‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 3 sur 34 · f* : 1 wâ¥1m?ê!mmmm¥^^m)mmmwmmmmm^miiimm^^M · texte numérisé non relu

f* : 1 wâ¥1m?ê!mmmm¥^^m)mmmwmmmmm^miiimm^^M

Sfi^k

miïttt j.""hh- ;

Jfrm

sieurs sceaux. Celui de Lusignan est en cire verte et représente d'un côté un cavalier portant en croupe un chien sur lequel ||É il appuie la main droite; au contre-scel un écu sur lequel sont i§p gravées les armes des Lusignan , brisées d'un lambel de cinq §g pendans. ^

Les documens manquent sur la vie de Hugues XII. Celle de ||| son fils, Hugues XIII, est mieux connue. Ce seigneur, enfant ^ prodigue de la famille de Lusignan, engagea son château et le lœk comté de la Marche pour des sommes considérables; il céda, \WÈ en i3oi, au roi Philippe-le-Bel , les terres de Chilli et de \WÊ Longjumeau en échange de nouveaux domaines, et prit l'an- âïf née suivante une part active à ces terribles guerres de Flandres, \§M qui devaient aboutir à la bataille de Courtray, où la haute noblesse de France fut en partie décimée, et où quatre mille paires d'éperons dorés furent enlevés à quatre mille chevaliers par les bons hommes de Flandres, comme on les appelait alors.

Hugues de Lusignan mourut trop tôt pour assister à la glorieuse revanche que Philippe-le-Bel prit contre les Flamands liai au combat de Mons-en-Puelle. Il révoqua à son lit de mort 5É5 son premier testament en faveur de son frère, choisit pour WÈ héritier son cousin Geoffroy , et organisa différens degrés de substitution qu'il étendit jusqu'à Renaud-de-Pons, son neveu.

Guy, fils de Hugues VIII et le plus célèbre des Lusignan , ||p se plaça au premier rang parmi la fleur de la chevalerie qui prit f|| part à la guerre des croisades. C'était le temps où de simples |$| chevaliers sautaient de la brèche sur le trône. « Le casque , dit I M. de Chateaubriand , apprend à porter le diadème, et la main blessée qui mania la pique s'enveloppe noblement dans la pourpre. » Guy fut élu comte de Jape, et épousa , en 1 180 , Sibylle , veuve du marquis de Montferrat, dit Longve-Epée, et fille de Beaudouin IV, roi de Jérusalem. Déjà puissant par ||| cette union qui l'approchait du trône , Guy le devint plus en- ||| core par le commandement de l'armée chrétienne, et la libre Kôà

^^foff^frfr^^^

iSX^JSJUiSJLp

et générale administration de toutes les parties du royaume que lui confia son beau-père; malheureusement il ne sut point , dans ce poste élevé , se faire pardonner sa fortune; ses hauteurs blessèrent les principaux chefs croisés et Raimond , comte de Tripoli , guerrier plein d'expérience et de génie , l'accusa d'avoir manqué l'occasion de surprendre Saladin. Le roi prêta l'oreille aux plaintes de ce seigneur , ôta le commandement à Guy et résolut de faire casser son mariage. Cité devant le patriarche de Jérusalem , Guy refusa de comparaître. Alors Reaudouin quoique aveugle , mourant et couvert de lèpre, se rendit dans la ville d'Ascalon, qu'habitait son beau-frère, et frappa les murs de ses mains, sans pouvoir s'en faire ouvrir les portes. Indigné de cet affront, le vieux roi se retira en faisant serment de se venger. En effet, sentant sa fin approcher, il désigna pour son successeur le fils de Sibylle et du marquis de Monferrat , et nomma, pendant la minorité de cet enfant, Raimond de Tripoli régent du royaume, au préjudice de Lusignan. Peu de temps après une violente et mystérieuse maladie emporta le jeune Beaudouin , âgé seulement de huit ans. On accusa de sa mort tous les prétendans à son héritage, et Sibylle ellemême ne fut pas à l'abri des soupçons. « Déplorable époque, dit un historien , où une mère était accusée du trépas de son fils , et où cette accusation était vraisemblable ! »

