour débarquer. Il se fit met terre au point le plus voisin, dans la partie si l'île, et prêcha immédiatement une croisade a les Français et contre le gouvernement provis « 11 faut les chasser et arracher le pavillon dupr torat, » s'écriait-il! Cette opposition ouverte ne vait manquer de produire une certaine agitation la population. Les menées du consul anglais, se dées par la présence d'une frégate, tendaient à naître des désordres, et même des troubles sér menacèrent d'éclater.

La reine , circonvenue , obsédée, effrayée par de sinistres prédictions, incapable de discerner la vérité au milieu des calomnies qu'elle entendait sans relà« che, subit encore une fois l'ascendant que M. Pritchard avait jadis sur elle; mais, dès cet instant, les chefs de nie, plus éclairés ou moins faibles, témoignèrent leur désapprobation des menées qu'ils voyaient pratiquer. Recommandant de la Vindictive^ tout en secondant les efforts du consul anglais de tout son pouvoir, avait cependant le soin de voiler sa conduite en ne commettant aucun acte ouvertement hostile envers les Français. Peut-être l'arrivée de la corvette l'Allier^ commandée par le capitaine Lavaud , oflicier d*une grande réputation, en apportant, le 18 mars 1843, un accroissement aux forces de la station française, vint-elle aussi modérer la fougue du vieux capitaine Toup Nicliolas, qui prenait à tort le titre de commodore, titre que ses propres oiliciers lui contestaient. Quoi qu^ilen soit, dans les empiétements successifs tentés par lui, il procéda toujours avec mesure et par voie d'essai. Un jour, il demanda , ou plutôt il avisa sous forme de demande qu'il allait mettre un homme à terre pour garder des embarcations en réparation. Ce fut d'abord un soldat sans uniforme qu il envoya en service, bientôt ce fut un soldat en uniforme et sans armes, puis un soKial armé, puis deux, puis trois, eniin, jus(|u à huit ou dix. Un autre jour, il annonça qu'il allait envoyer un matelot voir si l'on pourrait dé- (*()U\rir un navire qu'il attendait; peu après, on vit

EmpieteinenU

tenle* par

le coraiiiandiinl

de la fregaia

anglaise la Fiiu/ichce.

le matelot porter un mât de signaux; enfin, ce fat bientôt un poste complet de signaux qu'il établit sans égard pour le traité existant entre Pomaré et la France. En outre, après le départ de la Boussole^ qui fut remplacée par la corvette C Embuscade , il adressa à l'amiral du Petit-Thouars , sous forme de lettre, une sorte de protestation contre le protectorat qu'il avait établi. Le consul anglais n'avait pas attendu aussi longtemps pour adresser à son gouvernement une lettre qui dépeignait sous d'odieuses couleurs la conduite des marins français (1).

Ornements- Lcs tracasscrics suscitées par le consul anglais et

ajoutés ^ °

*"i5*rel2e ^* par le Capitaine ToupNicholas devaient aboutîr à créef de sérieuses difficultés, qui auraient pu amener une collision entre les deux marines y comme on en avait conçu la crainte , et comme la nouvelle en a circulé. Profitant de ce que la condition relative au pavillon du protectorat ne se trouvait pas contenue dans ie traité signé par la reine , on lui persuada de hisser de nouveau l'ancien pavillon taîtien sur sa demeure; manifestation qui aurait peut-être passé inaperçue^ si elle n'avait pas été provoquée par deux agents anglais. Le capitaine Toup Nicbolas suivit dans cette circonstance sa tactique habituelle; d'abord, le pavillon fut arboré sans changement, puis il reçut un embellissement : des palmes de cocotier furent simulées dans le centre; peu à peu elles s'agrandirent i d'autres ornements s'ajoutèrent aux premiers ; breC

(1) Foir leg annexM n^ 8 et 12.

HISTORIQUE. Oli

ils prirent Tapparence d'une couronne. L'ancien pavillon national fut transformé, il devint une sorte de pavillon de fantaisie qui, en lui-même, n'avait aucune signification , mais qui recevait une valeur de la source d'où il avait été transmis.

Le gouvernement provisoire dut réclamer ; il pro- ^•«••««i»*» testa aussi avec énergie contre une proclamation ^'Nfcbou^?^'^ adressée par le capitaine Toup Nicholas aux rési- dag^uvernemeiit dents anglais, pour leur enjoindre de ne pas se soumettre aux mesures prescrites par les autorités françaises, mais de continuer a avoir recours aux auto* rites du pays. M. Reine, dans une lettre qui fut aussi signée par MM. de Carpegnaet Moerenhout, releva dans des termes précis , avec toute la fermeté nécessaire , une démonstration contraire à tous les droits. Le commandant de la Vindictive annonça en réponse qu'il ne croyait plus devoir correspondre avec le gouvernement provisoire ; mai« il déclara en môme temps que son intention était d'éviter avec soin tout ce qui pourrait être l'occasion de la plus légère offense pour le pavillon français (1).

C'est ici le lieu de rendre justice à la conduite honorable, énergique et prudente à la fois , des officiers de la marine chargés par l'amiral du Petit- Thouars de la direction du gouvernement. Placé dans des circonstances dilliciles, épineuses, sur un terrain où les sentiments de rivalité de deux peuples n'attendaient peut-être ({u'une éliurelle |)our amener

(1) Foir \n annexes n** 15, I i et là.

