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des particularités dont l'histoire ne se montre que trop souvent avare; mais de faire un choix sommaire parmi les actes d'une carrière, à laquelle nous consacrons deux ou trois pages, et qui exigerait un volume.
Né à Lunéville le 10 novembre 1720, Charles-Juste, après avoir servi d'abord en qualité de lieutenant, dans le régiment de la Reine, fut nommé colonel du régiment des gardes- Lorraine. Plus tard, simple volontaire à l'armée de Bohême, commandée par le maréchal de Belle-Isle, il dirigea, pendant le siège de Prague, une brillante sortie à la tête des carabiniers et des grenadiers français. Quand ses soldats rentrèrent dans la place , tout noirs de poudre et tout hachés de coups de sabre, chacun remarqua leur air sombre : on s'enquit de la cause de leur douleur « Le jeune brave est blessé, » répondirent-ils; puis ouvrant leurs rangs, ils montrèrent étendu sur leurs fusils croisés Charles de Beauvau tout sanglant. Cette blessure lui valut la croix de Saint-Louis. Il avait vingt ans!
Passionné pour le danger et pour la gloire, il ne se livre pas un combat de quelque importance où il ne jette le poids de son épée et de son courage, et soit qu'il combatte à Ettingen en 1744, soit qu'à la tête de son régiment il attaque les retranchements de Montalban, de Villefranche et de Nice, soit qu'il franchisse le passage des Alpes pour aller assister aux sièges d'Acqui, de Tortone, d'Alexandrie, de Valence , aux combats meurtriers de Plaisance , de Coni et de Refudo, c'est toujours un tacticien habile, un général accompli, un soldat incomparable.
La glorieuse blessure qu'il reçut le 1er mai 1746, en attaquant avec cinq cents grenadiers le pont de Casai Bajano, lui mérita le brevet de brigadier. La campagne d'Italie ter-
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minée, le roi de Pologne, duc de Lorraine, lui confia le commandement de la ville et du château de Bar, et Louis XV, après la conquête du comté de Nice et l'affaire de Ventimille, l'appela, le 10 mai 1748, au grade de maréchal de camp.
La guerre dite de sept ans , répandit un nouvel éclat sur sa carrière. La conquête de l'île de Minorque et de l'électorat de Hanovre, la prise du fort Saint-Philippe, celle des chemins couverts du fort Mahon, dont il détruisit les palissades et où il fit enclouer douze pièces de canon; plus tard, ses hauts faits à Munster et à Hastembeck , en lui donnant de nouveaux titres, ne pouvaient manquer de lui valoir de nouveaux honneurs. 11 fut nommé par le roi Stanislas, grand maître de sa maison et gouverneur de Lunéville; admis par Louis XV parmi les chevaliers de ses ordres , il obtint après la capitulation de Clostersevern le commandement d'une compagnie de gardes du corps, et lors de la bataille de Creweld , en 1758, le grade de lieutenant-général.
Si l'inaction était impossible au prince de Beauvau, les agitations sans but, les petites intrigues, les maigres ambitions des cours devaient dégoûter bientôt ce cœur noble et loyal. Aussi le vit-on, sur l'annonce de la bataille de Corback, accourir de Versailles à l'armée d'Allemagne; et lieutenant-général, chevalier des ordres du Roi, capitaine de ses gardes, l'un des premiers seigneurs du royaume par la position, le rang, la naissance, servir en qualité de simple aide de camp, sous les ordres du maréchal de Broglie qui, émerveillé de cette valeur insatiable et de cette abnégation toute antique écrivait à ce sujet à Louis XV : « M. de Beauvau est arrivé à l'heure du combat : c'est un aide de camp de nouvelle espèce; il n'est pas moins bon pour le conseil que pour l'action.»
Après les campagnes de 1760 et 1761 , et comme il se dis-
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posait à entrer dans les Algarves, à la tête d'un corps auxiliaire, fourni par la France au Roi d'Espagne, la paix de 1763 le ramena dans sa patrie, pour être investi du commandement de la province du Languedoc : quelques restes de familles protestantes y languissaient dans une dure captivité. Le prince de Beauvau se fait ouvrir la Tour de Constance, qu'avaient remplie l'intolérance religieuse et les haines de la politique. Quatorze femmes y étaient renfermées : la plus jeune avait cinquante ans : «Vous êtes toutes libres,» leur dit le Prince, et non content de leur rendre l'air vivifiant de la liberté, la vue bénie du soleil, il pourvoit de ses propres deniers à leur subsistance, les aide à retrouver leurs familles, et devient le père de celles qui n'en avaient plus.
