‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 17 sur 39 · RODOLPHE DB HABSBOURG · texte numérisé non relu

RODOLPHE DB HABSBOURG

\h situation de l'Allemagne n'avait jamais été aussi critique qu'après la chute de la famille de Hohenstaufen. Presque tous les liens se trouvèrent rompus ^ par suite des longues dissensions de l'église et de l'éUit.

|/ Aucun prince allemand ne voulait plus de l'honneur dangereux de commander à un empire si agité , tant la couronne avait perdu de sa valeur. Un seul prince, d'origine Slave, le roi Ottocar de Bohême , se crut assez puissant pour se charger d'un tel fardeau , mais il ne put

convenir aux Allemands. Cependant les villes, les évêques et un grand nombre de princes, désiraient la fin d'une si longue anarchie. Wemer d'Eppeinstem , archevêque de May en ce , crut le moment favorable pour la faire cesser. Il convoqua une diète à Francfort (29 septembre 1273), et proposa aux électeurs de nommer pour roi , le comte Rodolphe de Habsbourg qu'il jugeait le plus capable par ses talens et sa puissance , de relever la dignité du trône.

Rodolphe de Habsbourg était bien loin , dans sa jeunesse, de s'attendre à Thonneur éclatant qui venait pour ainsi dire le surprendre dans un âge déjà avancé (il avait 55 ans). Quoique lohgine de sa 'femille remontât aux princes de Zaringen et de Lorraine, la branche à laquelle il appartenait se trouvait dans une situation très-modeste. Sans autre édat que celui de leur nom , les comtes de Habsbourg , vivaient des produits de leurs terres, situées dans TArgovie , des redevances de leurs paysans , et des revenus de leurs châteaux. Du haut de la tour de ce château ( qui existe encore ) ils pouvaient facilement apercevoir toute l'étendue de leurs domaines. Pendant que Tanarchie pri< vait ces contrées de baillis impériaux , ils avaient obtenu momentanément le titre de baillis des couvens et des villes voisines , ainsi que des petits cantons de Schwitz , Uri et Underwald. Le comté Rodolphe s'était attaché avec ardeur au parti de l'empereur Frédéric II qui avait été son parrain et l'avait reçu chevalier. L'infortune de la famille des Hohenstaufen n'ébranla point sa

fidélité , et il se montra moins dévoué à Conrad IV et à CoDradin , qu'il l'avait été à Frédéric. Dans les guerres partieuliëres que se faisaient les seigneurs pendant le long interrègne, Rodolphe prit souvent les armes pour la défense des opprimés, jamais pour léser ses voisins; il chercha aussi quelquefois , par la voîe^ées armes , à réunir et à concentrer les fiefs et les biens dans sa famille, mais il se montra toujours prêt à écouter la voix de la conciliatim. Il eut quelquefois des guerres à soutenir contre des prélats puissans; il les traitait alors suivant les lois de la guerre, sans égard à leur dignité ; mais il montra toujours une foi vive , et la plus grande déférence pour l'église, et poUr ses dignes serviteurs, quelque humble que fut leur rang. Nous en citerons un trait remarquable.

Un jour il rencontra un pauvre curé qui portait le saint sacrement à un malade , et qui se trouvait arrêté dans son chemin par un gros ruisseau. Rodolphe mit aussitôt pied à terre, et offrit son cheval au curé. Après avoir traversé le ruisseau, le prêtre voulut rendre le cheval , mais le comte lui répondit : « Je me garderai bien de le repren- »» dre ; après avoir été employé à un si saint usa- " ge , il ne peut plus servir à d'autres. »» C'est ainsi, que Rodolphe de Habsbourg s*était acquis une grande renommée de justice et de piété, qui détermina le choix unanime des électeurs.

