‹ Îles TaïtiChapitre 26 sur 33 · DANS L'OCÉANIE · texte numérisé non relu

DANS L'OCÉANIE

dehors de la part des peuples ennemis , mais aussi de celles que pourraient tenter les naturels au milieu desquels on serait venu s'implanter. Les dansas nécessitées par une colonie établie sur ces tles^ dé« pendront non-seulement du développeiœent variable que l'on peut donner dés le principe à une création de ce g^re , et de la distance qiii la séparera de la métrc^le , mais encore de la force et du caractère des indigènes, à cause des travaux d'art qu'il faudra élever pour se prémunir contre leurs attaques, et (le la gafofson qu'il faudra* y entretenir pour les soumettre. SoUs ce point de vue il ne serait pas indifférent de s'établir d'al^ord sur une fraction de ces terres , et d'y faire l'étude sur une échelle mo* dérée» non-seulement des avantages que présentent les lieux , mais encore des sacrifices qu'ils réclament, de là puissance» fondatrice.

Il f§t peu de sauvages cdiez qui le gouvernement soit régulier. L'autorité est ordinairement l'apanage du plus fort ou du 'plus habile; chez quelques-uns cependant elle se transmet par la loi de l'hérédité; mais, le plus souvent, le pouvoir saçqpiert dans les temps de guerre, Héau presque toujours permanent parmi ces peuplades : une tjcibu, presque^ijpujottrs composée d'un petit nombre d'individus, «n'hésite pas à déclarer .la guerre à la tribu sa voisine po}Jff un motif peu sérieux en ai^arence. C'est. souvQi^t un meurtre * qu'elfq veut venger, et si Ja famille du iHért contient parmi ses membres an homme habile et intrigant, il engage qu<^lque$ guerriers

H le suivre dans ses projets de vengeance, U les conduit au combat, et s'il est victorieux , il devient un guerrier célèbre ; son commandement , qui d'abord ne s'étendait que sur quelques hommes^s'augmen te de la tribu voisine. Plus tard^ poursuivant ses toBquôies, son empire fait comme la boule de neigCi il s*élend de plus en plus et devient puissant; puis y le plus sou-^ vent| tout l'édifice s'écroule, soit parcequ'un chef plus habile s'empare du pouvoir, soit parce que les infirmités de l'âge empêchent le fondateur de maintenir son pouvoir contre les tentatives de ses ennemie. Partout où Tautorité se trouvera divisée entre phisieurs mains, un établissement deviendra toujours coûteux et dif-^ ikile ; il faudra renoncer en effet à essayer de maintenir en paix tous les chefs revêtus d'une parcelle de pouvoir , cette tâche serait' impoissible à accomplir ^ et dès lors on aura constamment à redouter ^ brigandages et les attaques des chef? des tribus voisines de celle chez qui Fétablistoment aurait été fondé; il sera impossible de s'agrandir, et de graves obstaôles s'opposeront à tout développement.

Bn pareil^ circonstances, il faudrait commencer par réduire et soumettre partiellement tous ces petits princes ennemis les uns dea autres et très* jah)ux de leur pouvoir; ce qui ne pourrait s'ef^ feçtuer sans de très-grandeè^ dépenses ; car, après avoir, fait une guerre peut-être- longue et meurtrière, il faydrait s'établir suKchaqué poin^, pour ainsi dirtf, afin de surveiller les vaincus et ne pas ^'exposer à perdre le fruit de ces efforts. Les peuples

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régis par un gouvernement régulier sont, sans contredit, ceux qui offreut les chances les plus favorables pour des projets de colonisation ; car, une fois soumis, soitpar la force, soit par des moyens de persuasion , la puissance colonisatrice n'a plus qu*à surveiller, dans son intérêt, Tautorité établie, à iui prêter son appui pour la faire respecter et pour garantir l'intégrité de son territoire. Les dépensesd'unétablissement de ce genre se trouvent singulièrement réduites, et, en même temps, il est plus facile de se maintenir d' une manière solide et durable au milieu d'hommes déjà ployés à l'autorité des lois, que parmi des peuples qui, constamment nourris dans des idées de guerre, laisseront rarement échapper l'occasion de nuire à TétaUissement des Européens parmi eux. Sous ce point de vue^ les iles Havaï et celles de Taïti sont celles qui devraient être choisies de préférence aux autres. Là, en effet, existent des gouvernements constitués et bien assis. Les lies Tonga obéissent aussi à un même chef, qui e^^rce sa souveraineté sur toutes les lies.

Seulement ces dernières , parmi lesquelles nous comprenogss les lies H'apaî et Tonga-Tabou^ soumises comme Yavao au roi Georges Tahafao, sont séparées par des bras de mer assez vastes. L'autorité, pour s'y maintenir dans toute sa (f^ce ej; sur tout le territoire , aura besoin de plus ^d'énergie et de plus deprécau-tiens qii'à.Taîtj et auic lies Havaï.

ChezHes ^abitaQts de Viti on trouve encore des chefs puissants,^ mais Tautorité d'aucun* d'eux ne s'étend sur tout l'archipel. Le chef de Laguemba

n'a pour tributaires que les ties de Test , qui forment la partie la moÎRs importante de l'archipel pour l'étendue du sol , mais elles sont habitées par la population la plus intelligente , composée en partie deTengas, qui s'y sont implantés par la force des armes. Deux chefs principaux commandent aux autres lies où il existe encore bon nombre de tribus indépendantes. Le gouirernementdu chefde Pao(Tanoa) est undesplusconsidérajbles.

Quoique dans cet archipel le gouvernement soit entièrement despotique , cependant une espèce de sénat » composé de la plupart des chefs qui gouvernent des Iles isolées, est consulté dans les grandes occasions. Lps prêtres ont encore ià un grand pouvoir, peut-être même*ce sont les hommes les plus puissants. Partout ailleurs sur les autres lies on ne rencontre que de- faibles tribus soumises à des chefs indépendants , et qui se font la guerre presque constamment. Les lies Samoa , qui sont habitées par une population très-nombreuse et remarquable par ses formes corporelles autant que pardon inteHigeace, ne comptent pas un seul empiré un peu considérable. Chaque ttè est divisée en un gvand nombre de diefs indépendants. Il en est de même des Carolines, des Salomon, de la MouvcjjlerBretagneet de la Nouvelle- Irlande, des Nouvelles-Héturidôs , et de la Nouvelle- Calédonie. La population de la NojuV^lle-jSilinée ne parait pas ê^re homogène; dans tous Iqs c^S on n'y renconlre nulle part, au dire des voyageurs, un gouvernement régulier; aussi sur celte grande terre ^

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il faudrait s'attendre à de vives attaques de la part des sauvages ; si on voulait s'y établir, il serait nécessaire d'y entretenir des forces imposantes.

La France n'a aucun intérêt à créer actuellement des colonies nouvelles dans la mer du Sud; des circonstances qu'il eût été difficile de prévoir, l'ont placée dans une des meilleures positions de cet océan. La tentative, faite par le gouvernement sur les îles Marquises , est justifiée par l'importance de nos possessions actuelles.; mais nous répéterons encore ce que nous disions à l'occasion de la récente expédition de-l'ainiral Dupetit-Tbouars et de ses résultats : les lies Taîti sont isolées de la France comme les Marquises ; la position est bonne , mais elle n'est pas suffisante : ce n'est rien que d'acquérir, irfaut pouvoir conserver. Nous avons des possessions dans l'Inde, et pas un seul port pour y abriter jios vaisseaux en cas de guerre ; nous avons maintenant des possessions dans l'océan du Sud , et , dans Téventuaiité d'une guerre , nous ne saurions comment y' faire arriver nos navires : car l'Angleterre occupe le cap de Bonne*Espérance , et par les Falkland garde le cap Horn,les deux seules routes pour y arriver. Les colonies sont difficiles à former et lentes à prospérer sous les zones tropicales ; tout établissement pénitentiaire y serait difficile et peutêtre désastreux. Indépendamment du danger et de la honte qui rejaillirait sur une nation civilisée, si elle reléguait ses criminels au milieu d'hommes enco/e enfants et faciles à gagner la contagion des exemples

i!20 DE LA COLONISATION

qui seraient placés sous leurs yeux. Nos bagnes mal-» heureusement ne désemplissent pas, et, malgré tous les reproches que Kon adresse aux colonies pénales de l'Angleterre, dont on cherche à apprécier les résultats actuels plutôt que ceux qu'ils promi^tent dans Tavenir, il est probable que la France sera obligée d'entrer un jour dans la même voie (1). Eh bien! si son gouvernement a de la prévision^ il est temps qu'il s'assure de la possibilité de pouvoir créer des établissements pénitentiaires lorsqu'il le voudra.

Le gouvernement peut satisfaire à toutes ces exigences avec de faibles moyens , avec des dépenses très-minimes; il peut s'assurer d'une position importante non-seulement comme point militaire, mais encore comme dépôt commercial, comme foyer in-

(1) Ce que Pon reproche aux établissements pénitentiaires des Anglais dans PAustralie, c^est le peu de résultats obtenus dan» Vintérét de la moralité des prisonniers dont nous n'avons pas à nous occuper ici, et ensuite les dépenses énormes occasionnées par ces établissements. Il est vrai que jusqu'ici, les Anglais m^ont retiré de leurs comptoirs dans l'Australie que des ressources bien inférieures eu égard à ce qu'ils ont coûté ; mais aujourdliui le développement rapide de ces colonies agricoles promet une ample compensation pour la métropole ; toute colonie naissante ne peut être en effet qu'onéreuse au gouvernement qui la fonde ; les avantages ne sauraient être immédiats, car avant tout il^faut semer avant de pouvoir récolter. Les Anglais dans TAustralte retireront dorénavant de grands avantages des sacrifices qu'ils se sont imposés , c'est ce que prouveront mieux encore les chiffres suivants que âous extrayons de l'excellent ouvrage de M. Balbi.

1^ Selon les documents officiels que nous ayons sous les yeux , la valeur delà laine et de Vhuile de bahine exportées en 1826 de la

DANS l'oCÉANIE. 121

dustriel, comme établissement agricole et ^eut-être par la suite connue colonie pénale. Le gouvernement, dîs-je, peut encocè assurer de nouveaux cfébouchés à son commerce , protéger toutes ses possessions lointaine%,^et donner une iu),uvelle importance à ses colonies de l'Inde et de Tocéan Pacifique. Pour nous, voyageurs , nous avons rempli notre devoir en signalant depuis longtemps au gouvernement les points que nous croyons lg,s plus propres à recevoir des élablis$ements capables de rendre avant peu des services importants, et de compenser par des avantages réels les faibles dépenses qu'ils exigeraient.

Si aujourd'hui devant les actes accomplis il nous est permis de dire notre pensée , nous croyons qu'en s'emparant des îles Taïti et des Marquises , le gou-

NouveHe-Galles-du-Sud a été de 106,600 liv. st. (2,478,130 fr, ) ; cettemême valeur, en 1835, s'éleva à682,l 93 liv. st. (15,858,941 f.), et monta à 948^776 (22,056,196 fr.) en 1839. La valeur de ces deux articles exportés de la Diemenie, en 1 826, s'est élevée à 44,498 1. st. ( 1,034,445 fr.), à 320,679 liv. st. ( 7,454,825 fr. ) en 1835, et à 581,4/5 liv. st. (13,517,549 fr.)en 1838.

> Le poids de la laine exportée de ces deux colonies , en 1810 , n'était que de 300 livr^; en 18 14,il n'était encore que de 33,000 1. ; ils'élevaài;i 06,000 en 1826; à 5,553,000 livres en 1835, et il monta à 10,949,680 livres en 1839 !

> La valeur des importations du R^aume-Uni dans la Nouvelle- Galles-du-Sud a été de 360,000 liv. st. (8,368,920 fr.) eu 1826 , de 1,114,805 liv. st. (25,915,872 fr.) en 1835, et de 2,236,374 liv. st. (61,988,917 fr.) en 1839. Ces mêmes valeurs, pour la Diemenie, montèrent, en 1826, à 99,847 liv. st. (2,321,143 fr.),à583,6461. st. (13,568,019 fr.) en 1835, et à 782,956 liv. st. ( 16,341,613 fr.) en

iÛa DE LA GOLOHlSATiblI I^ÀHS l'oGÉANIE.

vernemént s'est assuré des établissements qui potirront être très-utiles à' lâ France pâî la suite; mais qu'il a commencé par où il aurait dû terminer son œuvre.

G. Ak VifïCENDON Dumoulin.

•ieOUtERTE* — POSITION &E L^RCÇlPEL TAITI DANS l'oC^AN . PACI- FIQUE. DIVISION DE l'archipel EN GROUPES. — GROUPE DU

NORD-OUEST. — DESCRIPTION DBS ÎLES MOTOU-ITI , MAOUROUA , OUAHÏNE , • TARA ET BORA-BORA. — GROUPE DU SUD-EST. — DES- CRIPTION DES ÎLES TETOUAROA , MAÏTIA y TOUBOUAl-MANOU , EIMÉO ,

TAÏTi. — RésunnS.

L'opiniôti dfes géographes qui attribaent la pre- Décourerte. ffiièr« vue de l'archipel de Taïti à Pedro Fernandez deQuîros, a doniiéiieu à diverses contestations dans «es derniers tempis. On a faitremarquer que le récit du voyage du navigateur espagnol ne mentionnait pas l'île Ëiméo, ce qu'il n'eût pas manqué de faire, si l'île qu'il découvrit par 47^ de latitude sud eût été réellement Taïti , et en outre , que la description de 'Cette dernière île ne s'accorde en aucune façon avec ^le de la Sagittaria. Quoi qu'il en soit, c'est au tapitaine anglais Wallis qu^on doit les premières notions exactes sur cette terre, qu'il aperçut le Î9 juin 4767, et qu'il nomma île de George IIL

Quelques mois après , au mois d'avril 4768 , Bougainville la découvrit à son tout, et le premier il rapporta en Europe son véritable nom , nom si doux à prononcer, qu'il a prévalu. Plus tard, Cook acheva la reconnaissance des autres îles de T Archipel, qu'il nomma Groupe des îles de la Société.

ï^«J«on L'archipel des îles Taïti occupe une position cen-

*dîS%SS" ^^^^^ ^^"^ l'océan Pacifique; placé au sein d'un réseau Pa«iflqae. d'Hes vcrdoyautcs, il commence à l'est, la série des grandes îles dont les dimensions grandissent à mesure qu'elles s'approcEent du continent Australien. Avec lesîlesNouka-Hiva, sentinelles avancées dans le nord, et les attolons innombrables des Pomotou, l'archipel Taïti constitue une division naturelle de la carte de l'Océanie. Situé plus près des rives de l'Australie , que de la côte américaine, il forme un cientre d'où rayonnent des routes directes vers les points les plus importants du vaste baissin baigné par l'océan Pacifique. Il se trouve compris ei» entier entre le 450^20' et le 454*30' de longitude à l'occident du méridien de Paris, entre le 46''45' et le 48"" de latitude sud , et s'étend dans la direction du nord-ouest au sud-est , sur une longueur de soixante-et-dix lieues marines et une largeur « moyenne de dix lieues.

Distance des Si sur uu point intérieur de la grande île Taïti on

pointa priDGiptox , ., , . ^ ,,

du^continent plaçait la poiutc d uu compas, avec une ouverture de mille à quinze cents Jieues marines , la circonférence xlécrite atteindrait presque tous les établissements importants des continents voisins, 4500

américain.

lianes en ligne droite, séparent à la fois cette lie du cap de Horn et de l'isthnie de Panama. Le port de Yalparaiso en est éloigné d'environ 14^0 lieues. Lima et le Callao, de 1400. Païta de 1380. Le cap Saint-Lucas, pointe méridionale de la Californie, de 1140 lieues. Monterey est à la même distance. Le port San-Francisco, qui ne tardera pas à devenir le siège d'une colonie américaine, est à 1190 lieues* Ces distances , avec l'aide des vents alises , se résument à un mois ou un mois et quelques jours de navigation, pour la traversée des naviresentre l'Amérique et l'archipel de Taïti.

En jetant un regard sur les terres, peuplées^ par les colonies anglaises, on aperçoit un éloignement bien moindre. Sîdney n'est qu*à 1130 lieues. Hobart-Town, à 1200 lieues. La baie des Iles, sur l'île septentrfonale de la Nouvelle-Zélande, à 740 lieues, et la presqu'île de Banks, sur l'île méridionale, à 830 lieues.

Si, par delà le détroit de ^orrès, canal dangereux , mais qui , mieux connu et plus exactement exploré , pourra offrir une route nouvelle et plus directe à la navigation , on mesure l'éloignemeQt dés colonies, hollandaises dans l'Inde, on trouve 1350 lieues pour atteindre le détroit ; 1670 lieues pour arriver à l'île Timor, la première possession des Hollandais vers l'est, et 2000 lieues ppur aborder à l'île Java , une des dernières dans l'ouest, mais la plus importante sous tous les rapports.

Diitance des

principaux |>oiiits

des possession!

anglaises de rAiistralie.

Distanee

de» colonies

hollandaises de

rinde.

126 DBSGRt^TION

Distance AU oord de la Nouvelle-Guinée , à travers l'âf**

de divers points ■ , . , ^i ^ .. ■ m» ■•

des mers ^«îP 0lomération des îles Garolines, la mer offre un h'-

de la Chine. ^ '

bre passage vers les rives éloignées de la Chine. Makao, Pékin, au fond de la mer Jaune, sont à 2i00 lieues environ en ligne droite, et Manille, la riche cité espagnole , à 2000 lieues si Ton a égard aux détours de Tarchipet des Philippii^s. Le Japon est à 1900 lieues, et Bornéo, île inexplorée encore, mais qui est presque un continent, est à peu près à la même distance que Manille. ^

Et toutes ces terres riches, grandes, populeuses, dont les bords recèlent de précieux éléments de richesses , 4»t auxqudles l'avenir paraît réserver une grande importance , sont privées d'établiss^iments intermé-» diaires qui les lient à la côte del' Amérique, à reïception des île Haouaï, qui en quelques années, parle seul fait de leur position, ont attiré une colonie commerçante, et ont vu se former sur leurs bords un entrepôt de marchandises chinoises et do produite européens. L'archipel Taîti , situé plus au sud, est peut-être moins à la portée de la route, des navires ,* mais i! n'est séparé de la première île de l'archipel Haouai, que par 850 lieues , et sa position participe à des avantages particuliers qui naissent de^la proximité de TAustpalie. Il paraît donc incontestable, si jamais une graftde activité commerciale se développa dans ces régions j que l'archipel de Taïti est un cen» tre appelé à participer à la prospérité qui en découlera pour les établissements coloniaux -si tués dans ces mers.

