‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 21 sur 34 · SUITE DES ARMAGNAC D'ARMAGNAC · texte numérisé non relu

SUITE DES ARMAGNAC D'ARMAGNAC

JL/histoire finit les Armagnac d'Armagnac à Charles, premier du nom, second fils de Jean H, si longuement et si cruellement persécuté par Louis XI; mais la généalogie, en cherchant à rassembler dans un même faisceau les fils épars de cette grande famille , lui trouve une descendance dans la personne de Pierre d'Armagnac, frère ou fils présumé de Géraud d'Armagnac, sénéchal et seigneur de Thermes qui vivait à la fin du quinzième siècle, c'est-à-dire cent ans avant l'extinction de la branche directe, survenue en 1497. Disons, avant d'aller plus loin , que des pièces qui ont tous les caractères de l'authenticité nous ont été produites à l'appui de cette filiation , et que nous en possédons les originaux entre les mains. Nous ne sommes pas d'ailleurs les premiers à émettre, avec toute la réserve que la matière comporte, une opinion semblable. Plusieurs écrivains l'ont exprimée avant nous. M. de Courcelles a dit dans son ouvrage sur la noblesse : « La maison des seigneurs de Castanet , de Cambairac et

de Tauriac qui subsiste avec distinction en Rouergue depuis plus de quatre cent cinquante ans, est une branche cadette de l'illustre maison des comtes souverains d'Armagnac. La confusion qui règne dans toutes les lignes de cette grande maison , la plupart incpnnues à l'auteur des grands officiers de la couronne, semble avoir jeté sur l'oyigine de chacune d'elles un voile d'autant plus impénétrable que notre fatale révolution a anéanti dans les Terriers et les Chartriers du Languedoc et de la Guyenne , les seules sources où l'on eût pu puiser avec succès les moyens de résoudre les difficultés qui naissent sur l'ordre de primogéniture des diverses branches. Les seigneurs de Castanet et de Cambairac ne peuvent donc plus espérer de retrouver le chaînon qui les rattache à lillustre race dont ils sont sortis. Ils ont ce malheur commun avec plus de six autres rameaux, tous issus de la même tige, mais à des époques différentes et jusqu'à présent inconnues. On trouve des traces fréquentes de toutes ces branches isolées de la maison d'Armagnac dans l'histoire générale du Languedoc. Celle des seigneurs de Castanet a toujours porté les armes d'Armagnac plein. Elle a pour premier auteur connu Pierre d'Armagnac, premier du nom. »

Pierre d'Armagnac , qualifié dans ses titres et transactions de haut et puissant seigneur, épousa Réale de Faudoas, fille aînée de Béraud de Faudoas , seigneur d' Avesne et de Luce , dame de Castanet, qui, outre des sommes considérables et plusieurs possessions territoriales importantes, lui apporta par son contrat de mariage la seigneurie de Castanet, située en Rouergue , à deux lieues et demie de Villefranche , dont elle était héritière par sa mère. Cette maison de Castanet avait son ancienneté et ses titres. Établie depuis plusieurs siècles dans la province, elle y avait toujours été très-considérée.

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L'armée lui devait des soldats intrépides, la nation, des citoyens utiles, la couronne, des serviteurs dévoués, l'Église, un prélat éminent sous le double rapport de la piété et des lumières, Bernard de Castanet, évêque d'Albi, sous le pontificat d'Innocent V, puis cardinal-évêque d'Oporto et l'un des membres du concile d'Aurillac, mort à Avignon, le 14 août

Les documents, quoique nécessairement fort confus, qui nous ont été conservés sur Pierre d'Armagnac, établissent d'une manière incontestable, qu'il prit une part active aux querelles de son parent Géraud d'Armagnac, comte de Pardiac, contre Ménaud, sire de Barbazan, qui refusait de lui rendre hommage sur ses terres, en 1393, querelles qui peuvent paraître bien mesquines aujourd'hui qu'on les considère du point de vue de deux révolutions accomplies, mais qui avaient alors une haute signification et une importance réelle; en effet, l'édifice social, superposé sur la hiérarchie, ne pouvait se soutenir que par la stricte observance des privilèges attachés à la naissance, aux litres, aux rangs, aux services, de même qu'on ne conserve l'ordre, la discipline et la force dans une armée que par la rigoureuse application des mêmes principes.