Cet événement accrut les haines et les prétentions des deux partis rivaux , et Sibylle , à la prière des seigneurs les plus considérables de Jérusalem , manifesta l'intention de se séparer de Guy, et de choisir pour époux le guerrier le plus capable de défendre le royaume. Toute la noblesse fut convoquée dans l'Église du Saint-Sépulcre, et la reine s'y rendit environnée de ses principaux officiers. Après avoir prononcé le divorce , le patriarche Héraclius présenta la couronne à Sibylle, en l'adjurant de ne la confier qu'au plus digne. La reine

tmmmm/

^^^^^^^m^^^m^mmmm^m m

la plaça sans hésiter sur la tête de Guy de Lusignan, en disant qu'il n'appartenait point aux hommes de séparer ce que Dieu avait uni. De nombreux murmures accueillirent ces belles paroles. Le fameux Ramla se retira en répétant les menaces des prophètes contre Jérusalem , et Geoffroy de Lusignan s'écria, en apprenant l'élévation de son frère : « Puisqu'ils en ont fait un roi, ils auraient fait de moi un Dieu s'ils m'avaient connu ! »

Devenu roi, Guy n'eut ni assez de grandeur, ni assez de prudence pour oublier les injures qu'il avait reçues. Il porta son ressentiment jusqu'à vouloir obliger Raimond ||| de Tripoli, son compétiteur, à rendre compte de l'administration des finances pendant son gouvernement ; Raimond indigné , se plaça sous la protection de Saladin , soldat de fortune de la nation des Curdes , le premier capitaine de son siècle et le héros de l'Orient. Pour la première fois, durant cette guerre, les croissans turcs se trouvèrent mêlés aux bannières chrétiennes. Les chevaliers du Temple se dévouèrent pour arrêter le Soudan dans la Galilée ; mais ils fu- ||§ rent défaits après des prodiges d'intrépidité qui excitèrent |jp l'admiration de leurs ennemis même, et que les écrivains orientaux ont célébrés.

En voyant les cadavres des Templiers joncher la plaine de Tibériade, Raimond fut saisi d'un tardif repentir. Il alla trouver Guy dans Jérusalem, et l'embrassant devant tout le peuple, demanda, en versant des larmes, à servir sous ses ordres. L'histoire de ces temps n'a rien de plus beau que cette réconciliation. Les deux princes unis marchent ensemble aux musulmans à la tète de soixante mille hommes ; les deux armées débouchent, en même temps, dans la plaine de Baltouf, le i4 juillet 1 187. La destinée de Jérusalem se joue dans une sanglante bataille qui dure trois jours, et où le génie de Saladin l'emporte.

^ ■oY^.^Tw-jjy^'- jY^-'-^y^ ■^y^<

^rPPl

LUSIGNAN. î)

« J'ai vu, dit un auteur arabe, secrétaire et compagnon de Saladin, j'ai vu les plaines, les vallées couvertes de chrétiens morts en combattant ; j'ai vu leurs drapeaux abandonnés et souillés de sang; j'ai vu leurs têtes abattues , leurs membres dispersés et leurs cadavres entassés pêle-mêle comme des pierres. »

Le désastre des chrétiens fut immense. Le roi , le prince d'Antioche, les grands-maîtres de l'Hôpital et du Temple furent au nombre des prisonniers; et pour accroître les douleurs de la défaite , la vraie croix que l'évêque de Ptolémaïs portait en tête des escadrons croisés tomba entre les mains des infidèles , comme autrefois l'arche entre les mains des Philistins. Amar, neveu de Saladin, en la présentant à ce Prince, lui dit : « Il paraît par la désolation des chrétiens que ce bois n'est pas le moindre fruit de la victoire! «

Saladin traita son royal prisonnier avec la courtoisie chevaleresque de ces temps. Il le reçut au milieu de son camp , et lui fit servir une liqueur rafraîchie dans la neige ; puis devenu maître de Jérusalem et des villes maritimes de la Palestine, il le rendit à la liberté, à condition qu'il renoncerait à la couronne, retournerait en Europe et ne porterait jamais les armes contre les Sarrazins; mais Guy se fit absoudre d'un serment imposé par la victoire et arraché par la violence. Il erra plusieurs années, suivi de quelques serviteurs fidèles, dans les états dont la conquête des musulmans l'avait dépouillé, et se joignit ensuite aux rois Philippe-Auguste et Richard-Cœurde-Lion, qui venaient de mettre le siège devant Saint-Jeand'Acre.

