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de réquipage du BamUi^ conçut une profonde jalousie de n'avoir pas obtenu les mômes honneurs, et dans un accès de rage il tua son compagnon Churchill. Les indigènes, indignés de ce crime, lapidèrent le meurtrier sur-le-champ.
waïiona, Les propriétés et les pouvoirs de Waïtoua, furent
"^Ttfraboa. ^ conférés à un de ses neveux, enfant âgé de quatre ans, fils du chef de Waiourou. Il fut reconnu en qualilc d'héritier de son oncle ou plutôt de Churchill; comme ce dernier, il prit à son avènement le nom de Waitoua, cinquième du nom. C'était, en effet, le quatrième successeur du célèbre Waîloua qui avait consommé la ruine d'Âmo, et dont le nom se perpétuait parmi les chefs suprêmes de Taîrabou , en souvenir des hauts faits du fondateur de leur puissance. Si les projets de Pomaré tendaient i reconquérir
araient conçne de tout ce qui prorenait des naTÎgateun , dont ils faiMÎentdes espèces de demi-dieux. Cook , dit Wlson, ayant laissé dans une de ses rei&ches à Taîti, un grand singe , les naturels émerveilles lui décernèrent dans le district d*Attahouron le titre et les prérogatives de chef. Ils le désignaient sous le nom de Taata ourt haral^ le grand homme chien. On lui donna une femme et trente toonkioauê, serTiteurs , en un mot le train d*un arii d'im* portance. C'était, à coup sûr, le plus heureux singe qui eût jamais existé. Malheureusement , un jour quUl attrapait les mouches pour les croquer à belles dents » action que les Taîtiens ont en horreur, sa fenune ne put surmonter son dégoût et se mit à courir yen les montagnes. Le singe se mit à sa poursuite ; les toouiooui suivirent leur maître. On ne saurait dire ce qui serait advenu de cette course , si Temaré n*eût rencontré le singe' sur ses pas. lie fils d*Anio, jaloux de Pempire accordé à cette bâte, la tua d'un coup 4e caast-téte. --- Mrilson , Foyag^m the 9hip X^^T > P- 1^2.
b soprématie sur Tairabou, les événements le farorisaknt complètement. Cependant, quoique la mort frappAt à des intervalles bien rapprochés les princes sozerains de cette péninsule , on ne trouve aucune indication qui puisse faire présumer qu'elle ne fût pas uniquement due à des causes naturelles. Les ioientions de Pomaré pouvaient être grandement avancées par ces catastrophes successives^ mais il ne parait pas avoir jamais tenté de les provoquer. Il continuait, toutefois, tout en subvenant aux besoins des Anglais » à les éloigner autant que possible de Tairabou et des districts qu*il redoutait. Il consentit cependant, à en laisser quelques-uns se fixer à Papara, auprès de Té-maré avec qui il était, à cette époque, en de très-bons termes.
M. Moerenhont donne Tcxplicalion suivante de ce ^^f*!»» 'a rapprochement. Ariifatata, parent d'Amo et régent de Papara au nom de Té-maré, était un homme bible qui pouvait cependant disposer d'une force coaûdérable, et qui s'était allié à Waîtoua, TAriiaano-roa de Tairabou. Pour neutraliser cette ligue, Pamué envoya à Arii fataîa des présents considéraUes, parmi lesquels il avait glissé des objets de manufacture européenne, et lui lit dire par son vea, ou messager, qu'il le considérait comme un père, qu'il désirait être son allié et son ami; qu'incessamment il lui rendrait visite pour lui demander ses conseils et pour cimenter une liaison aussi du* rable qu'intime. Flatté de cette démarche, Arii fa- Uia lit répondre à Pomaré qu*il l'attendait, qu'il lui
céderait sa place au marai , qu'il lui préparerait ses aliments, etc., expressions qui, chez ce peuple, impliquent la soumission. Pomaré ne perdit pas de temps et se rendit peu de jours après à Papara , accompagné d'une suite nombreuse.
Le jour de son arrivée n'étant pas fixé, quand on vit subitement apparaître les nombreuses pirogues qui ramenaient avec sa suite , tout le district de Papara , craignant une surprise, courut aux armes. Le peuple effrayé s'enfuit dans les montagnes , ainsi que les femmes et les enfants. II ne resta plus au rivage que deux pauvres infirmes qui ne pouvaient remuer leurs membres. Cette fuite embarrassait les chefs de Papara qui avaient besoin de victimes humaines, pour solenniser la réception de Pomaré. Faute de mieux, on immola les deux malades, et comme une troisième victime était nécessaire , un vieillard, ami intime du chef, fut encore sacrifié malgré ses cris et ses supplications. Lorsque Pomaré atteignit le rivage , on fit passer sa pirogue sur les trois ca«> davres, puis, sans qu'il en descendit, elle fut portée par les chefs et les gens de la suite au temple voisin où l'attendaient Arii fataîa, le grand prêtre, frère de ce chef, et les desservants du marai.
Quand le cortège fut parvenu dans Tenceinte du lieu sacré, Arii fataia, assis sur l'autel, se leva et invita Pomaré à prendre sa place ; il se mita ses pieds pendant que le grand prêtre commença la cérémonie en offrant les victimes humaines aux dieux. Il arracha, à Tune d'elles, un œil qu'il présenta à
Poroaré , et le retira ensuite , selon Tiisage; après de fongues prières , il oiïrit au nouveau souverain , au nom d*Arli fataïa, la suzeraineté absolue des terres du district de Papara. Celui-ci fît acte de soumission et reconnut solennellement le don qu'il bisaitde la partie de File qu'il gouvernait au nom de TMnaré. Les descendants d'Amo et de Béréa qui avaient été les souverains de Tlle entière, perdirent, sans retour, par cet événement, un pouvoir qu'ils tenaient de leurs aïeux (1).
Quoique sans date précise , ces événements eurent Beo vers l'année 1790. Dans ce temps, un nouveau ■Kmvement insurrectionnel éclata à Ëiméo contre Motouaro, qui fut dépossédé une seconde fois. Powré, fidèle à la cause de son parent, réclama la coopération des marins du Bounty, pour agir en sa faveur. Ceux-ci refusèrent d'agir eux-mêmes, mais ils ■îreoten état de servir les armes à feu que Pomaré ^tde Bligh ; un naturel, nommé Ueie^llete, men- ^^'nk fréquemment par Gook sous le nom d'Œrfidi^i était familiarisé avec leur usage, et avec l'aide «i^^IQdques naturels qu'il exerça à leur maniement, dôdda promptement la victoire dans le premier
(1) La venioQ de M. Moerenhout n^est pas oonfirmée par celle 4t HHaoo ; elles se ooatredieeat même aor plaaieim pointa. Nona acHooa que, dana cecaa, oa doit platât a^en rapporter à Paateiir ^ a ^ëcadaiia lei tempa lea ploa rapprochée dea éTéncmcnta qa'il raooale; et ooita donncrona la préférence au récit do Wilaon, d'aabuU plue que lea obsenrationa de M. Moerenhont proviennent fiatM des oomptUtlona qa^l a faites qae de ses propres remarques.
Refaite et eombat «TEiméo.
lYsa.
Mort de Tépahoa.
Combat d'Atuhoaroo.
MoTembre iTM.
combat livré;. la crainte de ces armes meurtrières et le voisinage des Européens, ramenèrent la paix et le rétablissement du malencontreux Hotouaro.
La mort de Tépahou, chef de Tettaha, favorable à Pomaré, arriva sur ces entrefaites, et son frère Té-toouba lui succéda avec des dispositions différentes. Le premier acte de son pouvoir fut de 8*allier avec Potatou^ chef d'Attahourou ; et, à la tète de leurs forces combinées , ces deux chefs portèrent leurs déprédations dans les districts de Pan et de Papara (1), désormais liés à la cause de Pomaré. Le succès que Pomaré venait de remporter sur Eiméo lui donna la hardiesse de s'opposer à ces chefs et il songea à réprimer ouvertement les troubles dont ils étaient les instigateurs. Cette fois les Anglais du Bounty jugèrent indispensable à leur sûreté personnelle , de prendre parti dans les hostilités. Un schooner qu'ils avaient construit se joignit à une flotte de pirogues des districts du N. E. de File, qui conduisirent une troupe de guerriers dans le district d'Attahourou , tandis que Té-maré , fidèle allié de Pomaré, à la tète de ses forces, et accompagné des Anglais qui résidaient près de lui, attaquait d'un autre coté leurs adversaires communs.
Le résultat de celte invasion ne fut pas douteux un seul instant. La coopération des Anglais lui assura un triomphe éclatant. Potatou et Té-toouha se
(1) >vi!«on, a miisionnary Voyage; preliminary discounfj page 30.
dérobèrent à la mort par une prompte fuite dans les montagnes; le district fut saccagé de fond en comble, mais quelque temps après , les chefs ayant imploré la paix, elle leur fut accordée à la condition qu'ils se soumettraient entièrement à l'autorité de Pomaré ou plutôt à celle de son Qls. Ils restituèrent le Maro OurOj insigne sacré qui fut emporté solen-* Bellement à Pari auprès du jeune Otou , après avoir été conservé pendant vingt et un ans dans le marai d*Attabourou. Ces événements eurent lieu vers le mois de novembre 1790. Peu de temps après, Télixmba mourut, et un parent de Pomaré fut désigné pour lui succéder. Polatou ne dut la conservation de son autorité quà Tintercession des Anglais (1).
Celte dernière victoire venait de rendre à la faoûlle de Pomaré le pouvoir qu'elle avait perdu sur b grande péninsule; on choisit ce moment pour consacrer par une pompeuse investiture les droits de rOtou au titre d'arii-rahi. Cette cérémonie eut Beu au commencement de 1791. Pomaré, deuxième du nom, était âgé à cette époque de dix à quinze ans. Un pavillon suédois, laissé par le capitaine Cox, fut remis aux mains du vea, qui le promena dans tous les districts de Tlle. La crainte des Anglais résidant dans l'Ile garantit son libre passage. Nulle |
part il ne trouva d'opposition ; Taïrabou même le reçut sans opposition formelle. La frayeur qu'inspiraient les Anglais suilit pour paralyser le mauvais vouloir i
de P»iiiaré U.