Les prefDiara découvreurs d^ l'^rd^ip^l d^ T^Uî • DiTiiioii<ie .

„ .,..,' , ,. . 1 • j l'archipel de Taïu

1 avaient divise en deux groupes pistippts, celip Q^ «n groapei îles Géorgiennes et celui des îles de la jSk)ciété. Ce$ deut noms n'ont plus de signification aujourd'hui qife comme soutenir du passage des avenlq^eu^ navigateurs du dix-septième et du dix-huitième siècle; il^ sont avantageusement r^mplan^^ V^^ ^^^ désignations de groupeS/^u sud-est et du nord-auest, que aoHs adopiepoQs.

Dou2e ties ou ilots composent J'apohip0l de TalM pftprementdit , car nous ne eomprendi^i^a^ V^^ djilM ce nombre les flots §olitaires et les réoifs de SpiUy 9% de Mppèlia., éloignes jie plus de ti^ente lieues, ni lei iies Pemotou , qui fiSrment un archipel distinct» quoir que relevant en grande partie du gouverBâment dâ Taïli- ^

Six îles ou tlots sont eoatenus dans chaque groupe. Celui des ite§ de la Société ou du nordrouest eomt prend, en suivant Tordre inverse de leur étendue, les lies Motcm-iti^ attolons sans importanœ , Mapurem pu Maupifi partagée en trois fractions principales, Bemr Borm , «entourée dé plusieurs IJots épars $up les htir sants qui la ceignent , Ouahine^ la plus méri4ipiiale, jTa/ia et Borw-Born, enveloppées par la ménie^eiaT ture de récifs.

Le groupe des lies Géorgiennes au di| sud*;«8t^ renferme les îlots Tetoua-Roa, attolons bas et verdoyants , l'île Maitiâ qae toutes les cartes ne portent pgs, les deu^ îles Toubouài-Mmou , l'île Eiméo et enfin Tàitiy la plus grande de toutes ces îles, et k| plqs jff^r

portante sous tous les rapports. L'étendue de son territoire, les événements historiques dont elle a été le théâtre, la résidence des chefs suprêmes , attirent exclusivement l'attention , et nous nous' appliq\ierons surtout à sa description.

Groupe du nord-ouest.

iLKsMoTOD-iTi. Les îles Motou'-Iti, terres basses et sans irapor-* tance, comprennent deux ilôts de forme recourbée, défendus par un récif dans l'ouest. Le phïs grand des deux îlots esl aussi le plus occidental , et ne dépasse pas sept milles dans sa ^lus grande longueur sur une largeur moyenne de un demi-mille. Les dimensions du second Ilot , le plus oriental , «sont encore moindres, elles atteignent environ trois milles de longueur sur une largeur variable d'un quart de mille à un demi-mille.

««mao^rocaou L'île Maouroua (1) (Maupiti des navigateurs européens) présente , vue du large, une montagne centrale de forme conique, d'où s'irradient de petits mamelons que bordent des terrains bas, ainsi que cela a lieu uniformément dans la constitution géologique de toutes les îles de la Société (2).. Elle est de moyenne hauteur; son sommet peu accidenté est couronné par un rempart de basalte dont quelques

(1) Nommée aussi Naupiti, Manrua, Mobidie, par divers auteurs.

(2) P. Lesson, Foyage autour dumoi^e^êuir la corvette la Coquille^ tome I, page 48.

GtaCRAPHIQUE. 129

points soiïl recouverts de végétation. Le plan de cette lie , lefvé en juin 4823 par Blosseville, présente dans la ceinture des récifs«^ une passe praticable pour des navires d'un faible tonnage. Elle s'ou,yre au sud , entre les deux iles basses , Motou ie'Apùa et Moiou te Itia Hie, et conduit par un can^ très-étroit/près de la pointe Te Fare Arii , où le fond de sableet corail est recouvert par quatorze pieds d'eau ; d'autres passes existent probableçient star lé pourtour des récifs, qui s'étendent de deux à cinq milles au large tout autour de l'île , mais elles ne paraissent pas avoir été encore reconnues. Deux îles basses, mais recouvertes de végétation, reposent sur les récifs, et leur forme suit le contour de l'île principale, •liu'ellès entourent de Fest à l'ouest, en passant par le nord. Celle de l'est porte le nom de Motou-Toudnaé y celle de l'ouest celui de Motou-Aouera , la longueur de chacune d'elles peut être évaluée à environ quatre milles, et la largeur moyenne à un quart de mille. Au nord, la coupure qui sépare ces deux îles , renferme les attelons de très-petite dimension, Motou-Ahi et Motou- Aie ^ et sur les brisants on en voit plusieurs autres plus petits encore.

D'après le plan de Blosseville (4), le contour eiftier de Maouroua ne dépasse pas huit milles marins; sa plus grande longueur du sud-ouest au nord-est est de deux milles et demi, et sa largeur moyenne du nord au sud, de un mille et demi, mesures qui lui

(1) Atlas du Toyage de lacorrette la GoquiUe, P. n9 7.

i3D BE«GBI»TI01I

donnent une superficie d'environ vingt-six kilomètres carrés. Le contour des récifs comprend uno éVfndue de près de vingt milles.

La partie méridionale de l'tle est le siège principti de la population , quoique au nord de jolies vallées montrent au regard de$ navigateurs des habitations à moitié perdues dans les touffes de la végétation tropicale. Divers nems donnés à différenteOf portions de 1 ile indiquent peut-être des délimitations de districts, quoique en raison du peu d'étendue de cette terre , ils ne semblent êfre que les désignation» particulières de certains lieux. Dans le doute , nous las indiquerons sommairement. Au nord, Vaïiia; au nord-est |Ptfnoiif?ur; ai' est, Peton ^ Oae; au sud, sur toute l'étendue de la côte habitée et rentrant em demi-cercle dans Tintérieur, Te^-Pare^Arii (la mat-»son du chef), Hourou-Mùnouj Àtipiiif et Takn; k l'ouït, Fxmona.

Let missionnaire EUis remarque que les montagnes de cette ile sont moins fractionnées et moins pittoresques queicelles des autres îles du groupe, et qu'elle a cela de particulier , qu'elle est la seule de l'archipel où Ton trouve avec quelque abondance d^ terrains defprn^ation primitive. Outre les rochers cellulaires volcaniques et les différentes espèces ^e basalte commune à toutes les lies , on y trouve en grande quantité uneespèce de granit, ce qui présente une anomalie frappante dans la structure géologique de ces terres.

D'après le capitaine Turnbull , le edté oriental de

6É%CI|(APVIQUE. 131

rile est oélui qui produil des coe^iiePi en plus grande abondance y et le fruit à pain y est meilleur que pstftaut ailleurs dan» i'archipel de Taïti (1).

En 1823, M. Orsmond, missionnaire* établi à Bora-Bora, évaluait la population de cette tle k trais cents habitani)}, visités de tetpps en temps par les missionnaires de Taha ou de Bora-Bora , mais les enseignements du cuite étaient pratiqués par ^un indigène de la claire des moniteurs (2). TurnbuU en^général mal disposé à;faipe l'éloge des indigènes de Tarabipel , dépeint oeux de Maouroua comme n'oifrant pas de éitfef'ence notable avec ceux des lies voisines. Il cite ]fi seul fait qui soit parveftu jusqu'à nousk^ sur l'histoire particulière de cette île ; la tentative qui eut lieiî au comm^cement de ce siècle , dans le but de s'emparer du bâtiment de S. M. britannique le Pôrpaise, et qui, comme on le pense bien, échoua. *

Vile JtaQmoua est éicHgnée d'environ 160 milles de la^^nde tle de ïaïti, 145 milles d'Ëîméo, 67 milles en ligne droite de Ouahine, 40i.et 46 milles da Taha et Raiatea, et 25 milles de Bora^rBora.

Vile 5pra-I?ora (Bola-Bola de Cûoj^), dominée par iw borà-bora. un pic remarqu^tble y s^ inontpe à rhorizon k trente milles de distance , sous la forme d'up grand prisme vertical doQj; la partie supériei)re est inclinée ver%

(1 ) TurnbuU , Foyage round the world , page 192. (2) P. Lesson, Foyage autour du monde sur la eoh)ette la Coquille, tome I , pagd 448.

132 descript;lq^

l'ou%5t; 8Gfi apparence est à la fois bizarre et impo* santé; les hautes terres du centre de T^e, ne se fractionnent pas en élévations successives d'une^haînede montagnes , mais elles s'unissent sous la forme d'une montagne unique, couronnée par un double piton de prés de trois mille pieds anglais (nfuf cents mètres environ) de hauteur ^1), d'après Ellis, et de six cent dix^ept toises (douze cents mètres) d'après M. Les* son; vue de l'île Ouahine, l'éloignement cache sous l'horizon les terres basses du rivage, et l'tle Bonh Bora ne se montre plus que comme un obélisque gigantesque, une pyramide majestueuse sortant de l'Océan d'un seul jet, pour atteindre la région des nuages. Lorsque le soir projette ses on^iNres sur ces mers paisibles ^ le pic de Pahia (2) découpe sur un ciel orné des splendides couleurs du coucher du soleil sous les tropiques, sa grande silhouette, sombre, grandiose^ enrichie «des teintes violacées dues à la transparence de L'almosphère, et montre dans de splendides jeux de lumière les har^.déliaéaments de, sa pittoresque structure.

De plus près , la haute montagne centrale de i'Ile se montre couverte de verdure ; de profondes ravines sillonnent ses côtes çt forment un contraste agréable avec rtle montueuse et coraligène située dans l'ouest (3). Malgré sa petite étendue, Bora-Boi*a est êxtraordinairement pittoresque; ses sites, très-acci-

(1) Ellis, Polynesian researches , tome U, page 554.

(2) pUf ville, royage pittoresque, etc., tomel, page 539.

(3) Ellis, Polynesian researehes, tome II, page 5&4.

géographique/ i33

déniés, sont remarquables, sinon par leur variété, du moins par la pompe de la^ végétation, le luxe et le développement du feuillage, la teinte diversement foncée de la verdure.

L'tle ne se compose, à bien dire, que d'une montagne solitaire et conique, dont les flancs se prolongent ^ur les côtés, en arêtes déclives et sinueuses. Cette' haute montagne est un volcan éteint, dont le cratère est en partie affaissé vers le rivage et a formé une partie de la baie de Beula (!)• Elle. domine une vallée étroite, mais touffue, avec ses deux échelons de verdure, l'un plus bas de pa&danus, l'antre plus haut de cocotiers, se dressant comme des parasols ; puis ça et fà , on aperçoit des cases, jolifes, coquettes, bien alignées, et bientôt ce site romantique et curieux charme le regard et absorbe l'attention de celui qui le contemple. Une autre circonstance caractérise encore Bora- Bora : la chaîne extérieure de ses brisants, au lieu d'être tantôt sous^maritie , tantôt à fleur d'eau, ici unie, là couverte de végétation, cette chaîne est toute plantée de cocotiers, formant une ceinture autour de l'ile. Qu'on se ligure un bouquet entouré d'une guirlande verte. Dans le bassin qui sépare les récifs de rile, l'eau est limpide et calme comme dans/un) lac (2) i les rivages , en dedans de la chaîne extérieure des bancs de polypiers, sont morcelés j^ar de ^om-

- (1)P. LeiBon, Voyage OMiowr 4^ mondé sur la eorvettê la Coquille, tome I, paf^449.

(2) D'UryUle, Voyage fUtoresque^ ete.yiom^ I, page 5S6.

idA DESCRIPTION

breUses baies rétrécissant et découpant profondenent la surface da l'Ue (i).

La ceinture des récifs , d'après le plan dressé par les officiers de la corveUe la Coquille^ en 1823 (2), s^éten(][ de un mille à un mille et demi au large de Bora-Bora; elle sert de base à de nombreux ilôts répandus sur la majeure partie du' contour de Tile, et qui sont désignés sous divers noms. Du nord au sud , en passant par Test, trois bandes de terre, longues ensemble d'environ neuf milles sur une largeur moindre de un quart de mille, portent le nom collectif de Motcni-Pitiaoû. Au nord-ouest, l'îlot MofoM- Tenakiroa présente dans ses plus grandes dimensions un mille et quart de longueur sur uiîa largeur de trois-quarts de mille. Au sud-ouest, l'île nK)ntueuse de Touboué {Touboua-d Ellis) ^ ^i dont l'origine ne peut être attribuée ^u travail des coraux, est un peu plus longue (\xieMoiou-Tenakiroa; mais sa plus grandç largeur ne mesure pas un dipmi-mille. A son extrémité sud, elle est avoisinée pjr Touboué-Iti^ îlot de la plus petite dimension, et qui ne peut être comparé pour la grandeur qu'aux attolons de Motou- Pitiouta et Motou-Pitioutéi , situés tous deux au sud des terres de Bora-Bora. A l'ouest, les deux îlots de MoUm-Aouna et Motou-Iti indiquent le gisement de la

seule passe accessible aux navires. Le premier de ces

quille y tome I , page 470. * »

(2) Aâas déjà QpqutUe^pltticliefli* Ik

GÉOORAraïQUE. ^ * 135

tlota en marque la limite préeise , et peut servir de point de reconnaissance. ,

Cette passe, étroite d'un quart de mille, et longue d'un demi-mille, est la seule coupée qu'on connaisse dans les récifs. Partout ailleurs le passage parait devoir être impraticable aux navires de forte dimension. Bordée de récife à fleur d'eau, elle est traversée par des courants d'autant plus forts que son étendue est plus étroite (i) ^et elle conduit an meuil*lage de Bieula , baie v^%te et bien abritée de toutes parts, excepté peut-ètt*e des vents dusud^ qui soufflent avec force pendant l'hivernage, et qiii passent au-dessus dés pointsile Daily et de la petite lie Tott^

La baie de Bevlù (Valîape selon Ellis, qui dDnse le ^^^«J* •" nom de Bentah nu village) est la pkis grande de Ttte } eUe s'étend sur la ftce Bud-ouestdeBora-Borà,de* ▼ant les seuls points du rivage où les habitations des indigènes soient agglomérées en village. De ce points la vue est accidentée et pleine de contrastes; elle embrasse à la fois les formes hardies des monts^ l'aspeet riant des Ilots répandus sur les récifs dans l'ouest , et en même temps l'uniformité et là monotonie de la tner, à l'horizon, sont rompues par le^ sommets coniques ou circulaires de l'Ile Maupiti ou Maouroua, qu'on aperçoit facilement de fe)ra- Bora (2). "

(1) p. Lesson, Foy âge autour du monde sur la corvette la Co^iltë, tolhel, page 470.

(2) £llis, Polyneêian researches, tome U^ |iAg« &54.

136 ^ESCRIPTiON

Le paysage est un des plus gracieux qif on*puisse ^naginer; et, pour peu qu'on soit favorisé par undeces beaux jours si communs sous les tropiques, son aspect résultant 'd^un mélange de pitons volcaniques nus et décharnés et de sites verdoyants, est enchanteur. Des forêts de cocotiers balancés par les brises du latge, forment des dôipes impénétrables au soleil, et couvrent les îles basses ou Motaus; les récife forment sous Teau des labyrinthes peuplés de madrépores et de zoophytes que teignent les plus riches couleurs. La mer contribue elle-même à Tornement de ce tableatiy lorsque le calme règne sur sa surface légèrem^it ondulée , ou lors oiême qu'agitées, ses vagues viennent se heurter contre les roches animalisées, et jaillir au loin en gerbes écumeuses. La blancheur du sable qui couvre les grèves,la verdure sombre des baringtonfa qui croissent seulement sur le rivage^ les feuilles larges et découpées des arbres à pain , achèvent d'embellir cette scène vierge et imposante. Le mouillage se trouve être à une demiencâblure du rivage, sur un fond de sable recouvert de débris madréporiques ; il est abrité des vents d'est par la montagne centrale Pahia on Paya, dont les flancs s'élèvent si perpendiculairement, que vus de cette partie ils semblent être taillés à pic (4).

Au mois de mai 1823, la corvette la Coquille^ sous

(1) p. Lesson, Foyage autour du mande sur la corveite la Coquille , tome I, p«ge 471.

!e(»iikiiandenMtot46if. Duperref, api^ avoir rangé àiBoins d'uDe e&oikblure ^s récifs de la passe, vint jeter rancrepat'diirneuf brasses sur un fond blanc ^et dur de corail^ assez semblable pour la çonsistanee et l'aspect à du mortier. On jeta une amarr» à OBcoixAier do rivage, «t Ton resta ainsi presque i toucher terre» à l'abri de Tlle Topoua pu Toubouéy au sud-ouest. Derrière la corvette s'étendaient en bancs nombrmx et sfaïueux des récifs de coraux, et ce mouillage était prot^é de tous les vents» moins celui du sud, qui règi;^ dans rhivernsige, dont on avait cra pouvoir braver l'influence après avoir pris la précaution d'affourcher. Mais le 31 mai» des raffales d'une grande violence ayant fait casser le câblechaîne à dix brasses de l'ancre, la corvette vint en un din d'œil à l'appel de son ancre d'affourche en talonnant sur les rochers du rivage , bien qu'on eût jeté à la mer de nouvelles ancres, préparées à être mouillées à la moindre alerte. Le péril de la situation donna une nouvelle énergie à chaque homme; et malgré une mer devenue démesurément grosse dans la baie, une plui# battante, et malgré le vent soufflant avec une rare violence, on effectua le rude travail de touer la Coqudle hors de sa dangereuse position. Un exprès ayant été envoyé au missionnaire Orsmond , qui prêchait au temple, car c'était le jour du sabbat pour les insulaires ; ce ministre arriva bientôt escorté des chefs Mai et Tefaora, à la tète de la population virile de File : plus de trois cents insulaires montèrent à bord; et bien qu'on n'en uti-.

496 • 0£SCAfmoii *

Usa qu'une ft^entaino , les autres utorenant emba^ rassants par leur inexpérience , M. Oraniood n'm rendit pas moins un service signalé à la corvette la Coquille.

Au pied du montPahia sur le rivage b(i et au niveau <ie la mer du pourtour de la baie, sofift de loin en loin établies les cabanes des naturels, séparées chacune par des plantations d'arbres à pain et entourées de bosquets d'autant plus gracieux que la nature en a fait tous^ les frais. Ce village dont l'étendue n'a pas moins d'un mille est divisé en deux parties ou districts, nommés Ouatei et TuamouÈou par M. Lesson (1), et contenant environ mille cinquânte-trois habitants. Chacun de ees districts était gouverné par un chef; en 4823, Tefaora possédait le premier district et Maï le second.

