‹ Îles TaïtiChapitre 28 sur 33 · TAÏTI-NOUI · texte numérisé non relu

TAÏTI-NOUI

Les limites du district de Matavài sont, à Touest, Districts

* de Matavai.

le morne Taharaï ou Taroa (one-tree hill de Wallis), et, à l'est, la pointe Tapahài ou Tapai. Le contour df ses rives mesure environ trois milles et demi de longueur. Une belle vallée , à laquelle on donne une longueur de sept milles, vient s'épanouir dans ce district, et se termine à la pointe Vénus, extrémité septentrionale de l'île , formée par un terrain plat, couvert de cocotiers magnifiques. La rivière Haaounou (1), après avoir suivi la douce pente de

(1) P. Lesson, Voyage autour au monde sur la corvette la Co- ^ttfe, tome I, page 471.

3iQ DESCRIPTION \

la vallée, vient sillonner le sol de la pointe Vénus de ses courbes capricieuses , et va mêler son onde à récume soulevée par les récifs à peu de distance de son emboudiure. Le cours de la rivière offre des sites charmants. Le lieu de Taiguade est surtout un en* droit délicieux ; à quelques pas du rivage de la baie, la rivière fait un coude avant de poursuivre sa route vers la mer, et sur ce point elle forme un grand bassin; son cours uni comme un glace semble quitter à regret les touffes vertes qui se mirent sur ses bords. Dans certains endroits, l'ombre dure fcoate la journée à l'abri du feuillage de grands açbres aux rameaux inclinés, tandis que plus loin les rayons brûlants du soleil inondent de lumière les parties découvertestlu paysage environnant et ajoutent les plu^admirables contrastes aux effets de cette scène magiqu^. Cependant, le Haaounou ne conserve pas toujours cette apparence calme. Cette rivière, dit M. Moerenhout (1) ,1a pkis considérable de l'île, dans les mauvais temps qui inondent les montagnes de pluies extraordinaires , change de lit, se répand dans la plaine, et plus d'une fois les indigènes surpris dans le vallon ont été entraînés par les eaux.

C'est dans ce district que la plupart des navigateurs deppis Waltis jusqu'à nous^ ont conduit leur navires; c'est sur ce point que les premières entrevues des Européens avec les indigènes ont eu lieu ,

(1) Moerenhout, Foyage aux Ue$ du grand Océan, tomél ,

page 300.

et, comme il arrive presque toujours dans les {Mremiers contacts des hommes civilisés avec les sau-* vages, c'est là aussi qu'eurent lieu les premières collisions entre les indigènes et leurs visiteurs, et que tombèrent les premières victimes des armes à feu. Plus tard , ce fut aussi le siège du premier établissement des missionnaires anglais dans ces îles.

Lorsqu'on descend sur le rivage l'enchantement oe cesse pas; on entre aussitôt sous des herceaux d'arbres , on s'enfonce dans des sentiers bien tracés, et dont les sinuosités sont bordées de la plus riche végétation. D'immenses cocotiers , de grands arbres à pain sont épars au milieu d'arbustes verdoyants. Partout les goyaviers se pressent en touffes, serrées , se répandent de proche en proche , ^vahissent et se disputent la moindre parcelle de terre. De magnifiques orangers, des citronniers aussi beaux , montrent à chaque pas de fortes branches surchargées de fruits dorés , ressortant sur la teinte foncée des feuilles , et remplissent l'air d'odorantes émanations. C'est là uneterre riche de beautés naturelles, un sol plein de merveilles, et l'on conçoit dès l'abord, l'enthousiasme éprouvé par les marins abordant sur de semblables rivages , a{Mrès les longues privations' de la mer. Il est impossible de rester indififêrent à de pareilles scènes.

Les cases des naturels, fragiles édiûces en roseaux, sont disséminées dans la plaine sous des touffes d'arbres qui les dissimulent au regard. Les plus belles sont répandues au delà de la rivière qui

coule parallèiemetit au rivage ; sur les bords de ta mer elles sont plus rares et plus petites. La construction d# ces demeures est supérieure à celle des mêmes édifices dans les archipels Nouka-Hiva et Manga-'Reva, soit que les Taitiens aient été de tout temps plus habiles que leurs voisins , soit qu'on leur ait appris à mieux les édifier. Ces habitations n'ont cependant pas la forme de celles décrites par le missionnaire Ellis , dans les autres archipels de la Société. Leur forme est celle d'un grand ovale percé par deux ouvertures qui servent de portes. Des parois de simples roseaux liés entre eux, sont appuyées et attachées à des piliers équarris à la hacl\e, qui soutiennent un toit en forme de claie et recouvert par une épaisse couche de feuilles sèches de pandanus, imperméables à Veau. Les murailles à jour laissent circuler l'air dans toute la case, et empêchent le soleil et un jour trop vif de pénétrer dans l'intérieur .L'édifice quoique léger, abrite parfaitement ses habitants , et conserve une fraîcheur constante , fort agréable dans un climat aussi chaud. Quatre poteaux et des traverses de roseaux à deux pieds du sol , constituent des lits sur lesquels sont disposés des nattes et des oreitters de tissus analogues, bourrés avec des filaments de la noix de coco ; tout autour des parois sont suspendus divers objets ou ustensiles de ménage. Des chapeaux de paille Européens, objet de grand luxe pour les femmes, soni placés au-dessus du lit ; des fusils, des haches, des couteaux, des mortiers en bois, des vases de différentes grandeurs complètent Tameubie-

GÉOGRAMIQUE. . ^13

me&t.Toate les ca^es sont entourées d'une pàiissstde d'un mètre de hauteur environ , formée par des troncsi d'arbres de YÎfigt à vingt-cinq cratimètres dé diamètre , enfoncés en terre. A l'entrée, cette barrière est plus basse et elle est précédée par un pieu qui constitue une marche isolée pour aider à franchir l'obstacle. Ces barrières qui ne peuvent servir qu'à empêcher l'introduction des bestiaux, semblent être un reste des anciennes coutumes des 4iabitdnts maintenues par r habitude.

Les deux seuls édifices de construction européenne qu'on remarque à Matavaï , sont le temple et la maison du mimbnnaire anglais. Il faut passer la rivière pour les visiter; un pont <le bois y conduit, mais il atteste la violence des crues du tiaaounou , car il est régulièreft^ent emporté toutes les années. Le temple est de forme ovale, et blanchi à la chaux ; il contient une soixantaine de bancs en bois qui entourent une chaire simple , adossée à une des nombreuses fenêtres pratiquées dans les murs. Des lames de bois mobiles garnissent ces ouvertures et empêchent le soleil de pénétrer dans l'édifice, tout en facilitant la libre circulation de l'air. La maison de la mission , habité par M. Wilson , le doyen des missionnaires de Ttle , dont l'arrivée date *de i797, est simple et bâtie avec soin. Ses. murs sont crépis à la chaux extérieurement, à l'intérieur elle est divi^o par des cloisons dépolirvues de plafond. L'industrie des ouvriers n'a pas su aller plus loin. Les chambres séparées par des cloi-

Si 4 . dKSGitmioii

«608 de ddUK mèire» de hauteur im^iron st trouvent placées immédiatement sous le vide formé par le toit beaucoup plus élevé.

I^a vallée de Matavaï se rétrécit graduellement à mesure qu'elle remonte dans Tintériefur ef se termine à la fameusQ cascade nommée Pika-y au« trefoi^ elle était 'habitée jusqu'aux extrémités les plus reculées ; aujourd'hui elle parait déserte. A trois milles de la mer , dit d'Urville (1) , la vallée se resserre^ les flancs de la monlagne se rapprochent; tapissés jnsque-là de bruyères, ils se hérissent d'arbres touffus , le long de leurs versants les plus abruptes, La base dq roe offre un traçhyte poreux et très-noir. Çà et là l'eau suinte à travers le roc f serpente en ûlets ou tombe en cascade. Dans ces vallons que le jour éclaire à peine quatre heures par jour, la fraîcheur est constante et délicieuse. Plus loin y le sol commence à monter »ir un plan plus rapide. A chaque minute il faut traverser le lit du torrent pour retrouver la seule berge quil laisse praticable le long de ses parois basaltiques. On arrive enfin à un endroit où le torrent encaissé entre deux rochers se précipite de soixante à quatre-vingts pieds de hau^^ur verticale. Comme son vc4ume n'est pas alors bien considérable, une partie de l'eau fouettée par le vent s'éparpîJleen pluie £ne^ le reste serpente en écumant le long des rigoles creusées dans le roc. Plus loin I'ai^>ect du Ueu est plus imposant

^aeore.La rive gauche du torreat s'étergit et <^re du terrain à un vaste bocage, tandis qu'à droite la muraille verticale se di^esse à cent pieds de liauteur ^n formant des ppisnçies basaltiques. Tous ces prismes qui ont de quatre à six pouicas de diamètre ^MfO'tent une direetioo exaotam^ait perpendiculaire, ex* cepté dans leu^ partie inférieure, à dix ou douze pieds de hautew ; alors ils se dévient sous un angle de 45*" environ en dehors du p)an général. Sur la partie euérieure une nappe d'eau divisée dès le sommet « tombe en rosée dans le torrent; au delà , uiite colonne d'eau volumineuse se précipite avec fracas d'une élévation immense, et le bruit de sa diute est tel qu'il domine et annule 1;^ voix humaine la phis sonore. Cette cascade est nommée Pt^ par les naturels. Au-dessus, la valiéese resserre au point qu'il &ut fi^rcher dans le lit môme du torrent , parfois avec de Teau jusqu'aux aisselles ; à peu de distance se trouve un barrage de rochers d'où l'eau s'échs|>pe en bouillonnanit. En forçant cet ohstade peat^-ètre eacore trouverait-on l'accès d'un des pitons de

rue.

Pour compléter la description de ces lieux que nous h'avoiis pas visités nous-mêmes, nous emprun- . terons les détails suivants au journal de notre infortuné compagnon Lafarge (1). Il indique sous le nom de Bèîneha la vallée ^parcourue par la rivière

(l)Dn[Jrville, Voyage au pôle sud et dans VOcéanie^ tome 4, page 322.

