‹ Îles Taïti (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · DE POHAEÉ-WAHINE. APPARITION DES MISSIONNAIRES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE POHAEÉ-WAHINE. APPARITION DES MISSIONNAIRES FRANÇAIS

DfTERTEirriON DB LA FRANCE. — PROTECTORAT. — CONCLUSION.

La nature du sol , la conûguration des terres , le miNdwtioo. cUmal même d'un pays, n'ont pas seulement une grande influence sur Tétat physique du peuple qui rhabile, mais encore sur le mode des institutions qui le régjys^t. Cette observation s'applique surtout à la constitution des sociétés naissantes, et, ^s puiser des exemples hors de notre sujet, on peut foire remarquer dans les deux archipels de rOcêanie, soumis aujourd'hui à la domination de

la France, des différences dans la forme du gou« vernement qui tiennent essentiellemeni à la topographie de ces îles, habitées par une race d'hommes ayant une origine commune, des idiomes et des mœurs à peu près semblables.

La population des lies Nouka-Hiva, répandue dans des vallées profondément creusées \lans les flancs des montagftes et encaissées entre des remparts naturels, s'est fractionnée en autant de petites tribus sous l'autorité de chefs indépendants. Les parois souvent infranchissables qui interdisent l'accès d'une vallée dans la vallée sa voisine, ont aussi empêché les esprits entreprenants et ambitieux de saisir le pouvoir sur toutes les tribus. Chaque peuplade a vécu sous l'autorité de son chef, à Tabri des limites posées par la nature. Aucun chef n'a obtenu de prééminence absolue, et tous se sont maintenus dans un état d'indépendance relative.

Dans la grande Ile ïaîti, au contraire, où les terres ne s'opposent pas aussi efficacement à l'invasion, depuis des temps très-reculés le pouvoir était concentré dans les mains d'un seul individu, qui, sous le titre d'Arii-rahif chef suzerain sans droits bien déterminés., était cependant revêtu d'un caractère sacré et jouissait de prérogatives uniques. H prédominait sur tous les autres chefs de l'Ile qui reconnaissaient sa supériorité. Toutefois la séparation de l'ile en deux péninsules réunies par un isthme étroit et montueux , n'a pas été sans effet sur l'exercice du pouvoir de l'arii-rahi. La division na-

itisTOHiQue. 2»A

iurelle du sol a été souvent un puissant auxiliaire des divisions politiques des indigènes. La presqa'tle de Tairabou, placée comme une sorte de contre-poids à la grande presqu'île, a presque toujours été le siège principal de la résistance aux volontés du souverain, le fojer où scf fomentaient les mouvements insurrectionnels dont les conséquences amenaient de grands bouleversements. Les districts l6s mieux partagés sous le rapport de letendue du territoire, de la fertilité et de la population , ont exercé aussi une prépondérance marquée dans les débats des chefe. La région occidentale de la grande péninsule a , surtout , été le théâtre de la plupart des conflagrations politiques; et, comme on le verra plus loin, c'est dans le district d*Attahourou , le mieux doté de tous y que se sont décidées les questions les plus importantes de l'histoire Taîtienne.

Les autres Iles de l'Archipel , soumises à des con* ditioos territoriales à peu près semblables , possédaient un gouvernement analogue. Le pouvoir ab« soltt éuit dévolu presque toujours à un seul chef, rarement à deux. Quelquefois aussi, le même chef étendait sa domination par droit de conquête , sur plusieurs Iles ; c'est ainsi que le valeureux Pomi, chef de Bora*Bora , subjugua les Iles Raitea et Taha ^ et que, dans des temps plus rapprochés, s'opéra l'adjonction de l'île Eiméo à Tsûti, autant par h voie des armes, que par les liens de parenté qui unissaient les familles souveraines.

Cette unité du pouvoir paraissait avoir existé de

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tout temps , et s'être perpétuée dans les mêmes familles ; elle était consacrée dans Tesprit de la population, et même les chefs des lies éloignées de l'Archipel semblaient subir, quoiqu'à un faible degré, l'influence du gouvernement de Taiti.

L'apparition des Européens dansces merséloignées, commença la période des modifications de cet état primitif. Les prétniers navigateurs qui, dans leur naïve confiance, -croyaient n'apporter à ces peuples que de simples sujets d'étonnement et d'admiration , laissèrent après eux de nombreux germes de perturbation. Les richesses qu'ils mirent aux mains de certains chefs inférieurs , changèrent leur position sociale. Leurambition naquit avec l'augmentation de leur importance ; des ferments de discorde éclatèrent promptement, et bientôt une dynastie nouvelle, si toutefois on peut employer cette expression dans ce cas, se substitua à celle qui régnait précédemment. L'amitié des étrangers, l'appui de leur redoutable protection, furent des leviers puissants dont l'action agissait infailliblement en faveur de quelques chefs , et tandis que Wallis , Bougainville et Cook , au retour de leurs aventureuses pérégrinations, traçaient un tableau séduisant de ces terres jetées dans l'immensité des mers, comme une oasis sur la route pleine de peines et de privations des marins , leurs populations ressentaient de profondes secousses, sous l'influence du premier contact d'une civilisation supérieure.

Il serait intéressant de comparer quels ont été,

HISTORIQUE. 30i

en général, les effets produits par le rapprochement (les hommes civilisés et des peuples encore à l'état sauvage. Si notre cadre nous le permettait , nous tenterions de rechercher quel a été le résultat du sang versé presque toujours dans ces premières rencontres , et si cette cruelle initiation à un cercle d'idées plus élevées, devait présager à ces peuples enfants un accroissement progressif de bien-être , ou bien s'il indiquait le commencement d'une ère de destruction lente, mais certaine , opérée inévitablement par le contact de la puissance supérieure des intelligences de l'Europe , avec Tignorance et la faiblesse de Thomme primitif. Ce que Tavenir réserve à ces populations est du domaine de Tinconnu; faisons des vœux pour que la civilisation soit une bonne mère pour eux, mais gardons-nous de cacher les appréhensions qui viennent au cœur , lorsqu'on suit les effets désastreux des changements brusques dans les habitudes et dans Tétat social des hommes qui n'ont pas été préparés à ces transitions par une iniation lente et par une éducation préparatoire.

Avant d'abordçr le récit des événements relatifs à Thistoire de Taïti , qui sont parvenus jusqu'à nous, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur la constitution primitive de la société chez ce peuple. Nous indiquerons sommairement les principales bases de cette organisation rudimentaire , les attributions politiques des chefs et du souverain, ainsi

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que certains détails relatift aox gu^res et à la manière de ooini)attre de ces insulaires.

de to^pHtaUoii. "'^'^ grandes divisions , désignées sous les noms Hoaf-«rii. ^ houi-orHy boue^roattra et mmahoune^ contenant chacune un certain nombre de rangs distincts, constituaient l'ensemble de la population. Les baui'arUy ou la classe la plus élevée, comprenaient le chef souverain de Taîti , les chefs régnants des Iles voisines, les membres de leurs familles, et tous les individus qui leur étaient alliés. Cette classe était peu nombreuse, mais elle était la plus puissante, et ses membres jouissaient d'une distinction dont ils étaient fort jaloux. Ils considéraient cgmme une dégradation d'admettre des individus d'une condition inférieure au partage de leurs privilèges; pour pallier les effets d'une mésalliance, il fallait accomplir dans un temple une variété de cérémonies, ayant pour but d'effacer la tache de l'extraction de l'individu ; alors seulement , les deux parties étaient réputées égales en dignité, mais presque toujours les rejetons de cette union étaient voués à la destruction dès leur naissance. Cette haute aristocratie tirait ses prérogatives de son origine supposée divine; la généalogie de la famille régnante surtout, se traçait jusqu'aux époques les plus reculées de la tradition, et remontait jusqu'aux dieux. Les chefs tiraient des dieux leur droit de souveraineté; ils personnifiaient même quelquefois la divinité, et recevaient en son nom les hommages et les offrandes du peuple;

d^aulrts fois ils officiaient publiquement à la lète de leurs sujets dont ils étaient les intermédiaires avec les puissances célestes. Les hautes fonction du sacerdoce, les emplois de prêtres des grands mardis ou temples nationaux , étaient toujours remplis par des membres de la famille régnante, ou tout au moins de la classe des houi-arii. Souvent Tarii-rahi , lui-même, revêtait les attributions de grand prêtre, qui réunissaient dans ses mains des pouvoirs sacerdotaux et civils les plus élevés (1).

Sous le nom de boue-roatira y on désignait ordb- bom raitira. nairement les propriétaires et les cultivateurs d'une certaine portion du sol. Leurs propriétés leur appartenaient à titre d'héritage de leurs ancêtres , et non point en vertu d'une concession du souverain , comme cela avait lieu aux lies Haouai; de sorte qu'ils formaient une corporation riche , puissante , et par conséquent indépendante. Les moindres raatiras possédaient de vingt à cent acres de tenre (de huit à quarante hectares ) qui produisaient bien au delii de leurs besoins. Ils résidaient sur leurs pro« priétés, qu'ils clôturaient dans les portions affectées i la culture, et se livraient en outre à divers travaux particuliers dont ils se réservaient l'exploitation. Ils étaient constructeurs de cases et de pirogues , ils fabriquaient leurs ustensiles et leurs armes, tissaient des nattes et préparaient des étoffes, à l'exclusion des autres classes de la population ; ils formaient , en un

(1) mis, tolyneHan reèeareheêj tome II, paget 34 f et 346.

mot y la classe moyenne de la société , mais la plus importante en temps de guerre , car elle faisait la force des armées. On trouvait bien quelquefois des guerriers parmi les suivants des chefs , mais les raatiras composaient toujours le principal corps d'armée ; habitués au travail y endurcis à la fatigue , ils étaient encore animés pardessentimentsd'attachement au sol^ et d'intérêt personnel , beaucoup plus puissants que dans les autres portions de la population. Tavanat. La plus haute classe des raatiras était formée de

ceux qui possédaient une grande étendue de terres dans le même lieu , ou un certain nombre de petites propriétés en différents endroits. Ge& grands pro* priétaires exerçaient une certaine autorité sur la population; ils constituaient une série de chefs secondaires qui portaient le titre de tavanas^l)^ et remplissaient des fonctions sacerdotales d'un ordre inférieur. Ils étaient les prêtres des temples particuliers destinés au culte de la famille, mais ils étaient exclus des charges de grand prêtre des marais importants, dévolues, comme nous l'avons déjà dit, aux membres de la classe supérieure. Les propriétés de ces grands raatiras étaient cultivées, soit par des serviteurs d'une condition inférieure, vivant dans un état de dépendance, soit par de petits raatiras , qui affermaient en quelque sorte ces terrains, au prix d'une redevance des produits du sol et de certaines obligationsde servitude militaire. Outre leur richesse

( 1) Moerenhout, Voyage aux Uet du grand Océan^ t. lI,iNige 1 1 .

les grands raatiras avaient encore d'autres titres à la considération générale. Us étaient plus réguliers, plus tempérants et plus industrieux dans leurs habitudes que le reste de la population. Leur influence était aussi très-grande. Dans toutes les questions d'intérêt public , leur volonté était consultée ; ils imposaient une certaine retenue à la volonté du chef souverain qui, sans leur coopération , aurait échoué dans la plupart de ses entreprises. Le pouvoir des raatiras était si réel que, dans la plupart des assemblées , les orateurs comparaient la nation à un navire, dont Tarii-rahi était le mât, et les raatiras les cordages qui le soutiennent et le maintiennent droit.

On donnait le nom de manahoune au bas peuple dépourvu de toute propriété du sol. Les pécheurs , les artisans (sauf les constructeurs de pirogues et de cases , placés dans la classe supérieure comme une ligne de démarcation entre elle et celle-ci) les suivants des chefs, composaient en entier celte classe. Les iiti et les teau-ieou, lés esclaves et les serviteurs, formaient le dernier échelon des manahoune. Les premiers avaient perdu leur liberté dans les combats ou à la suite de la défaite des chefs auxquels ils étaient soumb : ils devenaient alors la propriété du vainqueur. Cet esclavage parait avoir existé chez les Taiiiens depuis un temps immémorial ;i); il était d'ailleurs fort doux , et le captif recouvrait fréquemment sa

(1) Ellis, Fdynêêiamrtiêarchei^ tome U , page 342.

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liberté après un temps d'asservissement limité, surtout si la paix continuait de régner : on lui permettait alors de retourner sur ses terres, k moins qu'il ne préférât de rester volontairement au service de son maître (1). Toutefois, il faut ajouter que , pendant toute la durée de cet esclavage, le caprice d'un ehef décidait de la vie de ses captifs : c'était en outre parmi eux qu'on recrutait les victimes humaines sacrifiées dans les solennités du culte. M. Moerenhout qui a emprunté au missionnaire Ellis la plu-* part des détails contenus dans son ouvrage , ajoute encore , que ce n'étaient pas toujours les ennemis des chefs parmi les esclaves qui succombaient dans ces cérémonies, mais que souvent les premiers venus dans la classe du peuple , subissaient cette condamnation arbitraire. Quelquefois cette proscription s'étendait à des districts entiers^ subjugués par la force des armes.

M. Ellis remarque aussi que , quoique les manahoune aient toujours composé la majeure partie des habitants de Taîti, dans les temps plus récents ils n'ont plus été aussi nombreux que les autres classes. Pour expliquer cette diminution, il suppose que l'immense décroissance de la population de cette lie a rendu les moyens de subsistance beaucoup plus abondants , et que tout individu a pu s'approprier une portion des vastes étendues de terre restées dans

(l)Moereiihoat, Voyage aux iles du grand Océan, tome 1,

HlgïOElQVB. 307

Tabandon et. s'adonner sans obstacle à leur culture (f). Aiosî que nousTavons dit précédeoiment » nous n'admettons pas Texactitude des chiffres qui servent de base à Topinion générale d'une énorme décroissance dans le nombre des habitants de Taïti ; il nous semble qu'on peut bien plus facilement attribuer le fait mentionné par le missionnaire El* lis y i la domination moins despotique des chefs qui n'ont plus eu un intérêt de caste à empêcher le morcellement du territoire, et aux résultats d'une constitution plus libérale amenée par un commencement de civilisation, qui, en aplanissant l'inégalité des conditions, a conféré au bas peuple la faculté de devenir propriétaire.

II est possible cependant que, sous l'ancien sys- etobii^JuîSlfdef tème , des individus de la plus basse classe ai0nt pu propri«uiras. recevoir le droit de propriété; mais ces exemples devaient être rares et faire exception. La transmission de la propriété ne s'opérait pas seulement par voie de succession dans les lignes directes ou collatérales, mais encore par concession, du vivant des possesseurs, ou à titre d'héritage en dehors de toute relation de. parenté. En principe, le propriétaire paraissait libre de concéder son bien à qui bon lui semblait , sans s'astreindre à aucune règle fixe lorsqu'il ne possédait pas d'enfants successeurs de leurs pères dès la naissance.

La pratique du ioutouing, ou de léguer ses biens.

