‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 23 sur 39 · WENCE8LA8 ET ROBERT · texte numérisé non relu

WENCE8LA8 ET ROBERT

Wenceslas refusa de reconnaître le jugement de la diète ; son frère Sigismond et lui protestèrent solennellement contre cet arrêt. Le Brandebourg, la Sonabe , Gênes , Milan, Ferrare et leurs territoires, le pape et les cardinaux d'Avignon , continuèrent à reconnaître Wenceslas pour empereur. Aix-la-Chapelle reAisa de recevoir son rival, qui fut obligé de se faire couronner 'à Cologne, La France resta neutre. Au reste, fidèle à son caractère , ce prince dépossédé se contenta de prendre le titre d'empereur , sans rien faire pour soutenir ses droits , et l'on s'accoutuma bientôt à ne jplus songer à lui.

Le nouveau roi Robert, voulut signaler son avènement par une expédition en Italie , pour faire rentrer laLonibardie sous l'nulorité de l'empire dont Wenceslas l'avait fait sortir; mais il échoua complètement, son armée fut battueetilfut obligé de se retirer en Allemagne , où les afiaires de l'empire le rappelaient.

Pendant un règne de dix ans , Robert se conduisit avec tant de prudence et de sagesêe , qu'il parvint sinon à éteindre , du moins à assoupir les factions. Wenceslas ne s'embarrassait plus de faire

valoir ses droits à l'empire. Sigismond, trop occupé des affaires de son royaume de Hongrie, ne pouvait soutenir les intérêts de son frère. Les Hongrois l'avaient aussi mis en prison, l'avaient déposé , et avaient élu à sa place Ladislas , roi de Naples. Mais Sigismond, étant parvenu à s'échapper , réunit ses partisans , chassa Ladislas et remonta sur le trône.

Cependant le désordre augmentait toujours dans le royaume de Bohême, par la mauvaise conduite de Wenceslas , qui était plus que jamais plongé dans les plaisirs et la débauche. Bientôt l'hérésie des Hussites vint ajouter à tant de maux, et préparer l'Allemagne à ces guerres de religion qui devaient la désoler pendant tant d'années. Jean Hus , chef des Hussites , avait puisé ses erreurs dans les ouvrages de Wiclef ; ses doctrines, renouvelées plus tard en gnmde partie par Luther et les autres hérésiarques du l&»«etdu siècles, lurent combattues et censurées par Tarchevêque de Prague et par le recteur de l'université ; mais la mort de Tun et de l'autre le délivra bientôt de ces Bilversaires, et il trouva un puissant protecteur dans le roi Wenceslas qui le noimuti recteur de TuDiversité de Prague, et confesseur de la reine. Apparemment qu'il espérait trouver en lui plus de complais^mce et moins de discrétion que dans saint Jean Népomucëne. Le pape Jean XXIIl excommunia Jean Hus; malheureusement le schisme qui divisait alors l'église, n'était pes favorable pour arrêter les progès de l'hérésie, et Jean Hus aurait pu demander à Jean XXllI

de quel droit il prononçait iiné sentence confia

lui , et s'il était lui-même un pape bien légitime. En effet, un concile assemblé à Pise dans Tinten^ tien de mettre un terme au schisme , avait prononcé une sentence de déposition contre les deux papes qui existaient alors , Benoit XIII et Grégoire XII, puis ayant déclaré le saint-siége vacant, il avait procédé à une nouvelle élection , et proclamé à lunanimité Pierre Philargi , qui prit le nom d'Alexandre Y. Mais il mourut quelque temps après , et Jean XXIII fut élu par dix-sept cardinaux. Ainsi il y avait trois papes , reconnus chacun par divers peuples de rÊurope, et le mal qu'on avait voulu arrêter n'avait fait que s'accroître.

Du reste, au milieu de ces agitations ^ TAlle-

magne était tranquille sous Tautorité de Robert. Malheureusement ce prince mourut trop tôt pour

le bonheur de ses peuples , le 10 mai 1410.

8IGI8M0ND. -r C 1410-1437 ) .

L'élection d'un empereur, réglée désormais par

lesdispositionsprécisesdela bulle d'Or, semblait ne devoir plus offrir de ces fâcheuses dissidences » qui avaient tant de fois troublé Tempire y et que le nouveau code électoral avait eu en vue de prévenir. Cependant il n'en fut pas ainsi , et tandis qu'une partie des électeurs élevaient à Tempire Sigismond , le second fils de Charles IV , un autre parti choisissait Zosse , ou Zode, marquis de Moravie, de sorte que de même qu'il y avait trois papes , il y eut aussi trois em-

perears. Sigismond, Zosse etWenceslas, (carcedeniier n'avait pas voulu abandonner son titre). Mais Zosse ne vécut que quelques mois, et Wenceslas acquiesça à l'élection de son frère, et renonça en sa faveur au vain titre d'empereur qu'il s'était obstiné à garder. Ainsi se termina le schisme impérial. Quant au schisme religieux, Sigismond n'épargna aucun effort pour le faire cesser. Par ses soins un concile général fut réuni à Constance, Sigismond voulut y assister et prendre part à ses délibérations. Une sentence de déposition fut prononcée contre les trois papes , deux s'y soumirent, un seul résista, mais n'eut point de partisans. L'église entière reconnut Martin V, comme seul pape canoniquement élu.