On ne sait rien de certain sur l'époque de la mort de ce seigneur. Il est probable qu'il s'éteignit au commencement du quinzième siècle , peu de temps après avoir rendu hommage dans la ville de Villefranche, au roi de France, Charles VI, tant en son nom qu'en celui de son fils Arnaud, des seigneuries de Castanet, La Bastide Nantel et Cambairac.

Arnaud d'Armagnac épousa en premières noces Adèle d'Adhémar dont il eut Jean, qui continua la descendance, et en secondes noces Cécile de Barrière qui lui donna une fille

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Isabeau de Castanet, mariée à Guilhot, en 1443, et un fils Valette, seigneur de Cazoul et de Saint-Ygne. Nommé le 2 octobre 1449 écuyer du Dauphin, Arnaud fonda le G octobre 1467 la chapellenie du Cambairac, et fut, vers le même temps, investi de l'office de lieutenant civil de l'arrière-ban du pays de Rouergue qu'il conserva jusqu'à sa mort. On suppose que n'ayant aucun droit sur l'Armagnac où sa famille était établie depuis des siècles, ce seigneur se contenta de sa terre et ne s'intitula plus que seigneur de Castanet. Ses descendants limitèrent et continuèrent à servir la patrie, sous ce nom qui n'était , comme nous l'avons dit , dépourvu lui-même , ni de valeur propre , ni de célébrité héréditaire.

Arnaud d'Armagnac Castanet laissa de sa femme Bertrande de Morthon Valette , fille de noble Morthon Valette , seigneur de Saint- Vensa, de la Rouquette et Montels, et de noble marquise de Balaguier de Montsalen , Guilhot Chevalier, seigneur de Castanet et de Cambairac, marié à Jeanne de Valaquier dont il eut deux fils et une fille.

1° Pons, son successeur, marié à Anne de Marques qu'il institua par testament du 10 janvier 1556 son héritière universelle, à la charge par elle de rendre ses biens à noble Bernard de Castanet, son fils aîné, lorsqu'il aurait atteint l'âge de vingt-cinq ans, et à noble Pierre de Castanet, leur second fils, au cas où ledit Bernard décéderait avant ledit âge.

2° Bernard, chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem.

3° Marguerite de Castanet.

Pierre de Castanet, deuxième du nom, seigneur de Castanet et de Cambairac, colonel d'un régiment de dix enseignes de gens de pied français pour le service du roi, recueillit la succession de Pons , à la mort de son frère aîné

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Bernard , suivant les termes de la substitution paternelle. Il épousa, par contrat du 25 mars 1576, Hélène de Jean de Saint-Proyet.

De ce mariage naquirent :

1° Antoine dont le nom suit :

2° Georges, marié à Sidoine de Marsa, fondateur de la branche des seigneurs de Cambairac.

3° Georges , Robert et Marguerite , cités comme légataires de leur père, le 15 décembre 1585.

A peine en possession de l'héritage de sa famille , une recherche de la noblesse française ayant été ordonnée , Antoine fut mis en demeure de faire ses preuves ; il les fit et fut reconnu sans contestation, comme descendant direct et légitime de haut et puissant seigneur Pierre d'Armagnac; mais malgré cette reconnaissance authentique et publique, il n'en continua pas moins à porter le nom de Castanet, dont la seigneurie demeura dans sa maison jusqu'en 1789. Antoine de Castanet joua un rôle important dans sa province pendant les années qui précédèrent l'ébranlement révolutionnaire. Lors de la convocation des États, il fut appelé à faire partie du bureau des affaires extraordinaires de la noblesse aux assemblées de Villefranche , et s'acquitta, dit un écrivain moderne, de ces fonctions épineuses, en homme expert et de bon conseil. Il eut plusieurs enfants de sa femme Christine Rose de Bérail de Mazerolles ., et pour en faire entrer un à la cour en qualité de page et l'autre au chapitre noble de Baume-les- Messieurs , avec le titre de chanoine , il dut une seconde fois faire les preuves. Elles furent admises de nouveau, et sur l'avis des juges même , chargés de cette vérification , Antoine se décida à reprendre le glorieux nom des anciens comtes d'Armagnac. Sur ces entrefaites la révolution éclata. Antoine

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était trop vieux pour offrir à ses maîtres l'appui de son épée, mais il avait trois fils, jeunes, ardents, pleins de courage, soldats tous trois , François-Pierre , Casimir et Victor-Louis.