Après avoir perdu le royaume de Jérusalem , il ne restait plus à ce malheureux prince qu'à en perdre le titre. En 1 189, sa femme Sibylle fut emportée, pendant le siège avec ses deux filles, par une maladie contagieuse. Guy prétendit en vain que le caractère royal était indélébile et qu'on ne pouvait le dé-

mi

Yi

i o a a m sa fa Si

l<> ILLUSTRATIONS DE LA NORLESSE EUROPÉENNE. j^V*

pouiller d'un sceptre qu'il avait porté; la couronne passa à \yM Isabelle , fille cadette du feu roi Amaury , mariée à Conrad , ||| marquis de Montferrat.

Dépouillé de ses états, Guy acheta des Templiers l'île de Chypre, que Richard, roi d'Angleterre, leur avait vendue moyennant 35,ooo marcs d'argent , et y fonda une monarchie qui dura trois siècles. Il trouva l'île presque déserte par la fuite des naturels, lors de leur soulèvement contre les Latins. ||§§ Son premier soin fut d'envoyer des émissaires aux Francs de |||| Syrie pour les inviter à venir la repeupler: « Chevaliers, dit WÈ un vieux chroniqueur , qui déshérités étaient , et à qui les Sarrazins avaient les terres tolues, et les pucelles et les dames vives y allèrent. Le roi Guy leur donna terre à grand plante , les orphelines maria et leur donna grand avoir tant qu'il fieffa chevaliers en la terre et à serjants à cheval. Quand il ot tout donné, il ne lui demeura mie dont il put tenir vingt cheva- ||| liers de mesme. » ^

Guy, aussi sage législateur qu'il avait été brave guerrier,

s'appliqua à fondre dans une même unité les élémens hétérogènes des populations de l'île, composées de pariciens ou

serfs , de perpériciens ou libres par privilèges avec redevance , |j|

de lestériens ou affranchis, d'albanais, moitié laboureurs |sj

et moitié soldats, de Fénitiens blancs , anciens sujets de la ^>r

république de Venise, transplantés en Chypre par le doge m

Vital Michiele, tous différens de mœurs, de coutumes, pfe

d'idées, d'intérêts et d'intentions. Il établit les assises de Chy- y|

pre suivant les coutumes de France, érigea des temples aux Ëjl

différens cultes, mais en donnant partout à l'église latine la \§k

prééminence sur l'église grecque. Il bâtit ensuite la ville de |É

Limisso appelée Némosie par les Latins, et Néapolis, c'est-à- \WÈ

dire ville nouvelle, par les Grecs, fortifia Famagouste, envi- ||1

ronna de fossés tous les châteaux de l'île, et fonda l'ordre ^$ célèbre de Lusignan , dit de l'Epée , qu'il conféra à son frère \Wë

ms?

mimma^s

fe^)îi;i^i?&H^^H^^

LVSIGNAN.

Amaury, et aux trois cents barons qu'il avait amenés clans son nouveau royaume.

Cet ordre, qui se portait au cou, était formé par un collier, composé de cordons ronds de soie blanche, liés en lacs d'amour , et entremêlés des lettres R. S. en or. A l'extrémité pendait un ovale d'azur portant au milieu une épée, ayant la lame émaillée d'argent, la garde croisetée et fleurdelisée , et pour devise ces mots : « Securilas regni. »

Après avoir assuré par ces sages institutions l'avenir de la monarchie qu'il venait de fonder, Guy de Lusignan, vieux de gloire et d'années, abattu par les fatigues de la guerre et les travaux de la paix, mourut, en 1 194? à l'âge de soixante-cinq ans, après douze ans de règne, laissant à son frère Amaury qu'il avait fait connétable de son vivant, la souveraineté de l'île et un nom auquel il avait ajouté l'éclat de sa fortune et le prestige de ses malheurs.

