‹ Îles TaïtiChapitre 33 sur 33 · Préparatifs · texte numérisé non relu

Préparatifs

par le capitaine Bishop et ses compagnons. Pomaré <>«« Anglais était désespéré, il ne songeait plus qu'à se réfugier

(1) M. Moerenhout indique en outre , nous ne savons sur quelle autorité, que Pomaré possédait deux canons. Peut-être lui avaientils été donnés par le capitaine du Norfolk; il est à présumer aussi , d'après le nombre de fusils qu'il avait en sa possession, que si les Anglais ne combattaient pas avec lui ostensiblement, du moins ils l'avaient pourvu d'armes et de munitions.

sur Eiiqéo , le seul endroit où il pensait être en sÀt curité, Poraaré et son fils croyaient tellement leurs affaires ruinées , qu'ils ne songeaient piqs qu a la fijitet Cependant, les conseils des missionnaires pré-» valurent à la longue, et ces deux chefs abandonnèfi rent le projet de s'expatrier sur-le-champ; ce ne fut qu'aveq la plus grande difficulté , qu'on parvint à leur persuader de ne pas quitter Taïti (!)• l^e désespoir des Pomaré diminua pourtant quand ils virent les préparatifs que les Anglais avaient faits pour leur défense; ils reprirent courage, lorsque )e capitaine Bishop leur dit , que si les habitants d' Attahourou étaient vainqueurs les Anglais n'étaient pas vaincus et qu'ils aideraient Pomaré à reconquérir son pour voîr, dans un moment où il avait perdu toute espéranc^e. Pour la première fois , on voit le^ naissionnaires anglais se mêler indirectement aux pilaires politiques du pays ; il était de leur intérêt de con^ server la domination de Pomaré, c'était aussi l'in" térêt de la colonie des Nouvelles-Galles du Sud; de sorte qu'il y a lieu de présumer, qu'ils intervinrent pour engager les marins établis à terre, à prendre parti dans cette guerre, quoique rien ne prouva que cette détermination n'ait pas été prise uniquement par le capitaine Bishop , sans leur médiation : car on doit remarquer que les équipages du Norfolk et de la Vénus y obligés d'attendre le retour d'un navire, sans moyens de fuir le danger, devaient,

(1) Turnbull , Voyage royi,nd the World ^ page 153.

avant tout, songer à leur conservation, liée en quelque sorte à celle de leur ancien allié Pomaré , qui , seu 1 d'ailleurs, pou vai l favoriser le trafic qu'ils étaient venus faire à Matavaï. Quoi qu'il en soit, la demeure des missionnaires fut convertie en véritable forteresse. Les enclos du jardin furent abattus. On coupa les arbres environnants, afin de priver l'ennemi d'un abri favorable pour fairejouer les frondes ou pour faire usage des mousquets qu'il possédait, La chapelle construite avecTaide de Pomaré , il y avait deux ans, fut aussi abattue, pour que l'ennemi en l'incendiant ne m!t pas le feu à la maison oontiguê des missionnaires; on forma des palissades tout autour de cette maison , et on sema des morceaux de bois armés de clous, dans les sentiers quiy conduisaient. Quatrepetits canons , sauvés du naufrage du Norfolk , furent placés dans les chambres supérieures de l'édifice , et celte batterie improvisée fut garnie de matelas et de coffres pour arrêter les projectiles de l'ennemi. En faisant ces préparatifs , les Anglais s'attendaient jour^ nellementà une attaque, caries insurgés, maîtres de la plus grande partie de l'île^ devaient désirer naturellement de la conquérir en entier , et Matavaï était le seul point qui fût en étal de résistera leur agresr sion. Plus d'une fois l'alarme se répandit subitement ; soudain le bruit courait que les ennemis venaient d'envahir ledistrictparl'est; d'autres rumeursannon^ çaient l'invasion par l'ouest, et il arrivait même qu'on annonçait l'invasion des deux côtés à la fois; de sorte que les Européens étaient constamment sur l'éveil.

Massacre d'AtUhourou-

Avril 1802.

Arrivée du Nautilut.

Coopéra lion des Aaglais.