StiO )>fiSCRIPl|0N

Caaiavere^ qui. Bans aucun doute, est k même que le Haaounou. Après avoir suivi les bords de ia mer , M. Lafarge et ses .eompagnonr s^nfoncèrent dans un bois, à travers un sentier régulier, trstversant le plus souvent des mai^sifs de goyaviers , arbre le plus commuai de File , quoique de ré«éMe introduction. Partout on le trouve en bois fcmrrés ; peu élevé (cinq à six mètres ), il forme des taillis souvent impénétrables , entremêlés d'arbres à pain , de vihi ( spondias clytheraea ) et de cocotiers. Ce sentier conduit à la rivière , et, dès ce moment, ces messieurs la suivirent en marchant , tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre, et quelquefois même dans son lit. Cette roule était charmante , elle serpentait à travers des touffes d'arbres , dont les branches ét-ies racines entrelacées formaient des voûtes et des-*barrières impénétrables au grand Jour. L'arbre appelé par les naturels pourao (hibiscus tiliaceus ) les obligeait souvent à ramper sous le feuillage de ses branches semblables à des racines entrelacées, bientôt hors de la vue des habitations , ils entrèrent dans une belle vallée dominée de tous côtés par de grandes montagnes entièrement couvertes par une végétation qui les rend presque inaccessibles. Cette vallée est appelée par les Taïtiens DfUneha; elle est parcourue par la rivière Oiatavere, qui descend des montagnes entourant le pied de VOreana. A mesure qu'ils avançaient dans cette voie , la vallée se rétrécissait ; les montagnes semblaient grandir 4evant eux. De temps en temps , sur les penchants escarpés , du milieu des

bois , s'élançait la touflè panaolaée d'un petit palmier balancé par la brise, ou les longues feuilles dM bananier f de belles fougères croissaient au milieu des tufs et des basaltes, mais nulle part le rocher ne se montrait à nu, si^ce n'est dans le lit de la rivière encombré de cailioux roulés, provenant des montagnes. Une fraîcheur délicieuse renaît dans ce lieu; les hautes montagnes cachaient le soleil en-* core peu élevé au-dessus de l'horizon. De fort jolis oiseaux, peu faroucbeis, voltigeaient ça et là, et un peu plus loia dans la vallée passaient des volées de phaétons qui viennent nicher sur les sommets déserts des montagnes. Sur ce paint, au milieu même de la rivière, sur un emplacement formé par de gros cailioux volcaniques et des troncs d'arbres, nos voyageurs firent une halte , pendant que leurs guides pourvoyaient à leur déjeuner en péchant dans la rivière une grande écrevisse et un assez gt^os poisson. À partir de ce point, le chemin passait à chaque instant d'un bord de la rivière à l'autre; elle était peu profonde , l'eau ne montait guère qu'à mi-cuisse, et encore ces endroits étaient-ils rares. La vallée allait toujours en se réti^écissant : les montagnes, dit M. Ls^arge, étaient sur qos têtes, c'est le mot; de grandes murailles s'élevaient de temps en temps d'un côté ou de l'autre, tapissées de mousses et de gigantesques fougères; la scène devenait magnifique. Entre les fentes des montagnes, on apercevait le superbe pic de VOreana avec ses deux pitons. Toute cette gorge était couverte de grands bois si fourrés,

que jamais on m voyait un haut de rocher; mr les parties les plus à pic,- la végétation avait la m^e vigueur. Cependant le nombre des cocotiers diminuait'de plus en plus^et enfin ils cessèrent de se montrer. Des anan^ sauvages, une espèce de poivrier à larges feuilles ayant à la fois l*odeur du poivre et du gingembre, se voyaient fréquemment; les arbres les plus nombreux étaient les pourm et les t^iAi. Ces derniers étaient en général des arbres gî*gantesques, dont le tronc et leS branches étaient enlacés dans les replis d'immenses lianes.

Quelques petites cascades s'épanchant au-dessus de roeliers et de grands massifs perpendiculaires , couverts d'une mousse fillongée dont Faspect indiquait que dans les t^mps de phiie , il devait y avoir de grandes nappes d'eau , venaient porter leurseaux tributaires à la rivière qu'il fallait traverser à chaque pas ou Aiarcber dans son lit. Mais la beauté de la vue compensaitamplement les fatigues dô l'excursion dans cette belle vallée. Les sites qui variaient «à éhaque instant arrachaient des exclamations de plaisir et de surprise. • ,

Plus de trois heures apr^s avoir quitté le rivage de la mer, ces messieurs arrivèrent au jRr/ia, mais ils furent étonnés de ne rien trouver de bien remarquable 4 ce site. En route, ils en avaient vu de plus jolis; le Piha était tout simplement une grande chaussée de prismes basaltiques s'élevant d'une centaine de pieds. Sur la gauche, on voyait une cascade tombant du sommet et arrivant en poussière après

GÊOOIiAPHI«|{£. 219

avoir sauté de rocher en loeheroa Mtré à travers les mousses et les branches. Un peu plus loin , de l'autre eôté de la chaussée, c*est-à-dire à droite, «ne autre cascade à peu près semblable pour le volume à la première, précipitail ses eaux à travers» les ar** bres qui la cachaient en partie. La rivière qui battait la pied de la chaussée en avait déladié plusieurs fragments, ce qui donnait à ces prÎMies placés ks uns sur les autres, Tapparenee de tuyaux d'orgue. La rivière continuait à remonter lu vallée, mais il n'y avait f)lus de sentier praticable, dans cet endroit, la vallée n'avait pas plus dcvingt pas de largeur. La paroi basaltique la surplombe, eA il s'en détachait des blocs minés sans doute par l'infiitration des eaux ; ils éclataient dans leur chute av^ un bruil semblable à un coup de fusil. Ces chutes paraissent fréquentes; car les guides lavaient prévenu M.^ Lsh ferge du danger qu'il y avait à rester sur cq point; plusieurs blocs en effet se détachèrent encore pendant qu'il s'y trouvait, eties'échamîllons pris ati pied même de ta cascade qui inondait le vallon d'une pluie fine comme un brouillard , étaient rénftplis de petites cristallisations de matière votcanique ressemblant à la réside. Le soleil parvenu au tnérir dien rendit le ratour moins agréable que l'ascension. Il pénétrait de ses rayons une grande partie de la vsrtlée , et la chaleur se joignait à la fetigue pour faire désirer d'arriver le plus tôt possible à Matavaï, point de départ.

Une routo assez large traverse Matavaï et conduit

au sommet du morne Taharaï (ou cap de l'Arbre) entre des haies de citronniers et de goyaviers. Ce chemin, dû au travail forcé des indigènes condaainés pour divers délits y est, dans certains espaces, des plus agréables; du haut du morne, le coup d'œil est charmant. On embrasse la baie entière de Matavai ide l'endroit même où Amo^ le chef déchu des Taitiens du siècle passé, apercevant pour la^première fois les navires de Wallis , conçut le projet de s'en emparer, et où il fut si cruellement effrayé parle passage des boulets. En face on voit la pointeVénus ef ses hauts cocotiers, témoins du passage de Gook qui dressa son observatoire à leurs pieds ; les navires immobiles sur une mer calme et presque transparente , les naturels groupés sur le rivage , les maisons mystérieusement cachées derrière des rideaux d'arbres, et dan» l'intérieur, les accidents d'un sol ouvrant des gorges profondes s'aplanissant à leur entrée , s'élevant à leur extraite rétrécie , jusqu'à ce qu'enfin elles se perdent dans la masse imposante de la montagne centrale , dont le pic défendu par une ceinture de broussailles infranchissables, est encore vierge des pas de l'homme; tous ces objets, toutes ces perspectives^ doni^ent à la vue générale de la baie un aspect enchanteur « un charme inexprimable.

Le mouillage de Matavai a un peu plus d'un mille dans sa plus grande largeur de la pointe Vénus au cap Taharaï ou de l'Arbre. Couvert au nord par la pointe Vénus et les récifs qui la bordent , à Test et au sud par de hautes terres , il est bien abrité des

GÉOâlUPUIQUE. 221

vents alises du sad-est qui régnent pendant la ma-* jeure partie de Tannée, mais il reste ouvert aux teots d'ouest, qui, à certaines époques, soufflent avec, une grande violence, et soulèvent une forte houle. Plusieurs navires ont risqué de périr dans ces mauvais temps, et te Norfolk , navire de guerre anglais attaché à la colonie des Nouvelles-Galles du Sud, y fut jeté à la côte le 20 mars 1802 (1). Le 19 février 1833, un bâtiment russe, te Crolky, capitaine mguemeister, faillit aussi se perdre malgré de bonnes ancres (2). Ces tempêtes, parfois très-violentes, s'annoncent cependant un peu à l'avance par des signes atmosphériques. Dans le cas du navire ù-olktfy il se trouvait en relâche dans la mauvaise saiton ; déjà, le 16 février, le temps ét^ mauvais; le 19, le vent augmenta de violence, et les deux jours suivants, il avait une telle force et la mer était si haute, que toute communication entre Matavaî et Papeïti était fhterceptée même par terre, car la pluie tombait à torrents, et les rivières n'étaient plus guéables ; heureusement le vent se tint au nord. S'il eût passé au nord-ouest, rien n'aurait pusauver/6 6ro/% malgré les quatreancres^qu'il avait dehors. La direction du vent lui permit de se maintenir, mais «a position était ciltique. Les courants causés par les eaux ties rivières et par celles de la

mer, qui roulaient en grandes masses de toutes

(1) Tnrnbull, A Voyage rowià the world , page 130.

(2) Moerenhout, Voyage aux îles du grand Océan , tome I , page 297,

222 BESCIUPTION

parts sQr le récif, et se précipitai«aiU; avec impétuosité par la passe vers T Océan, l'avaient jeté de côté malgré le secours de ses ancres, et il prèfiRt* le flanc aux vagues dont plusieurs s'y bris^ent comme sur un rocher. On ne saurait trop s'étonner, ajoute M. Moerenhout , que les navires s'obstinent à fréquenter ce port , quand on en trouve à proximité un autre si beau , offrant assez de fond et d'espace pour des navires de toutes les dimensiom. l^atavai n'est pas un port , mais une rade. Six mois d& l^innée, depuis iy)vembre jusqu'en mai , un bâtiment peut y être surpris par des tempêtes qui, dans le cas où elles viennent de l'ouest, soulèvent une telle mer^ qu'il ne pourrait y résister. Le fond de sable est de^ bonnetenu^', et à une encablure du rivage , on troifve déjà cinq à six brasses d'eau. Un danger , connu sous le nom de banc du Dauphin , du nom du navire de Wallis, qui le premier échoua sur sonacorre, gtt dans Je nord-ouest du mouiHage; il est séparé de la chaîne des récifs de la pointe Vénus par un canal étroit, mais praticable, qui fut suivi par les corvettes l'Artrolabe et la Zélée. Lorsqu'on veut gagner le mouillage en passant en dehors, c'est-à-dire à l'ouest de ce banc, il faut, é,tant au large du récif, gouverner à l'ouest jusqu'à ce qu'on relève le cap de l'Arbre au sud du Monde. On laisse alors Me badc du Dauphin dans l'est.