1} vriUon, Pf^iminary diêcourge^ p. 30.
des chefs(l). Cependant, quoique Wilson n'en fasse pas mention , il parait que le mécontentement des chefs de Tairabou se traduisit par des offenses qui motiirèrent de nouveaux conflits, dont nous parle* rons après avoir raconté la cérémonie de l'investiture du Maro-Oura et des détails qui s'y rattachent.
Cérémonies Dès la uaissancc de l'Otou de grands témoignages rinaugoratioii. de rcspcct ne cessaient de l'entourer. Tous les indigènes étaient obligés de se découvrir les épaules en sa présence et même devant chacune des résidences qu'il possédait dans différents districts; des inter^ dictions de diverses natures, sous la sauvegarde du Tabou y garantissaient aux yeux de la population le pouvoir du jeune chef, qui, revêtu d'un caractère sacré, jouissait des honneurs et de la prépondérance attribués aux divinités. Il ne voyageait jamais que porté sur les épaules de ses serviteurs. Jamais il ne marchait ailleurs que sur ses propriétés. Ce moyen de transport, appelé amo ou vaha, était effectué par des hommes robustes dont les fonctions étaient réputées les plus honorables après celle des porteurs des dieux ; ils étaient consacrés uniquement à ce service et n'accomplissaient jamais aucune autre tâche; dans toutes les courses de l'Otou, jusque dans les parties les plus reculées de l'île, ils l'accompagnaient et se relayaient sur la route avec une grande rapidité (2).
(1) Wilflon , Preliminary diseourse , p. 31 .
(2) nhsj'Polyneiian researehet, tome II, pages 349 et 350.
Lfis apprêts de rinauguration de i'arii-rahi étaient Maro oara. de nature à imposer à la multitude. Ils étaient célébrés avec une grossière splendeur, et» comme toutes les cérémonies sacrées » ils étaient accompagnés par des actes de cruauté. L'investiture consislailà ceindre le jeune chef d'une ceinture déplumes rouges» insigne qui relevait à la position la plus élevée comme homme » et qui l'identifiait aussi avec les dieux (I). Il parait qu'à chaque nouvelle investiture on préparait une ceinture différente. La ceinture ou Oan était tressée avec les fibres de la plante appelée ava(2)9 dans lesquelles on entrelaçait un certain nombre de aura f plumes rouges» prises sur les idoles des dieux. Le maro cura devenait par ce seul fait sacré» les plumes rouges ayant la propriété de con-i server ou de transmettre les terribles attributs des dieux au chef qui devait les revêtir. Pour rendre les dieux propices on accomplissait des sacrifices à différentes périodes de la fabrication du oura. Au début de l'œuvre/olou raa on o£Drait victime sous le titre de tnaawraalij commenli du maro sacré; souvent aussi on sacrifiait des victimes & chaque nouvelle pièce ajoutée i fa ceinture jnowraa mara; & la fin du travail , une •
antre victime était inévitablement sacrifiée. Alors on considérait la ceinture commeayantété consacrée, par le sang de ces malheureuses victimes» à l'usage
( I ) EUii , Foipmkm rmarOm^ tome n, p^pt S54. (2)
routa.
auquel elle était destinée (1). Une autre victime était encore sacrifiée le jour de l'investiture au moment où le ct)ef se baignait, avant le commencement des cérémonies (2).
oifrandetà Indépendamment de ces apprêts^ les chefs de l'île envoyaient un don de plumes rouges, et ils étaient astreints à l'obligation de construire quatre pirogues dont ils faisaient hommage au nouveau souverain. La première s'appelait morimot, pour dormir; la seconde , màHhii , couverture; la troisième , tuhrcyihi , lit; et la quatrième, fare atoua^ la maison des dieux (3). Le jour de la solennité voyait affluer la population de Tlle entière et celle des îles voisines sur le lieu où elle devait s'accomplir. Les chefs et les prêtres, se rassemblaient à la demeure de TOtou et l'accompagnaient au Maraï-d'Oro, la déité tutélaire de la nation. Cette idole, dépouillée de ses enveloppes ordinaires, était ornée de tous les emblèmes de son pouvoir; elle était transportée procession nellement dans la grande cour du temple. Le papa rahi oronea, le grand lit d'Oro, banc de bois dé-
(OH. Hoerenhout, indique trois sacrifices : le premier, sous le nom de Taata no ie tnaou raiiti , Phomme pour unir les plumes; le second sous celui de Taata no te pioura^ Vhomine pouicoudre; le troisième Taata no te pourereiy Thomme pour les prières. 11 indique aussi une quatrième Tictime, celle qu'on plaçait sous le pilier d'une case nommée fare Manaha , où l'on déposait l'image du principal dieu pendant qu'on travaillait aulfaro-Oura. Foyage aux Ue$ du grand Ocean,tome II , page 23.
(2) Ellis , Polyneêian researehes , tome II , page 355.
(3) Moerenhout , tome II , page 23.
eoré de curieuses sculptures, était déposé aux pieds du dieu et servait de siège à TOtou, qui seul avait le privilège de s'y asseoir, tandis que les .autres chefs ei les arreoys s'accroupissaient sur des nattes plaeées sur le côté opposé (i). Aussitôt que Tordre et le silence étaient rétablis, les prêtres soufflaient dans les coquilles de triton qui leur servaient de trompe. Leurs sons rauques et discordants, répétés aux quatre coins du marai pendant qu'un autre prêtre en disait le tour en frappant sur un tambour, étaient DO signal qui prévenait le peuple exclu de l'enceinte que rotou était arrivé , et qu'on allait procéder à la ccrémonie. Alors la multitude réunie dans les alentours s'asseyait , les épaules découvertes , et gardait uo profond silence. Dés que les prêtres qui avaient donné le signal étaient rentrés dans l'intérieur du Impie, on plaçait le cadavre d'une victime humaine devant Fimage des dieux; les chefs et les prêtres fsdmodiaient une espèce de récitatif qui durait lrcft4ongtemps; quand il était terminé, le grand priire s*approchait du cadavre et lui arrachait les deux yeux. H déposait Tœil droit devant Tidole, et if offrait l'œil gauche à TOtou , qui ouvrait la bouche cumme pour l'avaler; mais le pfêtre avait le soin de le retirer sur-le-champ pour le joindre aux autres débris du corps. La raison donnée pour cette aflirease offrande était que la tête étant réputée sacréCt et l'œil étant la partie la plus précieuse de la
(I) nCi, Polynésien rmearcAei, coiuo II, page 3b5.
Proceition vers le
tête 9 on le présentait par analogie à celui qui était la tète et l'œil de la nation. Le chef suprême, en ouvrant la bouche pour simuler Faction de manger, indiquait par là qu'une sagesse et un discernement nouveaux lui étaient transmis par la divinité tutélaire qui présidait à cet acte.
Après cette offrande, Taïri moa, un prêtre appar- ^^*^' tenant à la famille des Taïri, soulevait l'image d'Oro , et s'acheminait vers le rivage. L'Otou le suivait immédiatement, et derrière lui quatre chefs portaient le banc ou lit d'Oro. La foule se joignait à cette procession, précédée par les miro taiiouoLy prêtres revêtus d'un ornement particulier appelé tapaaou, formé par des feuilles de cocotier entourant le bras droit. Dès que le dieu apparaissait hors du temple, la multitude assemblée se retirait de chaque côté à une distance respectueuse et laissait un grand espace vide. Les miro tahoua battaient du tambour et sonnaient dans leurs trompes marines pendant le trajet du temple au rivage, où se trouvaient les pirogues sacrées destinées à l'accomplissement de nouveaux rites.
L'image d'Oro était placée sur une de ces pirogues. Les prêtres et les joueurs d'instruments se groupaient autour d'elle, tandis que les chefs entouraient rotou étendu sur le grand lit d'Oro placé au bord de la mer. Au bout de quelques instants, il se levait de son siège et s'avançait dans la mer pour se baigner ; en même temps le grand prêtre descendait dans l'eau en tenant à la main une branche du
Bain de POtoa.
mero sacré, arbre qui croissait dans Tenceinte da temple, et, pendant que l'Otou se baignait, le prêtre le frappait sur le dos en récitant un oubau ou invocation au dieu Taaroa : cette cérémonie avait pour but de délivrer TOtou de tout mahourou bourouy de toute souillure dont il aurait pu être atteint, ou, d*après le sens littéral de l'invocation , de toute action coupable commise en s'appropriant injustement des terres , en bannissant sans raison certains individus ou en commettant des meurtres (1).
Apres celte ablution, l'Otou et le grand prêtre EieamoiiMur montaient ensemble dans la pirogue sacrée; et là, en Tace de la multitude couvrant les alentours, en la présence du terrible dieu Oro, les prêtres le cei- {naient du Maro Oura ; ils prononçaient en même temps un oubou commençant par ces mots : Faaa Ma le arii i Ud i motau tabou; Que la puissance de Tarii s*étende par delà les mers à TUe sacrée. Ce itdtatif décrivait aussi la nature des droits conférés f» cette ceinture, et se terminait par les mots : Maima iele a oe aie arii; C'est ton parent, ô arii : qui duisbphraséologieindigéne, indiquaient que le pou- ^r de Tarii dérivait des dieux (2); à la fin de l'invocation, rotou devenu arii-rahi était conduit sur le devani de la pirogue pour le montrer au peuple. âossiiôt la foule, rassemblée sur la plage, groupée
(1) EHii, PolfnêHan rtêearcke$j Umt II, page 356 et 357. (7) Elfis , Pdfnesian researehei , tome U , pege 357. M. Moe- , ajoiUe qn^on ponit ior la tête du chef le taon molft, in- 40 UaooTcraîiMlë.
