ARNOULD BOX
^■^^^;^piiÈs la déposition de Charles-le-
Gros , lerapire des Francs , fondé par Charletnagne , fut définitivement démembré , et de ses débris ■/y-i^^^ se formèrent les royaumes de France . Wli^^ de Bourgo^nie, dltalie et d'Allemagne.
Les Français choisirent pour leur roi , Endes,' comte de Paris < quoiqu'il restât* un descendant delarace Carlovingienne. Rodolphe se fit reconnaître comme souverain de lu Bourgogne transjuranne (la Savoie, le Valais , la Suiss»»),
Louis » fils de Boson , fut nomaié roi de la Bourgogne cis-juranne (ou royaume d'Arles ou de Provence ) , par les seigneurs et les prélats du pays ; en Italie , deux compétiteurs , Guy de Spolette , et Bérenger , duc de Frioul , se disputaient le trône. En Allemagne , le choix s'arrêta sur Arnould , duc de Carinthie , fils illégitime de Carloraan , roi de Bavière » et frère de Charles-le- Gros. Ainsi de tous ces nouveaux souverains qui se partagèrent l'empire de Charlemagne , le roi d'Allemagne seul , était de sa race , encore sa naissance était-elle tachée d'illégitimité.
Les peuples de l'Allemagne eurent à s*applaudire du choix qu'ils avaient fait. Ce prince sut iaire jouir ses états du repos et de la tranquillité, tandis que l'Italie et la France étaient déchirées par les factions. Il avait pris le titre d'empereur, comme successeur de Charles-le-Gros , et il se fit reconnaître en cette qualité par les souverains des autres parties de lempire; mais il ne reçut la couronne impériale qu*en 896 , des mains du pape Furmose. Son règne , qui dura onze ans , fut une suite de guerres continuelles dans lesquelles Ar-
nould déploya un courage et une activité rare , et qui furent presque toujours couronnées de succès. ' Il battit complètement lés Normands , dans les environs de Louvain , et deux de leurs rois périrent dans cette rencontre. Il eut ensuite une guerre opiniâtre à soutenir contre un roi de Moravie , son vassal , qui voulait rendre son pt^ys indépendant, et agrandir ses états. On reproche à Arnould d'avoir , dans cette circonstance » appelé comme
auxiliaire une Lorde de barbares , qui devaient bientôt épouvanter l'Allemagne , la Suisse et l'Italie , de leur brigandage et de leurs cruautés. C'étaient les Magyares, ou Hongrois, peuples belliqueux et redoutables , qui secondèrent si bien Arnould , qu'en peu d'années ils détruisirent l'empire Moravien , et en restèrent les midtres.
Après cette gueiTe , Arnould se rendit en Italie pour terminer les dissensions civiles qui déchiraient cè pays , et surtout pour disputer à Guy de Spolette le titre il'empereur que le pape venait de lui conférer. Dans une première expédition Arnould ne fut pas heureux ; mais Guy étant mort peu de temps après,. une nouvelle guerre éclata entre son fils Lambert et Bérenger. Arnould, appelé, par le page Formose» marcha directement sur Borne/ où s'était jetée la veuve de Guy et ses partisans. 11 s'empara de la ville , et fut accualli parle pape comme un libérateur. Ce fut dans cette circonstance qu' Arnould fut solennellement cou-
ronné empereur. Mais cette dignité qu'il avait tant ambitionnée lui fut bientôt contestée. Immédiatement après son départ , les anciens partis se relevèrent et recommencèrent leurs hostiUtés - avec une nouvelle fureur. Le nouveau pape Etienne VI* annula tous les actes de son prédécesseur , et reconnut Lambert, fils.de Guy, pour empereur.
Arnould, occupé des affaires d'Allemagne, n'eut pas le temps de réclamer contre cette décision du pontile. Il mourut peu de temps après à Ratisbonne (29 novembre 8^). Plusieurs historiens prétendent (ju'il fut empoisonné.
LOUIS l'enfant. 897-911.
Les grands de l'empire se rassemblèrent aussitôt à Forchheim. Dans une diète précédente, tenue à Trebur(897) ils avaient déjà reconnu Louis, l'un des. fils d'Amould; mnis comme ce prince n'avait que sept ans , on jugea qu'il était nécessaire de se réunir de nouveau pour décider si Ton confierait la couronne à un enfant. La décision de la diète de Trebur fut confiraxée dans cette nouvelle as* semblée , et Louis fut proclamé roi de Germanie. Son règne ne dura que onze ans, et la faiblesse qu'il ne cessa de montrer , même quand il eût atteint i âge où la jeunesse déploie le plus d'ardeur et d'activité , lui fit conserver le surnom de \ Enfant, qu'il avait reçu au moment de son élection.
Pendant .ce temps les Magyares ou Hongrois (nom que leur donnèrent alors les Allemands, parce qu'ils les croyaient descendants de Hçnri d'Attila, dont ils rappelaient la barbarie), continuaient leurs déprédations et leurs ravages. Ces peuples étaient encore' piaens , presque sauvages, et les plus légers cavaliers que l'on eut jamais vus. Leur manière de combattre ressemblait à celle des Parthes , et c*est en fuyant qu'ils étaient souvent le plus redoutables. Ils se maintenaient en possession d'une partie de la Pannonie, qui reçut d'eux le nom de Hongrie , et de là ils faisaient des courses dans les pays voisios.portant partout la dévastation etle pillage, et rentrant chez eux chargés de butin. C'est ainsi qu'ils ravagèrent tour à tour la Saxe , la Souabe , la Thuringe , la Carinthie , et qu'ils
.)pénétrèrent jusque dans Titalie et lu Fraiici-. Louis perdit contre eux nue bataille près d' Aunabourg, en Bavière (907); il conclut la paix avec^ eux en s'engageant à leuç payer tribut pendant dix ans. Ce prince ne survécut pas long-temps à sa défaite ; il mourut en 911 , et avec lui s'éteignit la branche germanique des Carlovingiens.