District Le cap Tapahey ou Tapai sépace à l'ouestole dis«

waïripoo. trict de Wairoupo de celui de Matavai ; ce promontoire, dont les pieds sont baignés par la mer, estcepen-

dâDt indus dans les limites deMs^tavai ; en 1797 une grandapierre placée sur sa partie orientale in^quajit le point précis de la ligne de séparation. A la bas« du Tapahey , dans l'ouest , se trouvait du temps de Wdllis une. portion de terre désignée sousk le nom de Teahonou et qui appartenait à un mefhbre de la famine r^na^nte ; une case très-propre y était érigée •ur une plate-forme de gravier bien aplanie et bien douce ; un bouquet de cocotiers ornait sa façade, et auprès d'elle un ruisseau d'eau fraîche murmurait sur un lit de cailloux. La' zone de terrain plat sur ce point ne dépassait fm cent mètres de largeur , avant d'atteindre le mont Tapahey.

Le district de Wairoupo s'étei^la longueur d'un mille environ sur une plaip droite , et la largeur moyenne de la partie plane de son terrain est d'en-* viron deux cents mètres. Autrefois il iaisaiLj)artiQ du district suivant , mais il en avait été détaché peu de temps avant le passage de Wilson^ pour apaqa-» ger la veuve d'un chef; ce district possède aussi une petite vallée de pei^ d'étendue.

Le mont de Rdou-roua^aparey qui ^arre le .passage Diitriet d'un district à l'autre , divise Waïroupo de Wapaiam* On peut le contourner par mer en ayant de l'eau jus* qu'à mi-jambe, et après l'avoir dépassé on se trouvQ sur les bords d'une petite baie formée par une lé* gère inflexion de la côte , ayant à peu près un quart de mille de largeur. On atteint alors une belle por* tion de terrain plat qui peut av^ir ti^ois cents mètres de largeur sur un mille et dçmi de longueur de

côte. L'extrémité orientale de ce district n'a pas une largeur de plus de deux cents mètres; sur ce point les montagnes étendent leurs ramifications jusqu'auprès du rivage et le chemin est semé de rochers aigus et très-escarpés. Ce district possède' une jolie vallée qui Vouvre à un mille environ dans l'est du mont Roou-roua-apare ; elle abonde en arbres à "pain mais elle parait inhabitée ; elle est remarquable en ce que c'est la seule vallée qui oflFre un accès à travers rtle entière ; de là on peut aisément traverser Taîti dans un de ses plus grands diamètres, et arriver dans le district de Papara , un pêu^à l'ouest du grand Marai , dont nous parlerons plus loin.

Le cours d'eau qui traverse le district de Wapaïano est un joli ipuissetu ayant un mètre de profondeur près du rivage ; un peu plus loin la route devient très-mauvaise. Il faut marcher sur les pierres détachées des falaises rocailleuses qui se projettent à une grande élévation.Un passage très-dangereux est celui nommé Oratataha. Il faut grimper pendant la moitié du chemin et passer par un sentier étroit où on trouve à peine la place pour poser le pied , sur un rocher haut de cinquante mètres , presque perpendiculaire à la mer qui brise avec fureur à sa base. Danscet endroit, Pomaré, la souche des chefs actuels dej'aïti, fut pris de vertige un jour et se laissa choir, dit-on ; mais se sentant tomber, il prit bravement son élan et ne se fit que peu de mal. Cet accident est devenu plus tard , dans l'esprit de ses partisans , le signe certain de son élévation future. Un rocher presque à

District daWaroami.

fiÉOCRAPHIQUfi. 325

pic termine le district de Wapaïano à la pointe T^araouha.

Entre cette pointe et la suivante Wihoma^ se trouve le petit district de Waroumif qui n'a pas plus de cinquante mètres de lisière de terrains bas au bord ^e la mer, sur une longueur de trois quarts de mille; une petite vallée agrandit son territoire dans T intérieur/ mais elle est bientôt barrée par les déclivités d'un sol montueux.

La distance d'un demi-mille, qui sépare la pointe DiitrietdeHiwofa. Waihouna de celle nommée Ourariva, contient le petit district d'Hiwohy semblable au précédent sous tous les rapports.

Le district d'HabcAouina, encadré entre deux ruissea\^x, est de la même grandeur que les précédents. Sa plage mesure à peine un demi-mille de longueur. U se termine au cap Oteieaouno.

Le district suivant, Honouwata, est encore plus petit; il n'atteint pas un demi-mille de longueur. Ce district et celui d' Hababouina sont assis sur une même plage de sable , affectant une courbure dans l'intérieur. Ils sont pourvus tous deux de ruisseaux qui charrient une eau excellente , maïs qui ne paraissent pas exercer une grande action sur la fertilité du sol. Dans les deux disfï^icts, le terrain plat sur lequel les habitations sont construites , forme en quelque sorte un triangle dont le sommet prend naissance dans une vallée étroite, encaisséede chaque côté par des montagnes escarpées, mais couvertes de végétation et se dirigesint vers le sud-est. L'aspect de ces vallées est

District de Hababoaina.

District de Honottwaïa.

aas DGseiaiPTioN

siaguUèreineat agreste et romantique; Iwn sites offrent un mélange de bois et d'accidents de terrai^ qui arrêtent le regard et fixent l'attention. Autrefois, la famille Pomaré avait dans ce district un lieu de résidence en face duquel on To;aitun rocher un peu au large, auquel étaient attachées desidées religieuses. Nul autre que le chef de Tile n'aurait osé y posera pied : il était sacré.

deNaïou^nanou. '' ^^^^ franchir le vcrsant de la pointe Waraoureya pour atteindre le district de Nanou-nanou^ semblable au précédei\t pour l'apparence, la population et la grandeur : la plus grande étendue de sa côte est d'environ trois quarts de mille. Le cap Piipirpît, qui termine ce district à l'est , peut être contourné sur le rivage ; imais il faut marcher sur des roohes aigjaês et tranchantes , formées par une sorte de basalte. Ua peu plus loin , la pente des monts s'incline en talus uni vers la mer. Cet espace est couvert d'arbiws à pain et de cocotiers, mais dépourvu d'babitf^nts. d^tSîtfe. ^ district de Otdiare commence aussitôt après le

cap Piipi pii,sa longueur dépasse un mill^, et le terrain plat du rivage a environ cent mètres de largeur, mais il se rétrécit à chaque extrémité du district. Le rivage est bordé de rochers plats, et la côte est trèsdécoupée. Dans ce district , Wilson vit en i797 la plus grande pirogue qu'il eût encore vue à Taïti : elle avait cinquante-huit pieds anglais de longueur, son arrière était relevé de douze pieds, mais au centre elle n'avait pas plus de trois pieds d'élévation au^ dessus du niveau de l'eau.

GélKillAPfflQUE. 227

La colline Anabou ou Omnapau^ qui termine ce diatricf , esl le point de celte côle d'où Ton <^tient le premier coupd'œil de b presqnile de Taîrabou, i une distance de douze ou treize milles.

Le district de Waabeina termine la série des pe«* District tites divisioQ0.de la face nord-est de Taiti. Il était plus peuplé que ceux qui le précèdent, lorsque Wilson le parcourut. Le terrain plat a environ un quart de mille de largeur, sur une longueur à peu près égale ; adossé à de hautes montagnes, il possède deux vallons d'où descendent deux ruisseaux qui s'unissent près de la mer , où leur courant devient profond et rapide. Près de leur jonction , on ne traverse leur lit commun qu'en ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, de sorte que, dans les mauvais temps, le passage doit èlre impraticable. La côte subit une incurvation dans toute l'étendue du district, qui est bordé d'un rivage de sable mélangé de corail noir, sur lequel la mer déferle avec fwce .

La pointe Bouti-aorno livre l'accès du district de District daffidia. Hidta, qui s'étend jusqu'à l'isthme. À un mille au large de cette pointe, se trouvent deux îlots; le plus septentrional porte le nom de BouroUy et le plus méridional , celui de Ware-aror-rou. Une chaîne de récifs défendent l'approche du rivage, qui depuis la pointe Boutiaouno , .se dirige directement au sqd. La partie septentrionale du district, plus couverte d'herbes et de buissons que les terres déjà décrites des districts précédents, offre des emplacements d'une étendue considérable, recouverts seulement par de

hautes herbes très-touflues , qui ne laissent un libre passage qu'au bord de la mer. Dans cette partie , les habitations, au temps de Wilson /étaient très-disséminées et la population très-faible. Mais à trois milles environ de la pointe jBotitê-aotino, près de la case du chef du district , on voyait des traces de culture qui donnaient au sol l'aspect des jardins européens; les plantations d'ava étaient surtout bien divisées, et soigneusement entourées d'un enclos de roseaux. La maison du chef, longue de plus de cent pieds, était placée entre ces jardins et la mer.

A partir de ce point, la côte devient irrégulière , la lisière du rivage se rétrécit ; les arbres sont plus rares; c'est à peine si on aperçoit de temps en temps la cime d'un cocotier. Un rocher nommé Para-iou-tia ^ barre cette route et rend le passage dangereux. Sur les bords de la mer le chemin est des plus étroits et la vue des précipices terrifiante; sur la côte opposée, on aperçoit l'ouverture d'une vallée encaissée entre de hautes montagnes, et s'épanouissant sur un terrain bien nivelé , ayant une centaine de mètres de longueur. l)ne rivière large et profonde, qu'on peut traversera gué, l'arrose et la fertilise. Deux routes s'offrent au voyageur, lorsqu'il a accompli l'ascension d'un mont escarpé cj'où on embrasse une belle vue. La première s'écarte beaucoup du rivage, mais elle est plus sûre que la seconde qui conduit à un mauvais pas, où il n'y a presque point de place pour poser le pied. Là, le capitaine Wilson, effrayé à la vue des précipices, songea à

CipORAPHIQUE. 229

retouirner sur ses pas, et il ne les franchit qu'à l'aide des insulaires , ses guides.

A un petit tnille de Tisthme, on trouve une montagne flanquée de chaque côté par une profonde vallée, et depuis le sommet des monts culminants jusqu'à la mer, les terrains en pente présentent une abondance merveilleuse de fruits à pain, de cocotiers, de bananiers et de diverses autres productions. Cette culture, fixée dans les hautes terres, attira l'attention de Wilsob, qui demanda pourquoi elle n'était pas aussi développée dans les terrains plats plus favorables à sa croissance ; son guide lui répondit que les déprédations des chefs en étaient Tunique cause, et que les habitants, pour enlever les produits du sol à leur rapacité, préféraient se donner la peine de grimper sur les hauteurs où leurs provisions étaient à Tabri de la spoliation des bandes joyeuses des Arreoysy Société parasite et nomade, vivant aux dépens des indigènes qui recevaient leurs visites. Du haut de cette montagne , on aperçoit distinctement les récifs qui gisent irrégulièrement épars sur la côte ; quelques-uns à une grande distance du rivage , et d'autres très-rapprochés. Plusieurs coupures les divisent, et fort probablement elles doivent 4)frrir des lieux d'ancrage en dedans de la ceinture des brisants, mais le fond, selon toutes les apparences , doit y être de roche.

