‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 3 sur 39 · MAISON DE SAXE. — OTTON · texte numérisé non relu

MAISON DE SAXE. — OTTON

|e règne d'Otton II commença comme celui de son père , par la révolte d'un prince de la famille royale. Henri , duc de Bavière , surnommé le Querelleur , fils de ce même Henri , frère d'Otton qui avait conspiré plusieurs Ibis contre son frère , semblait avoir hérité de respnt de rébeltioQ de son père. Il s'allia avec le roi de Danemarck , les ducs de Bohême et de Pologne, les évêqufâ deMayence, de Frejsingue et d'Augsbourg , et menaça d'une guerre civile Taurore du nouveau règne. Otton II ne perdit point de temps : après avoir essayé d'apaiser

Henri , et de le traiter avec douceur , le voyant opiniâtre dans sa résistance , il le fit arrêter et conduire à Ingelheim. Puis, attaquant tout-à^ coup le roi de Danemarck qui déjà s'était mis. en mouvement, il le battit à plusieurs reprises, pénétra dans son royaume , et ne lui laissa le sceptre, qu'au prix de l'humilianteservitude qu iliut obligé de renouveler, et dont il avait espéré s'affranchir.

Cependant Henri, échappé d'Ingelheim, essaya de renouveler la guerre civile. Il s'empara de Pasaw ; mais Otton et son neveu le duc de Souabe , vinrent ïy assiéger et le firent prisonnier. . Une diète assemblée à Magdebourg prononça sa déposition , comme coupable du crime de félonie. Les prélats ses partisans furent exilés (977).

Une querelle qui s'éleva alors entre Otton et Lothaire , roi de France , donna lieu à des incidents assez bizarres. Charles, frère du roi de France , avait revendiqué des terres en Lorraine, du chef de sa mère Gerberge , et Lothaire appuyait ses prétentions. Otton , trouva un mo3'en de semer la division entre les deux frères , en accordant à Charles le duché de Basse-Lorraine , mais à titre de fief mouvant de l'Allemagne. Lothaire, indigné ; comme tous les Français » que son frère se fat rendu vassal de l'empire ( faute que Ton ne pardonna jamais à Charles , et qui 1 exclut de la succession à la couronne , lors de l'élection de Hugues-Capet ) , prétexta l'affront de ce traité pour suivre l'exécution de ses desseins sur la Lorraine. Il arma secrètement et s'avança avec tant de précipitation sur Aix-la-Chapelle, qu'Ottou

qui se trouvait dans cette ville , et qui était sur le

- point de se mettre à table , n'eut que le temps de monter à cheval et de s'enfuir , abandonnant son dîïier aux Français , qui en profitèrent. Lothaire, comme pour prendre possession de sa conquête , fit tourner du coté de la France Taigle de Charlemagne, placé au faîte du palais impérial. Otton fuheux f rassembla en bâte ses troupes , traversa rapidement la Champagne , risle-de-France , vint assiéger Paris , brûla un de ses faubourgs , et enfonça sa lance dans une de ses portes en disant * « C'est assez » ; puis il se retira , satisfait d'avoir rendu humiliation pour humiliation. Mais Lothaire le poursuivit dans sa retraite , Tatieignit au passage de l'Aisne , et lui fit éprouver une sanglante défaite. Après cette double expédition , peu glorieuse pour les deux princes , forcés lun et l'autn^ par d'autres intérêts , à faire la paix , ils eurent une entrevue près de Sédan. Là fut conclu un traité par lequel Lothaire renonçait à toute prétention sur la Lorraine. L'aigle d'Aix-la* Chapelle

• fut de nouveau tourné vers l'Allemagne , et depuis ce temps la Lorraine resta réunie à l'empire , jusqu'à la moitié du dix-huitième siècle.

L'empereur avait hâte de se rendre en Italie. Après la mort de son père , les Romains avaient renouvelé leurs révoltes accoutumées, sous la direction de Crescentius , qui exerçait une grande influence dans la ville. L'arrivée d'Otton eut bientôt rétabli Tordre ; alors il songea à l'exécution d*uii projet qu'il méditait depuis long-temps. Il voulait s'emparer de la Basse-Italie ^ qu'il croyait

pouvoir revendiquer du chef de sa femme. Les Grecs , qui occupaient ces provinces » appelèrmt à leur secours les Arabes d'Afiique et de Sicile. Otton eut d'abord quelques avantages, maiss'étant laissé attirer dans une embuscade , il fut battu complètement, et son armée taillée en pièces. Un grand nombre de princes et seigneurs périrent dans cette bataille (96S^. L'empereur se sauva à la nage , et gagna un navire grec; heureusement il n'était pas eonnu; il se fit passer pour un marchand, et au prix d'une forte rançon, il obtint d'être débarqué à B4)ssana.