Le couronnement eut lieu à Âix-la* Chapelle , avec une solennité qui rappelait les beaux jours 4e l'empire. Les princes électeurs y assistèrent

avec une suite de plus de 20,000 chevaliers , pour prêter serment au nouveau roi. L'archevêque de Mayence rendit les insignes de la couronne qui avaient été cachés après la mort de Richard ; mais le sceptre avait été perdu pendant Tinterr^e. Cette circonstance occasionna une vive discussion. Les princes , après avoir prêté serment , devaient recevoir leur investiture avec le sceptre. Comment procéder légalement à cette cérémonie sans ce signe indispensable de Tautorité royale. La dis* pute s'échauffait , tout-à-coup , Rodolphe saisissant sur l'autel un crucifix , le baisa , et s'adressant aux pr^ices : « Voilà , s'écria-t-il , un signe f» plus sacré que celui qui a été perdu ; cette croix , «* par laquelle nous avons tous été rachetés, pourra bien remplacer le sceptre qui nous manque. »

Les princes, surpris de sa présence d'esprit , baisèrent la croix l'un après l'autre , et prêtèrent serment.

Dans la première diète qu'il tint à Nuremberg

(novembre 1274), Rodolphe s'appliqua à rendre la justice et écouta toutes les plaintes. Il parcourut ensuite la Haute- Allemagne , s*arrêtant dans chaque ville pour y régler les aifaires, même les moins importantes. Il se montra snr un plus grand théâtre , ce qu'il avait été dans un cercle plus restreint, prince populaire, accessible à tous, bienveillant envers tout le monde , implacable seulement envers les méchans.

Six mois après son couronnement à Aix-la- Chapelle , Rodolphe envoya une députation au pape , abrs Grégoire X , afin d*être reconnu par

lui suivant l'usage et pour en obtenir le couronnement impérial. Un traité fut signé entre le pape et les envoyés de Rodolphe , pour aplanir toutes les difficultés. Rodolphe s'était entre autres Conditions engagé à une croisade , il avait renoncé aux droits de l'empire sur la Basse-Italie et la Sicile , et reconnu que la Corse et la Sardaigne faisaient partie des bieiis de l'église. La mort de Grégoire X, et le peu de temps que ses trois successeurs occupèrent la chaire de Saint Pierre , tirent interrompre la croisade. Rodolphe n'alla pas une seule fois en Italie , pas même pour son couronnement , les affaires d'Allemagne réclamant continuellement son attention. *

Pendant les dix-huit années que dura son règne , Rodolphe eut constamment en vue deux objets y le rétablissement des droits de l'empire « et l'agrandissement de sa maison. Il déploya, pour parvenir à ce double but toutej'activité et le courage d'un jeune homme , uni à toute la persévérance , à toute la sagesse que l 'on devait attendre de son fige et de son expérience.

, Le roi de Bohême, Ottocar, avait, comme nous

l'avons dit , élevé des prétentions à l'empire. Fier de sa puissance qui , pendant l'interrègne; s'était augmentée de TAutriche , de la Styrie et de la Carinthie , fier surtout de son titre de roi , il ne pouvait se résoudre à reconnaître pour son suzerain un homme qui n'avait été autrefois qu'un simple comte sans fortune, sans pouvoir, sans crédit , un homme enfin, élevé, comme le disait

Rodolphe lui-même^ de t humble cabane de $eê pèreê êur le trâne imperdal.Cepenàmt on négocia d'abord, et grâce à rintervention du pape, des évêques et de plusieurs princes-, qui voulaient éviter la guerre , Ottocar consentit à se soumettre; il promit de restituer à l'empire l'Autriche , la Styrie , la Carinthie*, et de recevoir du roi des Komains Tinvestiture de la Bohême , de la Moravie et de ses états héréditaires. Mais à peine avaitil prêté serment , >et était-il de retour dans ses états , que sa femme le détermina à rompre le traité, et à déclarer la guerre à Rodolphe. A cette nouvelle, Tempereur rassemble promptement une armée et s'avançe contre la Bohême. Il rencontre l'ennemi à Marchfeld, sur les bords du Danube^ et lui livre une bataille sanglante, Rodolphe combattit avec un courage héroïque et fut exposé aux plus grands dangers , enfin Ottocar perdit la bataille et la vie. Cette journée de Marchfeld fiit pluQ décisive pour la maison de Habsbourg , que celle de l'élection de Francfort ; car elle lui donna l'Autriche.

