LIV. III, CHAP. VI
moient follement d'eux-mêmes vous soit une leçon continuelle de vigilance et d'humilité.
RÉFLEXION
Les plus grands saints ont éprouvé ces délaissements du bien-aimé. Il se présentoit à eux, jetoit un rayon de lumière dans leurs âmes, les rempllssoit de joie, puis se retiroit tout-à-coup , les abandonnant aax regrets de son absence et à Timpuissance de leurs désirs. Qui pourra me développer le secret de ces mystérieuses vicissitudes'? dit saint Bernard. Il en faut chercher la cause dans Famour même que Dieu a pour nous, et dans cette foiblesse de notre cœur, si grande, si déplorable, que les faveurs trop abondantes du ciel pourroient devenir pour lui une occaâon de péché. Ce foible cœur risqueroit de se corrompre dans le repos délicieux où elles lauroient plongé, si ces subites privations, rappelant tout-àcoup Vhomme à lui-même, ne le portoient à sonder labyme de ses misères , et ne lui donnoient tout ensemble et des larmes de compassion pour ses frères qui ont failli , et des larmes de repentir pour les chutes que lui-même a pu faire. Ainsi s éprouve sa charité ;
* In Gant Sermon, lxxiv.
190 l'imitation de jésds-christ.
ainsi s'exerce soa humilité. Il apprend ainsi les secrets de la vie intérieure : il comprend que ce n'est point une paix telle que la desiroit sa langueur et sa paresse, mais une guerre dans laquelle il faut être toujours armé, toujours préparé à combattre; que le Dieu qui le consoloit doit être aimé pour lui-même, et non pour les dons qu'il nous prodigue. Et lorsqu'il gémit si douloureusement de labsence passagère de son céleste époux , il sent encore plus vivement combien il est affreux d'en être pour jamais séparé.