SUR LE ROC
I. Aigle, aigle, où es (u ? — Soui le soleil implacable, je oe suit plus qu'une ombre, au dessus de la terre lasse et endormie. .
Aigle, aigle, où vas tu ? — Je ne vais plus. Je suis brisée ; et
, plus grande infiniment que dans mon plus bel
euor même, les ailes étalées, je reste suspendue. .
Aigle, aigle, que vois lu? — Je ne vois plus qu'une tombe d'eau immense, qu'un espace désert et que le vide infini.
Je ne voit plus, sous le soleil dévorant, que la mer inféconde, et les vagues mornes de l'oubli, *i les miroitemens sans borne du souvenir, et la solitude grise du présent.
II. Le redoutable petit géant regarde la mer, la mer sans borne. El comme s'il avait un miroir dans l'océan sans rides, toujours il ne voit que lui. Il est ik, sur le roc, seul, comme dans ses palais, où le soir, parmi les mous, sur les champs de bataille, où toujours il ne voyait que lui. Ses pieds sont vissés au granit. Il ne sent pas le ioleil sur sa tête large et ronde. Il tient ses mains derrière son gros dos; et ses grasses épaules, qui remontent, poussent le pli du cou jusqu'au bord du chapeau.
Il a mis l'uniforme de la victoire, pour le jour de sa fête : car il s'appelle aussi Marie. Vêtu de gris, il regarde fixement devant lui, de ces grands /eux aux cils noirs, qui ont vu tant d'hommes et tant de choses.
— aeS
tant de Tille», ui>t de pa/t, uot de fleaves et tant de ung, ttat de non et de fie.
- Sa belle main, aux doigts futeUt et plie*, tonrmeatc derrière le dot et pince m t«ur blanche, l'autre main. Elle tire et retire l'aaneaa d'or paué tu doigt ; el, brutqu« pirfois, le fait glitter jusqu'à la paume, atec ▼iolence.
Il oe baisse pas le front; Bais il enfonce solidement m ttie dans le socle gras des épaules. Son visage de cire jaune est creusé de deai rides améres, le long des livres. Et c'est U l'aire double, d'où les aigloa* d'un invincible mépris partent k lire d'aile, et fondent sur leur proie, — k telle pensée qui amène sur cette bouche, qui parlait pour l'empire d« monde, quelquefois un profond sourire.
Il reste sans mouvement, et les yeux attachés ï des visions, dont l'objet invisible est caché au deik de la mer immense. Plus sombres et plus lourds sont ses regards, que les boulets noirs, qui tombent sur un fleuve, dans un combat de nuit, sous les étoiles. Son large ventre, cuirassé de blanc, cherchant l'appui de la selle, s'avance au dessus de set cuisses; et il semble un monstrueux oiseau, posé sur la roche marine.
Tout le passé est devant lui : un océan qui brûle et qui miroite, comme un fiévreux près de la mort, quand la peau brille et qu'elle sainte l'huile de la vie, dont la lampe au fond de la poitrine cbarbonne, et va s'éteindre. Devant lui, tout ce passé ; ei derrière, l'espace vide.
Il ne tourne point la tête. Sous ce soleil, qai tombe ea fil k plomb, sous les rayons de l'equateur, le géant n'a point d'ombre. Ea vain la chercherait il, comme on téve de la fraîcheur : il ne la uouverait pas. Il ne veut pas, non plus, lever le front ; il Mit l'aspect de ce ciel ba», laas espoir et torride. Il devine, derrière son dos, l'aigle des aoin MHifaa, comme morte, les plume* éialées sur le morne. Et il ne veut pas la voir dans cette solitude, la compagne stridente de m vktoire.
m. Aigle, aigle, d'où viens tu? — D'une autre mer, au flou Ucw, sous le ciel bleu; d'une aire rocbeasc, maâ kttbue, au milieu des cbtnes verts t( de» fifaten, at
de* fenillagei tombret où pcndeoi l«t limoot, loDgt œufi d'or clair. .
De l'Ile par le travert de la mer romaine et de l'air latin, U où la pensée eit du marbre gravi tout le tljrlet de la lumière.
Aigle, aigle, que teux tu? — Tout encore, mon C<»«r : tout ou rien. Je veux planer sur le tiède et la vie des hommes.
Aigle, aigle, de quoi le plains tu ? — De ne plus vaincre ! De ne plus vaincre. . ha, de ne plus vaincre ! Mais Doa d'avoir vaincu.