972 ssQUissi

un conflit , M. Reine» investi de la présidence de ce conseil , a toujours su allier une prompte (Jécision , une grande résolution, à une modération et à des formes extérieures qui , en arrêtant les progrès d'une influence occulte, ont aussi prévenu les diflereads à la veille d'éclater. Il a rempli avec bonheur la tâche qui lui avait été conûée , et dans laquelle il fut efficacement secondé par M. de Carpegna.

spéeuiauon Nous avous mentionné plus haut, que M. Pritchard de M. Priichtrd. avait cflectué Ic voyagc d'Angleterre à Sidney sur un navire de commerce, chargé de marchandises pour lé compte de cet agent britannique. Si des motifs particuliers, non moins qu'une haine aveugle pour tout ce qui porte le nom Français , avait dicté les déterminations du capitaine Toup Nicholas, M. Pritchard avait, outre ces -motifs, des raisons d'intérêt personaeLpour désirer le renversement du protectorat ; le navire qu'il avait fi;élé. arriva quelque temps après la Vindictivek Papeîti ; indépendamment des produits manufacturés qu'il devait verser dans les magasins de M. Pritchard, il portait encore une monnaie de cuivre, frappée en Angleterre, pour une valeur qu'on estimait à 12,000 piastres fortes , et qui devaitôtremiseen circulation dans le pays. Lespièces de cette monnaie portaient d'un côté un navire et de l'ati tre en exergue les mots gênerai accommodation* On comprend sans peine le but de cette spéculation. La monnaie de cuivre devait faire rentrer tout l'argent monnayé en circulation, entre les mains de M. Pritchard , principal marchand de l'tlë , en laissant en

échange aux indigènes des médailles ou des jetons d*une valeur douteuse et sans cours légal. Cette spéculation était un vol manifeste. Elle suffit à elle seule pour faire apprécier la moralité de Thorame qui n'a pas craint de la concevoir et de la mettre à exécution. Cependant , le gouvernement provisoire ne pouvait tolérer une pareille spéculation; il s*y opposa de tout son pouvoir; mais la reine, incapable de secouer le joug qu'elle subissait, délivra un ordre pour autoriser la circulation de cette monnaie. Heureusement, la population, prévenue du peu de valeur de ces jetons, refusa de s'en servir. M. Pritchard s'efforça en vain dç mener son entreprise à bonne fin. H annonça publiquement, dans l'église de Papeiti , qu'il avait reçu des marchandises d'An- gleterre , et qu'il les céderait contre la monnaie de cuivre dont l'emploi était autorisé par la reine. Cette annonce n'eut pas de succès; quelque temps après, plusieurs indigènes se cotisèrent pour vérifier la réalité des promesses de M. Prilchard ; mais alors il refusa péremptoirement de leur céder les objets qu'ils demandaient, en échange d'une valeur équivalente de pièces de cuivre amassées à cet eflet. Dès cet instant, la monnaie Prifc/iard fut complètement discréditée.

L'exaspération du consul anglais fut excessive , et il n'est pas nécessaire de reproduire toutes les ^ R*foiuu

■^ ■^ des manoQTrM

causes de l'inimitié qu'il ressentait, pour faire corn* prtide"iirr«iiit. prendre quelle devait être des plus acharnées. Aidé par le capitaine Toup Nicholas, il n'avait rien négligé

pour engager son pavillon dans une querelle qui eût pu profitera leursintérèts mutuels; aveuglés tous deux par leurs sentiments personnels, ils avaient conçu l'espoir de faire approuver des actes qui dépassaieol certainement leurs instructions , et s'appuyaient sur cette conûance, que le gouvernement anglais soutient ses agents toujours et dans tous les cas. La sollicitude qu'ils témoignaient pour la reine était bien gratuite ; la pauvre femme ne demandait qu'à vivre en repos, tandis que des rapports inCdèles la remplissaient d'alarmes. On l'effrayait des projets de la France; on lui présageait le plus triste sort; on lui faisait voir dans l'avenir la*captivité et l'exil plus le^ rible que la mort, afln d'avoir le. prétexte de lui ouvrir les bras, de lui promettre des secours et une puissante intervention. En un mot, on régnait sur elle par la terreur. On profita de sa faiblesse pour lui faire signer une lettre adressée à la reine Victoria, où elle déclarait avoir cédé à la crainte en signant le traité du protectorat, et dans laquelle elle demandait sa protection, t 0 reine, disait-elle, ce » traité je ne le reconnais pa& Ce sont les chefs » qui ont traité avec les Français qui m*ont forcée. 9 Défendez-moi , prêtez-moi une assistance puis- » santé et prompte, et vous me rétablirez dans mon » gouvernement. Mon amie, envoyez promptemenl » un grand vaisseau de guerre pour m'aidcr. » Cette lettre fut expédiée sur-le-champ par le capitaine Toup Nicholas, an moyen d'une gooletle qu'il fi*t*tî» dans ce but. L'ullicier en second de la frégaie fui

chargé de la porter en Angleterre en traversant r isthme de Panama.

Le commandant de la frégate la YiniUctive avait dé- . Bappei passé de beaucoup le temps qu il devait consacrera ^^f^^^ son séjour ; il avait pris sur lui de renvoyer la corvette s«oûîii43. te Satellite , commandée par le capitaine Gambier, détachée de la station d'Amérique pour le remplacer : et pour justifier sa conduite, il s'était fait écrire une lettre par quelques habitants et résidents anglais, dans laquelle ils le priaient de demeurer à Taîti jusqu'à la décision des gouvernements anglais et français. En prolongeant sa relâche au delà du terme fixé par ses instructions , il agissait dfans un but d'intérêt personnel, il voulait d'abord , en retardant son retour en Angleterre , conserver le commandement dont il était investi le plus longtemps possible ; il espérait ensuite, à Faidc des débals qu'il avait fait naître» amener un éclat qui eût pu lui faire conférer le titre de Commodore qu'il convoitait et qu*il avait usurpé sans raison. La fermeté des autorités françaises de Taiti sut déjouer et repousser les manœuvres de roflicier anglais ; leur prudence sut éviter de commettre les fautes dont il eût pu profiter. Bientôt l'amiral anglais Thomas, commandant la station des mers du Sud, instruit des procédés du capitaine Toup Nicholas, jugea i propos de mettre un frein à ses eflurls ]K)ur se mettre en évidence à tout prix. Il lui e\|>cdia par le ketch le BasUick Tordre fiiniiel de quitter Taïti, au grand regret durapilaiiie Mcholas , qui lut obligé de bc bouiiiellre uu\ s>oiu«

