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reire ont émis devant le Conseil d'enquête cette opinion que la valeur de la monnaie réelle est l'expression des frais de production des métaux précieux. (Voir les dépositions de MM. Pereire, imprimées chez Dupont, pages 52 et 138.)
C'est confondre le prix de revient et la valeur. La valeur des biens ne dépend nullement de ce qu'ils ont coûté, mais de Futilité comparée qu'on leur reconnaît au moment où on les échange les uns contre les autres, et cette utilité est en même temps proportionnelle à Tabondance ou la rareté de chaque bien ; la valeur de la monnaie ne fait pas exception à cette règle générale.
Si la valeur de la monnaie réelle était l'expression des frais de production du métal précieux, la monnaie n aurait pas toute une égale valeur. Il y aurait la monnaie ayant occasionné de grands frais de production, qui aurait une grande valeur, et la monnaie extraite à peu de frais, qui en aurait une petite.
On ne peut pas même soutenir qu'il se fait une moyenne générale, ou, en d'autres termes, que tout l'or existant vaut la totalité des frais qu'il a coûtés aux extracteurs. S'il en
était ainsi, il faudrait tenir compte des intérêts courus sur le montant des frais d'extraction, et Tor, perpétuellement grevé de tous ces intérêts, devrait augmenter tous les jours de valeur. Il n'en est rien; la valeur n*est pas une récapitulation du passé, c'est une expression du présent.
Je dis que tout Top existant ne vaudrait pas moins de ce qu'il vaut actuellement, alors même qu'il aurait été trouvé d'un seul coup, par hasard et sans frais. Son utilité serait la même, donc il aurait la même valeur.
Celui qui tire l'or de la terre sait par avance combien vaudra l'or qu'il trouvera, il sait que son or nouveau entrera en partage de valeur avec tout l'or ancien, il sait que personne ne demandera à connaître ses frais d'extraction. Tant mieux pour l'extracteur, si la récolte est abondante et peu coûteuse, tant pis dans le cas contraire. La valeur de la monnaie n'est nullement l'expression des frais de production des métaux précieux.
M. Emile Pereire a dit dans l'enquête :
— HO — c< Tant que la monnaie fiduciaire pourra $s convertir à volonté en argent ^ on ne devra jamais se préoccuper de son abondance; il nen restera dans la circulation que ce que les besoins de cette circulation pourront com^ porter... Tout l'excédant vient au rembour^ sèment. »
Cetta opinion, il faut le raoonn&ître, est partagée par beaucoup de personnes. Mai^, je le demande, pourquoi, si on possède dei»
billets convertibles à volouté en nun^éraire, irait-on au remboursement? Est-ce qu'eu gardant de l'or chez soi on ne perd pas les intérêts, ni plus ni moins que si on gardait les billets de banque? Et si on veut dépenser, ai on a des payements à faire, ne vaut-il pas mieux s'acquitter avec les billets mêmes et s'épargner la peine d'aller d'abord les convertir en espèces métalliques à la Banque?
Les billets ajoutés aux billets ne font pas plus rentrer les billets à la Banque quç Tor nouvellement découvert ne fait rentrer à la mine l'or ancien.
L'augmentation de la masse monétaire, papier ou métal, n'a qu'un effet : dépréciation de la monnaie,
Toute autre est la manière de voirdeM. Isaac Pereire, déposant comme suit : « La prétention de considérer la monnaie fiduciaire comme venant par sa masse diminuer lu valeur de la monnaie métallique, et» par conséquent^ comme devant nécessairement produire fêlé' vation des prix de toutes choses^ est une pré-tention complètement dénuée de fondement; ce nest qu'un paradoxe,
ff La monnaie fiduciaire est en effet l'équi^ valent exact de la monnaie réelle,,. La monnaie fiduciaire vient s'ajouter à la monnaie d'or et d'argent; elle la supplée et la remplace. »
M. Emile Pereire avait dit de même : « La monnaie fiduciaire venant s'ajouter à la monnaie réelle, ne peut jamais diminuer la valeur de l'ensemble du numéraire, puisqu'elle n'en est que la représentation^ »
Il me semble que ce langage est contradictoire. De deux choses lune : ou la mon*^
naie fiduciaire ne fait que représenter la monnaie métallique, et alors les banques doivent garder en caisse l'équivalent métallique des billets en circulation, il n'y a plus alors de monnaie fiduciaire , le billet de banque n'est plus qu'une simple reconnaissance de dépôt : ou la monnaie fiduciaire s'ajoute à la monnaie métallique, et alors le numéraire perd inévitablement de sa valeur. Ici j'invoque les paroles de MM. Pereire eux-mêmes.
