‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 20 sur 39 · LOUIS EMPEREUR · texte numérisé non relu

LOUIS EMPEREUR

L'absence de l'empereur avait duré trois ans, cependant le parti de Luxembourg avait maintenu «on autorité en Allemagne, et les efforts du pape pour faire procéder à une nouvelle élection, quand il eut prononcé la déchéance de Louis , échouèrent complètement. A son retour il se hâta de terminer les querelles qui avaient existé .entre le parti Autrichien et celui de Luxembourg, en confirmant aux ducs d'Autriche toutes leurs principautés.

Quand la paix fut rétablie en Allemagne, les princes et a leur tête Jean, roi de Bohême , cherchèrent à réconcilier l'empereur avec le pape. Louis consentit à se soumettre, et offrit au pape les conditions suivantes: 1<> de déposer Tantipape Nicolas V; 2° de renoncer au droit d'appel; 3» de révoquer tout ce qu'il avait fait contre la personne sacrée de Jean XXII ; 4^ de recon • naître sa faute et la justice de son excommunication ; 5^ de s'abandonner à la grâce du pape , se

réservant toutefois de conserver son rang et son honneur , c'est-à-dire de rester en possession de Tempire. Mais le pape refusa ces conditions.

Cette sévérité du souverain pontife était excitée par ]e roi de France , qui aurait voulu faire placer sur le trône d'Allemagne, le roi Jean de Bohême , avec lequeî il avait contracté une étroite alliance. Cependant la mort de Jeaci XXII rendit l'espérance à Louis. Son successeur Benoît XII , bon et juste , désirait ardemment soustraire le saint-siége à la dépendance de la France et revaiir à Rome. Il paraissait disposé à se rapprocher de Louis, et il lui proposa même une récondliatioD. Mais le nouveau pape manquait d'expérience et d'énergie pour lutter contre les intrigues de la France, et le collège des cardinaux, la plupart français, était dévoué aux intérêts de Philippe de Valois. En effet, après avoir accueilli avec une grande bienveillance la députation de Tempereur , il était sur le point de lever l'excommunication , quand une ambassade de la cour de France vint arrêter ces heuréuses dispositions. Lorsque Louis eut reconnu qu'il était le seul obstacle à sa réconciliation avec le pape, il envoya une députation solennelle au roi Pliilippe, pour lui proposer un arrangement au sujet de ses récentes querelles avec l'empire , et lui offrir une alUance amicale ( octobre 1336), Philippe, un peu embarrabbé, demanda du temps, exigeant toutefois comme base de l'alliance future, que Louis ne se liguerait jamais avec aucun ennemi de la France. Le pape crut alors n'avoir plus qu'à donner l'abso-

lution, mais les cardinaux français voulurent attendre le consentement de Philippe, qui le refusa , disant que le repentir de Louis n'était que dissimulé. Le pape se vit forcé, bien malgré lui, d'ajourner encore sa réconciliation; seulement il adoucit Texpression de son refus, en disant que Louis devait se préparer pendant quelque temps encore à faire pénitence.

Louis , indigné contre le roi Philippe, sentit toute son ardeur se réveiller. Il rappela ses ambassadeurs; tous les, princes allemands partagèrent son mécontentement contre la France. Les envoyés du roi Edouard III d'Angleterre, qui . proposaient une alliance contre Philippe de Valois, furent accueillis avec joie, et l'alliance fut conclue sans hésiter. Tous les princes , à Texception du roi Jean de Bohême, donnèrent leur assentiment. Enfin pour rendre à la puissance impériale toute son autorité, que tant de secousses avaient ébranlée, il convoqua à Francfort une grande diète composée non-seulement des princes et seigneurs, clercs et laïques, mais aussi des barons et nobles, des chapitres , des couvent» et des 'députés des villes.

