ACTION LA PLUS HONTEUSE
Vider les arçons.
A deux heures , le cortège quitta le château et se déroula majestueusement dans la direction du champ clos. Les bannières flottaient au-dessus des panaches des chevaliers, au milieu desquels lord Eglington se faisait remarquer par sa brillante armure, et par l'adresse avec laquelle il dirigeait son destrier, magnifiquement caparaçonné. Arrivé dans la lice, il en fit le tour, saluant gracieusement les dames qui répondirent à ces démonstrations courtoises, en agitant leurs riches mouchoirs armoriés.
A trois heures , les trompettes sonnèrent. Le chevalier de la Rose-Rouge (M. Lechmère) et le chevalier du Cygne (M. Firmingham) entrèrent en lice. Ils fournirent la carrière en croisant leurs lances et se rencontrèrent à peu près vers le milieu. Le chevalier du Cygne ayant dirigé sa lance contre le cimier de son adversaire, elle vola en éclats, et les deux champions regagnèreul au galop les extrémités du champ clos. Le hérault annonça alors que lord Eglington, seigneur du tournoi , avait défié le chevalier du Dragon (lord Waterford). Ce dernier se présenta dans l'arène, monté sur un superbe cheval et couvert d'une armure du temps de Richard II, en acier poli cannelée. A la première passe, lord Eglington toucha rudement le bouclier du chevalier du Dragon, mais sans parvenir à lui faire vider les arçons; à la seconde, il brisa sa lance sur son bouclier et fut proclamé vainqueur.
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De bruyantes acclamations -saluèrent ce beau fait d'armes. Suivi de ses écuyers et de ses pages , lord Eglington vint se placer devant l'amphithéâtre, inclina le genou devant la reine de beauté, et reçut d'elle le baiser, prix de la bravoure.
Parurent ensuite le chevalier de la Tour-Brûlante (M. Hopkins) contre le chevalier de la Rose-Rouge ; puis le chevalier de Gaël (lord Glen Lyon) contre ie chevalier du Lion-Noir (lord Alfort). La dernière passe fut fournie par lord Alfort et le marquis de Waterford , qui eut les honneurs de la rencontre. Après ces joutes, contrariées par un temps constamment pluvieux, mais remarquables par l'adresse qu'y déployèrent les combattants, lady Seymour fut reconduite en triomphe à sa voiture, et lés chevaliers, s élançant au galop à la suite de l'équipage, lui servirent d'escorte jusqu'au château.
La continuation du mauvais temps força d'ajourner au 1er septembre les joutes projetées pour le lendemain. Des députations, composées de plus de 20,000 personnes, arrivées pendant la nuit de Glascow, d'Edimbourg et de Dumfries , se trouvèrent de bonne heure sur le terrain. Invitées par lord Eglington à visiter la salle d'armes , où avaient été déposées les armures des chevaliers, elles purent se convaincre que ces armures étaient véritablement de fer et d'acier, d'un poids énorme et d'une antiquité incontestable, les plus modernes remontant au règne d'Elisabeth.
Le cortège, salué à son passage de nombreux vivats, défila dans le même ordre que le premier jour. Entourée de sa garde, composée d'archers, en costumes fidèles de Robins Hoods, la reine de beauté s'avança sur un blanc palefroi, portant une riche couronne sur la tête et une magnifique chaîne d'or autour du cou et sur la poitrine. Elle était accom-
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pagnée de lady Montgommery, de miss Donald, de la comtesse de Membroug et de miss Stuart de Rothesay, montées sur des haquenées, et toutes élincclantes d'or, de pierreries, de velours et d'hermine. Le marquis de Waterford marchait ensuite; puis venaient lord lngreste en costume turc, le saint moine en robe de serge brune, avec les insignes de la papauté et les foudres ordinaires de l'excommunication, la croix , les cloches, le cierge , les clefs et le formulaire. Un chef montagnard en costume noir et blanc, brodé d'argent, et deux ménestrels fermaient la marche.
Les passes de cette journée ne furent pas moins brillantes que les précédentes. Les chevaliers y déployèrent le même sang-froid et la même habileté , et lord Eglington , vainqueur une seconde fois dans une rencontre avec le chevalier de la Rose-Rouge, y recueillit, comme l'avant- veille , de nombreux applaudissements. Un grand banquet avait été préparé au château. Il reçut plus de trois cents convives. La salle de réception , tendue aux couleurs de lady Seymour ( cramoisi et blanc) , et à laquelle on parvenait par une galerie embaumée du parfum des orangers et rayonnante de l'éclat de mille fleurs exotiques, ojïrait un coup d'œil ravissant. Au fond s'élevait un dais magnifique , entouré de bannières et de trophées. Le comte d Eglingtou occupait le fauteuil , ayant à sa droite la dame de beauté , et à sa gauche , le marquis de Londonderry. A la table principale, on remarquait le prince Louis, le duc de Melrose, le comte Arrak, lord Alfort, etc.
Au dessert, lord Eglington se levant, proposa la santé de lady Seymour ; trois salves de bravos répondirent à ce toast et saluèrent la charmante reine dont l'influence avait présidé à la fête. Un toast fut ensuite porté par le marquis de Londonderry à lord Eglington , au milieu d'un tonnerre d'aecla-
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mations et de l'ondulation des gonfanons et des bannières que les hommes d'armes agitaient au-dessus de la tête des chevaliers. Après un remercîment plein de courtoisie du seigneur du tournoi et différents toasts à lady Montgommery, aux chevaliers, et la réponse du marquis de Waterford, on passa dans la salle du bal , éclairée par dix lustres de couleur et décorée avec une magnificence digne des palais de l'Arioste et des Mille et une nuits...
Plusieurs branches de la famille d'Eglington passèrent en Irlande. Une autre alla s'établir en Amérique. Deux des descendants de cette dernière rendirent leurs noms fameux. L'un fut John Montgommery, gouverneur de la province de New-Jersey; l'autre, Richard Montgommery, qui prit une part active à la révolution américaine et fut tué au siège de Québec. La ville de New- York lui éleva un monument en 1819. Le comte Roger de Montgommery est le représentant actuel de cette branche.
La forme du cimier qui surmonte l'écusson de la famille d'Eglington nécessite une explication. Elle est fondée sur une tradition locale , dans laquelle il est dit qu'un chef irlandais ayant fait prisonnier un seigneur d'Eglington, la femme de celui-ci s'embarqua sur une petite nef, traversa la mer, atteignit l'Irlandais, lui coupa la tête, et rapporta en triomphe ce sanglant trophée dans ses montagnes. C'est en mémoire de ce fait, et pour en perpétuer le souvenir, que les seigneurs d'Eglington ont toujours porté sur le cimier de leurs armes la figure de l'Espérance , avec une ancre dans une main et une figure de sauvage dans l'autre.
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ARMAGNAC CASTANET.