CONRAD I^i*. 911-918. — MlAlSON D£ FRANCONIE.
Jusque-là l'Empire ou le royauiue de Germanie , avait été comme héréditaire dans la race de Charlemagne ; mais depuis la mort de Louis l'Enfant , il devint purement électif. Les seigneurs se réunirent à Worms pour procéder à l'élection; leurs suffrages se portèrent d'abord sur Otton , duc de Saxe » prince recommandable par sa sagesse et son courage ; mais Otton leur observa , qu'il était trop avancé en âge pour soutenir le poids de la couronne impériale , et il leur conseilla de choisir Conrad, duc de Franconie et de liesse. L'archevêque de Mayence , Hatton , qui jouissait d'une très-grande influence, appuj a l'avis d'Ottonr. et Conrad fut nommé.
L'empire d'Allemagne , tel que le laissaient les Carlovmgiens , comprenait alors 1. la Franconie , ou France orientale ( Austrasie ) ; 2. la Lorraine (Lotharingia , Lothringen) , qui reçut son nom, non du peuple qui Thabitait , mais de son premier prince ( Lothaire , fils de Louis-Ie-Débonnaire) ; 3, la Souabe ; 4, la Bavière , dont les peuples descendent des Suèves et des Alemani; la Souabe
porta long-temps le nom d'AIemanie , elle s'étendait depuis la frontière des Francs jusqu'à celle des Bourguignons et des Helvétiens; l'Alsace, sur la rive gauche du Rhin , faisait partie de l'AIéinanie; 5. laThnringe, entre la Franeonie et la Saxe; 6 la Saxe; 7. la Frise. Ces différents peuples , réunis depuis un siècle sous le sceptre de Charlemagne , aspiraient à former des principautés indépendantes, et à rompre l'unité que la force leur avait imposé. Chaque prince, duc, comte ou margrave , désirait assurer l'hérédité du pouvoir dans sa iamille ; mais tous reconnaissaient la nécessité d'avoir un chef , qui pût réunir ïes diverses parties de l'empire , quand l'intérêt général demanderait ce commun accord. Comme les princes qui se trouvaient à la tête des diflerents peuples de la Germanie , avaient , ou du moins prétendaient avoir des droits égaux , à cette dignité suprême , on convint qu elle serait élective , afin de ne pas donner une prépondérance trop grande à une famille , et que chacune pût espérer y parvenir à son tour.
L'élection de Conrad ne diminua point la puissance et le respect qu'inspirait le vieil Otton. Conrad, reconnaissant du désintéressement du priuce Saxon, lui donnait toute sa confiance, et ne fais&it rien sans le consulter. Malheureusement Otton mourut vers la fin de 912 , et cette mort fut le signal des troubles et de la guerre civile.
La nouvelle autorité royale n était pas encore bien affermie , et quelques-unes des nations qui composaient Tempire , voulurent se séparer, ou se
rendre indépendan tes. La Lorraine appela Charles^ le-Simple , roi de France , et le reconnut pour son
suzerain, Conrad attaqua cette province , mais il ne put réussir à ramener à Tempire que l'Alsace et
i'évêché d'Utreclit , dont le duc do Lorraine s'était emparé,
La mésintelligence éclata bientôt entre Henri, fils d'Otton et Conrad , et la vieille haine qui avait «nimé les Francs et les Sâxons sembla se rallumer. Conrad envoya contre Henri , son frère , Ëberhard avec une armée , qui fut battue près d'Eresburg. Conrad se mit alors à la tête d'une armée nouvelle, et vint assiéger le duc de Saxe , à Grone : là on convint d*ûne suspension d'armes.
Conrad convoqua une diète générale à Altheim,
pour lui soumettre ses griefs contre les princes révoltés. L'assemblée fut nombreuse , et prononça . des peines sévères contre ceux qui refuseraient de reconnaître le pouvoir royal.
Malgré la décision de la diète , le duc Amould de Bavière prétendait k l'indépendance. Conrad marcha avec une armée dans son pays et le força do se réfugier avec sa famille diez les Hongrois. L'obligation où Conrad s'était vu depuis qu'il était sur le trône» de rallier à Tautorité royale les diverses provinces de l'empire , ne lui avait pas permis de veiller sur ces hordes de pillards > dont les incursions se renouvelaient chaque année. Le moment semblait être venu d'aller attaquer ces barbares'; mais une blessure qu il avait reçue le força d aller à Andern , où il mourut le 23 déc^w-
bre 918i Les écrivains contemporains disent de ce
prince , qu'il était vaillant, pieux, doux, expé- " ' nraenté , et que çiiez lui le bien de 1 état l'emporta toujours sur son ressentimènt et sur ses intérêts particuliers. Il justifia ce dernier éloge au moment de sa mort , en désignant pour son successeur Henri, duc de Saxe , son mortel ennemi ; mai^ en qui il avait reconnu les qualités convenables pour occuper le trône dans les droonstances difficiles où l'on se trouvait. Il chargea son frère Eberhard, de lui porter les insignes de la royauté , et jil fit jurer aux seigneurs qui l'entouraient, qu'ils le choisiraient pour roi.