Cette grande diète s'ouvrit avec une solennité extraordinaire (1338). L'empereur , revêtu d'un riche costume impérial, ouvrit la séance par un discours dans lequel il se plaignit amèrement des injures que lui avaient faites les papes ; îl rappela les nombreux efforts qu'il avait tentés pour le rétablissement de la paix, et se plaignit surtout de ce qu'on ne Taccosait d'hérésie que

pour le renverser du trône. Afin de oonvaiocre

les princes et les nations de son orthoxie, il récita en public et à haute voix, le PqlUt nosteTf Vjive Maria et le Credo. Il proposa ensuite une guerre générale contre le roi de France, qui s'opposait surtout à la réconciliation de lempire et du saint-siége. Quant aux prétentions manifestées par les papes, comme elles touchaient non-seulement aux droits de la couronne, mais encore à ceux des princes el .des électeurs, il demanda à rassemblée son avis et une décision ferme et énergique.

Après un mûr examen, la diète déclara a l'unanimité et sous serment, qu^ l'empereur, pour fléchir les papes, avait épuisé toutes les voies de la douceur, et que les troubles qui agitaient l'église et Tétat, ne pouvaient lui être imputés. Ces électeurs se réunirent ensuite pour s'entendre sur rétendue du droit Rectoral , et sur la nature du pouvoir que leur élection conférait à celui qu'ils nommaient empereur et roi. Cette réunion connue dans l'histoire sous le nom de première coalition des princes électeurs, rédigea une déclaration de principes qui fut publiée sous la forme de statut impérial, portant que les dignités et le pouvoir de l'empereur ne relevaient que de Dieu seul, et que celui qui était élu roi ou empereur à l'unanimité, ou par la majorité des électeurs, avait aussitôt le droit , en vertu de cette élection, de s'intituler véritable roi et empereur romain, et que tous les membres et vassaux de l'empire étaient obligés de lui obéir ; qu'il pos^

sédait un plein pouvoir d'exercer tous ses droits, sans avoir besoin du consentement et de la confirmation du pape.

La publication de ce statut impérial éloignait

tout espoir d'accommodement avec le pape. Elle fut suivie d'une sommation à Phillippe de .Valois (sans lui donner le titre de roi), de faire droâ aux réclamations du roi Edouard , le menaçant en cas de refus , de lui retirer tous les fiefe de l'empire , dont, au reste, il n'avait pas demandé l'investiture. Mais sur la promesse que lui fit le roi de France, de le réconcilier avec le pape, s'il voulait renoncer à l'alliance anglaise, l'empereur, agité par le trouble de sa conscience, accepta cette offre avec empressement et promit d'être l'allié fidèle et dévoué du roi de France. Cependant ses espérances furent encore trompées et son absolution fut encore ajournée.

Les électeurs, mécontens de la condescendance

de l'empereur pour le roi de France,' lui reprochèrent de négliger les intérêts de l'empire; et ils demandèrent qu'il abandonnât les rênes du gou* vern^ment en faveur de Charles, duc de Moravie, fils du roi Jean de Bohême. Le nouveau pape Clément VI, successeur de Benoît XII, avait lui-même conseillé ce choix, comme un moyen de réconcilier l'empire avec le saînt-siége. Louis voulut proposer son fils , marquis de Brandeboug ; mais les princes répondirent nettement qu'ils ne voulaient plus de Bavarois. Il réussit cependant encore à empêcher ou plutôt à retarder l'élection ; mais les électeurs, profitant de l'absence de Louis,

qui était allé dans le Tyrol pour avoir une entrevue avec le roi de Hongrie et le seigneur de Vérone , au sujet des affaires d'Italie, se réunirent a Rense le 11 juillet 1346, et proclamérent Charles IV roi des Romains.

Louis, en apprenant cette élection, revint en hâte sur le Rhin, pour combattre son compétiteur. Mais celui-ci avait quitté rAllemagne pour aller avec son père porter des secoure au roi de France contre les Anglais. C'est dans cette campagne que le roi Jean, voulant, quoiqu'aveugle, combattre aux première «rangs, fut tué à la malheureuse battaille de Crécy. Après cftte bataille, Charles obtint du pape la confirmation de son élection , et il se fit couronner à Rome par l'archevêque de Cologne ( mai 1347 ). Louis n'en persista pas moins dans la résolution de combattre son rival. Il soutenait la lutte avec un courage et une expérience' militaire remarquables, quand il mourut frappé d'une attaque d'apoplexie, à l'âge de soixante-trois ans (11 octobre).

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