D'après d'UrvîUe (2) le village est divisé en deux parties nommées Beula et Mmapaî, ayant chacune leur chef, et il n'évalue la population de chacune d'elles qu'à quatre cents âmes. Quatre ou cinq maisons crépies à la chaux se montrent au milieu des cases construites d'après l'ancien mode. Trois môles ayant plus de six pieds de largeur et deux ou trois pieds de hauteur , s'avancent dans la mer et s'unissent à leur extrémité (3). Cette jetée, longue de cent-quarante mètres , bâtie ai gros blocs

(I) Foyagê a^i0wr dM ntofub $ur la ^ortêUe la CoquilU^ tome I, page 471.

(2)' Voyage 'pittoresque^ etc. y tome I , page 539. (3) EUis, Polynesian researcheSt ^o™^ I^ P^S^ ^^3.

OÉOORAPHIQOE. 139

éemnilj est due à M. OfsmôHdquiàforcede ténacité 6St par?eno à la faire exécuter par les naturels* Dans cette masse de pierres, portées à mains d'hommes, on a ménagédes intervalles vides, que les eaux de la mer baignent et que Ton remplit de poissons provenant des pèches abondantes; dans quelques-uns de ces carrés on nourrit , aussi afin de 1^ faire grossir , de jeunes tortues marines^ À la jetée aboutit une avenue qui conduit ëirectem^t à la façade du temple, et bien que ce lieu de prières n'ait rien de remarquable à Textérleur , on te peut qu'être étonné de l'aspect satisfeisant de son intérieur (♦). Ce temple, qui e»t un des plus beaux de rArcbipel, fait partie d'un édifice long de cent soixante pieds anglais (quarante mètres) et large de quarantQ-huit pieds (quatorze mètres) qui comprend la chapelle et l'école (2). Il est diviséen troisparties ayantchacune leur porte d'entrée et un grillage en bois. La salle de droite est consacrée aux, instructions du ministre, et aux assemblées des che&, elle n'a pour mobilier qu'une vaste table encadrée de bancs. L'enceinte du temple {HTOprement dit occupe la partie moyenne de l'édifice : des gradins élevés sont placés sur les côtés et entourent la chaire. La maison du missionnaire comprend un vaste local construit en bois et crépi à la chaux. Derrière la. maison un vaste emplacement a été réservépour le jardin potager et une avenue d'orangers est tracée* de cetfe demeure au temple. Une

tOP. Ubsou, Foyagv autour du mande^tome II, page êbU (2) EUi», Polynesian researekes , tome II , page 553.

belle route ayant une étendue d'un mille et demi et sur une largeur de quelques pieds, traverse le village. Des troncs de cocotiers couchés en long servent à niaintenir les terres de la chaussée et sont- jeléc^ en guise de ponts, sur les petits ruisseaux qui des* cendent de la montagne centrale pour se perdre à la mer. On travaillait en 1823 à exécuter un projet du missionnaire Orsm«nd : il consistait à placer deux maisons sur des massifs de coraux établis sur le ri* vage même et au-dessus des eaux comme deux guérites de sentinelles. Chaque chef se trouvait ainsi placé sur son propre domaine, car rintérvalledelear maison était lalignede séparation des districts Ouotl^i

et Taamoîàou et les bornes de leur empire (1).

Baie de Panouî. La monftagne centrale de Bora-Bora donne naissance à de petites chaînes de collines qui s'irradient sur divers points et notamment la première au nordnord-est. La seconde court du sud au sud-ouest, et la troisième se dirige de Touest à l'^uest-nord-ouest en se terminant à la baiedeFaitotet, située au sud de celle de Beula ou Vàitape et comme elle sur la partie occidentale de l'île. Cette baie qui n'a guère plus de trois quarts de mille de profondeur, possède sur ses rives quelques cases éparses; quoiqu'elle paraisse offrir un mouillage praticable aux navires, son éloignement du siège de là population lui ôie toute importance. Sur la pointe fjarepitî^ qui forme

(1) P. Les9on, Voyage autùur àm mùnd€y ete.y tome l^ pages 451 et 455.

0É06RAPHIQU£. iH

la limite sud de eette baie , se trouve le fameux mardi iOro que le redoutable Pouni fit élever après avoir subjugué les lies voisines, événement dont nous nous oecuperons plus loin. Déjà, en 1823 , les débris de ce monument étaient complètement enfouis sous un fourré de broussailles; on distinguait cependant en* core sur lesbordsdelamer une muraillede vingt-cinq àtrentte pieAs de long sur cinq ou six pieds d'épaisseur, formée par des blocs de corail posés de champ, et par des cailloux plus menus jetés dans les intervalles. Cette maçonnerie formait une sorte de plate-forme sur laquelle reposait la statue du redoutable (3vo entourée d'un petit nombre de divinités subalter^ nés. Vers l'ouest , dans une direction paralTèle à cette espèce d'autel, on voyait encore sous des liserons et d'autres- plantes rampantes, les fondémenti d'un immanse hangar rectangulaire de cent pieds sur quarante. Là était l'autel des sacrifiées humains; ijia suite de combats sanglants ,<»n avait vu gisant sur le sol jusqu'à vingt cadajrres de vaincus. Plus loin, au sud du haiigar et sur la ligne orientale , étaient deux sortes de plMes^foirmes en maçonnerie de huit pieds earrés, tombeau d'un chef illustra qui se nommait Têhffa. Dans vingt ans d'ici, ajoute d'UrVille, ces souvenirs de vie ancienne , ces temples, ces tombes que la, végétation dévore, ft'auQont psi$ môme la cbance d'un souvenir dans la tradition populaire (i).

(1) Voyage ^U&resque^ rlc, tome I, page ^39.

142 BBftGmmûN

Baie Anao. Le reste du pourtour de Tlle ne présente aueune baie digne de mention ; celle ^uinao placée sur le côté est de File est sanaimportance; Bora*-Bof^ dans sa partie orientale ^ s'il faut en croire le capitaine Turnbull (1), a une apparence stérile, et elle est réputée moins fertile que les autre.s terres de l'Archipel.

Pic dePabia. Les flaucs de la montagne eentralede Bora-Bora , qui porte le nom de Pxdm , sont très-^abruples^ composés d'assises épaisses d'une belle dolérite , fwmant des murailles bautes de près de cinquante pied8,(9ei«6 métrés) ; et qui sont ça et là complètement nues y et le plus souvent à l'endroit où les assises reposent Tune sur l'autre , recouvertes d'une abondante vexation. Son sommet déchirèest couronné par deox^pitnns, dont l'un , d'une nudité repoussante , a plus de deux cents pieds d'élévation (soixante^einq mètres)» La pyramide qu'il forme i^epose sur une base étrcHte, et sa surface , noircie et fendillée , prés/eiite partout le trachyle à#iu (2).

Lès officiers de iaCb^m/Ze tentèrent l'ascension de cette «Mintegife , et nous trouvons les détails suiwnts consignés dans 1^ documents publiés de ce "voyage. Au fond de la bare FaMul, dan» l'anse deftpa!», ee trouve le commencement du cbemin qui conduit bu pic. Là on'commêrtce à s'élever sur le côtéfnord-oo^ de la montagne. Ça et là des débm de «a^aneis tem»

(1) Turnbull, A Voyage rounà the J^orld , page f90. (2)P. Lesson, Voyage autour du monde, sur la corvette la Coquille , tome I , page 472.

poraireB attertCDt que 1%b iA$ulaire& viennent y séjourner patsagèrement pour répoUer les fruits des nombreux arbres à pain croissant aux alentours. La végétation est très-aetive j aux citronniers à fruits rugueux et aux «ta^o^m religieux , se mêlent des bifissons àbibiscuê rom êiàiimê et de gdrdema, que l'arôme suave de ses -cojroUes déeèle au loin. De grands arbres de vy ($pm(lia9 dulois) fournissent eu abondance leurs pommes aqueuses et sua*ées^ taodis que les cocotiers garde&t à Feilrraiité de leurs lùftg» styped, des nojx pleines d'une liqueur émulsise tou" }olirs firaiebe et agréable f mais dont le voyageur al« téré apprécie bien plus le goût savoureux. La pente est assez douce jusqu'à l'endroit que les naturels nommant Ohoum^ A>rte de pari ou forteresse arran^ gée avec des roches* Plus haut Taseension devient biea plus pénible au milieu d'berbes mouillées par la rosée ou par les eaux fduviales ^ à travers des taillis et des blocs de basalte gli^sants^. A mesure qu'on s'élève sur la montagne, par le seul côté qui soit abordable, le chemin 4evirat si abrupt, qu'il faut avokr^recour$ à l'expérieace et à l'adresse pratiqua deagmdes. QuelqueaJeunesbjMmchiad'blbîsiOttaéMr^ sées servent aux natareis à faire des covd^a^ qn'M vont attacher aux troncs des arbres^ et qui aident à gravir des quartiers de rochers coupés presque ver<» ticalement ^ dont la surface est r^due glissante pat des cf>uches de bissus humectées sans cesse par des nappes d'eau filtraiflreî C'est au milieu de ces lieux qu'on a l'ocoMion de.s'apercevoii; combien les indi»

i44 DESCRIPTION

gènes, dont Fappareil locomoteur est constamment exercé , Tem^tortent sur les Européens. Dans cette région, on escalade plusieurs fois des murailles de basalte hautes d« douze à quinze pieds (trois à quatre mèlres). De chaque côté sont d'épais' massifs de vé-» gétaux queiforment del» hibisciUf dts pandœnus, dés eroou ou orties argentées , dont l'écorce textile donne des filaments tenaces et soyeux, des figuiers tnaki. On ne remarque que quelques cocotiers maigres et rachitiques; ils sont élevés sur les collines jusqu'à environ cent trente-neuf pieds; mais, passé cette élévation, ce précieux limier cesse de croître; il tie produit jamais davantage, et sa végétation n'est jamais plus vigoureuse que lorsqu'il se trouve au ni^ veau de la mer. Après deux heures de marche , on parvient à l'arête terminde de la montagne; là ou trouve un plateau circulaire assez étendu , et qui sup-* porte un haut piton de forme conique nommé Otée • par les naturels. Ce morne n'a pas moins de deux cents pieds d'élévation (soixante-cinq mètres) , et les quatre faces qui en composant le corps sont complètement nues, tandis que son sommet, où croissent quelques arbustes, pasalt beaucoup plu^large^quêla iiasQ, puis est terminé par une^ pyramide aigiiê. La ^ nature de ces roèhes volcaniques appartient à 1^ dop lérite; la face orientale de ce nlon( ignivome és^ formée de murailles verticales de cette belle dolérite, et ressemble, vue du bord de le mer, à une tour gothique immense. Ces muraifles», toutefois, sont formées'' do strates hautes de quarante à cinquante

GÉ06RAPHIQU£. 145

pieds (treize à seize mètres), et leurs reberds, larges au plus de douze à quinze pieds, sont oouvel^ts de grande* atbres très-pressés, et qui, vus du village, r^semblent à de courts arbustes, fornoantà la base da chaque strate un étroit liséré verU

Aux pieds de VOtée^ le coup d'œil e^t magnifique ; on embrasse tout Bora-Bora avec sa couronne d'Ues vertes , et un lac circulaire et limpide ; on découvre les pitons des Iles adjacentes de Taha , de Raîatia et même de Ouahine ; d'un côté et de Tautre les plages de Touboué au nord-oue$t et de Maupiti à l'ouest. Un horizon clair permet de suivre parfaitement les sinuosités et les accidents du sol qui forme la plupart de ces îles; c'est un horizon immense, riche, peuplé d'îles, accidenté de terre et d'eau. Du pied de la montagne partent trois petites chaînes qui sillonnent l'île au nord, au sud et à l'ouest. L'une d'elles, dont la direction incline au nord-^st, est couverte d'une riche verdure, du milieu de laquelle saMie^ roc décharné , s' élançant derrière les arbres et qib sa forme a fait nommer le Marteau.

h'Oiée ou ce piton qui termine la montagne de Bora-Bora , paraît être inaccessible; un des guides de M. Lesson, à qui nous empruntons la plus grande partie de cette description , assura, cependant, que les indigènes le gravissaient quelquefois pour attraper les phaétons à brins rOuges qui y nichent à certain temps de l'année. Ce plateau, élevé et solitaire, est aussi l'asile d'une jolie tourterelle verte

nommée ouëa par led naturels , et qui descend n^ rement dans la partie inférieure de Ttle.

On peut descendre du Palm par le côté opposé de celui de Fascension. Le premier chemin occupe le nord-ouest de la montagne, le second se dirige au sud et ne peut ^rvir qu'à descendre , encore esl-il hérissé de dangers. On s'engage d'abord dans d'épaisses broussailles qui cachent les précipices, puis l'élévation perpendiculaire du Pahia au nfidi étant â peu près verticale il faut en quittant VOtée descîendre une vingtaine de pieds à l'aide de cordes. Une fois sur ce point, l'arête de la montagne forme un6 pente d'environ 40% entièrement recouverte de Tespèce de poivrier qui donne Tava, dont les tiges genouillées , mais cassantes, soutiennent le voyageur qui s'y accroche et dont elfes assurent la marche sur une pente éminemment rapide. On contourne ainsi toute la face méridionale des hautes murailles nues de la montagne sur un rebord formé par les lilises du trachyte; et Timmense précipice qui est au pied, est caché par les tiges nombreuses et disposées comme en taillis des hibiscus tiliaceus, de Yaleuriteêf etc«, d'un figuier à rejets nombreux ayant le port dxifiem religiosa. Pour atteindre la face oriei^ taie, on est forcé de gravir, pendant un certain tempd^ au milieu des quartiers déroches éboulées^ sur lesquelles des lianes rampantes forment un bois presque impénétrable, et dans les anfractuosités des«* quelles poussent de hautes fougères dont les tiges fragiles se brisent comme du terre dans les maiiisde

G£00ltA4PHIQUE. i47

ceux qui s'y accrochent péniblement et qui emploient» leurs efforts pour se tirer de ce dédale. Déjà les officiers de la Coquille avaient franchi de longues voûtes de rochers, des pics aigus, des arêtes étroites^ et la moitié de ces blocs de rochers entassés pêlemêle, lorsque leurs guides s*égarèrent. Enfin, après de longs tâtonnements , des efforts répétés , après avoir mis leurs vêtements en pièces et baignés de sueur, quoique Tair fftt froid sur cettç montagfie, ils parvinroBt au milieu du côté exposé au levant , où jls purent descendre avec moins de fatigues et moins de dangers i l'aide de mamelons en pente trés-dbrupte , maïs qui n offraient plus qu'un sentier semé de roses ad lieu de la dangereuse descente qu'ils avaient suivie jusqu'à ce montent. Les tiges du p(mruo^ les racines qui rampent sur le sol humide, que ne sèchent pa9 les rayons du soleil , leur fçrent d'une utilité incontestable, mais n'empêchèrent point Cendant que les chutes ne fussent fréquentes. Deut heures environ après avoir quitté 1# sommet, ces messieurs atteignirent enfin la région des cocotiers. Le pieid du mont Pahla est légèrement déchiré dans sa partie sud , et comme le terrain , en cet efKÎroit , est un peu onduleux et recouvert d'un terroau meuble, il en résulte que les arbres à pain ne sont nulle part ni plus nombreux, ni d'une plus belle tenue.

L'î^e Bora-Bora n'atteint pas cinq milles dans sa phis gfitnde Ipngueur du nord au sud, deux milles et demi dans sa plus grande largeur de Veêi à l'ouest.

.Le contour de ses rivages môsure environ dix-huit milles et sa superficie peut être évaluée à environ trente-huit kilomètres carrés ; cent quarante milles environ la séparent de Taîti en ligne' droite, cent vingt d'Eimeo, quatre-vingt-dix de Toubouaî-Manou , dix milles deTaha , vingt milles de Raiatea, et un peu plus de quarante milles d'Ouahiné.

iLK ooAHiMÉ* L'tle Ouahiné (1) » montueuse comme ses voisines, est profondément découpée par deux endentures de la mer, qui la divisent en deux parties nommées par les indigènes, Ouahine noui (la grande Ouahine) et Omhine iti (la petite Ouahine). D'après Forster (2), ces deux "péninsules ne sont réunies que par un isthme recouvert à marée haute. Les montagnes de cette île sont très-inférieures à celles de Taîti pour la dimension, et leur apparence indique qu'elles ont été le siège de volcans éteints. L'une déciles avait toute l'apparence d'un ancien cratère, et un rocher noir et spongieux , placé sur ses côtés, avait l'aspect de la lave. Vaspect du pays ressemble à oolui de Taîti , mais sur une moindre échelle. Les vallées sont petites ; il existe à peine quelques collines intermédiaires entre elles et les monts qui prennent naissance immédiatement à la limite du terrain platj

(1) Wahîne, Wahini, Waheîne, Huahine, Uioni, ùnaiBe, Houame^sont tout autant de manières différentes d^rthographier le nom de cette île. Les indigènes l'appellent aussi Atiapii. <'

(2) G. Forster,^ f^oya^i round ihe fTorlépin th$ yean 1TI2, 3 , 4, et 5, tome I , pageis 371 et 374.

néanmoins, le paysage offre une variété de jolis points de vue.

Les deux grandes baies dont il vient d'être parlé, portent sur la carte des îles de la Société dressée par le capitaine Duperrey (1), les noms d'Effari roa et à'Effari. La première est la plus grande et la plus profonde, elle s'enfonce l'espace de trois à quatre milles dans h côte orientale de File. La seconde, petite, mais excellente, située sur la partie ouest de l'île, est celle qui reçut les navires de Gook (2); ce navigateur la visita à différentes reprises , en la désignant sous les noms de Owhare ou Whari^ auxquels nous substituerons celui de Fare^ donné par le missionnaire Ellis. La description de ces deux baies offre quelque incertitude; les différents auteurs qui en parlent ne désignent pas exactement leur position , de telle sorte qu'il est difficile de connaître à la quelle des deux il faut rapporter les détails consignés dans leurs écrits; il est nécessaire d'ajouter que d'Urvilîe dans son voyage pittoresque , ne mentionne qu'un seul point nommé Ware, situé sur la partie nord-est de Tile. Il est possible que ce soit en effet le seul mouillage connu de l'île , quoique les documents que noi^s avons consultés ne nous permettent pas de l'affir^ mer, mais dans tous les cas , n'ayant aucun ^renseignement positif sur la baie d'Effari roa^ nous n^ nous occugerons que de celle de Far^

(1) Atlas de la Coquille , carte n» 8.

(2) Foyagt du capitaine Cook, Paris, 181 1, tome II , pager 1 15.