(f ) WiM^Po^ytHêiûnreiMurtkmt Imm 1, paftSO,

parait avoir existé bien avant l'arrivée des pre« miers missionnaires anglais, non-seulement à l'égard des terres 9 mais encore à l'égard de tous les objets. Dans le cours d'une maladie , le testateur appelait auprès de lui ses proches ou des amis qui avaient sa confiance et leur confiait l'accomplissement de ses dernières volontés; cette mission était considérée comme une charge sacrée , et elle était habituellement remplie avec fidélité (1).

Les limites des propriétés territoriales étaient marquées, soit par des bornes naturelles, telles qu'une chaîne de montagnes ou le cours d'une rivière, soit par des moyens artificiels. Ordinairement, une image sculptée appelée TU indiquait l'étendue des droits de possession ; les mêmes portions de terre avaient souvent plusieurs propriétaires ; on voyait même des arbres appartenir à un maître, tandis que le sol sur lequel ils croissaient appartenait à une autre personne^ La sécurité personnelle et les droits des propriétaires n'étaient pas assurés cependant, car l'administration de la justice placée entre les mains des chefs et du souverain était plutôt réglée par le pouvoir des parties que par le mérite de leurs causes ; mais hors le cas de conquête à main armée, l'arii-rahi ne pouvait en aucune façon s'emparer à son profit des terres de^es subordonnés. Certains districts constituaient le domaine patrimonial de la famille régnante; tous les autres districts

(1) Ellis, Folynesian resêorehetf tome II, pages 362 e.t 365.

étaient considérés comme Tapanage de leurs propriétaires réels , ordinairement delà classe des raatiras, qui les recevaient de leurs ascendants pour les transmettre à leurs enfants ou à quiconque ils choisissaient pour héritier à défaut de progéniture. A leur mort, les individus ainsi désignés entraient sans contestation dans la possession de ces biens.

La propriété territoriale était frappée au proût du chef suprême et des chers particuliers d*un tribut qui n'avait pas de taux régulier. Il avait pour but de suppléer à rinsuffisance de leurs revenus, et la fréquence des réquisitions était uniquement basée sur le nombre des districts appelés à y satisfaire et les besoins de la famille régnante. Toutefois, il existait un accord tacite entre l'arii-rahi et les chefs subordonnés quant au temps où ils devaient fournir les produits de cette espèce de dlme. Les approvisionnements étaient souvent remis tout prêts à être consommés, quoique ordinairement les racines et les fruits n'étaient pas cuits, et les cx>chons étaient livrés vivants aux mains des serviteurs des chefs. Il arrivait même que les cochons, après avoir été livrés, étaient repris par le fermier, qui les nourrissait jusqu'à l'époque où on venait les réclamer. Les étoffes qui servaient à vêtir les serviteurs de l'arii-rahi, les maisons qu'il habitait, les canots affectés non-seulement à son usage , mais ceux destinés aux gens de sa maison , étaient aussi fournis par les raatiras.

D*autres charges et diverses prérogatives étaient

pottToir.

Sid ESQUISSE

encore dévolues anx propriétaires du sol, mais lear mention sera mieux placée dans Taperçu des attributions politiques de l'Arii-rahi, et de la forme de son gouvernement dont nous allons nous occuper.

RièrtKhiê da Après l'arii-rahi , chef suprême , la plus haute di* gnité était celle de sa femme. Les frères du souverain tenaient le rang suivant, et les autres membres de sa famille prenaient leur préséance d'après leur degré de consanguinité. L'autorité de l'arii-rahi était héréditaire et se transmettait par ordre de primogéniture, mais elle n'était point attribuée uniquement aux enfants mâles ; souvent ces lies ont été gouvernées par des femmes. Un usage des plus singuliers, et qui paraît propre à la race jaune qui peuple les archipels de l'Océanie, imposait à l'arii-rahi robligation d'abdiquer dés la naissance de son héritier. Aussitôt le père perdait son titre et une grande partie de ses prérogatives ; de mo« narque il devenait sujet, et le premier il rendait hommage au nouveau souverain, en se prosternant à ses pieds. Dès cet instant, on conférait à l'enfant le titre sacré d'ofou, si c'était un garçon. Le titre analogue pour les filles paraît être celui de tetoua. Le père devenu régent faisait proclamer l^avénement de Totou par un messager du gouvernement nommé vea.

Les fonctions du vea consistaient à porter une touffe de niaous ou feuilles de cocotiers, emblème de l'autorîté souveraine dans l'Archipel. En entrant

Ponetioai davet.

âlSTOBlQUE. 314

dans on district, il se rendail à l'habitation du prin* dpal chef et lui présentait une de ces feuilles en lui fiiisant cqpnattre les ordres de Tarii-^rahi. Si le chef acceptait la feuille, c'était un signe de soumission , mais s'il refusait de la prendre , cet acte était considéré, non- seulement comme une déclaration formelle de rébellion , mais encore comme une insulte faite au souverain. Quand les chefs des districts se soumettaient au message du vea , ils employaient le même moyen pour transmettre les ordres qu'ils avaient reçus. Des messagers particuliers allaient porter une feuille de cocotier à chacun des tenanciers inférieurs, en leur faisant part de l'objet de eetle démarche. Le vea , après avoir fait le tour de rUe, venait rendre compte au souverain du résultat de sa course, et lui indiquait les noms des chefs qui avaieDt accepté ou refusé les niaou». Toutes les réquidtlons pour faire la guerre, pour les travaux publics, pour convoquer des assemblées nationales, étaient faites par ce moyen.

Postérieurement à l'arrivée de WalHs, il parait qu'un pavillon laissé par un capitaine suédois avait remplacé les niaoui. M* Moerenhout dit même, que dans les cas d'abdication, deux pavillons, celui du père et celui du fils , accompagnaient le vea ; nous ne savons pas jusqu'à quel point ce fait est exact; mais il paraît que le consentement des chefs des districts et des raatiras se manifestait par le libre passage du messager sur leurs terres ; tandis qiàep û le pavillon était déchiré, et le messager

arrêté dans sa course , les chefs inférieurs se mettaient en révolte ouverte et faisaient par ce seul fait , une déclaration de guerre au pouvpir qu'ils méconnaissaient.

PréroBiuvef da Dès quc l'aiiénement du jeune otou était reconnu par la population , un grand nombre de cérémonies religieuses et de sacrifices humains avaient lieu dans les marais; de nombreux serviteurs étaient attachés à sa personne désormais sacrée; il ne voyageait que porté sur les épaules des gens de son escorte, et n'avait la liberté de marcher que dans l'enceinte des domaines affectés à son usage. Toutes les questions importantes continuaient à être traitées par le père, de concert avec ses conseillers; mais tous les actes de la souveraineté étaient attribués à l'otou, et quoique le pouvoir exécutif restât entre les mains du père , il n'agissait cependant qu'au nom de son fils; la nation ne le considérait plus que comme régent. Les insignes du pouvoir, les hommages que le p6re était accoutumé à recevoir, les terres et les revenus de Tarii-rahi revenaient au fils , et son père lui rendait les démonstrations de soumission et de respect qu'il recevait autrefois du peuple. Cette coutume remarquable n'était pas confinée à la famille régnante seulement, mais elle avait aussi cours parmi les houi-ariis et les raatiras. Dans ces deux classes le fils atné recevait à sa naissance les titres et les honneurs de son [)ère.

Il n'est pas facile de découvrir l'origine de cet usage singulier et en apparence d'une haute anti-

niSTORiQUB. 348

quité ebes les peuples auxqueb il est particulier. Sam but était d'assurer la transmission des propriélés, et des honneurs dans la même famille; car le lils de rarii-rahi éiail iniresti du pouvoir de chef suprême bien avant la mort de son père , et fort souvent il élait appelé à agir lui-môme en qualité de régent avant Tépoque où , d'après les institutions qui onl cours chez la généralilés des autres peuples, il ^rait été revêtu de l'autorité souveraine (I).

Le père, chargé des foociions de régent, perdait tout pouvoir dès que son fils était en état de diriger hii-méme Fexercice de l'autorité. Il n'y avait point d'époque fixe à laquelle le jeune otou entrait dans h plénitude deses droHs ; d'ailleurs lesTaîtiens, peu habitués i tenir compte du temps, mesuraient rarement les années de leur âge. L'époque à laquelle le jeune chef était investi des attributs du pouvoir, était aaiefiée parla précocité de son intelligence, Ténei^e de son caractère, la volonté du régent, le désir de ses suivants* ou les exigences politiques du pays. Cette époque précédait ordinairement TAgcde la majorité, et donnait lieu à des cérémonies solennelles. Comme cette consécration était un événement trèsimportant pour la population, on faisait de grands préparatifs pour la célébrer avec toute hi pompe po^ible. Les dieux manifestaient Tintérèt qu'ils prenaient â cet acte i)ar des miracles particuliers

I eUk, Poi^meman ruewrcKeê , tome U , paget 347 et 348.

ai

qui n'avaiept lieu que dans ce tenopB. Aiasi twm (figuier l^anian), situé dans un lieu nûmmé faaapcj poussait une nouvelle branche à la naissance da Totou , et cette branche prenait racine à Tépoque de sa cousécratian. Taneoua, un roseau particulier, se déracinait de lui-même et se jetait dans les mains de l'homme désigné, aux approches de la cérémor nte, pour recueillir ce témoignage de la volonté divine. *

La description des cérémonies de l'investiture de Tarii-rahi , trouvera sa place dans le cours de ce récit ; nous ne meptioqnerons ici que les attributions du pouvoir souverain et les limites de celui des chefe inférieurs.

Atiribatiani de Quoiquc la volouté de l'arii-fahi fût la loi suprême, et son gouvernement entièrement arbitraire , il était oependant soumis à des conditions qui eit limitaient Vaotipn. Malgré les nombreux hommages rendus à la tête et aux membres de la famille régnante , et la considération qui naissait de la connexion qu'on leur attribuait avec les dieux , l'influence de Tari]rahi, sur les chofa hautains et jaloux des districts, n'était ni puissante , ni permanente , et il pouvait rarement se fier entièrement à leur fidélité dans l'exécution des projets qui ne favorisaient pas leurs intérêts aussi bien que les siens. Chacun de ces chefs était le souverain du district ou du territoire qui lui était attribué, quoique tous reconnussent la suprématie de l'arii-rahi. Chaque lie était divisée en un certain nombre de districts ou de maUeinas, Toutes

IIISTORl^UB. 34 &

les nuiUaoas avaieiU des noms distincts oi éiaieiit souniiiies aux ordres d'un chef appart^ant an\ rangs 4les lioui-arii ou à ceux des raaiira&. Ce chef éuU eo quelque sorie le seigneur du doniatue, el son liU ou son plus proche parent lui succédait aous Tapprobalion du souverain; l'administration àa gouvernement oflrait un mélange des droits de la monarchie et de laristocratie. Presque toujours 1^ souverain avait auprès de lui un chef qui rempliasait les fondions de conseiller et de confident dana toutes les affaires importantes. H était de fait son pre*. mier ministre \ souvent le nombre de ces conseillera ^i de deux ou trois, mais leur participation à la direction des affaires ne leur imposait aucune re^ ponsabilité (1).

Le pouvoir des chefs des districts sur leurs suIh PMf«irdM«tob. onionn<'-s^ était aussi suprême et pei|t-étre plus étendu, que celui de l'arii^rahi sur toute nie, C4; pouvoir s'étendait sur toutes les personnes d'une manière absolue. Les chefs inférieurs des niatieiiiasy exerçaient la même autorité sur les bom* mes placés dans leur dépendance. Le pore était k magistrat de sa famille, les tavanas des matteinas» les cbefs de leur district, et l'arii-rahi dispensait la justice à l'ensemble de la population. L'appel final de i#>utes les contestations avait lieu par-devant le ibrf supérieur, et les parties qui rec<mraientà sa

' I CIIm, Poifn$$iam rmêorekês^ Ioim I , paicM S€9, 364 m 367,

décision, la considéraient ordinairement comme (^ligatoire.

Le souverain n'ayant pas de force armée à sa disposition, n'exerçait point non plus de police régulière pour le maintien du bon ordre. Le chef de chaque district était responsable de la conduite du peuple placé sous sa juridiction; les chefs attachés à la personne de l'arii-rahi , ses conseillers et ses serviteurs étaient les agents chargés d'exécuter ses ordres. Les serviteurs des raatiras remplissaient les mêmes devoirs dans leurs localités respectives. Le plus souvent, le souverain envoyait ses ordres aux chefs des districts, qui employaient leurs propres subordonnés pour les accomplir.

Les mesures qui affectaient l'intérêt public ne se distinguaient pas par la rapidité de la décision, excepté lorsqu'elles avaient pour but de faire subir le poids de la vengeance d'un chef puissant, à des victimes pauvres et faibles. Pour des causes de trahison , de rébellion ou de refus de fournir des approvisionnements, les coupables étaient condamnés au bannissement et à la confiscation de leurs propriétés. L'arii-rahi avait alors la prérogative de désigner le successeur du coupable , mais ne pouvait jamais s'approprier les terres confisquées. Cependant, la condamnation d'un chef d'un rang élevé et d'une grande influence dans la population , avait rarement lieu sans le consentement des autres chefs ses égaux. Le souverain était par conséquent plus désireux de se concilier leur coopération que de les

mettre en opposition a\ec ses desseins; et comme il ne disposait d aucune force permanente, il ne pourrait pas toujours faire prédominer sa volonté. Lorsque le souverain se croyait assez puissant pour agir sans contrainte, il bannissait instantanément le chef de district qu'il voulait punir, et envoyait un de ses agents s'emparer de ses terres et occuper ses fonctions. Si le chef banni avait donné de justes causes de mécontentement, malgré que ses possessions fussent des propriété héréditaires, il en était dépouillé et devenait, selon l'expression du peuple, un vagabond sur la route. Mais si la puissance du souverain n'était pas assez étendue, si la cause du bannissement était injuste, et surtout si le banni était soutenu par lopinion publique , les autres chefs refusaient leur sanction à sa condamnation. Les raatiras lui conservaient ses droits et ses propriétés par un acte spécial, qui était exprimé par le mot lapea. Ils faisaient des remontrances à Tarii-rahi , et déclaraient même leur détermination de soutenir le parti du chef persécuté en recourant aux armes. Mais les partis connaissaient assez leurs forces respectives pour élever fréquemment de pareils conflits; habituellement ils se faisaient des concessions mutuelles.

L'étendue du pouvoir des raatiras en raison du Pouvoir nombre de leurs tenanciers et de leurs serviteurs , était une des grandes sources d'embarras du gouvernement , dont les mesures réglées par la volonté du chef et les exigences de l'État, rencontraient

dot raalirit

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déS obstacles souvent insurmontables, dans les rangs des chefe inférieurs. Lorsque les intérêts dé la ftimille régifiante et ceux de ces chefs étaient différents, l'opposition était des plus vives. Les raatiras , semblables aux bnrons du système féodal, tenaient le peuple dans un état d'asservissement complet, et en tiraient non-seulemént une portiondu produit des terres, mais encore un tribut de services militaires et de travaux collectifs.

