LIV. III, CHAP. XXXII
Qu elle vous soit plus chère que la sagesse du siècle, et que tout ce qui plaît aux hommes, ou nous plaît en nous-mêmes.
4- Je vous le dis, échangez ce quil y a de grand et de précieux dans les choses humaines contre une chose vile.
Car on regarde comme petite et vile, et Ion oublie presque entièrement cette sagesse du ciel, la seule vraie, qui ne s'élève point en elle* même, et qui ne cherche point à être admirée sur la terre. Plusieurs ont ses louanges à la bouche, mais ils s'éloignent d'elle par leur vie. C'est cependant cette perle précieuse* qui est cachée au plus grand nombre.
RÉFLEXION
On ne sauroit trop le répéter : il n'y a de liberté pour nous que dans la soumission de notre volonté à celle de Dieu , parceque sans ordre il ne peut y avoir de liberté ; et que tout ordre découle de ce premier Être , ou, pour mieux dire, qu'il est l'ordre par excellence: car sa liberté à lui-même est réglée
< Matth. XIII, 46.
294 l'imitation de jésus-christ.
par sa justice. Notre volonté n'est donc pas entièrement libre lorsque cette soumission n est pas entière; et en effet, à moins de renoncer à tout usage de notre intelligence , il est nécessaire même dans les plus petites choses que, si nous résistons à Dieu, nous soyons entraînés par les créatures : tout parti mitoyen est impossible, et c'est là un véritable esclavage. Je suis parvenu où je ne voulais pas^ dit saint Augustin , en obéissant A ma volonté ' ; voloDté qui lavoit rendu captif de ses passions criminelles et de ses désirs déréglés. La liberté du chrétien consiste à se dégager de tout ce qui est fini , de tout ce qui a des bornes^ et à chercher sa plénitude dans l'infini, où notre volonté, comme ditBossuet, entre dans les puissances de Dieu, par ce sacrifice même que nous lui en faisons. Où est [esprit de Dieu, dit l'Apôtre, là est la liberté^,
» Confess. lib. vin, cap. v. — 'II. Cor. lu, 17.