Pomaré, de son côté, fit ériger quelques travaux de fortification sur le mont Taharaï, pour empêcher le passage de ce côté; pendant qu'il était occupé à ces travaux , il reçut la nouvelle que les ennemis occupés à ravager la presqu'île de Tairabou , avaient laissé Attahourou presque sans défense; il profita de la faute de ses adversaires pour diriger une expédition contre leurs foyers; une troupe nombreuse se mit en roule pour Taboti te ohoua , frapper dans l'intérieur des demeures. Cette troupe ayant atteint à la faveur de l'obscurité le district d' Attahourou, elle fondit subitement, vers minuit, sur les hommes invalides ou accablés par le poids des ans, sur les femmes et les enfants qui n'avaient pas suivi l'armée, et commencèrent aussitôt, à la lueur des torches, un massacre qui dura deux heures. Deux cents cadavres épars sur la roule des guerriers de Pomaré, témoignèrent de leur implacable cruauté. L'horreur de cette atroce boucherie, commise sans distinction d'âge ou de sexe^ ne retombe pas seulement sur Pomaré qui l'avait ordonnée et qui trouvait peut-être son excuse dans les mœurs du pays, mais elle doit encore être imputée à un Européen , Andrew Lind le Suédois , qui présida à cette œuvre de sang (i).

Cet acte de cruauté souleva le ressentiment des insurgés à un tel degré, qu'ils vouèrent la famille de Pomaré à une entière destruction; ils allaient

(I) TurnbnH , Foyagt rounà the fForld , p^ge 297,

péiïiïir leurs efforts pour assouvir leur désir de vengeance, lorsque le brick Nautilus arriva, et vînt porter un nouveau renfort à la cause embrassée par les Anglais de Matavaî. Pomaré obtint du capitaine de ce bâtiment, d'être conduit dans une embarcation sur le rivage du district d'Attahourou, où il voulait déposer une offrande propitiatoire à Oro. Cette démarche indique à quel point les démonstrations religieuses étaient sacrées aux yeux des indigènes, car ils laissèrent Pomaré s'approcher des lieux où il venait de faire exécuter un carnage impitoyable, sans l'attaquer. Son pèlerinage s'accomplit sans d^stacles. Il ne fut pas admis dans l'intérieur du maraï, mais il put déposer des offrandes sur le rivage le plus rapproché du temple, avec l'espérance qu'Oro , fléchi par ses prières et la richesse de ses dons, lui accorderait sa protection et lui rendrait sa prospérité passée (1). Au retour de cette course , Pomaré sollicita l'aide du capitaine du Nautilus dans la guerre qui allait éclater. Ce capitaine convoqua une assemblée de tous les Européens résidant sur l'île et leur proposa d'aller attaquer les ennemis de Pomaré; mais les missionnaires ainsi que le capitaine House combattirent ce projet et le firent ajourner en l'absence de Pomaré. Peu de temps après ce chef vint de nouveau solliciter une intervention armée; une nouvelle assemblée fut réunie ; elle décida que tous les Anglais, à

(1) ElWs y Polyneiian reseatcches, tome 1 , page 114»

l'exception des missionnaires, s'armeraient pour la cause de Pomaré; toutefois les missionnaires assumaient sur eux la responsabilité de la conduite des capitaines y qui , dans cette circonstance , agissaient contrairement aux ordres du gouverneur de Sid« ney (1). Pour que les Anglais , rassurés maintenant par la présence d'un navire qui leur offrait dans tous les cas un refuge , prissent part aux hostilités qui allaient avoir lieu , il fallait qu'ils eussent un intérêt particulier, Peut-^ètrevoulaient-ils s'assurer la possession des districts de Matavaî ou de Pari, ou tout au moins l'exploitation du commerce de salaison qu'ils faisaient avec Sidney. Quoi qu'il en soit, leur coO" pération ne se fit pas attendre ; le 3 juillet i802 , te capitaine Bisbop et un officier du Nautilm, à la tête de vingt-trois hommes (2) , munis d'armes à feu et d'un canon du calibre da quatre, accompagnèrent les troupes de Pcwnaré marchant à l'attaque du dis-» trict d'Attahourou, Les missionnaires restèrent à Matavaî, à l'exception d'un seul qui accompagna le détachement en qualité de chirurgien»

Invasion En arrivaQt .dans le district ennemi on le trouva

du district

d'Atiahourou. déscrt ; la population s'était réfugiée dans un part

3 juillet 1802. ^^ forteresse, situé à environ quatre milles de la

baie, La nature du sol rendait cette retraite presque

(}}MoereQhout, Foyage a^xiles du grand Océan, tome II, page 436.