II les chargea de le représenter sur les routes de l'exil et les champs de hataille de la royauté. Tous trois rejoignirent leurs corps à Coblenlz, et firent avec distinction les guerres de l'émigration. Incorporé à la fameuse légion de Béons, le plus jeune, Victor-Louis s'y fit remarquer d'une manière toute spéciale, et mérita de recevoir la croix de Saint-Louis des mains du vieillard sublime qui avait donné son nom à l'armée de Condé. «J'ai rendu compte, Monsieur, lui écrivit de Dùsseldorf, le 28 juin 1794, le maréchal de Broglie, à Monseigneur le comte d'Artois du courage et du noble dévouement avec lequel vous avez soutenu un lieutenant de Kléber qui avait une cuisse cassée et le poignet coupé , entouré de trois fantassins et de deux dragons ; tuant les trois fantassins et un dragon, mis le second en fuite; je lui ai dit aussi comment vous êtes parvenu à sauver ce brave militaire , au milieu du feu le plus vif, en le remettant sur son cheval. Son Altesse a écouté ce récit avec intérêt. Elle me charge, Monsieur, de vous en témoigner sa satisfaction en attendant qu'elle puisse vous accorder quelque grâce particulière. »

Lorsque la publication du sénatus-consulte eut rouvert aux émigrés les portes de la patrie , les trois frères rentrèrent en France ; mais fidèles à la cause pour laquelle ils venaient de combattre , ils renoncèrent à la vie active ouverte à leur jeunesse et à leurs talents, et vécurent confinés dans la retraite jusqu'à la rentrée des Bourbons. Louis XVIII, en remettant les diplômes de chevaliers de Saint-Louis à François-Hilaire et Casimir d'Armagnac, leur dit: «Ce n'est pas moi qui vous les donne , vous les avez pris vous-mêmes. »

ARMAGNAC CASTANET.

François Hilaire, l'aîné des trois frères, avait épousé Marie Pétronille-Honorée de Toulouse Lautrec, fille de Charles-Joseph-Constantin comte de Toulouse Lautrec et de Jeanne- Marie-Françoise d'Arroux de la Serre.

De ce mariage sont nés :

1° François d'Armagnac.

2° Raymond d'Armagnac.

3° Clémentine d'Armagnac.

François d'Armagnac, marié à Cahors avec Françoise- Antoinette d'Heliot , a eu trois enfants.

1° Bernard-François d'Armagnac.

2° Jacques-Louis-Clément d'Armagnac.

3° Marie-Thérèse-Charlotte qui a eu l'honneur d'être tenue sur les fonts de baptême par deux illustres proscrits, par deux royales victimes que le vent des révolutions a frappées sans les abattre , Charles V et Marie-Thérèse d'Espagne.

Dans la retraite où le maintiennent les circonstances politiques , le comte François d'Armagnac a trouvé moyen d'ajouter une petite page à l'histoire de sa famille, page modeste, il est vrai , mais toute remplie de dévouement et de sacrifices. Lorsque le plus insigne des traîtres, le Deutz de l'Espagne, Maroto enfin, eut contraint les bataillons mutilés de l'armée royale à chercher un refuge en France, il reçut en frère ces glorieux et infortunés débris.

Président d'un comité établi en leur faveur à Cahors, il les secourut à la fois de son influence et de sa fortune personnelle ; Charles V, en lui remettant la décoration de l'ordre de Saint-Charles, n'a fait que réaliser un vœu depuis longtemps formé par la reconnaissance des réfugiés. Cette décoration, donnée par un Bourbon prisonnier à un ancien serviteur des Bourbons, ne peut manquer de figurer avec

honneur dans l'écusson des d'Armagnacs où nous

avons

fait entrer. Elle se compose d'une croix semblable à celle de l'ordre du Saint-Esprit, avec cette différence que d'un côté de la croix est l'image de l'immaculée conception , et de l'autre le chiffre de Charles III , entouré de cette légende : « Virtuti et merito » « A la vertu et au mérite. » Cette croix est attachée à ! M la houtonnière par un ruban de soie bleue céleste, à liserés H blancs.