Baie de Pare. La baie de Fare a deux entrées, la plus méridio^ nale est la plus large (i) , elle peut avoir de trois à quatre cents yards de largeur (deux cent quatrevingt à trois cent soixante-quinze mètres) et à peine cent yards de long (environ quatre-vingt-dix mètres) entre deux récifs. Cependant, dans cet espace resserré , les navires de Cook coururent , le 3 septembre 1773 , six ou sept bordées pour gagner le mouillage contre le vent; chacune de ces bordées durait deux ou trois minutes; /aJté^o/tilîon les accomplit sans accident , maïs CAveniureiouch^ sur Taccore du récif; toutefois , il suffit du secours des embarcations pour la remettre à flot et elle n'éprouva aucun dommage de son échouage(2)Xook prit son mouillage par vingtquatre brasses de fond. Plus tard , le 15 avril 1774, il mouilla à moins d'une encablure de la côte, dans la branche nord de Fare (cinquante yards , quarante cinq mètres du rivage, d'après Forsier). Dans la relation des voyages de l'illustre navigateur anglais , on ne trouve aucune de ses remarques habituelles sur le nombre et la grandeur des cases de cette partie de file, ce qui fait penser qu'elles étaient en petit nombre et qu'elles n'oflraient rien de remar- ^ ' quable. Les deux seuls édifices dont il soit parlé, sont un hangar sur la partie méridionale de la baie , dont :• la toiture descendait jusqu'à terre et qui recouvrait bue pirogue double; il fut choisi pour établir le

(1) 6. Forster, A Foyage romA the WwlA , tome I, p. 373.

(2) G. Forater, A Fcyagê round the fForld, tom^Il, |»age f 21 .

BiarQJbé d'échanges entre les Anglais atles indigènes; le second édifiée est Tbabitation du chef Orée^ placée sur la partie nord du mouillage , à une assez grande dbtance du lieu où se tenait le marché. L*aiguade étfidt iiussi située dans la partie ciord de la baie Fare. Dans les courses qu'il fit dans les montagnes environaantes , Forster remarqua beaucoup d'arbres à pain et divers arbres fruitiers. Les mûriers à papier étaient l'objet de soins particuliers. Le terrain qui les contenait était sarclé et fumé avec des coquilles brisées et du corail. Toute la plantation était entourée d'un profond canal destiné à so» assèchement. Dans plusieurs endroits les herbes avaient été brûlées pour préparer le tert^ain à de nouvelle plantations et à une grande élévation dans la montagne il trouva une case habitée. Après avoir traversé les montagnes sur un chemin rendu très* glissant par la pluie dç la matinée, le naturaliste anglais descendit sur le rivage du côté opposé de l'île. 11 y trouva une baie avec un récif de corail, et un petit Ilot, C'est probablement l'enfoncement placé »ur la partie nord-ouest de Ttle sur la carte de M. Duperrey. Cette baie donnait asile à de grandes troupes de canards sauvages | de courlieus et de l^écassines. En revenant sur ses pas par une autre route I il passa à travers unel)elle vallée 9 populeuse, (iche de toutes sort^ de plantations et voisine du mouillage (1).

(1) Fontei A roy^f foéMt Me ^orH, tome II > page i24«

« En arrivant au port de Fare, dit le missiooinafre Ellis , je regardai autour de moi » sous l'empire d'une grande émotion, la scène où je devais commencer mes travaux , et où je devais probablement passer le reste de ma vie. Le ciel clair était réfléchi dans les eaux unies de la baie , qui était bordée d'une^ belle plage pavée de diverses coquilles. Be^beaux Cmvolvnlus montraient leurs feuilles larges et brîllantes, dont la couleur contrastait avec la blancheur du corail et du sable couvrant ial)aie; leurs rameaux s'étendaient souvent jusqu'aux bords de la mer sur '^laquelle des arbrisseaux ou des arbres en fleurs in" dînaient -leurs branches verdoyantes ^ pendant que des bosquets formés par de grands arbres .à pain, des touffes de Callopkyllum ou de Tiamanoû, et les grands cocotiers , gracieusemeift panachés ^ ombrageaient les différentes parties du rivage. » District de Fan. Le district dc Fore, placé sur les bords de la baie qui porte ce nom, a environ un mille et demi ou deux milles de longueur et s'étend du rivage delà mer au centre de l'île. Il est borné au sud par une chaîne de montagnes qui le séparent du district de Haapape j et au nord par le petit district de BanaoCf où , une longue pointe de terre, nommée Faaao, couverte de grands cocotiers , s'avance à une grande distance dans la mer. Elle ajoute à ht beauté de la scène et à la sûreté du mouillage. Une chaîne de cqllines divise l'intérieur du district de Fare, et contribue à accidenter et à embellir le paysage; une petite rivière prend nais^nce à Fextrènité septentrionale

GÉOGRàPHIQUE. 153

de cette chaîne et suit les limites du territoire de ce district, avant de se jeter à la mer, en face de la passe nord des récifs. Un autre cours d'eau plus lai|[e et plus capide, suit une direction tor* tueuse vers la partie méridionale de la baie. Le district est bien arrosé et bien boisé; à Tarrivée de M. Ëllk(mai 18i8), les monts les plus bas étaient couverts de verdure , et les montagnes de Fintérieur, dont les sommets semblaient atteindre les nuages, étaient entièremtent recouvertes d'arbres. Tout était riche et luxuriaAt dans l'aspect de cette terre fertile, mais c'était la ridiesse et la splendeur de la nature sauvage, car à peine pouvait-on apereevoir des traces de culture opérée par la main de l'homme. Souvent dans ces lieux il fallait employer la haèhe pour frayer un passage à trayers les bois touffus. A la même époque on voyait h peine quelques cases dans le district , il n'y en avait pas plus de dix ou douze , dont on pouvait distinguer les habitants guidant une pirogue sur les eaux calmes de la baie , ou se promenant nonchalamment sous l'ombrage propice des arbre au feuillage épais (1).

Les efforts des missionnaires anglais eurent pour résultat d'agglomérer la population de l'île, à la baie Fare , autour de leur établissement; oe but promp* tement atteint amena de grands changements; on peut en juger par la différence qui existe entre la

description qui précède, et celle publiée par le ca-

(i) EIHb, Polynesian researehei, tome I , page 413.

454 DSSGRIPTION

piurine Gambier^ du bâtiment de S. M. BritaiiDique le Dauntl^êSj qui visiia Ouahîne le 30 janvier i822«

Après avoir dépassé le récif de corail qui défend le port, l'étonnement et le plaisir que nous ressen- Urnes firent naître un profond silence, qui fut interrompu bientôt par un éclat spontané d'admiration. Nous étions dans un excellent port, sur les rives duquel l'industrie et le bîen-^ètre montraient leur MCrtion; De toutes parts des chaumières, semblables à celles de l'Angleterre, perçaient au milieu du riche feuillage qui partout tapisse ces terres ; sur différeatès petites élévations, derrière ces chaumières » on apercevait d'autres édifices, qui donnaient une grande diversité d'aspect et une grande animation à l'ensemble du tableau. La pointe située à gauche, en entrant dans le port , est basse ; elle est couverte de bois et possède plusieurs habitations au bord de la mer. Sur la droite de l'entrée , les hautes terres de l'intérieur descendent jusqu'au lieu du mouillage; où elles se terminent par une pointe élevée qui sépare deux petites baies.

La plus large de ces deux baies est située sur la gauche, en les regardant de la mer; elle est le siège principal de la population , dont les habitations agglomérées eq village remontent le long d'une vallée qui aboutit au rivage. La seconde baie ne possède que quelques cases, mais elle a un aspect si tranquille , si retiré , qu'elle paraît être le séjour de la paix et d'une complète sansfaction.

Le village est traversé par un sentier, en forme de

GÉOGIiArai<)U£. 155

chaussée ) sec, propre et bien tenu. Une route publique y ayant une largeur de six à douze pieds anglais, suit la courbure de la côte qu'elle prolonge* Il est iiâpossible, ajpute cet olBcier, de dé* crire les sensation^ qu'on prouve en voyant la char^ mtote scène <{ur se déroute, lorsqu'on se trouve plaoé sur la pointe qui sépare les deux baies. C'est un lieu charmairt., d'où la vue embrasse les eaux du moi|îUage et rétablissement naissant sur ses rives. Pour compléter le séduisant tableau tracé par le capitaine Gambier, nous mentiDnnerons les lignes suivantes du missionnaire Ellis. A la ilh de Tannée 1823^ il revit l'ile Ouahine au moment de retourner en Angleterre, et dépeint ainsi ses impressions, ce A mesure que les différentes sections de la baie s'ouvraient ou s'éloignaient de ma vue , je ne» pouiais m' empêcher de songer aux modifications survenues dan$ ce district depuis ma première arrivée en 1818. Le même aspect riche et diversifié existait toujours , mais au lieu de quelques huttes rustiques, une belle ville, de deux milles de long, était assise sur les bords de la baie. Une bonne route, de dix à douze pieds de largeur, se développait à travers le district, en suivant les contours de la côte ; environ quatre cents demeures, crépies à la chaux, se montraient sur le rivage, entourées de jolis jardins clos et bien cultivés. Un certain nombre de quais étaient érigés sur la mer; les écoles étaient belles, et par-dessus tout une spacieuse chapelle, récemment réédifiée, pouvait contenir deux mille fi-

dèles. Les mêmes habitants, qui précédemment étaient des insulaires saavages et presque nus, se montraient en groupes sur le rivage, vêtus décemment et couverts de chapeaux et de bonnets de leur fabrication . En même temps, derrière l'établissement, des plantations et des jardins ornaieht les côtés des montagnes. L'agriculture a pris encore, depuis lors, de plus grands développements, et quelques acres de terre ont été préparés pour la culture du café (1). »

A défaut d'autres indications nous avons eu recours aux récits qui précèdent, mais, sans avoir visité les lieux , on peut penser qu'ils ont été conçus sous rinflùence d'une imagination enthousiaste, plutôt que sous celle d'un esprit froid et observateur. Les villes de l'Océanie sont encore à naître, et malgré les efforts des missionnaires, la culture des terres n'a pas encore pris l'accroissement espéré.

La première chapelle du groupe nord-ouest, fut érigée à Ouahiné en 1809, peu de temps après l'expulsion des missionnaires anglais de Taîti, et à quelques pas de l'emplacement où Cook fit élever la deimei^re de son passager Maï (elle était contiguë à la maison du conseil , dit la relation de son dernier voyage) et auprès d'un arbre planté parcenavigateur. Ce site conserve encore le nom de Beritani qui Juî avait été donné par les naturels, en souvenir de la

(1) Ellid, Folynesian researcheSy tome 11, page 576.

GÉOGiUPHIQUE. ,157

cession qui en avait été fiiite aux Anglais en faveur du prot^é qu'ils ramenaioirt dans sa patrie. L'histoire eu Taitien Mai est ttop coniuie pour la mentionner ici ai entier; on sait qu'au retour de son voyage en Angleterre,. il se fixa à Fare; il reçut le nom de Paari (sage) et épousa la fille du chef de l'île ; mais loin de faire un bon emploi Hjes richesses, qu'il avait rapportées et de l'instruction qu'il avait acquise, il passa Iç reste de ses jours dans l'indolem^. Il dissipa inconsidérément les objets précieux qu'on lui avait donnés , et à l'instigation du chef auprès duquel il vivait, il se servait de ses armes à feu pour tirer sur les passants qui devenaient le but habituel de son adresse, meurtrière. En 18241e domaine Beritani appartenait à deux naturels nommés Pohouetà et Temimano, qui y avaient élevé une des plus jolies maisons de l'Ile, sur le modèle .des constructions modernes dans ces lies. Elle avait deux étages et contenait huit appartemwts. A la même époque le nom d'un des principaux chefs de l'ile était Ma! , mais rien n'indique que ce fût un descendant du passager de Cook.

Cette première chapelle fut destinée à servir de local pour TéoDle, lorsqu'on 1819 les* indigènes édifièrent^ un peu plus au nord, un temple plus grand, plus vaste et mieux construit. Cet édifice, achevèdansl'es^ce d'une année, mesurait cent pieds anglais de longueur sur une largeur de soixante pieds. Ses côtés étaient élevés de quatorze ou seize pieds, et le centre de l'édifice était séparé du som-

158 DESGIIItTKm

met de ta toiture par une hauteur d'au rooins tr^ate pieds (i).

Entre le temple et Pécole se trouvait, sur les bords de la mer, la maison du chef Mahine^ laprtaiière qui eût été élevée à deux étages à Ouabine ; elle est apparente du mouillage, et elle fut un objet d'étonnement po«r l^s indigènes qui venaient de toutes parts la visiter. Elle servit de modde pcnir beaucoup de constructions subséqqtentes.

Les missionnaires édifièrent aussi âas habitations d'après le genre qu'ils voulaient iptKHliiire dans les habitudes de la population; ils défrichèrent des jardins auxquels ils confièrent des semenoes utiles et inconnues encore aux indigènes. M.- Ellis s'ap^ pliqua surtout à la culture du sien placé sur l^s bords escarpés d'un ruisseau qui coulait à vingt mètres de son habitation'^ ombragée par des orangers, et entQurée de haies de citronniers* Deux ou trois beanx arbres croissaient sur les bords du ruisseau et étendaient leurs branches sur son cours qu'ils préservaient des rayons solaires. Fmiiiédiàieiiient derrière ce lieu, Matoereere, le roclîer noir, la plus haute montagne de File, s'élançait plus majestueuse que toutes^ses voisines/Sa base paraissait dénature basaltique , les couches centrales étaiexit formées de rochers volcaniques et sa partie supéi4eure d'une espèce de brecda. Elle était verdoyante jusqu'au sommet, terminé par \m beau cône assis sur un

(1) Eliis , Pol^ne$iân reieareheê , tome I!« jn^m SS & 8S.

roeher perpendiculaire* Les QiiHiies inférieure», ta** pissées d'un côté par une végétation vevdoyante» montraient cependant dans d'autres direçtÎQus la stéiile blaiicbeur des rûeberë basaltiques mis à nu; mais l'ensemble du paysi^ était rempli d'uni) richesse 4e tons , et d'acddrats de terrain , qui était encore jpehaussée par la vue de la haute montagne centrale. Souvent dès brouillards et des nuages enve^ loppaient s^ flancs ou couronnaient son fronti^ pen<* dttnt que le soleil illuminait son sommet; spectacle grandiose, dont le speotateurjouissaitauMout lorsqu'il était placé à une certaine distance (i).

Les accidents du terrain , secondés par une végé* gétation puissante, revêtant de toutes parts des as* pacts qui frappent et étonnent le regard. Non loio du district de Bomoa^ dont il a été lait mention (|Iua haut^ on voit des rochers e^ceadvemeni escar|ràs dont l'élévation dépasse trente mètres. XinAw (Fiem Airfia^s), végétal g^t, croit au pied de ce$ remparu naturels, et de rejetons enrejetons'a successivement atteint leur point culminant; de telk aorte que cet arbre parcourt le précipice dana toute son étendue et se présente sous la forme bizarre d'une iiiunen^te haie se terminant à chaque extrémité pardei)x grandit arbres, prodige de végétation qui excite la surprise derétranger.

Le distria de theva comprend les bords du ugon ei diitriet lagon situé à l'extrémité nord de 4'tle. Le village

' ri

(1) Wk , Polffneiian rueareheê^ tome I , page 446.

160 OESCRIKTION

Central de ce district » nommé Tamaboua, est placé sur ses flTes; il possède une chapelle spacieuse, où plus de quatre cents individus suivaient le service divin en 1820 ; mais peu après la population vint se fixeràFare, pour se rapprocher des missionnaires, car ce lieu est à une assez grande distance de leur résidence; il ne reste plus à Tamaboua que les naturels adonnés aux travaux de la pêche , et qui y sont retenus par le voisinage de pêcheries fructueuses.

Le docteur Sparrman, un des compagnons de Cook dans son second voyage , parait être le premier Européen qui ait visité le lagon de Maeva. Le 5 septembre 1773, dît la narration fl arriva 'au bord d'un large lagon d'eau salée, situé vers la pointe nord de l'île, qui s'étendait plusieurs milles parallèlement à la côte, et qui exhalait une puanteur. trèsgrande à cause de la vase putride répandue sur ses bords (1). Forster lie visita en mai 1774, et le trouva entouré de marais. Une bêue gluante et fétide couvrait ses rives. Degrands troupeaux de canards étaient posés sur Teau , mats il était fort difficile d€ les approcher^ à cause de la boue dans laquelle on s'enfonçait toutes les fois qu'on s'aventurait à y poser le pied , et probablement les effluves qu'elle exhalait étaient malsains, car on ne voyait que très -peu d^habitations dans les environs. Toutefois, la vue de cette pièce d'eau est très-agréable et très-pitto-

(1) G^. Forster,*^ ^oyagt round the World^ tome I, page 382.

resque. Du côté de la mer, elle est bornée par une bordure étroite et a^ez haute de coraux recouverts de sable; de jeunes cocotiçrs y croissaient en grand sombre. Les marais s'inclinent de ce point vers Teau stagnante du lagon (i).

D'après EUis, ce lagon (auquel il donne le nom de lac) a cinq milles de long sur une largeur inégale qui atteint quelquefois deux milles. Sa surface, abritée des longues }v>ules de l'Océan , rarement agitée par les brises du nord et de Test, dont elle est défendue par les montagnes, est souvent unie comme un miroir, et comme lui elle reflète la verdure de ses bords et le ciel au-dessus. Les poissons abondent dans ces eaux Jimpides; ils ne fournissent pas seulement une substance assurée aux' habitants, mais ils animent encore^ces lieux solitaires par leurs mouvements sous^ marins et leur sauts à fleur d'eaût Sur le côté oriental, plusieurs ruisseaux descendant des montagnes, viennent se jeter dans ce vaste réservoir ; et quoique , en gén^l, dans cette partie, l'inclinaison du sol jusqu'aux montagnes les plus éloignées soit graduelle , cependant le terrain présente une coupe hardie elde brusques sections. Des précipices , ornés des festons pendapts des plantes grimpantes^ embellis par les riches teintes des feuilliiges verdoyai)ts> s'élèvent , presque perpendiculairement aux bords de Teau. Les montagnes sont couvertes de touffes de casuarinas, arbrç dont le port ressemble à celui du cyprès.

