TAITI-NOUI
DiêirieU,
Matayaï.
Hababoiukia.
Honouwaïa.
Manoa-nanoa.
Tettaha.
Pari.
WaSridi.
Atimoni.
Papara.
Ahaheina.
Attahouroa.
Waïroupo,
Hidia.
WapaSano.
Waronmi.
Hîwoh.
Otaïare.
Waaheina
Waiiri.
Chefê.
' Poniaré et son fils.
TaSridi , femme de Té-maré.
Té-maré.
Dirers chefs, sous la direction de Té-marë. Inna-Madoua, veuTe d'Oripaïa, frère de Po-
maré.
Weïdona , frère de Pomarë.
Waïridi-Aohou , veuve de Hotouaro , femme
de Haouroa.
Hani-Maui.
Noï-noï.
Roura et trois autres chefs.
H aahe-Hanou , jeune fille fiancée au fils de
Toouha, sous la tutelle du chef Toutaa,
TAIRABOU.
Waï-youtia.
Otoubon.
Ahoui.
Tahapia.
TirootHma.
Popouta,
Waïote.
Bobeouroua.
Attaroa.
Owahaï.
Waïourou.
Toa-outou.
Ahnoui.
Mataveï.
Owaheite.
Attaroa.
Haoîhboua.
Attitoutou.
Orrahayrou,
Pomaré et Taata Pouahe.
IdiaN femme de Pomaré.
Mani-Hani.
1 Viivi-roura.
Marii-taata(fils de Toouha et Houatoua.
Moui.
Oriawaï.
Ti-tia-
manoua.
484 BSQÎJISSE
Si on compare ce tableau avec celui que nous avons donné à Iapage2849 ôh voit qu'en 1797, les possessions de POioaré et de son fils comprenaient sur les deux presqu'îles, une éteitdue d'environ vingt-cinq milles de côtes habitées paf quatre iilille quatre cent cinquante - hiiit itidiVidus^ régis par soixante-dix-neuf chefs de Matteïnds; c'est-à-dire plus du quart de la popuktien tetalef de l'tle.
Idia régnait sur environ huit milles de côles ^ habités par sept cent cinquante-six individus et sept chefs de Matteïnas , sûr Taïrabou,
Weïdoua, frère de Potnâré, possédait cinq milles de côtes sur Taïti; habités par environ scifie C€nts indigènes, soumis à vingt-huit chefsi
Inna Madouaj veuve d'Oripaïa, exerçait le pouvoir de son mari sur douze milles de côted $ quarante-six chefs et quinze cent dix-huit habitants, sur Taïti.
Té-maré et sa femme disposaient de vingt-cinq milles de côtes sut T»ïii,* pârrlagé^ lentre serîxaiitecinq chefs de Matteïnas, et une population de quatre mille cinq cent trente habitstot^. Dépàti^nDu/r. D'après les indications de Wilson ^ le départ du 4 août 1797. navire le Duff, le 4 août 4797 , n'occasiona aucune diminution dans la bienveillance des indigènes pour les missionnaires. Pomaré fut en quelque sorte leur protecteur spécial , et c'est sous son égide que leurs travaux commencèrent. Ensuivant des yeux les lentes manœuvres du navire qui les abandoânait définitivement, à la merci d'un peuple inconsfantet sauvage ,
ils prouvèrent les pénibles sensatkms qu'une pa« reille séparation devait foire nattre ; ils sentirent que désormais, ils étaient livrés à eux^^aiémes^ sens autre secours que eeluide la Providenee» et qu'ils venaient de se séparer pour jamais, de oeul qui les avaient aidés de leurs conseils etde leur concours (1). Mous n'avons pas à retracer les détails de Tetistence des misstonnaires au début de leur entreprise; noUs ne les mentionnerons que lorsqu'ils seront liés à notre sujets Pour ceut qui vaudraient connaître plus par* ticulièrement les incidents qui accompagnèrent leurs premiers efforts, les œuvres du capitaine Wilson 4 dd missionnaire Ëllis^ les relations de plusieurs autreé missionnaires 9 le Missionary Remisier, serofat autant de sources fécondes à consulter.
Dès que les missionnaires de Taïti eurent achevé ^j52S!5âJn,f les arrangements intérieurs de leur demjeure» ils mirent tous leurs soins à étudier la langue du pays; dés l'abord ilsjugèrent l'orthographe anglaisje insuffisante.pour exprimer les sonsdecet idiome; ilssubstituèrent alors celle qui est encore en vigueur aujourd'hui. Quoique leur personne fût généralement respectée, ils n'étaient pas à l'abri du pillage de leurs effets, et parfoisilsétaient alarmés par des menaces de prochaines hostilités. Le grand prêtre Mani-Mani vint leur demander formellement, de l'aider dans une descente qu'il se proposait de faire sur File Raîatea, pour reconquérir le pouvoir dont il avait été privé.
(1) EUis, Polynesian researches , tome I » page 67.
Les missionnaires refusèrent, comoie on le pense bien, d'accéder à cette demande; leur réponse amena quelque refroidissement dans leurs relations avec ce chef, qui jusqu'alors s'était montré leur ami dévoué. Mani-Mani, dit M. Moerenhout, quoiqu'il eût bientôt découvert la véritable intention des missionnaires de détruire les dieux et les autels dont il était l'interprète et le plus ferme appui, ne cessa pas de leur être constamment favorable, supportant avec patience le mépris qu'ils montrèrent , dès le débat , pour sa religion, et endurant leurs sarcasmes sur tout ce qui avait été sacré jusqu'alors; il poussa la bonhomie jusqu'à rire des plaisanteries par lesquelles ils ridiculisaient le pouvoir spirituel dont on le croyait doué, et en qui les indigènes avaient une foi telle , que sa seule menace les aurait fait mourir de peur (1).