Sacré roi de Chypre par l'évèque Ilerpibole, chancelier de Henri VI, empereur d'Occident, Amaury manda auprès de lui ses barons, et après avoir juré solennellement d'observer les lois établies par son frère :

« Seigneurs, leur dit-il , le roi Guy, mon frère, vous a tant donné qu'il ne lui est rien demeuré. Le pays m'est échu et j'en suis sire tant qu'il plaira à Dieu. Vous êtes mes hommes , et je n'ai point de terres. Il y en a tels de vous qui en ont plus que moi. Comment se pourrait-il que je sois pauvre et vous puissans et riches ? Prenez conseil entre vous et que chacun me rende assez pour que je puisse être entre vous comme votre sire, et que je vous puisse aider comme mes hommes ! »

Pénétrés de la justesse de cette demande, les barons s'exécutèrent de bonne grâce, et rendirent à Amaury une partie des largesses qu'ils devaient à l'excessive libéralité de son frère. Sous le règne de ce prince , les terres de Chypre acquirent une valeur qu'elles n'avaient pas eue jusqu'à lui. Beaucoup d'abus

^rr->> ','.:.',

12 ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE |b

furent réformés, et la fondation des couvens de Carmes satisfit |k les exigences du clergé et mit un terme à ses plaintes; mais la mort du célèbre Henri de Champagne, roi de Jérusalem, appela le roi de Chypre à de plus hautes destinées. Isabelle, sa veuve, qui avait déjà contracté trois mariages, et donné à trois époux des titres pour un royaume presque tout entier conquis par les Sarrazins, incapable de soutenir seule le fardeau des affaires , résolut d'épouser un prince prudent et brave , dont la tête pût la diriger et dont le bras pût la défendre. Elle envoya des ambassadeurs au roi de Chypre qui , après avoir pris l'avis de son conseil, et confié l'administration de l'île aux chevaliers Hospitaliers, ordre rival de celui du Temple, qui possédait des terres, des villes, et même des provinces en Europe et en Asie , partit avec son armée et sa noblesse pour Ptolémaïs où la cérémonie du mariage eut lieu en 1202.

Le départ des croisés allemands, qui suivit de près son élévation au trône de Jérusalem, laissa Amaury exclusivement chargé du poids de la guerre. Il s'adressa alors au saint père et sollicita les secours de l'Europe chrétienne. Une quatrième croisade fut prèchée. Foulques, curé de Neuilly, le Pierre l'Ermite de ce siècle, se rendit en Champagne entre Bray et Corbie , où un tournois célèbre avait attiré les meilleurs chevaliers de France, d'Allemagne et de Flandres. Il monta sur un échafaud et fit entendre les paroles de la pénitence au milieu du bruit des fêtes. Tous les barons et chevaliers émus jusqu'aux larmes de sa simple et mâle éloquence , prirent la croix, se réunirent à Boniface, marquis de Montferrat et à Dandolo, doge de Venise , chef de la croisade , et partirent avec eux pour la Terre-Sainte.

Mais déjà le caractère des croisades était changé. Dans l'origine , c'était l'exaltation seule du sentiment religieux qui poussait les chrétiens vers l'Orient : Jérusalem était le but du