sur le^ hauteurs ou entassée dans les pirogues, levait en l'air la main droite, et saluait spontanément Tarii-rahi d'une immense acclamation : Maeva ariif maeva arii; Salut à Tarii, Sur-le-champ, la pirogue sacrée se dirigeait au large et conduisait vers les récifs le dieu et le nouveau souverain, suivis des cris incessants maeva ariij s'étendant des pirogues qui suivaient le cortège royal aux spectateurs qui n'avaient pu quitter la plage. DemMieux Pendant cette excursion , ou pendant le bain qui la précédait, deux requins, espèces de demi-dieux, nommés toou et mao taoui (1), venaient d'après les ordres d'Oro rendre hommage et complimenter en quelque sorte , le nouveau souverain sur son avéne- ' ment. Cette démonstration des requins demi-dieux avait inévitablement lieu, lorsque le chef élevé à celte haute dignité y était appelé d'une manière légitime, et avec la sanction des pouvoirs surnaturels. Reioaraa marai. Au retour dc cctte courso sur mer, Tarii rahi se plaçait derechef sur le papa rahi o rouea^ la couche sacrée d'Oro. Il appuyait sa tète sur un oreiller de bois sculpté avec soin et nommé ouroua tafeou, l'oreiller sacré de Tafeou. La procession se reformait dans l'ordre qu'elle avait suivi en venant au rivage, et se dirigeait vers le tabou tabou atea , le grand marai national. Taïri moa portant l'image d'Oro ouvrait la marche , et l'arii-rahi couché sur le banc sacré le
(1) M. Moerenhoat les nomme atoua mao, dieux requins, f^oya^e aux Iles du grand Océan , tome II , page 358.
mi vait porté sur les épaules des principaux chefs, parents de la famille régnante. Les prêtres continuaient à battre du tambour et à souffler dans les conques de triton , tandis que le peuple ne cessait de pousser des cris de joie sans fin. Cette fois il était admis dans l'intérieur du maraî, où la couche du chef était déposée sur une plate-forme de pierres, au centre de ronron y barrière de bois sculpté, érigée en l'honneur des chefs morts, dont les ossements étaient placés • près de là. L'idole principale, celle d'Oro, et Tidole de son fils Hiro, étaient placées à côté du souverain. Ces divinités et le chef recevaient alors l'hommage da peuple. Cet hommage était de la nature la plus ttogulière. Le missionnaire Ellis, après en avoir fait mention, ajoute qu'un voile doit être jeté sur les désordres qui terminaient cette cérémonie; mais M. Moerenhout indique la nature de cette dernière portion de l'investiture. Elle était composée de danses et de représentations de la plus ignoble licence et de la plus grossière obscénité. Des individus des deux sexes, dans une nudité complète, s'efforçaient de loodierrarii-rahietdelecouvrirdeleursexeréments. CeUe scène incroyable se prolongeait jusqu'au moment où lesprélresdonnaient lesignaldela retraiteet annonçaient la fin de la cérépionie, au son des tambours et des conques marines. Le Maro-Oura, porté seulement ce jour, était déposé dans le marai , et les pirogues sacrées étaient retirées à terre. Le souverain reloumait alors dans sa demeure, accompagné de parents. L'arii et les chefs prenaient ensuite part
à de grands festins. Un grand nombre de cochons étaient tués dans ces occasions, et d'immenses quantités d'étoffe de mûrier étaient distribuées en cadeau. A la consécration de Pomaré II , les réjouissances, les heivas^ danses ou représentations scéniques durèrent plus de deux mois (1) ; la quantité de vivres de toute nature consommés dans ces fêtes fut prodigieuse, et plus d'un chef perdit la vie à la * suite des excès qu'il avait commis dans cette occasion.
HoroinagedDchef Pendant Ics cérémouies du temple, Motouaro, chef d'Éiméo , fut le premier à rendre hommage à Pomaré II. Il avait apporté avec lui trois victimes humaines dont les yeux furent offerts dans la forme décrite plus haut, par le prêtre Mani-mani (2), dont le nom apparaît pour la première fois dans le cours de cette histoire, où il est destiné à se répéter souvent.
jnTasion projetée L'avénemont de Pomaré II devait dépouiller son père de l'autorité qu'il avait conservée jusqu'à ce moment ; cependant , il parait qu'en raison du jeune âge de Tariî-rahi , il continua d'exercer le pouvoir de régent ; car aussitôt après la cérémonie de l'investiture, il dirigea les préparatifs d'une attaque contre Taïrabou , sous le prétexte que les chefs de cette presqu'île avaient fait un mauvais accueil au
(1) Wilson,utf mUsionary voyage j etc., page 321.
(2) Manne-manne de Wilson; Haamanimani de Moerenhont; Hanamii^ d^llis.
du TaYrabou.
delà frègato Pandora.
HISTORIQUE. 39i
panlion du vea lorsque cet envoyé avait été requérir nie entière à faire acte de soumission enfers le nouveau souverain. Té-maré joignit ses forces â celles de Pomaré dans cette entreprise ; les marins du Baunîy furent engagés à y participer; ils agréèrent à cette demande /et dès le 2i mars 1791, ils se mirent en route sur leur schooner pour rejoindre à Papara les forces de Pomaré qui s*y concentraient(l).
Malheureusement pour les projets de Pomaré, ^^j*^ deux jours après, la frégate Pandora^ commandée par le capitaine Edwards , arriva à Matavai avec la mission de saisir les mutins du Bmmty qui se croyaient désormais sûrs de leur impunité, ne pouvant penser que Bligh eût échappé à une mort presque certaine. L'enlèvement de ces précieux auxiliaires fut un coup terrible porté à la puissance de Pomaré ; l'âme de les oonseik et Tintrépide exécuteur de ses projets , le Suédois Brown, Tabandonna en même temps pour Moomer en Europe, et Hete-Hete, cet insulaire iiailtarisé avec l'usage des armes à feu , se réfugia sur nie Bora-Bora , sous l'impulsion d'une appréheosion fondée sur le changement qu'il pressentait dans h position de Pomaré, privé des secours des Européens.Ce chef lui-même éprouva degrandesinquié* todes; il abandonna le séjour deTairabou, où il résidait depuis longtemps , pour venir à Pari ; craignant les effets de l'inimitié de ses adversaires après le dé- Ci) Wtbon , A miiHonary toyage im tke $hip Duff. Prelimi diêc^mnê , ptgei 31 el 33.
Janvier iT92.
part des Anglais , il manifesta le désir de quitter Tile avec toute sa famille; mais le capitaine de la Pandora n'ayant pas accédé à ses désirs, il annonça son intention de chercher un refuge sur les îles voisines. Cependant , son frère Oripaïa et quelques autres chefs triomphèrent de son désespoir et lui rendirent un courage qu'il avait perdu- Quoiqu'il continuât d'être toujours en de très-bons termes avec Idia , ils étaient séparés de corps depuis longtemps et même il venait de contracter une nouvelle union avec une jeune sœur d'Idia nommée Wàiridi.
Mon Au commencement de l'année 1792, vers le mi-
oouaro. j.^^ ^^^ ^^.^ dc janvier, Motouaro, chef d'Eîméo
et beau-frère de Pomaré, succomba à une courte maladie. Celui-ci profita de cet événement pour quitter momentanément Taïti ; il fixa pendant quelque temps son séjour à Eiméo, qu'il gouverna en qualité de régent au nom de l'enfant (1) de Motouaro, seul héritier de ce chef. Le séjour des Anglais avait tellement consolidé l'autorité de Pomaré, qu'il n'avait reçu aucun échec immédiat après le départ de ses auxiliaires du Bounty; son influence avait même reçu quelque accroissement; un chef de Tlle Ouahine , nommé Motouaro, comme celui d'Eiméo, reconnut la suprématie du gouvernement de Taïti ; il vint résider à Matavaî où il demeura assez longtemps. I
(1) AVilson le désigne dans un endroit comme une fille et dans i
un autre comme un fils. I
Pomaré, revenu de sa frayeur, passa d'un extrême i Taulre, et songea à saisir la domination absolue de tout rArchipel. Déjà , il était maître d'Eiméo et de b majeure partie de Taiti. Le chef d'Ouahine avait fait actede soumission , et lepouvoir du célèbre Pouni sar les autres lies était ébranlé par de fréquents soaléfements. Pomarc rallia à ses projets tous les mécontents des lies voisines j au nombre desquels se trouvait le grand prêtre Mani«mani , ancien chef de Raîatea selon M. Moerenhout (i), successeur du cher Pouni au gouvernement de Raîatea et de Taha , diaprés Wilson, qui ajoute que ce chef était le frère dOberi-roa, mère de Pomaré, et que Cook l'avait ooonu à Raiatea sous le nom de Touiaha (2). Maninani désignait pour héritier de ses droits sur les Iles delà Société son neveu Pomaré II, quoiqu'il ne parût pas à Wilson que l'autorité de ce vieillard fût asez grande, non-seqiement pour assurer cette possession à son héritier, mais encore pour en jouir l«*iDime. Il était même probable qu'il avait été expalsé du pouvoir soit par ses sujets , soit par les Ûiiaats de Bora-Bora (3).
;i; iMTcnboat , Foyage aux ile$ du grand Océan , tome II ,
{t) ^ilno, Voyage , etc. PréUmimary diicaune » page 25. Il e« À ranarqner que quelques pages arant, Maninnaiû eaC de- S>^«par erreur sans dcmte , comme le frère d'Idia, femme do Vtoitré. f^otr page 18.
'S' Sani-mani demanda souvent k \Vilson,en 1707, d*atUquer *nt tm canone aeesojeta révoltes depuis plusieurs annccs, ti *«a Tesirsit d*uoe de ses conversations sur ce sujet Le capttaino
Quoique Hapaï fût encore à cette époque plein de vigueur et d'activité, Pomaré désigna son frère Weidoua, pour gouverner le district de Pari, posie important à cause du voisinage d'Attahorou, foyer incessant de rébellions. Cependant, il parait que pendant ce temps , le chef Polatou resta fidèle à son suzerain, et que Tile entière jouissait des bicnf^iits de la paix. Mais cette tranquillité ne fut pas de longue durée; le naufrage du navire anglais Mor thUda destiné à la pêche de la baleine, fut la cause première de nouvelles divisions intestines. Il semblait que chaque apparition des Européens dans nie devait amener des troubles à sa suite. L'équipage, après avoir échappé à la perte du navire, vint dans ses embarcations, sous la conduite du capitaine Weaiherhead , chercher un refuge à Taïti , où il avait séjourné déjà quelques jours, au moisde févrierl792. Les naufragés abordèrent à l'extrémité méridionale du district d'Attahourou , où, loin de leur faire bon accueil , les naturels les dépouillèrent entièrement. DéTwution da La couduitc des habitants d'Attahourou, dans d'ÀtiAhooroa. ccttc circonstance , fut la cause d'un conflit entre les 1Y03- chefs de ce district et Pomaré, qui prit parti pour
anglais lui ayant dit qu'étant chargé d'une mission de paix, il ne pourait combattre que pour sa propre dëfenae , sans jamais être agreHCttr , il loi conseillait d'attendre l*arriTëe d'un narire de goeire. —Mais jeserai mort d'id^là , s'écria Mani-mani. ^Eh bien, Totre héritier prendra Totre place et saura reconquérir tos droits. ^ — J'aimerais mieux voir cela arec mes propres yeux , s'écria le
Tîeox ebef presque areogle déjà , avec une TÎTaoîté qui dénotait sa mauTaise hameur.