L'influence des raatiras était si grande , qu'une mesure de quelque importance, comme une déclaration de guerre ou l'expédition d'une flotte, était rarement eflectuée sans prendre leur avis. Ce consentement s'obtenait par les amis du souverain qui allaient recueillir les suflrages dans chaque district. Ou bien en convoquant nne assemblée générale des chefs, pour délibérer en conseil public sur les propositions du gouvernement. Ces assemblées se réunissaient lentement; il se passait un long laps de temps avant que tous les chefs fussent rassemblés, et fort souvent ces réunions étaient interrompues par des ajournements ; ces assemblées avaient lieu ordinairement en plein air; les chefs principaux formaient un cercle dans lequel des orateurs des différents partis se plaçaient les uns vis-à-vis des autres. Les chefs n'étaient pas les seuls orateurs ; Tarii-rahi adressait souvent la parole à l'assemblée; les guerriers, et même les petits raatiras, donnaient aussi leur avis avec hardiesse et en toute liberté. Si une diflërence d*opinion se manifestait, et si

les ditDOurs s'animaient , llmpétuosité des passions ■'amil plus de retenue , et le conseil aboutissait quelquefois à des scènes de confusion et d'effusion de sang. La volonté des chefs principaux ne prédomi^ naît pas toujours ; les questions de paix ou de guerre dépendaient souvent des impressions produites par les orateurs publics. Ces harangues étaient des types dune éloquence naturelle, passionnée, hardie dans ses expressions, variée dans ses Ogures, et dont les effets émouvaient les auditeurs. Lorsque rassemblée SA terminait sans conflits, chacun des chefs retournait dans son district pour assembler ses tenanciers et pour faire les préparatifs nécessaires à l'exécution des déterminations de rassemblée.

Les guerres intestines étaient fréquentes. Pendant les quinze premières années du séjour des missionnaires anglais dans Tarchipel Taiti , avant la conver^* sion des indigènes au christianisme , ils comptèrent jiisqu*i dix guerres générales , dont les causes pre» Bières n'avaient pas toujours une importance majeure. A battre le pavillon du vea, refuserd'obtempérer i une réquisition du souverain, ouà la reconnaissance de Tolou, parlersans respect des dieux et deschefs, insolier les parents et les alliés de la famille régnante , et uneinlinitéd'autrcs circonstances plussecondaires, suffisaient pour faire proclamer un appel aux armes et amener Tinvasion du territoire ennemi. Cependant, les hostilités étant le résultat d'une détermination générale de la population , les préparatift préliminaires j les réunions des raatiras, les cérémonies

PrérogalivM dai chefs.

qu'il fallait accomplir avant de les entreprendre , en retardaient les effets, et il arrivait fréquemment que la déclaration de guerre était ajournée. Quoiqu'il n'y eût point d armée permanente, ces lies possédaient dans les raatiras un classe d*hommes adonnée presque exclusivement à la carrière des combats. La guerre était presque une profession pour beaucoup d'entre eux, et une obligation pour tous. Elle était considérée comme le but le plus important de la vie; tous les objets dont elle nécessitait remploi , étaient toujours prêts à un service instantané; des approvisionnements étaient formés en prévision de l'avenir les armes étaient toujours à portée des combattants ; dans la pratique même de l'infanticide, on tuait beaucoup moins de garçons que de filles, uniquement parce qu'ils pouvaient devenir des guerriers.

A l'exposé sommaire qui précède, puisé en grande partie dans l'ouvrage du missionnaire EUis , nous ajouterons quelques observations empruntées à M. Moerenhout.

Les chefs suprêmes avaient seuls une autorité absolue. Le cruel usage des sacrifices humains était la base et l'appui de leur pouvoir. Les dieux , terreur du peuple, étaient toujours favorables aux chefs, et quand un malheureux déplaisait à ces derniers^ il devenait leur victime. Un autre appui de leur pouvoir, et qui les investissait indirectement du droit de vie et de mort , dérivait de la loi du Jabou^ considérée comme la manifestation de la vo-

loBté divine. Les fiimilles des chefs étaient comme aolani de maisons souveraines ; quelques-unes , à la férité, se trouvaient bien quelquefois réduites à la soumission par les circonstances^ et forcées de se reconnaître tributaires d'une famille plus puissante , maison n'en vit jamaisaucune aliéner tousses droits et renoncer à tout pouvoir, excepté dans les derniers temps où rinfluence des étrangers les lit, de gré ou de force, déroger à leurs anciennes coutumes. Le goaverneroent conservait dans toutes ces lies des formes aristocratiques , attendu qu'elles étaient invariablement divisées en districts , dont chacun avait son chef particulier, soumis au chef général momentanément d*abord, et en tous cas d'une manière peu absolue, car il parait que dans un district spécial il avait plus d'autorité que n'en avait sur le tout son seigneur suzerain, devenu tel par droit de conqnèie.

La puissance sacerdotale était aussi trés-considé- ^^^V^ rable; quoique les prêtres ne siégeassent point cbnsles conseils, et ne prissent que rarement part an discussions politiques, ils n'en étaient pas noina redoutés; car, considérés comme ils relaient par le peuple, les chefs n'auraient pas osé les traiter avec rigueur, taudis que leur ministère leur offrait mille moyens de nuire -aux chefs politiques. Lannonce d*un funeste présage sufGsait pour decoorager le peuple et laisser un chef dans Tabandon, aussi pouvaient-ils, sans jamais agir ou* vertement ni se compromettre, se venger du sou-

verain et le perdre presqu'à volonté; mais on voyait peu de cas de mésintelligence entre le haut clergé et le chef suprême; d'autant plus que le grand prêtre était toujours frère ou proche parent de ce chef, et qu'ils avaient dès lors intérêt à s'unir pour consolider leur pouvoir mutuel. Il n'était pas rare non plus de voir les fonctions sacerdotales et administratives réunies sur la même tête, de manière à donner au gouvernement le caractère d'une véritable théocratie; ce qui arrivait toujours quand un chef mort était remplacé par un frère ou un proche parent investi des fonctions sacerdotales, et qui, bien que devenu arii ou principal chef, n'en continuait pas moins à présider aux cérémonies religieuses les plus importantes (1).

L'empire des prêtres grandissait dans les temps de guerre de toute la terreur inspirée par les divinités y et de tout le prix qu'on attachait à leur faveur, qui assurait le succès, tandis que leur inimitié amenait infailliblement des revers désastreux et la mort. Les desservants des temples manifestaient, ! sous l'Inspiration de la divinité, ce que l'avenir ré-

servait à la population ; dans ces moments on les supposait sous l'impulsion d'une puissance surnaturelle; et la foule attribuait à leurs paroles un caractère sacré. On peut croire sans peine que l'éloquence de ces prophètes improvisés se ressentait

Il (1) Moerenhout, Foyage aux îles du grand Océan y tome II ,

\ pages 10 et 11.

historique:. 323

de h valeur des présents qui leur étaient oflPerts. Ifs liraient , comme les augures romains , des pronostics de rinspection du cœur et du foie des animaux, et surtout des contractions des membres des victimes humaines dans l'agonie de la mort. Quoiqu*il ne soit pas dans nos intentions de nous occuper de rélhnographie de Tarchipel de Taîtî, nous croyons utile à rintelligencc de notre sujet de consigner dans cet exposé, quelques détails sur les cérémonies religieuses qui précédaient la guerre , et sur le mode de combattre de ce peuple.

lorsque lacuerre était imminente, on préludait .cérémoniet

^ ^ . religieuiet préc*-

au\ bo!>tilités en adressant des prières publiques et i,. hSîSiitét. d<*s sacrtljces aux dieux des combats et surtout à Oro, le plus grand et le plus redouté de tous. La première cérémonie était celle du taamou raa-ra ; die a^ait pour but d'implorer la protection des dtt'U\ à l'aide des invocations des prêtres, et d'attirer leur colère sur les ennemis. Un sacrifice humain qui portait le nom de matea était oflcrt à Oro , pour le rendre propice au nouoou ( la troupe des combattants). L'elligie de ce dieu était portée hors de IVocJos du maraî où elle reposait, et les prêtres détachaient avec solennité une plume rouge de ses ornements, qu'ils remettaient à ceux qui avaient offert le sacrifice , comme un gage de la bienveillance du dieu. Lorsque les prières avaient été accueillies favorablement, on supposait que les divinités abandonnaient les ennomis , et pour récompt^nser ce service important les chefs se rassemblaient ; ils

réunissaient en même tempsies prêtres, et à latêtede l'armée, un orateur leur offrait une certaine quantité d'étoffes, des nattes, .et quelquefois même une pirogue , en leur disant : « ceci est la récompense de vos * efforts en implorant jour et nuit l'aide des dieux. »

Un autre sacrifice humain, nommé Maouifaatere , suivait la déclaration publique de la guerre ; le seul fait de cette oblation entraînait aux yeux des ennemis la certitude des hostilités. Une deuxième cérémonie, celle du /aïraro, succédait à celle du iaamou Toara-y elle avait pour objet de faire de nouveaux présents aux prêtres, pour les engager à persévérer dans leurs labeurs. Une troisième cérémonie, nommée haamii , suivait celle-ci , et elle avait le même but, celui d'engager les prêtres à redoubler de vigilance et de prières pour rendre les dieux fidèles à la cause de leurs adorateurs , et pour amener les dieux des ennemis à les abandonner et à les combattre. Aux étoffes, aux nattes, aux divers objets composant les premiers présents , on ajoutait cette fois plusieurs beaux cochons désignés chacun par un nom particulier.

Le titre A'aioa fareia manaha, construction de la maison manaha^ s'appliquait à une nouvelle cérémonie. Elle consistait à élever une case pour* servir de demeure aux esprits célestes, qui devaient combattre avec Tarmée. Il fallait construire cette demeure en un seul jour, voué à un jeûne sévère; on y plaçait quelquefois les tiis ou images des divinités; mais ordinairement ces images restaient au temple , les

VISTORIQIIS. 325

prèlres seak venaient se mettre en prières dans le wmmdki. Une plume rouge, prise sur chaque idole , suppléait à leur présence.

La dernière cérémonie était celle du hammanava. On construisait de légers pavillons sur des pirogues , pour servir i transporter, vers les lieux du combat, les images d*Oro et des autres dieux , ou les plumes rooges qui les représentaient. Ces plumes étaient Doromt'^es manou tahi no Tane , le seul oiseau de Tane , désignation qui semble se rapporter à une classe d^tres intermédiaires entre les hommes et les divinités qui habitaient dans le /are papa^ près des fondations de la terre. Ces êtres étaient les messagers des dieux et circulaient autour des habitations des hommes sous la forme d'oiseaux ou de requins. Lorsque les prêtres imploraient la présence de quelque divinité, ces messagers se chargeaient de lui exprimer leurs vœux, en lui disant: Mal harei te aoe êamà ti le ao : • Viens au monde ou au séjour de la lumière, car la guerre est sur la terre. » Cette invocation atait le pouvoir d'arracher les dieux à leur séjour pour les conduire au milieu du tumulte des combats. Si Oro , le puissant dieu des batailles, avait agréé les offrandes et les vœux de Tarmée , il inspirait an prophète qui venait en prédisant la victoire, porter la conCance au cœur des guerriers.

Qae Texpédition projetée eût lieu par terre ou par . mer , un certain nombre de pirogues était toujours drstioë à raccompagner , en portant les plumes sa- €n»fs; sans doute parce que leur conservation et leur

326 ESQuissi;

transport étaient plus faciles par cette voie. Dès que ces plumes étaient déposées dans les marais temporaires, érigés sur les pirogues^ on tuait un grand nonibre de cochons dont on offrait la tête aux divinités , tandis que les prêtres mangeaient les corps. Le nombre des victimes immolées dépendait de la grandeur de Tentreprise et du nombre des chefs confédérés.

En même temps que ces cérémonies préliminaires s'accomplissaient» de grandes assemblées nationales étaient en permanence; elles discutaient les mesures à adopter; mais les prières, les sacrifices, les prédictions des oracles , les discours des orateurs étaient les seules manifestations livrées au domaine public; les chefs dirigeants ne trahissaient pas leurs intentions préméditées avant de les mettre en exécution. Des messagers allaient requérir la levée des contingents appelés à combattre ; les hommes adultes s'armaient alors; les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants , désignés sous le nom collectif de ohoua, restaient seuls dans les habitations, ou se transportaient dans des lieux secrets de refuge. Le chef de chaque district guidait les guerriers placés sous sa dépendance, à Tendroit du rendez-vous; il annonçait en arrivant le nombre de sa troupe, et formait ensuite son campement avec les autres corps. Ce campement se nommait bouhapa.

Lorsque Texpédition avait lieu par mer, on rassemblait à l'avance le nombre des pirogues nécessaires; elles étaient équipées avec des soins parti-

HISTORIOt'R. 327

coliers; les armes recevaient des perrectionnements roevrlriers, on les garnissait de pointes aiguës, d'arêtes de raies^ on les polissait en les frottant avec des défenses de cochon , et on garnissait leur manche avec la résine de Tarbre à pain pour le rendre plus ferme dans la main des guerriers. Quand tous ces apprêts étaient terminés , et ils Tétaient au bout de peu de jours , un troisième sacrifice humain, nommé Haea-mati (le déchirement de la couronne de paix ) avait lieu et , immédiatement après , Tarroée, encouragée par des pronostics favorables, ooofiuiledans Taidedes dieux, s'ébranlait pour se rendre au combat.

Komm et Papaoupea étaient les termes employés AméM. pour désigner une armée. Il est probable que le premier nom s'appliquait spécialement à une armée, 00 à une flotte, composée uniquement deguerriers, et que le dernier désignait une troupe suivant les combattants, dans l'espoir de se livrer au pillage. Pendant la marche de ces rassemblements , outre les emblèmes des dieax , des insignes divers, des bannières étaient déplojés. Les pirogues étaient armées de bandeffoUes, el le son des tambours, le bruit sourd des conques, musique rude s'il en fut, retentissait sans rebche; un fait singulier à consigner, est que, ausstlAt après la cérémonie du Haou nurnava^ on ne dé-* posait plus d'offrandes sur les autels des grands marais, dans la crainte que les dieux attirés par ces dons, ne fussent tentés de quitter l'armée et de l'ahudooner tout à fait.

Modes d'attaqM ttdedélMM.

Modet de combattre.

Les modes d'attaque et de défense pendant la guerre appelée Tanudj avaient différentes dénominations et des formes diverses. L ensemble des forces était dirigé par le principal chef, qui, disait-on, Tarot tearo^ préparait la bataille. Quand ses dispositionsétaient prises, le signal du combat élaitdonné. Il débutait tantôt par des escarmouches, Aro vtm, de quelques fractions de Tarmée, tanlôt par des luttes corps à corps , Aroia. D'autres fois les combattants s'avançaient simultanément en poussant des hurlements et des imprécations. Ce mouvement était dé* signé par le verbe ou. Quelquefois ces attaques avaient lieu la nuit; alors les guerriers portaient une torche, Rama^ qui donnait son nom à ce genre d'agression; dans certaines occasions plus rares, ils procédaient par surprise, Aronee^ dont la traduction équivaut aux mots attaque par embûche.