Rodolphe resta trois jours sur le diamp de

bataille, suivant l'usage des guerriers de son pays, usage long-temps conservé par les Suisses , puis il se mit en marche pour s'emparer de la Bohême et de la Moravie. Il fit la paix avec le marquis Otton de Brandebourg , le neveu d'CMtocar, qui se chargea de la tutelle de Wenceslas , fils du feu roi; et il donna à ce dernier l'investiture des états de Bohême et de Moravie. Il revint ensuite à Vienne,

et il resta cinq ans en Autriche pour régler les affaires de ce pays. Il ne restait plus d'héritier de la maison de Babenberg en faveur de laquelle ce pays avait été éngéen duché , comme nous l'avons vu précédemment. Rodolphe songea alors à en donner l'investiture à son fils aîné Albert » ce qu'il fit d'abord du consentement , d'abord des princes , comtes , privilégiés et bourgeois d'Autriche et de Styrie, puis avec l'adhésion des autres princes électeurs de l'empire, et avec l'approbation de la diète générale , convoquée à Augsbourg ( décembre 1282). C'est ainsi que les comtes de Habsbourg se trouvèrent élevés au rang de princes de l'empire y et que fut fondée la maison d'Autriche qui occupe encore le trône de ce pays.

Pendant que le roi Rodolphe restait en Autri* che , occupé de fonder un établissement solide et puissant pour sa famille » de graves désordres agitaient la Souabe et ses états héréditaires. Les seigneurs grands et petits s'y livraient une guerre . continuelle. Rodolphe employa plusieurs années à remédier à cet état de choses , et ce ne fut pas sans de grandes difficultés qu'il put y parvenir. Le reste de sa vie se passa ainsi à maintenir ou à rétablir l'ordre et là paix dans ses états. A l'exception des cinq années qu'il passa en Autriche , il fut presque continuellement en armes et en marche d'une partie de l'empire à l'autre. Les trêves furent courtes , car , tantôt il avait à combattre des princes rebelles , tantôt les oppresseurs, du pays, tantôtles révoltes des villes et seigneurs. Ainsi f jusque dons, ses derniers jours , il exerça

ses fonctions royales, avec une infatigable activité et s'efforça .de maintenir la justice et la paix (1).

Quelque temps avant sa mort , il voulut assurer H son fils Albert, la succession du trône d'Allemagne. Il convoqua àœt effet une diète à Francfort, dans laquelle il proposa d'élire son fils roi des Romains. Mais Albert était loin de ressembler à son père , sa dureté et son avarice lui avaient fait peu d'amis, et les princes refusèrent la demande du vieux roi. Ce refus blessa profondément Rodolphe , qui avait vu jusqu'ici tontes ses entreprises eouronnées de succès , et tous ses souhaits s'accomplir. Il voulut aller, pour faire diversion à son chagrin, visiter les contrées du Haut- Rhin ; mais les médecins lui a3rant observé que ses forces commençaient à faiblir, il dit; Eh bien , à Spire ! ( c'était le lieu de sépulture des anciens empereurs). Mais il mourut en route à Germershein , le 15 juillet 1291.

ADOLPHE DE NASSAU (1291-1297). — ALBEET D AUTBICHE (1297-1308).

L'archevêque de Mayence , Gérard d'Eppeins-

tein , de concert avec l'archevêque Sigefroi de Cologne , qui avait eu comme lui à se plaindre de Boddphe, fit porter les voix des électeurs sur Adolphe de Nassau , neveu de Gérard- Adolplie ne manquait ni de courage ni d'audace ; sa maison n'était pas il est vrai , très -puissante , mais il espérait, comme Rodolphe, relever par

(1; Pfi&ler^ liv. 111^ liisi d'ADemagoe.

bravoure. Son âection ne trouva du reste d opposition que de la part d'Albert duc d'Autriche , qui n'avait pas encore renoncé aux prétentions élevées par son père en sa faveur à la diète de Francfort. Cependant ils firent la paix à Oppenheins ; Albert consentit à. recevoir l'investiture du nouveau roi , et à lui restituer les insignes de la couronne qu'il avait conservés après la mort de son père.*

Adolphe avait le plus grand intérêt à ne pas mécontenter son oncle Tarchevêque de Mayence, à qui il devait la couronne. Il lui avait promis de se diriger par ses avis, et d'augmenter l'étendue de son évêcbé. Mais il ne tint pas sa promesse, et il préférait suivre les conseils des archevêques de Cologne et de Trêve. D'un autre côté les dévastations et les cruautés qu'Adolphe commit dans une guerre contre la Thuringe, excitèrent un mécontentement général. U fut même question de prononcer sa déchéance , dans une assemblée qui se tint à Prague pour le couronnement du roi de Bohême. L'archevêque de Mayence et le duc Albert d'Autriche étaient à la tête des mécontens. Adolphe, en apprenant ces dispositions des princes, déclara la guerre au duc Albert. Cependant les trois princes électeurs de Mayence, dé Saxe et de Brandebourgs se réunirent à Mayence le 24 juin 1298 , proclamèrent sa déchéance , et élurent pour le remplacer, le duc Albert d'Autriche.