HiSTORiQue. 306
les Anglais, soit poor venger ses amis, soit pour partager leurs dépouilles, supposition assez natu* relie pour ceux qui ont quelque expérience des dispositions des chers sauvages. Quoi qu'il en soit, h dévastation de quelques portions du district d*Atialiourou fut la conséquence du pillage exercé sur les marins de la Matlnlda. Lorsque Bligh reparut noe nouvelle fois à Taiti , le 7 avril 1792 , avec les navires la Prmndence et CAsmumcej noms qui rappelaient la miraculeuse délivrance de ce marin , il istenrint dans ces débats, et il rétablit la paix en aplanissant les obstacles qui s'y opposaient. Une ré« conciliation solennelle , cimentée par des sacrifices knmains, fut opérée entre les districts belligé* ranU (1).
La plupart des marins de la Maihilda s'éloignèrent
à b première occasion de File; cependant, trois
4*entre eux, Butchcr un Écossais, O'Connor un
Irbodais et un juif, suivirent l'exemple de deux dé-
icrteurs du navire DœdaluSj Andrew Cornélius
Lind, né à Stockholm, en 1567, et Peter Ilag-
gerœin , né dix ans plus tôt à Elfinsors , dans la Fin*
lande suédoise, qui s'étaient fixés à Taiti. Ces cinq
individus, nés sur des points éloignés du globe,
jetés sur cette plage par le hasard, devaient jouer
on certain rôle dans les événements qui vont
saivre.
f t) WOm t A mli$i0f¥Kry ^0^09$ in ihe #Mp Dm/f. PnUmi"
Whano.
août 1793.
Tenutweda La prcmièrc guerre qui suivit l'état de paix établi en quelque sorte sous la garantie de Bligh, eut lieu en 1793. Elle prit naissance dans la tentative d'un chef nommé Wlianoy pour s'emparer du district deWapaîano, qui appartenait à Weidoua. La tentative de Whano n'était pas un mouvement isolé; il avait pour lui presque tous les chefs de la partie nord-est de rile, et ce chef, pour prévenir la réunion des forces de Pomaré, qui ne pouvait manquer de prendre parti pour son frère, résolut d'agir par surprise ; mais ses projets ne furent pas tellement secrets que Pomaré n'en fût pas instruit. Il se prépara sur-lechamp à la guerre; Andrew Lind, Peter llaggersteinetlejuif, se joignirent à lui; ils se disposaient à ouvrir la campagne, lorsque Whano envoya un messager déclarer la guerre ; et un jour ou deux après, il envahit le territoire de Matavaï(l). Idia, qui se trouvait dans la partie orientale de ce district, faillit être surprise par l'invasion des ennemis. Ils la poursuivirent de très-prés jusqu'à la rivière Haahonou, où elle se précipita pour aller se mettre hardiment à la tète des forces de Pomaré, placées sur l'autre rive. Un guerrier ennemi se jeta aussitôt après elle dans la rivière, et allait la frapper d'un coup mortel lorsque Peler courut à lui, le repoussa d'abord, puis finit par le tuer au moment où d'autres ennemis accouraient à son aide.
(1) Wilson, A mi$9iimary F^oyage, etc. Récit des miffionnaires, page 180.
Combat de W4p«ïaoo.
Ce premier échec suffit pour faire opérer un pnmi^re déutte mouTement rétrograde a la troupe de Whano; un autre homme ayant été tué au moment où il épiait derrière un arbre les mouvements de Pomaré , la débandade fut générale. Tous les gens de in^hano, en proie a une panique complèle, prirent la fuiie dans la plus grande confusion ; deux autres hommes furent tués dans cette déroute » et Pomaré rentra vainqueur dans ses domaines de Matavai, Pari ei Tettaba.
Cinq ou six jours plus tard , Pomaré rassembla de nouveau ses guerriers et entra dans le district de Wapaino. Wbano et les siens ne tentèrent même pas de résister; ils s'enfuirent dans les montagnes; One femme fut la seule victime de cette attaque. Cependant trois jours après , ce chef ayant repris courage ou ayant été poursuivi dans ses derniers retranchements, il renouvela le combat , qui se ter- ■iaa encore à Tavantage de Pomaré, et cette fois il ftt plus meurtrier. Vingt-cinq guerriers y perdirent la ne; nombre considérable à une époque oùTintrododion de quelques armes à feu avait presque entiérement aboli les combats corps à corps. Cette victoire fut non-seulement fatale au parti de Whano, nais encore elle mit toute la parue orientale de Taiti ious b dépendance absolue de Pomaré.
Ce succès ne réduisit pas cependant tous les advcnairea de Pomaré à Timpuissance. On doit re- i«pi«aibre tm avqver que , dans les dernières hostilités, Té-maré ne prit pas le parti de son ancien allié, et bientôt
Gverre d'Âttahouros.
396 ESQI3ISSE
on le voit; sans que la cause en soit connue, se joindre à ses ennemis. Waîtoua, cinquième du nom , faible enfant , gouvernait Taïrabou ; Té-maré y la par* tic méridionale de Taïti, et le jeune Toouha le district d'Attahourou. Pomaré prédominait sur le reste de nie. >/Vaïloua et Té-maré s'allièrent dans le but de renverser le pouvoir de Pomaré. La levéede boucliers de Whano était-elle un prélude à des hostilités plus grandes ou le résultat, de la ligue des principaux chefs de Tile , c'est ce qu'il est difficile d'afBrmer ; mais il parait certain qu'un mois après le combat de Wapaîano j la guerre éclata de nouveau , et eut cette fois pour théâtre le district d'Attahourou. Le jeune Toouha, entièrement dévoué à Té-maré, désirait garder la neutralité dans ces débats ; mais Pomaré le força de joindre ses forces aux siennes et à combattre contre ses amis, ombtt Té-maré. au moment d'engager la lutte, encou-
ragea ses partisans et ceux de Waïtoua placés sous «ses ordres, en leur disant que leur nombre était supérieur à celui de leurs antagonistes, et qu'ils possédaient aussi bien qu'eux des armes à feu , des munitions et des Européens pour auxiliaires. En effet, O'Connor et Butcher, les deux marins de la Mathilda combattaient pour lui , tandis que les deux Suédois et le juif s'étaient mêlés aux rangs opposés. Pour la première fois les Taitiens virent des Européens, divisés d'opinion ou d'intérêt, embrasser des causes différentes et les débattre à main armée. Le premier jour où les deux troupes se trouvèrent en
présaioe, se passa sans engagement sérieux. Des deux cAtésIes indigènes étaient remplis de frayeur; ils redoutaient tellement l'action des mousquets, qv*tb ne cessaient de se grouper autour des Européens en qui ils plaçaient toute leur confiance pour le gain de la bataille, mais dont ils gênaient les mouTements.
Le second jour les hostilités commencèrent en- Mort d'Amo.
Viflloira
fin; mais, dès le début, les guerriers de Toouha dePonaré. pbcés en tète se débandèrent , et leur exemple entraîna ceux de Poroaré; heureusement pour celui-ci , PHer, Andrew et le juif, maintinrent leur position ; 3s arrêtèrent et repoussèrent les assaillants h coups 4le fusil. Ils tuèrent quatre hommes, parmi lesquels se trouvait Amo, père de Té-maré. Ce malheureux chef détail subir jusqu'au bout la fatale influence des Européens. Vingt-cinq ans auparavant, Tarrivée de Wallis avait amené la décadence de son pouvoir, et saiotenant les armes i feu lui enlevaient Texisleaee. ButcheretO'Connor, entraînés dans la déroute àe Imr parti , durent songer à la fuite pour sauver kmr vie , et dès lors le gain de la bataille appartint à Awiaré, qui s'était éloigné, éperdu, dès le commeneessent do mouvement rétrograde des gens de Toouha ; il fallut le chercher longtemps pour lu apprendre le succès de ses armes; on le trouva enfin étendu sur le sol , accablé de désespoir et de peur. ■ ne voulut pas croire k h bonne nouvelle qu*on anoonçait, et resta longtemps encore sans mouve- II, tellement, dit Wilson, il y avait peu de cou
rage chez ce chef victorieux à son iosu. Les partisans de Té-maré cherchèrent, comme d'habitude, un refuge dans les montagnes. Un de ces hommes poursuivi avec acharnement parvint à gagner un précipice, où il parvint à se défendre, à Taide de grosses pierres, contre une nombreuse troupe d'ennemis. La dextérité çt le courage de ce guerrier ont consacré la mémoire de cet épisode dans les traditions populaires.