Wi

voyage, la délivrance du Saint-Sépulcre le but de l'entreprise; on y marchait sans s'arrêter, par le chemin le plus court, et ceux qui succombaient en route n'éprouvaient qu'un regret, c'était de mourir avant d'avoir entrevu la ville sainte. Maintenant , soit que tant d'expéditions , fécondes seulement en désastres, eussent amolli les courages, soit que l'indiscipline et le relâchement de mœurs, inséparables d'une vie nomade et guerroyante, eussent affaibli la foi, les croisés marchaient sans ordre , sans but , soucieux seulement de rapporter dans leurs manoirs des trésors et du butin, ou d'imiter l'exemple de quelques-uns d'entre eux qui, sans autre appui que leur épée, étaient parvenus à se créer des principautés en Asie. Aussi cette expédition fut-elle détournée de son but primitif, et les chefs de la croisade, au lieu d'aller conquérir Jérusalem sur un Soudan turc, s'emparèrent de Constantinople sur un empereur chrétien. En vain Amaury fit retentir l'Europe de ses plaintes , on le laissa en butte aux coups des Sarrazins; mais son héroïsme suppléa à l'insuffisance de ses forces. Il leur disputa pièce à pièce les lambeaux de son malheureux royaume, les battit à diverses reprises, s'empara sur eux de plusieurs places, entre autres de la ville de Jape, en 1204 , et il semblait sur le point de fixer la fortune, lorsqu'un mal étrange interrompit brusquement le cours de ses travaux. S' étant , suivant l'usage des fidèles, rendu à Caïfa pour y cueillir des palmes , il tomba malade dans son pèlerinage , et mourut à Ptolémaïs , le i" avril i2o5 , pour avoir trop mangé , disent les chroniques , d'un poisson nommé la dorée. Il fut enterré en grande pompe à Nicosie, dans l'église cathédrale latine de Sainte-Sophie , et laissa le royaume de Chypre à son frère, Hugues de Lusignan, et le vain titre de reine à Marie, fille d'Isabelle, mariée au fameux Jean de Brienne.

Hugues Ier succéda à son père sous la régence infidèle de Gauthier de Montbéliard , son beau-frère. Devenu majeur , il

se fit couronner à Nicosie, et épousa, en lan, Alix, fille de Henri II, comte palatin de Champagne et de Brie, princesse aussi remarquable par sa beauté que supérieure par son esprit et sa sagesse. Il prit la croix, peu de temps après, et commanda conjointement avec les rois de Hongrie et de Jérusalem, et les ducs d'Autriche et de Bavière, une expédition infructueuse contre le château de Thabor. Il assista à la prise de Damiette et au siège du Caire, qu'une subite inondation du Nil sauva des mains des chrétiens. Le chagrin que le roi de Chypre ressentit de cette défaite, qui n'avait pas coûté un seul soldat à l'ennemi, abrégea ses jours. Une de ces maladies de langueur, contre lesquelles les ressources de l'art sont impuissantes, l'enleva dans la force de l'Age, à Tripoli, en 1221, sans qu'il eût pu réaliser aucun des projets qu'il avait formés sur un royaume, c[u il avait, disait-il , trouvé de brique et qu'il voulait laisser de marbre.

La jeunesse de Henri Ier, son successeur, fut empoisonnée par les persécutions de son parent, Frédéric II, empereur d'Allemagne. Ce monarque ayant fait la paix avec Nedjmeddin, soudan d'Egypte, repassa en Europe, et s' arrêtant en Chypre, dont il convoitait la possession, emmena par une insigne trahison le jeune Henri prisonnier. Heureusement ce prince trouva moyen d'échapper à ses ennemis, et étant retourné dans ses états , il appela à lui sa brave noblesse commandée par le seigneur de Baruth , la mena aux impériaux et défit complètement Bichard d'Eslinger, grand maréchal de Frédéric qui les commandait.

Béintégré par sa valeur et par la prudence du seigneur de Baruth, son plus grand homme de guerre et son plus fidèle sujet, dans l'héritage de ses pères, Henri Ier reçut, en 1248? saint Louis dans son île , le conduisit à Nicosie et le logea dans son palais. Il prit, pendant l'hiver, part aux conseils de guerre qui se tinrent sur les desseins de la campagne et opina

^^^^^^^^mm^^^^^mm^m^m^^^Mm

mmm^mmmmmm^^immmmmmm^mmmmmî-i

pour aller assiéger Damiette, contrairement aux chevaliers de l'Hôpital et du Temple, qui voulaient qu'on marchât droit à Saint-Jean-d'Acre , dont la conquête ouvrait le chemin de Jérusalem, reprise par Nedjmeddin. Déjà ébranlé par ces raisons, saint Louis fut tout-à-fait décidé, lorsqu'il vit Lusignan et tous les grands seigneurs de l'île prendre la croix et et lui annoncer l'intention de le suivre.