MAISON DE SAXli. — HENRI 918-936.
Aussitôt aprèsJa mort du roi son frère, Eberhard, en qualité de duc des Francs et de sénéchal du royaume , convoqua les chefs de Tarmée et les seigneurs au camp de Fntzlard., et sur sa proposition, Henri de Saxe fut solennellem^t proclamé roi (920). Henri n'assistait pas à cette assemblée; Eberhard , accompagné de quelques autres seigneurs, fut chargé d'aller lui annoncer son élection, et de lui porter la lance, le manteau, le. / diadème et Tépée des anciens rois. Les envoyés trouvèrent Henri occupé à chasser aux oiseaux . divertissement ordinaire de ce temps. Cette circonstance la fait surnommer l 'Oiseleur.
Ce prince eut l'art d'allier les vertus militaires au talent du* législateur , union toujours précieuse pour le bonheur des peuples et bien rares dans des
temps aussi sauvages. Il rétablit les frontières d« l'empire que les barbares semblaient avoir eflhcées; et mit de Tordre dans le chaos féodal dont il était entouré : il repoussa les Hongrois sur leur propre territoire; et s'affranchit du tribut qu'ils avaient imposé à ses prédécei^urs ; il soumit le vaste duché de Lorraine , que lui disputait le roi de France , il recouvra la souveraineté de la Bohème, conquit la Misnie, le Brandebourg, et renferma le§ Danois dans leur presqu'île. Voilà les exploits dé Henri ; void ce qu'il fit pour les obtenir ou en conserver le fruit. Il mit de l'ordre parmi ses vassaux, et les assujettit à un contingent d'hommes et de vivres , il établit des milices r^lières, qu'il statiomia sur les frontières pour contenir les barbares ; il releva les forts abattus , rebâtit les villes
• détruites , en fonda de nouvelles , et mérita par des occupations aussi utiles une place parmi les plus grands princes de son pays. •« ( Comte de Las Caze. )
Il serait difficile de résumer d'une manière plus
succincte et plus claire le règne de Henri I*'^, que ne l'a fait Ihistorien que nous venons de citer. Ce prince , p»dant les dix-huit ans qu'il occupa
• lé trône , arracha l'empire de ses ruines, et l'éleva à un haut degré de force et de considération. Il était d'un extérieur agréable et guerrier ; il se faisait remarquer par son adresse dans les exercices du corps et des armes. Il était doux et affa.ble , sans cesser d'être digne , avec ses amis et ses sujets , en même temps qu'il se montrait sé^ vère et redoutable envers ses ennemis.
Henri l^r est généralement regardé comme le créateur de la chevalerie , le restaurateur de la noblesse, le fondateur des villes et de la bourgeoisie , en un mot de toutes les belles institutions qui se sont développées après lui.
En 935 , à la suite d une attaque d'aj»oplexie, qui fit craindre pour ses jours , il convoqua un« assemblée des grands à Erfurt , et leur proposa de reconnaître son fils aîné Otton, pour son successeur ; ils consentirent avec empressement à son désir. Quelque ternes après , le 2 juillet 936, Henri succomba à une seconde attaque d'apoplexie. Il était âgé de 60 ans , et en avait régne dix-huit.
OTTON r»^, DIT LE GRAND. 936 -973.
MAISON DB 8AXB.
A la mort de Henri , une assemblée générale fut indiquée à Aix-la-Chapelle , pour confirmer solennellement la reconnaissance déjà faite de son successeur. Uildebert, archevêque de Mayenco , conduisit Otton processionnellement à l'église , et notifia son élection au peuple en lui adressant ces paroles : <« Je vous présente le w nouveau roi Otton , élu de Dieu , désigné par » le roi Henri , son père , et reconnu ' de tons »• les princes ; si cette élection vous ost ngréa- *• ble, marquez votre assentiment en levant la <* main droite. •* — A l'instant Tantique basilic que de Charlemagne reteiitit de cris de joie et d*acdamation , et des milliers de mains s'agitè^
rent dans les airs. Alors rarcbevêque s'avança avec le nouvc^m roi , encore vêtu de Thabit ducal , vers l'autel où avaient été déposés les attributs de la royauté. Il lui ceignit le baudrier, et lui remit l'épée en prononçant ces paroles: " Reçoiiî *• cette épée destinée à repousser les ennemis du » Christ , et à maintenir la piiix parnni les peuples >t chrétiens. » Il lui présenta ensuite successivement chacun des insignes de la dinjiité royalie , avec des paroles appropriées à leur usage , ou au - symbole représenté par chaque attribut. Après lui avoir donné l'onction sainte , il lui plaça la couronne sur la tête /et le conduisit à son trône , élevé entre deux colonnes de marbre. Otton y resta jusqu'à la lin de la grand'messe , qui fut célébrée* avec toute la pompe que déploie 1 église dans ces occasions solennelles. Après la cérémonie religieuse , le roi se rendit au palais , et mangea avec . les archevêques et les autres grands du royaume. Le service fut fait dans cette occasion par les ducs revêtus de ces grandes dignités de Tempire , qui devinrent dans la suite si importantes. Giselbert, duc de Lorraine , dans la circonscription duquel se trouvait Aix-la-Chapelle , remplit les fonctions de grand-chambellan ; Arnould , duc de Bavière , celles de grand-nic-iréchal ; Eberhard , duc de Franconic, celles de grand-sénéchal, ou de grand-, maître; Hermann, duc de Souabe, celles de grandéchanson. Ces charges avaient passé du palais des Césars de l'ancienne Rome , dans celui des roi* Franks ; et les princes Carlovingiens les avaient introduites en Allemagne. Nous nous sommet*
arrêtés sur les principales circoustances de l'élection et du couronnement d'Otton , parce qu'elles donnent une idée de celles qui eurent lieu ordinairement dans la suite , et qu'il sera plus facile de remarquer le plus ou moins d'importance des. modifications qui furent apportées plus tard à l'élection et au couronnement des rois ou des em-* pereurs.