AMujett^sMment . La conséqucnce immédiate de ce combat fut l'as* Té-ntré. sujcttissemeut complet de Té-maré; le grand maraî de Papara fut remis aux mains de Pomaré , qui fit en même temps élever dans chacun des districts de rile, des cases occupées constamment par des gens de sa suite; ces demeures étaient autant de signes apparents de sa domination ; elles témoignaient de la puissance de leur propriétaire, et chaque fois que les naturels passaient devant elles, ils se découvraient les épaules en témoignage de leur respect pour lesouverain. Cependant, Té-maré conserva encore un pouvoir assez étendu; on lui laissa la jouissance de ses possessions patrimoniales. A cette époque, il entra dans le sacerdoce ; il en remplit les plus hautes fonctions , et plus tard on le désigna sous le nom de Taatano teatoua, l'homme des dieux. Le jeune Toouha ne fut pas aussi heureux. La fuite inopinée de ses guerriers, le jour du combat , lui fut imputée comme iine trahison qui devait donner la victoire aux ennemis; il fut dépouillé de ses biens; on lui
enleva le gouvernement de son district, et il fut réduit à aller chercher un asile à Papara, près de Témare 9 où il vécut sous le poids de la condamnation des vainqueurs. Vaîtoua s'enfuit dans sa péninsule, OQ il espérait de pouvoir se maintenir; mais bientôt Pomaré .dépassa l'isthme à la tète d'une nombreuse troupe, il envahit les domaines de l'Arii-navao-roa sans coup férir, et le réduisit comme Toouha , à une condition inférieure. Il retourna ensuite à sa résidence, dans le district de Pari (1). Le plus jeune frère de l'Arii-rahi fut nommé chef de la petite péninsule, sous la tutelle de son oncle Oripaia.
Toale l'ile reconnaissait désormais la domination G«wre deiméo. de la famille Pomaré, après une lutte de|>lusde iTraTiT»!. vingt ans. Sans l'appui constant des étrangers, elle n eut jamais atteint cette haute position, car Pomaré
(1} Le récit de Wilecm préieBte une contradiction tfeez difficile
à rcnadre. Dan* ion diaconra préliminaire il mentionne qne lorsda
ftmÊ^e de VanoouTer a Taîti (dn27 décembre 1791 an 24 janTîer
KIT fespédition contre Taîrabon avait en lien et qne le jenne fils
dtfoBaiéaTait remplacé an pouToir Waltona, tandis qne dans le
covs de TouTrage , il indique diaprés le dire de Peter Haggerstein
qm avait pris part a tons ces conflits , les événements dont nons
i de parler, à la date de 1 793. Nons avons snivi cette der*
iadicatioD , parce qn*elle présente des détails pins nom-
et pins certains qne cenx dn diaoonrs préliminaire; Peter
affirmait qne Invasion de ^'hano avait lien cinq
OIS après son arrivée snr le Dœéalui en février 1793. Cependant,
i doit observer qne la première date coïnciderait mienx avec les
empruntés 4 M. Xoerenhont snr la remise dn district de
Ftepnnu Si oo Tadoptait » il faudrait faire remonter al'année 1 79 1
las liâtes qne nous avons données à Pinvasion dn district de Wa*
» , an oomlMt d^Attabonron et à la soumisnon de Taîr«boa«
Soamisiion d'Eiméo.
Prospérité de Pomaré.
n'avait pas les qualités d'un conquérant. Si son courage ne répondait pas à son ambition, du moins il savait conserver la mémoire des injures qu'il avait reçues , et lot ou tard il en tirait vengeance. C'est à ce motif, à défaut d'autres renseignements, qu'il faut attribuer sans doute la guerre qu'il déclara à Eiméo vers l'année 4794 , la date n'est pas bien précisée. « If voulait se venger, dit Wilson , des habitants qui avaient ravagé Matavai dans les guerres de 4783 et de 1773(1). »
La sœui; aînée de Pomaré, Wairidi-Aohou, veuve de Motouaro, qui gouvernait l'îlo au nom de son enfant, tenta de s'opposer à cette invasion ; mais après un combat où sept hommes d'Eiméo furent tués, elle fut obligée de se soumettre aux volontés du vainqueur. La tutelle de son enfant lui fut enlevée; on la confia à Idia et au grand prêtre Mani-mani, désignés pour gouverner l'Ile au nom de Pomaré. Wairidi-Aohou reçut en compensation la propriété d'une fraction de la partie orientale du district de Matavaîi nommé Ahounou. Elle épousa, quelque temps après , un chef nommé Maouroa^ homme de médiocre influence, mais très-intelligent et qui possédait aussi quelques terres dans le district de Pari. Plus tard, le rôle de ce chef grandit lorsque la fille de sa femme et de Motouaro épousa l'arii-rahi, Pomaré IL
Ainsi, dit Wilson, Pomaré» l'Otou de Cook, auquel
( 1 ) V? ilson , A misHonary Foyۏge, elc. , page 1 82 .
ks Anglais avaient prêté un si grand appui contre ses ennemis, et qui s'était, à différentes époques, trouvé dans des situations si précaires, qu'effrayé pour sa sAreté, il avait supplié à plusieurs reprises les Européens de Temmener, était enfin parvenu à élradre son pouvoir au delà de tout ce qu'il pouvait espérer, et cela, sans faire preuve de courage ou de talents supérieurs à ceux de ses ennemis. Son pouvoir était désormais si bien établi, que nul n'aurait leoonlester.
Nous ioucboDs à Tépoque de l'apparition des pre- nm utiork|«M MÎers missionnaires anglais dans l'Océanie; mais *"^ •«Kfl* "."^
^ ' de l'Archipel.
»%aot d'esquisser les principaux traits des événe^ Aimtsde celte époque, nous nous arrêterons pour tastemUer les renseignements épars et incomplets et rhisloire des autres lies de l'Archipel, que nous o'avoBS pu intercaler dans le courant de notre narniioD; nous les conduirons à la même date, celle de IiMéel797.
Les laits relatifs à Thistoire d'Eiméo se résument »• en entier dans ceux que nous avons déjà mentionnés. Celle lie, placée en raison de son voisinage sous la dépendance de Taiti, parait toujours avoir été assodée i sa fortune; les contre-coups des agitations polkiques de la Grande-Terre avaient presque tonjoiifs un retenliasement certain à Eiméo, oà les \ rivaux s appuyaient tour à tour sur l'influence
des factions prédominantes à Taïti y pour atteindre raccomplissemeut de leurs vues.
Les renseignements que nous possédons sur les autres îles de T Archipel , rarement visitées par les navigateurs, sont encore plus obscurs et moins précis. La seule tradition importante qui surnage dans le passé, est celle qui se rattache aux conquêtes de Pouni, chef de Bora-Bora. L'origine de ces guerres parait avoir été fortuite, et l'élévation de Pouni résulta d'une division qui éclata entre les autres lies du groupe.
Iles Raïaieaet Lcs llcs coutiguës de Raïatca et Taha, dit le mis- . sionnaire Ellis, vécurent longtemps dans une union parfaite; les indigènes les nommaient les deux sœurs , soit en raison du rapprochement de leurs rives , soit à cause de Tétroite amitié qui les unissait. Raîatea prédominait cependant ; elle était nonseulement nie la plus importante du groupe nordouest par sa situation centrale et son étendue, mais elle avait encore une grande célébrité dans les légendes religieuses. Son nom se rattachait à la créalion des hommes et aux désastres d'un déluge mentionné par ces traditions. Ses rives étaient célébrées dans les chants sacrés des indigènes, comme le berceau de leur mythologie, le siège des oracles et la patrie des hommes inspirés, dont les prédictions guidèrent le peuple pendant plusieurs générations. Elle était intimement liée aux événements politiques et religieux de l'Archipel entier. La race humaine y avait pris naissance, et c'était là aussi que retour-
el TaboiMl-iiiaiioa.
BISTORIQUE. 405
oaient le$ hommes après la mort(i). Raiatea,dit Cook, fut autrefois le siège du gouvernement de cet archipel. En effet, la famille régnante de Taiti descendait de celle qui régnait à Raiatea avant la dernière révolution (2).
Ooabine et ses annexes , Toubouaî-manou , sou- »«> ooahina miles à son gouvernement (3) étaient admises dans lalliance de Raiatea et de Taha , mais dans une moindre intimité. Bora-Rora seule restait à l'écart, aiec rtle Maouroua qui dépendait d'elle.
Les premiers habitants de cette lie furent des mal- Bon-Bon tuteurs bannis des autres terres de TArchipel (4). Leur nombre s'accrut avec le temps et ils acquirent bientôt une grande réputation de bravoure et devinrent b terreur de leurs voisins. D'Urville ajoute aux iodî(^tjons qui précèdent , les détails suivants. Deux chefe habitaient les deux côtés de la baie Fanom^ et nieenlière de Bora-Bora vivait tantôt en paix, tantôt «^guerre avec les peuplades voisines , quand le chef lN>«ai()arut ; il réunit d'abord dans une seule main t tooteraineté de Tilc (5), et , à en juger par Tâge de Xaî,le passager de Cook, on peut fixer vers Tannée
{Vj aïk, Poîynesian Tetearchet^ tome II, p. 13.
(?) Cook , Traiiième Fayage ^tom» V, page 300. Éd. de 18f 1.
Il; Wîimm^J miêsionary Foyag§^ etc. PrélinwMry di$eour$ty («, %\il«»Oy jimUsianaryFoyage, tic. Prtliminary discourie^ [i: irUrrate , Foycfê ffU^rtêque , tome I ,pe(re 640.
el Maouroiu.
1760, l'époque où commenoèt^ent les guerres qui rendirent Pouni célèbre.
Ligue de Taba A Une époquo qui n'est pas précisée, il arriva que Bora-Bora. Xaha ayant des sujets de mécpntentements contre "^' Raîatea , forma une ligue avec Bora-Bora contre les lies ses anciennes alliées. Pouni, soit qu'il eût provoqué cette démarche , soit qu'elle fut indépendante de sa volonté , s'empressa de saisir cette occasion d'agrandir son pouvoir et se prépara à attaquer Raîatea. Une femme inspirée encourageait la population de Bora-Bora à cette guerre , en présageant une victoire complète. Pour donner une preuve de la certitude de ses prédictions , elle demanda qu'on envoyât un homme à un endroit désigné par elle, où les dieux devaient manifester leur volonté , en conduisant dans sa main une pierre qui s'élèverait d'elle*mème du fond de la mer. En effet , un naturel s'étant rendu en pirogue au lieu indiqué, il allait plonger pour saisir la pierre promise, lorsqu'il la vit surnager sur l'eau et venir se poser dans sa main. Le peuple émerveillé par ce miracle ne douta plus du succès, et la pierre fut déposée dans un marai comme un gage de victoire.