L'affaire du schisme ternunée , le concile s'occupa du jugement de Jean Hus. Il était venu au concile. sous ht foi d'un sauf-conduit de l'empereur, mais cette garantie ne le sauva point; ayant refusé de reconnaître ses erreurs, il fut brûlé vif, le 6 juillet 1415. Jérôme de Prague , son disciple , fut aussi Qondamné et subit le même supplice que son maître. L'exécution de ces deux hérétiques souleva les nombreux partisans qu'ils avaient en Bohême, ils pillèrent le palais de l'archevêque de Prague et massacrèrent un gnmd nombre d'ecclésiastiques. L'indolent Wenceslas était trop faible pour arrêter ces désordres. qu*il avait lui-même provoqués en accordant ses fa veui*s ad chef des révoltés. Mais après la mort de ce roi arrivée en 1419, Sigismond, devenu maître de la Bohême , voulut réduire par la foi*ce ces ftinatiques dissidens. Il assiégea Prague qui s'était

déclaré en faveur des hérétiques ; mais le célèbre Zisca , nouveau chef des Hussites , l'attaqua le . 11 juillet 1420 , et le déht complètement. Cependant le vainqueur lui accorda une trêve, à la faveur de laquelle l'empereur rentra dans Prague et s'y fit couronner roi de Bohême. Mais la guerre recommença bientôt, et lesl Tiissites y déployèrent toute l'ardeur , tout le courage que peut donner un fanatisme exalté. Zisca fut presque toujours vainqueur , et sa mort arrivée en 1424 , ne fit rien perdre de ses avantages à son parti. Deux autres chefs, Procope le Rasé et Procope le Petit, le remplacèrent dignement » et eurent les mêmes succès que leur devancier. Ils ravagèrent la Silésie, la Misnie , la Lusace, la Thurmge , la Franconie * et battirent plusieurs fois les arm^ impériales envoyées contre eux. Cependant l'empereur voulant terminer cette guerre , par un coup décisif, appela tout le contingent de l'empire , et donna le commandement général de cette armée à Frédéric , électeur de Brandebourg , étant obligé luimême d'aller en Italie. Les impériaux , au nombre de 90,(XK) hommes, rencontrèrent les Hussites auprès de Riesemberg ; les deux Procopes dont l'armée était de 130,000 hommes, attaquèrent les Allemands à Timproviste et avec tant de vigueur , qu'il fut impossible à l'électeur de Brandebourg de les rallier ..En un instant Tarmée impériale fut mise en pleine déroute , dix mille hommes restèrent sur la place. Les bagages , les trésors de l'armée , les munitions de guerre et de bouche restèrent au pouvoir des Hussites. Le cardinal Julien , qui assistait à la bataille , faillit

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tomber au pouvoir des vainqueurs ; il perdit son chapeau , sa croix « sa robe et la bulle d'excommunication contre lesHussites, qu'il portait pendue a son cou ( 1431 ).

Cette dé&ite jeta la consternation dans T Allemagne et Tétonnement dans toute TEurope. Sigismônd se vit forcé de composer avec les rebelles ; il fit convoquer un concile général à Bâle , où leurs députés furent admis au nombre de 300 , avec sauf-*conduit , non-seulement de l'empereur, mais des pères du concile, vu Tiiiutilité du -sauf-conduit impérial dans laffaire de Jean Hus et de Jérôme de Prague. Quand les députés Hussites arrivèrent à Bâle « une foule immense' accourut pour les voir ; les places et les rues par où ils devaient passer étaient encombrées ; toutes les fœètres et jusqu'aux toîts des maisons étaient garnis de curieux. On regardait avec étonnement, dit un témoin oculaire , ces hommes aux vêtemens étrangers , au visage fiinmche, aux regards menaçans ; mais personne n'excitait plus la curiosité que le fameux Procope Rasé , chef de l'ambassade : « Voilà , disait-on , celui qui tant de fois n a mis en fuite les armées des fidèles Catholiques, ' »» qui a renversé tant de villes , qui a massacré n tant de milliers d'^onmies, inspirant également «• la terreur à ses partisans et à ses ennemis ; chef n invincible, audacieux , intrépide , que la fatigue » ni la crainte ne sauraient dompter, n (1).

Le concile ne put triompher de l'opiniâtreté des Hussites, cependant la division se mit parmi leurs chefs , et l'empereur en profita pour repren-

dre l'offensive. Us éproovèreot an échec grave en

1432, et 1 année suivante , ils perdirent la bataille de Broda , où les deux Prooope furent tués avec quelque mille des leurs. Cette victoire anéantit la ligue des Hussites : les seigneurs qui commandaieut Tannée vietorieuse, souillèrent leur victoirepar un acte de cruauté inouie, ils firent entrer dans une vaste grange ceux d'entre les prisonnim qui paraissaient les plus braves et les plus robustes; on fernia les portes , et on mit le feu à l'édifice. Ces malheureux périrent tous dans les flammes.

Pendant que ces événemens se passaient en Bohême, Sigismond était en Italie où il avait reçu la couronne des Lombards, à Milan , et la couronne impériale à Rome. H adieva sans beaucoup de difficulté la soumission de la Bohéine , commencée par ses lieutenans pendant son absence , et il mourut à Znaim , le 9 décembre 1457 , à l'âge de soixante-dix ans. U avait régné vingtsept ans comme empe^ur ou roi des Romains , dix-huit comme roi de Bohême , et cinquanteun comme roi de Hongrie. Il ne laissait qu'une fille , nommée Elisabeth , héritière de ses vastes états. U la donna en mariage au duc Albert d'Autriche , qu'il fit reconnaître comme roi de Bobême par les états de ce royaume , quelques mois avant sa mort.

C'est l'empereur Sigismond qui a érigé le comté de Savoie en duché , et élevé Frédéric de Nurem^ berg, au rang d'électeur de Brandebourg , ce qui a été Torigine de deux royautés nouvelles, celle, de Sardaigne et celle de Pxusse.

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