On voit que ces grands dignitaires représen-^ taient les quatre peuples qui , avec les Saxons , prirent part à Télection d'Otton ; ainsi le royaume se trouvait alors formé de la Lorraine , réunie de nouveau à l'Allemagne par Henri I», de la Franconie , de la Souabe » de la Bavière et de la Saxe, qui comprenait aussi la Thimnge et la Frise. Les peuples Slaves , comme états dépendants ne prirent aucune part à l election.
' La situation du royaume paraissait favorable , lorsque Otton monta sur le trône : successeur d'un héros, il semblait devoir jouir du fruit de ses vertus. Cependant jamais règne ne fut plus orageux ; guerres civiles , guerres étrangères , révoltes des princes et même de ses plus proclies parents , tels sont les événements qui rempHssei^t le long règne de ce prince , et où il déploya ces brillantes qualités qui lui méritèrent le surnom de Grand , quoiqu'elles Yie fussent pas exemptes de défauts capables d'en ternir l'éclat.
Désola première antiée de son r^e, il eut à porter ses armes en Bohême pour venger la mort de Wenceslas , égorgé par son propre frère , le cruel Boloslas qui s'était emparé du pouvoir et
refusait de rendre hommage au roi. Cette guerre fut longue et interrompue par d'autres expéditions , qui ne permirent à Otton de la terminer qu'en 950, par la prise de Bunt;daw , et la soumission du fratricide Boleslas.
En 938 , Eberhard , fils d* Arnould duc de Bavière , refusa de tendre hommage après la mort de son père. Otton l'attaqua aussitôt , le chassa de la Bavière , et donna I mvestiture de ce duché à Berthold , frère d' Arnould.
Une révolte d'une nature bien plus grave menaça à cette époque la puissance d'Otton. Thancmar, son frère, mais d'un autre lit, mécontent de ce que le roi lui avait reiusé un comté sur lequel il avait des prétentions , leva Tétendard de la révolte. Un
grand nombre de seigneurs mécontents se réunirent à lui , entre autres Eberhard , duc de Fran-
conie. Thancmar s'empara d'Eresbourg , de Badalik et de quelques autres places fortes. Otton qui achevait en ce moment de soumettre la Bavière, accourut avec une nombreuse armée, et dès qu'il parut devant Eresbourg, les habitants effrayés lui ouvrirent les portes. Thancmar, abandonné de tout le monde , se réfugia dans T^ise , bâtie sur remplacement où était autrefois rirm(»nsal , et il plaça sur Tautel ses armes et son baudrier. On n'osa 1 arracher de cet asile; mais par une contradiction digne des luoùères de ce siècle , on ne crai^it pas de violer l'enceinte sacrée , en lui décocliant des flèches par les fenêtres , et e.n le perçant d'un long javelot , lancé de la même manière. Le roi, en apprenant la mort de son frère ,
en témoigna quelque regret vrai ou simulé j mais ii fit juger et pendre quatre de ses partisans. Le duc Eberhard , par l'entremise de l'archevêque deMayence, obtmt sa grâce. Otton Texila seulement pour quelque temps à Hildesheim , et le rétablit ensuite dans son duché.
Cette révolte apaisée, une autre plus grave lui succéda. Henri, le plus jeune frère d'Otton, excitée par sa mère Mathîlde , prétendait avoir plus de droit à la couronne que lui , parce qu'il était né lorsque leur père était roi , tandis qu'à l'époque de la naissance d'Otton , Henri n'était encore que duc. Ces prétentions, déjà manifestées par. Matbilde , du vivant de son mari , avaient été écartées par la déclaration formelle de celuici, et par l'assentiment des seigneurs avant et après la mort de Henri. Mais le mécontentement que manifestaient plusieurs seigneurs de ce qu'ils appelaient la dureté et la tyrannie d'Otton, réveilla les prétentions du jeune Henri. Elles furent soutenues surtout par deux des plus puissants ducs du royaume , Eberhard de Franèonie , et Giselbert duc de Lorraine , qui avait épousé la sœur d'Otton et de Henri. Le roi , en apprenant la nouvelle de cette révolte , marcha aussitôt sur la Lorraine, où son frère s'était retiré. Il mit en fuite l'armée des rebelles , et alla assiéger le duc Giselbert dans Clévermont. Mais en même temps, le roi de France , Louis lY , que les alliés avaient mis dans leur parti , s'étant avancé jusqu'en Alsace , Otton leva le siège pour aller à sa renconcontre. Louis ne Tatt^dit pas , . et Otton vint
mettre le siège devant Brissach , occupée par les
troupes du duc Eberhard.
Pendant qu 01 ton était arrêté devant cette place, 11 eut la douleur de voir une partie des princes ecclésiastiques se séparer de lui , et passer du côté de ses ennemis ; déjà leur armée était plus nombreuse que la sienne , et le moindre succès pouvait amener d'autres défections; déjà on parlait de réunir une assemblée à Metz , * et d y élire un nouveau roi. Un cvéneiiieut inattendu vint toutà-coup changer la face des choses, détruire Tanxiélé d'Otton , et raffermir la fidélité ébranlée
des siens.