Lorsque le plan du combat était formé, les guerriers les plus célèbres s'avançaient au-devant de la première ligne, et en s'approchant des rangs ennemis s'asseyaient à terre. Deux ou trois d'entre eux se levaient ensuite et s'avançant de quelque pas encore , défiaient leurs adversaires au combat; quand le défi était accepté, ce qui avait souvent lieu instantanément, les rivaux échangeaient les menaces les plus effrayantes. Ils disaient leurs noms, ceux de leurs ancêtres, racontaient leurs prouesses et les exploits de leurs familles, proclamaient la force de leurs bras, et vantaient la gloire qu'ils allaient ajouter à leur nom par les

B18T0MQ0E. 339

qa*il8 allaient porter. Ils pressaient les end*en venir aax mains, afin queleurs corps fussent offerts aux dieux qui réclamaient des sacrifices. Cette conversation belliqueuse se terminait par l'emploi du Omoreaa ou arme de l'insulte, casse-tête 00 lance, dont on faisait usage dans ce cas, et aussitôt la lutte commençait. Souvent un combat singulier avait lieu en £ice des deux armées spectatrices.

Il arrivait aussi , que plusieurs individus se battaient des deux côtés, |)cndant que ceux qui n'avaient point trouvé de champion qui voulût accepter leur défi, restaient assii» sur le sol. Le vainqueur dans ces combats particuliers, continuait à provoquer de nouveaux ennemis, et se retirait rarement du champ de bataille tant que de nouveaux assaillants se présentaient ; à ces combats détachés succédait peu à peu un engagement général, qui révélait un caractère de furie en harmonie avec les ■Hmrs barbares des sauvages combattants. L'usage des asseoir en face de Tennemi au début du combat, séiaitpas la seule particularité belliqueuse des Tailiens , ils avaient une autre coutume nommée fUo : lorsque deux chefs principaux conduisaient un délacbemeut a Tattaque , ils marcliaient côte à côte en se tenant les bras, en signtfqu'ils triompheraient ou loioberaient ensemble. Lorsqu'un seul chef marcliait à la tête d'une troupe, il enlaçait ses bras à ceiu d'un oiio, ou guerrier renommé de sa suite. Ils se seraient près de Tennemi , mais les dUos

330 ESQUIS SE

combattaient à côté de leur chef, et considéraient comme un devoir d'exposer leurs jours pour défendre les siens.

A une certaine distance, les deux partis ouvraient leurs rangs pour laisser aux frondeurs la facilité de lancer leurs projectiles ; l'adresse de ces hommes était redoutée, et leur réputation fort grande. Quand ils s'avançaient pour combattre , on entendait de longs cris : e ofino mea, prends garde, la pierre de cet homme est dangereuse ; e ofat iano, e dfài bouat , son coup est certain , sa pierre est mortelle. Mais dans les combats corps à corps, les combattants ne montraient aucune habileté; ils tâchaient de se frapper à la tète et se confiaient plus dans l'aide des dieux que dans leurs bras ; à la chute du premier homme tué une clameur de triomphe s'élevait du sein du parti opposé et frappait de terreur l'ennemi accablé par ce funeste présage. Cependant le combat devenait acharné autour du corps ^ qu'on cherchait à soustraire au vainqueur, qui, s'il parvenait à l'emporter, le dépouillait de ses ornements et le livrait aux prêtres pour l'offrir aux dieux H la fin de la bataille. Si un chef distingué ou un guerrier renommé tombait^ son parti se retirait à quelque distance, rassemblait ses combattants les plus déterminés, puis faisait en corps une irruption impétueuse , dans le but de vara toto , laver la sang , venger la mort de leur compagnon.

priMimSr. ^ premier prisonnier était une victime inévita-

HISTOKIQUE. 331

blemeot vouée à un sacrifice religieux. On le nomnmil mataa hae toimou taaroay la première rupture de h racine; ce corps n'élait pas porté au temple; on le transportail sur un faisceau de lances au milieu des derniers rangs de raimée ; un prêtre d'Oro marchait à ses côtés, en récitant les prières du rite, et surveillait attentivement les mouvements et les contractions du moribond. Si les pronostics de cette cruelle agonie étaient favorables , il proclamait la victoire comme certaine; ces indications avaient une très-grande importance, car on les considérait comme les signes de la coopération des dieux.

Le tumulte du combat était augmenté par les cla- luouttmears des raouti, orateurs de la bataille. Ces hommes appartenaient à la classe des chefs exerçant un commandement, ou tout au moins étaient des guerriers renommés. Revètusd'une simple ceinture de feuilles de b plante nommée Ti , ils portaient dans la main drmte, pour toute arme , une arête de raie, dont ik se servaient avec dextérité et qui était aussi envelofipée dans une toufTe de feuilles de Ti. Les fonctjous de ces hommes consistaient à animer les troupes , en racontant les exploits de leurs ancêtres, en vantant la renommée des membn^sdo leur tribu et la juhtic* de leur cause. Infatigables dans leurs efforts, ils circulaient jour et nuit dans le camp, et excitaient par leurs discours Tardeur des guerriers. Le jour de la bataille , leur activité augmentait ; ils marchaient avec Tarmée , parcouraient les rangs sans

relâche , encourageaient les combattants et les stimulaient à des actes de valeur par les récits de hauts faits d'armes passés.

L'énergie de leurs discours perd beaucoup à la la traduction , cependant quelques-unes de leurs expressions ont une vigueur qui résiste à cette épreuve, c Ruez -vous comme les flots, brisez » sur les ennemis avec l'écume de la mer. » Te harourou o ie toi , < ayez son mugissement lorsqu'elle » se brise sur les récifs. Saisissez-les comme l'é- » clair fourchu qui se joue sur les flots écumants. » Te ouira maou tau < Soyez vigilants, déployez vos » forces, ayez la rage^ la rage des chiens sauvages, » jusqu'à ce que leur ligne soit rompue , jusqu'à ce » qu'ils fuient comme le courant des marées. )> De pareilles images faisaient naître une grande exaltation ; elles produisaient une sorte d'enivrement dont les guerriers gardaient le souvenir, et, lorsque plus tard ils étaient frappés par la forme d'un discours, ils disaient de celui qui le prononçait, tint raouti teia^ il est égal à un raouti. Si le combat durait plusieurs jours, les travaux des raouti étaient si incessants , qu'on en a vu expirer de fatigue.

lUiMores. Quelquefois la bataille se terminait par la retraite

des deux armées, qui allaient se reposer et se préparer à une nouvelle campagne; mais plus fréquemment, elle continuait et se renouvelait jusqu'à ce que la fuite d'un parti laissât l'autre maître du champ de bataille; alors le carnage et la destruction suivaient le fati ou rupture, et le hea ou déroute de

nsTORiQUE. 833

FameniK Le tahaea^ massacre commençait alors avec an acharnement qui n'avait pas de bornes; on supposait que les divinités elles-mêmes venaient 7 pr^idre part. Ceux qui étaient vi ou en fuite , couraient à leurs pirogues ou se réfugiaient dans les pari, fortiflcations naturelles , situées dans les montagnes, tandis que les vainqueurs, nommés oupoaiia, lèces droites, têtes élevées , les poursuivaient et les égorgeaient impitoyablement. Parfois un guerrier abattu aux pieds de son antagoniste, soit qu'il fAt Uessé ou désarmé, le suppliait de lui accorder quartier, en s'écriant TalUda i oùu ia ora ùuaou^ épargnemoi , afin que je vive : s'il invoquait en même temps le nom du chef vainqueur, on lui accordait quelquefois la vie , mais le plus souvent on lui répliquait par des reproches et des railleries qui précédaient le coup mortel. Ceux mêmes qui avaient été épargnés n'avaient pas la vie sauve pour cela. Les captifs appelés toi ou tiû, étaient destinés à figurer 4us les sacrifices qui suivaient la bataille , à moins qae les chefs ne les eussent réservés pour servir iTeKbves.

La rage implacable qui animait les vainqueurs était telle, qu'ils couraient en toute hâte aux villages et aux lieux de refuge des femmes et des enfants , et ils y assouvissaient leurs passions sanguinaires avec une horrible cruauté.. Les fuyards cherchaient leur saittt en escaladant les endroits les plus inaccessibles des montagnes, et laissaient par conséquent leurs fiuBliUes livrées à elles-mêmes. Les mailieu-

reuses femmes » les vieillards, ne pouvaient résister longtemps à leurs agresseurs, qui prenaient une joie féroce à torturer d'impuissantes victimes. Ni l'âge, ni le sexe, n'étaient épargnés; les vieillards étaient immolés sur-le-champ, on pratiquait sur eux rborrible supplice de l'arrachement des en*trailles; les femmes ne recevaient la mort qu'après avoir été traitées de la façon la plus brutale ^ et les enfants de tout âge n'échappaient pas à la barbarie des farouches vainqueurs : on les arrachait aux bras de leurs mères pour les briser contre les rochers ou contre les arbres; on jetait leurs corps en l'air et on les recevait sur la pointe des lances. Souvent on transperçait leurs faibles tètes d'une oreille à Tautre, et, lorsque cette boucherie cessait, feute de victimes 9 les meurtriers passaient un lien par cette ouverture, et emportaient ces petits cadavres comme autant de trophées suspendus à leurs armes.

Déniuuoni. Les guerres n'étaient pas seulement meurtrières, mais elles dévastaient entièrement le pays où elles avaient lieu. L'esprit de destruction s'exerçait avec un raffinement extrême ; l'extermination totale des ennemis , la ruine de leurs propriétés étaient le but qu'on se proposait et qu'on atteignait fréquemment. Tous les habitants d'un district qui ne s'étaient pas soustraits par la fuite, étaient tués sans pitié. On détruisait les arbres à pain , on faisait périr les cocotiers en coupant les bouquets de feuilles qu'ils portent au sommet, et leur tronc nu semblait

HISTORIQIIB. 885

atoir été frappé par la foudre. La flamme 8*emparait an habitations, dea nuages de fumées accompagnaient le passage des torches incendiaires qui , en on clin d'œil, consumaient les édifices et calcinaient les corps des victimes entassées dans des mares de

ttiig*

Des atrocités sans nombre se commettaient sur Atroeiiéf les cadavres, on les lacérait, on les perçait de coups^ ^•^'f^on en déchirait les membres. Outre l'alor^ , arrachement des entrailles des blessés et des morts , on pr^ tiquait aussi une autre opération appelée ûpaïUa iHfa relie consistait à aplatir un cadavre en le frappant avec une massue; puis , avec une pierre aigUQ, OQ faisait un trou rond au travers Testomac et le dos; cette ouverture servait à passer la tète du guerrier vainqueur, qui portait ce corps ployé en deux^ la lèce devant, les pieds derrière, comme lo vêtement appelé tàpottla^ cl il marchait couvert de celte espèce d'armure à un nouveau conflit. Il est aisé de se figurer rborreur d'un pareil spectacle. Les brutalités ciercées étaient de telle nature, qu'il est impossible delei reproduire et qu'il serait diflicile d'y croire sans fassertion des indigènes qui les avaient commises. Le missionnaire Ellis, en consignant ces détails, ajoute qu'il n'en aurait pas fait mention s'il n'avait voulu montrer , sous son vrai jour, le carac* tére d*un peuple qui a toujours été représenté comme aimable et bienveillant, et comme jouissant d'iA haut degré de bonheur dans un état de société simple et paisible.

Cérémonie ^ jo^r qui suivait celui de la bataille était con-

du Boure Taau. ^^^^^ ^ j^ cérémonie du Boure Taata. On rassemblait les cadavres épars sur le champ de bataille pour les offrir au dieu Oro. Des prières étaient prononcées pour réclamer la continuation de son assistance, et les corps étaient ensuite livrés à Taction des éléments ou aux cochons et aux chiens sauvages qui s'en nourrissaient. Les vainqueurs emportaient seulement les mâchoires inférieures en guise de trophées; quelquefois aussi ils transformaient des ossements humains en instruments de travail, en hameçons pour la pèche. D'autres fois ils empilaient les corps et construisaient avec les crânes des espèces d'enceintes autour des marais , mais ordinairement ils les plaçaient en rang sur le rivage ou devant le camp, en plaçant les têtes dans lu même direction. Les têtes étaient tellement fracassées à coups de casse-tète, qu'elles n'avaient plus de forme. Les vainqueurs se plaisaient à faire passer leurs pirogues sur ces cadavres lorsqu'ils les lançaient à l'eau ou lorsqu'ils les retiraient à terre; ils semblaient possédés d'un désir de vengeance qui ne s'apaisait pas , même à la mort de leurs ennemis. Cependant il ne paraît pas que cette passion terrible ait jamais été poussée jusqu'à l'anthropophagie; si les Taîtiens étaient cruels, du moins ils ne pratiquaient pas cette coutume commune à toutes les peuplades des îles voisines.

Ftade te KMi«. Aprés avoif offert les corps au dieu Oro, les vainqueurs 86 partageaient les dépouilles et les terres de

ninciis. Une nouvelle victime humaine était sacrifiée pour annoncer la fin des hostilités et le retour (le la paix. Des danses et des fêtes avaient lieu en même temps , et la prière qui accompagnait le sacrifice humain était ainsi conçue : iouta vae aoua i k po Roo noui avena homm îe ao, ^ que le grand dieu » de la guerre retourne dans le monde de la nuit et ■ que le grand Roo (dieu de la paix) vienne présider » sur le monde de la lumière. » Après cette cérémonie, les vainqueurs chargés de dépouilles et de sangluits trophées regagnaient leurs pénates , pleins de h joie cruelle de leur triomphe; alors seulement les laiitciis réfugiés dans les montagnes se hasardaient iquiller leurs retraites. Ces guerres produisaient quelquefois des hommes errant à l'état sauvage, dans les endroits inaccessibles de Tlle, hors de la portée des habitants du rivage. M. EUis vit un de ces honmesen 1821. Cet individu , après avoir échappé i me poursuite acharnée, s'était confiné dans une niitode absolue pendant plusieurs années, jusqu'à ce qa*nn jour, découvert par une troupe d*habitaon d'Attahourou , il fut amené à la station des BîttionDaires la plus voisine. Ses cheveux et sa barbe étaient longs , sa peau colorée par l'action du solal revêtait diverses nuances plus foncées que eeUe des autres naturels; il parlait peu, son maintien indiquait la douceur, et il ne paraissait pas s'oceoper de ce qui se passait autour de lui. Le missionnaire Daeling a eu aussi occasion de voir plosieurs de ces transfuges. Ils étaient tous très-

sauvages et refusaient de s'associer aux habitudes de la population riveraine. Plusieurs fois ils s'enfuirent brusquement et on né les revit plus.

L'aperçu qui précède nous a paru nécessaire à l'intelligence de notre récit; peut-être aurait-il fallu le rendre plus complet. Toutefois , nous espérons qu'il suffira à l'appréciation des événements historiques dans le domaine desquels nous entrons.

mon.?c1SÏJÎ da " V^^^^ cett^m, dit M. Mocrenhout (i), que gouvernement, j^ijj ^ygit ^j^ coustitué cn royaumc au moins cent ^^' cinquanle ans avant sa découverte par Wallis ; ce qui fait remonter cette époque vers l'année 1600. I TaTieauroo. Tovi eou roo trisaicul d'Amoj chef de TUe du I 161T i 1647. temps de Wallis , régnait cent vingt ou cent cini quante ans avant lui, et avait acquis tant de re-

nommée qu'il était l'objet des chants dans toutes les fêtes, postérieurement même à l'arrivée des Européens.

BauiK^dbare- Toua, uu dcs descendants de Tavi eau roo, goupopoï-oha. verna à son tour les deux péninsules, et livra k Papara une bataille mémorable, désignée dans les chants sous les noms de Oure-popai'oha.