mations de rofficier général son supérieur, et dt vider les lieux. Sans doute les dépêches de Tamiri Thomas improuvaient la conduite du commandaDi de fa Vindiclive y car célm-cif avant de partir, se rendit aux observations de M. le capitaine Mallet, commandant C Embuscade f et révoqua la proclamation qu'il avait faite à la date du 20 juin , pour défendre à se> nationaux de se soumettre aux règles établies par ie gouvernement du protectorat. En même temps , <Iès le l"août, la reine Pomaré fit proclamer que la m\^ en vigueur des nouvelles lois promulguées depuis peu, à l'instigation du capitaine ISicholas, et bien plus encore à l'instigation. de M. Pritchard, serait suspendue jusqu'à nouvelle décision (1). On doitre marquer aussi que le consul anglais reconnut le gou

(1) Le but de ces nouvelles lois était de produire un effet favorable à la cause anglaise , liée à celle des missionnaires. FA^ adoucissaient les dispositions rigoureuses de Pancien code , qoi comme on Ta vu , soulevaient une réprobation et une antipathie générale. On avait enfin coinpfis quelles étaient incompatible avec Tesprit du peuple ; mais on n'avait cédé que devant )«** nécessités et les exigence^ de la politique. Le capitaine Toiip >•cholas s'était fait Técho de Topinion de presque tous les navi^teurs, et avait proposé d'apporter aux règles en vigueur des uiodilications qui n étaient inspirées que par le désir d'apporter de nouvelles entraves à l'exercice du protectorat français ; la reforme des vices du code était le voile sous lequel on attaquait l'influcoce française. Une de ces lois était relative à la prohibition des apos^ mcnts profanes, et on proposait de permettre dorénavant lesdanse* et les chants anglais. Nous n'avons pas l'intention d^énumérer \f^ actes bizarres , extraordinaires , ridicules ou inconvenants de M. Pritchard , la tache serait trop étendue , elle demanderait «^ volume. Cependant , nous croyons devoir rapporter ici une au^-

vernement provisoire aussitôt après le départ de la Yindiciive, qui eut lieu le 5 août 1843, après un dtner offert à la reine Pomaré. Cette réception eut lieu avec toute la pompe possible; la reine fut reçue à son arrivée par Téquipage sur les vergues , et à son départ elle fut saluée par vingt et un coups de canon.

Le rappel précipité de la Vindictive n'avait pas ^ Retour môme laissé à son commandant , le temps d attendre /^il^i'^e le retour de la goélette qu'il avait expédiée à •*• p*"»*risihme de Panama , pour faire parvenir en Angleton e , le plus promplement possible , la nouvelle de la demande du protectorat français par le gouverne-

doit" qui montre avec quelle souplessâ^ se pliait à tous les rôles , pour atteindre les résultats quMl se proposait. L^assemblée des chi'fs, appelée à délibérer sur la nouvelle loi relative à la danse et au chant , n^ayant aucune idée des danses européennes , ou vtmlant faire pièce au consul anglais, allégua que les amusenieiils analogues en usage autrefois étaient trop indécents, trop obscènes , pour ne pas produire de fâcheux désordres. M. Pritcl) a ni essaya de leur expliquer la nature des danses dont on deinniulait raulorisi^ion ; mais les chefs firent la sourde oreille ; ils ni ulii plièrent leurs objections et leurs questions, alléguèrent leur ignorance , tant et si bien , que le consul anglais vit sa proposition sur le point d^écbouer ; alors , pour vaincre tous les scrupules , pour porter la conviction dans Tesprit des récalcitrants, il imagina....— Quoi ? — D^exéeuter en plein parlement les pas et les figures des danses dont il demandait Padoption. S'il fit abnégation de dignité toute personnelle, on assure qu'en revanche il fit preuve de lci:èreié. Cette démonstration obtint tont les suffrages ; la loi fut votée par acclamation , à la grande joie des spectateurs témoins des talents chorégraphiques du consul Protée. — Jamais , sans doute , assemblée de législateurs n'assista à pareille scène.

ment taitieny et fort probablement aussi pour préparer une approbation du rùle qu'il se proposait de remplir. Cette goélette était montée par deux baso^ ficiers de la Vindictive et un détachement de matelots qui, à leur retour à Taiti, donnèrent lieu â une réclamation des autorités françaises. Le détachemefit des marins anglais fut, en attendant Varrivée d'un bâtiment de guerre, caserne à terre dans unemaison^ sur laquelle le pavillon anglais fut arboré. Cette démonstration ne pouvait être tolérée surtouteii raison des circonstances précédentes. Le commandai?! Mallet écrivit à ce sujet à l'oiBcier commandant les marins anglais; aussitôt le pavillon fut enlève^ el cet officier ainsi que le consul anglais , écrivirent pour excuser cet acl^ qu'ils attribuèrent à une erreur (4).