Dciermination Cependant , les rumeurs de guerre qui se propamissionntires. geaicut de plus cu pi US, l'incertitude de l'état politique du pays , avaient considérablement rembruni l'horizon des missionnaires ; obligés de veiller pendant la nuit pour défendre leurs effets contre les tentatives des voleurs ; pressés par les chefs de prendre parti comme les marins du JBoMwty, dans leurs divisions intestines , ils se réunirent pour délibérer sur la ligne de conduite qu'ils devraient suivre dans le cas où des troubles viendraient à éclater auprès
(1) Hoerenhout , Voyage aux iles du grand Océans tome U , page 427.
HISTORIOUE. 437
d'eux , et dans celui où Ton viendrait les attaquer ouvertement. Il résolurent de n'employer les armes à feu qu'ils possédaient que pour leur défense personnelle, et seulement pour intimider les agresseurs; en outre que jamais elles ne serviraient nia aider les projets guerriers des chefs de l'Ile , ni pour repousser les tentatives des voleurs; le cas de légitime défense fut même limité à l'invasion de leur demeure à main armée, ou lorsque l'existence des femmes serait en danger. Telles étaient les intentions des missionnaires et leur position lorsqu'un attentat des plus graves fut commis sur leurs personnes (1).
Le 6 mars 1798, le navire le Nautilus, commandé ^iJJluitfns" par le capitaine Bishop , arriva de Makao à Matavaï. ^g marê i798: Il éprouvait des besoins de toute nature , et il trouva chez les missionnaires tous les secours dont ils pouvaient disposer; mais les chefs de l'île ne montrèrent aucun empressement à procurer des aliments à ces étrangers. On remarqua même, que Pomaré, si affectueux jusque-là pour les Européens, témoigna un grand mépris en voyant la détresse de l'équipage. Ce navire partit au bout de cinq jours, mais il essuya bientôt après de mauvais temps , qui le forcèrent à rentrer au port. Dans cette seconde relâche, deux matelots désertèrent en s' emparant d'une embarcation; le capitaine eut alors recours aux missionnaires pour réclamer des chefs, le renvoi de cesdeux hommes
(1) Ellis, Polynesian researches , tome I , page 83;
438 E8QVIME
nécessaires à son équipage déjà fort afibibli. Qnalre missionnaires se rendirent dans ee but auprès <fe Pomaré II à I^ri ; et dès leur arrivée ils eurent lieu de soupçonner qu'ir avait favorisé celte désertion. ^"*°sw feT"*' ^® jeune chef ne paraissait pas aimer les miaai<Nimissionnaires. u^ires, qno SOU père, plus politique ou plus reconmars 1798. h^^î^^qi^ protégeait seul, dans Tespàranee sans doute d'être récompensé de ses soins par les naviga* teurs anglais (1). Pomaré II resta silencieux et taciturne en présence des missionnaires qui attendaient Varrivée de Pomaré V qu'on avait envoyé oherelier. Au bout d'une demi^heutre^ trouvant leur posittoa désagréable , ils résolurent d'aller au devant de ce chef qui tardait à venir« Une trentaine de ns^urels les suivirent dans cQtte course; au* bout d'ua mille de route» au moment où les missionnaires s'approchaient des. bords d'une rivière, les hommes de leur suit,e les saisirent subitement , les dépouillèrent de. leurs vêtements et en traînèrent deux dans l'eau où ils essayèrent de les noyer. Cependant, ils les relâchèrent bientôt , mais en les maltraitant et en les menaçant à plusieurs reprises de les tuer. On leur domma cependant quelques baillons pour se \ètu: D et à leur requête on les conduisit auprès de Pom.aré dont la demeure n'était pas» éloignée (2), Refrets de Pomajcé et Idia témoignèrent de grands, regrets de
Pomaré et d'Idia. • * . i ... ^ ,
cet attestai , us vêtirent les missionnaires avec des
(1) Moerenhout , Voyage aux île$ du grand Océan , tome II, page 427.
{2)E\\\8^Polym09kmreêêar€he$jtoia^ï^f9^^.
msToniQVfi- ^
Oatteset des étoffes du pajfs, puis g $^ppès quelque temps de repos, ils les conduisirent à la demeure de Pomaré 11. ià, Poixiaréfit^ppet^r sou (Us dans la cour extéfieura et le questionna sur l'éyéiiemenlqiiiveqf^it d'ayoirlieu. Ils échanigèr^nt peu de pétroles eit&emWe, mais elles suifirent pour faire pçaser que si Vattf^que n'avait pas eu lieu par Tordra formel do Tariir rahi , du moias il en était complice. A cette éf¥>qiie, Pomaré U, à la su^geslioii^des cbefs qui rentouraient, avait conçu le projet de pHver soa père et son jeune frète de Tautorité qu'ils po^s^ient 9ur T^ti« |1 tâchait 4'obteair des moy^qi^b» et delà poydve p^ui* atteindi^ecebut; les missionnaires , en fournijs^wt des vivves ^u NmUks^ l'avaient empèehé d'acqué^ri^r pai? voie d'échange lie^ ainppres qu'il convoitait ^ c'est pourquoi dans son défait il avait permis ^ quelques-uns de ses servitews ,âe dépouiller les missionnairea. Déjà., les dései^tei^rs di| hrick. ^^glai^ étaient compris aa nombre dies sui^a^ts de l'aiociien Otouy mais ^npére innista tellement pour qu'ils fussent ramenés à leur bord qu'il réusait à h^M^e raïqettne sous l'autorité du capitaine Bi^hpp^ mftlgré la résistance. de ces hommes, qui déclai^nt qu.'on ne les ramènerait pas. vivants sur Imir bâi^meniU On cendit aussi quelquesruna des efifots wlés aux missionnaires et on les ramena à Matavaï dao^ une double. pîroguD; mais malgré la sollicitude témoir gnée par Poo^aré , l'impression de cet événement fut telle sur la Société des missionnaires de Matavaï, que onze d'entre eui: résolurent de quitti^ Tajti
30 mars 1798.