Instruit de ces circonstances, le ministère d'alors, voulant faire acte d'autorité, exigea que la mise en liberté fût réduite à quatre personnes au choix de M. de Beauvau. Résister, c'était sacrifier son commandement, sa faveur, son avenir. Le Prince , qui n'ignorait pas tout ce qu'il pouvait perdre, répondit courrier par courrier : «Le Roi peut me ravir mon commandement, mais non m'empêcher d'en remplir les devoirs selon ma conscience et mon honneur. » Les quatorze victimes furent sauvées.
Ce trait d'honorable indépendance ne fut pas la seule preuve qu'il donna de sa hardiesse d'honnête homme. Plusieurs fois déjà, dans ses commandements, il avait marqué aux parlements la limite de leurs prérogatives; plus d'une victime des erreurs ou des iniquités judiciaires avaient dû, à son intercession, une réhabilitation et des consolations méritées; mais détruire toute la magistrature, ne plus laisser subsister d'organe entre la nation et son souverain, répugnait à ses principes et sa loyauté. Aussi, lors du fameux lit de jus-
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tice, tenu en 1771, refusa-t-il sa voix au projet du chancelier Meaupou, qui recueillait lui-même les suffrages. Le ministre irrité fit expédier contre lui une lettre de cachet; mais le roi Louis XV la déchira, jugeant avec raison que ce châtiment infligé à la franchise et au courage, était une insulte au trône.
Louis XVI ne sut pas moins bien apprécier que son royal père les services du Prince de Beauvau. Le commandement d'une des divisions créées en 1777, le titre de gouverneur de la Provence , dont il rétablit les États et à laquelle il conserva son académie, puis le bâton de maréchal de France, qu'il obtint en 1783, furent les derniers mots de sa fortune. De dures amertumes étaient réservées à sa vieillesse , et l'heure allait sonner des tristes épreuves et des grands dévouements. Bien qu'il eût énergiquement improuvé la marche imprudente du gouvernement et déploré l'aveuglement de la royauté , le Prince de Beauvau , se montrant fidèle à d'augustes infortunes, accompagna Louis XVI le 16 juillet dans le périlleux trajet de Versailles à l'Hôtel-de-Ville; quelques jours après, le roi-martyr lui écrivait de sa main les lignes suivantes : « Je sens l'importance dont il est pour mon service que mon conseil d'État soit composé de la manière la plus propre à captiver la confiance publique ; et comme personne en France ne jouit d'une considération plus générale et plus distinguée que M. le maréchal de Beauvau , je le prie de venir m'aider de son zèle et de ses lumières, et de me donner en ces malheureuses circonstances une nouvelle preuve de son attachement à ma personne. »
En effet, le maréchal de Beauvau, qui avait naguère refusé le ministère en même temps que M. de Malesherbes, siégea pendant cinq mois dans ce conseil : sa haute raison lui dicta
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39o ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE.
de prudents avis; mais on ne voulut pas les écouter et il n'était plus temps déjà de les suivre. Alors, le cœur plein de tristesse, il se réfugia dans une profonde obscurité, et expira le 21 mai 1793, inconsolable de la mort du Roi, et, comme Caton à Utique, désespérant de la liberté et des vertus de sa patrie. La révolution qui , chose étrange ! avait épargné sa tête, n'osa pas non plus attenter à sa mémoire, et un journal républicain imprima le lendemain de ses funérailles: «M. de Beauvau vient de mourir : malgré son nom et ses dignités, l'ascendant de ses vertus et de ses bienfaits l'a environné de respect jusqu'à la fin de sa carrière. »
Si des titres littéraires pouvaient ajouter encore à cette belle destinée, nous aurions à rappeler que M. de Beauvau cultivait les lettres avec goût et succès. Reçu membre de l'académie de la Crusca en 1758, il fit, en outre, partie de l'académie des belles-lettres, et fut admis, en 1771 , à l'académie française, où un écrivain célèbre, M. de Marmontel, y prononça son discours funèbre, qui se terminait ainsi: « Oui , nous pleurons celui dont la seule présence commandait dans nos assemblées la décence , l'union , la modération , l'amour de l'ordre et du travail. Je ne parle point des lumières qu'un goût sévère et pur, un sentiment exquis des convenances du langage répandaient habituellement sur nos travaux. Le moindre mérite de M. de Beauvau, même aux yeux de l'académie, fut d'être un excellent académicien. »
Ses productions, pour être peu nombreuses, n'en furent pas moins remarquables, et on a conservé entre autres, comme un témoignage de son esprit fin, souple et lucide, une lettre qu'il adressa à l'abbé Des Fontaines « sur une phrase de cent quatre-vingts mots d'un discours de l'abbé de Lavion à la réception de M. deMairan.» Cette lettre fut imprimée en 17i5.