(1) G. Forster. A Voyage rounâ the World, tome II , page 1 1 7.

i62 IffiSGRIPTION

D»iis la lisière du lerraio plat, qui,eii pluMeursen* droits, s'étend du pied des monts à la iner, VHibûcuê tiliaceus , le Betonia splendida, le Monocarpus et d'au* très arbres d'un aspect plus majestueux eiicere, pro* jettent leurs formes hardies et leurs rameaux char* gés d'un sombre et épais feuillage, tandis qu'autour de leurs troncs gigantesques, le Conwlvubiséteikd d(^. branche en branche de gracieuses guirlandes de fleurs épanouies en. clocbes. Le chemin de Fare au lagon est délicieux ; pendant plus d'un mille l'ombra épaisse des grands arbres à pain l'abrite parfaitement. - Ust certain nombre de petites plantations appartenant aux raatiras ou chefs inférieurs, donne de la variété à l'aspect sauvage du paysage. Sur la rive orientale, de petits villages se montrent çà^el» là, .et lorsqu'on traverse le lagon dans une pirogue , on aperçoit de sveltes colonnes de fumée qui, tt «'élevant audessus de la sombre ramure des arbrts, indiquent le lieu où gisent les habitations «

Le côté occidental du* lagon est bordé par une bande de terre plate et basse, ayant dans plusieurs points un mille de largeur, et courant du nord au sud. A l'extrémité septentrionale du lagon, on voit un ca* nal étroit par lequel il communique avec la mer. L'aspect de ce côté occidental diffère beaucoup da celui de la rive opposée, et ajoute aux contr£|6tes du paysage : il est revêtu de bois touffus, parmi lesquels les cocotiers atteignent la plus haute croissance , et portent leurs touffes panachées au-dessus des sommets des arbres environnants. Les casuari-

GiOORAPStOUE. 468

lias, non moins {^cieux, courbent MuiFsbpanehes 8Us.l6$JtK)rds de Fedo et attirent lerpren^erç lere<gard 4« spectateii#;

Sans doute la partie orientale du lagoa fut, dans le principe, livrée à Taction des flots de Tocéan Pacifique, tandts que la porlibn de terrain, çur.le bord opposé, constituait le récif, qw, lorsqu'il ^ut atteint le niveau de la mer, cessa de s^ievor vertioalepent pour s'éteedre horizontalement* Alors jave<fle«ec€|ur$ , du temps, à Taide d^ débris, apportés^ par la mer ot sous Taction des vents , i) se couvrit de terr% reçut d»s végétaux , et peu à peu se con^îtiia so^âLsa forroe actuelle. , V *

i/objet le plu^ appasi^nt eti« plus pittoresque de la vue du lac est la paontagne Sacrée 9 iUbieq. T^bm^ qui s'élève près de rextrjèmité de la nve cMi'ientale. C'eit un c4ne inagniftquQ et presque régulier, couve»t an grande partie d'arbres et de buissons, mfiis laissant parfois briller sur ses.flancs, lorsque le soleil les atteint à travers les branches des casiuarinas, des riiphers basaltiques dont la perspective emprunte dans ^cette, oppo^ion de teintes d'agréables contrastes. Cette partie au nord du lagon de ]M|^çva était aussi la résidence favorite des .anciens chefs de rile« Là, le chef qui régnait lors de la dernière visite de Gook, érigea une seconde demeure à Mai, afin qu'il demeurât toujours près de lui. Sur ces rives et suip la surface calme du lac se sont livrés les crombats les plus sanglants des guerres entre les partis rivaux de rUe, ou parmi les guerriers de Ouahine, deRaïatea

OU de Borar^Ô^ra. Non loin du rivage, sur un terrain élevé, (ïp voit' encore les ruines d'une des plus grandes fortificati^ps du groupe entier. La forteresse ou pari 4.e Maeva et celle de Moua-T9J>ou étaient lâs deuj^jiieilleurs ouvrages de défense deTile (1).

Les vestiges de l'ancien culte de Tîla y sont encoÉe phis abomdants que les traces des guerres passées. Sur chaque pointe de terre s'élevaient lestemples des dieux des eaux; presque chaque bosquet recelait des marat, ou tombeaux de famille,, et de grands édifices consacrés aux dieux redoutés Oro et Tane gisaient près de l'extrémité nord du lagon. Chaque objet dans cette scène , chaque monument dû à l'art et au travail maniiel , avait une consécration «ous l'ancien système religieux. Une chaîne de montagnes porte le nom de Palii , ou navire du dieu fftro.Un grand rocher basaltique^ sur le sommet d'un mont voisin, a reçu la désignation deHoe^ ou pagaie d'Hiroj dont il servait à^rappeler les voyages (2).

Aux noms des districts déjà relatés, on peut ajouter celui de Haapape , district voisin de l'établissement des missionnaires, et ceux de Fareioau et de Fareihi^ sur lesquels nous ne pouvons donner aucun détail. Une vallée, désignée sous le nom de Maahamené y parait, selon toutes les probabilités, être celle qui aboutit à la seconde petite baie, décrite dans le récit du capitaine Gambier.

(1) Ellis, Polynesian researches^ tome II, page 511.

(2) EUis, Polynesian researcheSj tome I, page 182.

GÉOGRAPHtQUE. 465

Le chiffre de la population est fixé à dix-huit cents âmes par d'Urville (1). Nous Tavons adopté à défaut d'autre plus officiel , et seulement comme une évaluation approximative.

Les mesures prises sur la carte dressée par M. Duperrey donnent huit milles pour la plus grande longueur de Ttle Ouahiné du nord au sud , cinq milles pour sa plus grande largeur de l'est à l'ouest, et un eontour de trente à trente-deux milles* Les récifs ouverts par plusieurs coupures ne s'étendent pas à plus d'un mille à un mille et demi au large , et la superficie entière de l'île peut être évaluée à environ soixante kilomètres carrés. Vingt à vingtquatre milles séparent la côte occidentale d' Ouahiné delà côte orientale de Raîatea, et vingl-psix milles de la côte orientale de Taha.Taïti est éloignée de qdatrevingt- dix milles, Eimeo de soixante-quinze inilles.

Les deux îles Ràkitea et Taha jointes* par le mémo ii." rautea et récif, séparées â peine par un canal de deux milles de largeur , justifient le titre d'îles soeurs qui leur a été donné ; mais elles n'ont pas également attiré l'attention des navigateurs; la première, plus grande et mieux partagée , a seule reçu leurs visites et pris place dans leurs récits, tandis que Taha, dédaignée^ a à peine été l'objet d'une courte mention.

L'île Raïatea (2) est non-seulement la pjus grande du groupe nord-ouest, mais elle est encore la plus

(1) Voyage pittoresque, etc, tome ï, p. 535. (î)Ulietea de Gook , Princessa de Bonechea, loretéa.

166 BCSOftlPTION

grande Me de l'A iN^hipel après Taïti . Sa forme est à peu pré» triangulaire et ses bords sont sillonnés par de capricieuses découpures de la mer. Les montagne, plus majestueuses et plus, hautes que celles de Tile Ouahtaé^ sont sur plusieurs points aussi aecidealées et aussi pittoresques. Les terres du nord et de l'ouest de l'ile, sont surtout remarquables par leur aspect romanlique. Plusieurs montagnes élèvent lepps tètes eoniques ou pyramidales aunlessus ée la chAtne haute et déchirée qui court dans une difMtion presque parallèle à la oète, à une distabccfdi'ua à trois milles du rivage , et quoique le sol conserve ordinairement une incKnaison douce et ondulée du bord de la mer vers les hauteurs de Tintérieur, il est souvent rooailleuK et inégal.

AptrèsTaïti^iRaiateaestpeut^tre Tile la plusabon-> dammeint arrosée par des rivières et des ruiss«ÀUi qui charrient une eau excellente. Les montagnes sont assez hautes pour arrêter à leur passage les nuieiges poussés par les vents alises sur la surfaoe 4# rocéaia Pacifique ; leiire spmmets couverts de verdure absor^^ bent é'bumidké de 6es ncH^^ et en empêchent Tévapbration. Les plus grands cours d'eau 4e Tile prennent naissance dans les lieux les plus escarpés^ et quoique par la nature particulière des lieux, la distance de la source à l'embouchure soit comparativement petite, cependant le volume des ruisseaux est souvent considérable ; le terrain inégal sur lequel ils frayent leur passage, les rochers qui divisent leur course, les chutes qu'ils franchissent pour atteindre

GÉO'iSRArataUE. id7

le ritage , remplissent les envfrons d'une fraîcheur charmante et donnent au paysage une animation et une beaulé enchanteresses; Le terrain plat i à la base des monts, est grand; les vallées qui rémontent ^ers'^e centre de l'ile ^ sont susceptibles de la plus belle cultive ; elles ne sont pas seulement spacieuses , mais bien situées pour établir de faciles eom- Biuaications aveeiés différents points de Tîle (1).

Le (^ntour de File Raialea, offre plusieurs mouillages; la carte de M. Duf^nrey en indique, trois , le filiisiofinaire iEWs, en mentionne un quatrième. Ce sont les havres Hamaniino (3) et Yua-Roa sur la côte occideataie , Opoa et Outomnaoro sur la côte orientale.

Ge havi'e^ situé, sur la partie nord-ouest de Tile^est HamHamanuno. un petil port tré6<-sûr« Autrefois les navires qui visitaient Raïatea, mouillaient presque tou« dans son enceinte 9 très-étroite mais convenablement abritée. Les montagne^ de l'intérieur le couvrent de l'action des forts vents du sud-est qui régnent la majeure partie de Tannée, et une large coupée dans Iqs r4cifs y située en face , favorise le départ des bâtiments avec les mêmes vents. Les navires s'y procurent avw la plus grande facilité l'eaa et le bois qui leur sont nécessaires (3). Ce fut dans ce havre , que Gook relâcha dans le cours de ses deux derniers voilages. Forster décrit siinsi les lieux, lorsqu'il

(1) Ellis, Polynesian reêearches, tome II, page 6 et 7.

(2) Hamaneno et Hamameno de Gook, Hamaùene de la carte» m Ëltisy F(dynesi«» researehes^ tome II, page S,

i68 BfiSCRIPtION

les aperçut pour Ma première fois, le 9 septembre 1773. « Après avoir mouillé à l'entrée de la coupure du récif, près de la pointe sud par dix -sept brasses d'eau, on employa toute la journée à touer ^les navires dans la baie. L'aspect des environs * ressemblait beaucoup à celui des terres de Taîti , car cette ile étant trois fois plus grande qu'Ouahine, contient des vallées beaucoup plus grandes et des montagnes plus élevées. Cependant, elles n'attei^ent pas les dimensions de celles de Taîti; entre elles on trouve une vallée ql^armante, entourée d'une forêt d'arbres de différentes espèces et de buissons épais. Un ruisseau la traveria , et d^ns plusieurs endroits jaillit en cascades le long des parois de grands rochers ou sur Je» flancs de précipices (!)• »

Dans une course vers le sud de l'tle, ce naturaliste trouva le pays fertile et le peuple hospitalier. Il arriva de bonne heure devant un monument auquel les indigènes donnaient le nom de Mardi no ^aroutty qui paraissait être le tombeau élevé à la mémoire 4* un chef puissant du nom de Paroua. Cet édifice avait une longueur de soixante mètres environ, sur uQe largeur de cinq mètres; ses parois étaient formées par de larges pierres atteignant une hauteur de deux mètres et demi ; en montant au-dessus , on trouva tout l'espace intérieur comblé par un caillouiage de coraux.

(1) G. Fonrter, A Voyage rouné the ffyrld t. II, p. i39 et 390,

A quelqti^s milles au sud AeHantaniinOj se trouve *•« devaoaan situé le port de yaoaara. Forster le représente œmme une baie spacieuse, contenant trois ilôts en dedans du réetf ; ils portent sur la carte de M. Duperrey» lès noms de Qrea , Totenoa et Toatnaro. Un de ces Ilote était secouyert de cocotiers et de buissons; on y remarqua aussi une hutte de pêcheur ; le pays autour de la baie était marécageux et rempli de *

canards sadvages (1).

Ce port fut primitivement le lieu choisi pour l'établissement de la station des missionnaires anglais dans cette lie, et les chefs de Tile y fixèrent leur séjour ainsi que la majeure partie de leurs subordonnés. En 1819, la population s'agglomérait de plus en plus autour de l'établissement de la mission, Tes alentours se défrichaient ,^4es cases s'élevaient de toutes parts et on y construisait une grande église. Mais ces travaux cessèrent lorsque cette station fut abandonnée en 1823. La chapelle, moins grande que celle d'Ouahiné , avait une largeur de douze mètres et des murs de trois mètres de hauteur; elle fut ouverte pour la première fois le il avril 1820, à plus de deux] mille quatre cents indigènes, habitants de rUe ou venus des terres voisines pour assister à cette cérémonie (2).

Il n'est pas à notre connaissance ^qu'aucun navire ait relâché dans ce port.

(1) G. Forster, à Voyage rounâ the Worlà , tome II, page 139. (î) EUis, Pùlynesian researcheSj tome If, pages 88 et 555.

170 osscaiPTiON

Les deus baies de la côte orientale de rtle ont été plus fréquemment visitées par les navires, mais quoiqu'elles soient préservées de l'agitation de l'Océan , par les récifs de corail qui brisent les efforts des flots^ elles sont néanmoins exposées à l'action 4es vents aUséSi et les navires n'ont d'abri parfait qu'auprès des yots situés à l'entrée des passes. 6aie opoa. qqqj^ mouiUa en 1769 dans cette baie^ qui, dit le récit de ce voyage, prise dans toute son étepdue, est capable de contenir la plus grande flotte. Elle est remarquable par trois petites îles qui se trouvent i son entrée, et qui sont désignées par les noms d'Oatara , Opourourou et Tamou. Non loin de là , ce navigateur vit un grand marai , qu'il désigne sous le nom de Tapa de boatea^ d'une construction très-différente de celle employée à Taiti poux les mêmes édifices. Il était composé de quatre murailles d^environ deux mètres et demi de haut, et de pierres de corail dont quelques-unes étaient très-grandes. Il remarqua aussi le modèle d'une pirogue, auquel buit mâchoires d'hommes étaient attachées , c'était fort probablement un symbole d'invasion ou un monument de la conquête de rtle.^M. Banks et Solander , en continuant leur promenade malgré les approches de la nuit, virent aussi une espèce de figuier dont le tronc ou plutôt l'assemblage des racines avait quarante-deux pas de circonférence (1), Le district d'Opoa n'est pas étendu, mais sa terre

(1) f^oyageê du capitaine Cook , tome I, page 118, Paris. 1811.

lïl

estTÎcfae et fécQode , ef l'agriculture y est eu progrès. Ce district formait le patrimoine héréditaire de la famille régoMta; il était la résidence habituelle du chef et de sa famille» et il contenait le plus grand marea de l'ile , temple où étaient adorés les dieux les plus P0do.utés et auxquels on a{^rtait des offrandes » non-^ seulement de tous les points de File Raïatea , mais encore de toute» les îles de l'archipel. On voyait aussi dans ce lieu, les vertiges d'un grand enclos dont les murs étaient formés avec des crânes humains. Ces horribles monceaux d'ossements parvenus à différents degrés de irélusté , provenaient en grande partie des victimes tombées dans les combats meurtriers dont Raïaleâ a souvent été le théâtre (1).

En 1834 9 envoyait encore les restes d'un marai situé sur le côté est de l'île, à un demi-mille du rivage; il consistait en une large pile de pierres élevées de deux mètres environ au-dessus du' sol ^ et formant un amoncellement ayant trente mètres de feog sur dix de large* De chaque côté il était enveloppé par l'ombre des grands arbres dont les branchas servaient jadis à supporter les cadavres des vietimes« Des i)ssements et des crânes étaient encore épars aux alentours (2).

La partie intérieure du district d'Opoa recèle un pari , ou forteresse naturelle , célèbre ; elle servait de refuge aux indigènes en temps de guerre , et avec quelques travaux on pourrait rendre cette position

(!) Ellis , Pùlynefian reiearches , tome U , p. 90. (2) Tbonuui Mightingale, Oeéank $heiehe$ . p. US.

172 I>fiSGRIPT10N

inexpugnable, au moins ponr'les forces des indigè« nés. Le rivage de la partie méridionale de la baie est orné d'un beau quai ou chaussée de rochers ooraligènes, etsur ce quai, une chapelle ayait été.édifiée à l'époque où la ferveur des néophytes s'appliquait dans tout l'archipel, à l'érection des 'édifices destinés au culte*, ouio^aoro. ^^"^ ^^^ ^^ dcvcnue le seul poiM où les navires relâchent, depuis que le siège da la mission , précédemment établi à Yaaroa, y a été transporté; j^le est située près de l'angle llord-est de l'Ile, dans un beau district fort étendu vers le nord. L'étendue du terrain de ce district, et la proximité du port, l'ont fait adopter par l'établissement des missions à l'époque où il ne laissa plus qu'un seul missionnaire sur l'île , et dès lors l'agglomération de la population a fait de rapides progrès; la transformation du sol fut si prompte , que dans une courte période de temps, on compta plus de trois cents enclos destinés à la culture du sucre , du café et du tabac. Uneéglise, des écoles, et une maison pour les missionnaires furent achevées en peu de temps , çt les demeures des indigènes s'étendirent en peu de mois sur une longueur de près de deux milles le long de la côte. Quoique l'aspect de ce district soit bien moins pittoresque que celui de beaucoup d'autres endroits de l'île , cependant il est impossible de ne pas éprouver un sentiment de, plaisir en voyant cet établissement propre, bien tenu, avec ses jardins, ses quais, ses écoles , son église, ses fraîches habi-

tàtioHS répa^ues sur un rivage naguère déisert et couvert de broussailles (i).

Cette éescrîptiôri Ise rapproche de celle donnée par le missionnaire américain Stewart; il dépeint ainsi l'aspect de ces lieux, qu'il visita au mois de septembre 1829 , sur la corvette des État-Unis le Vincermes^j dont il était le chapelain. En approchant de fei pointe nord de Raïatea , on distingue la chapelle et les crises de l'établissement, devant lesquelles se dresse un mâ( de pavillon portant les couleurs adoptées par la population , c'esj-à-dife un pavillon composé d'une large bândc blanohe entre deuB bandes rouges. Après avoir dépassé la passe étroite des récifs :j bordée de chaque côté par une petite île, on aât^iveau moui^age placé en &ce du village, à un mille et demi de la cbupée, et à une petite distance dti rivage. Lai tem apparaît riohement couverte d'arbres isolés ou réunis en touffes, recouvrant des végétaux de moindre dimension, des bananiers , des caïuaes à sucre et des buissons entourant et ombrageant les blanches demeui^es des habitants. Celles-ci se groupetit sur une ligne régujière, le long d'une seule me longue de deux milles, et sont adossées à des monts agrestes couverts d'herbes et de broussailles, jusqu'à ce qu'ils prennent la forme d'un rocher hardi, surmonté par un sommet aplati, dominant l'établissement et formant un point de re-

(1] Ellis, PolyneêianresearcheSf tome II, page 555.

i74 DESCRIPTION

connaissance remarquable à l'approche de la partie orientale de Tîle (1).