440 fiSQtJiâSfi
avec le Nmtilus qui se dirigeait vers Port-Jackson. Départ de onze Deux jouFs après, Pomaré envoy a aux missionnaires
missionnaires. " j» it i
une poule et une feuille de bananier en signe de paix ; lorsque le bruit de leur départ se répandit il accourut en toute hâte, pour les dissuader de ce dessein ; il exprima un grand chagrin de cette résolution; il s'adressa à chacun d'eux en particulier en les priant avec instance , de rester dans l'île et en leur donnant des assurances de protection. Notij eiaha e haere^ Nott, ne t'en-va pas, disait-il sans cesse à ce missionnaire. Sa satisfaction fut évidente lorsqu'il vit que MM. Eyre, Jefferson, Nott, Harris, Broomhall, Bicknell, et Lewis consentaient à ne pas l'abandonner. M"^'' Eyre demeura aussi auprès de son mari. La décision des missionnaires qui abandonnèrent Taïti , dit M. Ellis peut paraître prématurée à quelques personnes, mais il n'est pas aisé de se former une idée exacte de tous les dangers auxquels ils étaient exposés. Ils en connaissaient beaucoup qui justifiaient leur départ , et il en était d'autres plus grands encore qu'ils ignoraient à cette époque (1). Quoi qu'il en soit , les missionnaires qui persévérèrent dans leur œuvre, résolurent de faire une entière abnégation de leur personne. Ils se dépouillèrent de leurs armes qu'ils déposèrent sur le NautiluSj à l'exception de deux mousquets dont ils firent don à Pomaré et à Idia, et lorsque ce navire appareilla le 30 mars 1798 ils restèr^t sans défense
(1) Ellif, PolyneHan reiearehes, tomel, page 88.
aucune^ à la merci du peuple qui venait de les maltraiter et dont ils frondaient les mœurs. Us apprirent plus tard 9 que leur existence n'avait tenu dans plusieurscirconstaûces, qu'à la protection de Pomaré I". Il était arrivé fréquemment , pendant que Pomaré II se faisait transporter à dos d'hommes autour de leur demeure, que Peter le Suédois, dont nous avons déjà parlé, lui avait dit en montrant les missionnaires rassemblés pour faire leur prière en commun : <r Vois, - » ils sont tous agenouillés et sans défense, il serait » biei\ facile à tes serviteurs de fondre sur eux ; de » les tuer, et alors toutes leurs propriétés t'appartien- » draient. »
C'est un triste fait, ajoute M. Ellis (1), que l'in- ^^^^P^tlfnaires fluence de quelques étrangers sans principes, a été ^^^ orangers. plus fataleaux missionnaires, plus fâcheuse pour l'état moral des indigènes , plus adverse à l'introduction du christianisme, que les préjugés de la population en faveur* de l'idolâtrie et rattachement des prêtres aux intérêts de leurs dieux. Ces plaintes ont souvent été répétées par les missionnaires de toutes les religions^ nous nous réservons d'en examiner plus tard la valeur. Il est incontestable cependant, que leurs efforts ont souvent été paralysés par la présence de quelques aventuriers, jetés par le hasard sur leur route. Au débu|, de l'œuvre des Missions anglaises^ Wilson disait déjà : « Pendant que, sous *» certains rapports, on doit louer la prudence et
(1) Ellis , Polynesian researches , tome I , page 89.
» Thumanité des natigateurs, combien ne doit-oii » pas regretter qu'ils n'aient procuré aucun avantage 1» aux peuples sauvages , en les initiant aux lois du » christianisme. Il est résulté certainement plus de » mal que de bien, de leurs entrevues avec les habi- » tantsdesmersduSud. Lesmœurs des naturels sont » devenues plus dépravées à la suite des fréquentes
* visites des navires qui ont relâché à Taïll de- » puis sa découverte , et elles se Sont en quelque
* sorte améliorées dans un laps de letnps à peu » près égal , pendant lequel Tile a été entièrement » privée de la présence des Européens (1). » Ces reproches , qui datent de loin , n'ont rien qui puisse étonner. Les missionnaires ont voulu , dès le principe , donner à leurs travaux le résultat le plus parfait; en rencontrant des obstacles à leur mission chez des Européens moins imbus qu'eux des doctrines religieuses, et souvent même pervertis par un long séjour chez des peuples sauvages , ils devaient en être d^autant plus peines. On comprend facilement le sentiment qui a dicté ces récriminations , mais on ne peut les partager ; il suffit de jeter un coup d'œil sur l'état de la civilisation en' Europe pour comprendre que l'opposition faite à l'œuvre des missionnaires sur le champ de leurs travaux est d'une haute gravité^ mais qu'elle n'a pas toute celle qu'on veut lui attribuer.
(i)yf\\aon, A missionary voyage, etc. Preliminary discoursé , page 35.
Potnaré avait non -seulement employé toute son ^jjjri"' d" pari. éloquence pour empêcher le départ des missionnaires/en leur donnant Tassurance de sa protection , mais il voulut encore punir les indigènes qui les avaient attaqués. Il envahit ie district où f.attentat s'était commis, et fît tuer deux des coupables. Cet événement fut un sujet de grands regrets pour les missionnaires, mais il leur donna la certitude d'une protection qui leur devenait indispensable; pour éviter tout nouveau sujet de collision, ils offrirent à Pomaré tous les objets qui pouvaient exciter la convoitise des indigènes, mais ce chef les refusa, en disant qu'il ne les accepterait que dans le cas où les missionnaires quitteraient l'île. Son amitié fut sincère et désintéressée dans cette circonstance, et même plus tard, à une époque où les Anglais furent sur le point de quitter Taïti , il les engagea à emporter leurs effets avec eux (1).
