L'INCONNUE
I. Celui qui (antdi rêve, et tantAt sent courir au galop dant tes veines les e^cadront écumant de l'actioa,
Celui qui loujoan domine et toujours te tait, rêveur ou paiiionné d'agir, 1 fin de toujours régner, — t'en est allé au lieu plein de charme et de trouble, où si souvent il va, se disant chaque fois qu'il n'eo reviendra jamais.
II. C'en l'heure et la place préférées, sous le parapet du Pont de Fer, au pied des m6les, — *
Aux instans sacrés dit crépuscule, quand l'heure céleste laisse tomber le sable d'or et de sang du couchant, — que le firmament rouge se teinte de pleurs et d'émeraude, tandis que la mer plus verte boit une ardente obscurité.
IM. Il demeure pensif sur le bloc de granit blanc, cube énorme au grain qui brille, et qui semble flotter sur la vague mouvante. . .
Les tours de la Cathédrale, dans le ciel bleuissant, glacé d'or plie, sont couvertes de poussiire sanglante ; — et la rtineur de la Ville roule, derrière la forêt des ports, comme un fleuve immense sur les rapidcs. . .
IV. S'il veille ou s'il songe, ton coeur ne connaît plus que le furieux désir d'embrasser toutes choses, —
Et la vanité d'une étreinte puissante, 1 son oreille il en entend 'ironique murmure, le flot qui meurt, — la brise du large vide, et les vagues chuchotâmes qui semblent ôter leurs chaînes aux rocs. . .
V. Il se jeiie éitndtt tor le granit rade, — et, dépoaiUé de tovs m* vélcmeni, nu, beao de corps, il se voit d'ambre sar la pierre. . .
Il a baissa les yeui sut le secret de ses passions profondes : et il sent pris de lui, qu'une Vierge admirable et puisuntr, silencieusement venue, le regarde de haut, immobile, et le contemple. . .
VI. Sans relever le front, ses regarH» <■<• iWn^rnt rnir» les paupières demi-closes, sur ce qui les approche, —
Et, lui touchant presque le front, il ëp«((oit les pieds de marbre, dans les sandales de pourprr \r\ pietl* inlmiiat.Ir^ Ac \i Vierge apparae...
VII. Il sait qu'elle est li, droite et si belle, telle qa'on t'évoqae uu cesse auprès de soi, mais qu'on ne peut la voir deux fob, —
Et il n'ose pas dresser la tète, ni fixer les yeux sur ce visage inoubliable. . . Elle est U, l'Inconnue, dont la beauté unique a la lédmction de la terreur suprême. . . Elle est U, et sur m* lèvres dort, coaae l'aigle dans l'air, un sourire grave. . . Elle est là, il le sait, — et soi désir a peur de se connaître.
Et il lui semble que, cooché nn sur le bloc, il • les denx bras liés par les poings, et rivés sur la roche. . .
Et il rêve que la pierre est une nef qui vogue, par l'InconBoc poussée. . . ta barre aux mains de l'Inconnue.