Le district de Hidia, depuis la pointe Bouti-aouno jusqu'à la montagne voisine de l'isthme dont il vient d'être parlé, ne parut à Wilson qu'une terre dépeu-

230 tMcmmiON

plée, rem^ie d'épais fourrés, de ImnVes herbes et d'arbres inutiles , même sur les points où ie sd pouvait, avec un peu desoia, devenir leterroir le plus fertile et le plus rîclie« Nulle part la zone riveraine de t^rain plat ne lui parut excéder une lai^ieur de deux cents mètres. Sur les points de la route où il était irëoessaire de quitter le rivage, la marche devenait difficile à cause des broussailles des marais et des nombreux ruisseaux qui les forment. Dans d'autres endroits, les oiostagnes projetti^t leurs escarpements vers la m^ et forment des précipîees dangereux. La portion du district la plus peuplée , la plus riche en arbres fruitiers, se trouvait au]»rès de l'isthme.

Mouillage ^^ mouiUago OÙ Bougainville conduisit la frégate

deBougainTiiie. ^^ BoudeoBe et la fltî^te VÉioUe, se trouve situé à Textrémité noBd du district de Hidia. Il y pénétra par une coupure dans le récif, large d^ deux encablures au plus, dans laquelle H y avait de trente à trente* cinq brasses d'eau ; la rade était assez vaste et le fond y variait depuis neuf jusqu'à trente brasses. Elle était bornée au sud par un récif qui, partant de terre, allait se }mndre à celui qui bordait la côte. Le fond était de sable, et sur le récif du nord il y avait trois ilôts. Après avoir rangé la pointe du. récif de tribord en entrant, il mouilla sa première ancre par trentequatre brasses fond de sable gris , coquillages et graviers, et étendit une ancre à jet dans le nordouest pour s'affourcher* Le tableau tracé par Bougainville de l'aspect du district e^ bien plus flatteur

GÉOGRAPHIQtJfi. 231

que le récit de Wilso». « Je me croyais, disait-il, » transporté dans le jardin d'Éden , nous parcou- » rions une plaine de gazon couverte de beaux » arbres fruitiers^ et coupée de petites rivières qui » entretiennent une fraîcheur délicieuse , sans aa- » cun des inconvénients qu'entraîne Thumidité. Un » peuple nombreux y jouit des trésors que la nature » verse à pleines mains sur lui* Nous trouvions des » troupes d'hommes et de femmes assises à Tombre » des vergers; tous nous saluaient avec amitié, par- » tout nous voyions régner l'hospitalité, le repos, » une douce joie , et toutes les apparences du bon- » heur (1). »

Dans ce mouillage Bougainville faillit perdre ses navires dans un grain qui les fit chasser sur les brisans. Il réussit à s'éloigner par une nouvelle passe située au nord de la première et plus belle , mais il perdît quatre ancres dont les câbles avaient été coupés par les coraux.

Situé sur la partie méridionale de Taïti , le district d?wa«ri de Wanri est le premier qu'on rencontre après avoir dépassé l'isthme. Le sol y est des meilleurs et la terre basse présente différentes^ largeurs aux bords de la mer; elles varient de vingt à cent mètres, et atteignent même dans quelques endroits un demi-mille. Des montagnes, d'une hauteur modérée, forment des vallées limitées dans leur étendue^ mais derrière les sommets du premier plan on aperçoit des cimes éle-

(i)BoiigainTille, Foyage autour dumcnde, pages 169 et 198.

yées et escarpées » couvertes d'arbres jusqu'au point culminant.

DUtHet Le mont Rouamo sépare le district de Wmridi du

deWâïridi. , , ^ , ^ '^ , , , ....

précédent. La côte rentre en dedans de cette limite , pour se projeter de nouveau vers la mer à quelque distance de ce point. Deux coupures dans les récifs sont indiquées sur lacarte de Wilson , en face des deux cours d'eau les plus considérables du district. Ces deux entrées donnent accès, suivant M. Moerenbout, dans la baie de Màirepehe, la plus spacieuse de rile. L'une d'elles est très-large et d'un abord trèsfacile. En plusieurs endroits les bâtiments trouvent de cinq à dix brasses de profondeur. Deux îlots {Otiaraoua et Tamou de Wilson) gisent à environ un quart de mille du rivage , et embellissent un paysage déjà très-pittoresque. De cette baie on embrasse un panorama magnifique de l'isthme et de la presqu'île deTiarabou.

' Sur les lieux où Wilson éprouva plus d'une difficulté à traverser des fourrés inextricables et à franchir les branches entrelacées des arbres croissant jusqu'au bord de l'eau, une plantation de sucre a été formée en 1830, par les capitaines Ebrill et Henry; sa situation était des plus favorables, dans un endroit où les bâtiments pouvaient venir mouiller à la porte des magasins , dont il serait dés lors facile d'enlever les produits. Le capitaine Ebrill avait établi là une maison superbe qui , située sur la pente d'une montagne , se voyait de loin en mer , et d'où l'on avait aussi vue sur tout le pays,

llÉOGttAPfllQlJE' 933

Ce district Gomient un lac, le stul qui existe sur LMdeWaï^iria. Taiti. Le capîtaiae Beechey, commandant le Blomom^ parait être le preçiier navigateur qui l'ait décrH. Nous mentioDuerons les détails sailtStirts de Tetcursion des officÎQrs anglais avant d'âvoir peoours au réoit.phis circonstaucié de^. Moerenhom, qui viâta les mêmes lieux plus tard} ni le navigateur anglais, ni M. Moerenbqut, n'ont cosigné le nom indigène de .ce lac dpi» leurs écrits; Wilson te désigne sous celui de Wai-Hiriaf que nous lui avons conservé. •

Le lieutenant Belcber envoyé en corvée à Mairepehe, profila de cette 4(^ccasioa. pour visiter le lac conjointeosent avec M. Collie. lia route était des plus difficiles, ces messieurs durent traverser vingtneuf fois, dans leur #xcursioa, le ruisseau qui court

à travers la vallée eonduisant au lac. Après avoir dépassé ee pren^^r obstacle, il fallut grimper sur la montagne «n s^aidant des mains et des genoux, en s'aecrochant auf branches fragiles des fougères et des jfttôa Seipjfrnrmm. En avançant de cette façon en zigzag, après s'être égaras une ou deux fois , ils atteignirent enfin le sommet^ but de leurs^fforts, et alurs, m descen<llint à quelqi^e distance , le lac apparut à leurs yeux désçncbantés. Ses dimensions pouvaient être estimiées à trois quarts de mille de circonférence (1). Son eau était boueuse et paraissait s'alimenter au moyen de plusieurs cours d'eau tribu-

(i) Le mille niAriA contrant 1851,851 mètsef .

taires, descendant des montagnes voisines, et par là condensation deis vapeurs de Fatmosphère produisant des gouttelettes, qui bondissaient sur les parois proéminentes des rochers et qui finissaient par former çà et là de minces filets d'eau , des cascalelles transparentes, aboutissant au grand réservoir. Un fait remarquable, c'est que quoiqu'il y ait sur ce point une affluence constante d'eau , on n'a pas encore trouvé de débouché où le lac se déverse. Ce qui est encore plus curieux, c'est que lorsque de grandeffe pluies ont lieu, l'eau au lieu de s'élever et dé déborder de son lit, garde le même niveau et paraît se répandre dans quelque canal souterrain. Les indigènes disent qu'à ces époques, on voit un cours d'eau fuir à travers une caverne placée au-dessous du lac, La température du lac était à sept heures du matin, de 22' centigrades, celle de l'atmosphère était de 21** environ, et dans un grain elle s'elèva à 23". Pendant ce temps le thermomètre Indiquait 25° au niveau de la mer.

Un des côtés du lac est bordé par de hants rochers perpendiculaires, et de l'autre le sol s'incline en une pente douce, couverte de la plus belle végétation. L'apparence générale de ce site fait penser qu'un énorme éboulement de la montagne a dû combler la vallée et intercepter le cours des ruisseaux qui coulaient jusqu'à la mer.

La hauteur du lac au-dessus du niveapu de la mer, fut estimée par M. BeUher à quinze cents pieds (quatre cent soixante mètres environ), et Félé-

y2tûôn des rochers qui le surmontent , à plus de deux cents mètres. Quoique situé à une aussi grande hauteur et si loin de toute grande nappe d'eau, ce bassin abonde^ dit-on^ en anguilles d'eau douce d'une grande taille. Sur le pourtour de ce réseryoir , surtout sur sa partie orientale, <m trouve en quantité des fragments de lave vésiculaire, qui ont fait supposer qu'un volcan avait jadis existé dans cet endroit, et que peutrêtre le lac était contenu dans son cratère étçint. Le niveau de l'eau paraissait décroître avec une grande rapidité pendant le séjour des officiers anglais. Ils observèrent qu'en quelques heures, un endroit sur lequel ils avaient trouvé dix-huit pouces d'eau, fut mis à sec, et non loin de là ils aperçurent une large fente à travers laquelle l'eau semblait se frayer une issue ; ce qui, à leur sens, favorisait l'hypothèse que le bassin avait été produit par un éboulement des hauteurs voisines (1). . A son tour M. Moerenhout visita ce lac le

10 août 1829, et le récit de sa course est digne d'intérêt. Il partit de Maîrepehe dans l'après-midi , dans le but «d'atteindre le pied des montagnes à l'entrée de la vallée qui conduit au lac , situé à peu près à égale distance entre Maîrepehe et l'i^hme.

11 était' nuit cl^se lorsqu'il atteignit, sous la conduite des deux fils de Tâti, chef de Papara, la dernière case, placée à l'entrée du vallon, limite des régions

(t) fieechejyNarritHve ofa voyage to the Pacific^ etc!, p. 220.