L'aeression de Pomaré sur le district de son fils NoureUes avait lait naître un projet de guerre; le bruit courut -^
que le peuple de Pari se rassemblait pour venger la mort des deux hommes qui venaient d'être tués. En effet, ce chef vint demander bientôt l'aide des missionnaires; en entrant dans la pièce où ils étaient rassemblés, il les interrogea pour savoir combien d'entre eux pourraient combattre. M, Nott ayant répliqué : « Nous ne savons rien de la guerre, » et tous ensemble ayant déclaré que jamais ils n'au-
(1) Ellis , Polynesian researches , tome ! , page 90.
AiU ESQUISSE
raient recours aux armes, soit pour attaquer^ soit pour se défendre 9 Pomaré les quitta aussitôt, mais il employa un indigène, qui avait appris à forger sous la direction des missionnaires, pour fabriquer des armes pour le combat; il s'empara de la forge destinée à produire des instruments de travail , mais qui servit alors à confectionner des armes meurtrières. Les bruits de guerre se réalisèrent, les hostilités eurent leur cours ; elles furent favorables à Pomaré qui combattait contre les sujets de son fils: les habitants de Pari furent défaits , quatorze d'entre eux furent tués et cinquante maisons furent brûlées (1). Cet événement, sans date précise, eut lieii entre les mojs de mai et de juillet 1798. Mort de Té-marô. L'apparitiou dc dcux bâtiments baleiniers de Lonsppiembro i798. drcs , le Comwatlet leSally, le 24août 1798 , effrayala population , qui , en apercevant le pavillon anglais, supposa que ces navires vengeraient l'attentat commis contrôles missionnaires. Déjàles habitants de Mata vaï enlevaient leurs effets et se préparaient à fuir vers les montagnes, lorsqu'on parvint à calmer leurs appréhensions. Le soir même , une entrevue amicale des chefs .et des deux capitaines, fit évanouir toutes les craintes des habitants.
Le passage de ces deux navires , qui mirent à la voile le 7 août 1798, donna lieu à un accident funeste quoique favorable à la famille Pomaré. Té-maré, chef de Papara (2), avait reçu en cadeau une certaine
( 1 ) Ellis , Missionary researches , tome I , page 91 . (?) EUia désigne ce chef sous le nom d'Oripaïa,
quantité de poudre à canon. Il voulut en éprouver la qualité, qui paraissait Inférieure à cause de la grossièreté du grain; un de ses serviteurs chargea un pistolet, et le tira imprudemment par-dessus la poudre qui prit feu sur-le-champ. Six individus furent gravement blessés par l'explosion. Té-maré et un de ses serviteurs succombèrent aux suites de leurs blessures. Aussitôt que Pomaré apprit cet accident, il pria le missionnaire Broomhall d'aller visiter les victimes de la catastrophe, et celui-ci trouva le malheureux Té-maré affreusement brûlépar l'effet de la poudre. Il tenta de diminuer -les souffrances des blessés par l'application de divers liniments; mais comme ces souffrances augmentaient de violence, Té-maré et sa femme attribuèrent ces douleurs non plus aux effets de l'explosion, mais aux remèdes appliqués et au poison que le dieu des étrangers y avait mis; en outre, l'amitié que Pomaré témoignait aux missionnaires rendait leurs soins suspects ; ces pensées excitèreiit la fureur de Té-maré et même celle de Pomaré II , à un tel degré, qu'ils'en fallut de peu que le missionnaire Broomhall et ses compagnons ne fussent victimes de leur zèle : ils durent se retirer. Dés remèdes du pays furent à leur tour employés, mais. sans succès; après avoir langui quelque temps Té-maré expira.
La mort de Té-maré devait affermir plus quejamais insultes faites à
* * • la mémoire
le pouvoir de Pomaré, cependant elle fut la cause de «Je Tt-maré. nouveaux troubles : pendant qu'on accomplissait les rites funéraires en usage chez ces peuples à la mort
Alliance de
Pomaré II et de
Mani-Mani.
Invasion du district de Matavaï.
23 novembre
d'un chef imporlant , les habitants de Matavaï tin* rent publiquement des discours injurieux pour la mémoire du défunt. Pomaré paraissait approuver ces insultes qui s'adressaient à un ennemi mort.
Pomaré II, adopté par Té-maré en qualité d'héritier présomptif, froissé par la récente invasion du district de Pari , contrarié par son père dans son aversion pour les missionnaires , conçut une grande irritation de la conduite des habitants de Matavaï. Il prêta loreille aux suggestions de Mani-Mani qui, pour satisfaire un ressentiment personnel qu'il nourrissait contre Pomaré, proposait déporter la guerre dans le districtdeMatavaï, et même, dit le capitaine Turnbull, Pomaré II était sur le point de devenir le meurtrier de son père(l). L'influence qui était attribuée au grand prêtre auprès des dieux , sa profonde connaissance des mystères du culte, la crainte de son inimitié qui aurait pu condamner ses adversaires à être immolés sur les autels, donnaient à cet homme une prépondérance et un pouvoir immenseâ sur Eiméo et Taïti.
Il parvint à déterminer Pomaré II à s'unir à lui, pour priver son père de toute autorité sur Taïti ; on profita en effelde l'absence de Pomaré, qui était allé visiter une île voisine, pour commencer les hostilités; après avoir fait un sacrifice humain, Mani-Mani envahit le district de Matavaï, le 23 novembre 1798. La nuit précédente, à une heure très-avancée, les
(1) Turnbull, A Foyage round the World , page 344.
habitants de ce district avaient eu connaissance des inteniioQS de l'ennemi : ils mirent à profit le peu de temps qui leur restait pour se soustraire au sort qui les menaçait. Au point du jour, Finvasion eut lieu , quatre individus fureqt tués et leurscorps furent plus tard ofierts aux divinités; au lever dif soleil, les guerriers de Pari avaientdéjà parcouru la vallée de Matavaî dans tous les sens^ à la poursuite des habitants qui fuyaient leur approche* La maison des missionnaires fut seule respectée. Plusieurs guerriers armés de lances et de casse-tête l'entourèrept, mais sans molester ses propriétaires, et dans le cours de la journée, Mani-Mani vint assurer les missionnaires qu'on ne you^^it Içur faire auçqn mal, Dan§ la soirée ils reçurent aussi une visite amical^ 4o Pomaré II et de su femme.
