LIV. III, CHAP. V. l8i
sure; mais, comme Feau qui bouillonne, il déborde de toutes parts.
Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais il ne prétexte Timpossibilité, parcequ'il se croit tout possible et tout permis.
Et à cause de cela il peut tout , et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui épuisent vainement celui qui naime point.
5. L amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort point.
Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l'appesantissent , aucunes frayeurs ne le troublent; mais, tel qu'une flamme vive et pénétrante, il s'élance vers le ciel, et s'ouvre un sûr passage à travers tous les obstacles.
Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix.
L'ardeur même d'une ame embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme un grand cri : Mon Dieu ! mon amour! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous.
6. Dilatez-moi dans l'amour, afin que j'apprenne à goûter au fond de mon cœur com-
i82i l'imitation de jésus^hrist.
bien il est doux d'aimer, et de se fondre, et de se perdre dans Famour.
Que l'amour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même par la vivacité de ses transports.
Que je chante le cantique de l'amour; que je vous suive, ô mon bien-aimé, jusque dans les hauteurs de votre gloire; que toutes les forces de mon ame s'épuisent à vous louer, et qu'elle défaille de joie et d'amour.
Que je vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que pour tous, et que j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que l'ordonne la loi de l'amour, que nous découvrons dans votre lumière.
7. L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, fidèle, constant, magnanime, et il ne se recherche jamais : car dès qu'on commence à se rechercher soi-même, à l'instant on cesse d'aimer.
L'amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse , sans légèreté ; il ne s'occupe point de choses vaines; il est sobre, chaste, ferme, tranquille, et toujours attentif à veiller sur les sens.
L'amour est obéissant et soumis aux supé-
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rieurs : il est vil et méprisable à ses yeax. Dévoué à Dieu sans rései-ve, et toujours plein de reconnoissance, il ne cesse point de se confier en lui, d'espérer en lui, lors même qu'il . semble en être délaissé , parcequ'on ne vit point sans douleur dans l'amour.
8. Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner entièrement à la volonté de son bien-aimé ne sait pas ce que c'est que d'aimer.
]1 &ut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il y a de plus dur et de plus amer 9 pour son bien-aimé, et qu'aucune tra^ verse ne le détache de lui.
RÉFLEXION
Dieu est amour; et celui qui demeure dans f amour demeure en Dieu, et Dieu en lui \ Mais Tamour a ses temps d'épreuve comme ses temps de jouissance; et cette vie tout entière ne doit être qu un continuel exercice d amour, ou la consommation dun grand sacrifice, dont une vie étemelle ou un amour immuable sera le prix. Tous les caractères de la charité,
< L Joann. iv, i6.
r84 l'imitation de JÉSU&€HRIST.
détaillés par saint Paul ', nous rappellent Tidëede sacrifice; et Tamour infini lui-même n a pu se manifester pleinement à nous que par un sacrifice infini. Dieu a tant aimé le monde, quiia donné son Fils unique ' ; et notre amour pour Dieu ne peut non plus se manifester que par un sacrifice , non pas égal, il est impossible, mais semblable, par le don de tout notre être , ou une parfaite obéissance de notre esprit, de notre cœur et de nos sens à la volonté de celui qui nous a tant aimés. C'est alors que s'accomplit cette union ineffable que Jésus-Christ, à sa dernière heure, conjuroit son père d'opérer entre lui et la créature rachetée^. Pendant que la nature vit encore en nous, quelque chose noUs sépare de Dieu et de Jésus; et [amour de Jésus nous presse^ d achever le sacrifice, et de prononcer une parole dernière, que le monde ne comprend pas, mais qui réjonit le ciel : Tout est consommé^.
* I. Cor. XIII. — * Joann. m, 16. — ^ Ibid. xvii, 21, 33. — 4 IL Cor. V, 14. — ^ Joann. xix, a8.