Une lettre de Pomaré, aux missionnaires de Taîti, indique le nom de Taaroamanahoune comme celui

(1) tfoerenhont. Voyage aux iUi du granà Oc^a» ,|tome II, page 38S.

(Too de ses sncêtres les plus reculés , mais saut fixer Tépoque de son existence (1).

Depuis longtemps le gouvernement paraissait être pamuie régnants, resté dans la mémo famille , dont les ancêtres étaient comptés au rang des dieux. A. une époque indéterminée, mais antérieure, à Tapparition des premiers Ba^igaleurs dans TOcéanie, trois frères composaient les membres de la famille régnante. Tenœ , Hapai qui depuis prit le nom de Otey^i)^ et TouUm le plus jeune (3). Tenae succéda par droit de primogé-^ nitore à la jouissance du pouvoir suprême et du djsu*ict patrimonial de Papara. Il donna le jour à Amo^ qui , à sa naissance , devint le chef suprême défile, et prit le titre d'Ocou, déféré à Théritier présomptif. Hapai ou Oiey reçut en partage le dis«trict de Pari , et fut la souche des chefs connus aujoard^bai sous le nom de Pomaré. Toutaa devint le chef du district important d'Attabourou.

Telles sont les seules notions historiques trans- ab» etsérèt. ■ii«es jusqu'ànous, avant l'arrivée de Wallis (19 juin nar. i^iin), époque où commence une série de renseigne- SMotoplus positifs, quoique très-incomplets. Amo HBeréa (4), sa femme, exerçaient le pouvoir à cette €ipo(|ue; ils étaient âgés d'environ quarante ans; déjà ils avaient perdu la toute-puissance par

(I. Jftflt4>iituiry ftfyilf^, nomëro de féTrier 1818. page 71. 7; ^hipaî, >Miapp«î de Cook; Obapai de Forster; Olea de Blt.:h; Otryde^MIfon.

(1* TooUha, TowUha des Ançlaîf ; Toutaa de BoDgainrille. (4; Obcrtt, Oberoa de Wallia ; Porea pu Pooda do Fonler.

l'efifet de la loi qui accordait au fils dès sa naissance, les prérogatives du père en ne laissant à celui-ci que des fonctions analogues à celles de régent. Amo, quoique son caractère soit représenté comme celui d'un homme doux, avait eu l'intention de commettre un infanticide sur la personne de son fils Te-mare (1), soit qu'il eût des doutes sur sa légitimité, soit qu'il voulût conserver le pouvoir suprême , en se servant d'un mo^en emplbyé généralement par les membres des hautes classes de la population ; mais Béréa s'é«tant refusée à l'accomplissement de ce meurtre, l'enfant vécut. Cette résistance portait un coup funeste à l'autorité d*Amo ; elle fut la cause probable de la séparation qui survint entre les deux époux. D'après Forster, cependant, elle n'aurait eu d'autres motifs que les infidélités d'Amo. Béréa le querellait souvent et même le maltraitait (2). Pour d'affranchir des inconvénients d'une humeur jalouse, Amo se retira dans son district patrimonial de Papara (3) , où il se lia avec une jeune et jolie insulaire, abandonnant en quelque sorte la direction des affaires à Béréa, dont la considération n'avait reçu aucune atteinte; car ces séparations étaient fréquentes et sans importance dans les mœurs du pays. Elle cohabita sur-le-champ avec Toupam (4), chef banni de Raiatea , qui était devenu le grand prêtre de Taîti ,

(1) Wilflon , a Miuionnary Voyage^ page 318.

(2) G. Forster, A Voyage round the FTorldy tome I, page 93.

(3) Wilson, Préliminary dUcourse, page 1 0.

(4) Tupia de Cook.

BISTORIQUB. 3il

61 qui plos tard 8*expatria avec le capitaine Gook » poor aller visiter les pays merveilleux d'où venaient les navires Angbis.

L'apparition du navire de Wallis fut un événe- ^^ Awjjie ^ mem d'une haute importance pour la population ^!!!^ de Taîtî. Amo et Béréa reçurent à Aaropa , près de ** ^'^ "*'' P^para, la première nouvelle de la présence des orangers. Ils se rendirent en toute h&te à Matavaî, où ils tentèrent une attaque générale contre Wallis, qui déjà avait été obligé les jours précédents de bire usage de ses armes ; mais cette dernière action fui la plus meurtrière, car il fit jouer son artillerie* Amo et Béréa , placés sur le morne Taharal(l), firent la première épreuve des terribles effets des armes à feu. Des boulets vinrent fracasser des irbres à leurs côtés; le bruit et la violence de ces projectiles les remplirent d'épouvante. Ils s'enfuireot en toute hâte. Peu après , ils implorèrent la eesistion des hostilités j et la paix fut promptement ôneaiée.

U puissance destructive des armes des étrangers DécoBtidéraiioB avait imprimé une profonde terreur dans la popu- d^! bcîoQ , qui leur attribuait une origine divine. Le pouvoir d'Amo et de Béréa , éprouva une déconsidération complète à la suite de ce conflit. Ils sembbient avoir été abandonnés par les dieux qui , jusqa*alorSy les avaient couverts de Tégide de leur

{1} (h&4ree^U de Wallis, Cap de TArfare des lUTigatean firanfm» diftnenwttt écrit Taraa , Tabara , Taïara.

protection. Le passage de Wallis laissa de profondes impressions dans Tesprit des Taïtiens. Les com* mentaires qu'ils faisaient sur Torigine et la puissance des navires anglais appartenaient toutes au domaine du merveilleux.

ArriTéo Us n'étaient pas encore revenus de leur surprise ,

de Bougainville. i,», «. . ••. -ti • d r . # i

- que déjà Bougainville mouillait vers 1 extrémité nord

du district de Hidia , sur la côte opposée de l'île. Les chefs s'empressèrent d'aller au-devant de lui ; il reçut la visite de Toutaa, jeune frère d'Amo, qui présidait sur les districts de la partie occidentale de l'île (1). Il reçut de ce chef plusieurs dons et il lui fît de nombreux cadeaux. Cette circonstance, si futile en apparence, fut cependant une des causes des événements politiques qdî eurent lieu quelque temps après. 11 ne paraît pas qu'Amo etBéréa , dont la résidence était fixée dans la partie sud de Taïti , soient venus visiter le navigateur français (2), qui amena avec lui , en France , un naturel nommé Aotourouj dont on connaît l'histoire. Bougainville avait noué des relations assez suivies avec son père

(1) « Les premiers jours de notre arrivée , j'eus la visite du chef d'un canton voisin , qui vint à bord avec un présent de fruits , de cochons, de poules et d'étoffes. Ce seigneur, nommé Toutaa , est d'une belle figure et d'une taille esttraordinaire. » Bougainville , Voyage autour du monde par la {régate la Boudeu$e et la flûte VÉtoiley de 1766 à 1769, page 199.

(2) Wilson, Preliminary discourse , page 1 1. Bougainville n'en fait aucune mention. M. Moerenhout se trompe peut-être lorsqu'il semble avancer que cette visite eut lien , k la page 394 de son second Tolume.

Owalkm et son frère EreUii), chefs da lieu de Bouillage, qui s'étaient d'abord opposés à i'établisiement d'un camp à terre, mais qui, à la suite de quelques démêlés, furent remplis de prévenances pour le navigateur français.

Quelques jours plus lard » le 14 avril 1768, Bou- DirisioiMUique gainville partit après avoir enfoui dans une bouteille ^ on acte de prise de possession , coutume suivie par tous les navigateurs de ces temps. Il parait qu'à cette époque, la division de la géographie poli* tique de Tlle était à peu près établie de la manière suivante : le gouvernement des districts de h partie septentrionale et orientale de la grande péninsule 9 portant le nom collectif de Tepireonou, était dévolu à Uapai. Le gouvernement de la partie oecidentale, comprenant le district d'Attahourou, était dévolu i Toutaa, tandis qu'Âmo régnait, au MOU de son fils, sur les districts situés au sud de la grande presqu'île, désignée sous le nom commun àtTedevaroua. La presqu'île de Tairabou, était en eoiicr soumise au chef Waïunta (2). Abaissé par la dé&ite qu'il avait subie en combattant Wallis, séparé de Béréa qui semblait régner au nom de aoa fils Témare, Amo sentait son pouvoir lui échap* par* Les deux époux, Béréa surtout, se livraient aux

(I) OnttiÊ oa OriUi , diaprés Fonter, qui prétend que c'était le frcrc d^Aodioitm. Boogeinville ne désigne celui-ci que comme le aie d^km chef de Talti.

(7) Vl'ebeddooe de Cook ; Ahetna de Fonter; Weheatiu, Wakealooe , Wailooa de difleienta âiUeiue.

écarts les plus sensuels, et laissaient péricliter l'exercice des prérogatives de leur famille. Conspiration Touiaa , guerrier renommé autant qu'ambitieux , •ide wllitoût. enrichi par le passage de Bougainville, songea à faire tourner à son profit le relâchement considérable survenu dans Faction de l'autorité souveraine. Il conspira avec Waïtoua, vieillard maigre, dont les ans avaient blanchi les cheveux , dit Cook , pour enlever le gouvernement aux mains débiles d'Amo ou plutôt à celles de Béréa ; mais comme il n'était pas le plus proche héritier d'Amo (1), il se borna à convoiter la charge de régent, en proposant de conférer au fils de son frère Hapaï le titre d'Otou. Le chef de Taîrabou avait pour but, en s'alliant aux projets de Toutaa, d'affranchir sa péninsule de toute obéissance envers l'arii-rahi et de régner maître absolu sur cette partie de l'île , dont l'accès était naturellement défendu par un isthme étroit. Projeii Le grand prêtre Toupaîa avait pénétré le complot

que l'état des esprits favorisait. Il engagea Béréa à l'anéantir par une de ces mesures violentes en usage chez les peuples sauvages : il lui proposa de faire assassiner Toutaa; mais Béréa ne voulut pas y consentir, et Toupaîa voyant la conspi* ration sur le point d'éclater, s'enfuit dans les mon- •

(1) Wilson dit que Toutaa ne pouvait faire usage des emblèmea de la royauté, parce qu**!! n^était pas de la semence royale; on doit sans doute entendre par ces mots , quMl n'était pas l'héritier le plus direct du pouvoir.

iiiSTORiQUi:. 345

tagnes, pour échapper aux dangers qu'il préfojait (1). Amo lui-même semblait entrevoir les périls qui menaçaient la domination de son fils. A peine Bougainville eut-il quitté Taiti qu'il députa le vea ou messager du souverain, à tous les chefs de nie, pour proclamer la souveraineté de Témaré (2). On connaît déjà quelles étaient les roDctioDS dévolues au vea, et quelles étaient les coDséqueDces de la conduite des chefs dans ces droonstances.

Waitoua donna le signal de la révolte : non-seu- R«f*iia lensent il s'opposa au passage de l'envoyé de Tariirahî» mais encore il l'insulta de la manière la plus graw en déchirant le pavillon , emblème de la puistance souveraine. Cette insulte devait amener inévitablement la guerre; elle éclata en effet peu de lanps après.

Wailoua passa T isthme à la tète de ses forces et vi n t ^^"*^^^ •ttaqner celles d*Amo et des partisans de Té-maré , i^. prâdu maraîdont nous avons indiqué remplacement daasb partie géographique, sur les confins du district deftipara. Il parait même que Waïloua n'attendit pas Fagression de ses adversaires, mais qu'il pritl'initbtive des hostilités. En même temps Toutaa , à h léie des guerriers des districts d'Attahourou et de Teltaha, attaqua la partie occidentale du district

a) WOmi , Preliminary diicoune^ ptge 13. (73 Hucrtnlioat , Voyage aux Ue$ du grand Océan • lom« H,

de Papara (1), de sorte qu'Amo et les siens furent pris entre deux invasions. La bataille fut livrée vers le mois de décembre 1768. Si on se base sur la statistique de la population de Ttle, donnée par Wilson , les forces réunies de Waïtoua et de Toutaa devaient s'élever à un nombre huit fois plus grand que celles d'Amo. Si ces calculs ne peuvent servir à établir une évaluation rigoureuse, du moins ils justifient la défaite d'Amo, qui s'enfuit dans les montagnes pour échapper aux poursuites des vainqueurs. Ce combat fut très-meurtrier. Six mois après, en allant de la demeure d'Amo à remplacement du grand maraî, Gook trouva le rivage jonché d'ossements humains (2). Waitoua fit construire à Taîrabou un mara! avec les tètes des vaincus. Ce maraï était connu sous le nom de Tia-houpo (3).

Déchéance ^^ résultats dc la bataille perdue par Amo, près

de Papara annihilèrent le peu d'influence qui lui restait encore : obligé de se réfugier dans les montagnes, il y cacha son existence menacée et attendit sans doute , pour reparaître , le retour de la paix. Les conditions qui lui furent imposées par les vain-

(1) Wilson , Preliminary di$eourse, page 13.

(2) Cook, Premier voyage, tome H, page 425. Éd. do 1784.

(3) Uoerenhoat, Foyage aux ile$ du grand Océan , tome I , page 409. Cook remarqua , en 1 769 , sur le rivage d un district situé sur la partie occidentale de Toïrabou, une grande case remplie de mâchoires humaines ; on répondit à ses demandes que ces ossements étaient les trophées d*nne rictoire remportée sur les habitants des districts de la grande presqu'île; peut-être est-ce là le maraï Tia-houpo de M. Moerenhout.

iTAmo.

Tk.

iiiSTumQUE. 341

qoeiira, étaient, d'après Forster, Tabandon du pouloir souvcniin en faveur du (ils atné de son frère Hapai, au détriment de son (ils Té^maré, et la désigoatioQ de Toutaa au titre de régent (i). Depuis cette épo<|ue, tout en conservant la direction du dîstricl de Papara, il paraît 4|ue les titres d'Amo et les droits de son fils, avaient entièrement perdu leur valeur primitive. Dès cet instant l'u* surpation de Touiaa fut accomplie : il exerça les (onctions de régent au nom de son neveu qui prit ii qualification d'Otou, mais à qui nous donnerons dés :i présent le nom de Poinaré qu'il ne prit que iMSMicoup plus tard. D'après quelques rapprocha Meuts de dates , Pomaré était &gé à cette époque d'environ vingt-cinq ans. Sa naissance paraissant remonter vers Tannée i743. Té-maré était âgé à la Bèaie époque d'environ six ans. Sa naissance remontait par conséquent à l'année 1762.

On a pu remarquer, dans l'exposé qui précède le oMsiseficenient de celte esquisse historique, de (|uol itspod était environné le titre d'Utou, fondé sur des Inditions religieuses; ce|jendant on le voit ici subitement enlevé par une faction à l'héritier direct ; œ qui lait supposer, sans qu'on puisse l'aOirmer, qu'il existait d'autres motifs à cette subversion. On a vu aussi que les hom-arii étaient très-jaloux de leur dignitt*' • et que, d'après Wilson (2). Amo

<i; G. Foff«tor. Voyagé round th$ fTerld^ Com« 1 , pago 93. \7) Wtltoa, A m$$ian9rf voyage in the $hip Duff^ pftg« 318.

