LIV. III, CHAP. XXXI
Tandis qu'on tient encore à quelque créa-> ture^ on ne sauroit 9 occuper librement des choses de Dieu.
Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs^ parceque peu savent :se séparer entièrement des créatures et des choses périssables.
2. Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'ame et la ravisse au-dessus d'ellemême.
Et taat que l'homme n'est pas élevé ainsi en esprit, détaché de toute créature, et parfaitement uni à Dieu , tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de bien peu de prix.
Il sera lonç-temps foible et incliné vers la terre , celui qui estime quelque chose hors de Tunique, de l'immense, de l'éternel bien.
Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien et ne doit être compté pour rien.
Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme que la pété éclaire, et la science qu'un docteur acquiert par l'étude.
La science qui vient d'en-haut, et que Dieu luUmème répand dans l'ame, e^t bien supérieure à celle où l'homme parvient laborieusement par les efforts de son esprit.
288 l'imitation de jésus-christ.
3. Plusieurs désirent s'élever i la contemplation; mais ce qu'il faut pour cela^ ils ne le veulent point faire.
Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu'il y a d'extérieur et de sensible , et que l'on s'occupe peu de se mortifier véritablement.
Je ne sais ce que c est, ni quel esprit nous conduit, ni ce que nous prétendons, nousqu'oo regarde comme des hommes tout spirituels, de poursuivre avec tant de travail et de soucis des choses viles et passagères, lorsque si rarement nous nous recueillons pour penser, sans aucune distraction , à notre état intérieur.
4. Hélas! à peine sommes-nous rentrés eu nous-mêmes que nous nous hâtons d'en sortir, sans jamais sérieusement examiner nos (ouvres.
Nous ne considérons point jusqu'où descendent nos affections, et nous ne gémissons point de ce que tout en nous est impur.
Toute chair avoit corrompu sa voie ' ; et c'est pourquoi le déluge suivit.
Quand donc nos affections intérieures sont
' Gen. Vf, 11^