236 DfiSC&IPtIOM

habitées. Au point du jour ils se renûi ea route aux cris de joie des iodigènes » répétés par les échos sonores des gorges des mootdgoes. Il fallut marcher longtemps dans une iles plus belles vallées qu'on puisse voir; couverte de toutes parts d'arbres fruitiers^ arrosée par un large ruisseau dont Teau limpide fuyait avec rapidité, elle charmait l'œil qui contemplait tous ces charmes naturels; à chaque pas fait à travers cette brillante et fraîche verdure, M. Moerenbout acquérait la conviction que Taiti est un des pays les plus favorisés par la nature. A mesure qu'il s'avançait la vallée devenait pins étroite et ta route plus difficile, surtout à cause du ruisseau qu'il fallait traverser à chaque instant. Sa rapidité, augmentant à mesure qu'on s'élève, finit par le changer en un torrent dangereux ^ très-diffîcilt à franchir. Il y avait deux heures qu'il marchait d'un bon pa$ sur un sentier étroit, inégal et souvent encombré do bois ou de pierres. B^uis longtemps, il était sorli de la vallée, qui ne se prolonge guère qu'à une demilieue de la case où i( avMt passé la nuit , pour se changer ensuite en un étroit vallon, lorsqu'il atteignit le point où elle ne forme plus qu'une gorge rétrécje, un ravin encaissant le lit du torrent, et dont le^ bords ne s^nt plus ^parés que par lui espace étroit, du pieid des montagnes s'él^vant presque perpendiculaicemeat de trois à cinq cents pieds. Ces montagnes couvexrtes ^de bois et de verdure portent ■souvent jusqu'au sommet des arbres immenses; on en Toyait plusieurs «étendus sur la route ; l«s uns

pourris, détruits par l'âge ^ d'autreë sains encore qui paraissaient avoir été entraînés par les pluies ou déracinés par les vents. On voyait aussi de petites jeabanes placées sur des lieux élevés où les montagnes formaient des plateaux ; elles paraissaient être Tœuvre des indigènes surpris dans ces endroits parde fortes pluies, qui rendent le passage du torrent impraticable et qui changent souvent cet étroit cours d'eau en une large rivière dont les flots entraînent tout ce qui fait obstacle. Les crte^ clairs et sonores des guides se répétaient de la manière la plus extraordinaire dans toutes les directions, on eût dit que des centaines de voix répondaient simultanément à ces cris.

Plus on avançait, plus la route devenait difficile. Les montagnes se rapproehaient de plus en plus du chemin suivi, etle torrent augmentait larapiditédesa fuite. Sur plusieurs points à droite et à gauche , tombaient des cascades d'une hauteur perpendiculaire de quatreà cinq cents pieds. Ces chutes d eau presque insignifiantes à cette époque de l'année, doivent être fort belles dans la saison des grandes pluies. Il y en a une surtout d'une grande largeur , digne de remarque , parce que l'eau tombe sans interruption d'une montagne rase et unie sur ce point , tandis que partout ailleurs elle est couverte d'arbres et d'une épaisse verdure. Les chutes d'eau, le bruit du torrent, les hautes cimes suspendues sur la tête des voyageurs, comme si elles menaçaient de s'écrouler sur eux, donnent à ce paysage un aspect triste etim-

posant. L'effetleplus singulier de ces gorges de montagnes est de tromper l'œil sur leur étendue j elles semblent se dresser si souvent comme si elles interrompaient la route que l'illusion est complète'; on croit à chaque instant en voir la fm, tandis qu'elles se prolongent de plus en plus.

Enfin les guides annoncèrent à M. Moerenhout qu'il allait arriver au but de sa course. Il n'y avait plus qu' une montagne très-rapide, haute de trois ou quatre cents pie4^ à gravir; mais il fallait en opérer l'ascension par un petit sentier étroit , rapide et très-glissant à cause de la pluie qui était tombée toute la journée. Heureusement il était bordé de chaque côté par des buissons et de petites branches auxquelles on pouvait se retenir. Cette montée était surtout dangereuse à cause des grosses pierres dont elle est parsemée, et sur lesquelles on devait prendre un point d'appui quoiqu'elles fussent très-peu solides. Une seule d'elles en se détachant exposait non-seulement à une chute dangereuse l'homme qui y posait le pied, mais encore elle pouvait entraîner dans les précipices ses compagnons placés plus bas. Toutefois il suffit d'un quart d'heure pour atteindre le sommet de la montagne ; là un bois épais et sombre voilait encore la vue , mais quelques pas plusloin le retour de la lumière annonça un espace plus dégagé d'arbres, et aussitôt le lac apparut.

La situation du lac est telle que loin de dominer sur une grande partie de l'île, il est environné par de hautes montagnes. Des arbres magnifiques, la

verdure la plus riche entourent ce beau bassin d'eau tranquille* Parn^i ces végétaux on trouve encore le fora (pandanus) qui embaume l'air, et le bananier sauvage {fehi des indigènes) dont le fruit excellent abonde sur les bords du lac et sur la pente des monts voisins. Après avoir conten^pTé quelque temps ce site pittoresque, M. Moerenhout fit construire un radeau avec des morceaux de bois gisant sur le rivage et quelques perches de bouraou (hibiscus) que ses guides furent couper; puis, il s'aventura sur les eaux pour en sonder la profondeur. Il trouva la descente duibnd assez rapide, et à une petite distance du bord le lac était aussi profond qu'au milieu. La différence était peu sensible. Nulle part le plus graild fond ne dépassa quatorze brasses; mais , contrairement à l'opinion de M. Belcher , M. Mo«renhout ajoute que les fortes pluies doivent beaucoup enfler ces eaux, environnées qu'elles, 3ont par dq hautes jnontagnes.

4près cette exploration , M. Moerenhout songea à revenir sur sos pas. Quelques-uns des indigèn^p qui l'accompagnaient prirent un autre chemin qui wiuluit à travers les montagnes ; il voulait les suivre, mais ils le dissuadèrent de ce dessein en lui disant que la route était si peu tracée, tellement couverte de broussailles et d'arbustq^, et tellement rapiée, qu'elle était presque impraticable à des Européens portant des souliers. U reprit la ni^npie route qu'il avait suivie le matin ; mais elle était bien plus facile à suivre en descendant qu'à la montée.

240 DfeSCillPTION

An cdQcfaer du soleil , il avait atteint la case k rentrée du vallon et à dix heures du soir il avait gagné Papara (1).

Ditfrick Le petit district d'Atimoni est situé entre eelui

de Wairidi et de Papara. Deux points sur la côte, indiquéssous les noms de Teati/ar#tiet Bapihi, forment ses limites; du temps de liVilson îl appartenait âéjà au chef de Papara ; son exiguïté et sa position tendent à faire croire que c'est uniquement une division de ce district.

District Le district de Pmpara, tient le milieu pou^ Félen-

due des terres basses ella fertilité entre les districts les plus beaux de l^le et les moins favorisés. Il vaut beaucoup mieux que les districts du nord-est de Ttle et ceux de Taîrabou , mais il est inférieur à. ceux de Pari et d*Attaliourou ; Le terrain plat ne parait avoir nulle part sur la zone naritime plus 4e deux cents mètres de largeur.

M. Moerenhout consacre plusieurs pages à la description de r intérieur de ce district dont il vanle la beauté à Topposé de l'opinion de Wilson. Dans une vallée où il fut examiner une localité désignée pour l'établissement d'un moulin à sucre, il trouva le pays admirable. Combien, dit-il, cette lie renferme de richesses ! Des milliers d'arbres produisant de& fruits . excellents pour la nourriture de l'homme; les plus beaux pâturages pour les bestiaux , maintenant très* nombreux à Taiti ; à chaque pas une eau excellente

(f ) Moerenhout , Voyage aux ilei du grand Océan , tome I , page 270.

61Ê06RAPHIQUE. 241

qui descend toute Tannée des hautes montagnes^ baigne en tons sens ces belles plaines. MaiS' Papara est sans contredit le district le plus opulent de Tlle. De la maison du chef T^tï on a la vue la plus magnifique de cette ffartie de Ttle. Bâtie sur une petite âévation , elle plonge au nord sur une riche plaine et fait face à (jh^hautes montagnes qui s'élèvent graduellement et dont les sommets tantôt se perdent dans les nuages qui les couvrent ft*équemment, tantôt disparaissent dans la teinte bleue des perspectives lointaines , qui contraste si bien avec la brillante ver* dure plus rapprochée 4e l'œil de l'observateur. A Testée à l'ouest, on a également vue sur une petite plaine cou{{ée par un assez large ruisseau ; plus loin la mer continuellement agitée sur les récifs , et de ce côté diffét^ntes pointes de terre qui s'avancent à perte de vue dans les eaux et forment la plus belle perspective (l).

AiHeum il ajaute.Gette partiede Tilecomprise entre la pointe MaraE ou sud-ouest jusqu'à Tisthme, étant la plus fertile fut toujours la plus peuplée et la plus puissante avant l'époque où les bâtiments étrangers donnèrent aux chefs des districts où ils mouillèrent des fusils y des munitions , et les aidèrent souvent dans leurs guerres; c'est à Papara que vivaient ilnid et Bena, sa femme , chefs de Tile lorsque WalUs y aborda y et dont Tati le chef actuel de ce district ebarmant est le neveu. Depuis la pointe Mara

(1) Moerenhoat, Voyage aux ile$ du groM Océan ^ tomel , ptge 259.

342 BESCRIPTlOIf

jusqu'à Papara, Tespace d'une lieu et demie environ» les habitations sont continues. Leurs propriétaires les considèrent comme appartenant à Papara où ils vont à l'église le dimanche ; ceuK gui demeurent au de]à de la pointe Mara , assig^tent ai) service divin qui se célèbre à Panavia. Une route est tracée entre ces deux villages, mais pendant la moitié du>chemin il faut marcher le long du rivage et partout les ponts manquent pour franchir les ruisseaux, qu'il faut nécessairement traverser à gué ou se faire porter à dos d'homme.

Une autre route lie Papapa à Maïrepehe ; elle est l'espace d'un ou deux milles assez belle, mais plus loin on doit traverser des bois et l'on est à chaque pas arrêté par une infinité de ruisseaux privés de ponts, à l'exception du plus grand de tous qui traverse le village même de Papara. Quelque»-uns de ces nombreux courants d'eau sont très-profeods et parfois assez grands pour mériter le nom de rivières.

A Textrémité du district sur la pointe sud de Taïti désignée par Wilson sous le nom de Popotiy on voyait encore en 1797 le grand Maraï de Berea et d'Amo. C'était une énorme pyramide en maçonne* fie, dont 4a base formait un parallélogramme; sa hauteur était mesurée par des marches dont la première avait six pieds anglais (i) de hauteur, m les autres cinq pieds. Sa longueur à la base était de deux

(1) Le pied anglais correspond à 0"*,304.

CÉO^AAPHIQUE. 243

cent soixante-dix pieds , sa largeur de quatre-vingtquatorze. Au sommet elle avait encore cent quatrevingtspiedsdelong et environ une largeur de six pieds. Lfô marches composées en partie de rangées de blocs carrés de corail d'environ dix-buit pouces de hauteur et en partie d'un cailloutage de pierres bleuâtres, presq«e rondes et très-dures , avaient environ six pouces de diamètre.