Combat naval de La gucrro fut aussitôt déclarée ; les guerriers de Bora-Bora équipèrent une flotte qui ne tarda pas à rencontrer les forces réunies de Raîatea et d'Ouahine. Les pirogues étaient liées entre elles par des amarres, de telle sorte qu'elles ne pouvaient se retirer de la lutte. Le combat fut long et acharné, et malgré les prédictions de la femme inspirée , la flotte de Bora-
HISTOBIQUE. 407
Bon eût été aoàifitie si les habiunts de Taha» MoIres jusqu'alors, ne fusseat accourus à son aide as moment le plus critique. Ce secours changea la (Mtaoe de la journée ; les combattants de Raïatea et leurs alliés furent défaits avec un grand carnage.
Deux jours après , Pouni poursuivit le cours de ses d%na£n«. sueoès en envahissant Ouahine , qui ne pouvait opposer une grande défense en Tabsence de la plupart dates guerriers; Tennemi s'en empara presque sans réststaiice, mais il ne put empêcher un grand nombre d'habitants de courir à leurs pirogues et de se diriger vers Taitif ou ils racontèrent leurs désastres. Leurs compatriotes et les habitants de Raïatea résidant dans cette Ile , furent émus au récit de cette invason; ib armèrent dix pirogues de guerre et se mirent sur-le-champ en route pour reconquérir l'in* dépendance de leur tle et la possession de leurs terres. A la faveur d'une nuit obscure , ils débarquèrcoi uns obstacle, et fondant à l'improviste sur Wart ennemis» ils en firent un grand massacre; dès kfs Ouahine fut rendue au gouvernement de ses chefe.
ftaiatca fut moins heureuse ; elle subit le joug du AmtiêUiiMowBt fiinqueur, et bientôt Taha partagea son sort ; après ^ ^« t*^* h défaite des flottes combinées de Raïatea et d'Ouakine , les chefs de Taha firent à leurs alliés de Bora* b proposilion de partager le territoire conquis } telle n'était pas rinienlion do Pouni ; il refusa de les admettre au partage; les hostilités ne tardèreoi pas à éclater, et dans le cours de cette guerre
Taba fut subjuguée. Les deux iles sœurs portèrent la peine de leurs dissensions. Des chefs de Bora-Bora furent préposés à leur gouvernement, et les moindres guerriers de Pouni eurent en partage de grandes étendues de terre. Depuis cette conquête, ils eurent la réputation d'être invincibles dans l'esprit de leurs voisins; et telle était leur renommée qu'à Taîti même, on vantait beaucoup leur valeur. Ils passaient pour ne jamais lâcher pied dans le combat et pour battre toujours leurs adversaires à nombre égal (1). Leur origine et leurs exploits les faisaient comparer aux habitants du district d'Attahourou qui avaient aussi la même réputation.
PtsMgeje cook. Pouni régnait déjà sur les îles Raiatea, Taha, Maouroua^et Bora-Bora, lorsque Cook visita pour la première fois ces ilcs en 1769. La plupart des anciens chefs avaient été dépossédés et avaient cherché un asile à Taîti, où ils avaient été accueillis favorablement. Cependant Ourourou (Oorooroo), l'ancien chef de Raîatea , avait été confirmé dans sa dignité. 11 conserva son caractère sacré; mais son pouvoir fut limité au district d'Opoa (2). Il visita Cook, en 1773, accompagné d'une nombreuse suite de femmes (3), et
(1) Cook, Troisième Foyage, tome V, page 300 et suivantes. Éd. de 1811. Paris.
. (2) G. Forster, A Foyage round the Worid , tome I, pages 392 et 402.
(3) Ses cuisses, dit Cook , mesuraient trente et un pouces de dreonférence et sa ceinture ciuquaute-quatre pouces. Deuxième Voyage^ tome n, page 135.Éd. de 181 1. Paris.
1TC9 el 1773.
HISTORIQUE. 40il
il paraissait jouir ù cette époque d'une grande con* sidération; maisd(\jà, en 1777, c|Uoiqu'iI conservât toutes les marques extérieures de l'autorité suprême, il nliabitait plus ses domaines et s*éiait retiré à Ouahine. Parmi les chefs de Bora-Bora , qui s'étaient établis à Raiatea, on remarquait alors Oruwhera^ Hereaf dont la corpulence dépassait les proportions ordinaires (1); Tootavai^ désigné sous le titre de taaiacrero, orateur ou homme instruit, qui expliqua aux Anglais le système religieux de l'tle; et enfin Oreaou Orea^ chef du district doHamanenOf où se trouvaitlemouillage. Ce ilernior chef était un homme de moyenne taille , vigoureux et bien proportionné. Sa contenance indiquait une vivacité et une intelligence que sa conversation justifiait; sa femme » dqà avancée en âge , et son ills âgé d'environ onze ans en 4773, n'attirèrent que secondairement Tatleotion de Cook et de ses compagnons; mais n fille Pcyadovùj âgée d'environ quatorze ans A la ttème époque, devint le sujet d'une mention spéciale éasieur narration. Elle se faisait remarquer surtout parh couleur très-blanche de sa peau. Ses traits n'alaient pas le caractère général de ceux de sa nation ; ie nez surtout était très-bien fait , et ses yeux lui doooaient quelque ressemblance avec les Chinoises. Sa taille était petite ; son corps élégamment proportionné; ses mains étaient gracieuses au delà de toute
(ly ronler, J Fofogt nmnd Ihe H^orlA , tome I , pages 392 ot M4.
expression , seulement ses jambes el ses pieds étaieni Irop gros pour le reste du corps (i). En 4777, Cook retrouva Poyadoua mariée. Elle vivait sous Tégide de son père et de son frère, héritier présomptif du pouvoir. La beauté de cette jeune femme faisait exception au type général des habitants de Raiatea. Ils étaient petits et d'un teint plus noir que ceux des lies voisines; ils paraissaient aussi avoir des mœars plus licencieuses. Les femmes surtout, à l'opposé àe celles d'Ouahine, étaient très-libres; ce qui, dît Cook 9 est i)eut-être la suite de leur dépendance de Bora-Bora. On y voyait peu de chefs subalternes, de sorte que le bas peuple n'était point retenu par ces pouvoirsintermédiaires, qui assurent seuls le main* tien de l'ordre. Cependant la population, ditForster, montrait une conGance et une familiarité que n'avait pas celle d'Ouabine ; en même temps elle n'était pas importune comme celle de Taîti.
Boba, chef de L'Ile Taha ne fut visitée que par les embarcations des navires de Cook. Elle expiait dans nn asservissement complet les maux de la guerre qu'elle avait provoquée. Pouni y avait envoyé un délégué nommé Bobaf qui la gouvernait en son nom. Ce chef vint visiter Cook pendant qu'il se trouvait au mouillage devant Raïatea , en i774. C'était un grand et beau jeune homme, originaire de Bora-Bora et proche ^ parent de Pouni . Il était destiné à succéder au pouvoir
(1) Cook, Traisiime voyage , tome T , page 293. Éd. de fôl 1 . Paria.
Taba.
decccbefy doni Tunique fille, nommée Mai Wherm, lai était destinée en mariage. Cette jeune fille , renommée pour sa beauté , était âgée , en i774 , dVnTÎron douze ans. — A. la même époque, Boba, membre dé la Société des Arreoys, qui préconisaient b pratique de Tinfanticide, vivait maritalement avec Teina, jeune femme d'une grande beauté. Le dessinateur Hodges, attaché à la première expédition du capitaine Cook , retraça ses traits un jour qu'il la lit figurer dans un hciva^ représentation scénique donnée en Thonneur des Anglais (1). Le nom d'un autre chef de Taha est encore cité. C'est celui d'OtoA, Tiiilbrd qui accueillit de son mieux les officiers de Cook (2).
Cook put s'assurer de la vérité des assertions du ToafSla'^i'de gnod prèire Toupaia , son passager, qui prétendait avoir été dépossédé de son rang et de ses biens par ^Kini. En effet, lorsqu'il s'arrêta à Raîatea en 1769, li^ natarels confirmèrent le dire de Toupaia , en OMMrant plusieurs Fenouasy portions de terres, qui M avaient appartenu. Toupaia, ainsi que Mai , cei autre insulaire qui partit, en 4774 , avec Cook pour visiter l'Angleterre, étaient du nombre det indigènes qui s'étaient réfugiés sur les Iles dOuahine et de Taiti , préférant l'exil à la soumission. Tous deux 9 en s'embarquant sur les navires
{ 1 ; f^otr la planche. Cook , Deuxième voyage , toI. n, page 40S. tîd. d«l77S.Paru CI) fonUr^ Â Fayaçe round Ihe World^ tome I , page 4 14,
Mtl.
iii2 EiSQbissË
anglais, espéraient obtenir des armes à feu , qui leur auraient donné assez de pouvoir pour secouer la dépendance de Bora-Bora. Toupaîa aurait pu réussir s'il avait vécu, dit Forster, mais Mai n'avait pas Tintelligence assez développée pour acquérir les connaissances militaires des Européens, qui l'eussent conduit à son but. Toutefois, Tidée de secouer le joug des maîtres de son pays était tellement fixe chez ce jeune insulaire, que toutes les distractions de son séjour en Angleterre ne purent l'en détourner entièrement. Il dit fréquemment, que si le capitaine Cook ne Taidait pas dans l'exécution de l'entreprise qu'il rêvait , il empêcherait ses compatriotes de lui fournir des vivres et des rafraîchissements. Ce ne fut qu'au momenj; de quitter l'Angleterre qu'on parvint à lui faire adopter des résolutions un peu plus modérées (1). A son retour, Ma! avait envie de se fixer à Raîatea, où son père avait été dépossédé jadis de ses biens; mais il avait trop d'emportement et de fierté pour se soumettre à la domination des nouveaux maîtres de l'tle , avec lesquels il aurait pu cependant vivre en bonne intelligence. Il se flattait que son protecteur Cook le rétablirait dans ses droits par la force, ce qui n'entrait pas dans les vues de ce navigateur, malgré l'intérêt qu'il portait à son passager. Maï, comblé de dons et de richesses, ne savait pas non plus se ménager, d'ailleurs, les moyens d'avancer sa fortune. Ses projets étaient toujours
(I) Forster, A Foyage round Ihe fTorld, tomel , page 392.
niSTORIQUE. 413
grands et ridicules ; il gardait une profonde haine aux chefa deBora-Bora ; il ne respirait que vengeance cl il n'était animé que du désir d'envahir le territoire de ses ennemis. Cette idée était la seule qui sourit à son imagination (1). C'est à cette 'impulsion qu il obéit sans doute en Si^ fixant à Ouahiue plul«H qu'a Taîti. Nous avons déjà indiqué sommairement dans la partie géographique, à la page 157, les événements sans importance qui suivirent son établissement dans cette lie.