Arrivée Dcux mois s'écoulèrcut avant que la frégate le

ansiiûse DubUn, vlut remplacer la Vinitictive. L'amiral Tbomas, qui la montait habituellement, était resté aui lies Sandwich, et l'avait détachée de sa division pour Texpédier à Taïd. Le capitaine Tuckef qui la coni' mandait, se trouvait dans une position délicate; il no pouvait blâmer ouvertement la conduite du cQpitaine Toup Nicholas, ni refuser son assistarce au consul représentant les intérêts de son pavillon. Il s'appliqua cependant à mettre une grande modération et un esprit louable de conciliation pour aplanir, sans déroger à ses devoirs^ les difficultés dont legerioe

( 1 ) y air les annexes a»* 1 7, 1 8, Î9, et 20.

avait été laissé à dessein par le commandant de la Vindiciive, et que M. Pritchard s'efforçait de faire fructifier. La première question y discutée entre le commandant du Dublin et les autorités françaises, était relative aux mâts de signaux élevés par son prédécesseur. Il en réclama la remise ; le commandant Mallet refusa son consentement à la demande de roificier anglais, qui se. borna à en référer à sonr amiral.

Sur ces entrefaites Tamiral du Petit-Thouars s'é- ^ ApprobiUoir

do gouvernemeni

,lait dirigé sur les lies Nouka-Hiva pour reconnaître [S^che J'état des établissements qu'il avait fondés. Il reçut d2u'"marinê. ^ au port de Taïo-IIae la nouvelle officielle de l'appro- n «frîi u43. , bation pleine et entière accordée par le gouverne- ^ ment du Roi, aux actes qu'il avait accomplis au nom de la France. La dépèche ministérielle lui annonçait r en même temps , comme un témoignage de satisfac* ; tien , sa nomination au grade de grand officier de ^ la Légion d'honneur, et lui faisait connaître les me- , sures qui avaient été prises pour organiser le service dans les nouveaux établissements français de l'Océan ie.

^ M. r amiral Rou$sm d M. leamireHimiral du PeUi-Thouan.

. Paris, 3S avril it4S.

• J'ai reçu les rapports que vous m'avez adressés de TaïU ' et de Yal|)araiso, sous les dates des 25 septembre , 3 et 23 novembre , au sujet de la détermination que vous avex prise d'ctiTurder, au nom du Roi, à la Reine et aux principaux chefë de;» lies de la Société , le protectorat sous lequel ils ont deuiaiidè à se placer. Le gouvernement du roi a jugé à propos

d'approuver les inesares que vous avez prises , et Vordon nance qui vous élève an grade de grand officier de la Lé^rk d'honneur est un témoignage de cette approbation. Il a pu nécessaire de réunir, sous une direction nniqae , le goare nement des établissements français de I*Ooéanie et le protc torat des lies de la Société. M. le capitaine de vaisseau Bro a été , en conséquence , par une ordonnance royale du avril , nommé gouverneur de ces établissements et commi saîre du roi près la reine Pomaré. Il emporte lesiustructio qui doivent lé diriger dans raccomplissement de sa doali mission. Vous avez demandé à recevoir le titre de gouvc neur général ou d'inspecteur général des établissemeofs frai çais dans l'Océanie , jusqu'à ce que le gouvernement eût rég larisé le service de ces établissements. Il était préférable^ tous égards , de ne rien faire de provisoire et d'établir, dès présent , une organisation régulière à Taîti comme aux fii Marquises. Dans cet état de choses , il devenait impossible d ooDcilier, avec le bien du service , l'un ou l'autre des titr que vous réclamiez. Ou votre position aurait été purcroei nominale , ce qui ne pouvait pas être admis , ou elle aura été destructive de toute force , de toute autorité personnel! et de toute responsabilité pour le gouverneur déjà insfito de S. M. lia donc été décidé que M. le capitaine de vaissea Brnat exercerait l'autorité à terre , seul et sans partage quant aux bAtiments affectés à son service, ils formeront un subdivision de la station de l'Océanie , et M. Bruat , en qua lité de commandant de cette subdivision , sera placé sous vo ordres. Vous recevrez , à ce sujet , ainsi que lui , des instructions spéciales sous un autre timbre.

» Recevez, etc.

a Signé , Baron Roussm. »

Cette dépêche fut remise à Tamiral du Petit- Thouars par le capitaine dé vaisseau Bruat, nomme gouverneur des établissements français dans J*0-

AniTée

de l'amiral

du Peiii-Thotn

à TaîU.

1** Dovembra 1S43.

céanîe, et commissaire du roi prés de la reine Pomare, qui arriva dans la rade de Taîo-Hae sur la I frégate CUranie, dans le mois d'octobre 1843.

Après avoir procédé dans Tarchipel Nouka-Hiva à rinstallalion du gouverneur français, Famiral du Petit-Thouars fit voile pour Taiti; il mouilla, le 1^^ novembre 1843, dans le port de Papcïti où se , trouvait encore la corvette C Embuscade. Le jour même de son arrivée, il notifia à la reine Facceptaition du protectorat offert à la France, la ratification pleine et entière du traité du 9 septembre 1842, et lui annonça la procbaine arrivée du comniissaire envoyé par sa majesté le Roi des Français pour résider auprès d'elle,* Il écrivit aussi sur-le-champ aux consuls étrangers pour leur annoncer cette nouvelle, qui idut porter un coup sensible aux espérances secrètes de M. Pritchard ; la chance de faire avorter le protectorat était détruite à jamais, il ne pouvait plus songer qu*à l'éventualité d'une rupture avec le gouvernement anglais, aupriVs duquel il avait agi avec une insistance digne d'une meilleure cause. I! se rattacha à cette dernière espérance avec une ardeur nouvelle, et loin de changer de ligne de conduite , il continua d\ngir sans relâche sur l'esprit timoré de la malheureuse Pomaré, en proie à des inquiétudes aussi vives que peu fondées.