Les jours de cérémonie tous les chevaliers portaient un ^ grand manteau bleu céleste, parsemé d'étoiles blanches,

avec le collier composé de trophées, de tours, de lions et du fp

chiffre royal, au bas duquel est l'image de la sainte vierge, 11

ainsi qu'il se trouve représenté dans 1 ecusson placé en tête B

de cette notice. ,5^

A l'époque où le nom de Douglas commence à devenir historique, les barons écossais jouissaient d'un pouvoir aussi vaste que redouté. Souverains dans leurs domaines, ils y bravaient impunément l'autorité des rois. Le peu d'étendue du territoire , possédé par un petit nombre de feudataires , les montagnes, les rivières dont le sol est parsemé, l'institution des clans qui favorisait les ligues entre les seigneurs , l'absence d'une armée permanente, la faiblesse des revenus royaux , tout concourait à limiter le pouvoir du prince et à le tenir dans la dépendance de la noblesse. D'ailleurs, exposés les premiers à l'invasion, les grands feudataires qui avoisinaient les frontières , avaient soin d'entre'tenir l'esprit militaire parmi leurs vassaux, de manière à les trouver toujours prêts à accompagner leur lord Lige dans les entreprises les plus audacieuses , souvent même les plus injustes. La défense du pays servait ainsi de prétexte à l'ambition des barons , et il n'était pas rare de voir des chefs s'arroger, aux dépens de la couronne, le sol que leur épée avait arraché aux enva-

hissemcnts de l'ennemi. Avec leurs terres s'augmentait le nombre de leurs vassaux, et dès lors s'explique aisément la grandeur à laquelle certaines familles ont pu atteindre. L'histoire montre que la maison de Douglas ne fut surpassée par aucune autre en valeur, en richesse et en puissance.

Elle eut pour fondateur Théobald-le-Flamand qui, vers l'an 1147, obtint pour lui et ses héritiers, d'Arnold, abbé de Kelso, quelques terres .sur les bords de la rivière Duglas, dans le comté de Lanarck. Cette origine est confirmée jusqu'à l'évidence par des chartes du temps. Duglas, en langue gallique, signifie eau noire.

Guillaume, succédant à son père, prit, suivant la coutume, le nom de la terre dont il devenait possesseur. Il laissa six fils : Bricius de Douglas, évèquede Moray en 1203; Alexandre, qualifié de vicomte d'Elgin, dans le chartrier de Murray; Henry et Hugues de Douglas, de qui sont descendus plusieurs familles du nom de Douglas dans le nord de l'Ecosse; enfin :

Archambauld , l'aîné, qui épousa une des filles de sir John Crawford, et par cette union, augmenta considérablement son apanage. Ce seigneur eut deux fils: André, tige des comtes de Morton, et Guillaume de Douglas, qui embrassa le parti du roi d'Angleterre, Henri III. On peut se faire une idée de la richesse à laquelle la maison de Douglas était déjà parvenue au treizième siècle , en lisant les chartes où Guillaume de Douglas s'engage , en fiançant son fils aîné Hugues à Marjory, sœur de lord Abercuthy, à lui donner vingt carucates de terre dans le fief de Douglas, ainsi que les domaines de Glaspur, Harlwood, Ilennox, Carmacoup, Leholm, etc.