Otton s'occupa aussitôt de faire des préparatife pour venger cet affront. 11 convoqua une diète générale de ses états à Vérone. C'était la première fois qu'on voyait les états d'xVllemagne se réunir de l'autre côté des Alpes , avec ceux du royaume d'Italie. On résolut dans cette assemblée de continuer la guerre contre les Grecs , avec la plus grande énergie ; on r^la ensuite les affiûres des différents duchés dont les chefs avaient été tués dans k dernière guerre, et enfin, à lademande de l'empereur, son fils âgé de trois ans, fut déclaré son successeur à l'empire. Otton se rendit ensuite à Rome , pour attendre l'arrivée d'une nouvelle armée qui venait d'Allemagne; mais une maladie le surprit et l'enleva au milieu de ses projets. Il mourut le 7 décembre 983 , âgé de 28 ans.

OTTON ni. (983-1002J. •

Les ai^itations d'une longue minorité , les intrigues des divers compétiteurs à la tutelle du prince,

et au gouvernement de Teinpire , remplissent les dix ou douze premières années de ce règne. Cependant la mère d'Otton , Théophanie , et son aïeule Adélaïde , montrèrent dans leur administration , mie habileté et une sagesse, qni , si elles ne prévinrent pas tous les désordres , retinrent assez les mécontents pour empêcher l'empire de tomber dans Tanarchie.

Dès qu'il eût atteint sa majorité , Otlon III se rendit en Italie » pour mettre un terme aux désordres qui agitaient là ville de Rome, depuis la mort de son père. Nous n'entrerons pas dans les détails de ce qui s'était passé dans cette ville pendant cette période ; ces événements appartiennent à l'histoire d'Italie , et non à celle d'Allemagne , et nous renvoyons nos lecteurs , qui désire» raient connaître cette partie de Thistoire , à lou-

vrage dans lequel nous en avons spécialement

traité (1).

Le pape Jean XV venait de mourir , quand Otton arriva à Rome ( 999 ). II présenta pour lui succéder, Brunon , son parent , Saxon d'origine , qui prit le nom de Grégoire Y. Ce pontife fit un décret qui réservait aux Allemands seuls le droit d'élire l'empereur » et qui ne laissait aux papes que le pouvoir de le couronner lorsqu'il se présenterait à Rome pour cette cérémonie. Grégoire mourut en 999 , et Otton lui donna pour successeur son ancien précepteur , l'illustre Gerbert, qui prit le nom de Silvestre IL

1 Illuslralions de I Italie, par J.-J.-E. 1 f oK iu-il^ ehct Maniai Anlani (irère^ à P*rid e( à Limoget.

Croyant avoir rétabli le calme dans l'Italie , Ot-

ton alla visiter ses états d'Allemagne. Mais les invasions des Sarrasins en Calabre , et de nouvelles révoltes dans Rome , le rappelèrent bientôt an- ' delà des Alpes, Après avoir chasse les Arabes, il revint à Rome, dont il aimait le séjour, et comptant que sa seule présence suffirait pour contenir ce peuple turbulent, il. entra dans la ville sans autre cortège que quelques évêques et un petit nombre de seigneurs. C'était peu connaître le caractère des Romains de ce temps : sa téméraire confiance faillit lui coûter la vie. Toutà-coup une sédition éclata; le peuple assemblé tumultueusement entoura s(m palais , et Yy tint assiégé pendant trois jours. En vain il harangua la multitude du haut d'une tour de son palais , en vain Tévêque de Hildeshim se plaça à la porte armé de la lance sacrée (1), rien ne put fléchir ' les séditieux , el l'empereur serait tombé entre leurs mains , si Henri , duc de Bavière , et Hugues , marquis de Toscane , secondés par d'autres seigneurs , ne fussent parvenus à le délivrer. Il sortit de Rome avec son ami le pape Sylvestre , et appela de T Allemagne une armée pçur punir

(1; Celle lance s-acrée élail celle, disait-on, qu'avail aulrofols poilé l'empereur Consinntin. Elle passuii pour sainte parce qu'or» y avait mis, à ce qu'on prétend , quelques clous de la vraie croix. Henri l'Oiseleur i'avail achetée de Rodolphe, roi de Bourgogne, au prix d'une partie de la Souabe. Olion-le-(Jrand se servait de celle lance à la bataille du Lech , qu'il gapna contre les Hongrois. On commença dès lors à la porter devant les empereurs quand Us «Uai«ni à ia guerre » el c'était la fooction d'an évéque.

ce peuple parjure. Mais au milieu de ces préparatifs , il mounit à Paterces , sar la Friesèl , le 24 janvier 1002. Il était à peine âgé de vingt-deux ans. Il fut vivement r^retté , moins pour ce qu'il avait fait , que pour les brillantes espérances que laissaient concevoir ses vastes desseins, ses talents et son amour pour les entreprises glorieuses. Selon Ditnrîar, il mourut du pourpre; selon d'autres, ce fut du poison que lui donna la veuve de Cescentius , ce tribun fectieux , qu'il avait condamné à mort.

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