La journée du 2 novembre fut employée par l'aniiral du Pelit-Thouars a prendre connaissance delà du^Pe/ii-Thouara siluaiion des affaires et des événements survenus , -: ' , JH'ndant son absence; il jugea que les conseillers de

Notiflration de r«riiiral

la reine avaient fondé sur le maintien du patilloQ adopté depuis Tarrivée de la frégate Vindictive,m signe d'hostilité au traité du 9 septembre 1842. Il se décida alors à écrire à la reine pour rengagera amener ce pavillon; et, pour activer sa détermination, il lui annonça le 3 novembre que le payiUondo protectorat n*ayant pas suffi pour maintenir les droits de la France vis-é-vis des étrangers, il se . trouvait dans la nécessité de le remplacer sur tous te points de protection par le pavillon français. I

cooiem Conformément à cet avis, le 4 novembre au ma-

françaises '

*'MÎto2-oiuf!** ^° '^ couleurs françaises furent arborées sur 1 Hol ; Motou-Outa. La Reine Blanche et P Embuscade^ entièreroent pavoisées , les saluèrent ainsi que le tori de Motou-Outa, de vingt et un coups de canon. L« commandant du Dublin ne prit point part à ce sa* lut ; il s'excusa sur ce qu'il n'avait point reçu encore d'ordre à cet égard. Vers midi, le même jour, les frégates françaises l'Uranie et la Danaéy qui portaî^fl^ M. Bruat et son état-major, arrivèrent en vue du port où elles mouillèrent vers quatre heures. £"^ se pavoisèrent aussitôt et prirent part au salut du coucher du soleil , sur l'ordre de l'amiral (1).

Refos de la reine Cependant la demande adressée par l'amiral an

son pavillon. Pctit-Thouars à la reine au sujet du pavillon qui

flottait sur sa demeure, n'avait pas été accueii^^*

Elle répondit à sa lettre par qn refus formel , en

des termes qui indiquaient à quelle source elle a^ait

(1) Voir les annexes b«« 40 et 49.

■1STORI0UE. 983

puisé la résolution dont elle faisait preuve; la réponse de la reine Pomaré aux sommations de Famiral , est celle qui suit :

A MM anUre-amiral commandant en chef la itoHon de V océan Pacifique.

P«pelti , le s noTembre i Ml (ttyto UTUm , 4 DOTembre soiTint le iiACre ).

« Monsieur Taoïiral , j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite; vous pensez que je me laisse guider par les conseils des personnes qui m'entourent et qui ne sont point favorables aux projets de la France , me diles-vous , et qui pourront même attirer de (grands malheurs sur ma personne et sur mon peuple. Vous vous trompez entièrement ; j'agis d'après ma propre impulsion. Quant au pavillon que j'ai adopté , s'il porte une couronne , c'est parce que j'ai désiré qu'il en fût ainsi, et que cet emblème rappelle celui de ma souveraineté : tel est le motif pour lequel je désire le conserver.

» Je désire voir mon pavillon flotter comme par le passé,

sans que nul changement y soit apporté. Rien n'est stipulé à

cet égard dans le traité , aussi ne dois-je avoir aucune crainte.

Le seul motif qui m'ait engagée à donner ma signaturo le 9

septembre 1842, c'est la crainte d'exposer mon peuple à

quelque malheur.

• Signé .- PôMAai, reine de Taiti. »

En même temps Tamiral du Petit-Thouars s'a- Nomiie perçut que le pavillon qu'elle persistait à déplojer de r«aii'rard« sur sa maison, était hissé et amené en même temps i«r^ne. que celui de la fré};ate anglaise; co qui aurait in* diqué clairement d*où venait la résistance, si déjà onneconnnissait la source d*où émanaient les conseils qui guidaient la reine dans ses détermina-

s Dovembre 1143.

lions. L'amiral lui fit donner par le commandant Mallet de nouveaux avis qui restèrent encore sans effet. Alors M. du Petit-Thouars lui notifia le 5 novembre dans les termes suivants, que si elle n'amenait pas son pavillon, et si elle n'écrivait pas pour s'excuser et renoncer franchement à son opposition , il se verrait dans la nécessité de passer outre , de ne plus la reconnaître , et enfin , de prendre possession définitive de l'archipel de Taïti.

Frégate la Rein$ Blùnehe^ PapeTli^ le 5 novembre 1843.

Lettre « Madame, déjà plusieurs fois je vous ai fait donner avis

(& PeUtrThouars. et je VOUS ai informée par écrit que depuis le jour où vous avez demandé la protection de la France et où vous avez signé un traité avec moi , pour abandonner la souveraineté des Iles de la Société à S. M. Louis-Philippe, Roi des Français, tous avez perdu le droit de nommer des ambassadeurs et de faire des traités ou tout autre acte de politique extérieure, et par là aussi vous avez perdu tout naturellement le droit de bannière. Liée irrévocablement, que la réponse du roi fût affirmative on négative , de voire côté tout était consommé du moment où votrcsignature a été donnée ; vous êtes dès lors définitivement engagée. La prise d'un pavillon par votre personne est donc un acte vicié dans son origine^ nul de plein droit et de plus une offense envers la France, puisque vous manquez à vos engagements avec elle. Je vous ai fait toutes les représentations ^ et donné tous les avis que ma bien veiQance pour vous et votre bien m'a suggérés, afin de ménager votre amour-propre et vous amener de vous-même à détruire un acte qui, par la manière dont il a été effectué, 'est non-seulement une infraction formelle à la foi que vous devez au traité, mai$ de plus, c*est une infraction formelle à la foi que vous devez au Roi des Français et à son gouvernement.