En même temps que cette attaque avait lieu , Po^- Proclamation de roaré II et Mani-Mani déclarèrent qm Poro^ré était * PomaréT. * déchu de tout pouvoir sur la grande péninsule. Le$ districts de l'ouest et du sud de l'île avaient déjà adopté cette résolution; les districltS du nord et de Test furent menacés d'une invasion en cas de refus, Les vainqueurs se partagèrent ejnsuitç le district d^ Matavai; le grand prêtre reçut pour S4 part la partie orientale de ce district^ qu'il livra au pillage et à la destruction. '
Le triomphe de Mani-Mani ne fut pas de longue Mortd« durée; Pomaré, à la nouvelle de ces événements, *°^^n^-
/ï»j, . -1. , . . 3 décembre m»
envoya un amde à Idia avec des instructions pour faire assassiner cet ennemi redputablev Pomaré II
ne sut pas résister aux sollicitations réitérées de sa mère, et quoique étroitement lié avec Mani-Mani il consentit à sa mort. Ce grand prêtre fut en effet tué par un serviteur d'Idia au pied du mont Taharaï, pendant qu'il se rendait à Pari, le 3 décembre 1798, dix jours après l'invasion de Afatavaï (i).
Mani-Mani , dit M. Moerenhout, était un homme que les premiers missionnaires ont vu, et dont ils^ ne cessent de parler avec admiration, tant étaient extraordinaires ses talents comme orateur, comme poète, et ses lumières sur les anciennes traditions soit sacrées, soit profanes (2). Le vieux grand prêtre de Taïti, dit Wilson, qui était son tayo, était rusé , entreprenant, et son apparence était extraordinaire lorsqu'il était recouvert de ses vêtements favoris, composés d'une espèce de chapeau et d'un habit noir orné sur les bords de plumes rouges ; c'était sans doute son costume sacerdotal, car les plumes rouges étaient toujours considérées comme l'emblème de la divinité. Ce chef dépossédé de Raïatea , avait su acquérir une grande influence sur les indigènes, surtout sur l'île Eiméo, où, avec Taide de quelques Européens, il était parvenu à construire un petit schooner, qui , pour un premier essai, était un véritable chef-d'œuvre (3). Les missionnaires eurent fréquemment l'occasion de lui parler des actes san-
(1) £lli^, Polynesîan researches^ tome I , page 80.
(2) Moerenhout , Voyage aux îles du grand Océan , tome U, page 424. *
(3) V¥ilson , A missionary voyage , etc., page 220.
guînaires du culte dont il était le ministre , mais sans effets apparents sur ses résolutions à l'égard des sacrifices humains, quMl avait accomplis plus d'une fois depuis leur arrivée ; quelquefois cependant il parla de ces horribles rites comme s'ils lui étaient imposés par une nécessité indépendante de sa volonté (1). Une fois même, à bord du Duff^ il opposa au capitaine qui ne voulait pas le laisser boire du vin immodérément, qu'ayant un sacrifice humain a faire à son atoua , il avait besoin de cette liqueur pour stimuler son courage (2).
Le ressentiment qui subsistait entre Pomaré et Mani-Mani datait de loin, car déjà , en 1797, pendant que ce dernier faisait construire un schooner à Eiméo^ une lettre d'Andrew le Suédois au missionnaire Gover, indiquait qu'Idia nourrissait un violent dépit contre ce vieillard et même contre les missionnaires, depuis que ceux-ci l'avaient blâmée hautement d'avoir commis un infanticide; le 8 du mois de mai elle avait donné l'ordre aux habitants d'Ëiméo de saisir Mani-Mani et de le mettre à mort, ainsi que leë Européens qui se trouvaient alors auprès de lui. En effet, 300 hommes s'assemblèrent dans ce but, mais quelques coups de fusils suffirent pour les disperser. II paraît cependant que deux indigènes furent tués dans cette agression et un
(1) Ellis , Poîynman researches , tome I , page 80.
(2) Wilson , A mUsionary voyage , page 74.
^SQm$$i:
Réconciliation
de Pomaré et
de son fils.
Mort du
missionnaire
Lewis.
33 novembre
troisième fut blessé par un coup de sabra, l» pai^ fut rétablie après cette échauffourée (1);
La mort de Mani-Mani donna un nouvel aspect à l'état politique du pays. Pomaré et son fils se réconcilièrent, ils unirent de nouveau leurs intérêts; les habitants de Matavaï quittèrent alors leurs retraites dans les montagnes , et après avoir fait dés offrandes de paix , ils reprirent possession de leurs terrains vers la fin de Tannée 1798.
Une grande partie de Tannée 1799 s'écoula sans événementimportantj cependant, dans le mois de novembre un accident funeste vint diminuer la famille des missionnaires. Le missionnaire Levais avait quitté la demeure commune trois mois après le départ du NautiluSy pour aller habiter dans une case située sur la partie orientale du district; un mois après, il manifesta Tintention d'épouser une femme du pays, et de s'unir à elle par les liens indissolubles du mariage; les autres missionnaires, considérant que cette femme n'était pas chrétienne , refusèrent leur approbation et à la suite de leurs remontrances, ils cessèrent toute relation avec Lewis ; celui-ci continua cependant à se réunir à eux aux heures de la prière. Il se montra fort industrieux dans la culture de son jardin , et il était très-aimé par les chefs auxquels il rendait divers services.