Ils écrivaient en 1834 : « Augmentez la masse des valeurs représentatives à l'aide desquelles s'effectue la circulation^ et vous n'aurez pas ajouté la plus légère parcelle aux richesses du pays, vous aurez seulement augmenté le prix nominal des produits. » (Voir les pièces qui accompagnent les dépositions de MM. Pereire imprimées chez Dupont, p. 242. )
On sait :
Que la Banque d'Angleterre a prêté tout son capital à l'État ;
Que l'État paye annuellement à la Banque l'intérêt de ce capital ;
Que la Banque est autorisée à émettre à découvert, c'est-à-dire sans contre-dépôt métallique, une somme de billets égale au montant du capital prêté à l'État ;
Que l'État exige de la Banque, comme prix du privilège, des annuités pécuniaires et de services financiers qui représentent une valeur à peu près égale à la somme des intérêts annuels dus à la Banque sur le capital par elle prêté.
Qu'y a-t-il au fond de cet organisme ? Une véritable émission de papier-monnaie de la part de TÉtat. En effet, l'État, après avoir balancé ses comptes annuels avec la Banque, se trouve bien réellement en possession gratuite d'un capital égal au montant de l'émission autorisée. Si l'État avait émis lui-même directement une somme équivalente de papier-monnaie, sa position et ses bénéfices seraient identiquement les mêmes. Mais cette émission directe aurait excité la méfiance. Le public aurait pu craindre que le gouvernement, restant maître de l'émission, ne fût tenté de l'augmenter indéfiniment.
Poiur éloigi^Qr les appréhension, TËtat a donc conGé rémission à un tiers, à la Banquç d'Angleterre. Le publie est rassuré, mais TÉtat a bien réellement émis, quoique d'une manière détournée, son papier-monnaie.
Dans tout ceci il n'y a rien qui rappelle la théorie qui a cours en France, et que M. Rouherabien désignée en l'appelant la théorie de V omnium; à savoir; que les billets de banque représentent le^ lettres de change qui $ont dans le portefeuille de la banque (M. Emile Pereire); que le billet de banque est la représentation solidaire d'un certain nombre de lettres de çliange, (M. Isaac Pereire,)
Si cette théorie de la représentation était juste, on devrait pouvoir émettre en toute assurance autant de billets de banque qu'on trouverait de bonnes lettres de change à escompter,
Voye^s la banque foncière ; autant d'hypothèques fournies,, autant d'obligations créées et sans le moindre inconvénient. C'est que la valeur de l'obligation foncière vient en déduction de l'avoir du propriétaire, ce propriétaire ayant transféré, au porteur d'q-r
bligations l'équivalent de la jouissance de rimmeuble, c'est-à-dire l'intérêt périodique. C'est que l'obligation foncière représente réellement l'immeuble comme le fondé de pouvoir représente le mandant. Représentant et représenté ne font qu'un.
Rien de semblable avec le billet de banque. Le billet de banque ne grève nullement les lettres de change en portefeuille. La valeur de ce portefeuille reste intacte, quelle que soit rémission fiduciaire, aux mains de la Banque qui en perçoit le revenu intégral en prélevant les escomptes. Le billet de banque et la lettre de change en portefeuille ne font pas un comme l'obligation foncière et le fond hypothéqué ; lie font deux (1 ), l'un ne représente pas l'autre ; la valeur du billet de banque n'est point pris© sur la valeur des lettres de change en porte-^ feuille, elle est prise sur la valeur de toute la monnaie qui circule.
C'est avec la théorie de la représentation^ de Vomnium qu'on s'efforce de légitimer la monnaie fiduoiaire, l*or supposé ; mais cette prétendue théorin ne résiste pas devant un examen tant soit peu approfondi.
(1) Voir page 39,
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