Giselbert et Eb?rhard firent passer leur armée
sur la rive droite du Rhin , pour ravager les pays dépendants du roi. Otton ne voulut pas s'éloigner de Brissach , envoya une petite troupe de Franconiens et de Souabes , moins pour combattre , que pour observer et harceler Tennemi. Il avait confié le conri mandement de cette petite armée à Hermann Billung . qu'il avait créé duc de Saxe, pour le récompenser de ses services , et du courage qu'il avait déployé dans la guerre de Bohêm.e. Cette faveur avait excité la jalousie* des grands contre Hermann , dont le sort se trouvait ainsi lié avec celui d'Otton. Aussi ce prince pouvait-il compter sans réserve sur le dévouement du nouveau duc, qui allait lui en donner une nouvelle preuve.
L armée des alliés, après son expédition, retournait en Lorraine ; déjà une partie avait passé le
Rhin , lorsque Hermann tomba sur l'arrière-garde
à Andernach , au moment où elle se px^éparait
aussi à traverser le fleuve. Le choc fut terrible; Eberhard fut tué dès le commencement de l'action; la déroute se mit aussitôt dans Tarmée des alliés, et Giselbert , fuyant , se noya dans le Rhin.
La mort de ces deux chefs , et la défaite d*une partie de leur armée , termina la guerre. Henri , ' privé de ses alliés s'enfuit auprès du roi de France. Otton , naguère presque abandonné, vit tout-à'Coup TAlsace et la Lorraine rentrer dans son obéissance , et pour ne pas laisser respirer ses ennemis , il s'avança en France. Un parti puissant, à la tête duquel était son beau-frère , Hugues-le- Grand , comte de Paris, lesecondait dans le dessein qu'il avait formé de.se venger de Louis lY. Le roi de France , effrayé de lorage qui le menaçait, demanda la paix. Otton l'accorda , et pour cimenter la réconciliation , il fut convenu que sa sœur Gerberge, veuve de Giselbert, épouserait le roi Louis. Il accorda aussi sa grâce à son frère Henri , et lui donna quelques villes dans la Lorraine » <ivec la permission d'y résider.
La générosité du roi son frère n'avait pas cependant touché dans le cœur de Henri. Il médita bientôt un projet plus criminel que tout ce qui avait précédé. Apprenant qu'un corps de troupes saxonnes', placé sur les frontières des Wendes, refusait Tobéissance au roi , et menaçait même de Tassassiner , parce qu'ils n'avaient pas reçu les sommes d'argent qui leur avaient été promises , il alla se mettre à leur tête , les gagna par des présents , et forma avec eux une conjuration contre
la vie du roi. Le complot fut découvert ; Otton lit décapiter les principaux complices , et condammi son frère à être enfermé à Ingelheira. Cependant le roi s'étant rendu à Francfort pour les fêtes de Noël , Henri saisit cette occasion pour se jeter u ses pieds et implorer son pardon. Il lobtint , grâce surtout aux sollicitations de sa mère Mathilde. Cette fois, la réconciliation parut sincère de part et d'autre , et même trois ans après , le duc Berthold de Bavière étant mort , Otton conféra ce duché à Henri , avec la Carinthie. Dès lors celui-ci se montra entièrement dévoué au roi son frère.
Les vassaux étaient soumis , les rebelles domptés, l'ambition des princes réprimée; la paix régnait àu sein de Tempire ; Otton songea alors à porter la guerre chez les peuples ennemis de l'Allemagne. Les Slaves qui avaient osé secouer le joug , éprouvèrent les premiers sa valeur et sa vengeance. Il pénétra en vainqueur jusqu'aux rives de TOder, et animé d'un zèle ardent pour la propagation du Christianisme, il exigea la conversion des vaincus, leur envoya des missioi^^ naires , et érigea dans leurs pays deux évêchés , Tua à Havelberg et l'autre à Brandebourg.
Les Normands ou Danois profitant des querelles des princes allemands,avaient ravagé les Schleswis, égorgé les gouverneurs, el détruit la colonie saxonne qui y avait été envoyée par Henri l'Oiseleur. Otton s'avança contre eux avec une nombreuse armée, pénétra dans le Jutland , défit en plusieurs rencontres le roi Danois Harold , qui fut bientôt
forcé d*iinpIorer ]a paix et d offrir au vainqueur toutes les satisfactions qu'il pourrait exiger. Otton consentit à traiter, en lui imposant pour condition^
de recevoir le baptême , de payer un tribut , et d'ériger dans le Jutlai^d , trois évêcbés qu'Otton plaça sous la juridiction de rarchevêché de Hambourg. Ainsi moins de deux siècles après que Charlemagne avait fait tant d'efforts pour vaincre les Saxons, et les forcer à embrasser sa religion , nous voyons un roi Saxon , imiter Texemple de ce prince , introduire, par la force des armes , le Christianisme chez les peuples que sa valeur a domptés.