Le chefOreegouvernaitOuahine, en 1769. lorsque Noms des rh^fi Cook y conduisit ses vaisseaux; il jouissait d'une hante considération; le grand prêtre Toupaia découvrit ses épaules devant lui , en lui adressant un long discours (2). En 1773 et 1774 , ce chef régnait encore, mais seulement en-qualité de régent au nom de son neveu Terrileroa (3) (peut-être Te arii Taria^ qualification qui désignerait le titre plutôt que le nom de rindividu) ou Terne/m, selon la version de Cook, foi montre une prédilection particulière pour ce nom mnent appliqué, dans son récit, à diRérents personttges. Cet enfant, âgé à cette époque de dix à douze ans, paraissait le personnagele plus importantde l'Ile. Ce fut à lui que revinrent la majeure partie des cadeaux offerts par les Anglais au vieil Orée. Ce chef, âgé en 1773 de cinquante à soixante ans, était un
(f)Cook, TVoMi^Mdeoytffe, lomeV, p«get2S3et29I. Êd.de IULPark.
(?) CMk, Premier voyage f tomeH , page 116. Éd. de ISU. (9) Fontar, J Voyage round the H^orld , tome I , pge 175.
homme maigre, adonné à un usage immodéré de la liqueur de Tava. Ses yeux, d'un beau noir , avaient perdu leur éclat ; ses paupières rouges et enflammées, les écailles blanches qui couvraient sa peau témoignaient desa passion pour Tivresse. Il parut beaucoup plus indolent qu'au premier voyage , et ses facultés s'étaient obscurcies. En 1777, il vivait encore , mais il n'avait plus les rênes du pouvoir. 11 s'était retiré à Raîatea , en même temps que le chef Ouourou de cette ile, fixait sa résidence à Ouahine ; rien ne dénote si ces changements ont été volontaires ou la conséquence de quelque mouvement populaire.
Te arii taria était devenu le chef suprême d'Ouabine, et sous lui les deux fils d'Oree, nommés PQuni et Toouha (1), étaient les premiers dignitaires de l'Ile; les noms des autres chefs dont il soit encore fait mention sont ceux de Townua et de Morurua , le tayo de Forster père (2).
Forster porte sur les habitants d'Ouahine, le jugement de Cook sur ceux de Raîatea. Il les peint comme plus méchants que dans les autres lies, et il attribue le relâchement de leurs mœurs à la faiblesse du gouvernement du vieil Oreo. Ces insulaires étaient cependant d'une belle race, plusieurs mesuraient six piedç anglais de hauteur; les femmes, plus belles qu'à Taîti, n'étaient pas aussi adonnées au vol.
(1) Cook, Troisième voyage , tome V, page 283. Éd. de 181 1 .
(2) Forster» A Foyage rou%^ the Worli , tomea I et II , pagei 375 et 127.
Gook ne visita Bora-Bora qu*en 1177 , mais déjà iJ avait vu Pouni à Raïatea , dans son précédent voyage. Il dépeint comme un vieillard décrépit, siupide, 1res- indolent et pres<|ue aveugle, ce chef, terreur des iles voisines; on ne reconnaît pas dans ce portrait le formidable conquérant de Raïatea. lA>r$que Gook s'arrêta à Bora-Bora , il allait y chercher une ancre laissée par Bougainvitle au ikiouillage de HidiayCtqui avait été repêchée a Taiti, d'où elle était venue entre les mains de Potioi (I). Le navigateur anglais lit l'acquisition de c^etie autre, et il reraarquaque dans ce marché, Pouni refusa d*aocepter aucun objet d échange avant que Tancre eût été livrée; à sa marque, elle avait pesé 70U livres au sortir delà forge, mais elle était privx^ desoD organeau et de Tcxtrémité des pattes; c'est pour ce motif que le chef de Bora-Bora avait rrlusé d^avance les présents, dans la crainte que Gook ne se repentit d'avoir oifert une si grande valeur pour ta objet défectueux (2). La délicatesse du procédé de Pouni est digne de remarque, car elle semble mofredire les faits qui vont suivre.
Lrs narrations des voyages de Gook sont les seuls oà l'on puisse trouver quelques traces des événements sarvenus dans ces lies; depuis cette époque , les no» tioos de leur histoire deviennent ires-vagues et sur*
Portnit do Pouni.
Déchéance de
(t\ ^'iltoo,y| mijMonary voyage ^ etc. Pretiminary diêcnune ,
v?)CoMk, Troi$ièmê voyage y tome V, page :99. iij. it« I8I1. Farâ.
tout très -confuses. D'Urville, qui visita Bora-Bora en 1822 , sur la corvette la Coquille , a consigné dans son Voyage pittoresque , le résumé suivant des renseignements qu'il avait recueillis sur les lieux. Pouni, parvenu à Tapogée de sa puissance, à l'époque du passage des navigateurs anglais, avait amassé d'immenses richesses et fait bâtir lemaraî de FahrepiU; mais, dès lors, sa fortune alla en décroissant; son avarice lui fit des ennemis à Bora-Bora; la jalousie et la haine des maisons Mai et Tefàoura entrèrent pour beaucoup dans cette décadence; il finit par être dépouillé de son autorité et de ses biens ; il fut réduit à l'état de prolétaire (1). uoridePooni. D^s renseignements à peu près semblables, recueillis aux mêmes sources et dans les mêmes circonstances par M. Lesson, portent en substance que Pouni fut dépossédé de son pouvoir à la fin de sa carrière, d'ailleurs fort longue, par une révolte des chefs de Tile, qui le déposèrent et le chassèrent, tant son avarice les avait révoltés (2). Quoi qu'il en soit^ ce chef mourut dans, le laps de temps qui s'écoula entre le dernier voyage de Gook et l'apparition des navigateurs qui précédèrent l'arrivée du navire de Wilson, c'est-à-dire entre les années 1777 et 1791. Les territoires qu'il avait conquis furent alors divisés entre les difTérents chefs préposés à leur, gouvernement.
(1) DUrrille , Foyage pittoresque^ etc., tome I , page 540.
(2) P. Lesson , Foyage autour du monde sur la corvette la Coquille , tome I , page 450,
D'après Wilson, les îles Raîatea et Taha échu- ^"^gJ^S?"^* rent en partage au frère d'Oberi-roa, le grand prêtre Mani-Mani; nous avons déjà dit que ce chef a^ait désigné pour son héritier Pomaré II, mais que son autorité ne paraissait pas assez bien établie pour que cette transmission pût s'opérer sans opposition, il ne parait même pas que les droits de Mani-Mani fussent incontestables, car il en avait été dépossédé, soit par ses sujets, soit par les habitants de Bora-Bora. Cette dernière Ile fut gouvernée, à ia mort de Pouni, par sa fille Mai Wherua, conjointement, sans doirte, avec le chef Boba de Cook , gouverneur de Taha , qui était depuis longtemps désigné comme le gendre et le successeur futur do Pouni.
Lorsqu'en 1791, le capitaine Edwards, comman- Boba, cher de dant la frégate la Pandora^ toucha à Bora-Bora à la recherche des mutins du Bounty, il y trouva pour chef principal, un naturel nommé Taïahou; l'identité de ce chef avec Boba n'est pas improbable, malgré la différence des noms, car, outre les modifications qu'ils éprouvent en passant par la bouche des Européens , il était rare que les indigènes conservassent longtemps la même qualification (1), ils chan«> geaient fréquemment de nom , de telle sorte qu'il est souvent fort difficile de reconnaître les mêmes individus à diverses époques, dans les écrits de
(i) WUion, A miêiianary toffoge^ etc. Preliminary diêcaurse , pa|^4oel4f.
dîffiârents auteurs. D'Urville et M. Lesson désignent sous un autre nom le successeur de Pouni ; le premier le nomme Tapoa, et M. Lesson TafMw; et il est représenté comme le neveu , et non plus comme le gendre de l'ancien chef de Bora-Bora.
Combat Ces indications peuvent à la rigueur s'appliquer
au chef nommé Boba par Forster ; mais dans ce cas, le fait de la succession n'est pas bien établi ; car Tapoa, dit d'Urville, réussit à ressaisir quelques propriétés de son oncle ; il porta ses armes victo* rieuses sur Ouahine, Taba et Raîatea; il fixa sa résidence sur cette dernière tle, où il médita de reconquérir Bora-Bora , et à venger la mémoire de son oncle. Il eut assez de puissance pour rassembler une armée composée d'insulaires de Raiatea, d'Ouahine et même de Taiti, qui allait à près de quatre mille hommes. Bora-Bora n'avait que neu( cents guerriers h opposer à cette invasion ; mais ils ne désespérèrent pas de la victoire; Us renfermèrent leurs femmes et leurs enfants dans un pari , et fortifièrent les points les plus faibles et les plus accessibles de rtle. Tapoa , après avoir pris terre à la baie à'Anao sur le revers orientai de Bora-Bora, marcha à l'assaut des fortifications qui furent bravement dé* fendues. Les assaillants échouèrent et perdirent ul Anglais leur auxiliaire; furieux de cet échec, ils ravagèrent la baie de Fanouiy mais pendant ce temps les guerriers de Bora-Bora sortirent de derrière leurs retranchements et engagèrent un combat dans les plaines de Tahou rai, où Tapoa et son parti eurent
UISTORIQUE. 449
le dessous. Ils se retirèreat sur-le-champ sur les pirogues qui les avaient aiaenés, et retournèrent iRaiatea(l).