Les impressions de M. Moerenhout (26 avril 1830) diffèrent de celles qui précèdei^nt. La passe du nordest, dit-il, resserrée entre deux petites îles, offre d'abord un coup d'œil fort agréable. De là on découvre de suite lés premières maisons du village, assez considérable, parce que tous les habitants de rUey sont réunis. Raïatea,'quoique pourvue debdles plaines , n'a pas l'air de richesse de Taîti et d'Eiméo. Les montagnes, qui ne semblent former cfu'un seul pic, ont un aspect stérile; ce n'est qu'en approchant de la tefre qu'on reconnaît qu'il j a des plaines cou* vertes d'arbres et de verdure, et que tette lie, quoique réellement inférieure à Taîti et à Ëiméo , pourrait nourrir una nombreuse population. La baie n'est pas des meilleures; il y a uil grand fond , et il s'agit de bien choisir à cause dfs nombreux lits de corail qui se trouvent au fond, à une distance considérable de la terre. Pour le reste , la baie est sùrë, et l'on y obtient avec facilité de fort bonne eau.

La demeure dfs missionnaires est spacieuse et peut avoir trente mètres de long. Elle est située sur la pente d'une colline; il y fait frais, et indépendamment de la vue de la baie^ on y jouit de celle d'une grande partie de l'île âd Raiatea et des autres îles dans le lointain. Il y a aussi de fort beaux jar-

(1) Stewftrt, A Fitit to ihê nmtk <6a#» p. 26i.

GÉOGRAHIIQUE. 175

dins. Toute la base de la plaine paraît avoir été formée par le travail des coraux , et quoîquMl y ait de tous cdtés des plantations de taro, etc., qui, bien encloses , donnent à l'ensemble un aspect de civilisation, on n'y remarque pas cette belle verdure, cette extrême abondance , ces ruisseaux limpides de Taiti. Il y a même ici , de tous côtés , des eaux crou* pissantes qui infectent l'air et doivent occasionner des maladies. Cependant on doit ajouter, qu'une des choses qui étonnèrent le plus le naturaliste JBertero, et qui lui parurent inexplicables, c'est qu'à Taiti même, il y a beaucoup de marécages, sans néanmoins y déterminer de fièvres pernicieuses. Un petit chantier de construction est établi à Raïajea; en i830 on y voyait une goélette commencée par un charpentier anglais, et une autre pour le chef de File, à laquelle les indigènes seuls travaillaient, sous la direction du missionnaire Williams. C'était une opération immense et' qui avait lieu d'étonner. Raîatea est la seule île de l'archipel où il y ait eu de bons charpentiers, et de bons forgerons indigènes (1).

A moitié chemin, entre Opoa'et Outoumaoro, M trouve fin lieu nommé Mahapoto, où était le siège du temple principal de l'Ile, et le séjour de la famille régnante. La côte présente sur ce point un profohd enfoncement; les rochers a' élèvent presque per«*

(1) Hoerenhoat, Voyage aux Ues du çrand Océan , tome I , ptge 348 et mûraiitef.

pendiculairement sur le rivage dans quelques portions de cet enfoncement y et la surface toujours calme de la mer s'avsaice de un ou deux soiilles dans rintérieur. Les rives de cette anse paisible sont couvertes de sable, de croquUles, et de coraux brisés; plusieurs petites vallées viennent y aboutir, et les habitations des indigènes ne s'y montrent qu'au travers de l'épaisse ramure des h^iscus et des pandanus, pendant que des plantations étendent leur culture, en plusieurs endroits , des bords de l'eau aux pieds des monts. Les ruisseaux qui y parcourent un cours rocailleux, de la tête des monts à l'Océan audessous, et les montagnes éloignées de F intérieur, combinent leurs effets pour former, sur ime petite échelle, un des plus beaux et des plus agréables paysages qu'on puisse voir (1).

iLc taha. Les renseignements recueillis sur l'Ile Taha ou

Tahaa sont d'une extrême pauvreté; ils sont consignés en entier dans la relation du deuxième voyage de Cook, qui envoya, en 1773, ses embarcations faire le tour de cette île. Le lieu** tenant PîckersgîU, qui commandait cette corvée, aborda d'abord dans une belle baie située sur le côté oriental de l'île appelé Bamene. Un grand «ombre de pirogues étaient rangées le long de la côte, devant la maison du chef, nommé Oiah. Le lendemain il doubla la pointe septentrionale de l'île, toujours accompagné par ce chef, et il vit sur sa^roiite, en

(1) ElHs, Polyneiian researehei , tome II , page 6.

GÉOGRAPHIQUE. . iTÏ

dedans du récif, de longues îles basses .eouvertes 4e palmieps e^ d'autoes arlures; elles sont désignées sur la carte s(his Iqs seuls noms de Wenmvoiy Tauhea^ Uatahiraj Tahutu et Touiau, quoique leur nombre soit bien plus considérable; un peu sm sud de la pointe nord de l'île il s^rrèta près de la demeui'e du grand chef de l'île, qui se nommait Bobay et q/ai la gouvernait en qualité de vice-roi du conquérant Potmi chef de Bora-Bori. Il acheta dans ce lieu d'excellentes bananes, puis après quelques démêlés avec les habitants, qui se terminèrent par quelques coups de fusils Cirés en l'air, il atteignit le lendemain le district de fiartirtia, sur la côte occidentale de l'île, et ensuite le fond d*une bbîe appelée ApotapotOf où il vit une des plus vastes maisons de toutes les lies de la Société. Elle était remplie d'habitants et même de différentes familles; elle semblait plutôt un bâtiment public élevé pour servir d'asile aux voyageurs, comme les caravansérails de l'Orient, qu'une habitation particttlià^e (i). Gomme on levoit la géographie de cette île haute et assez décoi^[>ée, est encore à faire.

Les récifs dé corail qui enceîgnent Raîatea et Taha, ^^a. déploient souvent un des plus beaux spectacles que la mer puisse produire, l^loignés en général d'un à deux milles du rivagp ^ ils abritent la surface de la mer comprise dans leur enceinte et rendent ses

(î) G. Forster, Voyage roun^ the lOorW, vol. I^ page 311 et suivan&s.

eaux tranquilles et transparentes, pendant qu'au dehors TOcéan agité au moindre swffle (te la brise, soulevé par Taetion constante des vents alises , roule incessamment ses puissantes vagues vers les rives orientales de l'île, et les jette avec une extrâme violence contre une barrière infranchissable, large de vingt à trente mètres. Les longues houles de Tocéan Pacifique viennent terminer leur carrière sur le récif, et leurs flots, arrêtés par cet obstacle, s'élèvent, sur une ligne non interrompue d'un mille à un mille et demi , à la hauteur de dix , douze et quatorze pieds au-dessus de son niveau ; puis inclinant leurs tètea écumantes, elles se déroulent en blanches spirales, scintillant aux rayons du soleil des tropiques des couleurs de Tarc-en-ciel. Avant que l'œil ait pu suivre le mouvement d'ascension de ces eaux tourmentées, elles retombent avec un mugissement profond , en magnifiques cascades, et se répandent en gerbes d'écume sur la surfoce horizontale du mur de corail.

Il est à remarquer que dans les ties de rooéan Pacifique, les coupures des récifs coralîgènes se trouvent placées d'ordinaire en fece des grandes vallées qui déversent un cours d'eau dans TOcçanî peulrêlre n'est-ce qu'à ce phénomène singulier de l'histoire naturelle des remparts marins de ces îles, que sont dues les ouvertures qui favorisent l'accès et la sortie des navires.

M. Ëllis indique et décrit quatre passes dans les récifs de la côte orientale des lies Raïatea et Taha;

cèsont i en allant du Bord au sud , Tormhahoiouy TeavapHîj Ttpaemaou eX Avâmoa. ^

La première, située en face de la pointe sud de nie Taha, permet l'entrée d^ la baie Hamene; deux ebarmatns ilôts décovent cette entrée. Le plus grand , désigné aur la carte soûs le nom de Wenuaïa, a'a pas plus d'un demi-mille de circonférence, mais tous deux sont couverts de frais arbustQs et d'arbres toujours verts. La passe da Teampiti a debx entrées (comme son nom l'indique dans Ti* diome des indigènes) ; die est située un peu au sud de la bai&*OuU>umaoro, dont elle ouvre Tàccès aux navires; on y voit aussi deux ilot%, couverts de bois/et de verdure, sur lesquels sont disséminées des huttes de pécheurs ou de voyageurs, attenâmt Iemome«(t favorable poup appareiller.

Ces deux entrées servent aussi au passage des navires qui vont gagner le mouillage de Hamaniind. Ils se dirigent , entre les deux grandes îles , par une route qui demande de l'attention, car elle est semée de bancs de corail ; ik atteignent ainsi plui facilement ce mouillage, situé sous le vent, que s'ils ^ s'en approchaient par l'ouest.

L'entrée de Tipaemaw (nom qui signifie tirade débarquement sûr ou permanent) est située 4 plu-* sieurs milles au sud de Teiwt^iÉi, et presqu'en face de la vflljée de' Mahapoto\ l^iè est bordée par des- îlots platoés à l'extrémité de la ligne des récifs^ Us n'ont pas plus de un mètre d'élévatiaa au-dessus du niveau de la mer, et sont tapissés de verdure au

480 DESCRtfTION

milieu de laquelle %'élèveDt plusieurs cocotiers aw troncs élancés. Avamoay ou l'entréfe sacrée, qui coadiiit au mouillage d'Opoa , e^t agssi dotée d'une petite tle sur taqudle croissant quelques c0cotiere. ;. > •

Outre ces passes , la carte de M. Dupèrrey en contient plusieurs autres. Deux au sud-est de l'île, près desquelles gisent les tles Hetu/na et Oninumou. tkte au suddeTile, reconnaissable à TUot qui porte le nom à'Âchatef et qui parait être le plus gros de tous ceux assis sur la base des récifs. Enfin, sur la .côte occidentale de Tile, on ^oit encore la passe* étroite de la baie Yaiifaara et les Ilots que nous aidons déjà nommés , puis celle île la baie Hamanifvio , bdrdée de diaque côté par les Ilots Tafiouoe au nord, et Te roa au sud. .'■

Tous Q&$ ilotfiT sont d'excellents points de^vecon* ntii^sance, et servent de résidenco temporaire aux pêcheufs qui vont y attendre, à certaines épeques de l'année, le passage d'un poisson qu'ils nom^ meut Operou (Scomber de Linnée), et de diverses autres espèces qui visitent périodiquement ces ri* vages'. »

. Le. chiâVe 4e la population de Raiatea e$t epcore plus incertain que celui des lies voisines) nous ne connaisisoiis de base que^ci^Ue dopnée par le missionnaire Ellis, lorsqu'il meiitîpnhe le chiffre de^.fleux mille quatre cents Qdèles accourus de ceKe tle,et des Iles voi^ibés pout aissîster à l'ouvertmfre du nouveau temple de U nifesiôn , él la remarque du mission^

GÉOeRAPHÏQUE. 181

Baire Wiltiains, qui, lors d^un repas donné par las chefs de l'île au capitaine Wôldègirave du Seringa-^ painâm, évalua à mille le nombre de» indigènes qui prir^t part à ce banquet (1). Ete.i820, les n^issionnaires anglais évaluaient à miite le nombre des indignes réunis autour de leui: station (2). Â l'aide de e€is.^ux nombres pn peut supposer à cette ile ^pc^ulation de quinze cents à deux mille iialytants. L'île Taha, d'après M. IVI^erenhout, contiendrait une population de miilç âmes (^),

La plus grande longueur de Raîatea, du nord au sud» est d'environ quatorzejnîlles; sa plus grande largQjur de Test à l'ouest, neuf milles. Sa circonférence mesure à peu près cinquante-huit milles; sa superficie petU être évaluée à enviroa.oent trente-^ six kilomètres carrés. ' .

hA mêmes mesures donnent pour l!.ile Taha huit millels» pour la grande longaeur de l'ile du sud-est aun0rd-ou69l,*$ept milles pour la plus grande largeur de Test à l'ouest. Vingt-sept mHles de circonférence , et une superficie approximative de quàtf e-vingtquâtre yiomètres carrés. *]

Cent quinze milles séf$!arent à peu prés Raîàtea de File Taiti, et cent d'Eiméo. Taha est éloignée de quelques milles de plus de ces deux Iles.

(1) Williams, A Narrative ofmissionnary enterf^Ues^ page 1 92.

(2) Missionnary register, n9 de mars 1822 , p. 99.

(3) Moerenhout , Voyage aux iles du grand Océans tomel ,

Croupe du svdresu

Ilots - Cinq ilots fkommés Rimatou , Onehoa , Motomm ^ Boaiere et Reiona sont réunis soxi» le nom collectif de Teiouaroa^ qui signifie en taïtien la mer longue ou éloignée. Un récif de corail les euTironne, et n'offre qu'une seule ouverture daçs le nord^ouesl, tout au plus praticable à de légères embarcations. Ces îlots , fi^s sur une base coraligène , sont à pane élevés d'un mètre au-dessus du niveau de la mer, dans leurs parties les plus hâute«;* le sol qui les recouvre est composé de sable , de fragments de corail et d'un mélange de terre végétale* Des touffes de cocotiers recouvrent leur surface.et leur donnent un gracieux aspect. De loin , les arbres semblent $ortir du sein de la mer, tell^ent le niveau de, la terre est bas sur la surface de l'Océan. Les racines et les troncs de plusieurs de ces cocotiers sont même baignés par Técume de la mer jaillissant sur le rivage j^ ou par les marées, lorsqu'elles s'élèvent un Heu plus haut que d'habitude.

Ces îlots faisaient partie duflomaine héréditaire de la famille régnante de Taîti. La principale occupation de ses habitants était la pèche, qui pourvoyait à tous leurs besoins. Us eurent beaucoup à souffrir dans les guerres de la fin du règne de Pomaré et du commencement du règne <}e son successeur. Leur nombre décrut beaucoup, et leurs relations s^vec Taïti diminuèrent considérablement. Les îlots Te-

atOQRAPHlQUE. 183

touaroa n'étaient pas seulement des lieux de pêche renommés, mais encore ils avaient aussi une certaine réputation de salubrité dans Tarcbipel ; la famille régnante les» considérait comm^ip un lieu de ^isaneeoù elle allait prendre des bains. Les chefs s'y rendaient en troupes nombreuses , pour s'y livrer & des parties de plaisir^ semblables à celles des indigènes des lias Marquises sur les lies Motane et Fetou-Houkou. L^ femmes des hauteslslasses y résidaient aussi pour haapoii , c'est-à-dire pour accroître la corpulence de leur personne par la bonne chère .et le repos , et pour se dépouiller , à l'ombre, des teintes sombres de la peau , produites par le soleil de Taiti« €es communications étaient si fréquentes autrefois, qu'on voyait jusqu'à cent pirogues de Taïti, tirées à la fois sur les plages de Tetouaroa (1).

Au mois 'd'août i813, les missionnaires Ëlder et Wilson estimèrent, la population de ces Ilots à trois cents habitants.

L'étendue de ce petit groupe placé à vingt-trois milles dans le nord de la pointe Yénus, pointe septentrionale de Taïti, est insignifiante. Elle ne dépasse pas trois milles dans sa plus grande longueur dé l'est à l'ouest » et sa superficie échappé à une évaluation approximative. <l

L*île Màitia (2), d'origine volcanique, élève à ilkMaïua,

(1) Teturoa, Tethuroa, Tethuaroa, Fugitiya de Quiros, Oumaitia i

de Bougainrille. *— Très hermanos de Bonechea.

(2)Matea, Maetea, Haitéa, Desena de Quiros, Osnabmck de i

Wallii, Boudoir de Bougamyîlle. San Chrifttoral de Bonechea. ^

i84 DESCRIPTION

une hauteur de quatre cent trente-cinq mètres environ au-dessus du niveau de la mer (1)> un cône soU taire, en partie revêtu d'une fraîche et riante verdqre. Foyer éteint d^un ancien volcan, elle se montre à Thorizon comme un sein mamelonné ; sa base est formée de colonnes prismatiques, rangées avec la symétrie ordinaîjee des coulées de basalte^ tandis que quatre ou cinq pitons décharnés découpent le s0tamet et marquent les contours du- cratère. La végétation est très-acti\e sur toute la surface de Maîtia; seulement elle ne commence à se développer qu'à une certaine distance du rivage , là où la mer c^sse de déferler avec violence. Le rebord est nu , maps les cendres volcaniques et les matières brûlées qui le constituent tranchent avec le vert du feuillage par les teintes les plus vivement colorées , depuis le rouge foncé jusqu'au noir intense. Au niveau de la noier, une ceinture de coraligènes défend cette île qu'il est trèsdifficile d'aborder avec des embarcations (2). Maîtia ne présente déjà plus l'aspect des îles basses Pornorou ^ mais des sommets touffus , coupéi^r de sombres et fraîches ravines, des torrents, des arbres de haute futaie , une riche et luxuriante verdure , des plateaux cultivés et des habitations cachées sous des berceaux de cocotiers. La partie populeuse est située au sud de l'île; les maisons paraissent propres et

(1) Beechey, Narrative of a voyage tp thepacific, etc.y Part. I , page 195.

(2) Lesson , Voyage autour du monde , etc., tome I y page 236.

eotourée^ ^ndios. On y remarque une chapelle, bâtinijent ovale, église de toute l'île (1). ^..

Cette tle est exbrèoienient fertile à riotà^ieur : le fruit^à pain^ le t^dro , les bana&es , les noix de. (XAo^ mm (pie tous les autres fruits de Tàiti , s'y trouvent en aboodanee, et l'on y voit plumeurs sources d'eau excellente; mais die est d'un aiK>rd.si difficile que les plus petits canots n'y débarquent qu'avec peine. On y trouvait en 1832 des arbres si considérables qu'il était très^diffîcile d'en opérer le transport. Les plU3 gros étaient situés, comme à Taiti , près des Mj^ des Marais, et le&r nombre prouvait que Ttie^ a*^ eu jadis un grand nombre d'habitants ; à k âlème époque, il n'y en avait guère ^ue vingt ou trente en permanence. On y en voit rarement plus de cent ou deux cents , et encore ces derniers ne sontils souvent que' des voyageurs qui s'y arrêtent pour attendre des vents favorables (2). *^

D'après là carte déjà consultée de M. Duperrey , la plus grande longueur de Ttle ne d^asse pas en longueur un mille et demi du nord au sud , et un mille de largeur de l'est à l'ouest ; la circonférence embrasse un contour de quatre milles environ.; la superficie est insignifiante. Cinquante^sept milles la séparent des rives orientales de Taïtî, dont elle est la sentinelle af ancée dans l'est.