Une nouvelle gloire , de nouveaux triomphes et de nouveaux titrés allaient encore augmenter la gloire et la puissance d'Otton. Depuis long-temps l'Italie était déchirée par les factions des princes qui s'en disputaient la souveraineté. A l'époque où nous sommes arrivés , Hugues de Provence , . d'accord avec le roi de Bourgogne Rodolphe II , avait occupé le royaume d'Italie , et pour l'assurer dans sa maison , il s était associé son fils Lothaire qui venait d'épouser la belle Adélaïde , fille de Rodolphe, mais Bérenger marquis d'Ivrée, prétendait avoir des droits à la couronne. Il se fit reconnaître par un grand nombre de partisans : Hugues , qui connaissait la mobilité et la perfidie des Italiens , se retira en Provence , laissant à son fils le soin de défendre sa couromie ; Lotliaire succomba bientôt aux artifices de son rival , et mourut, dit-on , empoisonne par ses ordres. Bérenger se fit alors couronner à Pavie avec son fils Adalbert,
et, pour gagner à sa cause les partisams de Hugues
et de Lothaire , il voulut forcer la veuve de ce dernier a épouser Adalbert. Adélaïde repoussa avec horreur une pareille proposition , et résista avec la plus grande fermeté. Elle voulut s'enfuir ; mais elle fut arrêtée à Come et ramenée au pouvoir de ses tyrans. Villa , l'infâme épouse de Bérenger, frappa la noble fille des rois Bourguignons, la foula aux pieds , la traîna par les cheveux , lui arracha tous ses ornements , et enfin la fit jeter dans la prison du château de Garde. Mais un moine fidèle, nommé Martin, touché du sort d'Adélaïde, pénétra par un souterrain jusqu'à sa prison , l'emmena , lui fit traverser le lac de Garde sur une barque de pêcheur , et la cacha dans une forêt sur l'autre rive. Là, elle fut nourrie pendant plusieurs jours par les soins généreux du pêcheur qui l'avait sauvée dans sa barque, tandis que Martin cherchait les moyens d'assurer sa fuite. Enfin , il parvint à lui procu- , rer des habits d'homme , et ainsi déguisée , la princesse arriva dans la forteresse de Conasse qui appartenait au marquis Azzon , son parent. Bérenger informé du lieu de sa retraite, la poursuivit et vint l'assiéger. Alors Adélaïde se décida à implorer le secours d Otton , dont la renommée depuis long-temps pubhait la gloii^ et les quaUtés chevaleresques , lui offrant , pour prix de son secours, sa main et ses droits sur l'Italie. Le fidèle et infatigable Martin fut chargé du message , et il s'en acquitta avec zèle et célérité.
Otton était veuf depuis plusieurs années , son royaume était pacifié , pouvait-il être insensible à rappel de la gloire et de la beauté! Une femme persécutée à délivrer et un prix si brillant attaché à cette tentative aventureuse,, étaient des motifs plus que suffisants pour remplir d'enthousiasme 1 esprit chevaleresque du roi. 11 passa aussitôt les Alpes avec une armée, fit lever le siège de Canosse, délivra Adélaïde, et l'épousa. Il fit ensuite son entrée à Pavie , se fit couronner avec la nouvelle reijie , et prit , comme Charlemagne , le titre de roi des Lombards (951). . '
Cependant Bérenger , par Imtercession de Conrad ,[ duc de Lorraine et gendre du roi , obtint sa réconciliation avec Otton. Dan» une assemblée qui se tint à Ausbourg au mois d'août 952 , il reçut en fief le royaume d'Italie , Otton renonça à ce titre et garda seulement les marches de Vérone et d'Aquilée , qu'il donna à son frère Henri , pour avoir une entrée libre dans la péninsule.
Otton , au comble du bonheur et de la puis* sance, croyait n'avoir aucun ennemi à redouter, lorsqu au sein même de sa famille s'éleva une nouvelle révolte qui le mit dans le plus grand danger. Son fils aîné Ludolf , issu de son premier mariage, craignant que les enfents de la nouvelle épouse de son père , ne lui fussent un jour préférés, marqua son mécontentement de eette nouvelle alliance , et intrigua pour former un parti puissant. Conrad , se joignit à son beaufrire , entrdné par les mêmes mptife. Frédéric ,
archevêque dé Mayence, les fils d'Araoïdd de
Bavière, et une foule dé mécontents entrèrent dans la ligue des princes , dont la faction grossissait de jour en jour. Otton ne perdit point de temps ; à la tête d une nombreuse armée il défit les rebelles à Mayence , puis à Ratisbonne , et les réduisit à implorer son pardon. Il pardonna à son fils et àson gendre, mais il les priva, comme sujets rebelles , de leurs duchés. Il donna la Souabe à Burcard , qui avait épousé une fille de Henri , duc de Bavière , et la Lorraine à Brunon , son firère, déjà archevêque de Cologne ; mais à cause de son étendue , ce pays fut partagé en deux duchés , la Haute-Lorraine , sur la Moselle, et la Basse-Lorraine , devenue plus tard la Belgique. Frédéric , comte de Bar, de la famille des comtes de Bhdnfeld, fut nommé duc de la première , et Godefroi , comte d'Ardenne , duc de la seconde. Tous deux • étaient soumis & Fautorité de Brunon , mais à sa mort ils furent confirmés dans leurs dignités par Otton.