Le 23 novembre , la nouvelle de sa mort se répandit subitement ; les missionnaires coururent en toute
( 1 ) Wilson , A m$sionary voyage, pages 167 et 1 / 1 .
hâte à son domicile, où ils le trouvèrent étendu sur le sol , couvert de blessures qui lui défiguraient le front et le visage, et qui paraissaient avoir été faites par une pierre aiguë ou un instrument tranchant. Les indigènes présents, ainsi que sa femme, dirent que dans un accès de folie il s'était brisé lui-même la tète contre le sol; mais plusieurs expressions qui leur échappèrent, donnèrent lieu de penser qu'il avaif été assassiné; plus tard , on en acquit la conviction. Pomaré, protecteur constant des missionnaires , ne croyait pasaumeurtre, cependant il leur proposa de mettre à feu et à sang le district de Matavaï; le bruit de cette résolution effraya tellement les habitants qu'ils s'enfuirent vers les montagnes. Les missionnaires parvinrent à détourner l'effet des menaces de Pomaré ; ils ne réclamèrent que la punition des coupables, s'ils venaient à être reconnus;
Le nombre des missionnaires, déjà réduit par cette ^?°?*^°^*5}?JJç^® mort, subit une nouvelle diminution par le départ chapeiie. de M. Harris, qui eut lieu le 1*' janvier 1800, sur "**" **^^' le corsaire Betzy, destiné pour Port-Jackson; mais cinq jours après ils reçurent de nouveau M. et M°® Henry, qui retournèrent à Taïti sur le baleinier tËlisa. Dans cette année, la première chapelle du culte réformé fut érigée auprès du tombeau de Lewis. Sa construction fut commencée le 5 mars avec l'aide des gens de Pomaré; différents autres chefs procurèrent la plupart des matériaux de l'édifice; lorsqu'il fut entièrement terminé, Pomaré envoya un gros poisson comme une offrande au dieu des étrangers.
Rumeors de guerre.
Janvier 1801.
A cette époque les efforts des missionnaires n^avaient abouti à aucun autre résultat.
Au mois de janvier 1801 , Tîle entière fut agitée par une rupture entre Tarii-rahi et le chef d'Attahourou, au sujet de Tîdole du dieu Oro qu'on voulait transporter à Pari ; un grand nombre de pirogues de guerre furent rassemblées ; on prépara de grands amas de munitions, et une grande assemblée de chefs et de guerriers se réunît à Pari, pour délibérer sur le commencement des hostilités.
Ce fut dans ce moment critique , que le navire colonial le Porpoise arriva à Matavaï; il apportait à Pomaré une lettre et des présents de la part du capitaine King, gouverneur de la colonie des Nouvelles-Galles du Sud; cet envoi , non moins que la conduite du capitaine du Porpoise^ eu^pour résultat d'intimider les ennemis de Pomaré et de donner une nouvelle consistance à son gouvernement. La lettre du gouverneur King recommandait vivement les missionnaires aux principaux chefs de File; elle disait qu'une pareille protection ne pouvait manquer de faire naître la gratitude des missionnaires et l'amitié du roi d'Angleterre (1). Les gouverneurs de la nouvelle colonie anglaise avaient a cette époque le plus grand intérêt à se ménager des relations amicales avec Taïti, ,car la colonie naissante souffrait beaucoup d'une disette de vivres. Le Porpoise avait été expédié à Taïti, dans le seul but de recueillir des
(1) EUis y Pùlynesian researches y tome I , page 100.
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missionnaires.
10 juillet 1801.
approvisionnements (l),et les missionnaires étaient des agents très-utiles pour ces transactions.
Ce navire apporta la nouvelle de la prochaine ^surorou S" arrivée •d'un navire destiné à porter des secours aux missionnaires, à la place du Duff, qui dans son second voyage avait été capturé par un corsaire français. En effet, le 10 juillet 1801, le Royal admirai arriva à Matavai avec un surcroît de missionnaires , qui débarquèrent trois jours après ; Pomaré leur fît un bon accueil, car il les considérait comme des instruments propres à accroître la force de son gouvernement ; dès la première entrevue il leur demanda de l'aider à faire la guerre (2). Ainsi , quatre ans après l'arrivée des missionnaires , il ne paraissait pas connaître les devoirs imposés à leur profession. Préoccupé de ses projets, il ne prêta aucune attention aux plantes nouvelles qu'ils apportèrent avec eux pour les acclimater sur l'île; la vigne, les pêchers et les figuiers parurent réussir très-bien dans le jardin où ils furent cultivés. Malheureusement, tous ces arbres périrent dans les dévastations occasionnées par les guerres des années suivantes- les melons d'eau et les ananas résistèrent seuls à cette destruction générale.
Soit que la présence du Porpoise et du Royatadndral K«fa» eût relevé la puissance de Pomaré, soit qu'elle eût * '^f^ simplement détourné l'attention des esprits, le reste ""*^ ***^
(t) Tarnbull, J Fùyagû round the World , pnge 150. {2) EUb| P&i^msian rësearches, lome i , pnge m.
de l'année 1801 s'écoula sans hostiliiés entre les naturels. Au commencement de Tannée 1802, à une semaine d'intervalle, deux nouveaux navires de Sidney, le Norfolk et la Vénus , arrivèrent à Matavaî pour y chercher des approvisionnements, de plus en plus nécessaires aux établissements de l'Australie. Quelques-uns des navires qui avaient été à Taîti, en avaient rapporté une telle quantité de cochons salés , qu'il était même question de prendre possession de cette lie et d'y envoyer quelques militaires (1). La Yénm partit au bout de quelques jours, en laissant à terre le capitaine Bisbop et six hommes, pour procéder à l'accomplissement de sa mission ; le Norfolk resta seul sur les lieux , mais le 30 mars, un violent coup de vent le jeta à la côte où il fit naufrage. L'équipage, forcé d'abandonner la coque entièrement détruite , s'établit à terre et augmenta le nombre des Européens qui résidaient déjà à Matavaî; ils formèrent en quelque sorte une petite colonie, et comme ils avaient pu effectuer le sauvetage de tous les objets appartenant au navire, ils offrirent à Pomaré un appur formidable dans un . moment où les affaires devenaient de nouveau trèscritiques pour lui.