Stë ESQUISSE

s'était séparé de Béréa à cause du refus qu'elle avait fait de mettre à mort son enfant nouveau-né; peutêtre est-ce là qu'il faut chercher une des principales causes qui ont amené l'avènement de la famille Pomaré. Soit que Béréa fût issue d'un rang inférieur à celui d'Amo^ soit que Té-maré ne fût pas considéré comme l'héritier légitime^ la révolution qui s'accomplit à cette époque j le dépouilla de ses droits au titre d'arii-rahi.

Intimes Waïtoua victorieux rentra dans ses domaines et

transporicf vécut indépendant à l'abri de leurs limites natu-

k Àttahoarou. /

relies; mais Toutaa après avoir envahi le district de Papara, s'empara des insignes particuliers de la souveraineté , du Maro^Oura que nous décrirons plus loin et qui était déposé comme un objet sacré au grand maraï de Papara; il le transporta au maraî d' Altahourou , qui dès cet instant commença à jouir d'unegrandecélébrîté.Toutaa se fortifia ensuite dans son district; il accrut son. influence en donnant asile et protection aux fugitifs et aux malfaiteurs des autres districts. Leur nombre s'accrut promptement; cette population prit le nom d'Orapaa^ et devint la terreur de ses voisins. Le reste des habitants de l'Ile n'osait plus s'aventurer dans les limites des domaines de Toutaa^ qui imprimait partout la terreur de son pouvoir. Il établit sa résidence à Pari, district héréditaire du nouvel Otou (1), où

(l)AVilson, Prdminary diêcaurse , page 13.

Cook le visita une première fois en 4769. Dans le même voyage, Cook le revit, mais ce fut alors à Attahourou : la paix paraissait tout à fait cimentée, on tout au moins la présence des navires étrangers avait fait disparaître toute trace d'inimitié; car, dans ees deux visites , le navigateur Anglais vit Béréa et même Toupaîa auprès de Toutaa (i).

Si divers auteurs n'affirmaient pas la réalité de la coopération de Toutaa à la guerre entreprise par le chef de Talrabou , on serait tenté de penser, en voyant le bon accord qui régnait entre loi et ses parents naguère ses antagonistes, que son intervention avait eu plutôt pour^objet de les proléger, et qu'il n'avait pris une attitude bostile que pour conserver le pouvoir dans sa famille , au monent oà la faiblesse d'Amo allait le laisser tomber aux maii)s de Waîtoua.

Les passages de Wallis et de Bougainville avaient imiurnee d» im exercé une grande influence sur les événements '"••**L* ^"^ *

ITW.

p(&tiques survenus dans Tlle ; le séjour de Cook deiait avoir des résultats analogues. La supériorité ,

des Européens semblait rejaillir sur les chefs ii^difénes qui les approchaient de plus près. Nul mieux i

qve Toutaa ne sut exploiter une amitié qui le rehaussait aux yeux de la population , et il acquit une ooavelle prépondérance à la suite de ses relations aviec le navigateur anglais, à Tépoquede son premier

fl) Cook, Prmàtr vofage^ tome 11, pages S20, 361 el 379. ca. de 1774. i

voyage au commenceinent de Tannée 4769. Tous les autres chefs de Tile étaient accourus pour chercher aussi une portion de Tinfluence nécessaire à leur ambition dans ces temps de troubles ; Amo lui* même était venu accompagné de sa fille, jeune femme de seize ans environ, et de son fils Té-maré, âgé alors à peu près de sept ans (i).

Té-maré, nommé Terridiri par Cook, qui le désigne comme l'héritier présomptif de la couronne, n*avait pas encore perdu toutes les prérogatives attachées à sa naissance, car on remarqua qu'il était porté à dos d'homme, et qu'à son approche tous les individus, même Béréa, se découvraient les épau- ' les, honneurs qui n'étaient rendus qu'à la dignité souveraine. En même temps cependant, la relaiion de Gook confère à Pomaré, désigné sous le titre d'Otou , la souveraineté de File. On peut présumer de cette apparente contradiction, que la reconnaissance de ce dernier par la nation n'était pas encore bien assurée, et que le prestige des droits de Té-maré n'avait pas entièrement été détruit. En même temps Béréa avait délaissé son conseiller Toupaïa pour coairacter une autre liaison avec un insulaire nommé Obadee. Peut-être la fuite de Toupaïa dans la guerre précédente lui avait-elle aliéné le cœur de sa souveraine, et le principal lahoua ou prêtre de file, soit désir de s'instruire, soit dépit, soit crainte de ses

(1) Cook , Premier voyage , tome 11 , page 320 à 439. Ëd. de 774. Paris.

de Toaua.

ennemis, quitta Taiti avec Cook et mourut dans le oours du voyage.

De nouvelles hostilités suivirent le départ des Anghis; Toutaa, plus puissant que jamais, rêva la i;;^ domination de TUe entière. Waïloua Tavait aidé & s élever au titre de récent, mais Waitoua lui dérobait b moitié de son pouvoir ; il persuada aux divers chefs de la grande péninsule de se joindre à lui contre son ancien allie, qui ne songeait plus qu'à jouir {Kiisiblement de son gouvernement. Béréa n'était peut-être pas étrangère à cette détermination; ^présence auprès du régent pouvait avoir amené la rupture de l'alliance entre ces chefs, et sans doute elle excitait la mésintelligence entre les deux plus grands adversaires politiques de son fils Té-maré , ihns Tespérance qu'elle lui serait favorable! Waitoua, prévenu des desseins qui se tramaient, plaida taioement la cause de la paix en rappelant les services qu'il avait rendus; l'esprit guerrier et dominaimr de Toutaa le portait à la guerre; il voulait le |ifiQtoir sans partage, et la guerre fut déclarée.

Dfpuis longtemps, la population uniquement 92|^2iJS||7*' Bux sur le littoral de ces Iles, était familiarisée avec remploi des pirogues et les combats sur mer. Une flotte fut équipée et partit pour envahir Talrabou; elle rencontra bientôt la flotte des pirogues ennemies, pn\s des rives de celte péninsule : la lutte commf^nça aussitôt. Dans ces combats limités par Tespace, les ronibattants si^ prenaient corps à corps ; les palUs^ pirogues de guerre, devenaient le théâtre d'une ao-

tiun toujours très-meurtrière et très*souvent suivie crun carnage complet; le résultat de rengagement entre les deux flottes resta cependant indécis ; les forces navales des deux rivaux se retirèrent avec des pertes à peu près égales. Toutaa , tout en conservant l'intention de reprendre les hostilités plus tard, renonça dès cet instant à les i^nouveler sur mer (1).

de'rîwwoo Hapaï désapprouvait ces projets de guerre qui

Mort deTouui. mettaient en jeu la puissance naissante de son fils ; il

Ma» 1I7S. j^ggjj^ enfermé dans son dislrict de Pari et ne voulut point y participer; mais Toutaa persistant dans sa résolution obligea TOtou^ son pupille, qui avait toujours montré un caractère peu guerrier, de le suivre dans la nouvelle invasion qu'il préparait par terre. Les deux forces ennemies se rencontrèrent cette fois près de l'isthme, vers le mois de mars de l'année 1773. Le vieux chef Waïtoua, un des plus célèbres orateurs de ces lies, sut si bien animer son parti qu'il battit complètement ses adversaires. Le combat dut être long et la victoire bien disputée, car Toutaa, Toubouraî Tamaïdi, chef mentionné par Cook et la plupart des chefs qu'il avait connus , y perdirent la vie (2). Ereti , l'ami de Bougain ville, fut grièvement blessé ainsi qu'un grand nombre d'autres ; la défaite fut complète. L'Otou s'enfuit dans les montagnes, où son père et sa famille se réfugièrent aussi en apprenant les résultats désastreux de ce combat.

(1) Wilflon, Freliminary ifiicotir^e , page 15.

(2) Cook, Deuxième voyage , tome I, page 318.

La roole restait libre devant Waitoua ; il porta ses profMiiiMi d«

Bail

nngfs sur toute la côte occidentale de l'île jusqu'à deWtfiMa. Iblataî(l), il s'acharna surtout sur Papara, district d Amo (2) , mais après avoir commis ces dévastations il fit faire des propositions de paix à Pomaré et a son père Hapaî (3). Waitoua, au déclin de la vie, a'aiait pas l'ambition de régner sur Ttle entière et peot-ètre n*y eât-il pas réussi. Son indépendance étant désormais assurée, il songeait à vivre en paix aq>rés de sa femme, jolie insulaire, âgée d'environ viogt-neuf ans à cette époque, et qui psM^aissaitètre, daprés Texpression de Gook , la Béréa de la petite péniiisule (4). La proposition de paix faite à Pomaré reiefa sa cause, singulièrement affaiblie par la mort ^Tootaa. U s'empressa d'accepter les offres du faïaqoeur, et il prit pour la première fois la directe complète du gouvernement dans le courant de Tannée 1773.

Waitoua survécut à peine à son triomphe; lors- MtHd«wmoM ^ Cook apparut de nouveau devant Tairabou , au Mil f août 1773, il était déjà mort, et son jeune tt aiaît pris le titre d'orit navao roa, et portai aussi le nom de Waitoua. C'était un jeune kmoe né vers Tannée 1755, car Forster estimait <on 4ge de 17 à 18 ans en 1773. H était bien

:i) WUfoo, Frdiwdnary dûcoiiritf • page 15. [7) Voerenhoat, Voyage aux Ue$ du grand Océan , tome 1 » r>r409. ;i) vrdmi, iVWfoitiiary diâcaun^^ IS.

<) Cook, Premiéreoifatftfilome II, page 413.

fait, sa taille mesurait cinq pieds cinq pouces anglais et promettait de grandir. Sa contenance était douce, mais sa figure était insignifiante. Elle trahissait plutôt la peur et la méfiance que tout autre sentiment. La couleuc de sa peau était plus claire que celle du peuple en générai; ses cheveux plats, étaient d*un brun clair et rouges à l'extrémité (1).

Abaissement La famille d'Amo était tombée dans le dernier de-

de la famille

d'Amo. gré de l'abaissement. Amo, chargé d'années, était devenu très-indolent, il vivait dans son district, près de son fils Té-maré, et avait contracté des liens intimes avec une des plus jolies, et des plus jeunes femmes du pays (2). Béréa habitait à Papara, mais ce n'était plus la puissante souveraine du temps de Wallîs, elle était pauvre et délaissée. Elle reconnut Vofficier de Cook, Pickersgill, qui visitait l'île pour la troisième fois , et le combla de caresses. Ses premiers mots furent arit mataou ina boua, le chef a peur, vous n'aurez pas de cochons ; puis elle ajouta: pour moi, je suis une pauvre tiii ( esclave), je ne puis rien offrir à mes amis (3).

Les naturels racontèrent à l'équipage de Cook la fin tragique de Toutaa. Cet événement occupait tous les esprits. La mère de ce chef ayant rencontré

(1) G. Forster, A Foyage round the fVorld tome I , p. 305. (2)Moerenhout, Voyage aux iles du grand Océan ^ tome II, page 409.

(3) G.Forster, A Foyagt round ihe World, tome II, page 117.

Cook, se mit à pleurer en s'écriant : Ttmlaha iayo, ■» ToêêU mole Touiaba, Touiaa , Tami de Gook, est mort* Aq milieu de ces regrets publics accordés à la mémoire de Tancien régent , le pouvoir de roiou paraissait s'affermir de plus en plus. Un jour Cook ayant reconnu un marai près de Pari, le désigea sous le nom de marai de Toutaa. On lui ëit sor-le-champ que c'était désormais le marai de rOiou y qui régnait seul depuis la mort de son oncle (1). Le chef Maratata et sa femme, qui accompagnaient Cook, découvrirent leurs épaules en pMsant devant ce monument, en témoignage de leur respect pour le souverain. L'Otou Pomaré,âgé alors iTeonroo trente ans, d'après Cook, et de vingtfnatr^ i vingt-cinq» d'après Forster, désigna par kors noms tous les individus de la précédente exfédilioo de Cook , quoiqu'il n'en connût aucun perftonnellement; car, par des motifs qui tenaient sans êMMe auK vues politiques de son oncle Toutaa , il èMl resté à l'écart pendant la première visite de CooLlI s'informa surtout de Toupaïa(2). Sa taille êla/i (les plus élevées , elle mesurait 6 pieds et 3 pooœs anglais; il était beau , bien fait et de bonne oûoe; ses longues moustaches, sa barbe et ses che* veui estrômeraenl touifus étaient parfaitement noirs. La même attitude de corps et uneaussi grande profuftîoo de cheveux se retrouvaient chez ses frères et ses

;t) G. Forater, A Fofoge rtmnd îhê ff'orld , tome I , page 324. ■^7, G. Forster , A Foyogc round the f^orld , tome; I , page

sœurs. Cette énorme chevelure paraissait être un privilège des femmes de cette famille , car les taîtiennes portaient ordinairement les cheveux courts (1). Famille Pomaré. La famille de Pomaré, outre son père Hapaî et sa uTi. mère Oberria-roa (2) » se composait, en 1774, des enfants suivants :

Tetoua neehourtà^ fille ainée, âgée d'environ trente ans , qui , s'il faut en croire Forster , avait épousé Té-maré, qu'il nomme Teartidirri^ mais d'après Wilson , elle avait épousé Mahine, le chef d'Eiméo.

Tetouatoouraly seconde fille, âgée d'environ vingtsept ans; elle n'était pas mariée et paraissait jouir d'une grande autorité parmi les femmes.

Oiou ou Pomare r% revêtu du pouvoir souverain.

Tetoua tehamaï , jeune fille morte depuis en bas

Tearii WatooUf connu depuis sous le nom de OnpcRaj âgé d'environ seize ans.

ToubcR a terrai, appelé aussi MayorOj enfant de dix à onze ans , qui depuis prit le nom de Weidoua.

Erreretom , petite fille de sept ans.

TepaoUf enfant de quatre à cinq ans , qui est toujours resté dans l'obscurité à cause de son manque d'intelligence.

Un corps sain et vigoureux, une large frisure des cheveux, étaient les signes caractéristiques de cette famille. Les traits de la figure étaient agréables,

(1) Bligh » Foyage à la mer du Sud , page 130.

(2) Wilson , Preliminary discourse , page 1$.

H1STORI0CE. 357

nais b leinlc de ia peau trés-foneée, excepté chez Xeehouraj etPomaré(i).

