‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 33 sur 34 · XI · texte numérisé non relu

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toire par des bénédictins de Saint-Maur, et il apporta dans son administration politique la même tolérance et le même esprit de justice que dans son administration pastorale.

Compris, en qualité de commandeur de l'ordre du Saint- Esprit dans la promotion du 3 juin 1724, il mourut ou plutôt s'endormit d'un éternel et doux sommeil en 1739, à l'âge de soixante-quinze ans, peu de temps après avoir reçu de Louis XIV, un brevet qui lui accordait le titre de cousin, assuré par les rois de France et d'Angleterre aux aînés de sa maison.

Tandis que des distinctions si honorables et si méritées remplissaient la carrière de cet apôtre de l'Église, Marc de Beauvau, prince de Craon, issu du second lit de Louis Ier, marquis de Beauvau, parvenait aux plus éminentes dignités dans la politique et dans les armes.

Né la même année que Léopold de Lorraine (1670), il eut avec ce Prince une éducation commune. Des combats et des sièges furent les premiers enseignements que reçut son enfance. Ses premiers divertissements furent des victoires. A peine âgé de quinze ans, il se signala par sa témérité à la fameuse journée de Temeswar. Plus tard, ses talents comme homme d'État l'appelèrent dans une carrière qui ouvre un champ plus vaste à la pensée , et ses conseils influèrent puissamment sur les traités -de pacification, de partages et d'échanges qui terminèrent ou suivirent la guerre de la succession.

Le fils de Léopold de Lorraine , François , grand-duc de Toscane, ayant été associé par son mariage avec Marie- Thérèse, Archiduchesse d'Autriche à la double couronne dont cette princesse hérita en 1740, donna pour vice-roi à ses sujets toscans le prince de Beauvau qui avait été revêtu

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déjà dans ce duché , du litre et des pouvoirs de ministre plénipotentiaire. Il fut là ce qu'il avait été en Lorraine et partout, ferme sans intolérance, humain sans faiblesse, bienfaisant jusqu'à la prodigalité, un des hommes les plus instruits de son siècle, et peut-être le plus aimable. Il y vécut entouré des Serati, des Venuti, des Nicolini, des Buon-Belmonte et l'Italie reconnaissante n'a point oublié qu'il consacra la majeure partie de ses richesses à protéger les arts dans cette Florence qui les vit naître , et qui , ainsi que Rome , en est devenue la tombe, après en avoir été le berceau.

Philippe IV nomma le prince de Craon Grand d'Espagne de première classe; Stanislas, roi de Pologne, lui confia plusieurs missions importantes; l'Empereur Charles VI lui donna le collier de la Toison-d'Or et lui conféra à perpétuité , ainsi qu'à l'aîné de ses fils, le diplôme de Prince du Saint- Empire, transmissible en ligne directe à leurs enfants mâles : enfin le Roi d'Angleterre Jacques Ier lui adressait en 1713 la lettre suivante : «Monsieur, comme nous avons vu une lettre du Roi très-chrétien par laquelle à l'exemple du Roi Louis XIII, son père et frère de la Reine notre grand'mère, il reconnaissait le marquis de Beauvau, votre grand'père, pour son parent, et par conséquent pour le nôtre, nous voulons bien vous le déclarer pour vous marquer la considération que nous avons pour votre maison , et notre estime pour votre mérite personnel.»

Par brevet du 8 avril 1739, Louis XV reconnut également pour cousins le prince Marc de Craon et son fils le marquis de Beauvau. Le premier qui mourut en 1754 avait épous,é Marguerite de Lignivillc, dame d'honneur de la duchesse de Lorraine , Elisabeth-Charlotte d'Orléans.

Ce mariage que l'amour forma, lui dut une étonnante

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postérité : vingt rejetons en sortirent, dont treize filles et sept enfants mâles , savoir :

1° Simon Jude , connu depuis sous le nom d'abbé de Craon.

2° François-Vincent Marc, abbé de l'Isle en Barrois.

3° Léopold-Clémenl, chevalier de Malte, mort sans enfants en 1723.

4° Charles- Juste, qui fut maréchal de France.

5° Ferdinand-Jérôme, chevalier de Malte.

6° Alexandre, colonel du régiment de Hainaut, infanterie.

7° Hilarion, mort quatre jours après sa naissance.

Avant de raconter la vie de Charles-Juste de Beauvau, qui continua la descendance, et auquel ne manquèrent ni les faveurs de la fortune, ni le prestige du malheur, nous devons nous arrêter un instant devant la chevaleresque figure de Louis-Antoine de Beauvau, second fils de Louis II et de Madelaine de Ludre.

Colonel du régiment de la cavalerie de la Beine, il se fit remarquer aux sièges de Philisbourg et de Prague, et fut nommé brigadier en 1738, maréchal-de-camp en 1743 : les plus hautes dignités militaires étaient promises à son avenir, quand une balle l'atteignit le 23 juillet 1744, sous les yeux du roi Louis XV, dans un des deux chemins couverts de la place d'Ypres, dont il venait de se rendre maître : il tomba, et comme officiers et soldats l'entouraient, en versant des larmes , Antoine de Beauvau étendit sa main stoïque vers les lignes ennemies : «J'ai rempli mon devoir, dit-il; allez achever le vôtre.» Et il expira. Ce héros, digne de Plutarque, était âgé de trente-quatre ans.

Vient maintenant son cousin germain Charles-Juste, marquis de Craon, prince du Saint-Empire, grand d'Espagne et maréchal de France. Ici l'embarrassant n'est plus de recueillir

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