Le roi Adolphe ne se laissa point abattre , car il avait encore des amis^t une nombreuse armée.

Il livra à son rival une bataiUe dans laquelle il . montra un grand courage ; mais il fut tué au moment où il s avançait contre Albert, qu'il avait reconnu, et qu'il allait attaquer en personne. Sa

mort compléta la victoire de son heureux compétiteur.

Après la mort d'Adolphe on procéda de nouveau à 1 élection d'Albert, pour r^ulariser ce que la première pouvait offrir d'illégal, et le 24 août 1298 il fut couronné solennellement à Aix-la-Chapelle. Albert , pour obtenir le suffrage des princes électeurs , leur fit aussi des promesses que, comme le roi Adolphe, il n'était pas dis- ' posé à tenir. Mais il avait une politique plus proibnde que celui-ci , et surtout plus de forces et de puissance pour la faire réussir. Les villes se plaignaient des douanes illégales imposées par les princes et elles portèrent leurs griefe au roi. Albert les accueillit , et fit assigner les princes à une diète. Us refusèrent nettement d'abandonner ces droits qui*, disaient-ils, étaient des concessions des empereurs précédens, confirmées par Albert luimême lors de son élection. Alors il les fit condamner comme coupables d'usurpation et d'oppression. Les princes voulurent appeler de cette décision au pape, et en attendant remettre l'élection eu question. Mais Albert ne leur en donna pas le temps , et avec une nombreuse armée il attaqua tous les récalcitrans et les força à l'obéissance. Le but d'Albert, en abaissant le pouvoir des électeurs , était de supprimer tout-à-

fiait l'élection des rois, et de rendre ce titre

héréditaire dans sa famille. Pour atteindre ce résultat , il fit alliance avec le pape Boniface VIII, iui tit des concessions plus importantes qu'aucun empereur n'en avait fait avant lui , et lui sacrifia l'alliance du roi de France , Philippe-]e-Bel, ennemi déclaré de Boniface. Mais pendant que les négociations avaient lieu à ce sujet entre Albert et le pape , celui-ci fut arrêté à Aguassi, par ordre du roi de France, et après trois jours de captivité , il mourut des suites du saisissement et de la frayeur que lui avait occasioné cet acte de violence (11. octobre 1303).

Après avoir réussi dans ses desseins contre les grands de l'empire , Albert songea à établir sa nombreuse famille, (il avait six fils et cinq tilles ). Ën conséquence , il saisit toutes les occasions de transférer à lui ou à ses fils , avec droit héréditaire, les églises, les couvens, les baillages vacans, même quand ils n'appartenaient pas à lempire. En peu de temps il avait accaparé presque toutes les juridictions de la Haute- Allemagne Il n'y eut que les trois cantons forestiers de Schwitz , Uri et Underwald , qui échappèrent à sa soumission.

Tout le monde connaît la résistance qu'opposèrent à ses délégués , les pâtres de ces cantons et le nom de Guillaume-Tell et des héros du Grutli, est devenu populaire, non seulement dans leur pays, mais dans toute TEurope (1).

En apprenant la révolte de ces pâtres , Albert

(ây Voir uosiUuslraiioosde i*hisiotrc de la Suisse.

jura d*en tirer une vengeance éclatante. Tandin

qu'il s y préparait , une conspiration dirigée par son propre neveu, le duc Jean , s'ourdissait autour de lui» Albert refusait de rendre à Jean une partie de ses états héréditaires, et celui-ci, dans son irritation , se réunit à quelques jeunes ' gens qui avaient aussi à se plaindre du roi. Le I^*" mai 1308, au moment où Albert se rendait auprès de sa famille à Rhinfeld , les conjurés Tattendirent au passage de la Reuss et le tuèrent.

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