Étant mort sans enfants, Hugues eut pour héritier son frère Guillaume , surnommé le Hardi, présent au parlement

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tenu à Brigham, lors des fiançailles de Marguerite de Norwège , petite-fille du roi d'Ecosse , Alexandre III , avec Edouard Ier d'Angleterre, le 18 juillet 1290. On sait que la jeune reine tomba malade pendant le voyage, débarqua dans une des îles Orkney et y mourut à la fin de septembre de la même année. Cette mort laissait le trône d'Ecosse vacant et livré aux prétentions de treize concurrents. Les deux plus illustres étaient Robert Bruce et Jean Baliol. Possesseurs de droits semblables, soutenus chacun par un parti puissant, leurs forces et leurs chances paraissaient égales. Le roi d'Angleterre fut choisi pour arbitre des prétentions réciproques. Trop ambitieux ou trop habile pour laisser échapper l'occasion de ressaisir sur l'Ecosse un protectorat compromis, Edouard convoqua à Norham la noblesse et le clergé écossais, se fit reconnaître lord souverain du royaume d'Ecosse, fief de la couronne d'Angleterre , et se prononça en faveur de Jean Baliol.

Baliol , qui , pour obtenir un trône , avait consenti à s'y asseoir en vassal, ne tarda pas à sentir son abaissement; il voulut secouer un joug humiliant, mais la main puissante de son seigneur souverain l'écrasa; la ville de Berwich fut prise d'assaut; Douglas, qui commandait le château,» réduit à capituler après une des plus belles défenses dont les annales de ces temps fassent mention, et Baliol, désormais sans parti, sans forces et sans prestige, contraint d'abdiquer une couronne qu'il n'aurait jamais dû porter.

Les insurrections continuelles des Galles prouvèrent à Edouard que les serments de soumission , arrachés à un peuple conquis sont de bien faibles garanties contre les instincts vivaces de l'indépendance. Le fils d'un gentilhomme campagnard du comté de Renfrew, élevé dans l'ombre, William

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Wallace, court aux armes, et à la tête de quelques compagnons, dont la fortune n'est guère moins désespérée que la sienne, remporte sur les Anglais plusieurs avantages signalés. Bientôt son parti se grossit de tout ce qui , en Ecosse , porte une épée et un cœur libres; Douglas se joint à lui, et l'Ecosse, victorieuse à Stirling, voit encore se lever pour elle le soleil de la liberté.

L'ambition qui avait perdu Baliol devait perdre Wallace. Vainqueur des Anglais et restaurateur de lindépendance nationale, il commit la faute de prendre, au nom du roi Jean, le titre de gouverneur de l'Ecosse. Cette élévation subite blessa la fierté et irrita la jalousie des bauls barons , indignés de servir sous un homme qu'ils regardaient comme un aventurier. Toujours habile à profiter des moindres faveurs de la fortune, Edouard, à celte nouvelle, quitta précipitamment la Flandre et marcha sur l'Ecosse. Les deux armées se joignirent dans une plaine près de Falkirk. Les Écossais y perdirent trente mille hommes et la victoire. Échappé au carnage, Wallace regagna en fugitif les forêts qu'il avait quittées en rêvant la liberté de sa patrie.

La fin funeste de Wallace, vendu aux Anglais par un insigne traître, sir Georges Monteith, gouverneur de Dumbarton, et écartelé à Londres, détermina Guillaume de Douglas à faire sa soumission entre les mains d'Edouard qui l'envoya en Angleterre, où il s'éteignit au château d'York, en

Baliol, avant de mourir, avait renoncé pour lui et pour ses descendants à tous ses droits à la couronne. Il n'avait qu'un fils, prisonnier a la tour de Londres, et les droits de la famille descendaient à son neveu, Jean Comyn de Badenoch qui résolut de les faire valoir. Bobert Bruce , comte de Car-

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rick, petit-fils du premier prétendant , éleva de son côté des prétentions. Une entrevue eut lieu entre les deux rivaux dans l'église des minnovites de Dumfries, le 10 février 1306. On ne sait ce qui se passa dans cet entretien, mais peu de temps après son entrée dans l'église, Bruce parut sur le seuil, le |lp visage pâle et effaré, et un poignard sanglant à la main, en ||j| s'écriant: « A cheval! à cheval ! je crois que j'ai tué Comyn! » Puis sans autre appui que la fidélité de quelques partisans, il se fit proclamer roi et reçut la couronne dans l'abbaye de Scone, des mains de la comtesse de Buchan, de la famille des comtes de Fyse , à qui appartenait le privilège de couronner les rois d'Ecosse.