HISTORIQtfi:. 985

• Poisque par votre lettre en date d^hier, vous confimiez votre refas d'amener ce pavillon , et par là vous continuez à insulter à la France et au roî , et à vou*) jouer de notre bonne foi, de vos promesses et de vos engagements les plus solennels f c'est avec regret , je vous le déclare , puisque vous m*y forcez de nouveau , que si avant deux heures écoulées à partir de la remise de cette lettre , ce pavillon n'est point amené, el qu'avant le coucher du soleil vous ne m'ayiez écrit une lettre d'excuse de votre inconcevable conduite, et fait une déclaration formelle que vous revenez de bonne foi à votre traité avec la France, je ne vous considérerai plus comme reine et souveraine des terres et des indigènes des Iles de la Société , et j'en prendrai possession au nom du roi et de la France.

• Par suite de cet acte, tout<*s les terres de la reine Pomaré et celles des personnes de sa famille qui no se soumettront pas au gouvernement du roi , seront con(î$iquée$ au proQt de lÉUt.

» Recevezi etc.^H « Signé : A. do PETiT-Taouàiis. •

La réponse de la reine ne se fit pas attendre ; elle r«pobm

de U rein«.

contenait un nouveau refus. NooTeaa rec*».

PapeïU, le « novembre iS43 (style UYUen).

« Amiral , je ne me suis rcartée en rien du traité que j'ai conclu le 9 septembre 1842, traité que j'ai conclu sous l'influence de la peur. Oui, je dois le ré|)étor, si j'ai donné ma signature , c'est uniquement par crainte.

» Je puis l'assurer, en plaçant une couronne dans mon pa* Villon je n'ai nullement eu l'intention de rompre mon traité ni de me mettre en opposition avec les gouvernements européens.

• Telle a été ma volonté royale. Je ne désire en aucune manière susciter le moindre éloignement entre moi et le Roi de France ; biA loin de là , je suis pleine de respect pour sa personne , ainsi que pour le traité conclu avec lui.

» Je me sais rendoe an désir que tous m'avez ezpiiiiiéoes jours derniers dans une de vos lettres où tous me demandiei de vouloir bien prévenir tous les chefs pour qu'ils se réunissent et que vous puissiez leur présenter le commissaire du Roi de France et donner communication des lettres dont il est porteur.

» Je désire qa'aueun désordre n'ait lieu dans mon goovernement ; telle est la volonté, que j'ai fait connaître à mon peuple.

» Un de mes pins ardents désirs est de souffrir seule des circonstances qui se présentent au jourdliui ; mais, je voos en prie, ne m'enlevez pas ma souveraineté; laissez-moi tout ce qui m'appartient, et ne yous établissez pas sur U petite Ile Mouiou-Outa.

» Je place toute ma conBance en Dieu , et je le prie de protéger votre roi.

» Recevez mes salutations. '

» Signé, Poma^I^ reine de Talti. »

Démarche Toutes CBS tentativcs de Tamiral du Petit-Thouars

du Petii-Thonars n'avant pas été couronnées d'un meilleur succès, il

auprès w a .

de la j-eine. \ouIut Cependant tenter encore une démarchepersonsnorembre 1843. i^qHq avant de faifc exécuter les mesures qu'il avait annoncées ; il se rendit dans la soirée du même Jour à la demeure de la reine pour avoir une entrevue avec elle. Il ne fut point reçu. La reine se trouvait chez M. Pritchard, qui avait subjugué son esprit timoré au point de l'engager à chercher un asile dans sa maison, dont il ne voulait pas qu'elle sortit, même pour recevoir l'amiral du Petit-Thouars. Il avait aussi manifesté la prétention que les affaires de Taïti fussent traitées dans son consulat; l'amiral du Petit' Thouars ne put pas même obtenir la promesse d'une

audience pour le l^demain itiaiin. La reine lui répondit cependant qu'elle verrait, el que si elle devait le recevoir, elle lui écrirait et le ferait savoir avant le jour.

Dans la nuit l'amiral du Petit-Thouars reçut une df'wîi lettre de la reine qui lui accordait un rendez-vous ^eidV uTeiïi!" pour le lendemain matin à 8 heures; il suspendit en- « novembre i84s. core une fois alors Texécution des ordres qu'il avait donnés pour débarquer les troupes et occuper Taiti» A Theure indiquée, leônovcmbre, il se renditàlau* diencequ'il avait obtenue; là il rappela à la reine toute la suite des événements, et lui représenta le danger réel auquel elle s'exposaitpar son opiniâtreté j n'ayant pu obtenir aucune réponse soit positive, soit néga* tive, il prit congé en lui annonçant que si avant midi son pavillon était amené, il descendrait avec le commissaire du roi pour établir le protectorat, mais que si son pavillon n'était point amené, il donnerait cours aux mesures prises pour l'occupation, et qui se trouvaient seulement suspendues jusqu'à sa réponse; qu'alors il prendrait possession déiiuitive des Iles de la Société et de leurs dépendances. L'amiral du Petit-Thouars apprit plus tard que la reine, à la suite de cette audience, s'était décidée à amener son pavillon, mais que M. Pritchard par ses obsessions l'avait fait revenir sur cette décision , en lui promettant que si les Français amenaient son pavillon, il amènerait le sien, et que comme le sien se relèverait, celui de Pomaré reparaîtrait en même temps.