La dernière guerre civile avait réveillé l'avide fureur des Hongrois , ces irréconciliables ennemis des Allemands. Quelques historiens accusent Conrad de les avoir appelés, pour faciliter sa révolte contre son beau-père. jSi ce fiût est vrai ^ du moins ce prince répara sa faute par la bravoure qu'il déploya contre eux et qui lui coûta la vie. Les Hongrois avaient pénétré jusqu'en Lorraine , et chargés des dépouilles des peuples , ils regagnaient, leur pays par la Souabe , lorsque Otton» à là tête de toutes ses forces , s avança contre eux,
et les joignit sur le Lech , aux environs d'Augsbourg {955). La bataille qu'il leur livra est célèbre dans les annales des peuples germains. Il y donna Texemple de la bravoure ; mais les Hongrois se défendaient vaillammœt ; déjà ils avaient mis un corps de Tannée allemande en déroute , quand Conrad, s'élança contre eux, repoussa leur choc terrible, et trouva la mort en combattant en héros. Otton, voyant tomber son gendre , n'en devint que plus ardent; les Hongrois viûncus s*enfuirent de touis côtés; Otton les poursuivit avec ardeur, et leur enleva dans cette occasion la Pan- " nonie, aujourd'hui l'Autriche. Jamais victoire ne fut plus complète. Keza , écrivain hongrois , avoue qu'ils perdirent dans cette journée 6Û,00Q hommes. Depuis cette bataille, les Hongrois cessèrent toute excursion en Allemagne. Otton fut salué par Tarmée comme père de la patrie , et on entonna dans toutes les églises des cantiques d'actions de grâces.
OTTON BiTABLrr k^EMPIBE d'oCCIDBNT.
Tandis qu'Otton tricmiphait des Hongrois , Bérenger voyant ce ptince engagé dans des guerres continuelles « crut pouvoir sans danger s'affranchir du joug qu'il lui avait imposé. Il persécuta cruellement ceux qui s'étaient attaché au roi d'Allemagne , et sa tyrannie devint tellement insupportable , que la plupart des seigneurs italiens , et le pape lui-même ^ Jean Xllf implorèrent le secours d'Otton. Il leur envoya son fik Ludolf , en lui promettant le royaume d Italie » s'il rachetait sa conduite antérieure par son courage et sa fidélité.
Ludolf passa les Alpes, poursuivit Bérenger et son fils » les battit <^inplètement ; mais il mourut au milieu de ses succès , à la fleur de son âge. Cet événement rendit l'espérance et l'audace à Bérenger; il ne méncigea plus ses ennemis , il attaqua même les états de l'église. Ce pape envoya alors un l^at à Otton pour Vcaigager à venir le plutôt possible en Italie.
Avant d'entreprendre cette campagne , Otton convoqua une diète à Worms , dans laquelle il fit reconnaître pour son successeur, son fils mineur, ag:é de sept an9 , et nommé Otton comme son père. Le roi partit aussitôt pour Vltalie avec une nombreuse armée. Tout se soumit à son arrivée ; toutes les villes lui ouvrirent leurs portes. Bérenger et sa femme réfugiés dans une forteresse , furent pris et envoyés à Bamberg oii ils moururent. Leur fib Adalbertse réfiigia m Corse. Vainqueur, sans avoir tirée Tépée , il fut de nouveau proclamé
àMilan, roi d'Italie (961^
Aucun obstacle n'arrêtant sa marche , Otton se
rendit à Rome l'année suivante, pour y- recevoir la couronne impériale. A son approche , le sénat et le peuple sortirent à sa rencontre , et le reçurent comme un libérateur au milieu des acdamations. Avant d'entrer dans Rome , Otton s'engagea par un serment solennel à faire rendre au patrimoine de Saint*Pierre , les biens qui lui avaient été enlevés ; à confirmer les. donations de Pépin et de ses successeurs , et à maintenir l'élise rmnaine et son pontife dans tous leurs droits; le pe^fde et le pape lui jurèrent à leur tour fidélité,et
ces préliminaires temtnés yOttonserenditàré^ise
des saints apôtres , où son couronnement se fit
avec la plus grande pompe » et au milieu des applaudissements du peuple et du dergé (2 fi^ vrier 962).
Ainsi la dignité impériale , réduite d'abord à un
vain titre , après Textinction des Carlovingiens , et depuis entièrement abolie, fut relevée avec autant de puissance, qu'au temps de Charlemagne, par un roi de la Germanie , dont les successeurs Tont conservé pendant 844 ans, jusqu a son extinction au commencement de ce siècle.
Bientôt l'empereur Otton eut à exercer ses droits de protecteur de l'Eglise et dé premier souverain chrétien contre le pape même qui l'avait eouronné* Jean XII, ne tarda pas à se repentir de s'être donné un maître puissant au lieu d'un roi faible. Oubliant les promesses qu'il venait de faire , il profita de l'absence de Vemperenr pour rappeler Adalbert , et se liguer avec lui pour chasser les Allemands de l'Italie. Otton , en apprenant cette nouvelle en fut indigné , il se rendit aussitôt à Rome ; mais Jean n'attendit point son arrivée , et s'enfuit précipitamment avec Adalbert.
L'empereur convoqua aussitôt un concile composé de quarante évêques et de seize cardinaux ; il exposa ses griefs contre le pape ; mais bientôt les accusations les plus graves furent portées au concile contre la conduite scandaleuse et les crimes de Jean XII. Il fut cité à comparaître pour se laver des crimes qu'on Im imputait ; mais il ne répondit que par des menaces d'excommunication..
Alors le concile le déclara déchu de sa dignité , et élut à sa place Léon YIII , homme recommandable par ses vertus.
Otton, croyant avoir abattu la rébellion , partit de Rome pour aller soumettre les duchés de Spolette et de Camerino , qui tenaient pour Adalbert. Mais à peine s'était-ii éloigné, que Jean XII rentra dans Rome , et chassa Léon. J«an ne survécut pas long-temps à ce triomphe , qui du reste n'eût été que passager, il mourut assassiné quelques jours après son retour. Cependant les Romains , en haine de l'étranger, persistèrent dans leur révolte contre 1 empereur , et sans avoir ^[ard à leurs serments , ils nommèrent xm pape qui prit le nom de Benoit Y.
