LA MONNAIE FIDUCIAIRE, LE CHÈQUE ET LE CRÉDIT
Le questionnaire contient, sous le n° 18, cette demande :
« Est-ce par les émissions de billets au « porteur et à vue ou à l'aide des compensa- « tions par virements, comptes courants, chè- «ques, etc., que le crédit tend à se déve- <i lopper? »
Réponse ;Ni par l'un ni par l'autre.
L'émission des billets de banque augmente la masse monétaire : c'est une création de numéraire artificiel, d'or supposé ; mais cet or supposé ne se prête pas plus facilement que Ter réel. Donc le billet de banque ne développe pas le crédit.
La compensation est un procédé qui fait rencontrer les payements avec les encaissements. On fait ses affaires en gardant moins de monnaie en caisse, mais offrez ou acceptez des compensations, vous ne faites pas et on ne vous fait pas crédit pour cela.
Si vous me donnez en payement un chèque de mille francs, je vous délivre un écrit ainsi rédigé : « Reçu mille francs en un chèque» ; et je vais toucher immédiatement (personne ne garde les chèques en portefeuille). Si le chèque est payé à présentation, tout est consommé, le reçu du chèque vous acquitte; si le chèque n'est pas payé, mon reçu devient nul, j'ai perdu ma course, mais, dans un cas comme dans l'autre, il n'y a pas eu entre nous la moindre opération de crédit.
On demande souvent si le chèque tend à se substituer au billet de banque. C'est une question mal posée. Ce n'est pas se passer de combustible que de brûler de la houille en place du bois ou du bois en place de la houille. Mais c'est épargner du combustible, houille ou bois, que d'employer tel appareil économique de combustion heureusement inventé à cet effet.
En matière de payements, la monnaie métallique et le billet de banque fonctionnent comme les deux combustibles et le chèque comme le procédé économique.
Il ne faut pas dire que le chèque tend à prendre la place de la monnaie fiduciaire; il faut dire que grâce aux chèques, surtout aux chèques de virement, on opère désormais tous les payements avec un stock de monnaie métallique et fiduciaire moins considérable.
Conserver en caisse beaucoup de métal ou beaucoup de billets de banque, c'est également perdre beaucoup d'intérêts. C'est pour conserver en caisse moins de métal et moins de billets de banque, improductifs tous les deux, qu'on a inventé les payements économiques, c'est-à-dire les compensations, les comptes en banque, etc. ; ce n'est point pour substituer les chèques aux billets de banque.
NOTE r 4