L'intérieur de ce monument n'offrait point de creux; il était comblé par des pierres de différentes grosseurs. C'était une construction merveilleuse qui devait avoir coûté aux indigènes un temps et des efforts immenses pour entasser une si grande quantité de pierres ensemble. Comme ils ne connaissaient pas l'emploi du mortier, il avait fallu une patience à toute fâpreuve pour assembler une à une les pierres, afin qu'elles pussent se fixer sur leurs faces juxtaposées , et aussipour tailler, même imparfaitement , les blocs de corail aveo les instruments défectueux qu'ils avaiojnt à cette époque.

Lorsque le compagnon de Cook , sir Joseph Banks, vit ce monument , il y avait au sommet une image en bois représentant un oiseau, et tout auprès une image de poisson taillée dans la pierre. Wilson ne trouva plus ces deux objets; les pierres des gradins les plus élevés étaient même tombées en plusieurs endroits; les murs d'une enceinte voisine étaient aussi en ruine ; le pavé même disparaissait et ne se voyait plus que dans quelques endroits. Sir Joseph Banks, en parlant de ce maraï, disait ; « La pyramide con-

d'Ahaheina.

24i DBàCRIPtION

> stkue une dm faces d'un canrré , dont les côtés sont )> à peu près égtux ; le tout est pavé et maçonné en » pierres plates, et, malgré ces pâtés, plusieurs » bananiers et des casuarinas eroâssaient dans celte » enceinte. » En i797, on ne voyait f^lus dans cet espace qu'une case appelée la case de VAtotuij dans laquelle résidait un desservant de la'dîvinîté.^Lorsque le capitaine Beechey visita ces ruines en i826 , il trouva ce monument dans un ét^t de dépérissement qui ne permettait plus d'en donner la mesure avec l'exactitude de Wilson.

Une ouverture à l'ouest de la pointe Popoti pai^att offrir un mouillage aux navires dans une belle et spacieuse baie presque inconnue encore.

District Une petite anse où se dégorge un ruisseau, défen-

due par une pointe nommée Abourou dans le r^it de Wilson , et Owahaou sur sa carte , sépare le districtd'Ahaheina de celui de Papara. Sa côte, longue de deux milles et demi, est droite , et termine la série des districts situés sur la partie sud deTaîti.Dams plusieurs endroits les montagnes descendent jusque sur le rivage, et ne laissent de passage que sur un étroit sen tier . Partout la terre plane n'a pas plus de cent mètres de largeur. Un mont nommé Wdi^atoto , sépare ce district daqs l'ouest de Afarooti, petite division du grand district d'Attahourou , auquel se rattache le souvenir du débarquement du capitaine Waterland , après le naufrage de son navire ^Moit/cta, et des mauvais traitements que les naturels lui firent subir. Quoique M. Moerenhotit ne fasse nullement men-

tion de ea district, en décrrvant les terres d'Âtta* hourau et àa Papara , il est à présumer, pttr la positi<m .qu'il assigne à la pointe Mara , pointe sud-ouest de l'tle, que c'est celle qui est nommée Waïpatoto par Wilson. En parlant de ces lieux, il dit: Dans quel-» qiis& endroits» il faut passer dajis l'eau, les montagnes ne hissant aucun espace libre et s'élevant per-* pendiculairement du bord de la mer à une hauteur de plusieurs centaines de pieds; dans d'autres on passe sous des masses de rocbers sœpendus en l'air de la manfêre la plus singulière et la plus effrayante, et d'où unaes^eellente eau 01tre en pluie éternelle. Ces passages se prolongent l'espace d'environ deux milles. Ils semblent séparer entièrement Papara de l'autre partie de File ei seraient inexpugnables s'ils étaient bien défendus. Quand on a passé la pointe Mara, et non loin d'un dés rochers d'où découlent ces ruisseaux, on Y<Mt un souterrain très-curieux creusé par la nature^ et qui s'étepd dans la montagne à une profondeur inconpue. Je l'ai visité et j'y ai pénétré jusqu'à la distance de cinquante toises environ, enayant de l'eau jusqu'au genou ; mais la voûte devenait déjà très-basse et le canal toujours plus étroit. Je ne pense pas qu'on puisse aller beaucoup plus avant sans lumière, et personne n'ose s'y enfoncer dans Tobscurité. On croit pourtant qu'en temps de guerre, des personnes y ont vécu longtemps ne sortant que la nuit(i). Dès qu'on franchit les passages

(l)Mûerenbotit, Foyage aux iles d/u gtand Océan , tome I,

d'Attahourou.

difficiles qui limitent le district d' Attahouroti , là plaine s'élargit: on trouve de nouveau des demeures éparses sur le rivage, et l'aspect du pays , à une lieue de Papara, revêt une beauté qiii dépasse tout ce qu'on peut se figurer.

District Le district d'Attahourou, qui comprend toute la

partie occidentale de Taïti, a une étendue de douze milles de côte. Au temps de Wilson, il était diviisé en deux ou trois fractions subordonnées à des chefs dépendants de Te-^marcy chef de Papara. L'aspect des terres de ce district est délicieux; le rivage forme une légère courbe en se dirigeant au nord; les récifs placés à une grande distance de la côte, donnent une tranquillité complète aux eaux peu profondes du rivage; le fond de sable blanc paraît tacheté de coraux à travers la mer transparente. Ce lieu est sans contredit ile plus favorisé de Taïti : il forme une large bande de terrain uni surchargé de cocotiers, de bananiers et d'arbres à pain. De grandes vallées s'étendent à de grandes distances dans l'intérieur ; les côtés des monts qui les forment sont couverts d'arbres fruitiers, et leurs sommets de verdure. Les hautes cimes de la région la plas élevée des montagnes, sont aussi revêtues d'arbres ou déchirées par de pittoresques précipices ; leurs découpures, leur éloignement, les nuées qu'elles arrêtent au passage, Contribuent à augmenter la sublime majesté du paysage qu'elles dominent.

Deux mouillages paraissent offrir leur abri aux navires sur cette côte, ce sont ceux de Panavia

(Bounaïa d'Ettîs) et Pcnmi. Le premier est situé vers le milieu du district, au pied du fameux Maraî , célèbre dans les annales de Taîti; le second plus au sud, est situé à deux ou trois milles de la pointe Mara. D'après M. Moerenhout, cette portion du district est moins belle que ne le représente la relation de Wilson ; de Panavia à Papara , dit-il , on trouve pendant longtemps des habitations au bord de la mer, mais le pays est moins riche et la côte moins fertile, au moins près du rivage couvert partout de sable blanc. La plaine même est composée de terre sablonneuse, moins féconde que le reste de l'île. A mesure qu'on s'avance sur la route de Papara , le chemin devient plus difficile et plus étroit. Les terres qui s'élèvent au nord de Panavia , montrent des vallées plus étroites que celles du district de Pari. En quelques endroits même, les montagnes viennent très-près delà mer, et il n'y atjue peu d'habitations^ mais, au sortir de ces lieux, la plaine s'élargit de nouveau, et à deux milles environ de Panavia, on aperçoit déjà plusieurs mstisons qui de loin sont d'un eifet agréable, quoiquQ de près elles soient en ruine ou désertes. En 4830 , on y remarquait la maison du missionnaire Daeling, édifice bien construit et d'une jolie apparence ; à cette même époque Téglise de ce village étant tombée en ruine, le même missionnaire entreprit de faire bâtir un édifice supérieur à ceux déjà construits , et il réussit en partie.

Entre la pointe Mara et Panavia^ on trouve plu-

sieurs habitations indigènes fort éléf^nles ; ce n'est point dans les villages qu'on trouvo les plus jolies demeures 9 mais plutôt à quelque distance des hameaux, où les propriétaires d'une portion du sol se retirent avec toute leur famille. Quoique le terrain entre la pointe Mara et Panavia soit moins fertile qu'ailleurs, cependant les habitants ont, dans la proximité des montagnes , la ressource des fehi ou bananes sauvages. C'est aussi le quai tier du Pia (arrow root), il vaut mieux d^s les autres parties de l'ile. Pour avoir cette plante dans sa perfection et en abondance, les indigènes mettent le feu aux herbes sur la pente des collines. Les cendres produites par ces incendies , et de fréquentes pluies font alors croître le fruit avant tout autre végétal , et la récolte, sans plus de travail , est aussi riche qi»'on peut le désirer. La fabrication de Tarrow-root est Ja ressource principale des habitants de cette partie^de Tile comme de ceux de Panavia.

Près de la pointe Mara , on trouve une passe dans les récifs accessible* aux navires, mais après l'avoir franchie, on rencontre^ à peu de distance, dans Fintérieur, un banc de corail qu'il est difficile de doubla avec les vents d'est régnants , ce qui oblige à passer de l'autre côté par un canal^fort étroit. Au pis aller, on jette J'encre par dix-sept à dix-huit brasses de fond. En 1810 , un bâtiment de M. Moerenhout , destiné à aller recevoir un chargement de bois à Papara^ entra par cette passe , mais il ne put parvenir à s'élever en louvoyant J'espace de deux lieues, qu'il

GÉOUllAMIQUE. 249

fallait parcourir dans l'est pour atteiudre Papava. Les paltes des ncres attachées au fond par les coraux empêchaient de touer le navire , et il était impossible de songer à le remorquer avec des embarcations , contre les courants violents qui régnent sur plusieurs points. Ce ne fut qu'avec l'assistance du chef Tati que le navire put se tirer de sa fâcheuse position ; quatre cents indigènes , à l'aide de câbles , le halèrent en moins de deux heurçs au mouillage de Papara(i).

Non loin dePanavia, en face du maraï d'Attahourou, dont nous allons parler, se trouve un passage fort dangereux pour les navigateurs. Dans cet endroit, la chaîne des récifs se trouvant interrompue au dehors se dirige en <âeiix brancbes vers la terre, laissant un étroit canal où les embarcations seules peuvent passer. Dans les grandes marées il s'établit un courant contre lequel il est souvent impossible de lutter, et d'autant plus périlleux qu'en de pareils moments il règne toujours une forte mer qui , entrant par la passe, se dirige en hautes vagues vers la terre et vient fondre sur les embarcations qu'elle engloutit si elles ne sont' pas bien dirigées. Les Anglais ont nommé ce passage hell gâtes (portes de l'enfer) à cause des accidents qui y ont eu lieu et dans lesquels nombre d'indigènes ont péri.

.Le gi^nd maraï d'Attahourou , objet de la vénération de nie entière, est placé dans l'intérieur du

(1) Moerenhout, Voyage aux îles du grand Océan , tome I , pftges 247 et 253.