En apprenant la mort de Comyn et le couronnement de Robert Bruce, Edouard, furieux, jura que ce meurtre et cette usurpation ne resteraient pas impunis. Son armée joignit celle du roi d'Ecosse, près de Methuen, dans le Perth. Jeté trois fois à bas de cheval , pendant l'action , et relevé trois fois par son écuyer, Bruce chercha son salut dans la fuite. Il confia à son frère Nigel, pour les conduire au château de Kildrummy, la reine, sa fille Marjory et les daines de sa suite, puis quittant les montagnes d'Athol et de Bréalalbane , il prit avec deux cents hommes la route du nord de l'Irlande.

Tandis qu'il y grossit le nombre de ses partisans, Jacques WÈ

Douglas , fils aîné de Guillaume, élevé en France par les soins 11

de son oncle, Robert de Keth, se rendit secrètement dans le |§

Douglasdale , et s'étant découvert à quelques-uns de ses vas- $f saux , concerta avec eux un plan pour surprendre la garnison

établie par lord Cliffe dans le château de ses ancêtres. Le If

dimanche des Rameaux , au moment où les Anglais se ren- |||

dent processionnellement à une chapelle du voisinage, Dou- §y§

glas fond sur eux, les égorge jusqu'au dernier, puis faisant j|||

mêler leurs cadavres avec les provisions amassées dans le château, il y met lui-même le feu. Le peuple, frappé de cet exploit sauvage , le surnomma : le garde à manger de Douglas !

Edouard II venait d'hériter de la puissance, mais non de la valeur et du génie de son père. Il rassembla une armée nombreuse et s'avança au devant de Robert Bruce qui , après avoir battu le lord de Lorn, oncle de l'infortuné Comyn, envahi l'Angleterre, brûlé une partie de la ville de Durham et pris toutes les places fortes sur son passage, menaçait Slirling d'un siège.

Ce fut le 23 juin 1314 que se donna la célèbre bataille de Bannochburn, date à jamais mémorable dans les fastes de l'Ecosse. L'armée nationale était composée de 30,000 hommes. Douglas commandait le centre, Randolf l'aile gauche. En avant de la ligne se distinguait le roi d'Ecosse ayant dans sa main droite une hache d'armes et sur son casque une couronne. Le choc des deux armées fut terrible, la mêlée longue et sanglante; des deux côtés, on fit des prodiges, mais un mouvement habilement opéré par Robert Keith, décida la victoire en faveur des Écossais. Douglas, avec soixante hommes, poursuivit le roi d'Angleterre 1 epée dans les reins jusqu'à Dumbarton , sans lui laisser même le temps de tourner la tête.

La bataille de Bannochburn coûta la vie ou la liberté à cent cinquante barons et chevaliers anglais. Le sceau et tous les trésors d'Edouard tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Parmi les prisonniers se trouvait un moine de l'ordre des carmélites, nommé Baston, poëte émérite qu'Edouard avait emmené avec lui pour célébrer son triomphe. Forcé pour prix de sa rançon de chanter la défaite des Anglais, il eut l'adresse, dans ce singulier poème qu'on lit dans la chronique

de Fordun, de ne point décider de quel côté étaient la justice et le bon droit. «J'atteste Dieu, dit-il, que j'ignore lequel deux rois est dans son tort» «sab quo rege reo, nescio, teste deo. » Le bon sir Jacques de Douglas fut fait, sur le champ de bataille de Bannochburn, chevalier banneret sous letendart royal et investi de la garde des frontières.

D'infructueuses négociations suivirent cette bataille. Robert Bruce refusa l'intervention du pape Jean XXII, et les Écossais allèrent assiéger Berwich. Le 23 mars 1318, Douglas et Randolf escaladèrent les murs et se rendirent maîtres en quelques heures de la place et du château. La prise de Berwich fut le signal de la 'reddition de Warkharbottle et de Metford. Northalteston, Boroughbridge , Scarboroug, Skepton furent emportées d'assaut, et l'armée de Robert rentra en Ecosse chargée de butin, et chassant, dit un chroniqueur national, ses prisonniers devant elle, comme de grands troupeaux de moutons.

Pendant qu'Edouard, secondé par le comte de Lancastre, faisait des efforts incroyables pour recouvrer Berwich , Randolf et Douglas envahissaient l'Angleterre par les marches de louest.