988 ESQUISSK

''Sfiâm'lrai" Le pavillon de la reine n'étant pas amené à Theure

**!îuxéquTM^^^^ signalée, il fut donné suite aux dispositions prises

français. j^ ^^ veille pouf Ic débarquement. Les ordres donnés

aux navires de la division pour opérer cette descente

étaient précédés de la proclamation suivante.

t Le contre-amiral commandant la station de IV céan Pacifique, prévient les commandants, officiers et équipages en rade de Papeîti , que la reine Pomaré se refusant obstinément à reconnaître le traité conclu le 9 septembre 1842 , et ratifié par S. M. Louis-Philippe, il se voit forcé de déclarer que la reine Pomaré a cessé de régner sur les Iles de la Société et leurs habitants, et de prendre possession de ces lies au nom du roi et de la France. En conséquence, la frégate CUranie débarquera demain matin à six heures, la compagnie d'artilleurs de la marine, etc. »

deposMLion ^ ™'^* précis, le 6 novembre, le débarquement des troupes fui effectué pour opérer la prise de possession de Tarchipel Taiti au nom de la France. Les détails communiqués au Journal des Débais par M. Eugène Gosse, embarqué sur la frégate FUraniei retracent seuls les événements de cette journée (i). La matinée du 6 novembre fut pleine d'émotion et d'anxiété pour ceux qui attendaient les événenements qui allaient survenir. Les dunettes de tous les bâtiments en rade , y compris la frégate anglaise, étaient chargées d'officiers. Toutes les longues-vues

(i) Foir let anneies , n" 48.

de Taïli

au nom

de la France.

novembre 1843.

UiSTORlQUI::. 1)89

étaient dirigées vers la maison de la reine. Des hommes étaient placés en vigie sur les barres des perroquets. Cependant l'heure passait, et le drapeau de Pomaré flottait toujours. Onze heures, onze heures et demie sonnèrent, sans que le pavillon fût amené; eniin , un timonnier piqua midi et aussitôt la générale retentît. Pomaré refusait de céder à toutes les sommations, à toutes les instances. Des détachements d'artillerie, d'infanterie de marine et de matelots dél>ar(|uèrent et cernèrent peu après la maison de la reine, dans laquelle régnait le silence et l'immobilité. M. le capitaine de corvette d'Aubigny, lit battre un ban et s'écria : • Ofliciers, soldatset matelots, et vous 9 habitants de ces lies auxquels nous apportons la » justice et la paix, au nom du roi, notre auguste » maître, je prends possession de ce pays. Nous * serons tous contents de mourir pour la défense du » glorieux drapeau tricolore!... Hissez le pavillon. • Cet ordre fut exécuté au roulement des tambours et au cri, trois fois répété, de vive le roil

M. Pritchard tint sa promesse, il amena le pa- ^ „*ïîj«* ^ villon de son consulat, mais seulement une demiheure après que le pavillon de la reine Pomaré avait été remplacé par le pavillon français. Aussitôt, il imagina de faire faire une visite par la reine, à bord de la frégate le Dublin , pour avoir occasion de faire relever le pavillon abattu et de le faire saluer de 21 coups de canon par cette frégate, qui l'avait déjà salué à son arrivée. L amiral du Petit-Thouars fut averti à temps de celle intention insullanlc; il écrivit

Bruat.

8 novembre 1843.

immédiatement au capitaine Tucker, et réussit à en empêcher l'exécution (!)•

dâ"S!ÎleraSur ^^ déploiement des forces françaises n'occasionna aucun événement .fâcheux. La population resta paisible spectatrice des scènes , nouvelles pour elle, qui venaient de se passer sous Ses yeux , quoiqu'un assez grand nombre d'indigènes se fussent réunis devant la demeure de M. Pritchard, où celui-ci les harangua avec véhémence. Le soir Papeiti avait repris sa tranquillité accoutumée. Deux jours après, Je 8 novembre, on procéda à l'installation de M. Bruat, en qualité de gouverneur. Une proclamation énergique, pleine de justice et de loyauté, fut affichée sur tous les points populeux de Papeiti, pour faire connaître aux habitants que toute garantie était assurée à leurs personnes, à leurs propriétés et au libre exercice de leur culte. Des ordonnances et des règlements furent également publiés pour maintenir le bon ordre et conserver le droit de chacun. Les chefs de l'Ile et les indigènes manifestèrent sur-le-champ leur satisfaction du nouvel ordre de choses établi. En même temps le port dePapeïtî fut déclaré port franc, dans lequel il ïie devait plus étire perçu aucun droit d'ancrage pour les navires, ni de douane pour les marchandises; là seule rétribution qui ne fut p^^ supprimée fut celle du pilotage. Le service administratif et militaire de Pîle fut organisé de la manière suivante : MM. d'Aubigny, capitaine de corvette;

(1) Foif les annexes , n°* 33, 34 et 35.

commandant de Papeiti ; Quoniam, commis principal de la marine, chcfdu service administratif ; deBrea, chef de bataillon de Tinfanterid de marine, commandant supérieur des troupes; Marianî, capitaine d'étatmajor, commandant delà place; Somsois, capitaine en premier, directeur de rartillerie,etRambaud , capitaine de première classe, directeur du génie.

La reine Pomarc reconnut bientôt la faute qu'on Depan lui avait fait commettre; elle regretta son obstina- **" **'^£^JJ^""*tion ; elle aurait voulu pouvoir revenir sur le passé , *dn*FrMç*i?*' mais il était trop tard; elle écrivit au roi , une lettre imovei^reisii. de supplication (i) par Tcntremise de Tamiral du Petit-Thouars, qui mit à la voile le H novembre 1843 pour les Iles Sandwich , laissant désormais au capitaine de vaisseau Brùat la direction des affaires de Taîti.