280 BES€RIPTiON

district, non loin de Panavia, auprès d'un cours d'eau désigné par Wilson sous le nom de Tara^rùua-tnoa. La route suivie par ce capitaine était si bien ombragée par de beaux arbres à pain qu'on ne sen^ tait pas Faction des rayons solaires; peu de buissons la tapissaient , mais des mouches importunes assail'* laient sans relâche les visiteurs de ce temple. Des plantes qui produisent le safran et le gingembre abondaient dans les alentours , ainsi que des cotonniers sauvages.

 un mille environ delà baieon atteignait Templaxement du maraï, situé dans la partie nord de la grande vallée d' Attahourou, sur un terrain élevé mais plat. Une barrière en bois, ayant de trente à quarante mètres de côté, entourait une plate-forme, dont la moitié était pavée. Au centre de ce pavé on voyait un autel élevé sur seize piliers de bois, ayant chacun huit pieds de hauteur. La table posée au sommet des piliers mesurait quarante pieds de longueur, sur une largeur de sept pieds. Elle était couverte de chaque côté de nattes épaisses, ornées de longues franges sur les bords. Elles servaient à recevoir les offirandes des fidèles ; on y voyait des cochons entiers^ des tortues, de gros poissons, des bananes, de jeunes cocos, etc.^ le tout dans un état de décomposition qui remplissait Tair de miasmes méphitiques.

Sur un des côtés brisés de la barrière de bois, on voyait encore un amoncellement de pierres, et dans la ligne des barrières de petitsau tels appelés tii^, destinés

GÉOGRAPËIQUE. 251

aux divinités inférieures ; ils avaient de six à sept pieds d'élévaiion et différentes formes. Une case sans apparence était élevée dans un coin de l'emplacement, elle servait à contenir un modèle de pirogue, haut de trois pieds, large d'autant et long de quatre pieds, que Wilson nomme i'arche de l'Atoua; cette description ne répond pas à la célébrité dont ce temple jouissait; Wilson ne remarqua rien de plus, si ce n'est le toupapaou élevé au chef Oripaïa ; sorte de monument funèbre, formé par un échafaudage où les corps des chefs se décomposaient à l'air; cCi toupapaou était placé près du Maraï.

D'après M. Moerenhout, en 1830, on voyait encore toute Venceinte et un immense amas de pierres, dont quelques-unes taillées et restées debout marquaient la place où s'élevait l'autel servant à Toblation des victimes. Il était placé en face de la vallée où périt le chef Oupoufara, dans la bataille mémorable qui a changé l'état politique et religieux de Taïti et des îles environnantes. Dans cette même vallée se trouvait un fort ou pari , construit par les indigènes , qui avait la réputation d'être le plus considérable de Taïti.

En 1822, lors du passage des inspecteurs des missions anglaises , un banquet de quatre-vingt-dix tables fut dressé sur remplacement du Maraï , qui en quelques années avait perdu toute son importance religieuse aux yeux des Taïtiens convertis.

En quittant le district d'Attahourou on entre dans Di»irict celui de Tettalia, en ftiisant l'ascension d'une mon-

252 DESckiPTioN

tagne nommée Opeyhouif et l'on atteint aussitôt la partie méridionale de la face nord-ouest de Taiti. Tout ce district est montueux et ne contient que peu de terres planes au bord de la mer. Toutefois , il était fort peuplé en 1797, ce qui parut à Wilson provenir de sa position intermédiaire entre les deux meilleurs districts de l'Ile. Les plus beaux bouquets de cocotiers et d'arbes à pain qu'on y remarquait avaient été plantés par Pomare et fdia dans leur jeunesse. ff^eyiO'Weyie est le nom du point de la côte où se termine le district au nord. On y voyait une grande case de quatre cents pieds anglais de longueur environ , sur une largeur de trente. Vingt piliers de .bois hauts de vingt pieds chacun en supportaient le faîte et la toiture, tandis que cent quatre-vingt-quatre autres piliers de dix pieds de hauteur en soutenaient les bQrds. Cet immense édifice servait de lieu de réunion aux jours des grandes fêtes, pendant lesquelles on consommait d'immenses amas de provision.

Le rivage de iîe district , bordé de récifs ouverts par des passes praticables , est orné de deux îlots ; l'un d'eux, situé en face de la pointe Toouta, est nommé Motou'houna'^ le second, Moutou^ia, est assis sur les répifs en face du port connu aujourd'hui sous le nom de Pap^iL PortdePapeïti, Ënfoncé de près de deux milles dans les terres , le port de Papéîti est bien protégé des agitations de la mer par les récifs; ; il peut être regardé comme sûr en tout temps, les vents du nord au nord-ouest pouvant seuls lui donner un peu de ressac; c'est le

GtOGftAraïQUE. 253

port le plus fréquenté de Taïti. Papeïti , dit le capitaine Beechey , s'il n'était sujet à de longs calmes et à de grandes chaleurs à cause de son exposition sous le vent, serait le meilleur port de l'île. Les terres qui l'environnent sont basses et verdoyantes /et les récifs s'étendent depuis le nord à la distance d'un mille et demi jusqu'à perte de vue au sud-'Ouest. L'extrémité nord de la baie est formée par une pointe couverte de cocotiers au»-dessous desquels se voient çà et là quelques habitations. Au sud-ouest , la terre descend graduellement depuis les hauteurs jusqu'à la mer vers le canal qui sépare Taïti d'Eiméo, qu'on voit dans le lointain à Touest. Dans cette direction s'étend aussi une plaine magnifique toute plantée de beaux arbres à pain , mais elle se termine à peu de distance par une rivière sans pont. En prenant sur la gauche on monte sur une élévation d'où on embrasse la vue de tout le pays depuis la pointe Vénus au nord, jusqu'à l'île d'Eiméo vers l'ouest ; vue vrai» ment magnifique, où la baie, les petites îles , le récif, les navires, les maisons, les plaiitations , les forêts se dessinent séparément dans le loitain. Aux alentours de Papeïti on remarque que le pays quoique moins garni d'arbres que dans d'autres expositions ^ est pourtant extrêmement riche. Les plantations ne sont pas nombreuses et les arbres à pain, dont l'île est couverte , sont déjà anciens , car les indigènes n'en plantent presque plus. Mais cet abandon rend ces lieux peut-être encore plus beaux ^ et ce qui est surtout admirable, et qui embellit particulièrement

le paysage , ce sont les nombreux ruisseaox qui circulent dans les plaines et les coupent dans tous les sens. Cette partie de l'île offre au centra d^ lali^ie un cours d'eau très-considérable, rapproché du débarcadère, de 80ï*te que les navires peuvent se procurer avec la plus grande facilité une eau excellente

en aussi grande quantité qu'ils peuvent le désirer (1).

M. Dupedt-Thouars décrit, ainsi l'aspect de ce port. Papeïti, chef-lieu et résidence du gouvernement, est situé au bas de la plus haute montagne de l'ile. Le terrain plat qui du rivage s'étend au pied des montagnes a peu de profondeur; mais il est couvert d'une riche et brillante végétation. Papeïti n'est point une ville, ce n'est pas non plus un village, ce serait plutôt un hameau : cependant ce n'est rien de tout cela; le nom espagnol Pueblome parait défmir mieux ce genre d'établissement. C'est enfin une foule de petites cases, ou des chaumières répandues sans ordre au milieu des orangers, des cocotiers et des goyaviers, qui ornent le rivage courbé en forme d'arc sur les bords de la rade. L'aspect général n'a rien d'imposant; mais il est extrêmement gracieux et très-pittoresque.

Ce que l'on remarque d'abord en arrivant sur la rade, c'est un petit îlot à fleur d'eau , couvert d'un joli bouquet de verdure, à travers lequel on entrevoit une batterie de huit canons où flotte le pavillon

(1) Hoerenhout , Voyage aux des du grand Océan , tome I,

pages 216, 222 et 223.

GÉOOBAMIftUE* 9ft5

de Taili. Cette tie, yéritableminiature^estJIfolMHNiiay ou l'tle de la Reine; sa majesté en fait souvent sa résideni^e.

La plus belle maison que Ton aperçoive au rivage Papeiti est celle do chef de la mission; à côté on distingue une grande case qui sert à la fois de temple et d'école. Tout le reste se compose de cases parmi lesquelles on remarque plusieurs petite^ mai* 8onS:J)lanchies à la chaux. Elles indiquent ici , de même que dans toute la Polynésie , la présence des blancs auxquels elles appartiennent ; à Papeiti pre»- ^ue tous ces étrangers sont anglais.

• La reine n'avait point encore de maison , elle habitait une case de forme indienne , dont la modeste construction n'était préférable en rien à aucune de celles des autres indigènes. Cependant on a pensé qu'il convenait de lui donner un logement plus décent , et on lui construisait en septembre 4838 , une maison assez belle et convenable à son rang : située dans l'intérieur , elle est assise sur les bords d'un ruisseau dont l'embouchure est dans la rade. La position de cette maison, sans être désagréable, ne piralt pas bien choisie , parce que placée dans un fond, elle sera privée de la vue de la mer, de celle des bâtiments au mouillage et peut-être aussi de la brise du large , si agréable et si bienfaisante sous celte latitude.

On trouve à Papeîti des magasins bien assortis en étoffes ou autres marchandises propres à la consommation et aux besoins de la population de cette tle ;

on y tiwive également quelques approvisionnements de mer, mais en très-petite quantité.

Les soirées sont délicieuses à Taîtij; une légère brise arrive de la montagne , toute parfumée, et ride à peine , par intervalles , la surface des eaux tranquilles de la rade, qui unies comme une glace réfléchissent en images renversées les bâtiments qui se trouvçnt au mouillage, la gracieuse lie de Motououta et les hauts palmiers et cocotiers , qui , de 4eurs tètes touffues projettent des ombres profondes qui semblent encadrer en noir ce joli bassin.

Vers la mer , la vue est bornée par le récif à fleur d'eau qui cerne la rade du côté du large, et qui sans cesse couvert d'une écume blanchissante, brille à la nuit de mille feux phosphoriques auxquels viennent bientôt se mêler ceux d'un grand nombre de bateaux, qui s'y rendent pour pêcher aux flambeaux; tous les soirs le calme est dans l'air comme sur les eaux (1).

La route qui conduit de Matavai à Papeiti, ne suit la plage que du cap Taharaîf jusqu'à l'extrémité de Papaoci; de là, elle est percée au milieu d'un bois de goyaviers, de citronniers et d'orapgers. Cette route unie et large, assez bien entretenue, passe à une petite distance du village, dont elle ne suit pas les contours ; elle est traversée par pftisieurs petites rivières dont la plus grande se trouve à peu de distance de Papeîti ; elle y forme un large

(I) Dupetit-Thouars, Voyage autour du monde , $wr la frégate la Fénus^ tome lï , page 4$3,

bassin où les Tutiennes \ont se baigner pendant les heures de grande chaleur. . .