Ces notions imparfaites établissent Tétat politique eui pouuqae Je TArchipel entier, veri Tannée i797, de la ma- rArchipei. DÎére suivante ; Taïli , y compris Taïrabou, Eiméo, "•'• Haitia et Tétouaroa, reconnaissaient la domination lie Poroaré. Ouahine et Toubouaï-Manou avaient reconnu sa suprématie {*i). Mani-Mani avait désigné Po- ■larê II pour son successeur , lorsqu'il vint cbcrcher Qo abri prés de lui en fuyant ses sujets révoltés de Kantea et de Talia. Bora-Boni, MaourouaetMotou-iti, restaient seules tout à fait en dehors de l'influence de Pomaré. D*aprés M. Moerenliout cependant, sous le rapport politique, Taîti était souveraine; par wo étendue, sa richesse, et le nombre de ses babilanls, elle remportait tellement sur les autres Iles ^
qu'elle était toujours le foyer des grandes querelles; «m tout temps ces dernières s'en reconnaissaient nMiles, et faisaient profession desouroission à cette aétropole de 1 Océanie (3).
Telle était à peu près la situation politique de TArchipel , lorsque les missionnaires anglais appantreol dans ces mers.
(I) OTrrUJe , F'oyofe fitiaresque , etc., tome I , pige 540. (?) Wilflon^itf miêêionary voyage^ etc. Preiiminary diâcounê^
%) Moamhami , Voyagé amx Ue$ d% grand Océan , tome 11 ,
Apparition
des
missionnaires
anitlais dans l'Océanie.
Il n'entre pas dans nos intentions, nous l'avons déjà dit et nous le répéterons ici , de discuter l'œuvre des missions sous le point de vue religieux ; nous nous en occuperons uniquement dans ses rapports avec la politique et les progrès de la civilisation à Taîti. C'est ppurquoi nous sommes conduits à faire la remarque que l'apparition des missionnaires anglais dans rOcéanie , a été postérieure ù l'occupation des côtes de l'Australie par la Grande-Bretagne. Lorsque cette puissance, privée de ses colonies de l'Amérique du Nord, songea à ouvrir un autre débouché au trop plein de sa population et à créer de nouvelles ressources à son industrie , elle jeta les yeux sur les terres de la Nouvelle-Hollande, dont Gook et Banks avaient donné une. idée favorable; sur leurs données, la colonisation fut décidée sur un plan nouveau, celui du travail des, convicts, criminels condamnés aux travaux forcés et à la déportation. Gette entreprise, exécutée avec la hardiesse qui enchaîne le succès et dont les Anglais semblent avoir le glorieux privilège, fut menée à bonne fin par le gouverneur Philip. Ghargé du commandement de neuf transports et de trois navires de guerre, il prit terre le 20 janvier 1788, sur les plages désertes, où l'on voit aujourd'hui de grandes cités, des villes, des villages, des établissements de toute nature, un commerce important et d'immenses terrains en pleine culture.
Sept ans plus tard, en 1795, à l'instigation du docteur Haweis, chapelain de la comtesse Huntingdon ,
b Sociélé des Missions do Londres, dont il était un des foodateurs, prit la résolution d'envoyer des missionnaires dans les Iles nombreuses de Tocéan PMfique. I^ docteur Haweis représenta cette entreprise comme n'offrant que peu de difficultés , et comme promettant un succès complet à la cause du christianisme (1). A sa voix, dix mille livres sterling (:t50,0O0 fr.) furent recueillies par voie de souscription dans le public, qui prit un grand intérêt à reiécoiion de ce projet. L'attention générale en Angleterre était fixée vers ces lointaines régions ; les vues dagoavemement, celles des particuliers se portaient a cette époque vers de nouvelles terres à acquérir, de •ottveaux cbamps à exploiter, pour suppléer à la perte des colonies américaines. L'empressement de b nation à répondre à Tappel de la Société des MÎMoosn'a donc rien qui puisse étonner, lorsqu'in- «lirpendamment de son esprit religieux, on considère leheioin qu'elle éprouvait d'étendre son territoire, r^rdenr et la persistance de ses penchants à l'envahisscmcol. Le gouvernement anglais cependant ne préla aucun appui ostensible à la Société des Missions; il facilita seulement le départ des missionnaires» apôtres-explorateurs, qui, tout en servant la cause de la civilisation au prix de dangers réels, de grandes privations, souvent aussi aux dépens de leur existence, devaient porter, partout où ils prendraient pied, le nom de leur pays, son in-
.1} J. INnilianifl, A narrative of miêtionary tnUrfritu in ih$
fluence,ses mœurs, el par là, faciliter fes voies d'ane occupalion future, si le gouvernement jugeait convenable de l'accomplir un jour. Les événements dont la Nouvelle-Zélande a été le théâtre dans ces dernières années, ont donné la mesure du parti qu'un gouvernement peut tirer de l'œuvre des missions. C'est à la voix des missionnaires que les chefs Maouri ont consenti à faire abnégation de leur indépendance^ et si les. prédicateurs de l'Évangile n'avaient pas précédé l'invasion, jamais la croix sanglante delà bannière anglaise ne se fût implantée sur ces rives sans résistance, et on n'aurait pu dépouiller les indigènes de leurs propriétés, en leur interdisant la vente des terres ailleurs qu'à Sidney, sans une lutte longue et acharnée.
Les procédés du gouvernement anglais n'ôtent rien, selon nous, au mérite du dévouement des missionnaires. Souvent, nous avons lieu de le penser, c'est à leur insu qu'ils ont travaillé à l'envahissement des pays sur lesquels ils se sont implantés, et quand môme une arrière-pensée de placer un jour une peuplade sous l'égide de la mère patrie, eût accompagné leurs efforts, elle était inspirée par un sentiment*de patriotisme qu'on ne saurait blâmer. Aux yeux des missionnaires, les nations sauvages se trouvent placées dans un état d'infériorité et de dégradation complète , dans une condition de misère et de souffrance, comparativement aux sociétés civilisées; après les avoir arrachées à leurs anciennes croyances , ils les guidaient dans la voie parcourue
iiiSTORiQDe. 423
par les nations européennes , et devaient eonsidérer eonme le but final de leurs efforts de les amener 30 niveau des peuples du vieux continent , de les n(^)rocher, autant que possible, de la mère patrie. Les missionnaires de toutes les nations ont presque toujours agi ainsi ; ii Jours travaux religieux ils ont lottjoars associé le nom de leur pays; les mission- ■aires français n'ont pas dévié de cette ligne de con- Unte, et nous ne pensons pas qu'on ait songé à les désapprouver toutes les fois qu'ils se sont renfermés dâUeurSi dans les limites d'une scrupuleuse équité. \, bâlons-nous de le dire, souvent les missionde tous les cultes et de toutes les nations se ftooi opfx^sés de tout leur pouvoir aux mesures qui, €a favorisant leurs compatriotes, pouvaient tourner as délriment des peuples dont ils s'étaient constitués les psslMrs. Oo doit louer leur sollicitude tout en ikflorani que dans certaines circonstaoees, ellese d'une manière fâcheuse et inopportune, du cercle uniquement religieux de leurs
Les fondateurs de la Société des Missions de ^ sotoi Lottdres montèrent leur entreprise sur une grande »*»»«on«*'«« •tMIe; ils achetèrent le navire le Duff^ dont le commandement fut confié au capitaine Wilson , et firent oo appel aux candidats qui voudraient se dévouer à la prédication de TÉvangile. « Le but * élail simple et noble, dit ^^ilson (1) ; il consistait
(1; IKilna, ^ mi$$i<mary voyage tw thê $hip Duf^ etc., p. S.
» à délivrer une i3orlion de rhumanité de la misère » quiropprime, euleluiconféreruneplusabondaote » mesure des félicités compatibles avec notre na- > tu re !» On avait pensé que ce but ne pouvait être atteint queparrefficacitédelaparoleévangélique,porlée par les missionnaires dans tous les points où ils pourraient la prêcher, selon Iqur capacité ou leurs moyens.
Toutes les classes de la société furent admises à présenter des candidats pour les missions de TOcéanie. Mais on choisit autant que possible, à part quelques ministres du saint Évangile, des ouvriers , des hommes adonnés à divers travaux manuels, qui pouvaient être doublement utiles à l'instruction des sauvages. En même temps on n'accepta que des personnes offrant la garantie d'une piété reconnue et d'une conduite irréprochable ; un comité fut chargé d'examiner les postulants sur leurs vues, \mv capacité, et leurs connaissances de la religion. Beaucoup d'entre eux furent rejetés ; on ne reçut que ceux qui, après plusieurs épreuves et des renseignements précis , avaient montré une aptitude réelle à entreprendre cette tâche (i). Le dévouement de ces hommes, et peut-être leur confiance dans le succès, était tel^ qu'ils partirent en emmenant avec eux
(1) Â ces lignes, Wilson ajonte encore : Noos désirions obtenir quelques personnes versées ■ dans les connaissances littéraires, mais plus particulièrement de trouver des adeptes dans des arts manuel set dans des travaux qui les auraient rendus plus utiles aux païens dans Pétat de civilisation inférieure où ils se trouvent. A mUiionary voyage , etc., page 4.
leors femmes el leurs enfiints dans un pèlerinage qui commençait par une longue el rude trafersée , ei qui devait se terminer dans Texil sur des rives étrangères, STec la sombre perspective de l'isolemenl, de Tabandon, et même de la mort au sein de peuples cannibales. Il est possible qu'ils se faisaient des idées plus favorables des lieux où ils allaie&taborder,et qu'ilsavaientété induits en erreur par les descriptions enthousiastes des navigateurs ; mais, dans tous les cas, on ne peut croire, comme quelques personnes Tout avancé, que les premiers missionnaires anglais aient été mus uniquement dans leur entreprise par un sentiment d'intérêt personnel, après avoir (ait la part de l'influence que la politique anglaise pouvait avoir dans l'œuvre des missions , aoos devons ajouter que , dans notre pensée , les tmle missionnaires (1) qui s'expatrièrent sur le
[\j Lft eomponUon du penoimel des mÎMionnaires , detlinés i ^^tkër «lans les différentf arcbipelf de TOoéanie, «ton docmnent *i à eomuStre; l« Ibte raÎTanle est extraite en entier de l*oa* t capitaine Wilion.
iJÊÊêèm mM/omMÀTu qéi itmkwfiàkrvM tur Unavin U Duf. • J« F. CoTer, Igé de 34 ans. Ministre da saint Éfangile.