(2) M. Moerenhout porte le nombre des Européens à quinze en tout , y compris le capitaine Bishop et le second du J^autilui. Voyage aux il^^ du grand Oçéan^ tome H, paga 437.

inexpugnable. Les seules avenues qui y conduisaient étaient coupées par des palissades ou des obstacles qui s'opposaient à la marche, et il eût été trèsdiffîr oile, sinon impossible , de tenter un assaut avec sucicès. Dans cette position la journée se passa à échanger une fusillade sans effet. L'éloignement la rendait inoffensive, mais l'ennemi lançait du sommet des baU"» teurs des pierres, et tirait des coups de fusil qui avaient plus de portée; un des hommes de Pomaré reçut une balle à travers le corps. Les Anglais étaient sur le point de retourner sur leurs pas et de s'embarquer, lorsque les insurgés, excités par les défis et les insultes d'un jeune homme, connu des Anglais sous le sobriquet de To morrow morningt encquragés par une forte pluie qui, selon eux, devait rendre les armes à feu inutiles , firent une sortie et le poursuivirent ainsi que ses compagnons , vers la mer. Là, la mousqueterie de Pomaré les arrêta déjà et les força de battre en retraite; cependant au bout de quelques instants , ils se rallièrept et firent de nouveau face à leurs antagonistes. Ce mouvement donn£^ le temps aux Anglais (l'arriver ppur prendre part à l'action ; à leur vue les insurgés , saisis d'une ter* reur panique, s'enfuirept précipitamment. Dix-sept guerriers, parmi lesquels se trouvait Roua, le chef redoutable de la ligue , périrent dans ce combat ; bs partisans de Pomaré, suivant leurs usages barbares, tuèrent les prisonniers et traitèrent les cadavres avec la dernière brutalité. Le même jour, un détachement de guerriers de Papara, en marche pour

se joindre à l'ennemi , fut arrêté dans sa route et presque entièrement détruit ; le chef qui le commandait était accompagné de sa femme ; tous deux furent tués dans le combat , et leurs corps subirent d'horribles mutilations.

Réponse da chef Le lendemain matin , Pomaré et ses alliés mar-

TaaU-hi. '

chèrent de rechef sur le fort où les naturels s'étaient renfermés de nouveau; mais ils furent désappointés en le trouvant bien défendu et rempli d'hommes bien déterminés à résister jusqu'à la dernière extrémité. Une femme fut envoyée avec un pavillon de parlementaire vers les assiégés, pour les informer du nombre de leurs morts , et pour leur proposer des conditions de paix. Elle arriva sans obstacle parmi les insurgés, mais elle trouva chez eux une opiniâtreté insurmontable à ne vouloir céder sur aucun point : lorsqu'elle leur dit le chiffre de leurs guerriers tués, ils parurent indifférents; ils répondirent qu'ils ne connaissaient pas ces guerriers^ et quant au chef Roua, il était bien plus probable qu'il s'était noyé dans la rivière, plutôt, que d'être tombé entre les mains des ennemis ; ils témoignaient par leurs discours qu'ils ne voulaient en aucune façon subir le joug de Pomaré , et même le chef, Taatorhi ou Toata-rii , renvoya le parlementaire en le chargeant de répondre à Pomaré : « que lorsque lui, Taata-hi, au- » rait éprouvé le sort de Roua, alors seulement, et » non pas avant, on pourraitespérer la paix (1). »

(1) Ellis , Folynmanresearçheiytome II , page ^13.

Comme il ne paraissait pas probable que la place ^^^Pfjjjn^ pût être attaquée avec succès , et les insurgés étant Bishop, bien déterminés à ne pas accepter aucun des termes *• *®^' ^^' de la capitulation que Pomaré leur offrait, le capitaine Bishop se décida à retourner à Matavaï. Pomaré ,. réduit à ses seules forces, partit aussi un jour après et se rendit à Pari ,. à dquze milles du lieu d'embarquement; là il établit son camp, et, quoique la paix ne fût pas conclue , les hostilités furent suspendues pour quelque temps. Peu après le retour du capitaine Bishop, le Nautilus mit à la^ voile. La Vénm arriva aussi sur ces entrefaites; et alors, ce capitaine et les hommes de son équipage , quittèrent l'île le 19 août 1802 (1).

L'affaire d'Âtlahourou était loin d'être décisive, combat ja^Eiméo. mais elle diminua beaucoup la force des insurgés <*<^ dont on n'avait plus à craindre les entreprises de longtemps. Quoique toujours en armes, Taïti jouit pendant quelque temps d'une certaine tranquillité; seulement, à Eiméo, il y eut quelques révoltes promptement réprimées : le parti de Pomaré y gagna une bataille dans laquelle un vingtième des rebelles périt (2).

Les navires de la nouvelle colonie , de Port-Jack- Disette. Maladies

. . , . épidémiqaes.

son , venaient chercher constamment des approvisionnements qui manquaient en Australie. Au mois de septembre 1802 , le capitaine TurnbuU , embar-

(1) Ëllis, Polynesian researchesj tome 1, page 115. (2)IIoereiihout, royageaux iles du grand Océan, tome II, page 440.

que sur le navire le Margaret, arriva sur la rade de Matâvaï où se trouvait déjà le bâtiment de guerre le Porpaise^ conamandé par le lieutenant Scott; ce dernier navire avait amené un dessinateur, M. Lewin, chargé par le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud de prendre des vues de Tîle, mission qui semble confirmer l'intention de s'emparer d'une portion de Taîti.

