LIV. III, CHAP. XIII
1er aux pieds, comme la boue des places publiques.
Fils du néant, qu as-tu à te plaindre? pécheur couvert d'ignominie, qu'as- tu à répondre, quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois mérité l'enfer?
Mais ma bonté ta épargné , parceque ton ame a été précieuse devant moi ; je ne t'ai point délaissé, afin que tu connusses mon amour, et que mes bienfaits ne cessassent jamais d'être présents à ton cœur ; afin que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à tliumilier, et à souffrir les mépris avec patience.
RÉFLEXION
U n'appartient qu'à Dieu seul d'exiger de nous lobéissance: ni un homme, quel quHl puisse être, ni même un ange, n ont le droit de se faire obéir , lorsqu'ils nous conunandent , s'ils n ont reçu ce droit de celui-là seul à qui appartient le commandement. Mais aussi, dès que Dieu a institué les puissances, c'est se mettre en révolte contre lui-même que de désobéir. O que l'orgueilleux est à plaindre de ne pas comprendre ces choses , et de voir de la honte dans la dépendance où il se trouve d'une créature conune
21 8 l'imitation de Jésus-christ.
lui>^ parceque son intelligence stupide, s'arrétantà ces grossières apparences , n a pas la force de remonter jusqu'au Créateur! S'il le pouvoit, ce qui fait sa honte deviendroit sa gloire. Mes frères y disoit TApôtre, Jésus-Christ^ par les souffrances qu il avouh endurer y nous a enseigné l^obéissance * ; semblable à [agneau sous la main qui le tond, il est allé à la mort sans une seule plainte^. C'est qu'il falloit que la volonté de son Père s'accomplît, et non la sienne^. Voilà l'admirable modèle qui nous est offert : si nous ne Timitons, nous ignorons notre vraie grandeur, notre vraie liberté ; et, quoi que nous puissions faire, ce sera une nécessité pour nous de devenir les esclaves des hommes, et ensuite des démons, pour n'avoir pas voulu être les serviteurs de Dieu.