Un vénérable prélat, bouillant de patriotisme et de courage, l'archevêque d'York, outré de leurs exactions et des malheurs de l'Yorskire, convoqua la milice du comté, et s'étant mis à sa tête, la mena aux Écossais, mais son héroïsme fut inutile ; il fut vaincu à Mitton, près Boroughbridge. Trois mille laïques jonchèrent le champ de bataille ou périrent dans la Swale avec trois cents ecclésiastiques, ce qui fit appeler cette défaite avec la sauvage ironie de ces temps: le chapitre de Milton.

Tant de sang versé, de trésors sacrifiés, de batailles per-

dues , firent cruellement sentir à l'Angleterre le besoin de la paix. Une trêve fut signée en 1323. Elle dura quatre ans. En 1327, à l'avènement d'Edouard III au trône, Robert Bruce voulant obtenir de ce prince une renonciation solennelle aux droits pour lesquels son père et son grand-père avaient si longtemps combattu , chargea Douglas et Randolf de franchir la frontière avec vingt mille hommes. Le roi d'Angleterre, de son côté, s'avança sur Durham à la tête de quarante-cinq mille hommes, et se trouva bientôt en présence des Écossais campés sur le flanc d'une colline dans une position inexpugnable , ayant en front le Wear et protégée sur leurs flancs par des rochers escarpés. Le roi d'Angleterre n'essaya pas de les en déloger. Il tint ses troupes sous les armes toute la nuit, et les Écossais, après avoir placé les sentinelles de garde, retournèrent au camp où ils se mirent à allumer de grands feux et à sonner de la trompette avec un tel bruit qu'il semblait , dit Froissard dans son naïf récit : « que tous les grands diables de l'enfer fussent réunis. »

Edouard espérait bloquer les Écossais dans leur camp et les réduire par la famine, mais le 4 août 1327, il s'aperçut avec surprise que l'armée ennemie avait levé ses tentes pour remonter le Wear et s'emparer d'une position plus avantageuse au milieu d'une forêt. Or, le soir du 6 août, les Anglais étant venus camper sur une colline opposée , près du parc de Stanhope , Jacques Douglas traverse la rivière , à la faveur de l'obscurité, s'approche, suivi de deux cents hommes, des postes avancés, et parvient jusqu'à la tente du roi dont il coupe les cordes avec son épée, tandis que ses soldats poussent le cri redouté : Un Douglas! un Douglas! C'en était fait de la liberté et peut-être de la vie d'Edouard , si une poignée de serviteurs ne se fût dévouée pour protéger sa fuite.

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Furieux d'avoir manqué sa proie, «Douglas se rua sur les Anglais à qui il tua et sa compaignie avant qu'ils cessassent plus de trois cents hommes et perdit aucun de ses gens à la retraite , mais ce ne fut mie grandement. » Le vieux poëte Barbour raconte que pendant cette fatale nuit du 4 août , un Anglais, qui se chauffait près d'un grand feu, dit à son camarade: «Je ne sais pas ce qui va nous advenir ici, mais ce qu'il y a de certain c'est que j'éprouve par tout le corps un grand frisson; j'appréhende quelque coup de Douglas-le- Noir !» — « Et tu n'as pas tort ! » répondit Douglas en s'élançant sur lui 1 epée à la main.

Cette campagne, aussi favorable aux intérêts du roi d'Ecosse que désastreuse pour les armes du roi d'Angleterre , détermina ce dernier à reconnaître le 1er mars 1328 , par un acte solennel, l'indépendance de l'Ecosse et la légitimité de son souverain. Le mariage de David , fds de Robert Bruce avec Jane, sœur d'Edouard, servit de consécration à cette convention mémorable.