Le 12 novembre M.*Bruat reçut en audience pu- Reconnaisunce blique dans l'ancienne demeure de Pomaré, devenue ««^ '• P""7' ,

■ ^ ' par lous les cneh

la résidence du gouverneur, les négociants et les ré- ^* i'Arehip«i. sidents étrangers établis dans Tile au nombre de quarante-cinq ou cinquante. Peu de jours après, le 22 novembre, une députation des chefs des îles du groupe nord-ouest , accompagnée des chefs de Taïli , vint rendre visite au gouverneur français. Un piquet de troupes françaises avait été commandé dès la \eilio, pour faire h»s honneurs de cette réception. La députation île ces ehers , après a>oir défilé entre

J) ^oir les annexes , n? 50.

une double haie de soldats d'artillerie et d'infanterie de marine. Tut saluée par les salves de la batterie d'obusiers qui se trouvait dans le parc du gouvernement. L'occupation française futensuite reconnue par les cbefade toutes les lies de TArchipel , et M. d'Aubigny fut investi du titre de commandant particulier des lies de la Société. On leur promit d'envoyer des détachements dans les lies voisines , dès que Tarrivée de troupes de France le permettrait. Les règlements de police indigène furent aussi provisoirement reconnus, et une escouade de gendarmerie fut organisée, pour seconder les autorités du pays.

^dSTo*e?toM? ^^ ^^^^^ Pomaré reparut à Taïti au bout de peu le gSC?trne^'ent de tcqips, mais sa présence ne produisit aucun effet. ang ais. g||^ coutinua de loger chez le consul anglais, qui lui promettait toujours l'appui du gouvernement de la reine Victoria; appui qui lui fit défaut^ car les espérances , les assertions même des agents anglais » qui supposaient et qui affirmaient que le gouvernement anglais réclamerait contre rétablissement du protectorat français furent cruellement déçues. Non-seulement le cabinet de Londres fit connaître qu'il n'avait point l'intention de s'opposer à l'exercice de ce protectorat , mais encore le texte de ses dépêches témoigna une désapprobation évidente de la conduite tenue par quelques-uns d'entre eux. Le changement de résidence de M. Pritchard, sa nomination d'office au poste de consul aux îles Samoa, archipel vaste et populeux, mais habité par des peuplades encore sauvages , rarement visitées par les naviga-

leurs, peut être considéré comme une punition infligée au zèle intempestif, à l'esprit turbulent , à la conduite imprudente de ce représentant de la puissance anglaise auprès des insulaires de TOcéanie.

La lettre de la reine Pomaré au roi des Français, "^ «^V^SïT** ainsi que les nouvelles des événements survenus à ^\!Si^%^9u Tuili dans le mois de novembre 4843, arrivèrent en France dans les premiers mois de Tannée 1844. Ils attirèrent sur-le-champ Tattention publique, et lireut naître une émotion générale. Les intrigues du consul Pritchard a\aient réussi presque à atteindre lesrésultatsqu'il en espérait. Tandisqu'en Angleterre des protestations et des prières publiques étaient faites en faveur de Tœuvre des missions prolestantes, en France, la presse alimentait une polémique active qui trouvait de Técho dans toute la nation. Les débats grandirent encore dans Tenceinle de la Chambre des députés, où ils occupèrent plusieurs séances.

^pendant le gouvernement français, après avoir ^^ SSîei?awùi pris connaissance des faits qui avaient amené la prise de^mm^nir de possession de Tarchipel Taiti, ne jugea point utile de la sanctionner (i). Pour nous, tout en regrettant la nécessité (|ui a dicté cette détermination , nous pensons que la possession complète de Taiti n*olTrait pas à la France les avantages d*un protectorat bien dirigé; les lignes écrites au commencement de cet ouvrage (2) , bien avant larrivée en

(V, yoir !«• annexe* , n» ô I.

(? yoir paires 44 et auivantee.

la procaeioral.

France de la nouvelle des derniers événements survenus à Taïli , nous dispensent de reproduire ici les motifs qui ont formé notre opinion , opinion partagée aujourd'hui par la plupart des navigateurs qui ont étudié les questions de colonisation dans l'océan Pacifique. Sans doute, les récits plus circon- i stanciés qui nous parviendront par la suite pourront donner un nouveau jour aux événements dont ces mers lointaines ont été le théâtre; mais dés aujourd'hui nous pouvons concevoir l'espérance que s/, comme on l'a dit à la tribune , la question de Taîli est une question qui commence , la solution de cette question en faveur de la puissance de la France n'a plus rien d'incertain. Les événements de Taîti ne sont pas des événements isolés : ils se rattachent è un ensemble de circonstances qui embrasse presque tous les archipels de TOcéanie, où deux intérêts, deux influences 9 deux cultes opposés se trouvent aujourd'hui en présence. II est impossible de préciser dés à présent les résultats futurs de cette rivalité; on doit observer cependant que déjà l'Angleterre a refusé le protectorat des îles Sandwich , stipulé par le capitaine Elliot, fait significatif qui a passé presque inaperçu en France dans un moment où Tattention publique était uniquement préoccupée des débats particuliers à l'archipel Taïti, mais qui n'en est pas moins digne de remarque, et qui a soulevé en Angleterre, où on en a apprécié la portée , les récriminations les plus violentes contre le gouverneuienl de la reine.

Tels sont les événements qui ont précédé et accompagné Toccupation de l'archipel Taîii par la France. Exclusivement occupés de retracer les faits accomplis, nous ne pensons pas devoir développer nos prévisions pour l'avenir; mais qu'il nous soit permis de dire en terminant, avec un légitime or* gueil, que la tutelle de la France a toujours été bienfaisante pour les peuples placés sous son égide , et d*émettre l'espérance qu'une administration éclairée et bienveillante guidera, sans entraves, le peuple taîtien dans la voie du progrès, où il était impuissant à marcher seul, et vers un état de bienêtre supérieur à celui qu'il possédait ; car s'il en était autrement, s'il devait continuer à dépérir, il aurait sans doute mieux valu pour lui de rester pour toujours inconnu au monde civilisé.

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