Projet de Lcs disscntimcnts qui avaient amené l'assemblée
''ffit^^Xo?' des chefs à Pari , au mois de janvier 1801 , subsis- 1802. taient encore. Le feu avait couvé sous la cendre , mais
(1) Hoerenhout, Voyage aux îles d/a grand Océan ^ tome II, page 432. Cet auteiir donne le nom de Stm>€i\u$ au navire nommé f^«'nu< par £Ui8«
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il menaçait d'éclater avec plus de violence que jamais ; l'intention de Poraaré II , qui voulait enlever l'idole d'Oro au maraï d'Attahourou , pour la transporter cette fois sur Taïrabou , paraissait être le motif de la division des esprits. La superstition seule portait les deux Pomaré à cette démarche , dit M. Moerenhout;ils croyaient que leur triomphe ne serait point complet tant qu'ils n'auraient pas arraché cette idole à leurs plus dangereux ennemis (1). On doit cependant voir dans cette détermination des causes politiques plus importantes. Les chefs du district d'Attahourou^ malgré leur précédente défaite , malgré la mort de Té-maré, formaient «toujours un centre de puissante opposition ; à l'abri des privilèges religieux de leur maraî ^ ils augmentaient le nombre de leurs adhérentsdetouslescriminelsderile, qui y trouvaient un droit d'asile; l'enlèvement de la divinité tutélaire qui les protégeait, devait naturellement changer les conditions de leur puissance. D'un autre côté> le capitaine Turnbuli assigne pour cause de l'opposition des chefs d'Attahourou, l'oppression exercée par les membres de la famille Pomaré , et particulièrement par Pomaré II| qui, disait-on^ ne mettait aucune borne aux manifestations d'un esprit hautain et dominateur. De tout temps il avait blessé les habitants d'Attahourou , qui, le considérant d'ailleurs comme un usurpateur, étaient toujours disposés à résister
(1) Hoerenhout, Voyage aux iUi du grand Océan , tome II , page 430,
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à ses Tolontés et à secouer son joug. L'assassiiiaii da grand pr6tre Mani-Mani fut pour eox une occasion de montrer leur espnt d'insobordination. Les prêtres da grand mara! excitèrent de toot leor pouvoir des moovenients insurrectîmuids, qui devai^it irenger la mort de leur confirère (1). i^j^oMBtde ] Des n^iociations secrètes , des intrigues sans nombre et même quelques démonstrations hostiles, ne purent décider les chefs d' Attahourou à abandonner Fidole de leur dieu , suivant les désirs de Pomaré n. Ce refus était un échec^pour la puissance du souverain. Pomaré et Idia , également intéressés dans la question, s'en affligeaient, car d'autres districts, encouragés par cet exemple, pouvaient se joindre à la résistance du district d'Attahourou. Sur ces entrefaites, une convocation générale rassembla , au mois de mars 1802, la plupart des chefs de l'île, à Attahourou. Le missionnaire Nott, ^u retour d'une excursion autour de File, assista à cette réunion ; il trouva les chefs et les guerriers de Taîtî réunis dans le grand maraî, où on accomplissait diverses cérémonies en l'honneur du dieu Oro. Le lendemain , quand tons les chefs et leurs suivants furent réunis de nouveau dans l'enceinte du temple, Pomaré et son fils prétendirent avoir reçu dans un rêve l'avis qu'Oro désirait être conduit à Taouûra sur Tairabou , et ils requirent les chefs d'Attahourou de leur livrer l'image du dieu ; mais les chefs d'Attahourou , et leurs ora-
(1) Tttrnbull , Foyage round ihe WorUy page 151.
leurs élevèrent la voix pour s'opposer à cette translation; le chef Roua surtout déclara (ju'il ne con-^ sentirait jamais à cet enlèvement (i). Pomaré réclama de nouveau avec instance qu'on lui livrât l'idole qu'il convoitait, mais ses efiforts furent très-mal reçus; alors son père, naturellement enclin à la prudence, et craignant une collision , recommanda à son fils de permettre aux chefs d'Atlahourou de garder encore l'idole jusqu'à ce qu'une certaine cérémonie eût été accomplie; mais l'àrii-rahi ne voulut point accéder à cet avis ; il insista plein de colère, pour qu'on se rendît à ses désirs; les chefs d'Atlahourou restèrent inébranlables et opposèrent un refus péremptoire à chaque nouvelle instance. Alors Pomaré II se leva plein d'emportement et ordonna à ses partisans d'avancer ; plusieurs d'entre eux coururent aux pirogues, tandis que d'autres saisirent l'idole en litige, l'arrachèrent des mains des habitants d'Atlahourou et la portèrent au rivage.
Cette collision fut le commencement d'une guerre Guerre
. , ,1 , 1, , r , , d'Atlahourou
aussi longue qu acharnée ; elle a ete nommée dans TamaHa-Rou«. i les annales de Taïti Te Tamai-ia-Roiui , la guerre de Roua, du nom du chef principal qui guida les révoltés.
