‹ Images de la grandeurChapitre 90 sur 126 · VI. Alioni, ma Grande Armée · texte numérisé non relu

VI. Alioni, ma Grande Armée

Vivant étalon que je monte, tuperbe animal aux muscles innombrables de chair, de fer et d'acier, porte moi, obéit.

Je veux pour toi, je tcnt pour toi, pour toi je soit. Va, obéit i l'éperon, ma Grise.

VII. Le couchant trempe sa pourpre dant la pourpre du carnage, Poussière de sang, lumière, rajront, fleuves de tang,

La moisson des morts ett couchée sont l'horizon. Ici a patte la faulx de la guerre, celle qui fauche de l'est à l'ouett d'un brat, et du sud au nord d'un seul empan. Et sous les gerbes des morts, déjà tontes les semailles fermentent dans la plaine : la graine des vert va percer, tout la peau, set cocons, depuis les yeux gelés sous la vitre cruelle, jutqn'aa boorgeon det orteils, qui noircissent sous l'ongle.

El les chevaux, clairont qui hennissent la victoire k b mort, hurlant le cri strident, tes babines relevées sur leurs dens jaunes cl plates, les oreilles dressées de terreur, les sabots pris dans leurs entrailles, et la belle crinière, comme une femme au bal, mêlée de rubU, nonéc k det rubans de sang, — sont abattus sur leurs boulets britét, ageaouilléi dant leurs blessures, clamant la tête droite. .

La terre n'est que viandes, et l'air qn'un souffle agonitut.

Le toi grouille obscurément sont let flott rouget, et le regard de taureau du toleil occidental.

Partout l'odeur de la chair béani

De la sueur, de l'agonie, de la gmMc lonour, du poil flambé, de la peau r&tie. . Soudain, entre les murailles de chair et l'épaittcar du toi gluant, nu, un homme tort, tremblant, et il glitte de biab coaiM« le

gros ver blanc, en août, dans un morceaa de bauf ronge, frétille aux paroi» de la fente que vient d'jr faire le coutelas.

La vaste puanteur porte au ciel l'haleine des cadavres.

VIII. Ils sont cent mille couchés par monceaux, gerbes versées par l'orage, qui grimacent et rougitsent aux rayons du soleil couchant.

Les cervelles jaillies semblent de la mie de pain humide, vomie avec le lait, sur la glace. Fendu comme la glotte, un thorax biille.

Les cordes des entrailles font des filets poisseux où la vermine est prise. La virilité des hommes, tranchée par l'obus, s'est allée cacher au fond du ventre, comme elle fut bien avant la naissance.

Les foies bruns sortent de la poitrine et les poumons sanglans, ces éponges.

Des têtes ont roulé entre des jambes ; et des bouches tordues mangent des doigts.

Ici, dans le fossé du dos féru i la cognée, le long des ver« tèbres, comme un quartier de bceuf il l'étal, un bras enfonce furieusement le poing.

Et li, des troncs, tans cuisses ni létes, dégouttent aux deux bout d'un sang noir, comme un cylindre bouché, un tuyau farci de chair.

IX. Les épais Allemands, aux épaules levées d'esclaves, étalent leurs viandes rondes et flasques. Les grands Prussiens du Nord, k la taille carrée, tombés sur le dos, lèvent vers le soir des bouches ouvertes, où dans la barbe jaune, pend la lingue déjà noire. Elles Russes, taillés en géans, reconnaissables k leurs bottes, dorment, cadavres tristes, les plus calmes de tous. Humide et suspendue comme le raisin rouge de la luette, la grappe des blessés pend sur les douves de l'ombre.

Je voudrais voir plus d'Anglais, dit il, d'Anglais musculeux, i la joue longue, k la mâchoire prognathe et dure, au col roide, la peau sèche sur les os droits.

Et voici mes Français, cadavres plus blancs que les autres, bonnes figures où la moustache se hérisse ; qui rient encore, qui menacent, qui blasphèment ou qui sacrent, mais qui toujours parlent dans la mort.

X. Et toi, brave jeune homme, si beau et si grand sur le sol . . — aoî -

Toi, rois k nu par un caprice de la toluplutute mitraille, corpt d'athlite au visage d'enfant, — porte étendard, c'est ton drapeau que to élèves encore <le ce bras rigide, tendu contre le ciel, d'où la main blanche pend, et les doigts en franges rouges au bout de ta manche, — beau hussard bleu, portant les trois couleurs jusque dans la tombe. .

Li bas, U bas, l'incendie pour faire torches k la féie !.. El les filles violées qui pleurent, et dans les pleurs peut être rient. .

Li bas, \i bas, le fumet des victuailles devant les grand» fe«z!

Les chans d'ivresse, et les galops de la folie victorieuse. .

Les danses et les cris de la force qui rompt ses chaînes. .

Les tonneaux de vin en perce, et la liqueur qui coule ambrée sons la lumière. .

El le ventre des vierges, qui laisse filtrer son filet de saag mm le poinçon de la luxure. .

La journée fut k moi. Cette nuit est i vous.

Et tous ces morts, ici, qui revivent U bas, plantés par les laboureurs de la guerre, au sein des tristes femmes, celles qui tressaillent meurtries. .

XI. Car je triomphe, 6 Victoire ! Pour vous tous, morts et tî-»"'. c'est moi qui triomphe. César !

Comme it toute heure, i tout instant, par milliards les cellules en un seul corps pour accomplir la vie, meurent et meureai, — ainsi mourez, hommes, 6 bons soldats, sable de mon arène, cellules du corp vivant de la puissance.

Vous êtes mes atomes, et je suis votre tout. J'ai vécu, et je vis — de toutes vos morts et de lontet tm tics ensemble.

Tu peux venir, 6 Nuit. J'ai mon j"uf : 't i^rmtin #ti i moî. avec sa neuve aurore .

Je te tiens, 6 Victoire. Pars de mon poing, faucon !

Enfonce tes serres d'un bord du ciel k l'iuir^ haut êe tt niirt, j chaussant tes ongles.

O hommes, mes soldats, mes morts, ne tcgietiei pjs d« mourir. En moi, la mort vous est douce. Je vis pour vous.

Que la vue de la Mort est belle dans le Triomphe !

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