LE PASTEUR DES PÉCHÉS
I . Le pitre silencieni, qui vient det rite* marioet, • poavt< longtemps son troupeau i iraver» un déiert lumineux, on le* béte* enireBl, broutant k peine de loin en loin une herbe rare, ticbe comme la paille, poussée entre le» pierres pointues et des cailloux étinceUos.
a . Le pitre a chassé devant lui, sans pitié, la troupe afluséc et bêlante. Pourquoi lui avoir fait quitter les prés délicieux, que borde h mer ? L'herbe que sale l'air marin, et dont la sève savoureuse a, vu la langue, la fraîcheur de la vague sur la main?
3. A la ville voluptueuse et i ses joies, le pitre a tourné le dos. A travers le désert, il va morose vers la plus hauie montagne. Son chien, puissant comme la raison, hargneux et 6dèle comme elle, presse les brebis et les rassemble. Il gronde i tous les écarts. Il mord entre les jaabe* les
boucs et les béliers impurs qui s'attardent.
^. C'est l'immense troupeau des péchés qui sa ou on le mené, la téie basse, sous le biton du pitre, qu'il a si longtemps mené.
Ils ont une faim si cruelle, si Ipre Mt le désert, que pour tromper leurs dens agacées, les uns sur la croupe des autres, le» acMOM michent la laine poussiéreuse.
Et les agneaux gémissent, en retroussant leurs lèvres gertéea, contre le pis tari des brebis maigres, qui n'ont plus qu'un peu de lait épù coamc du sang.
S. Le pitre silencieux a conduit le troupeau jusqu'au piairao supérieur de U montagne : U s'ouvre, en forae de précipice, un cxaiéte
«piral. La pente k pic file au fond de I* terre, comme l'tic d'oQ tODrbillon. El, U deriiire, le tommet de U montagne, lyt du «eriigc, n'ett qu'un ih'mi- (linli <lr nrli'r il'iiù l.i lunr ^p \hve Icnlfm^nl-
b. Le p^Kc Jci pitlic», jlors, contempla la nuit cérul^ennc, belle et profonde à l'égal de l'océan. A tes piedt régnait l'abîme, et la majetté divine du ciel sur ta léie. Et la mer infinie, lii-bat, tooriail aux ttoilet, — etpace de toluptë.
7 . Et comme le patieur était venu pour t'eodormir dan» le lit de la neige, au terme du voyage, après avoir précipité se» ouailles au bercail de la tombe, — il connut soudain la vanité des remords. Il osa fixer enfin la troupe interminable, dont il oe penMit se séparer que par la mort, et qu'il avait évité de compter. Et il entendit la voix des péchés exténués s'élever de ce troupeau immense :
8. « O berger, 6 Paris sur l'Ida avant d'avoir connu Hélène, — c'est elle que lu cherches, et lu la dois trouver.
« Que nous reproches lu.' Et pourquoi le punir toi-même? Nous sommes nés de toi, et ce triste troupeau ne t'appartient pas moins que celui de tes venus.
« De les plus forts péchés, regarde comme les rejetons sont avides de vie, et vois comme en sa verdeur première elle semble innocente. Qu'importe qu'elle perde demain sa pureté?
9. • Parmi les boucs et les béliers, les agneaux du péché bondissent avec la candeur des sources, —
Dans leurs bouches sans dcns, le lait n'est p.ts moins blanc sur la langue que celui de la figue verte, quand on rompt le pétiole. Pardonne aussi i tes péchés, beau pitre. »
Le pasteur silencieux sourit; et sa tristesse lui fut douce, a II fallait faire cette route t, pensa-t-il, • mais non pas pour y mourir. * Et quand la lune froide se fut couchée dans les «agues, le plire des péchés, redescendant la montagne, reprit le chemin de la mer, poussant le troupeau dont tintaient lr\ tlarinci, vers Ij ville des voluptés.
TRISTESSE DACHILLE
I. Les dëlicet éljiétonn ne loot faite» que d'oubli. Ainii. le misérable bonhenr de ne plat être fut lovjoan réservé par les dieni ani moindres vies.
Les chastes eaux du Léthé sont les pleurs de la mort actepiée, —
Et U tendre lumière oii, comme .lu 1.1411 de la lune se balancent le» flenn, les ombres se promènent sur le» prairies éljrsées, ae filtre pas du ciel, mais des regards éieinu soos les paupières fermées.
H. Seul, et loin de la bonne rivière, plus voisin de l'ombre et do Tartare, que des pelouses ou fleurit la paix, —
Achille, amer et Uciturne, qui jamais au Léthé n'a voola boire, —
Médite dans la passion : et, comme il fut dédiigneax de la vie sur la terre, il a dans la mort le mépris de l'inutile éternité.
III. Sa mère le supplie ; mais il ne vent même pas tourner les je«x de son côté. Comme elle pleure, et lui offre ses belles mains, coupe» d'ivoire, pleines de l'eau salutaire, il la repousse du bras et murmure en grondant :
t Ma mère, laisse moi.
« Il ne fallait point me concevoir d'un boiaac, m tn trotdan que je fusse comme loi. Mais, déeste, tu ne m'as point fait die«; — et, tri hommr que je tui», condamné par eux, je méprise les iamofld».
IV. t Laisse moi, toi qui m'as donné les armes uns pnraUtt (Tnnc éienielle perte. Pourquoi n'as ta pas aussi treapé mon talon dans le Stjx? —
« Ou pourquoi, me mettant honme au monJe ei m'uftMe ne me faisait lu pa» tout vulaërable comme eut ?
< Fallait il que je te dufie d'être, vivant, plut qu'un homme ? El moin» qu'un mort, après la vie ?
■ Voit le mal que tu Gi : tu m'as donné le cœur d'un homme, et la pensée d'un dieu.
■ Je méprise tes dieux heureux, ô ma mire. « S'ils me valaient, ils ne riraient pas.
« Et s'ils m'jT conviaient, refusant de m'aiseoir k leur ubie, j'éloignerais de moi leur ambroisie.
V. < Et l'ai l'ennui encore, et le dégoiit de tous les hommes, de leurs vertus autant que de leurs crimes : la nausée me vient de mes exploits.
« J'ai eu toute la gloire : et pourquoi ai je donc tant lutté f Pour un nom.
« Le plus glorieux est mort comme un chien : ton fils, ma mire. El sa grande Imc ne s'est prodiguée que pour une ombre, — du vent est allé au Tent. .
■ Ha, je ne sais rieo regretter, ni mes travaux, ni ma colire, ni mes peines ;
< Mais de rien je ne puis me satisfaire davantage. .
■ Vois cette jeune femme qui sourit, et qui suit, amoureuse, Orphée le poite, pour une vie naïve et brivc : je n'envie peut-être quelle et les fleurs dont clic est parée. .. -—
< Toi, laisse moi, 6 ma mire, ma tris dangereuse ennemie, qui m'a créé ce que je suis, pour vivre et pour mourir. . »
— îJ