(1) D'Urville, FoyagepiUoresque, etc. y tome l^ page 525. (2)Moereiihoat, Foyi^e auo) iles du grmi Océan, tome I,

1^ ■ DESCRIPTIOW

iLBs TouBooàï- Les îles Toubouat-Manou (4) , les plud occidentales ^^^^' du groupe sud-est, sont au nombre de celles qui ont élé le moins visitées par les navigateurs» Maoéeshors dé là routé de% navires qui de Taiti se dirigent vers les lies du groupe nord^ouest , elles ont presque toujours été reconnues à grande distance. Le capitaine WaUis» qui Jes découvrit le premier^ parait être celui qui les a explorées de plus près. La plupart des relations dé voyages ne désignent qu'une seule terre ; M. d'Urville même , dans son Voyage pittoresque , ne mentionne qu'une seule île, qu'il représente comme assez élevée au-^dessus de là mer, entourée de brisants , ayant quatre milles de diamètreau plus «t peuplée de deux cents habitants (3).

Les missionnaires anglais, qui ont publié leurs observati^is sur l'arohipelTaiti, n'ont consigné aucun détail intéressant sur ees iles; M. BUis ne parle non plusqQéd'uneseul6tle,dontiec6ntre,d'aprèsWilsoB, forme une montagne à double pic. La plus grande partie de rtle avait une apparence fertile ^ et son rivage abondait en cocoiiai^s. Ses habitation^ paraissaient petites et peu nombreuses (3). Nous avons cru devoir en indiquer deux, d'après la carte dressée par M. Duperreyi qui les place à trente*cinq milles dans l'ouest de i'tle Ëiméo. La plus orientale de ces deux îles est aussi la plus grande; sa plus grande longueur

(t ) Sir Charles Sannder^a bland et Wallb ; Pelada de Bonechea ; eUes paraissent aToir été désignées aussi sous le nom deHuoiti.

(2) n*Urrille, Voyage pittoresque, eie.f tome 2, page 542.

(3) Wilson a mùiionnaryy Fayagein ihe shipDuffj efe.,page 37.

QiOGKAPVlQUE. 4^7

du nard au sud eê%â^ quatre mîtled; la ptUw grande }ar||evnr de Teat à l'ouest , trds milles et demi ; s4ii contcKir iliesiire «Hfiron douze Riill^. pes brisants défeitdeotMsiiwds, surtout Aam la partie orientale. La petite lie a'a qu'un mille» et demi à deux miltes de longueur, et on mille à un mille et demi de lar^ geur« Son oan^our ne dépasse pas cinq milles. La superficie de ces deux Iles peut être estimée à quarantip et un kik>n)ètres carrés. ^

,Si Taïti est 4j|,plus importante des il«# de T Arebi- ks eihéo. pel par T^^eiplue de son territoire et la beauté de son sol» Eiméo (l)estc^lleoii le paysage o$re les sites les plus^pittoresques, les points de Tue les plu^ attrayants et les plus gracieux. Tous cqAx qui ont séjourné sur ses birds s'accordent pour leur payer un tribut d'admiration. Deloii^^ ses montagnes agpestes, leurs découppres hardies y arrêtent l'œil du voyageur ; de pi^, l'enchantement s- accrdt à chaque pas, l6 pai^sage s'embellit d$ plus en plue ; uni£9rmément beau, il varie dans 1^ détails} ses aspects changent sans se dégrader; au contraire^ à chaque nouvelle scène on découvre de nouveaux cbiarmes inconnus encore, qui ont fait donner à cette tle le nom de reine de l'Ck^éanie. Vue de Taiti, Eiméo se montre sous la forme d'une terre bien accidentée ; plusieurs sommets très-déchirés semblent former l'entonnoir au centre de Tile , leurs formes variées étalent un

(l}£lle est plus généralement nommée par les indigènes Hourea ; c^est 111e du duc d'York de WaUis; Santo^nomingo de Bonechea.

f8S DESCRIPTION

richeftethteau de verdure qui s'étend jusqu'aux somisets les plus élevés; teur point culminant est éUvé, d'après les mesures prises par M. *Dortet de Tessan , de treize cent trente-neuf mètres au^lessus du niveau de la mer. Beaucoup plus coupée àé vallons que Tàïti , Einèo présenté des ravins , des précipices , les perspectives les plus bizarres et -les plus attrayantes ; une douce inclinaison du terrain forme en plusieurs endroits des vallées on ne peut plus propices aux entreprises agricoles » et partout , une eau excellente arrose et fertilise le sol. La ceinture des terrains bas près de la mer est très-étroite; mais les moBts^nes ne s'élèvent que par une p^e gi^duelle au nord de l'ile , et les collines intermédiaires paraissent être les partiel les plus fertiles du pays. Eiméo n'est pas seulement renâbrquable par l'ap- ' parenbe magnifique de ses beautés naturelles , mais aussi par la bonté de ses ports, qui senties meilleurs de l'Archipel : le plus important est celui de Tatou , un dès ancrages les plus sûrs et les {^us délicieux qu'on puisse trouver dans Tocéan Pacifique. Son véritable nom est Opounohou. Gook fut trompé par le nom d'un rocher nommé TareoUj situé sur la droite de l'entrée du port; de Tareou à Tatou la différence est légère et le nom du rocher a été pris pour celui du port. Depuis il a été adopté par les navigateurs (i). •

Port Le port d'Opounohou ou Tatou, un des plus

d'Oupoanohou "^ ' V

ou Talou.

(1) EUisy Polynesian reêearchesy tome I, page 160.

beaux ^u monde é*après Ellis^ est sif%è sur la partît nord de Tlle.; c'est le plus occidental des deux enfonpementl qu'on aperçoit «ur cette côte; \u de Fexléi'ieur, H montre sur sas rives un beau village et deux édifices qui de loin paraissent desconstrue* ti<His imposantes; l'un d'eux de forme hexagondie, est pladë sur la rive gauche de la baie.

A une diemi-eneâblure des récifii qui défendent l'orée de ce mouillage, b sonde indique un fond YÉmâMe de six à» quatorze brasses , et les coraux semblent intercepter tout passage à un navire, jusqu'à ce qu'on soit parvenu en face du port. Alors on voifla passe qui est large d'environ un quart de mille ; l'eau très^profonde, et si transparente, quW peut voir distinctement le fond eties ramifications sous- marines des coraux ; cette entrée conduit dans une baie délicieuse ayant environ deux milles de largeur sur une profondeur de trois milles. De beaux arbresombragent délicieusement ses bords et aucune agitation ne se fait sentir sur la surfaee de la mer , quel que soit le vent , tellemwt les terres offrent un bon abri. Une petite lie couverte de bois orne cette baie ; une rivière , que des canots pourraient remonter un mille ou deux , vient y décharger ses ondes, et présente aux navires une aiguade des plus faciles. On peut mouiller à toucher t^re par dix brasses de fond et s'amarrer au rivage en entourant un arbre des replis d'un câble (1).

Le port d'Opounohou est probablement celui que

(1) J.Wilson amisèiomary.Foyuftl^ intkeêfjfp. Duff^ etc., p. h2.

19& DÉSCRIPTIOU

M. MoereAiM)lit a visité en i830. il le plaeeau nord» ouest de Tile Ëiniéo ^ et il signale un banc de co* rail qui barre l'entrée^, de sorte qu'ocAefti oMîgé de louvoyer pour l'éviter et pour gagner le fond de la baie. On peut venir à l'ancre en dehors du banc par dix-huit brasses de fond, mais c'est un endroit fort dangereux d'où il est diffîcilo^ d'appareiller. Cette baie, contiajue M. Moerenbout , estiej^eeUente] quand on peut doubler le banc, ce qui le pli» i^puvent n'est pas, à ce qu'il pai^it, irès-pénîble. Elle est spacieuse et de plus pittoresque. A Touest le ritage garni d'habitations ressemble à celui de Papeiti (sur Taïti). A Test s'élevepl; des montagnes cou-» verbes d'une rielie végétation et au fond s'étend une plaine qui, montant graduellement, se termine par des montagnes des plus singulières. Ce sont des pies qu'on prendrait pour des châteaux ou des forts sur* montés de tours; excellents signaux pour reconnaître l'entrée de la baie ; maïs cette localité a l'iacon** vénient de nourrinia tel nombre de Moustiques, que les premières nuits il est impossible de dormir, même abord. Aussi ne la copoai^on guère «ufourd'hui que sons le nom de Bme 4es MmUiques (i).

Vers la partie occidentale du havre se trouve situé le village de PapetoaijX^ première et là principale station des missionnaires anglais sur Eîméo. U est formé par une réunion de petites cases blan-

(1) Moerenbout, Foya§ê aux îles du grand Océan ^ tome I,

à la chaux pp9f la plupart ; la cha^Ue est la ^s|)leiidi4^.(le tout l'Archipel , c'e^t la seule qui soit Datiez pierres. Elle forme un bâtiment octogone de vingt m^res 4e longueur euviron sur clique fdC6| bien rôcrépi au dehors, couatruit en blocs de corail d'un pq(î par&it qui jouwt la pierre de taille. De beaux baocs et une tribune en bois d'Artocarpus composent ;$ûn mobilier (1). Une allée asse^jgrjpable oonduît de l'église à la maison du missionnaire, paiement spacieuse et belle, et l'on tra-« verse ui^ beau jardin avant d'arriver à la maison même, qui se montre favorablemeot en raison de sa situation un peu élevée (2).

L'édiûcequi sert d'école est situé près de la mer . sons un groupe de cocotiers- Il servait de cbapelle avant la construction du temple voisin^ et fut érigé aux frais d'un habitant .de I/ondres ^ui fît don des objets nécessaires pour cet objet. Sa longueur est d'environ vingt mètres, mjiissa largeur n'est pas pBO» portionnée à cette longueur , à cause dçs accroissemepts successifs qu'il a subis à mesure qjie le nombre des écoliers a augmenté. Se% murs à jpiir laissent pénétrer abondamment l'air et i| lumière, quoique dépourvus de fenêtres j une grande porté ouvre les deux extrémités aux élèves de tout âge qui viennent* s'asseoir sur des bancs bas et étroits.

Le sol , dans les environs deï^apetoaï, est couvert

.(i)]>1|r^lle9 FoyagepiUoreêque^ etc.j tome I, pa^^35. (2) Moerenhoat , Voyage aux îles du grand Océan , tome II, page 345»

1&2 ^ BKSCaiPÏIÔN <

d'un richë^terreau végétal , méïdBgè de terres d'^« luvion entraînées par 1^ eaux des nxQi^tagnes enfi-* ronnantes, qui, en général, sont couvertes d'une terre grasse et épaisse ou d'ocre d^un brun rouge. De grandes plantations pourvues de tous les produits 4e ces climats, environnant rétablissement des missionnaires; cependant une grande portion des vallées adjacentes est inculte, et ne nourrit que des herbes inutiles où d'épaisses brdussailbis , «roissant avec toute là vigueur qu'une atmosphère humide, un soleil tropical et un sol fécond peuvent donnera la végétation (1). L'intérieur des récifs reflète sur une mer calme les contours riants de la côte; une course en canot offre un délicieux panorama qu'on ne se lasse pas d'admirer. Lorsque la puit vient tempérer l'ardeur du jour, le paysage voilé par les ombres naissantes laisse de douces impressions à l'étranger; tandis que le bruit successif et régulier de la mer heurtant les récifs extérieurs, emprunte au calmé de la nuit , un son creux et lourd , qui rappelle, nouveau Contraste, le bruit des voitures dans une grande vMlê.

A r^xtrémitéoueÀdePapetoaî, se trouve une point de tenre qui porte le nom de^ Onaeva. Elle est célèbre à la fois dans les annales du chri^ianisme et du culte primitif. JJn célèbre, ijjaraî s'y trouvait jadis, et ce fut là que le prêtre Patii, converti soudainement, brûla pudiquement les idoles qui y éiaieiU

(1) EVfc, Polipreswn researcheg^ tome l^iiskgc \(i4.

çpfHeQues à uœ ^quaoù une pareille démonstration cle foi était un sacrilège. ^

 Test du port Opounohou , la côte présente un Hamde Paopao enfoncement qui esl^ indiqué sur la carte de M. Duperrey, sous le nom dé Parau-roa. M. Ellis le désigne sous celui de Havre de Cook; mais il parait que son vérijaidg »olia est Paopao. Vu de la Iner, tes récifs paraiÂRâit en barrer l'entrée; cependant il paraît posséd* une passe praticable. Ce havre est aujounfliui inhabité ; quoique spacieux /le voisinage du pM^i^pounobôu dont H n'est séparé que par une haute %ûontagne, lui a enlevé ses habitants et le prive de la visite àes navires.

La haute montagne qui sépare ces deux baies , n'esfjointe à la terre que par un isthme étroit; elle était désignée dans les traditions desindigènes comme un lieu,de séjour des esprits ténébreux et malfaisants. Cette montagne, disent ces légendes, était autrefois unie à la chaîne des sommets de Tile, et ne le cédait à aucun d'eux en dimension ; mais une nuit , les génies du lieu résolurent de la conduire aux Iles sous le vent, et commencèrent leurs efforts; mais à peine l'eurent-ils détachée de la grande terre , que le jour parut , et ils furent obligés de suspendre leurs travpwx. Dès lors elle est restée telle qu'on la voit aujourd'hui (1).

La petite baie nommée Afareitou , formée par yne sne Aiàmtoa. courbure elliptique de la côte , est skuéesur la face

{{) Ellis , Polynesian researches , tome II , p. 90.

i94 OEfiCRIPTlON

orientale éê l'Ile, vi9*i«vi$ le district a'^lbbouroii sur Taîti. Une ouv^ture dans les récifs permet aux navires de petite dimeiision de relâcher sur ce points qu'une petite île caraligène , oriiée de deux ou trois bouquets d'hibiscus et de cocdtiers aide à reconnaître. L'jétendue du district qfuî entoure cette baie , sa futilité, ses ressources naturelles le .rendit un des meilleurs de Ttle. U comprend deut vaUée^ou plutôt une grande vallée divisée par une élroite chatue de collines « descendant des mafetagnes^entrales vers le rivage* Le sol du fond de la jp^M^^st riche et fécond, abondamment pourvu de cocotiers et de fruits à pain. Les mon tagnfs. environnantes sont revêtues d'une exubérante végétation , qui tapisse jusqu'aux sommets des points culminants de l'intérieur. Plusieurs larges cascades répandent leurs filets argentins sur la croupe des monts , et forment d'admirables contrastes sur la couIe\ir du feuillage sombre des arbres magnifiques et des buissons en fleur qui bordent leurs cours. Des ruisseaux s'alimentent dans ces cascade^ et arrosent la vallée ; un deux, recevant dans son lit les e^x trîbulaîreg de plusieurs ruisseaux, grossit à certaines époques de manière à former ce qu'on appelle dans ces îles une rivière, et serpente au travers les portions les plus riches du district avant de se mélanger ai^ ondes de la mer. Malgré cette abondance d'eau ^il n'etiste aucun marécage entre le rivage et les montagnes. Le sol est élevé, il est nôn-seuleiùent remarquable par sa beauté > içais en outre il est sain ^t

sec. Vzhcmd9S0^ ^de seeL produelÎMt natitreUfis, r^parente salubrité de rair, le aomf^e des cours d'eau, ia proximité d'uû porf, rendent cet endroit on ne peut plus foforable à un établissement (1) t Ce fàt dans ce lieu que les missionnaires aoglale fondèrent eft 1^4 une étoole où Ton enseignait à leurs enfants les eonnaissanees d'un ordre plus élevé que ceUas proldssées dans les écoles primaires de chaque lie. Cet établissofioient reçut le nom pompeu:( àe Souify Sea Amdetntff Académie des mers du Sud. Ce fut ay^ là que la pressa de M. Ellis, foncjtionnant pouK la première fois , produisit les livres écrits dans le dialecte taiiien qui devaient servir à don* ner aux indigènes la conuaissauce des Écritures saintes.

Afareilou» dit le missionnaire Stawart, est un lieu charmant entouré par un paysage magnifique. L'Académie des mers du Suâ , la chapelle et les habitations des insulaires se développent en une longue ligne blanche autour de la baie , au bord de la mer.. Derrière, des mtntagnes s'élevant presque perpendiculairement à plus de trois raille pieds de hauteur, présentent )ane scène délicieuse à ceux qui naviguent dans la baie, et montrent quelle beauté les arts et la civilisation peuvent ajogt^r aux splendeurs primitives d'un pays sauvage. Sur la petite île située sur les récifs en face de rétablissement , om

(1) EUis» Polynuiitn mearehes^ tome I, p. 160.

jouit de b perspective la plus comj^Hitédela bftieet des montagnçs qui la dominent (1). ^

La partie supérieure d'une de ces montagnes e^t traversée par une ouverture de huit à neuf pieds de diamètre 9 qui, vue du bord de la mer, ressemble au trou fait par une balle. Ce bizarre jeu ée la nature, était autrefois attribué à la colère d'un dieu, qui, dans un moment d'humeur belliqueuse , traversa le rocher d'un coup de sa lance formidable.

La communication entre Papetoai et Afareitou , les deux stations des missionnaires anglais, situées aux extrémités opposées' de l'Ile, est assez fecile; in- . dépendamment de la voie maritime ouverte aux légères embarcations qui côtoient le rivage , il existe plusieurs routes par terre. La principale suit les bords de la plage jusqu'à Papeare, à quelques milles au nord d'Âfareitou , . puis montant sur le revers des collines basses, qui touchent presque à la mer, elle traverse la haute chaîne orientale des montagnes de l'He, et conduit à travers lés défilés et les ravins de l'intérieur aux rives de la baie Opoundhou. On peut aussi passer par un village nommé Tcmae; sur cette route , il faut marcher pendant l'espace de trois quarts de mille sur les bords d'un lac, en ayant de Teau jusqu'aux genoux^ mais l'aspect des lieux, la vue des plantations , la beauté de la vue, compensent amplement cette fatigue.

(1) Stewart, a Fuit to the south inthe U. S. S. Fincennes, page 254 .

Le |oO de Tamai ou Tamae, est située sur le cèté UedeTamai. nord-est d'Eigaéo, entre les montagnes centrales et la mer. Spacieux et tranquille , il reçQit des »tes voisins u» éharme paHiculier, Il est aUmênté par des rivières d'un petit volume , mais nooibreiises, qui prenant leur source dans les hautes tesres, roulent sur des lits rocailleux , serpemem dans de profondes ravines, et conduisent leurs ondulations * à travers toutes les sinuosités des vallées vers la mer. Ce lac est pourvu de poissons, et en outre nourrit beaucoup de canards sauvages.

