‹ Images de la grandeurChapitre 37 sur 126 · IV. Comme le vent du sud sur un marais on l'automne pourrit · texte numérisé non relu

IV. Comme le vent du sud sur un marais on l'automne pourrit

Un grand trouble s'éleva dans le peuple. Et des bouches funestes, qui mlchaient la mort depuis bien des ans, souffliteni le» cris et le tumulte.

Avec une ipre violence, les étrangers furent bais, étant insolens : tonte fortune est insolente.

La raison de ce peuple léger, passionné et changeant disparoi sous la rage.

Comme les feuilles disparaissent sous le sable, quand s'abat I'obragan du désert.

Il fit à ces malheureux une honte d'avoir été esclaves, et de la servitude ancienne, où lui-même les avait réduits.

On hait ce que l'on a persécuté, plus qu'on n'en est hii. El on le méprise, pour se justifier de l'avoir accablé de mépris.

V. Alors, la peste, les discordes et la guerre; tous les maux, le retard des saisons, l'épidémie, la grêle en juin, et la glace en décembre, — il n'est rien dont ces étrangers ne fussent réputés seuls coupables.

Les femmes adultères se firent une vertu de leurs insultes; et, pour venger l'impureté de leur ventre, se glorifièrent d'une race plus pare.

Tout un peuple, femelle et paresseux, chercha dans la hatoe l'excuse k ses péchés, et s'en aiguisa les dens : car partout la haine est forte. Elle est une faim, que l'envie excite de son amertume; et coaa« k reptile, l'homme dévore plus qu'à son appétit, et rien ne le rassasie, tiso* qu'il meure d'étic Kpu.

VI. Eofin ce peuple résolut U mon de l'éirangei. Se» plnloiupho lui en 6reoi une laiote doctrine. Ivre déjk de u cruauté et de ta honte prochaine*, il te porta en fureur dant les rues, lit couraient ; ou bien ils hurlaient, immobiles dant la fiénétie, prestét, comae les harengt, k la fumée de tan, tout i routtii sur la chanlatte.

Et l'obscure soif de voir couler le sang, qui travaille les femmet, comme si le tang ({u'elles perdent à chaque lune avait ta rançon dant celui qu'elles veulent vcrter, — leur remonta aux livres en clameun brûlantes.

Le peuple prit set idoles, et se prépara au massacre, portant devant soi tes dieux. Car toujours le meurtre unanime se pare de mensonge, et les couteaux en sont enveloppés de symboles pieux : • Mort, Mort aux Etrangers ! * — cbmait-on de toutes parts. « Mort aux Étrangers! *

VII. C'est le moment où descendit parmi eux l'Homme le plut grand qu'il y eut dans ce peuple, et dans le monde.

Dédaigneux de la foule, il détourna volontiers la mort tur sa téie ; et gourmanda ces frénétiques en termes impérieux, JépuuilUni l'air de leurs menaces, comme on écale une noix

« Misérables, leur dit il, — que faites vous f

« Mais peut-être, au milieu de vos ctit, ne vous entendez vous même pas. . .

« O peuples, quêteurs injustes de la justice, eKlavcs délivrés qui ne rêvent qu'eKiavage, —

« Victimes, qui n'espèrent le talui qu'au prix d'autret victimes,

• Brutet au cuir héritté de rancunet, eipritt fauvet toujours prétt i mordre la raiton, cœuit de rcptilet attachét aux chemint fjmiiieft de la boue, — têtes plut dures que le second bois du cornouiller,

• Jusques \ quand désespérerez vous ceux qui vous ont seuls élevés ï l'espoir de vous-mêmes ?

• Étrangers, étrangers, dites vous?— > Mo* <)*>■ ^uù votre prince et votre gloire,

« Moi, le seul Homme né de vont,

t Si celte race temble étrangère à votre foule, I moi que tcmblera-t-il donc de vont tous? — Qui peut vous être plus étranger, que vout tout ne me l'êtet? — Et pourtant je vout souffre. J'ai même pitié devons.»

— loS —

'JTXEION

Po«o M l'mmu.

I. Au milieu de la nuit, l'homme couché, plein de gloire et déjà de fatigue, — comme il se tournait et te retournait »ur ton lit, ponnuirani des pensées brûlantes de conquête, et ne pouvant pas dormir, —

Il vil entrer dans la chambre, et venir ï lui un frère allier, qa'il connaissait & peine, qu'il avait cru perdre peut-être, — ' Et qu'il n'attendait plus.

II. Il lui dit : Viens... — El l'homme ne pensa qu'à saivre le visiteur hautain qui ne s'explique pas. Il se leva, et sortit du palais tv tet pas, sans songer même à prendre ses armes.

Ils allèrent par la plaine déserte : les bois, ao loin, semblaient une armée de s}>ectres rigides. Et la lumière de cette nuit d'aatomne portait le même deuil, —

Que le noir crépuscule d'hiver.

III. Un tombeau de marbre était U, dans ce désert; et la bUackeir en avait, au milieu de l'ombre grise, l'éclat livide des deaii, qne soudain snr la bouche d'une femme découvre le sourire de Péponvante.

Le guide altier fit signe i l'homme qui comprit. Et lom les deux, se plafant aux coins opposés de la tombe, —

Ils deKellèrent la pierre,' et sonlevèrent le couvercle.

IV. Et le guide dit à rbomae, qii obéit: < Penche toi, et rtgarde. >

L'homme vii «nire 1^5 paroi* de granit, un précipice outcri tur

un cloaque.

Une uiiiui ii.iu^c.ii'oiiiir moniait en fumée de b boue fétide :

c'était un étang de pourriture, i l'ambre épaiue, une lie de vermine, où

grouillaient silencieusement des serpens, des vert et des fauves à demi

étouffés.

Or, couché parmi les sables vivans de cette horreur mouvante. L'homme aperçut sa propre image, dépouillée, sans pudeur,

tonte nue. .

El son guide, le maintenant par le cou sur cette vue, lui dit : « Toi qui tantôt ne me connaissais point, te reconnais tu? a

Page 1