Les abords de Papeiti s'annoncent par une culture plus étendue des terres; de beaux champs de taras y bien entretenus , garnis de palissades en bois, arrêtent le regard de chaque côté de la route ; un système d'irrigaticM^ facile entretient, toujours le pied de ces ?égétaux dans une humidité qui leur est nécessaire. Ils sont généralement fort beaux, et la hauteur de feuilles de quelques-uns dépasse cinq pieds.

La vue de la baie de Papeîti est cachée jusqu'à ce qu'on soit arrivé sur le rivage ; mais alors on aperçoit un panorama charmant. Limité d'un côté par les terres basses et richement boisées qui forment le rivage » défendu au large par de3 brisants qui empêchent toute agitation des eaux de se faire sentir, ce mouillage présente l'aspect d'un lac tranquille où la mer conserve toute sa limpidité et toute sa transparence. Les eaux sont profondes et permettent aux navires de mouiller près de terre. Quelques maisons assez belles , l'église , élèvent d'imposantes masses sur le rivage et tout autour des cases blanchies; d'autres, conservant encore Taspect primitif des constructions indigènes , se mirent dans les flots qui viennent mourir à leur pied. Au moment où le soleil s'approche de son coucher , le paysage de cette baie est embelli de la plus suave coloration; l'ombre du crépuscule semble , convenir à cette scène paisible; les plus^ douces sensations s'éveillent à la vue. de cette riche et placide nature

moUenoent enveloppée par les tapeurs du aoir ; c'est un admirable tableau qui laisse au coeur de tous les voyageurs le désir d'habiter une pareille terre. Dans ces lieux favorisés, il semble que Fair est plus agréable à respirer, la vie plus facile, les jouis* sances plus vives. Heureuse serait la vie de ceux qui pourraient se dépouill^f de leurs habitudes européennes et vivre de la vie douce des indigènes sans souffrir de la privation du contact du monde ci vrlisé.

Taïtî est encore la même ; les mœurs de ses habi-« tants ont varié, leurs habitudes ont été changées, mais sa terre est toujours la terre suave et admirée des navigateurs de toutes les époques, un sol rempli de charmes et de délices.

M. Moerenhout fait mention d'une flaque d'eau située à trois ou quatre milles de Papeïti sur la route de Papara ; cette flaque d'eau devient profonde dans les hautes marées. Sur le chemin de Panavia, la route est à peine tracée jusqu'à deux milles du port. FortdeToahoa. Au uord dc Papeïti, à deux milles environ, on trouve le petit port de Toanoa (1) peu fréquenté aujourd'hui, mais dont la passe donne aux navires la faculté de se rendre jusqu'à Papeïti par un canal en dedans des récifs. Cette route eff*raye un peu ceux qui n'y sont pas accoutumés, car elle est semée de rochers de corail; elle paraît comme un labyrinthe infranchissable; mais comme l'eau est profonde à côlé de ces rochers, il n'y a pas le moindre danger lors-

(lAntonoa , Otoutonoa de Moeranhont.

aioaiiA^HiQUE. • 2Ç9

que le temps est beau et le tenlps favorable. Les ma-nœuvres doivent se faire pourtant avec promptitude, car le champ n'est pas large et il existe des courants (1). La frégate tAriémi$e^ commandée par M. Laplace, a suivi cette route pour atteindre le port de Papeïti 9 après son échouage sur un récif inconnu jusqu'alors, qui est situé à deux milles en* viron dans Test-nord-est de la pointe Yénus. M. Laplace, guidé par un pilota expérimenté, le capitaine EOrill -, réussit à conduire sans encombre au mouillage de Toanoa, puis à celui de Papeïti, son navire coulant bas d'eau (2).

Le capitaine Beechey décrit ce port de la manière suivante. Toanoa est très-petit mais convenablement adapté pour effectuer les réparations d'un ou deux bâtiments. La miarée y est irrégulière; elle est basse tous les jours à six heures et demie du matin , et haute à une heure et demie (3).

C'est dans cet endroit que le capitaine Fitzroy vit en 1835 le moulin à sucre établi par M. BicknelL Le sucre produit était de trèsrbonne qualité et à fort bon marché, Les indigènes apportaient leurs cannes au moulin en assez grand nombre pour que M. Bicknell se dispensât de s'occuper lui - même de leur culture (4). M. Lesson visita aussi eq détail cette usine

(l)Moerenhout, Foyagt auœ Ues du grand Océan , tome I , page 506.

(2) Annales maritimes. Année 1S39, 2« partie, page 1124.

(3) Beechey, Âelation ofa voyage to the Pacific, etc., page 228. ' (4) Fitzroy , Surveying voyages of H. M. S. Adventure and BeagU^ tome II, p. S14.

260 • 1>£6€RIPTI0N

en 1823; il la trouva peu productive à cette époque, car elle n'avait donné cette année que cinq tonneaux de sucre , tant les naturels apportaient de négligence à la culture de la belle cannamella qui est propre à leur île. M. Bicknell avait de vastes cultures établies à Eiméo. Il soumit, devant ses visiteurs, à la pression des cylindres de fer mus par des hommes, quelques tiges de la canne à sucre de Taïti, pour montrer la quantité de sucre qu'elles recelaient et qui venait couler dans un réservoir de plomb aboutissant à la chaudière. On sait de quelle réputation cette canne jouit par la grosseur de ses chaumes, leur hauteur qui passe quelquefois huit pieds, et par le long intervalle des entrenœuds (1).

District de Pari. Le district de Pari est un des plus beaux districts de l'ile, son étendue atteint environ deux milles de longueur entre la pointe Weitoweite et le mont Taharai ses deux limites; il comprend deux belles vallées. Ce district possédait du temps de Wilson un maraî moins renommé que celui d' Attahouroou , mais qui passait pour être affectionné par le grand dieu Orô. Plusieurs autels y étaient dressés et un grand nombre de crânes humains répandus sur le sol, indiquaient le nombre des victimes sacrifiées à cette divinité. Un des autels avait quarante-cinq pieds anglais de hauteur.

Ce district, domaine héréditaire de la famille

( 1) p. Lesson, Voyage autour du mond$ , etc. , tome I, page 311.

GÉ06ftAPHI1)UE. 261

Pomaré, a été le théâtre de plusieurs événements remarquables de l'histoire de Taïti. Ce fut là que les chefs de File se réunirent en 1819 pour promulguer un code de lois. La chapelle qui les reçut, construite par Pomaré le réformateur, est un des plus grands édifices dçces lies. Sa longueur est de sept cent douze pieds anglais et sa largeur de cinquante-quatre pieds. Trente-six piliers cylindriques supportent le centre du toit et deux cent quatre-vingts plus petits soutiennent les parois de cet édifice ovale. L'extérieur, construit avec des planches polies de l'arbre à pain, s'ouvre au jour par cent trente-trois fenêtres garnies de persiennes et par vingt-neuf portes qui donnent accès au public. Ce bâtiment, nommé par les missionnaires la Chapelle royale de la mission , est certainement, quand on considère l'inhabileté des ouvriers, la grossièreté de leurs outils , l'immense quantité de matériaux employés, et la manière dont l'œuvre a été achevée, un sujet d'étonnement pour les Européens.

L'intérieur de ce temple, tapissé d'herbes sèches selon la mode indigène, est rempli de bancs ornés de nattes et de franges de diverses couleurs. On voit trois chaires situées à deux cent soixante pieds d'intervalle, et quoique privées de toute élégance, elles répondent parfaitement au but proposé (1).

Aujourd'hui cette immense construction, fruit du zèle et de l'enthousiasme des fidèles Taïtiens, a été

(1) Ellis, Folynesian researchet, tome II, page 203.

entièrement abandonnée, et bientôt îl n'en restera plus qu'un informe amas de décombres. L'église de Papaoa , construite sur des dimensions bien plus rairsonnables à côté de ce temple gigantesque qui tombe de lui-même, atteste le refroidissement des habitants pour leur nouveau culte. La cour a abandonné cette ancienne résidence pour aller se ii^er à Papeïli. Les clôtures mal entretenues autour de ^elques pierres entassées, indiquent seules Vem^ placement de quelques tombes aujourd'hui entière* ment négligées (1).

Le tombeau de Pomaré II gît dans ce district , non loin de la résidence de la famille régnante. C'est un petit édifice en maçonnerie, entouré d'une palissade et garni à l'intérieur de beaux casuarinas et de barringtonia; M. Lesson le décrit ainsi : Sur le rivage baigné par la mer est placé le tombeau de Pomaré II ; cette sépulture occupe] une bâtisse crépie à la chaux à la manière européenne. Une porte ouvre dans cet édifice, éclairé par une fenêtre et au centre duquel est un mausolée pyramidal en bois renfermant le cerceuil; nulle inscription ne décore cette tombe élevée sans aucun doute par les conseils des Anglais établis dans l'île; mais si la simplicité de son architecture n'appelle pas l'attention, il n'en est pas de même de l'admirable site qu'elle occupe. La nature a tout fait pour l'embellir, et en

(1) D'DIrille, Voyage uupôle «twï et dans lOcéanie, tome V, page 78.

architecte habile elle a semé à profusion les riches décorations dont elle e^t prodigua* Ce tombeau s'avance sur la plage , il repose sur un banc de polypiers dépouillés de leurs animalcules et recouvert par une épaisse couche de terre végétale. A en juger par l!âge des arbres implantéssur ce sol factice, un moraï sépulcral a dû jadis occuper cette position , car de vieux cocotiers inclinent leurs faisceaux sur Thumble toiture de vaquois, tandis que les magnifiques baringlonia y sèment leurs corolles blanches lavées de rose et que les rameaux grêles et pendants de Vaeto ou casuarina , tombant comme des saules pleureurs , s'y dessinent avec leur port funèbre (1).

Ce district possède un port situé non loin du tombeau de Pomaré et quid'après lecapitaineBeechey est le meilleur des quatre ports contenus par la côte nord-ouest de l'île. Plusieurs navires , dit-il , pourraient y mouiller en parfaite sécurité, et si on y construisait un quai, ils pourraient recevoir leurs chargements saps avoir besoin d'embarcations. On peut y entrer, soit de Test, soit de l'ouest , et il a en outre l'avantage d'avoir à portée la bsâe de Matavai, pour s'y arrêter dans le cas où quelque obstacle empêcherait d'entrer sur-le-champ dans ce port. Mais le canal de communication entre Matavaï et Papara demande à être parcouru avec circonspection, à cause de deux pâtés de coraux qui ont échappé à Cook et à Bligh (2).

(1) Lesson, Foyage autour du monde^ etc., tomel, page 295-

(2) Beéchejjr, Narration of a voyage to the Pacifie, etc., p. 228.

Page 1