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Écrivain habile , il fut un administrateur de haut talent , et la manière dont il gouverna la Provence , eut suffi pour illustrer un autre homme.
Quant à son courage , son neveu, le chevalier de Boufflers, l'a peint d'un trait dans l'éloge qu'il fit de lui en 1805 : «Il semblait, a dit très-spirituellement M. de Boufflers, s'être fait l'aide-de-camp de tout ce qui marchait à l'ennemi. »
Le Prince de Beauvau s'était marié deux fois. Sa première femme était fille du duc de Bouillon et d'une Princesse de Lorraine; la seconde, Elisabeth-Charlotte, sœur du duc de Bouillon, fut un modèle d'élégance, d'esprit, de grâce et de dévotion conjugale : elle lui survécut pendant treize années, et demeura aussi intimement unie à sa mémoire qu'elle l'avait été à sa personne.
Les honneurs de la lignée passèrent alors au frère du maréchal de Beauvau, Ferdinand- Jérôme , lequel s'unit en 1772 à Louise-Étiennette d'Esmiers Darye de Saint-Simon d'Archiac, qui ne lui donna qu'un fils unique, Marc-Étienne, Prince de Beauvau, de Craon et du Saint-Empire romain.
Marc-Étienne épousa en 1792 Nathalie-Henriette-Victurnienne, issue de l'illustre maison des 31ortemart; il devint, en 1803, chambellan de Napoléon, et, douze ans plus lard, fit partie en qualité de membre de la pairie, de la commission chargée du rapport sur l'adresse de la chambre des députés au peuple français. Lié à la fortune impériale, sinon par des sympathies politiques, du moins par l'auréole de gloire qui s'attachait au grand capitaine, il le fut aussi, et plus étroitement, par les liens de la reconnaissance.
En effet, son fils aîné, Charles-Juste de Beauvau, qui à dix-sept ans portait déjà l'épaulette de sous-lieutenant de carabiniers, fut blessé grièvement, à la suite de l'incendie
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de Moscou , à la meurtrière affaire de Voronowo. On sait que durant cette terrible retraite, les liens de la discipline s'étant forcément rompus, il n'exista plus bientôt de hiérarchie dans le malheur. Les traînards restaient oubliés dans les neiges, quels que fussent leurs grades et leurs noms. Charles-Juste de Beauvau semblait donc réservé au sort le plus horrible, quand Napoléon, apprenant sa blessure, donna ordre de le transporter dans un des carrosses impériaux, le fit soigner par son propre médecin , et le confia aux excellents soins de M. de Caulaincourt.
Edmond-Henri , second fils du Prince Marc de Beauvau , embrassa également la carrière des armes , fit la campagne de 1813, et se distingua durant les principales guerres de l'Empire par cet élégant courage et cet esprit chevaleresque qui étaient en lui une vertu de race. Promu capitaine et décoré de la croix d'honneur sur le champ de bataille , il ne quitta le service qu'à l'époque où le général marquis de Latour-Maubourg cessa de diriger le département de la guerre.
Marié, en 1825, à Ugoline-Louise-Joséphine-Valentine de Baschi du Cayla , le Prince Edmond a pour enfants :
1° Marie-Joseph-Louis de Beauvau-Craon , né à Paris, le 7 mai 1826.
2° Marie-Joseph-Isabelle de Beauvau-Craon , né à Saint- Ouen,le 19 juillet 1828.
3° Nathalie-Irène-Victurnienne de Beauvau.
Quant au prince Charles-Juste de Beauvau , dont il a été parlé précédemment et qui représente la famille , deux enfants sont issus de son alliance avec Lucie-Marie de Choiseul Praslin :
Marc-Réné-Antoine-Victurnien, né le 29 mars 1816 et
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Étienne-Guy-Charles-Victurnien de Beauvau , né le 10 février 1818.
Le cri de guerre de cette maison était « Beauvau » ; sa devise est composée de deux troncs d'arbres, liés l'un à l'autre par deux pointes de fer avec ces mots : « Sans départir. »
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