Robert vécut assez longtemps pour assurer à son pays le bienfait de la liberté, et mourut trop tôt pour jouir du spectacle de la félicité publique. Épuisé par ses longues fatigues, par ses luttes gigantesques, par ses magnifiques travaux, il s'éteignit, jeune encore, à Cardross, le 7 juin 1329. A son lit de mort, devant tous les barons du royaume, il fit venir Douglas , et après avoir déclaré qu'au temps de son exil , il avait fait vœu s'il reconquérait son état, d'accomplir le voyage de la Terre-Sainte, en expiation du meurtre de Comyn. «Je sens bien, ajouta-t-il, que mon heure est proche, et puisque mon corps ne peut faire ce voyage, que du moins mon cœur y soit porté ! comme je ne sais en mon royaume aucun chevalier plus preux que vous, ni mieux taillé pour accomplir

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mon vœu au lieu de moi, je vous prie très-cher et spécial ami, autant comme je le puis, que vous vouliez entreprendre ce voyage pour l'amour que vous me portez , et acquitter mon âme envers notre Seigneur. Je veux donc , aussitôt que je serai trépassé , que vous ouvriez ma poitrine avec votre brave épée , que vous en tiriez le cœur de mon corps , le fassiez embaumer et le mettre dans une boîte d'argent que j'ai fait préparer à cet effet; puis vous prendrez autant de mon trésor qu'il vous en faudra , afin que vous en ayez pour pouvoir fournir à tout le voyage de vous et de tous ceux que vous voudrez mener avec vous, et faites si grandement et pourvoyez-vous si abondamment d'argent, de compagnie et de suite , que partout où vous passerez on sache que vous emportez outre-mer le cœur du roi Robert d'Ecosse, et cela par son commandement, parce que le corps n'y pouvait aller.»

— ce Gentil et noble roy , répondit Douglas, cent mille mercis du grand honneur que vous me faites en me chargeant d'un si noble trésor ; je le ferai volontiers et le cœur content : seulement, je ne me sens ni digne, ni suffisant pour telle chose achever. »

— «Ah! gentil chevalier, reprit le roi, grand merci de la promesse que vous me faites. Or, je vais mourir plus en paix maintenant que je sais que le plus loyal, le plus preux et le plus suffisant de mon royaume achèvera pour moi ce que je ne puis achever. »

Dès que le roi eut fermé les yeux , Jacques Douglas , fidèle à ses promesses, ouvrit avec son épée la poitrine de Bruce, en tira le cœur et le renferma dans une boîte d'argent, sur laquelle était gravé le blason du royaume d'Ecosse, puis suivi de huit chevaliers, de vingt-six écuyers, tous gentilshommes,

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et d'une escorte nombreuse de gens-d'armes , il fît voile pour la Palestine.

Ayant appris, durant le trajet, qu'Alphonse XI, roi de Léon et de Castille, soutenait une guerre acharnée contre Osmin-le-Maure , gouverneur de Grenade, il débarqua à Séville et alla offrir l'appui de son bras à ce prince, qui le reçut avec grand honneur « comme si ce fust le roi d'Ecosse. » Une grande bataille se donna à Théba, sur les confins de l'Andalousie, le 25 août 1330. Les maures y furent complètement défaits. Douglas, se croyant suivi par les Espagnols, les poursuivit avec fureur; il détacha de son cou la boîte qui renfermait le cœur de Bruce et la jetant au milieu des ennemis.

«Maintenant marche en avant, dit-il, noble cœur royal, comme tu faisais pendant ta vie, et Douglas va te suivre ou périr ! »

Cependant les fuyards ont reconnu le petit nombre qui les presse. Ils se rassurent, se rallient et reviennent à la charge. Les compagnons de Douglas disparaissent successivement. Robert et Gautier Logan sont morts. Sir William Saint-Clair de Roslin qui porte sa bannière, va succomber. Douglas vole à son secours; sa redoutable épée le protège et le dégage; elle trace un sillon sanglant dans les rangs des infidèles; elle frappe d'estoc et de taille, attaque et riposte tour à tour, et ressuscite dans la réalité les exploits fantastiques de la fameuse Durandal; mais enfin accablé par le nombre, criblé de traits, couvert de blessures, épuisé par le sang dont il est inondé, par la fatigue , par la rage, il tombe sur son précieux dépôt qu'il est parvenu à rejoindre , et qu'on retrouva après la bataille étroitement serré dans sa main convulsive.

Ainsi périt un des plus grands capitaines et des plus parfaits chevaliers de son siècle , vainqueur dans cinquante sept

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