L*éUt de paix qui saccéda à la mort de Toutaa ^^^^^i^^g

cl de Waitoua , ces deax grands instigateurs des ATriTmi.

demiera troubles, ne fut pas de longue durée, ou

|ihilAt le séjour de Cook vint apporter de nouveaux

germes de perturbation. L'tle Taiti subissait deux

gouvernements distincts : celui de Pomaré , sur la

grude péninsule, et celui de Waitoua sur Taîra-

boa ; mais le pouvoir de ces jeunes souverains était

entravé par la conduite des chefs d'un ordre infé*

ricor. Les Oropaa, habitants du district d'Attahou-

roQ, si formidables sous Toutaa, reprirent avec

h cessation des hostilités une partie de leur an-

cieDoe importance. Les chefs voulurent assurer leur

ioflocnce sinon leur suprématie, en retenant les

iangaes du pouvoir souverain, déposés par Toutaa

^ le maraî d'Attahourou. Ils les gardaient, dit

^^d«m, pour l'honneur de leur district; et comme

pir le passé, ils donnaient asile aux transfuges ou

«a malfaiteurs des autres parties de rile. En peu

de temps, ils devinrent de nouveau la terreur des

populations environnantes. Le marai d'Attahourou

elait devenu , depuis qu'il avait reçu le dépôt des

îottgnes sacrés, le principal temple deTaîti. Tous

ks rJiefs étaient tenus de s'y rendre dans les grandes

(r) Foncer, J ^oyaftf round th€ Warld , Cône U , |m«« 96.

solennités, et il arrivait parfois qu'ils étaient insultés et dépouillés sur leur chemin. Quoique Poniaré fût loin d'être doué d'un caractère belliqueux > cependant, à l'instigation des auires chefs, il songea à réprimer les désordres de ce district, et dans celte circonstance Té-maré s'unit à lui pour envahir le territoire des coupables (1). Cette alliance pourrait servir de confirmation à Thypothèse du mariage de la sœur atnée de Pomaré avec le fils d'Amo, union qui aurait amené le rapprochement de deux chefs divisés par des questions d'intérêt politique. Gaerre d'Eiméo. Quoi qu'îl en soit, dès le mois de mai il! A, AUa- MiiT774. hourou paraissait être rentré dans un ordre plus convenable. Mais à cette époque , une autre guerre se préparait, des armements considérables dirigés contre rile Eiméo, avaient lieu sur Taiti. Le district d'Attahourou , la presqu'île de Tairabou avaient joint leurs forces à celles de Pomaré, pour opérer une descente sous les ordres des chefs Tootf/za et Poiatou. Une grande incertitude règne sur les faits qui donnèrent lieu à cette guerre. Son origine paraissait provenir de l'usurpation du pouvoir de Motouaroj chefd'Eimeo, qui avait été opérée par son ' oncle Mahiné. Wilson mentionne que Motouaro était non--seulement l'allié de Pomaré, mais encore son parent, ayant épousé sa sœur. Ce fait est en opposition avec les notions déjà consignées de Forster, et il n'est pas probable que le chef d'Eiméo ait

{\)(jo6k^D€iê0ciém€ voyage, tomel, page 339. Éd. de 1811. Parii,

épousé Teioua-Toourai , seconde sœur de Pomaré, qoi, dit encore Wîlson, ne se maria pas, el qui oéda à son Trére le droit de souveraineté qui loi rerenait par priorité d'âge (1). Entre les deux assertions différentes de Forster et de Wilson , il est k présamer que la plus fondée est celle de l'alliance avec Motooaro, plutôt que celle avec Té-maré.

Oooi (ju'il en soit, Motouaro se réfugia à Pari, ^p^Xi^Soiw prés de Pomaré, ou celui-ci se disposa à prendre iKinéo. n défense , et à le rétablir dans ses droits. Au mois ^' ^"^ de nai 4774 , une flotte de pirogues provenant des districts de TOoest et même de Tairabou, fut rasfenMêe à Pari , mais cette première expédition ne rénsit pas complètement, d'après Cook. Les mécontests d*Eiméo avaient fait si bonne résistance que la Belle était rentrée à Taîti sans avoir rien tenté de décisif (2). Wilson se tait à cet égard ; cependant une piirase de sa narration laisse supposer que le TtnUissenient de Motouaro avait eu lieu.

Toutefois, au mois d'août 1777, une seconde eip^M*Siiw expédition se préparait contre Eiméo. Cook assista **°^' a ooe assemblée de chefs, délibérant sur les mesures â prendre. Plusieurs d'entre eux voulaient qu'on laissât les ennemis prendre l'initiative de fatlaquo. Ce point fut débattu avec assez d'ordre. Chaque orateur parlait à son tour, mais bientôt rassemblée devint tumultueuse, et on vit le mo«

(1) WUion , Prêliminary diêconnê^ page 15.

{7) Cook , Tniêièmê voyage^ C. V, pag. 24S. Éd. de f SU . Par».

Août ITH.

menl où Ton en viendrait aux mains. Le parti qui voulait l'invasion remporta , et réclama l'assistance des Anglais, mais leur capitaine refusa son concours à cette entreprise, en se fondant sur ce que les habitants d'Eiméo ne lui avaient fait aucune insulte à lui-même. Cette réponse parut satisfaire rassemblée. S'il faut en croire Gook , le motif de cette seconde expédition provenait de ce qu'un frère de Waîtoua, envoyé quelques années auparavant, pour remplir les fonctions de chef suprême, sur Finvitation de Mahiné, chef populaire de cette tle, avait été mis à mort par celui-ci, qui s'était emparé du pouvoir au détriment de Tieratabonoul, successeur légitime (1). Cette version ne parait pas très-avérée. Elle implique seulement la mort de Motouaro , ou d'un autre chef, qui aurait eu lieu dans l'intervalle des années 1774 h 1777, événement qui amenait le retour de la gu erre.

Retour Lcs cérémouies religieuses ainsi que les sacrifices

d«U Hotte. . r , » . , , ,

» leptembre. humainsqui précédaient le commencement des hos-

""'• tilités ayant été accomplis, Toouha, chef de Tettaha ,

qui paraissaient diriger l'expédition; Potatou, chef

important d'Attahourou , dont le nom est souvent

mentionné par Cook, et un autre chef partirent le

17 septembre 1777 à la tête de la flotte destinée à

envahir Eiméo. Pomaré resta en arrière, laissant

ces chefs diriger les opérations de la guerre.

Quoique le 20 septembre un message de Toouha

(1) Cook , Troisième voyage , tome V, page 250. Éd. de 181 1.

HISTOftlQUS. 36i

ftet le presser de wnir à son secours en lui annonçitti que la flotte de Taiti avait enveloppé celle de Mahiné, mais qu'aucune des deux n'osait en venir aux mains , il resta paisiblement auprès des Anglais ses amis et ne s'occupa que de leur donner b représentation d'un combat naval simulé. Cependant, il exprima le désir de prendre passage à bord de h RéêolMiian pour se rendre à Eiméo; il manifesta aussi rintention d'envoyer un renfort de piroguesà la flotte de Taîti. Le départ était fixé au 24 septembre/ mais dés le 22 on reçut la nouvelle que Toouha avait conclu un traité avec Mahiné et qu'il avait ramené ses forces à Attahourou (1).

Les conditions de la paix ou plutôt de la trêve, car elle n'était stipulée que pour un temps limité, étaient désavantageuses à Taïti; on blâmait beaucoup la conduite de Pomaré en imputant au retard qu'il avait apporté dans l'envoi d'un renfort l'accommodement hooleax, auquel Toouhaavaitétéobligédesouscrire. Le bruit courut même, que ce chef avait juré de joindre ses forces à celles de Tairabou et d'attaquer Pommé à Matavai ou à Pari , aussitôt après le départ de Cook. A son tour Uapai rejetait le blâme de cette aalbeiireuse expédition sur Toouha , vieillard in-

^, quoique très-influent. Le traité était géuéradésapprouvéj et une grande eflervescence régnait dans b popubtion. Heureusement pour Po-

! , les menaces de Qook apaisèrent l'irritation

(l)Cook, TV^Mmt Fdyift, tome V, pig» ns. Éd. de ISU.

naissante des chefs et leurs mauvaises intentions. Il déclara qu'il soutiendrait Pomaré contre leur ligue; qu'il reviendrait à Taîti, et qu'il se vengerait sans pitié de ceux qui auraient pris part à un complot contre i'Otou. Cette déclaration eut l'efTet prévu et il ne fbt plus question de projets hostiles, futiflcation de la La ratification de la paix conclue par Toouha, **-*' donna Heu à une cérémonie retiffîeuse au maraî d'At-

93 BCptambre

"77. tahourou. Le 23 septembre, Toouha dormait encore dans sa pirogue, lorsque Pomaré arriva soudainement. Aussitôt le chef de la flotte s'empressa d'aller déposer aux pieds de l'arii-rahi une branche de bananier et un chien, offrande qui témoignait de, son respect et de sa soumission. Pomaré se rendit ensuite dans l'enceinte du maraî où il se revêtit dès son arrivée, du maro-oura^ insigne sacré du pouvoir I que le grand prêtre lui apporta. Aussitôt un homme prononça quelques paroles qui se terminèrent par lemot Aalva, et le peuple y répondit par cdui d'arH trois fois répété; ensuite les assistants s'assemblèrent dans une case voisine du marai où chacun s'assit avec beaucoup d'ordre ; divers chefs prononcèrent des discours. Potatou était le plus gracieux et le plus éloquent de ces orateurs; les autres n'articulaient que des phrases détachées et avaient, dit un officier deCook, quelque chose de gauche dans leurs mouvements. L'assemblée entendit encore un discours au nom de Pomaré I*% et un autre au nom du peuple d'Eiméo, qui en substance for* mutaient le désir de voir la guerre cesser et la bonne

im«

■uvraïQUE. 863

iiiliDigeiiGe régner dorénavani. Au milieu de ces dÎMDiirs,«n homme d'Attahourou se leva; il a^aii ■ne fronde altachée à la ceinture et une grosse pierre eor répeule^ après avoir prononcé quelques paroles

0 b bissa tomber et elle fut portée au maraï avec la brtndie de bananier déposée aux pieds de Pomaré ptr ToouIm. La cérémonie fut alors terminée.

Mahiné continua à régner sur Eiméo. L'arrivée i>««»"*«„,<^« de Gook dans cette lie, b V octobre 1777, inspira des craintes à ce chef, qui, avec l'aide de ses parti* «ans, venait de secouer la dépendance de Taiti ; c'était WÊk homme de quarante i cinquante ans, complètement chauve, ce qui n'arrive guère à cet Age dans ces lies. Le vol d'une chèvre donna prétexte au capitaine anghis de faire une descente à la tète d'un détachement es sohbts de marine. Les naturels s'enfuirent aussi* lAt dans les montagnes ; quelques-uns seulement se remirent pour résister aux Anglais, qui mirent le feu

1 sept oo huit cases et qui détruisirent deux ou trois lîrogues de guerre. Mahiné effrayé des menaces du fnyiaine Gook fit rapporter la chèvre et s'empressa é$ réebmer la paix, ir C'est une fatalité bien remar^ sfuabb, dit le narrateur de ce voyage, qu'après

• avoir résisté aux sollicitations de ses ennemis ,

• pour fiivoriser leur invasion dans celte Ib, je me s aob trouvé réduit à la nécessité de commettre a eooirece chef des hostilités, qui lui furent peut-être

• pins nuisibles que l'expédition des Taitiens (l)% »

(1) Gssk,iyo(fWSM rsyif#,Uiaas V,p^|«IS2.t4. ds iSlU

En effet, les dons des Anglais, l'appui qu'ils avaient donné à Pomaré dans plusieurs circonstances, surtout dans un moment où les chefs, mécontents du résultat de la dernière. expédition, manifestaient des projets de révolte, et par-dessus tout, leur descente sur Eiméo, durent singulièrement rehausser le pouvoir de Pomaré aux yeux de la population dans un pays où, selon l'expression de Cook, < on ne peut » concevoir qu'on soit l'ami d'une tribu sans épou* » ser ses haines ou adopter ses querelles. »

Le vol de la chèvre provenait probablement du prix attaché par ces peuplades aux objets provenant des Européens* A différentes reprises, les navigateurs avaient avec une pieuse sollicitude et sous l'impulsion d'une généreuse pensée, laissé dans ces lies divers animaux domestiques qui devaient accroître la richesse et le bien-être de leurs habitants ; malheureusement ce but ne fut jamais atteint; car ces animaux inconnus n'eurent aux yeux des indigènes, d'autre valeur que leur origine; ils furent considérés sans doute comme autant de moyens d'influence, et donnèrent lieu à des conflits entre les chefs qui voulaient obtenir leur possession ; c'est probablement à un pareil désir que succomba Mahiné en commettant un vol, dont il futcruellementchâtiépar Gook. Eondaeirafde ^^ même tcmps que les événements de la guerre d'Eiméo s'accomplissaient et que la puissance de Pomaré grandissait sous Tégide de^ l'amitié de Gook, Tairabou perdait son chef qui mourut fort jeune ; son frère, enfant de dix ans, lui succéda sous le

Ttfnboa.

HI8T011IQUB. M5

même nom de Wailoua , qui semblait se perpétuer diez tous les membres de cette famille. Un cbef nommé Etcrea fut chargé de remplir les fonctions de tntear» d'après Cook, qui remarqua en outre, auprès de Waitoua, un homme décrépit et tout à fait privé de ' Tusage de ses membres, désigné sous le litre divin d*Atoaa; il était de Bora-Bora et se nommait Eiary. L'influence religieuse soutenaitsans doute le pouvoir dujeunechef. Uarrivamème que le bruit ayant couru que Waîtoua devait se rendre à Matavai sur le navire laBéêobuian, un inspiré vint s'adresser au jeune chef et loi conseilla d'une voix sourde et inarticulée de ne pas se confier aux navires de Cook (i).

Vers b même époque, Béréa cessa d'exister* Cette mm^ ^ Béra. femme célèbre mourut dans une position bien éloignée de celle qu'elle occupait dix ans auparavant , et dans on âge peu avancé, car, d'après Wallis, elle devait être née vers l'année 4722, et d'après Cook, vm Tannée 4729. « C'était, dit Wallisen 4767, une pTnie femme qui paraissait âgée de quarante--cinq ans, d'un maintien agréable et d'un port majestoeoi. Les habitants lui témoignaient un grand respect; elle montrait de l'assurance dans toutes ses actions et paraissait sans défiance et sans crainte , mèoie dans les premiers moments de sa visite à bord du premier bâtiment qu'elle voyait. Elle se conduisit pendant tout le temps quelle resta sur le navire avec

(t)Gook, TVoM^flM roya^# » toiM V, ptgo 242. (Ul.de 1811.

cette liberté qui distingue toujours les personnes accoutumées au commandement. » Le lendemain , Wallis lui fit à son tour une visite, et toutes les fois qu'à son retour il trouvait de l'eau à traverser, Béréa le soulevait dans ses bras et lui faisait franchir le passage avec autant de facilité que s'il eût été un enfant. En i769, Gook estima l'âge de Béréa à environ quarante ans. « Sa taille, dit la narration de sonpre* mieï* voyage, était élevée et forte , sa peau blanche , ses yeux pleins de sensibilité et d'intelligence ; se9 traits annonçaient qu'elle avait été belle, mais il ne lui restait plus que les ruines de sa beauté. Tous nos gens ne pensèrent qu'à examiner une femme qui avait joué un rôle si distingué^ dans le récit des navigateurs qui découvrirent l'Ile. (1) » dJpJiaîé. Antérieurement au dernier passage de Cook , Pon mare épousa Idia (2), sœur de Motouaro. Wilson remarque & ce sujet que ces deux chefs devinrent doublement parents par ce mariage (3). D'après les termes employés par le même auteur, il est évident que le paragraphe de Cook relatif à la mort du chef d'Eiméo ne se rapporte pas à Motouaro, qui conserva longtemps encore une existence obscure. La présence de Cook et les menaces qu'il avait faites aux ennemis de Pomaré , avaient apaisé le mauvais vouloir qui s'était élevé parmi les chefs à l'occasion de la guerre

(1) Cook, Premier Foyag&t tome H , page 346. Ëd. de 1778. Paris.