Le capitaine House du Norfolk se trouvait encore à Matavaï ; ce fut par son entremise qu'on apprit que les ravages de la guerre de Roua et les achats des Anglais, avaient rendu tout approvisionnement impossible. La population souffrait d'une grande disette de vivres; c'était avec difficulté qu'on pouvait se procurer assez de viatide fraîche pour nourrir l'équipage du Porpoise. Les officiers du Margaret reconnurent bientôt la vérité de ces assertions , car le seul cochon qu'ils purent obtenir, fut celui dont les missionnaires leur firent cadeau (1). L'état de guerre précédent n'avait pas seulement eu une funeste influence sur les productions de l'île, mais encore sur la population qui avait diminué d'une manière effrayante ; aux maux de la guerre il fallait ajouter le fléau des maladies qui menaçaient de rendre le pays désert- A cette époque la population de ces îles, dit TurnbuU , avait décru d'une manière effrayante : celle de Taïti n'était plus évaluée qu'à cinq mille habitants ; les naturels étaient persuadés que la plupart

(l)Turnbull, Foyage round the liTorW, pages 131 et 134.

des maladies qu'ils éprouvaient provenaient des navires qui les avaient visités. Ils altribuaient à Cook rintroduction des lièvres intermittentes et les déformations de la taille, à Vancouver une épidémie de dyssenterie qui avait tué un grand nombre d'individus en peu de mois; ils accusaient Bligh d'avoir importé les scrofules. On a déjà vu plus haut qu'ils attribuaient aussi aux missionnaires fa mort de plusieurs personnes (1). Ces accusations populaires provenaient sans doute de l'accroissement déplorable de certaines maladies, dues au contact des Européens et dont les ravages étaient terribles; l'extrême licence des mœurs à Taïti, propageait leur influence morbide , et bien peu de naturels étaient exempts de leur atteinte. On se figure aisément les déplorables résultats de ces maladies, chez un peuple qui ne savait pas s'en préserver et qui n'avait aucun remède à leur opposer. Turnbull vit mourir un grand nombre de jeunes gens, dans toute la force et la vigueur de l'âge, sous l'empire de ces causes pernicieuses auxquelles ils ne savaient pas se soustraire, et qui étaient aggravées par leur ignorance et une sorte de doctrine de la fatalité, qui prédominait chez eux; les malades étaient abandonnés à leur sort; souvent des indispositions faciles à guérir avec des soins appropriés à leur nature , se terminaient par la mort. Pomaré avait lui -même payé le tribut aux maladies qui détruisaient la population : dans le cours

(1) Turnbull , Foyage round thê ^orM, p«ges 326 et 334.

de la campagne qu'il venait de terminer contre Attahourou , il avait ressenti les premières atteintes d'une indisposition qui s'aggrava au point d'inspirer des alarmes pour sa vie. Comme dernière ressource contre un mal qui devenait de plus en plus menaçant, Pomaré demanda aux missionnaires de faire tirer deux coups de canon au navire le Margaretj pour apaiser la colère de la divinité dont il éprouvait la colère. Le capitaine du Margaret accéda à ce désir, et ce remède d'un nouveau genre parut hâter la guérison du inalade(l).

^^"pîmaîé ^^ ^^^^ indisposition n avait pas empêché Pomaré de "deMnfiii^* visiter /e Margaret dès son arrivée, et de réclamer un cadeau de poudre et de fusils, A ce sujet , il se passa une petite scène qui montra aux Anglais^ que Pomaré , quoique encore régent de l'île , était cependant bien déchu de ses prérogatives passées. Un jour que la famille régnante était à bord, on fit cadeau à Pomaré d'un mousquet en bon état, et on donna à son fils , Pomaré II , désigné encore sous le titre d'Otou, qui se trouvait dans une pirogue près du navire, une arme à feu d'une qualité inférieure-, mais rotou réclarna l'arme de son père à la place de celle qu'on lui avait donnée : il la demanda en sa qualité de chef suprême; rechange eut lieu sur le champ. Pomaré, se soumettant à la volonté de son fils, se contenta de Tarme qui était destinée à celui-ci (2).

(l)Tumbull, Voyage round the World ^ pages 149 et 335. (2)Turnbull, Voyage round the ^orW, page 139.

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