Otton assiégeait Camérino. A la nouv^e de ce bouleversement , il leva le siège et vint le mettre devant Rome. Bientôt les Romains, pressés par la famine et par la vigueur des assiégeants , demandèrent grâce. Le vainqueur pardonna , se contentant d'assembler un nouveau concile, devant lequel Benoît comparut , s avoua coupable d'usurpatian , et se dépouilla des habits pontificaux. Léon Vn fut rétabli sur le trône pontifical , et son premier acte fut un acte de reconnaissance envers son protecteur. 11 déclara par un décret qu'à « l'exemple du bienheureux Adrien , pape du
Saint-Siège apostolique , qui avait accordé la •» dignité de patrice, le pouvoir d'élire les papes et w l'investiture des évêques , au seigneur Charles , n victorieux roi des Francs et des Lombards ; luit ^ " Léon , évêque avec le clergé et le peuple romain ,
•f reconnaissaient aussi que le seigneur Otton I«^ «t roi des Teutons, et ses successeurs en ce royau- » me d'Italie, avaient le pouvoir d'élire ceux •* qu'ils croiraient dignes de remplir le saint-siége
apostolique , de choisir les métropolitains et les
suffragants, de leur donner l'investiture de n leur dignité , etc., etc. » L'exercice des prérogatives accordées aux empereurs par ce décret , dont toutefois l'authenticité est contestée par quelques auteurs , donna lieu , comme nous le verrons plus tard , à de longues querelles entre les papes et les empereurs , querelles qui ensanglantèrent pendant de longues années , l'Allemagne et l'Italie.
Otton, croyant sa puissance et son empire bien assurés , après tant d'actes solennels qui les garantissaient, retourna en Allemagne, avec une armée réduite de moitié par les maladies et les &tigues plutôt que par les combats. Après, la mort de Léon VIII , arrivée peu de temps après , le nouveau pape Jean XIII , nommé sous la direction des délégués impériaux , voulut se servir de l'appui de l'empereur pour réprimer la turbulence des barons romains. Un soulèvement eut lieu, le pape fut chassé, et Otton se vit forcé de se rendre encore en Italie à la tête d'une nouvelle armée. II fit faire à Rome une enquête sévère , et condamna à mort treize des principaux rebelles.
-Le calme étant rétabli , Otton résolut d'assurer
son droit de possession , en faisant couronner son iils comme son successeur en Italie, ainsi
qu'il Tavait fait en Allemagne. Cette cérémonie eut lieu, en 967. Il voulut ensuite soumettre à sa puissance la Basse-Italie » dont plusieurs pro* vinces étaient encore au pouvoir des Grecs. Mais ayant trouvé plus de résistance qu'il ne s'y attendait , il tenta des voies de conciliation « et proposa à l'empereur grec Niciphore, une alliance qui serait cimentée par le mariage de Théophanie fille du dernier empereur , avec son filsOtton. Nicéphore rejeta ces propositions , et tout espoir d'accommodement entre les deux empereurs paraissait rompu , quand Nicéphore fut tue dans une révolte. Jean Zimiscès , qui lui succéda, s'em* pressa de conclure la paix' avec Otton , et de le reconnaître comme empereur romain d'occident* Là main de Tliéophanie fut accordée au jeune Otton , et leur mariage fut célébré à Rome en avhl 972. L'empereur revint cette même année en Allemagne , et après s'être reposé quelque temps dans sa campagne , il termina avec calme sa glorieuse carrière. Il mourut subitement , le 3 mai 973 , dans le môme château où son père était mort» à Memleben, sur l'IInstrut , dans la soîxante-et-unième année de son âge et la trentehuitième de son règne.
La fermeté de Conrad et la sagesse de Henri , avaient conservé les restes de l'autorité royale, tombée sous les faibles Carlovingiens ; la sévérité d'Otton la rétablit , et son pouvoir ne fut pas moindre que ne l'avait été celui de Charlemagne , si même il ne- le surpassa. Otton a obtenu le surnom de Grand, et la postérité l'a
placé à côté de Charlemagne , qu'il parait s'être proposé pour modèle. Les contemporains ne s'accordent point sur ses qualités personnelles, il est certain qu'il se sut pas comme Henri se l'aire aimer des prinees ; mais un mérite l éel , c'est d'avoir vaincu lanarchie par son énergie et sa persévérance ; c'est d'avoir ajouté Téclat de la couronne impériale à la sienne ; c'est d'avoir élevé l'Allemagne naguère si pi'ès de sa ruine, à un tel degré de pouvoir, qu'il ne lui fallait plus qu'un seul pas pour devenir la puissance prédominante de tout rOceident (1).
(1^ Pfister, bisloire d'Allemagne, tome ni , liv. H.
CHAPURE U.
OHon If. — Ouerelle d^Ouon elde Lothaire, ineidenls biurrei.-' Oiion III - Henri JI, dii le Stint. - Conrad le Saliqae; 00iernoiié de soo élecUon. — Sea eipédfUona en lUlie.— Bévolte d*£rne8l de Souabe. — Généroailé de Conrad. — Il léonU ta Bourgogne à Tempire. - Henri III, dit le Rolr. — Tronbles de HongHe, de Lorraine, d*llaiie. — Henri IV. — Sa minorité. — 11 est enloTé par Hannon.— jUalbert et Hannon dMiyéa de aon édoeatfon ; dilTérenee de leur caraolère et de leors fwinclpei. — Majorité de Henri. — Sei onerellet arce lei Saxoni. — (OTS^é).