(2) Hîdia , Hiddea , Idea det ëcrirains anglais. (3} Wilson, Preliminary dUcoune, page 22.

Naituoee

HiffOiitoi. 367

d*Eiméû. Lorsqu'il partit, au mois de aeplembre 1777 , pour ne plus revenir^ la tranquillité régnait dbAslepays; mais au bout d'un certain laps de temps, après que l'époque présumée de son retour ftit dépassée, la terreur qu'il inspirait s^affaiblit beaucoup; la haine des chefs se maniresta de nouveau et leur insubordination devint de plus en plus turbulente. Fooiaré perdit beaucoup de sa puissance avec la mort de ce navigateur, qui, comme on le sait, fut tué aux lies Haouai.

Le premier rejeton de son union avec Idia, fut étouffé pour satisfaire aux lois de la société des Àr^ ^ piHHa^ rmgê dont Pomaré taisait alors partie; mais le seeoiid fut conservé. La date de sa naissance remon-» tarait, d'après Wilson, vers l'année i779; selon EUis, â Tannée i774 (I), tandis^ue Bligh la 6xe à Tannée 1782 (3). Dès la naissance de ce ûls, devenu eéicbre depuis, sous le nom de Poroaré le réforma- Pomaré 1*' déposa la dignité souveraine pour t celle de régent; il quitta aussi le titred*Otou pour le nom de Tina 9 mentionné par Bligh. Cette MMBiission du pouvoir arriva avec le commencement de nouveaux troubles. Toouba ne voyant plus reparaître Cook, donna enfin cours i ses ressentiastMs ; il unit les forces de son district de Tetlaha à ceUes du district d'Attahourou et de Mahiné, chef é'EÀméo , et déclara la guerre aux districts de Pari et de b c6te orientale de Tlle qui tenaient pour P(H

(I) Cllb, PnlynfHm rmmnhet^ tome 11, page 5?5. 7^ Bligh, yoffogeàlmwmréu 5Ml , page 106.

GonbildePari.

368 BWQMSS

mare. Tairabou parait être resté neutre dans cette conflagralioD.

Pomaré I" raconta au capitaine Bligh, que soixanteitTs. ^i*oîs lunes après le départ de Cook , c'est-i-dire vers Tannée 1783, les habitants de rileEiméo s'étaient joints à ceux d' Attahourou et avaient fait une descente à Pari. Pomaré et les siens furent obligés de fuir dans les montagnes après une bataille meurtrière et d'abandonner leurs propriétés aux vainqueurs, qui les dévastèrent de fond en comble pour la seconde fois, depuis la guerre de Tairabou en 1768. Tous les grands édifices qui existaiient du temps de Cook étaient détruits; on ne voyait plus à leur place que de légers hangars, et des nombreuses pirogues de guerre qu'on avait vues rassemblées sur ce point, il n'en reliait plus que trois (1).

Cependant un succès remarquable suivit cette défaite; le chef Mahiné fut tué par Weidoua, jeune frère de Pomaré, guerrier déjà renommé par son intrépidité. Mais cette mort ne changea pas beaucoup la fortune de Pomaré. Motouaro, dit Wilson , n'avait pas assez d'influence personnelle , et ne pouvait plus d'ailleurs s'appuyer sur le pouvoir amoindri de son beau-frère, pour reprendre les rênes du gouvernement sur les habitants d'Eiméo; le jeune Toreomoudoa succéda à son père adoptif (2), et, selon toutes les apparences, continua la guerre qu'il avait commencée.

(1) G. Blisb , Foyafa dto flMT du 5«Mi , pages 97 et 98. (2)1fi]ton,/*rii(îmîiiary iU€9wr$ê^ pag« 22.

Mort de Mahiné.

nsTORiQQs. 389

Malgré fai taleiir de ara liràre Weidoua, Pomaré cproa^ encore de nombreuses défaites qui le for* eéreol plusieurs fois à se réfugier dans les mon* et qui détruisirent complètement ses forces Il n'arait pas été dépouillé entièrement de son autorité, mais en i788, il n'habitait plus le district de Pari ; il avait cherché un asile sur Tairabo«« A la nouvelle de Tarrivée, sur la rade de Matavû, du navire Ltubf Penrhyn , le 40 juillet de la t année, il quitta cette presqu'île pour accourir \ de ses amis. Il reconnut le lieutenant Watts , lit de la longue absence des Anglais et do comrt séjour que ce bâtiment devait faire à TailL II demanda avec instance qu'on Taidflt dHM aes conflits contre Eiméo et les districts révoltés de nie ; il parla beaucoup de Gook, et il montra le portrait de ce navigateur qu'il avait conservé asee le plus grand soin. Par une politique qui indifmit de quelle influence jouissait dans ces parages k aoaa du célèbre marin anglais, on cacha & la triste catastrophe qui avait amené sa

IL Hoerenhout attribue les revers de Pomaré aux (de Papara qui gouvernaient au nom de Témaré, âgé à cette époque d'environ vingt ans* Ces chefs it tous leurs efforts pour rendre à leur le titre d'ari-rahi. Cette supposition n'est par aucun récit des navigateurs ; il est qu'elle soit fondée, quoique nous ne puisradmetlre que comme douteuse ; en revanche^

390 BBQDIBSB

nous pensans ooimne M. Moerenhout qu^en iTtS , la considération de Pomaré a?ait perdu tout le prestige que les richesses et la protection des ^tran* gers lui avaient donné, La puissance de Pomaré était réduite tout au plus au niveau de oelle d'un simple chef de district.

Fin L'abaissement de Pomaré tirait à sa fin. Toouha

^dêpoalTé!!^^ son puissant ennemi était accablé par le poids des . ans. Le passage du lieutenant M^atts avait déjà amélioré sa position , m^is la présence du navire' le BBunty j commandé par le lieutenant Bligh , devait lui rendre son ancienne suprématie. Il était retourné àTairaboUy après le départ du lieutenant Watts, mais il se hâta de revenir, avec Idia, à Mata va! oà il savait qu'il n'avait rien à craindre pendant tout le temps du séjour des Européens sur cette rade.

Le chef TepaAoïi, qui succéda au vieux Toouha, avait épousé une sœur de Hapai, nommée Teûi Haw^ tia. Cette alliance le rendait plus favorable à Pomar^ que son prédécesseur. Cependant l'inimitié des chefs d' Attahourou subsistait toujours contre lui . On ne lui rendait aucun honneur dans ce district, et même il n'osa pas descendre à terre dans une visite que Bligh At sur cette portion de la côte. Il resta tout le temps de l'excursion dans la chaloupe de ce capitaine, sans vouloir poser les pîeds aur le rivage. Il témoigne raainlea fois la crainte d'être attaqué par ses enoe^ mis après le départ des Anglais, et déclara que s'ils se réqnissaient, ils seraient trop puissants pour qu'il pût leur résister. La maladie du chef Tqtahou lui

lit».

HI|f0lllQQV. VFi

ÛMpirtit mm de grandes inquiétudes , oar )e frèr^ dd Tepahou, qui devait lui succéder ^ défaut d'eolanu, était un ennemi acharné de Pomaré. Duis oette position critique , il demanda plusieurs biiàBlighf en janvier i789,de l'emmener avec sa baille lorsqu'il quitterait l'Ile.

La famille de Pomaré s'était accrue depuis le dé- .'^^^JJSJj^ pn de Cook. Il possédait, en i189 , quatre enfants ; Talaé était le nouvel Otou dont nous avons déjà psrié; Je second était une ûUe nommée Terrem OiMj le troisième, un garçoit nommé Terrila P0^ mnii et le quatrièmcj une fille en l)as Age» du nom de Tçkmnidom (1). Ces quau*e enfants résidaient à IVi, dans une case uniquement consacrée à leur service ; les filles mangeaient à parts et ne se réu* ainaieat à leurs firéres que dans leurs jeux, aiqst que le prescrivaient les usages de Taiti.

A la même époque, Weidoua, mentionné par For^ neriousle nom de Toubai (3), avait acquis une grande réputation de guerrier, mais il était adonné a%eo pMsion à la boisson enivrante de l'ava (3). Quoiqa*i celte époque, il dût être Agé de vingt-quatre A nogt-dnq ans seulement , les excès avalent imprimé de profondes rides sur son visage, et on voyait sur lui les traces d'une décrépitude prématurée. Le second frère de Pomaré, Oripaia, désigné par Forster MIS le nom ou plutôt sous le titre de Tearii-WulooU9

(I) Bliirh, Foyage à la mer du Sud , page 100. (?* f^otr plus haat t la [Mge 366.

v3)Kpcr]

avait atteint l'âge de trente ans, mais sa renommée était loin d'atteindre à la hauteur de celle de Weîdoua. Bligh ne le mentionne que secondairement et seulement à cause des peines qu'il se donna soit pour empêcher les vols des indigènes, soit pour ramener à bord du Bouniy des matelots déserteurs , qui préludaient ainsi à la révolte générale de l'équipage. Bligh, adoptant la ligne de conduite de ses prédécesseurs, prêta l'appui de son influence pour consolider le pouvoir de Pomaré ; il déclara qu'il reviendrait à Taîti, et qu'il vengerait toute injure faite, après son départ, aux habitants de Matavai et de Pari. La position de son protégé n'était évidemment à cette époque ni agréable, ni sûre. Outre les entreprises de ses adversaires déclarés , il existait entre lui et son frère Oripaia , un refroidissement qui provenait d'une querelle de leurs femmes. Mais la présence du Bounty pendant cinq mois , releva com« plétement le pouvoir de l'ancien arii-rahi. Pour consolider sa suprématie sur les autres chefs de l'Ile, Bligh lui fit don de quelques armes à feu, objets de la longue convoitise de Pomaré; non pas que le caractère de ce chef fût devenu belliqueux, car le courage n'était pas la plus éminente de ses qualités, mais sa femme Idia avait une énergieet une détermination qui suppléait à la sienne; il dit lui-même, lorsqu'on lui fit don de deux pistolets, qu'Idia combattrait avec ces armes (1); en effet, cette femme, d'une taille élevée

(1) Bligh, Foyage à la mer du Sud , page 181.

nSTORioi». 373

et (Tune force extraordinaire, était pleine de ooarage et de résolution; elle savait se servir d'un fusil avec beaucoup d*adresse; quoiqu'elle eût cessé de •cohabiter avec son mari depuis quelque temps, elle était toujours son principal guide et son meilleur conseiller. Leur séparation était une licence admise dans les mœurs des chefs. Idia avait flxé ses regards snrTatmraaUj un des serviteurs de Pomaré , et celuici , de son côté, avait formé une liaison analogue, sans pour cela cesser de vivre ensemble dans la meilleore intelligence.

L'appui de Blighportadesfruitsimmédiats. Peu de

temps après son départ, qui eut lieu le A avril 1789,

ue réaction éclata à Eiméo en faveur de la cause de

Pomaré , et replaça Motouaro au pouvoir après dix

ans d'exclusion. Tareamoudoa fut obligé de s'enfuir;

il le réfugia d'abord à Attahourou , auprès du chef

PDtalou , mais il ne put y rester longtemps. Il alla

casoite se placer à Papara sous Tégide de Témaré,

^i loi fournit des moyens de subsistance (i).

Cette protection accordée par ce chef à un adver-

gûrtâe b famille Pomaré, semble annoncer qu'il

partageait son inimitié, et qu'arrivé à un Age où

il pouvait diriger lui-même son district , il songeait

i latter contre les souverains reconnus de TUe.

Le second retour du Bamty avec un équipage en pleine révolte, ne parait pas avoir influé sur les

(1) Vltlm, Pr§UmimryiiêC9iirê$tP^9à27.

d« MOVIOMT* M

vu ttQOItM

événements de cette époque; mais le passage du oapilaine suédois Gox > qui eut lieu peu de temps après , apporta dans TUe un homme actif et entreprenant qui devait jouer un certain rôle dans les guerres subséquentes» Cet homme » nommé Brov?n, quitta son navire à la suite d'une querelle. Pomaré s'em** pressa de s'attacher ce marin et l'emmena aveo lui dans sa résidence de Taïrabou^ où il séjournait, soit dans un but politique, soit parce qu'il redoutait le voisinage des chefs de Tettaha, d'Àttahourou et de Papara. L'assistance de Brown, la supériorité de son intelligence, devaient ramener, à la longue , la domination du nouvel otou sur la presqu'île de Tairabou.

Retoar i Taiti Mais l'aide le plus puissant qui pût advenir à

de l'équipage r r n r

da BofMêf/. Pomaré, lui arriva avec la troisième et dernière ap^n ««ptembî» parition du Btmnîy , le 22 septembre i 789- L'équipage révolté venait déposer seize de ses membres qui préféraient le séjour de Taiti à celui de l'Ile Pitcairn ; ces maHns ftirent accueillis avec empressement; au dé* part du Bûuntyf on leur concéda des terres à Bf alava! et à Pari, districts qu'ils préféraient aux autres qu'ilsne connaissaient pas. Les indigènes, à l'instigation de Pomaré, eurent poUr eux toutes sortes de prévenances , et môme ^ chose rare chex les sauvages, ils ne les dépouillèrent pas (1). Pleins d'une haute idée de la puissance de ces Européens, tous les chefs influents

(1) WiboB, Voyage in the ihipDuff. Préliminary diêcaurséf page 28.

HIBTOIUQUE. 375

foulurent obtenir leur amitié; Pomaré^ jaloul de •eooDcilier ces auxiliaires^ les combla de soins plus que tout autre pour les attacher exclusiteroent a ses iatérèis.* Cependant le jeune Y^ailoua parvint à attirer auprès de lui , à Tairabou , deux de ces marins nommésChurchill et Thompson. Churchilldevinlson ami préféré ci son conseiller. Â la mort de ce cher, qui, comme son prédécesseur, perdit la vie dans un Ige peu avancé, on vit arriver un événement remarquable dans les annales des peuples sauvages.

Privé d'héritiers directs ,*Waîtoua, au moment ^^

de la mort, légua son pouvoir â son tayo Chiir- i^ur^iC^(é%

cfaill. L'avènement de cet étranger re sanction **'*^"-

de tous les autres chefs ^ soit que cet homme

qui remplissait les foutions de capitaine d'armes

sur te Bounty (i) , eût acquis un grand ascendant

sur la population, soit qu'elle voulût respecter la

volonté dernière du dernier des Waîtoua, et qu'elle

ftl persuadée qu'un Européen pouvait seul, dans ce

ttmeot critique, conserver b paix » et assurer Tin»

éffcndance de la péninsule. Dans tous les cas ce

cfaoix indique la valeur attachée & cette époque, par

1« iodigéoesi à la qualité d'Européen, et quelle su*

périorité ils reconnaissaient aux hommes de cette

or^ine (2). Malheureusement pour l'Arlinavao-roa

aagbiis Thompson» un des hommes les plus violents

(1) Mfh , Foftfiv d /tf mer d« 5ted, ptga 216. (?) Ob înmf dtn* Toim^ge de Witoon le réeit dHma tTaotora û liBfBlièrs qa*0tt doil la oomàéént eoouM Me flMëtiede oS risUsasMlMhsàlakmiorintaïqiM kl!

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