Mais la manière la plus agréablede' so rendre de Papetoaï à Afareitou, est de suivre la côte dans une embarcation; la transparence des eaux permet de voir non-seulement le fond, mais de distinguer même les mouvements des poissons. En même • temps la vue de la terre offre une succession de charmants sites, JDans une course semblable , le missionnaire ËUis indiqup différents noms de lieux, jsaas indiquer leur position exacte; nous inclinons à penser qu'ils sont situés sur la côte occidentale de rUe, sans avoir cependant de motifs irrécusables (itf^urjustiiier cette opinion.

A oinq milles de Papetoaï, il débarqua à Tiaiepouaa, résidence habituelle des chefs d'Eiméo ; reprenant sa course, ils'arrêta à AHmaha, à vingt milles environ de Papetoai. La vue sauvage et romantique de ce district lui parut délicieuse. Il remarqua des vestiges de pavés et diverses traces d'habitations anciennes, qui indiquaient une dépopulation affligeante} les

498 DESCRlPtlOM

mom^i^tte» dboBdmeiit dans cet endroit boisé, kiais kumîde* Le lendemain, il descendit, à terre à Hbmtea , et ^gna Afareitou y à travers le di^trîec de HavMe\¥)^ Da^DS le cours de son ouvrage^ il eife encore le nom de Teavaro comme celui d'un distriet prodie d'Afareitau ^ et celui à&Mcàarepay lieu situé prèfide ki pointe nord^est de Tile, d'oa il partit pour se rendre à Malavai , et qui probablement est situé en IsK^ d'une QCrtipuredu rédC

La earte de M, Diy>errey indique^ à Ttstrémité nord-est d'Eiméo un enfoncement qui nous pnratt être la baie 'Afareitou d'EUis; elle porte le nom de Ifetia, qui s'accorde avee lenom deMaatea, distriet voisin ; mais elle contient deux ilet3y tandis que Ëllis et Stewart n'enmentionneni qu'Ain seuL L'bjdrqgraphie de Tarcliipel Taïti repose {nalbeureusement ^core sur des bases peu certaines ^ une exploration nouvelle peut seule résoudre les doutes qui i^aissent à chaque instant* Outre l'Ilot de la bai^ Afareitou^le missionnaire Ellis ensigiiale deux autres à quelques milles au sud de Pap^oai ; recouverts par d'élégants easuarinas, ils étaient les lieux de retraite préC^^^ par Pomaré, lorsqu'exilesur Ëiméo il songeait à re- QOUYrer son autorité sur Tsâti.

Des rédfsde corail entourent File d*ËiméoeQnuiie un anneau, et n'offrent que peu de coupures^ Dans qu^ques endroits, ils s'éloignait du rivage à une distance d'un ou deux milles; dans d'autres^, ils le Joignent et suivent les courbures des terres.

(1) Bllb, Polymtian researekéSjiome 1, page 345.

La population d'Ëîroéo est fixée à différents chiffres : d'Urville Teslime à treize cents habitants, M. Moerenhout de douze à quinze cents ; EUis porte ^

à deux mipe^kr^ chiffre de^ habitants d'Ëiméo et de Tetouaroa. L'estimation est par conséquent limitée entre douze et dix-sci)t cents ftmes.

La pftts grande longueur de Tlle Ëiméo,du nordest au sud^ouest, est de neuf milles; sa {dus grande largeur de l'est à l'ouest six milles* Son contour embrasse environ vingt-neuf à trente milles de côtes et sa superficie petit être évaluée à aviron cent ein^ante*deux kilomètres carrés.

La distance qui sépare cette lie, la troisième de de l'Archipel poui: l'importance^ des autres lies, a déjà^^été bidiquée. Sa odle orientale n'est séparée de la côte occidentale de Taîti que par dix milles. Le porlRji^ounohou est situé à vingt*-trois milles de Mataia! et à seize milles de Papeiti. Afarâtou est séparé par vingt milles du premier de ces ports, et par douze milles du second.

Malgré l'ancienneté de sa découverte et le grand ilb taïti. nombre de navigateurs qui ont visité TaîHf la seule carte complète qu'on possède de cette lie est celle qui fut dressée par le capitaine Cook. Dans son premier voyage, en 1769 , il fit le tour de File dans une embarcation^ et donna le tracé de ses contours à l'aide des moyens hydrographiques employés de son temps. Plus tard, le capitaine Wilson entreprit une exploration de l'Ile par terre» dans le but de

200 »EâcRm'iaN

connaître le chiffre de la population ; il eut le soin de rectifier certains points défectueux de la carte da son prédécesseur , et de consigner dans son récit les délimitations des districts, leur^^^nce^^teur nombre, et les détails les plus intéressants. Malheureusement, il est impossible <^ savoir jusqu'à quel point les renseignements fournis par l/W|8on sont exacts, relativement à la division. territoriale actuelle. M. P. Lesson,dans la relation qu'ila publiée du voyage de la corvette la CoqvMle, a bien indiqué une nomenclature des districts de File, mais il nen a pas défini les limites ; il eût fallu un plus loi^ séjour ^sur les lieux , que le temps consacré à la relâche de la Coquille, pour acquérir des nations plus étendues, et tout. en mentionnant les documents recueillis par M. Lesson, nous suivrons le'^^llki du travail de Wilson , qui s'applique à la carte qng^us avons jointe à cet ouvrage, et que nous avoqs augmenté de toutes les rectifications consignées dans différentes publications, ainsi que nos propres remarques.

L'aspect de Taiti répond à l'idée favorable qu'on se fait généralement de cette terre tant aimée des anciens navigateurs, qui tour à tour sont venus y puiser comme dans un lieu privilégié, désiré et admiré de tous, les plus agréables impressions. Tous en ont conservé un doux souvenir, et dans toutes les relations de voyages , Taâti occupe une place réservée; elle est le sujet de la prédilection des marins des siècles passés, dans ces mers si peuplées d'tles et de terres riante*

GtOORAraïQUE. 394

Ses hautes montagMs apparaissent souveat par un temps clair à plus de trente lieues de distance , mais fréquemment les vapeurs chassées par les \entsalisés s'arrêtent sur leurs fkncs et dérobent la vue. des contours de la terre à mesure qu'on s'en approdie. L'Ue Taîti , formée par deux péninsulea . réunies par un isthme à peine large d'un mille, se pré^ sente, vue du nord-est, comme xme terre haute, inclinant vers l'est et l'ouest une croupe arrondie et réguUère; ses pentes sont doaces, sans déchirures ni eseiirpements nemarquables , tandis qu'au centre le point culminant, assis sur un sol plus découpé, mattre ^un gros morne dentelé. A l'est , la plus méridionale des deux presqu'îles efface dans l'éloignément les accidents de son terrain , et ses montagnes ne montrent à ctflte distance aueon accident brus-*qf^ , ni le riche manteau de verdure qui recouvre les WÈtes de Taiti proprement dite. Sur la inasse imposante des hautes montagnes de l'intérieur , quelques tâches rougeâtres qui annoncent un sol dénudé, arrêtent d'abord le regard; mais bientôt il se repose avec plai«ir sur le rivage où règne, sans interruption, une zone plus ou moins large de t^res basses, contenant de belles plaines, des vallons pleins d'ombre, de jolies baies où la population a semé ses demeures couvertes par de larges toits grisâtres. Cette lisière de terrain bien boisé, bien arrosé, s'étend jusqu'à la pointe Vénus, pointe septentrionale de rUe,où l'écume des brisants, jaillissant en vastes nappes, rehausse les beautés du rivage.

Le panorama que l'œil contemple lorsqu'on a doublé la pointe Vénus y est un des plus séduisants qu'on puisse voir; il embrasse une longue étendue de terres accidentées , qui s*étend de Mata?ai à la pointe de terre qui commence la baiexle Papeîti. Le eoup d'œil est délicieux , la baie entière de Matavaï étale ses plages tranquilles» ses ombrages d'oran* gers et de citronniers , ses cases à demi voilées par des fourrés de goyaviers. Une mer calme et transparente, reflétant en lignes brisées les hautes têtes pana^ chées des cocotiers de la pointe Vénus ; le mouvement des pirogues quittant la rive pour accourir au navire; mille détails impossibles à décrire, s'unissent pour donner à cette scène un charme inexprimable. La mÔQse pensée d'admiration est venue à tous ceux qui ont contemplé , pour la première fois, le sol fertile et le paysage ogresHede Matavaï; tous ont apprécié ces beautés naturelles, au point de désirer d'y passer quelques années de leur vie. Sur le revers q)posé du rivage, on aperçoit , sur la pente plus inclinée du sol , des ravins ouvrir de profondes coupures; les montagnes naissait , grandissent, et bientâl le ^c culuainant Orokena (1) haut , d'après M. Dortet de Tessan , de treiie cent trente-neuf mètres au-des^is du niveau de la mer, s'éiève en masse imposante^ jusqu'à ce que les vapeurs de l'atmosphère le dérobent à la vue. Tout autour, d'étroits vallons, des côtes rapides, des plainesd'uneétenduelimitée,$o«itunifopmémentcott-

(1) ElUsyPolyueiian reêeurches, tome I , page 14S«

GÉOGHAraïQUE. 203

verts d'un manteau d'arbres touffus livrés en grande partie à Taction seuledela nature. L'aspect des rivages de Taiti offreune variétéiàubli me debeautés naturelles : une heureuse combinaison de terre et d'eau , de pré* cipioes, de (daines, d'arbres projetant souvent leur feuillage épais sur des eaux limpides, de montagaes éloignées, dessinant leur profil sur un ciel pur, donne au spectateur de délici^ises sensations.

La vue de l'intérieur de l'iIe revêt un caractère différent, mais non moins émouvant. Les points de vue embrassent quelquefois de grandes distanoe«> mais le plus souvent ils sont ciroonserits dans d'étroi-* tes limites Jl y a quelquechosequi ét^weetqui ravit, lorsqu'on contemple les piles basaltiques, semblables à des tours, qui sont amoncelées dans une confusion harmonieuse j près des sources ou autour du bassin de quelque eours d'eau frais et limpide , coulant silencieux à leur base ou écumant sur les fragments de rochers qui obstruent leur roate. Là , de profondes gorges séparent à peine les parois des montagnes s'élevant ccmimeleS gradins d'un vaste amphithéâtre jusqu'à la région des niisiges. Un demi-jour y remplace l'éclat des rayons solaires. Le^silènce règne dans des solîludes, où la végétation prend un libre essor, que la main de l'homme ne dirige pas. Il y a tant de choses nouvelles aux yeux de l'étranger, dans le caractère et ta forme des fleurs, irrégulières, spontanées, luxuriantes, dans la végétation alimentée par une exubérante fi^tilité du sol sous le climat générateur des tropiques , qu'on ne saurait en rendre l'effet.

204 bESCRiPtlON

Déjà Cook sur les renseignements qu^i avait re-^ cueillis des indigènes, avait désigné les deux pres^ qu'tles de Taïti sous des nolns différents. La plus petite et la plus méridionale, dont la forme allongée est semblable à celle d'une poire , sous le nom de Tcarabou ou TaiMI-tlt(Petite-Taîti) et la plus septentrionale, dont la configuration est celle d'un cercle, sous celui d'Opofireoitou ou TiAti-noui (Grande-Taïti ). Plus tard, Wilson changea la dénomination d'Opoureonou pour celle Tepirreanou, qu'il n'appliqtia plus à toute la presqu'île, mais seulement à sa partie septentrionale; en même temps qu'il désignait sa partie méridionale sous le nom de Teddevarum. Aujourd'hui tout porte à croire que le nom d'Opoureo- Bou (ou Teobreonou) s'appliquait à une certaine portion de la grande presqu'île, et que la dénomination de Tmti était celle qui a toujours été employée par les naturels pour désigner toute son étendue , de même que celle de Tcarabou comprenait toute la petite presqu'île.

Diaprés M. P. Lesson (4) , l'île entière se trouve divisée depuis longtemps en qdatre provinces, qui sont:

1® Faa, à l'ouest.

2® Aketura , comprenant deux districts s'étendant de Faa àTe-

ratauta, et qtti est située dans les parties sud et snd-

ôuest de la grande péninsule, 3® Tererauta, renfermant quatre districts et qui s'étend d'Ahc-

tura à risthme.

4« Tereraiat ou Tairapou , qui embrasse toute la péninsule et

qui est subdivisée en quatre districts.

{i)V. Lesson , Foyagt mria eorveUe la Coquille, tome I, p. U7.

GÉOGBAPHIQUE. 205

Use erreur parait exister dans cette division, car elle ne comprend que la partie occidentale et méri* dionale de File, à moins toutefois que le nonfi d' Atietura ne soit celui d'un point de la côte nord ou est de rtle, et dans ce cas les divisions indiquées par M. Lesson correspondraient, la première à la partie occidentale , la seconde à la partie sud-ouest et sud de la grande, péninsule; la troisième à sa partie septentrionale et orientale , et la quatrième enfin comprendrait la petite péninsule. Cette supposition parait probable, à défaut de renseignements plus positifs. L'ouvrage du missionnaire Ellis, si précieux à consulter sous d'autres rapports , ne contient aucun détail utile à cet égard ; il remarque seulement que, dans la division territoriale, les indigènes paraissent avoir une grande propension pour le nombre huit : presque toutes les iles, quelle que soit leur grandeur, sont divisées en huit districts, et les habitants en autant de matteinas ou sous-divisions (1). Telles sont les données assez vagues qu'on p^ut con- sultçr aujourd'hui pour délimiter la division générale du territoire de Taiti; le nombre des. districts est tout aussi incertain, M. Lesson en indique vingtdeux.

Wilson en désigne trente -deux sur sa carte , dixneuf sur Taïti et treize sur Taîrabou, nMtsil en mentionne jusqu'à vingt et un sur cette diirnidib presqu'île dans son récit; la narration du second voyage de

(1) EUis, JMfMèkmre$earehe9^ toosell , page S69.

Cook porte à quarante-trois les districts de Plle(i); mais si oo cherche , sur la carte dressée par ce na-^ vigateur pefndant son premier voyage , à définir le nombre des districts par celai des noms imposés , d'*après les indigènes, à diverses parties de la côte , le travail devient de plus en plus confus. Du reste» une pareille nomenclature n'a rien de fixe ; en con* sultant l'histoire de Taïti, on recongatt que les districts y apanages des chefs , ont «dû varier fréquemment d'étendue dans le cours des années , et c'est plutôt un point de comparaison que nous établissons avec les documents qui nous parviendront plus tard , qu'une base fixe que nous cherchons à déterminer.

Les noms suivants sont ceux indiqués par M. Lesson dans sa nomenclature des districts :

Matavau Tiaope.

Papeïti* Outonpon.

Vaha. Papeote.

Âte-onrou. Vaïouroua.

Pounaonië. Taoutira.

Tetaemo. Tioneouri.

Papera. Ayaïta.

f^apeourîri. Perou^'.

Papeïri. ' fifaïna.

Papeourou. Meïti.

Mataoua. Papeno,

Le mén^ auteur cite les noms suivants des soixante-onze villages compris dans les (districts, safts les garantir tous , en "commençant par Matavaî et

(1) Cook, Deuxième voyage , tome H, page H7. PMb» 1778.

GÉMRàMlIQUfi*

en Gonlooroant les deux pvesqu^les par l'est « le sud eiloMpt:

Uataraï

Hahoao.

Ornara*

Fanpo. '

Papenoo.

Totaboué.

Nouai*.

Âfoumaï.

Eouaon.

Apoupini.

Nononon.

Matira.

fifahena.

Etiaa.

Papeaaou.

Avaïti.

Tioro.

Tenoa-ouri.

Tatoutira.

Paooma.

Tonepoto.

Apouaa.

Aïoniva.

A^moane.

Temonou.

Faraou.

Outonara.

Teoma.

Areouna»

Toneare.

Falaouoo.

Pouanaoua.

Maouer^.

Tevonoamé.

Teapea.

TepaonwNi.

OutouBloina.

Teronxouaa.

Varoa.

Tonpari.

PapeoiuN^i.

Tomaotaï.

Paparoa.

Talarao.

Oobott.

Papeari.

Paperouriri.

Haripejftï. .

AtimouBou.

Papara.

Halaa.

Ayaaina.

Paroa.

Abna.

Pounaou-eja.

Tatiparé.

Aftoumaroo.

Fanaouo.

Faaa.

Papeiti.

Fare-oute,

Xapea-odou. (Poinie de '

Taoni. ) Ta<ïAi.

Araïdi.

Oudott ràdilK Apo-oura.

Pari.

Papaoa.

Oroua.

Aroué.

Tara. ( Pointe dite do

Farbre de Çook).

Voici maintenant y d'après Wilson, les noms des

DfiSCRU^IOM

districts de la graivte péninsule , auxquels nous avons essayé de donn^ tes sons exprimés par l'orthographe anglaise; leur 6rdre«esl, le même que celui de la nomenclature des villages qui précède, c'est-àdire qu'il commence à Matavaï et fait le tour de Taîti proprement dite, en passant par l'est et le sud.

Matavaï

^yaïronpo.

Wapaïno.

Waroumi.

Hiwoh.

Hababounia.

Honouwaïa.

Nanou-nanou

Otoïare.

Waaheina.

Hidia.

Waïiri.

Waïridi.

Atimoni.

Papara.

Ahah^ina. * Attahourou.

Tettaha.

Opare.

Goimpris entre la pointe Vénus, limite onentale de la baie Matayai et Ifi pointe nord-est de Taïti.

Comprenant toute la face orientale de Taïti, jusqu^à Fisthme.

S*étei^ant sur la partie méridionale de nie, de la pointe la plus sud à Fisthme.

Ide la pointe sud-ouest à la pointe sud.

I sur la partie occidentale.

situés sur la côte liord-ouestde Taïti.

Nous joindrons aux noms des districts de Taira* bou , indiqués sur la carte de Wilson, ceux mention nés dans sa narration ^ qui n'y sont pas portés, en ayant soin dé désigner par des lettres italiques ces derniers. Ce sont :

Tirrawoou i district inhabité qui comprend l'isthme

\ qui joint les deux péninsules.

Owaheite.

Ahnoui.

Ahoui.

Owahaï. *— Portion du dis- { situé sur la partie nord-est f de nie.

situés sur la partie septentrionale de . 111e. •

trict suivant.

s^étendant sur la c6te orientale de

GÉOGRAMIQUE. 309

Attaroa.

ffaou-boua.

Atti- toutou.

Orrahayrou.

Toatera.

Sourôua. l Taïratou depuis la pointe nord-ea^

Waïoté I jusqu'à la pointe sud-est.

JPopouta,

Tiroou-oua.

Tahapia.

Oho-tabou ou Otoubou Wai-yoïitia ou Waïouia.

Matawe'û.

Waïourou.

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