Le missionnaire EUis, dont l'ouvrage est notre principal guide dans cette partie du récit ^ ajoute que les habitants d'Atlahourou se retirèrent dans
(1) Moerenhout, Foyage aux iles du grand Océan , tome I, page 108.
leurs vallées et que Pomaré put mettre sans obstacle ses pirogues n la voile; il se dirigea vers Papara, où, aussitôt qu'il atteignit le rivage, dans la crainte qu'Oro ne fût indigné du traitement qu'on lui avait fait subir, il sacrifia un de ses serviteurs, n'ayant aucune autre victime à sa portée. Avant de partir fe lendemain, pour se rendre à Taoutira , il eut le soin d'envoyer un messager pour avertir les missionnaires de se tenir sur leurs gardes, car il était probable que les chefs d' Attahourou ne tarderaient pas à les attaquer (1). Le capitaine TurnbuU, qui se trouva sur les lieux peu de temps après l'événement , mentionne les faits d'une manière différente : d'après lui , les habitants d' Attahourou coururent aux armes au moment où les suivants de Tarii-rahi s'emparèrent de l'idole , engagèrent le combat et reprirent leur palladium après avoir tué plusieurs de leurs adversaires (2). Malgré l'exactitude habituelle de M. Ellîs, nous avons cru devoir adopter cette seconde version,
uyasioR d« Au bout dc quelques jours , les guerriers d'Atta- Teitaha. hourou envahirent le district de Tettaha , tuèrent tous les habitants qui ne s'étaient pas enfuis , brûlèrent toutes les cases et poursuivirent leur course sanglante et dévastatrice jusque dans le district de Pari, qui avoisine celui de Matavaï. Trois cents guerriers d'Eiméo étaient venus augmenter les forces de Pomaré et avaient campé vers la partie
(1) EUis , Folynesian researches, tome I , page 109.
(2) Turnbull , Foyage round the World ^ page 152.
HIStORlQUE. 459
nord du district de Pari, mais attaqués par les rebelles ils furent défaits et rejelés sur Matavaï: La présence du capitaine Bishop à la tête d'un parti de marins anglais , sur le sommet du mont Taharaï , arrêta les vainqueurs et favorisa la retraite des vaincus, dont le courage paraissait avoir fléchi devant l'idée que le dieu Oro combattait dans les rangs de leurs ennemis (1). Les guerriers d'Attahourou s'arrêtèrent à la limite du district de Matavaï ; ils retournèrent sur leurs pas, mais en menaçant de revenir prochainement, pour attaquer les missionnaires et les piller; heureusement pour ceux-ci , l'équipage du Norfolk et les hommes de la Vénus sous les ordres du capitaine Bishop , avaient pris les dispositions nécessaires pour leur défense commune. Si les missionnaires avaient été seuls dans l'ile , il est probable que les ennemis ne se seraient par arrêtés dans leurs pro** grès vers Matavaï » et qu'ils auraient continué leur œuvre de destruction. Les cruautés, commises par les guerriers d'Attahourou sur les personnes qui tombèrent en leurs mains, dit Tunrbull ^ furent horribles. Ils ravagèrent de fond en comble le territoire de leurs ennemis ; mais ils ne s'aventurèrent pas à . attaquer Matavaï où ils auraient trouvé des adversaires supérieurs en force, qui ne seraient plus restés
(1) Les guerriers venus (TEiméo , dit M. Af oerenhout , se tenaient dans une petite île à Papéïti , prêts à fuir si Pennemi se présentait; Pîlo tainsi désigné est sans doute Motou-Outay où se trouve placée aujourd'hui une batterie de cttiotis. Foyuge tli»o6 iles âu grand Océan , tome II , page 433.
Propositions
des insurgés
aux
ÂDglais.
Défaite de Pomaré à Tffoutira.
neutres une fois qu'ils auraient élé provoqués à com-' battre pour leur propre défense (!)•
Malgré ses menaces , l'ennemi ne tenta pas d'envahir le district de Matavaï^ mais il envoya un messager avec des propositions d'alliance. Les chefs d'Attahourou offraient aux Anglais le gouvernement de Matavaî et des deux districts qu'ils avaient ravagés; si cette offre n'était pas agréée , ils demandaient qu'on les laissât passer librement pour aller attaquer les districts placés derrière Matavaî ; du reste , ils manifestaient r intention de s'ouvrir un passage, les armes à la main , si on opposait un refus à cette dernière demande. Les Anglais , ne voulant pas livrer la population des districts dévastés, qui s'était réfugiée sous leur égide , refusèrent le passage^ mais accédèrent à la première proposition. Le traité fut bientôt ratifié, et les habitants d'Attahourou retournant dans les limites de leur territoire , laissèrent les missionnaires et les indigènes qui s'étaient placés sous leur protection , dans une tranquillité qui calma leurs inquiétudes (2).
Animés par les succès qu'ils venaient d'obtenir et par la croyance qu'Oro favorisait leurs efforts, Roua et ses compagnons , après avoir offert en sacrifice le corps des ennemis tués, contractèrent une alliance avec les chefs des districts de la partie sud-ouest de la grande péninsule, dans le but de continuer la
(1) Turnboll , Foyage round the World , page 153.
(2) £liis , Polynesian researcheê ^ tome I , page 141.
HISTORIQUE. 4Gl
guerre. Ils réunirent toutes leurs forces el projetèrentde marcher surTaoutiraoù Pomaré était occupé, depuis son arrivée , à offrir des sacrifices et à accomplir diverses cérémonies , pour se rendre propice le dieu dont il avait enlevé l'image. Les rebelles agirent avec tant de rapidité et ils gardèrent un si profond secret, qu'ils surprirent Pomaré. Cependant leur première agression fut repoussée ; mais ayant renouvelé leur attaque pendant la nuit, sans doute pour atténuer l'effet des armes à feu de Pomaré, qui possédait quarante mousquets, tandis qu'eux n'en avaient que quatorze (1), ils remportèrent un avantage marqué. Un chef, proche parent de Pomaré, fut tué. Les guerriers de Tarii-rahi prirent la fuite, coururent à leurs pirogues, et s'éloignèrent du rivage , laissant aux mains des vainqueurs l'objet de cette lutte sanglante, l'idole du dieu Oro. Les insurgés restèrent alors maîtres de Taïrabou tout entier, de la partie sud et de la partie ouest de la grande péninsule.
Pomaré se réfugia avec ses forces vaincues à Ma- Fuite de Pomar tavaï, où, malgré ses revers, il fut reçu à bras ouverts -^***