Les chevaliers français de la suite de saint Louis et les croisés de l'île de Chypre, partirent au printemps de l'année raSo. « Ce fut une chose moult belle à voir, dit Joinville, car il semblait que toute la mer, tant qu'on pouvait voir à l'œil, fut couverte de voiles de vaisseaux qui furent nombres à mille huit cent soixante, tant grands que petits. »

On connaît les désastres de cette croisade dans laquelle les deux rois furent faits prisonniers. Henri, délivré, retourna dans ses états, et mourut à Nicosie, le 8 janvier ia53. Son fils Hugues , qui lui succéda sous la régence de Plaisance , mourut âgé de quatorze ans , sans avoir eu le temps de rien accomplir de considérable.

A défaut d'héritiers directs la couronne de Chypre échut, à la mort de Hugues II , à Hugues III, son cousin, qui renonça, en montant au trône, au nom de Brienne, pour prendre celui de Lusignan qu'il tenait de sa mère. Avec une prudence consommée, une valeur brillante, un esprit cultivé , un vif amour des lettres, toutes les qualités d'un roi et d'un soldat, Hugues III ne fut heureux ni dans la paix , ni dans la guerre. La famine, la peste et les Sarrazins désolèrent à l'envi ses états; Antioche et Jaffa échappèrent à son autorité, et il eut en mourant la douleur de voir son sceptre tomber aux mains d'un fds indigne; mais heureusement pour les Chypriots , ce prince, nommé Jean, ne fit que passer sur le trône, et il eut pour successeurs Henri II, qui sut se faire pleurer, et Hugues IV, qui sut se faire chérir.

MÊÉ^mm

•tm%$9

le.

L'île de Chypre put à peine respirer sous les règnes orageux des héritiers de Hugues IV, Pierre 1" et Jacques. La conspiration de Jean de Morfa, comte de Rochas, jeta un sinistre éclat sur la vie du premier. Après avoir séduit la reine, ce seigneur osa étendre la main jusqu'à la couronne de son maître; mais le retour du roi déconcerta ses projets. Il fut arrêté et jeté en prison : le crime était patent, la trahison prouvée, néanmoins les juges séduits par les présens de la reine Eléonore, qui alla, dit-on , jusqu'à se prostituer à plusieurs d'entre eux pour se les rendre favorables, déclarèrent l'accusation mal fondée. A la lecture de ce jugement, d'une vénalité manifeste, le roi tomba dans une sorte de démence furieuse. Il sévit, avec une rage aveugle, contre les partisans, les amis et les enfans du comte, entoura d'espions ses propres sujets et fit bâtir une prison d'état, à la construction delàquelle il força toutes les classes de l'île et les femmes même à travailler.

Dans le malheur commun, une jeune fille Marie Giblet, fille du vicomte de Nicosie, une des victimes de la folie royale, imagina un étrange moyen d'irriter le peuple contre son tyran. Toutes les fois que le roi venait visiter les travaux, on la voyait se hâter de voiler la nudité de ses jambes qu'elle découvrait effrontément en son absence. Ce manège indigne , de la part d'une jeune fille de haut rang , dont la chasteté de mœurs était connue, éveilla l'attention , et comme on lui en demandait la raison, elle répondit qu'entre femmes on ne devait pas se tjéner , car elle ne pouvait regarder que comme des femmes ceux qui n'avaient ni la hardiesse ni le cœur de se débarrasser de la tyrannie !

Ce propos coûta la vie au roi. Les Chypriots, rougissant de leur lâcheté, se ruèrent sur le palais, en forcèrent les portes, égorgèrent les sentinelles et parvinrent jusqu'à Lusignan, qui fut percé de mille coups !

Page 1